<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Archives des Affaires et autres choses - leCorbeau.Blanc</title>
	<atom:link href="https://lecorbeaublanc.me/cycle/affaires-et-autres-choses/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link></link>
	<description></description>
	<lastBuildDate>Sat, 20 Apr 2024 10:08:18 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=6.9.7</generator>

<image>
	<url>https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2018/08/cropped-Logo-32x32.jpg</url>
	<title>Archives des Affaires et autres choses - leCorbeau.Blanc</title>
	<link></link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>1191 (II/II)</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Nov 2023 07:48:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=31559</guid>

					<description><![CDATA[<p>Surtout après leur déroulement. Mais aussi pendant. Il suffit de se rappeler les différentes fausses alertes visant d’autres bâtiments de prestige; les dispositions prises pour mettre à l’abri divers dignitaires; […]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/">1191 (II/II)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="31559" class="elementor elementor-31559" data-elementor-post-type="post">
						<section class="elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-231cab8 elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default" data-id="231cab8" data-element_type="section" data-e-type="section" data-settings="{&quot;jet_parallax_layout_list&quot;:[]}">
						<div class="elementor-container elementor-column-gap-default">
					<div class="elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-158c0ba" data-id="158c0ba" data-element_type="column" data-e-type="column">
			<div class="elementor-widget-wrap elementor-element-populated">
						<div class="elementor-element elementor-element-ae483b3 elementor-widget elementor-widget-text-editor" data-id="ae483b3" data-element_type="widget" data-e-type="widget" data-widget_type="text-editor.default">
				<div class="elementor-widget-container">
									<p>«Il est dangereux d’avoir raison<br>sur des sujets où l’autorité officielle a tort».<br>(Voltaire)</p>								</div>
				</div>
				<div class="elementor-element elementor-element-3914502 elementor-widget elementor-widget-text-editor" data-id="3914502" data-element_type="widget" data-e-type="widget" data-widget_type="text-editor.default">
				<div class="elementor-widget-container">
									<p>«&nbsp;…Victimes de la vérité derrière les messages<br>des stoïques Saints du profit qui<br>qui sourient lorsque les merveilles<br>de toutes sortes déboulent dans leurs poches…&nbsp;»<br>(Deep Forest, ‘Endangered Species’,<br>de l’album ‘Music Detected’)</p>								</div>
				</div>
					</div>
		</div>
					</div>
		</section>
				<section class="elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-6d38bb9 elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default" data-id="6d38bb9" data-element_type="section" data-e-type="section" data-settings="{&quot;jet_parallax_layout_list&quot;:[]}">
						<div class="elementor-container elementor-column-gap-default">
					<div class="elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-cff6ec8" data-id="cff6ec8" data-element_type="column" data-e-type="column">
			<div class="elementor-widget-wrap elementor-element-populated">
						<div class="elementor-element elementor-element-48339ad elementor-widget elementor-widget-text-editor" data-id="48339ad" data-element_type="widget" data-e-type="widget" data-widget_type="text-editor.default">
				<div class="elementor-widget-container">
									<p class="p1">[…] Surtout après leur déroulement. Mais aussi pendant. Il suffit de se rappeler les différentes fausses alertes visant d’autres bâtiments de prestige; les dispositions prises pour mettre à l’abri divers dignitaires; le branle-bas autour de la question des effets boule-de-neige sur la ville de New York, sur l’Amérique entière et sur le monde en général; le jeu des situations d’urgence stratégique (les fameux niveaux de DEFCON)<span id="easy-footnote-1-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-1-31559" title="DEFense CONditions (conditions de défense)&nbsp;: niveaux d’alerte allant de 5 (normal, temps de paix) à 1 (préparation maximale). Ce jour-là, les forces militaires américaines reçurent l’ordre de se mettre en état DEFCON 3."><sup>1</sup></a></span>; le ballet des commentateurs et la valse des spécialistes ès affaires stratégiques, ès questions islamiques, ès sociologie, ès psychologie, ès terrorisme, chacun livrant son lot d’expertise en la matière.</p><p class="p1">L’après 11 septembre fut pourtant beaucoup plus riche à ce titre, peut-être par souci de ne pas gaspiller – voire: de renforcer – ce qui avait été acquis entre-temps. Il y eut les multiples alertes aux gaz anthrax; celle causée par la défaillance d’un réacteur qui fit tomber un Airbus A300 d’American Airlines sur le quartier de Queens à New York (c’était le 12 novembre 2001 et il y eut 255 victimes); l’attentat du 28 novembre 2002, perpétré contre un hôtel de Mombassa (Kenya), qui fit 13 morts; ce même jour, la tentative avortée de détruire en vol un Boeing B757 affrété par le plus gros tour opérateur israélien Arkia et qui effectuait la liaison Mombassa – Tel Aviv; la tentative également échouée du passager néo-zélandais Richard Bruce Reid de faire exploser ses chaussures le 22 décembre 2002 dans l’appareil qui reliait Miami à Paris; l’interdiction absolue d’embarquer à bord d’un avion avec la moindre lime à ongle, la moindre pince à sourcils, le moindre cure-dents.<span id="easy-footnote-2-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-2-31559" title="Comme pour rappeler que ces objets sont tout aussi dangereux que les cutters dont se seraient servis les pirates de l’air pour menacer les passagers des avions détournés le 11 septembre. Cet interdit fut depuis appliqué par un nombre toujours croissant de compagnies aériennes, sans pourtant que son inutilité ridicule ait interpellé grand monde."><sup>2</sup></a></span></p><p class="p1">L’orchestration des retombées stratégiques internationales</p><p class="p1">Le coup du 11 septembre 2001 a permis aux États-Unis d’Amérique d’occuper impunément l’Afghanistan et l’Irak; de mettre sur la sellette des pays-charnière, comme l’Iran, l’Arabie Saoudite et la Syrie; de fraterniser, au nez et à la barbe de Moscou, et à coup de dollars, avec d’anciens États de l’ex-Union Soviétique, majoritairement musulmans, comme le Kirghizistan, le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Ouzbékistan; enfin, d’asseoir officiellement un leadership décisionnel absolu qui jusque-là ne s’était manifesté qu’officieusement.</p><p class="p1">L’orchestration des médias du pays dit plus libéral en la matière</p><p class="p1">En tant que miroir à la fois d’une nation et des faits, les médias ont acquis un rôle sans précédent sur le plan de la création des opinions. À plus forte raison aux États-Unis, où leur impact en la matière est absolu. Aussi, leur importance dans la gestion des faits était, évidemment, primordiale. À la mesure de leur légendaire liberté, affichée avec arrogance. Comment dès lors ne pas rester sans voix devant l’accablante uniformité et platitude, si ce n’est l’affligeant conformisme et servilisme, dont les médias ont fait preuve en couvrant<span id="easy-footnote-3-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-3-31559" title="étouffant?"><sup>3</sup></a></span>ces moments? Bien sûr, je ne parle pas de la couverture en images, ou de la façon dont furent restituées les nouvelles. Je parle de leur ton, de leur attitude, de la façon dont fut traitée leur mission de base – l’information, qui se doit de se tenir autant que possible dans la neutralité et la verticalité. Mais dans le cas présent, il faut vraiment une volonté d’acier pour tenter de retrouver, par ci par là, des commentaires opposés à ceux ouvertement et violemment alignés, qui constituent, on l’a compris, l’écrasante majorité.</p><p class="p1">Le détournement des consciences</p><p class="p1">Traumatisme des faits, médias et voix officielles aidant, il ne s’en est pas failli de beaucoup pour créer outre-Atlantique un état général d’hystérie propre aux masses, qui fit vite des ravages. Fin 1941, il ne faisait pas bon pour les citoyens américains d’origine japonaise de trop se montrer<span id="easy-footnote-4-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-4-31559" title="C’était l’après le désastre de Pearl Harbour"><sup>4</sup></a></span>.Dix ans plus tard, l’heure des comptes sonna pour ceux qui furent soupçonnés de sympathies communistes<span id="easy-footnote-5-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-5-31559" title="C’était à l’heure du maccartisme."><sup>5</sup></a></span>. Cinquante ans après, vînt le tour des arabes et, de façon plus générale, de n’importe quel bronzé porteur de keffieh, turban, fez et autres couvre-chefs ‘pas comme chez nous’. Si, jusqu’alors, afficher en Amérique sa différence, éventuellement sa fronde, par rapport à tout et – souvent – à n’importe quoi, était presque devenu une spécificité du pays, dès le lendemain de la tragédie, bien que cette tradition ne disparut pas, elle enregistra une exception nette, et une seule: la référence au ‘nine eleven’, au 11 septembre. Qu’elle soit affichée sur des t-shirts ou sur les murs des maisons, ou encore – et surtout – qu’elle soit exprimée de vive voix, elle se devait d’être alignée à la version officielle, sous peine de violentes réactions de l’entourage. Qui parlait d’un communisme à l’américaine?…</p><p class="p1">L’esquive des évidences</p><p class="p1">Patiemment, il est possible de trouver, comme je viens de l’affirmer, des ‘poches’ où la conscience vit encore. Tel ce site Internet<span id="easy-footnote-6-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-6-31559" title="Voir: whatreallyhappened.com. Dans le même registre, un film documentaire britannique arrivait par des voies différentes quasiment à la même conclusion."><sup>6</sup></a></span>qui démontre, calculs et formules à l’appui, qu’anéantir une tour du World Trade Center suite au seul choc produit par un avion, auquel s’ajouterait la ruine des matériaux de résistance de l’immeuble par l’effet de la chaleur dégagée lors de la combustion du kérosène, c’est pratiquement impossible, car insuffisant. C’est assez troublant, car un ingénieur civil de mon entourage, que j’avais questionné sur la chose ce matin-là même, m’avait proposé la même conclusion sous une forme succincte et autrement formulée.</p><p class="p1">Mon but n’est pas de faire ici l’inventaire de ces preuves, ni de me livrer à une investigation personnelle que je ne saurais conduire par manque de moyens, de compétences et d’intérêt. Je compte souligner en revanche l’existence manifeste d’une volonté destinée à éviter l’examen officiel, impartial, professionnel, approfondi et complet des causes et autres épiphénomènes de cette tragédie. Si, en son temps, le rapport de la commission Warren sur les circonstances de l’assassinat de l’ancien président John F. Kennedy fut maintes fois critiqué pour son caractère amateur, subjectif et lacunaire (eu égard l’importance du sujet), force est aujourd’hui de lui reconnaître, par rapport aux ‘événements du 11 septembre’, au moins le mérite d’avoir existé. Comment se fait-il que cette Amérique si volontaire tolère l’absence d’un maillon tellement crucial sur la voie de la recherche de la vérité, c’est déjà une autre question.</p><p class="p1">Le musellement des opinions</p><p class="p1">Dans le prolongement du détournement des consciences, qui fait encore partie de l’arsenal de la propagande, nous avons aussi constaté l’apparition de cet instrument de censure qui appartient, lui, au domaine de la répression. D’une part, le processus d’endoctrinement dépassa rapidement le cadre relativement restreint des arabo-américains anonymes, pour s’en prendre à tout contestataire de la version officielle, fut-il blanc, chrétien et célèbre<span id="easy-footnote-7-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-7-31559" title="La liste des personnalités du ‘showbiz’, victimes de cette hostilité, est déjà bien fournie."><sup>7</sup></a></span>. D’autre part, via les courants d’idées, les canaux des médias, mais aussi ceux des affaires, furent jetées en un temps record les bases nécessaires à l’instrumentation légale et juridique de ce volet important de l’opération. C’est de cette façon qu’a été réussie…</p><p class="p1">La soumission des acteurs politiques</p><p class="p1">Au tout début, cette subordination apparut comme une autre forme légitime de la cohésion nationale sans faille au-devant d’une adversité extrême. Comme lorsqu’un cataclysme naturel frappe la vie de la communauté. Visages graves, députés, sénateurs et autres gouverneurs démocrates ou républicains exprimaient à l’unisson les mêmes préoccupations. C’était mal saisir le problème, car bientôt vint le tour les demandes d’octroi de budgets incommensurables, qui étaient censés financer rien que la lutte contre le terrorisme. Le Congrès vota et, en deux ans, 167 milliards de dollars du contribuable partirent ainsi dans cette direction. Suivit ensuite le fameux ‘Patriot Act I’, adopté par le Sénat à peine six semaines après les frappes. Quantité de libertés civiques – fierté et pierre angulaire de la démocratie américaine – étaient ainsi limitées ou suspendues. Continuons avec la création sans obstacles d’un super-fauteuil de ministre de la sécurité intérieure. Enfin, surprise!, même si les conditions et l’esprit n’étaient plus les mêmes, vint le tour du ‘Patriot Act II’, extension du premier, qui est actuellement débattu au Congrès.</p><p class="p1">L’exaltation des éléments – justement – patriotiques</p><p class="p1">C’est connu: un choc matériel et moral d’une telle ampleur et violence ne saurait laisser pour compte le patriotisme d’un peuple. Surtout en Amérique – l’histoire récente l’a prouvé <span id="easy-footnote-8-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-8-31559" title="La guerre du Viêt-Nam a fourni la plus édifiante de ces preuves."><sup>8</sup></a></span>. Et c’est exactement ce qui s’est passé. L’élan yankee prit un envol spectaculaire, et la côte du président en exercice grimpa au zénith, malgré une conduite initiale très discutable. Certes, toute nation qui se respecte se doit de posséder dans son inventaire le patriotisme. Elle se doit aussi de le cultiver. Il n’empêche que dans ses manifestations, et particulièrement dans ses dérapages, ce sentiment frôle assez souvent le grotesque. Tant que ces formes caricaturales d’exagération servent les intérêts d’un pays qui se trouve – par exemple – en état de guerre, on serait tentés de lui accorder un certain rôle thérapeutique, donc bénéfique. Eh bien, nombreuses sont aujourd’hui les formes caricaturales revêtues par le patriotisme américain, notamment par rapport à la problématique arabe. Cependant, n’en déplaise à ce président, le pays n’est pas en état de guerre avec le monde arabe.</p><p class="p1">L’application des mesures coercitives</p><p class="p1">Ce ‘détail’ n’est qu’un effet de l’ensemble des aspects traités ci-dessus. Une fois l’arsenal mis en place, les arrestations arbitraires, les longues détentions injustifiées, les procès orchestrés, les pressions et les intimidations complètent un tableau qui prend forme petit à petit</p>								</div>
				</div>
				<div class="elementor-element elementor-element-de804b0 elementor-widget elementor-widget-text-editor" data-id="de804b0" data-element_type="widget" data-e-type="widget" data-widget_type="text-editor.default">
				<div class="elementor-widget-container">
									<p class="p1">Pour conclure, je me demande: si tout ceci n’est pas un vrai chef-d’œuvre dans son genre, alors de quoi devrait avoir l’air un tel vrai chef-d’œuvre?!</p>								</div>
				</div>
				<div class="elementor-element elementor-element-15ba9d1 elementor-widget elementor-widget-text-editor" data-id="15ba9d1" data-element_type="widget" data-e-type="widget" data-widget_type="text-editor.default">
				<div class="elementor-widget-container">
									<p class="p1">Addenda: ubi, quando, quid, quis, quibus auxiliis, cur, quomodo.</p><p class="p1">Vingt siècles en arrière, Quintilien relevait de manière on ne peut plus synthétique ces catégories, indispensables pour analyser et considérer les circonstances de tout acte (en l’espèce criminel), avec la particularité que, forcément, la vérité ne saurait surgir qu’une fois connues les réponses à toutes ces questions. Alors:</p><p class="p1">Ubi: où a eu lieu l’acte? où se trouvait son objet? <span class="s2">Ça, au moins, c’est connu, mais c’est encore loin d’être suffisant.</span></p><p class="p1">Quando: quand? Ça, en tout cas, c’est aussi connu: le 11 septembre 2001, n’est pas?</p><p class="p1">Quid: quel est l’acte? mais aussi quel est l’objet de l’acte? Ça, c’est connu également: la destruction d’objets et de vies humaines. Les objets sont restés gravés sur toutes les rétines.</p><p class="p1">Quis: qui est l’auteur? L’on ne sait pas. J’entends par là que surtout devant d’une telle monstruosité, des preuves abondantes et parfaitement irréfutables sur l’identité des suspects auraient dû être considérées absolument obligatoires avant de désigner ces suspects comme auteurs – commanditaires ou exécutants. Mais ces preuves sont absentes. Elles l’étaient au lendemain des attentats et on les attend encore aujourd’hui. Ou alors elles existent, et elles ont toujours existé, mais n’ont pas été révélées. Tout ce que l’on ‘sait’, repose sur les déclarations d’une poignée de hauts dirigeants politiques, selon lesquels ces preuves existent. Punkt Schluss.</p><p class="p1">Quibus auxiliis: à l’aide de qui/quoi? avec quelles aides? On ne sait pas non plus. Comment le savoir&nbsp;? Cela supposerait que les auteurs aient déjà été nettement identifiés. Retour à quis. Ce qui est connu repose sur l’intuition que tout barbu basané porteur de keffieh est un complice (potentiel) qui n’a qu’a bien se tenir et qui a surtout intérêt à prouver son innocence.</p><p class="p1">Quomodo: comment? Là aussi il y a un problème. Les kamikazes dont nous avons tous vu les portraits à la télévision sont morts jusqu’au dernier. Donc on ne peut guère les interroger sur ce point. Ou bien ils n’ont jamais existé, ou alors ils sont disparus – allez savoir!, car les passagers qui auraient pu être interrogés là-dessus sont aussi tous morts. Ou n’ont jamais existé. Ou ils sont disparus. Par ailleurs, les fameux enregistrements audio et vidéo de leur ‘commandant suprême’ non seulement n’ont jamais été identifiés sérieusement, mais ils n’ont pas été expressément revendiqués. Comme les attentats d’ailleurs. Et un attentat non revendiqué reste, au-delà de tout ce qu’il est possible d’échafauder sur le compte de ses auteurs présumés, quelque chose de particulièrement étrange.<span id="easy-footnote-9-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-9-31559" title="Comme, d’ailleurs, demeure un mystère la difficulté d’arrêter ce ‘commandant suprême, en dépit des moyens financiers, politiques et militaires sans pareil utilisés depuis."><sup>9</sup></a></span> Ainsi, sur la question de l’instrument humain, force nous est-il de constater que nous restons un peu bredouille. La question de l’instrument non-humain est aussi délicate. Laissant de côté le cas du Pentagone, nous avons tous bien vu deux avions percuter les deux immeubles du World Trade Center. Mais comment exactement? Comment cela est-il concrètement possible? Je veux dire&nbsp;: comment ferait un aviateur de petits zincs de dimanche pour piloter une usine tel un Boeing 767; pour viser une cible de 50m, en vol à petite vitesse et à environ 200 m de hauteur, dans un centre-ville bourré de gratte-ciel, de câbles, d’hélicoptères, de cheminées, d’antennes, avec une ‘cargaison’ hostile (un équipage et des passagers qui savent qu’ils mourront en peu de temps et qui, de ce fait, n’ont plus rien à perdre); et enfin, dans ces conditions, pour diriger le projectile pile au milieu de la cible? À cette vitesse-là, 0.1 secondes d’inadvertance, d’inattention, d’imprévu, d’hésitation, un atchoum, un hoquet, suffisent pour rater l’objectif. Mais il n’y a pas eu de ratés. Pour des amateurs entraînés pendant quelques semaines sur des simulateurs de vol et sur des biplaces de plaisance, cette performance est beaucoup plus qu’un exploit.</p><p class="p1">Cur: pourquoi?</p><p class="p1">Honnêtement, c’est la grande question. Quel aurait pu être le résultat escompté par ce réseau terroriste-là (en supposant que ses membres furent les instigateurs et les auteurs des attentats) à la suite d’un tel acte innommable? À première vue, la plus simple réponse serait: rien. En principe, un acte terroriste peut être – apparemment – gratuit. Il peut très bien frapper par ricochet, aux 2<span class="s4"><sup>ème</sup></span> ou 3<span class="s4"><sup>ème</sup></span> degrés. Oui, peut-être, mais pas un acte tel que celui-là. Comme pour toute chose dans ce monde, il existe un sens et une discipline aussi dans le secteur du cauchemar. Un exemple: admettons le cas inverse d’un mouvement férocement anti-islamique qui, un jour de dhu’l’hijja, qui est le mois du pèlerinage, lancerait simultanément de gros projectiles incendiaires sur la Kaaba de la Grande Mosquée de La Méque, sur le Dôme du Rocher à Jérusalem et sur la Mosquée du Prophète à Médine. Qu’obtiendrait-il autre qu’un blâme planétaire? En d’autres termes, je suis persuadé qu’il existe des gestes qui par leur force symbolique, dépassent de loin le terrorisme – en tout cas tel que nous l’avons vécu avant le 1191. Cela dit, et par réduction à l’absurde, on pourrait paradoxalement déduire qu’un tel acte ne saurait être le produit d’une volonté antagoniste, pour autant que cet ennemi ne fonctionne selon des schémas mentaux, stratégiques et – cas échéant – doctrinaires absolument autres que ceux qui ont cours dans le monde connu. Or justement, que je sache, ces formations anti-américaines ne sont pas composées de martiens, et leurs méthodes sont listées depuis belle lurette. Et puis, si j’avais été le chef barbare de ce réseau, cheville ouvrière de ces attentats à New York et Washington, enragé de punir le grand méchant anglo-américain; en admettant que, depuis ma grotte de l’Hindu-Kush, j’aurais tout de même eu les moyens de l’inimaginable logistique exigée pour réussir mes forfaits; – eh bien, ne les aurais-je pas répété? Au moins une fois, pardi! Et vlan, le jour de Noël, ci un avion sur la Bourse de New York, là un autre sur l’aéroport O’Hare de Chicago, un autre sur le Westminster de Londres et un dernier sur le Golden Gate Bridge de San Francisco. Cependant, depuis ce jour-là, plus d’attentats.</p><p class="p2">Mais alors: qui, avec quels appuis, comment et pourquoi&nbsp;?</p>								</div>
				</div>
				<div class="elementor-element elementor-element-9a2930d elementor-widget elementor-widget-text-editor" data-id="9a2930d" data-element_type="widget" data-e-type="widget" data-widget_type="text-editor.default">
				<div class="elementor-widget-container">
									<p class="p1"><span class="s1">[</span>6 octobre 2002 – 12 octobre 2003,</p><p class="p1">revu superficiellement le 13 septembre 2023]</p><p class="p3">PS. À l’exception de changements mineurs et sans impact aucun sur la substance du texte, c’est expressément que je n’y suis pas intervenu pour le mettre à jour. Beaucoup de choses se sont passées depuis sa création il y a vingt ans, mais il est suprenant de voir qu’aucune ne le contredit ou le rend désuet. Au contraire.</p><p class="p1"><span class="s1">[</span>13 septembre 2023]</p>								</div>
				</div>
					</div>
		</div>
					</div>
		</section>
				</div>
		<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/">1191 (II/II)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>1191 (I/II)</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 28 Oct 2023 08:28:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=31460</guid>

					<description><![CDATA[<p>Demandez à qui vous voulez de vous décoder le 4776, le 6845, le 8545, le 12461, le 14789, le 16769, le 61241, le 71117 ou encore le 111189! Vous serez gratifiés d’un long regard complaisant, sous-entendant «Tu devrais te soigner, mon ami». […]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/">1191 (I/II)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="31460" class="elementor elementor-31460" data-elementor-post-type="post">
						<section class="elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-231cab8 elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default" data-id="231cab8" data-element_type="section" data-e-type="section" data-settings="{&quot;jet_parallax_layout_list&quot;:[]}">
						<div class="elementor-container elementor-column-gap-default">
					<div class="elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-158c0ba" data-id="158c0ba" data-element_type="column" data-e-type="column">
			<div class="elementor-widget-wrap elementor-element-populated">
						<div class="elementor-element elementor-element-ae483b3 elementor-widget elementor-widget-text-editor" data-id="ae483b3" data-element_type="widget" data-e-type="widget" data-widget_type="text-editor.default">
				<div class="elementor-widget-container">
									<p>«Il est dangereux d’avoir raison<br>sur des sujets où l’autorité officielle a tort».<br>(Voltaire)</p>								</div>
				</div>
				<div class="elementor-element elementor-element-3914502 elementor-widget elementor-widget-text-editor" data-id="3914502" data-element_type="widget" data-e-type="widget" data-widget_type="text-editor.default">
				<div class="elementor-widget-container">
									<p>«&nbsp;…Victimes de la vérité derrière les messages<br>des stoïques Saints du profit qui<br>qui sourient lorsque les merveilles<br>de toutes sortes déboulent dans leurs poches…&nbsp;»<br>(Deep Forest, ‘Endangered Species’,<br>de l’album ‘Music Detected’)</p>								</div>
				</div>
					</div>
		</div>
					</div>
		</section>
				<section class="elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-6d38bb9 elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default" data-id="6d38bb9" data-element_type="section" data-e-type="section" data-settings="{&quot;jet_parallax_layout_list&quot;:[]}">
						<div class="elementor-container elementor-column-gap-default">
					<div class="elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-cff6ec8" data-id="cff6ec8" data-element_type="column" data-e-type="column">
			<div class="elementor-widget-wrap elementor-element-populated">
						<div class="elementor-element elementor-element-48339ad elementor-widget elementor-widget-text-editor" data-id="48339ad" data-element_type="widget" data-e-type="widget" data-widget_type="text-editor.default">
				<div class="elementor-widget-container">
									<p>Demandez à qui vous voulez de vous décoder le 4776, le 6845, le 8545, le 12461, le 14789, le 16769, le 61241, le 71117 ou encore le 111189! Vous serez gratifiés d’un long regard complaisant, sous-entendant «Tu devrais te soigner, mon ami».<span id="easy-footnote-10-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-10-31460" title="Et pourtant ce sont là quelques-unes des plus notoires dates de ces 250 dernières années, ‘ savoir - respectivement - la déclaration américaine d’indépendance, l’attaque américaine sur Hiroshima, la capitulation de l’Allemagne lors de la deuxième guerre mondiale, le premier vol humain dans l’espace, la prise de la Bastille, le premier pas humain sur la Lune, l’attaque japonaise sur Pearl Harbour, le déclenchement de la révolution soviétique et la chute du mur de Berlin!."><sup>10</sup></a></span> Ensuite, demandez-lui de vous expliquer le 1191. Vous aurez droit à une réplique cynique, genre «T’es sérieux là, ou tu te fous de moi?», ou alors «T’étais où, sur la planète Mars?». Eh oui, les temps changent, les hommes aussi… Cela dit, en un rien de temps, ce qu’on appelle désormais couramment ‘les événements du 11 septembre’ (2001) a réussi l’exploit de se substituer dans la mémoire collective aux plus marquants jalons de l’ère moderne. Au même titre que ces quelques dates historiques sélectionnées plus haut, on parle dorénavant d’un avant et d’un après 1191, comme on parle d’un avant et après l’édification du mur de la honte à Berlin (13861) ou d’un avant et après la mise sur orbite du premier satellite artificiel (41057). Plus encore: on parle du 11 septembre comme les Français parlent de leur 14 juillet et les Américains de leur 4 juillet: sans indiquer l’année.</p><p class="p1">Reprenons les choses à leur origine. Nous sommes le mardi 11 septembre 2001 vers 9 heures du matin. Alertée par sa meilleure amie (une Américaine qui, à cet instant-là, se trouve à l’aéroport d’Atlanta en train d’embarquer sur un vol vers Zurich), cela fait déjà un moment que ma femme m’a appelé au bureau, me racontant, en quelques mots, ce qui, à cet instant-là, semble être un tragique accident. Elle me dit de chercher plus d’informations sur cnn.com. Je m’exécute. En effet, j’y trouve l’image enfumée et figée d’un des immeubles du World Trade Center de New York. Bien sûr, c’est le choc. Quelques minutes plus tard, ce n’est plus un choc, c’est plus qu’un choc (mais comme j’ignore la hiérarchie du choc, je l’appelle toujours ainsi): le deuxième immeuble est aussi frappé. Ensuite, c’est le Pentagone puis le crash en Pennsylvanie; on parle – pêle-mêle – du Département d’État, du Capitole, même de la Maison Blanche. Je me sens un peu comme Abraracourcix, qui a fini par recevoir le ciel en pleine tronche.<span id="easy-footnote-11-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-11-31460" title="Dans la série de bandes dessinées ‘Asterix’ d’Uderzo et Goscinny, le chef gaulois Abraracourcix est hanté par l’angoisse qu’un jour ou l’autre le ciel ne lui tombe sur la tête. "><sup>11</sup></a></span> Je reste là, devant l’écran, sans mots, le regard vide, la tête vide aussi. Soudain, un sursaut: je dois téléphoner à mon collègue avec lequel je partage les bureaux. C’est un ingénieur. Je sais que ce jour-là, il est en déplacement pour affaires, quelque part en Europe. Donc, il n’a peut-être pas eu les nouvelles. Je l’appelle sur son portable et – la chance! – je réussis à l’avoir du premier coup. Je balbutie quelques mots en guise de questionnaire. Il n’en sait rien: il est sur une route d’Espagne. Je ramasse ma lucidité des deux mains et lui raconte ce qui vient de se passer. Il essaie de me calmer. Sans succès. Je finis tant bien que mal mon récit et j’attends sa réaction. Elle vient, placide; quelque chose du genre «Dieu sait ce qu’ils ont encore combiné, ces Américains?!…» J’écoute abasourdi. Je l’engueule et raccroche. Et je me dis qu’alors-là, j’aurais tout vu, et surtout tout entendu.</p><p class="p1">Je me trompais. Pire encore (et inadmissible): ce faisant, je révélais la grave erreur de ne pas avoir tiré les leçons nécessaires d’un passé sentimentalement et historiquement très proche. Je m’explique.</p><p class="p1">Les bouleversements qui avaient eu lieu du 16 au 25 décembre 1989 en Roumanie – et qui avaient abouti au renversement du régime de Nicolae Ceaușescu – m’avaient fait vibrer comme la corde d’un violon. Rivé 24 sur 24 à toutes les chaînes de radio et de télévision, j’avais hurlé et pleuré à la découverte des ‘charniers’ de Timisoara – une vingtaine de cadavres (?) en décomposition, soigneusement alignés au sol; à l’envol de l’hélicoptère présidentiel depuis le toit du siège du parti communiste; à la prise d’assaut de ce symbole du pouvoir par une marée humaine à mains nues; à la capture du tyran déchu, réduit d’un jour à l’autre au rang de clown dont le bonnet de fourrure failli tomber au sortir du véhicule militaire qui l’amenait au ‘tribunal’; aux combats rangés – toujours contre des ennemis invisibles – qui avaient eu lieu dans les rues et places du centre de la capitale, Bucarest; aux nouvelles hystériques qui faisaient état de menaces chimiques et biologiques sur la population, et de la présence d’impitoyables et sanguinaires mercenaires nord-coréens et libyens dans les rangs des adversaires de la liberté; aux émissions d’information ad hoc et en continu montées avec les moyens du bord dans un studio de la télévision nationale transformé en camp retranché; au procès, au jugement et à l’exécution des époux Ceaușescu, dont aujourd’hui encore les images me semblent irréelles. Et encore: les crachats qu’on lançait à travers le petit écran sur la dépouille de l’ex-dictateur; le ruban que j’avais scotché sur la porte de mon bureau avec la mention ‘Fermé pour cause de révolution’; les discussions explosives – portées en petit comité d’amis – sur l’opportunité de rejoindre – en Roumanie, fusil à la main – les rangs des combattants de la liberté; l’appel vibrant adressé (via la télévision suisse romande) à la mobilisation internationale contre les forces du mal. Voilà autant de situations qui aujourd’hui me semblent sorties tout droit d’une hallucination. La suite est connue: sur l’ensemble de ces manifestations, rien ou presque n’était spontané, mais minutieusement mis au point et orchestré. Seulement, à cet instant-là, le formidable poids émotionnel du moment nous transforma tous, ou presque, en de véritables victimes de l’intox. Nous avons ainsi gobé les plus extravagantes sornettes forgées par le comité de rédaction de la ‘révolution roumaine’. Ainsi, forts du poids de notre multitude de béats crédules<span id="easy-footnote-12-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-12-31460" title=" N’étions-nous pas, à l’époque, l’opinion publique de la communauté internationale?!"><sup>12</sup></a></span>, nous avons involontairement et implicitement entériné cette illusion (ou cette mise en scène); en quelque sorte nous l’avons cautionnée, cette ‘révolution’. D’accord: passons. Une fois, ça va, mais deux fois, bonjour les dégâts!</p><p class="p1">Comparée au 1191, la mascarade du 221289 (jour de la fuite de Nicolae Ceaușescu et de sa femme) me fait penser plutôt à un vaudeville, une petite plaisanterie de dilettantes. Autant par l’échelle des faits que par la subtilité du scénario. Je ne dis pas que le truc de Bucarest n’a pas été particulièrement réussi (il l’a été; la preuve: il a marché), cependant celui de Washington et de New York appartient résolument à une autre ligue: celle des vrais professionnels.</p><p class="p1">L’immense tragédie qui a eu lieu le 11 septembre 2001 est un vrai chef-d’œuvre sur l’échelle de l’horreur, tant pour ce qui est de sa mise en pratique que de l’endoctrinement qui l’enveloppe. En effet, quant à la mise en pratique, chef-d’œuvre fut la façon dont se passa</p>								</div>
				</div>
				<div class="elementor-element elementor-element-6d5b35c elementor-widget elementor-widget-text-editor" data-id="6d5b35c" data-element_type="widget" data-e-type="widget" data-widget_type="text-editor.default">
				<div class="elementor-widget-container">
									<p>le choix</p>								</div>
				</div>
				<div class="elementor-element elementor-element-de804b0 elementor-widget elementor-widget-text-editor" data-id="de804b0" data-element_type="widget" data-e-type="widget" data-widget_type="text-editor.default">
				<div class="elementor-widget-container">
									<p>des cibles, matériellement et symboliquement,<br>des techniques de réalisation,<br>des auteurs offerts à l’esprit collectif</p>								</div>
				</div>
				<div class="elementor-element elementor-element-298fed0 elementor-widget elementor-widget-text-editor" data-id="298fed0" data-element_type="widget" data-e-type="widget" data-widget_type="text-editor.default">
				<div class="elementor-widget-container">
									<p>l’orchestration</p>								</div>
				</div>
				<div class="elementor-element elementor-element-77c1bbb elementor-widget elementor-widget-text-editor" data-id="77c1bbb" data-element_type="widget" data-e-type="widget" data-widget_type="text-editor.default">
				<div class="elementor-widget-container">
									<p>des tensions des événements, pendant et après,<br>des retombées stratégiques internationales et<br>des médias du pays dit plus libéral en la matière.<span id="easy-footnote-13-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-13-31460" title="Sur ce point, il serait peut-être plus judicieux de parler d’une mise au pas. "><sup>13</sup></a></span></p>								</div>
				</div>
				<div class="elementor-element elementor-element-41e0bc7 elementor-widget elementor-widget-text-editor" data-id="41e0bc7" data-element_type="widget" data-e-type="widget" data-widget_type="text-editor.default">
				<div class="elementor-widget-container">
									<p>Quant à l’endoctrinement, chef-d’œuvre fut la façon dont furent</p>								</div>
				</div>
				<div class="elementor-element elementor-element-6344469 elementor-widget elementor-widget-text-editor" data-id="6344469" data-element_type="widget" data-e-type="widget" data-widget_type="text-editor.default">
				<div class="elementor-widget-container">
									<p>détournées les consciences,<br>esquivées les évidences,<br>muselées les opinions,<br>enrégimentés les acteurs politiques, exaltés les éléments patriotiques,<br>appliquées les mesures coercitives.</p>								</div>
				</div>
				<div class="elementor-element elementor-element-f62f16d elementor-widget elementor-widget-text-editor" data-id="f62f16d" data-element_type="widget" data-e-type="widget" data-widget_type="text-editor.default">
				<div class="elementor-widget-container">
									<p>Je suis d’accord que tout cela ça fait vraiment beaucoup, surtout lorsqu’il s’agit du pays le plus libéral, le plus démocratique, le plus ouvert, le plus avancé, le plus audacieux, etc. Voyons donc de plus près.</p>								</div>
				</div>
				<div class="elementor-element elementor-element-15ba9d1 elementor-widget elementor-widget-text-editor" data-id="15ba9d1" data-element_type="widget" data-e-type="widget" data-widget_type="text-editor.default">
				<div class="elementor-widget-container">
									<p>Le choix matériel et symbolique des cibles</p><p>Je ne reviendrai pas sur un sujet épuise, si ce n’est pour m’asso-cier au concert d’opinions soulignant la pertinence de ce choix. Même si d’autres objectifs (tels ceux imaginés à l’addenda qui finalise cet écrit) sont porteurs de valences similaires, les points touchés ce jour-là (auxquels on pourrait ajouter la Maison Blanche, dont il fut dit qu’elle échappa au quatrième projectile) tiennent tout de même la palme.</p><p>Le choix des techniques de réalisation</p><p>Techniques? Non, plutôt technique. En fait, en ce 11 septembre 2001, le monde entier a pu voir qu’un gros-porteur civil peut devenir une bombe volante d’une redoutable efficacité, et que son utilisation efficace est à même de produire un effet matériel et psychologique dévastateur, cela sans égard au taux d’occupation des sièges. Pourtant, il s’agit bien de techniques, puisque cette performance ne peut se réaliser en soi; elle exige une logistique et une coordination exemplaires. Sur un champ de bataille, il n’est déjà pas facile pour plusieurs canonniers de tirer des salves simultanées sur différentes cibles; que dire alors de plusieurs avions de ligne, chargés de passagers, partis d’endroits différents et précipités à quelques minutes d’intervalle sur des immeubles d’importance capitale à la fois et dispersés et rapprochés entre eux, comme les deux tours du World Trade Center?</p><p>Le choix des auteurs offerts à l’esprit collectif</p><p>C’est vrai qu’eu égard les événements de la fin des années ’90, les Serbes ou les Bosno-Serbes auraient pu faire d’excellents auteurs de ces atrocités. N’avaient-ils pas, en effet, massacré plein de musulmans et de Croates? Organisé plein de charniers dignes des bourreaux nazis? Soigneusement orchestré le nettoyage ethnique de toutes ces populations? Mis en place l’exode des Kosovars? Humilié la FORPRONU<span id="easy-footnote-14-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-14-31460" title="Ou bien était-ce la SFOR? Ou alors la KFOR? Mais, au fait, est-ce important?"><sup>14</sup></a></span>en menottant ses militaires à des endroits stratégiques? Seulement, leur cas était désormais réglé, de sorte que les Serbes n’intéressaient plus personne. Et, de surcroît, ils n’ont pas de pétrole. Pire, ils n’ont pas la chance (?) d’occuper une position stratégique de tout premier ordre, entre un Occident qui est entré de plein pieds dans le post-industriel et un Orient qui, en dix ans, est devenu potentiellement riche et incontrôlable.</p><p>Alors, quelques précédents de ces années-là<span id="easy-footnote-15-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-15-31460" title="Les attentats du 7 août 1998, par des véhicules-suicide, sur les ambassades américaines de Nairobi (Kenya) et de Dar es-Salaam (Tanzanie) ont fait au total 224 victimes, dont 12 Américains. Celui du 12 octobre 2000, par un bateau-suicide, dans le port d’Aden (Yemen), sur le contre-tropilleur américain USS Cole, a fait 17 morts"><sup>15</sup></a></span>, engendrés – eux – par l’antiaméricanisme que la première guerre du Golfe avait soulevé<span id="easy-footnote-16-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-16-31460" title="La présence de troupes américaines sur ce que les musulmans considèrent comme leur terre sainte avait déclenché une vague de protestations dans le monde islamique."><sup>16</sup></a></span>, ont suffit pour désigner d’un seul coup de baguette magique les suspects (voire: les auteurs) des attentats. C’étaient des bandes bien organisées et bien entraînées, regroupées au sein d’un réseau mondial qui visait du jour au lendemain l’anéantissement de l’Amérique. On n’aurait pas su mieux trouver leur portrait-robot. Il y avait là d’une part des barbus ainsi que des moustachus mal rasés, tous des fanatiques, et d’autres part des femmes voilées clapotant des sons qui font peur; tous avec des noms imprononçables et des surnoms encore plus étranges; pratiquant un culte moyenâgeux qui autorise de lapider une femme adultère et de couper la main d’un voleur; s’exprimant violemment dans une langue inconnue et rauque; toujours en train d’hurler, toujours en train de tirer en l’air avec leurs Kalachnikov, toujours en train de brûler des effigies, toujours en train d’agiter qui des restes de vêtements, qui des photos d’autres moustachus, qui des bouteilles incendiaires; se déclarant fermement prêts à mourir pour la cause de l’Islam; vivant, sales, dans la misère (lorsqu’on sait, justement, que la misère exalte les sentiments), et réservant à un usage maléfique la colossale fortune d’un saoudien encore plus exalté qu’eux (par ailleurs ancien agent de la CIA semble-t-il). Franchement, le 11 septembre 2001, on vous aurait mis sous les yeux – allez – quinze archétypes de suspects possibles (ou envisageables) – les Serbes, les Brigades Rouges italiennes, le Sentier Lumineux péruvien, la secte japonaise Aoum, le KGB russe (enfin, l’ancien), les néo-nazis allemands, l’ETA espagnole, le Front du Polisario du Sahara occidental, la Corée du Nord, les rebelles maoïstes népalais, les corses de la Cuncolta, le Cuba, le Ku Klux Klan, l’Armée républicaine irlandaise et, enfin, la constellation de ces mouvements fondamentalistes et jusqu’au-boutistes musulmans – parmi tous ceux-là, vous pensez que vous auriez désigné qui comme suspect?</p><p>L’orchestration des tensions des événements, pendant et après</p><p>Surtout après leur déroulement. Mais aussi pendant. Il suffit de se rappeler les différentes fausses alertes visant d’autres bâtiments de prestige; les dispositions prises pour mettre à l’abri divers dignitaires; le branle-bas autour de la question des effets boule-de-neige sur la ville de New York, sur l’Amérique entière et sur le monde en général; le jeu des situations d’urgence stratégique (les fameux niveaux de DEFCON)<span id="easy-footnote-17-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-17-31460" title="DEFense CONditions (conditions de défense)&nbsp;: niveaux d’alerte allant de 5 (normal, temps de paix) à 1 (préparation maximale). Ce jour-là, les forces militaires américaines reçurent l’ordre de se mettre en état DEFCON 3."><sup>17</sup></a></span>; le ballet des commentateurs et la valse des spécialistes ès affaires stratégiques, ès questions islamiques, ès sociologie, ès psychologie, ès terrorisme, chacun livrant son lot d’expertise en la matière. […]</p><p>[6 octobre 2002 – 12 octobre 2003,<br>revu superficiellement<br>le 13 septembre 2023]</p><p>PS. À l’exception de changements mineurs et sans impact aucun sur la substance du texte, c’est expressément que je n’y suis pas intervenu pour le mettre à jour. Beaucoup de choses se sont passées depuis sa création il y a vingt ans, mais il est suprenant de voir qu’aucune ne le contredit ou le rend désuet. Au contraire. [13 septembre 2023]</p>								</div>
				</div>
					</div>
		</div>
					</div>
		</section>
				</div>
		<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/">1191 (I/II)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Modèle et mimes (4/4)</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-4-4/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-4-4/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 30 Sep 2021 23:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=30635</guid>

					<description><![CDATA[<p>C’est vraiment étrange de constater à quel point certaines choses primaires changent avec le temps ! C’est le cas de la notoriété ou du modèle. [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-4-4/">Modèle et mimes (4/4)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« Pour nous punir de notre paresse, il y a, outre nos insuccès, les succès des autres. »</em></p>
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Jules Renard, ‹ Journal ›, 1925)</p>
<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« La plupart des gens ne sont pas eux-mêmes. Leurs pensées sont les opinions de quelqu’un d’autre ; leurs vies – une mimique ; leurs passions – une citation. »</em></p>
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Oscar Wilde, 1854 – 1900)</p>
<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>
<p class="wp-block-paragraph">Avec le rock, on attaque le côté sérieux des choses. À moins de refus délibérés ou d’interdictions parentales précises, je ne crois pas que depuis la fin de la guerre beaucoup de jeunes aient échappé à ce raz-de-marée. Dans les années ’40, ils rentraient au pays en chantonnant ‹ Swinging on a Star › de Bing Crosby. Dans les années ‘50, ils draguaient en fredonnant ‹ I’m just a gigolo › de Louis Prima. Dans les années ‘60, ils rêvaient d’Amérique aux sons de ‹ San Francisco › de Scott McKenzie. Dans les années ‘70, ils traînaient leurs tongs, leurs barbes et leurs cheveux longs sur fond de ‹ Je t’aime… moi non plus › de Serge Gainsbourg. Dans les années ‘80, ils s’excitaient pour ‹ Thriller › de Michael Jackson. Dans les années ‘90, pour ‹ Baby one more time › de Britney Spears. À présent, ils deviennent fous en écoutant ‹ Cleaning up my closet › d’Eminem. Tout le monde est passé par là.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Avec le rock, il y a deux choses : l’intensité du phénomène et son envergure, dans cet ordre. Elles n’ont pas d’égal. Si pour les quatre Rolling Stones, à l’âge de 60 ans, remplir un stade de 30000 places c’est de la routine, Elton John ou Tina Turner font, chacun tout seul, le même tabac, toujours à l’âge des grands-parents. Et ils font ça depuis 20, 30, 40 ans. Mais le plus important est ce qui se passe dans les gradins.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est pas qu’un tel spectacle draine sensiblement plus de mélomanes que d’autres manifestations semblables. Je dirais que l’amour exclusif pour la musique et le plaisir d’écouter se retrouvent davantage chez les auditeurs d’une chorale liturgique, d’un quatuor à cordes ou même d’une <em>jam-session</em>. Non. Le public du rock est là tout d’abord pour communier. La majorité ne comprend même pas les textes des chansons, soit pour une simple question de langue, soit parce qu’ils sont inaudibles ou insaisissables à cause du niveau sonore ou de la vitesse du débit verbal. Peu importe : le fluide qui s’installe et qui circule entre la scène et la salle (et vice-versa) comble ce vide.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Personnellement, je n’ai jamais vu des femmes et des hommes tomber en transe ou s’évanouir par extase à l’occasion d’une messe pontificale, ou lorsqu’un prédicateur harangue ses foules. Dans les années soixante déjà, lors des concerts des Beatles ou des Who, c’était devenu une habitude. Et pour cela, le spectacle était même superflu : la cocaïne aidant, leur simple apparition en public suffisait. Alors, le rock – le nouvel <em>“opium du peuple“</em> ? Je ne crois pas. Et les stars du rock – les nouveaux dieux ? Sûrement pas.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Ce délire n’est qu’à la mesure du vide moral, mental et spirituel actuel. En revanche, l’identification des mimes avec l’idole est totale, car très facile. La liste sans fin des sosies du <em>“King”</em> (Elvis Presley) est là pour le certifier. Et lorsqu’on se met à vraiment écouter les messages martelés par certains rockers, on est autorisé à prendre peur. Néanmoins, j’ai bien aimé le rock !…</p>
<p class="wp-block-paragraph">Dans le cadre des Jeux Olympiques, le sport a fonctionné en Olympie, à côté des arts et en honneur de Zeus, près de 12 siècles durant. Ensuite, la société s’en est dispensée, mais pas des arts. 15 siècles plus tard, il est symboliquement revenu à Athènes, cette fois sans les arts et en seul honneur du corps humain. Et c’est comme ça que cela se passe depuis un peu plus d’un siècle.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Soit, ce n’est pas tout à fait comme ça. C’est vrai qu’avec les épreuves modernes, tout a été fait pour que cette grande messe puisse recouvrer des attributs transcendant la chasse aux récompenses, les larmes de douleur ou de bonheur et la sueur de l’épuisement physique. On en fit donc un hymne à l’amitié des hommes et à la fraternité des peuples, une occasion de quête de la perfection sous l’emblème de l’égalité des chances, une ode à la paix.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Une électricité unique exalte les participants à ces jeux ; tout concurrent peut en témoigner. Pour eux, il y a un avant et un après les Jeux, et l’essentiel c’est d’y prendre part. (En fait, peu importent les magouilles au sommet du cio, et Ben Johnson est toujours le plus rapide, même s’il s’est peut-être bourré de stéroïdes.) C’est cela l’important, c’est cela qu’on retient, et c’est le bon côté des choses.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Bon ? Enfin. Disons que toutes ces considérations ont dû présider en 1936 au tournage du film ‹ Les Dieux du stade ›, sur les Jeux Olympiques de Berlin par la cinéaste allemande Leni Riefenstahl. Sauf erreur, c’est la réalisation cinématographique la plus aboutie vénérant le corps humain avec un tel brio. On peut en revanche penser que ce film a ouvert au public le culte du physique tel que nous le connaissons aujourd’hui. En effet, le sport clôt la série des éléments qui jalonnent le glissement de l’esprit vers la matière. En parallèle, il livre au peuple la meilleure icône qui soit : l’individu anonyme mais doué, qui triomphe sur l’adversité par l’effort et la ténacité, et qui s’auréole par le dépassement de soi-même.</p>
<p class="wp-block-paragraph"><em>Mens sana in corpore sano</em> disait Juvénal. Mais qu’est-ce qui pourrait bien être sain dans l’esprit et le corps d’un Richard Virenque, d’un Earvin “Magic” Johnson ou d’un Diego Maradona ?! N’empêche, l’un est une étoile du cyclisme, l’autre une légende du basket-ball, tandis que le dernier est un des rares mythes du football. C’est comme ça, et pas autrement, qu’on pense dans les banlieues de Casablanca, de Lansing (mi) et de Buenos- Aires.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Quelques mots encore avant de conclure. Depuis peu, la communication joue un rôle exponentiel dans la diffusion et la circulation de l’information, de même que la langue n’est plus un obstacle. À la fin du XIX<sup>e</sup> siècle, rares étaient ceux à travers le monde qui avaient la possibilité de s’imaginer à la place d’un John D. Rockefeller, d’un Henry M. Stanley ou d’une Sarah Bernhardt. Au début du XXI<sup>e</sup> siècle, tout un chacun, un tant soit peu avisé, d’Osaka à Nouméa et de Lima à Beyrouth, a rêvé au moins une fois d’être dans la peau d’un Larry Ellison, d’un Bertrand Piccard ou d’une Kim Basinger. L’instrument qui mesure l’emprise et l’importance acquises par le modèle se trouve dans ce constat. La course infinie aux exploits les plus ineptes, via l’hypertrophie constante du ‹ Livre Guinness des records ›, est la preuve qu’aujourd’hui n’importe quel mime veut et peut être le héros – c’est-à-dire le modèle – d’un jour.</p>
<p class="wp-block-paragraph">La mode occupe une place à part dans l’univers emblématique. Étymologiquement d’abord, la mode fournit de vrais modèles, au sens propre du mot, ensuite, à travers une certaine forme d’équité. Je veux Que nous réserve l’avenir dans ce registre ? D’autres chambardements auront-ils lieu ? Quelques-uns des nouveaux domaines non indispensables disparaîtront-ils ? Le cinéma par exemple ? – les acteurs étant remplacés par des créatures virtuelles, moins chères, dociles et façonnables (donc perfectibles) à souhait ? Les exploits du sport seront-ils dépassés par les jeux interactifs, en 3D, de la N<sup>e</sup> génération ? Verrons-nous le renouveau de domaines indispensables présentement assoupis – comme la spiritualité, mais selon un tracé différent de celui qui a prévalu pendant des siècles ? Assisterons-nous à l’éveil d’activités aujourd’hui en disgrâce, mais revigorées par des impératifs inédits – comme l’agriculture ou la poterie ? Ou peut-être constaterons-nous simplement l’essor de&nbsp; domaines inconnus à ce jour ? Ou bien rien de tout ça, et les choses continueront comme maintenant ?</p>
<p class="wp-block-paragraph">
</p><p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>
<p class="wp-block-paragraph">P.S. Il me semble utile de préciser que mon tour d’horizon est fait à une certaine altitude et observe un état général. À cette hauteur-là, les buttes, les fosses et les ornières sont imperceptibles, donc négligeables. Dire alors que, très occasionnellement, des cas infirmeraient ces constats serait insignifiant. Ce qui reste et compte finalement, ce n’est que l’étendue de la plaine.</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-4-4/">Modèle et mimes (4/4)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-4-4/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Modèle et mimes (3/4)</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-3-4/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-3-4/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Sep 2021 06:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=30620</guid>

					<description><![CDATA[<p>C’est vraiment étrange de constater à quel point certaines choses primaires changent avec le temps ! C’est le cas de la notoriété ou du modèle. [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-3-4/">Modèle et mimes (3/4)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« Pour nous punir de notre paresse, il y a, outre nos insuccès, les succès des autres. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Jules Renard, ‹ Journal ›, 1925)</p>



<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« La plupart des gens ne sont pas eux-mêmes. Leurs pensées sont les opinions de quelqu’un d’autre ; leurs vies – une mimique ; leurs passions – une citation. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Oscar Wilde, 1854 – 1900)<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voyons à présent les catégories qui marchent réellement. La première est musicale, mais elle est nouvelle : c’est le rock. La seconde est nouvelle à 100 % : c’est le cinéma et sa petite sœur, la télévision. Il y a aussi la mode, sortie tout droit de l’artisanat. Mais la vraie, toute grande nouvelle venue, est cette occupation restée jusqu’à présent primitive ou secondaire : le sport. Enfin, l’unique domaine-clé traditionnel qui tourne est l’économie. À la fin du XX<sup>e </sup>et au début du XXI<sup>e</sup> siècle, c’est donc le monde économique, du sport, de la mode, du cinéma et du rock qui fournit les références.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les critères ont donc soudainement basculé. Mais à l’opposé des domaines-clés dont ce fut le cas jusqu’à présent, les quatre derniers n’ont plus un caractère indispensable, une essentialité pérenne. À moins que – sait-on jamais ? – l’humanité ne se tourne résolument vers le sport, le spectacle ou la mode pour en faire les vertèbres d’une nouvelle colonne dorsale de la civilisation, ces domaines restent subsidiaires. En effet, encore aujourd’hui, l’individu et la communauté ne peuvent fuir la foi, et s’ils le font, comme c’est de plus en plus le cas, cela se ressent. Ils ne peuvent vivre hors la loi. Par nature, ils refusent d’ignorer les choses de l’esprit et de la matière. Sous peine d’anarchie, ils ne sauraient éviter l’autorité de droit et la gestion des affaires de la cité. Abandonner l’expression artistique est impensable. Comme la quête de nouveaux horizons. Quant à l’autorité de fait, s’ils peuvent s’en passer, c’est par orgueil qu’ils ne le font pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jetons-y donc un coup d’œil de plus près en commençant par l’économie, qui assure la continuité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De nombreux éléments rendent difficile tout parallèle pertinent entre des Andrew Carnegie ou Lee Iacocca et des Jean P. Getty ou Ted Turner. Il n’empêche ; leurs images peuvent être comparées. Les trajectoires des uns et des autres sont exemplaires. Partis de rien ou héritiers, passés ou présents, ces personnages, et bien d’autres, sont devenus de vrais noms, évoqués partout avec ce mélange de respect et de jalousie qui ne s’adresse qu’aux figures d’exception.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon but n’est pas d’éplucher ici chacun de ces phénomènes, avec ses hauts et ses bas, ses côtés brillants et sombres. Il existe pourtant une différence nette entre les modèles anciens et actuels (c’est là une façon de parler, car les différences sont nombreuses). Une fois leur dimension économique acquise, le renom des premiers fut bâti en bonne partie sur la base de l’activité déployée en dehors du secteur des affaires. C’est ce qui a permis de donner une autre envergure à leur image, sous une autre lumière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si le mécénat, les œuvres de charité ou les préoccupations culturelles étaient propres aux pionniers de l’ère industrielle, ce n’est plus tellement le cas des “moghols“ contemporains, comme les Américains aiment nommer les célébrités économiques du moment. Car jusqu’à preuve du contraire et en connaissance d’une présence importante dans l’humanitaire, ce n’est pas comme protecteur des arts et des lettres qu’on a pris l’habitude d’évoquer Bill Gates, mais comme celui qui a réussi à s’enrichir de manière ahurissante en filant à la planète entière un système informatique réputé défaillant, tout en parvenant à éviter le morcellement de son empire sous le coup de multiples plaintes pour concurrence déloyale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cinéma est admis comme un art. Question n° 1 : pourquoi alors le dissocier de son domaine, l’art ? pour les besoins de cette dissertation ?! Réponse n° 1 : parce qu’il y a le cinéma-art et le cinéma-pop-corn. Question n°2 : mais il y a aussi la littérature-art et la littérature-hall-de-gare, la peinture-art et la peinture-panier-de-raisins, etc. Pourtant, la littérature et la peinture restent ici des références. Réponse n° 2 : c’est vrai, sauf que les modèles du monde de la littérature et de la peinture sont pourvus par la littérature-art et la peinture-art, tandis que la littérature-hall-de-gare et la peinture-panier-de-raisins restent heureusement confinées au rayon de seconde main. Ce n’est pas du tout le cas du cinéma-pop-corn.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On pourrait dire que le cinéma est encore trop jeune : cent ans à peine (plusieurs milliers pour le théâtre, la sculpture, l’architecture). C’est un faux débat : la capacité d’influence, la force d’évocation et la vigueur des arts ne s’amplifient pas avec les années. Ces attributs existent tout simplement, ils leur sont propres, et le temps ne fait que les affermir. Je doute que l’archétype de Vénus de Milo soit plus probant que celui du jeune rebelle créé par James Dean, même si tant de siècles les séparent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reconnaissons-le : cet art prend tout de suite du galon avec ‹ Le Cuirassé Potemkine › de Sergueï Eisenstein (1925), ‹ Le Général › de Buster Keaton (1926), ‹ Metropolis › de Fritz Lang (1927), ‹ Napoléon › d’Abel Gance (1927), ‹ Le Cirque › de Charlie Chaplin (1928), etc. L’impact inégalable de l’image en action, associée au son, a vite fait de forger la magie du cinéma, qu’on appela d’ailleurs à ses débuts “la lanterne magique“. Anticipation, réalité ou fiction, décors naturels ou artificiels, extérieurs ou en studio, effets et trucages, fond musical et, enfin, montage habile de l’ensemble,&nbsp; autant d’éléments qui ont mis en valeur l’acteur et, par là, qui ont permis au spectateur ému de s’identifier aux héros du grand écran comme jamais auparavant. Le star-system était né.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le temps des devanciers – le bouffon, le saltimbanque, le forain, l’histrion – est désormais loin derrière. La page de l’amusement est tournée. Plus que n’importe quel autre domaine jusqu’alors, le cinéma se mue en véritable industrie de modèles, à travers le rêve, qui est son principal outil de travail. En Inde par exemple, où la production cinématographique dépasse celle d’Hollywood, le rôle du cinéma est fondamentalement social, car il offre à l’individu les moyens pour s’évader d’un contexte miséreux vers un espace idyllique fait d’amour et de beauté. En une seule génération, le métier troque ses haillons pour les lauriers. Nulle part ailleurs on ne trouve une telle densité de célébrités. […]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne quittons pas le cinéma sans nous arrêter un instant sur ses autres références : les animaux et les bandes dessinées. Leur rôle est immense, car ils alimentent l’imaginaire pur des enfants. Nous avons tous applaudi les prouesses de l’apathique Droopy aux dépens du loup cruel et stupide. Ce domaine est porteur et fécond, on le sait. De nos jours, il est dominé par les Digimon et les Power Rangers asiatiques. Toute la différence est là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La mode occupe une place à part dans l’univers emblématique. Étymologiquement d’abord, la mode fournit de vrais modèles, au sens propre du mot, ensuite, à travers une certaine forme d’équité. Je veux dire que via les habits, qui constituent l’objet de son intérêt, le dessein de la mode est l’élégance, sœur de la beauté.<span id="easy-footnote-17-30620" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-3-4/#easy-footnote-bottom-17-30620" title=" Du corps, certes, mais elle mérite le respect, car la beauté, comme fait de la Création, plaît aussi à Dieu. Alors que dire de l’homme&amp;#8230;"><sup>17</sup></a></span> La voir s’adjuger enfin une position à la hauteur de son importance ne serait donc que justice. Enfin, la singularité actuelle de la mode tient également au fait qu’elle se décline surtout au féminin, même si quelques signes annoncent l’essor des canons masculins en la matière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vu sous cet angle, je remarque encore que les valeurs véhiculées par la mode sont uniquement plastiques. Bien sûr, il y a là aussi la grâce, de même que la certitude d’une nature foncièrement positive de la personne. On n’oserait en effet imaginer une top-modèle prodiguant ses charmes tout en étant poursuivie pour extorsion, recel ou cambriolage. Mais ces vertus sont – hélas ! – mineures. À suivre les défilés de mode ou l’élection de telle Miss Pays, on ne regrette jamais assez de ne pas avoir éteint le poste avant que la première demoiselle n’ait ouvert la bouche. Ainsi sont faites les choses : la beauté de l’esprit est ailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et c’est justement là que le bât blesse. Chez les anciens, la beauté était (ou n’était que, c’est selon) un composant de la plénitude, de la perfection. La beauté de Nike de Samothrace coupe le souffle. Mais la statue de la déesse est décapitée. Paradoxe ? Non. Sa beauté a dépassé la matière qui lui donne corps. Elle est dans l’harmonie du tout. La déesse Athéna était la quintessence et de la beauté, et de la bonté, et de la grandeur, et de la sagesse. Voilà un mythe. Juliette était extrêmement jeune, belle, candide et fidèle. Voilà une légende. Comment se rangent à ces critères les standards plastiques actuels ? Par la seule beauté. Vide. Et pendant que leur message visuel fait le tour du monde, ce qu’il distribue c’est uniquement la beauté. Forcément vide aussi. Alors : éternelle, la beauté ? Certainement. Il ne reste qu’à établir laquelle de ces deux-là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec le rock, on attaque le côté sérieux des choses. À moins de refus délibérés ou d’interdictions parentales précises, je ne crois pas que depuis la fin de la guerre beaucoup de jeunes aient échappé à ce raz-de-marée. Dans les années ’40, ils rentraient au pays en chantonnant ‹ Swinging on a Star › de Bing Crosby. Dans les années ‘50, ils draguaient en fredonnant ‹ I’m just a gigolo › de Louis Prima. Dans les années ‘60, ils rêvaient d’Amérique aux sons de ‹ San Francisco › de Scott McKenzie. Dans les années ‘70, ils traînaient leurs tongs, leurs barbes et leurs cheveux longs sur fond de ‹ Je t’aime… moi non plus › de Serge Gainsbourg. Dans les années ‘80, ils s’excitaient pour ‹ Thriller › de Michael Jackson. Dans les années ‘90, pour ‹ Baby one more time › de Britney Spears. À présent, ils deviennent fous en écoutant ‹ Cleaning up my closet › d’Eminem. Tout le monde est passé par là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-3-4/">Modèle et mimes (3/4)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-3-4/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Modèle et mimes (2/4)</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-2-4/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-2-4/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Aug 2021 08:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=30611</guid>

					<description><![CDATA[<p>C’est vraiment étrange de constater à quel point certaines choses primaires changent avec le temps ! C’est le cas de la notoriété ou du modèle. [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-2-4/">Modèle et mimes (2/4)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« Pour nous punir de notre paresse, il y a, outre nos insuccès, les succès des autres. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Jules Renard, ‹ Journal ›, 1925)</p>



<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« La plupart des gens ne sont pas eux-mêmes. Leurs pensées sont les opinions de quelqu’un d’autre ; leurs vies – une mimique ; leurs passions – une citation. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Oscar Wilde, 1854 – 1900)<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne nous attardons pas sur la qualité de ces récits, surtout celui qui décortique le parcours mental de l’assassin du chef beatle avec un relent psychanalytique discutable. Pour ce qui m’importe, l’essentiel c’est l’esprit qui préside à ces actes. Il définit une tendance qui ne cesse de s’accentuer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a d’abord l’essor de nouveaux domaines-clés, au détriment d’autres qui s’estompent. Sur les dix recensés plus haut, qui ont structuré la vie sociale pendant des siècles, très peu gardent encore la cote.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La foi négocie sa survie. Elle a perdu son rôle fondamental de canevas structurant de l’homme. Ainsi, les modèles qu’elle offre ne sont plus reconnus. Le cas d’un Jean-Paul II reste confiné à la sphère des irréductibles, de moins en moins nombreux, même s’ils sont encore peut-être des millions. Et la part de sa notoriété qui dépasse cette limite n’est que médiatique car, de fait, son image et même sa personne sont de plus en plus mises en cause.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le savoir ne fait plus d’émules et engendre encore moins de disciples. Il n’est plus réservé aux élus. Cette fierté saine qui transcende l’âme de celui qui devient le dépositaire de certaines vérités exclusives n’a plus de raison aujourd’hui. ‹L’École d’Athènes› de Raphaël tient d’une ère initiatique révolue. À présent, la connaissance s’est popularisée. Elle s’est diluée et banalisée. Les maîtres se font rares, leurs exemples aussi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est pareil avec la loi et sa mise en œuvre. Peu de domaines sont plus contestés. Ici, les procureurs accusent la pression du politique. Là, on critique le pouvoir des juges comme étant démesuré. Ailleurs, on les attaque pour corruption ou on les tue. Et partout on dénonce une justice asymétrique. En fait, la société perd ses jalons. La fragilité et le déséquilibre de la magistrature sont donc à l’image de cette dérive. Quant à la gloire de quelques étoiles du prétoire (Garzón en Espagne, Bruguière en France), elle n’est que circonstancielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’étude des mystères de la matière suit la même voie que celle du savoir en général. En l’espace de plusieurs décennies, la recherche est devenue routinière, et implicitement ses résultats. Cependant, si importantes soient certaines découvertes (cela arrive parfois), pour autant elles ne font plus de leur auteur un Einstein. Bonne ou mauvaise, cette vulgarisation? Difficile de trancher. Toujours est-il que ce n’est plus parmi les savants que se recrutent les modèles d’aujourd’hui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les limites du monde terrestre sont depuis longtemps circonscrites. Il semble que notre planète n’ait plus de secrets à révéler, à moins que l’existence d’Agharta, le monde situé à l’intérieur de la Terre et prédit 300 ans en arrière par Euler et Halley, ne soit attestée de visu. Sinon, il n’y aura pas de second Amerigo Vespucci. Et même si les terriens coloniseront tel ou tel astéroïde, les exploits de Gagarine et d’Armstrong resteront dans les manuels d’histoire.</p>



<figure class="wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex">
<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1001" height="1024" data-id="30575" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-2_4-Agharta-1-1001x1024.jpg" alt class="wp-image-30575" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-2_4-Agharta-1-1001x1024.jpg 1001w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-2_4-Agharta-1-293x300.jpg 293w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-2_4-Agharta-1-768x785.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-2_4-Agharta-1.jpg 1149w" sizes="(max-width: 1001px) 100vw, 1001px"></figure>
</figure>



<p class="wp-block-paragraph">Si l’autorité de fait est également dépassée, c’est surtout parce que les faits d’armes ne sont (heureusement?) plus les vecteurs des valeurs d’antan. Un siècle de barba-rie a conduit l’Occident vers un système refusant la violence. À présent, la grandeur d’une nation ne s’exprime plus par les conquêtes ou la domination, fussent-elles sources de prospérité, réelle pour le dominateur, relative pour le dominé. Un Bonaparte n’aurait plus sa place aujourd’hui. Ceci étant, le côté héroïque des choses se ressent; la gloire des militaires de haut rang, soumis au politique, devient sporadique et marginale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est donc qu’au rayon de l’autorité de droit que l’on retrouve dans le contexte présent un air de continuité. Si la notoriété reste clairement du domaine du politique, des nuances s’imposent. D’abord, de nos jours, l’optique collective n’est pas la même, selon qu’elle vise la stature d’un vrai autocrate ou celle d’un vrai démocrate, les demi-mesures se créant difficilement une place au Panthéon. Les mécanismes mentaux font que le regard jeté par le citoyen sur ses dirigeants s’est beaucoup affûté. Si un tyran peut influer sur un pays ou une région, c’est qu’il ne sème pas, il ne fait que mutiler. Et ça, le citoyen le sait. Ensuite, et surtout, c’est (malheureusement ?) à l’horizon des grandes épreuves que se profilent les plus fortes figures nationales, sombres ou radieuses (c’est selon). Le passé est riche en ce sens: Tito, Staline, de Gaulle, Mao, Kennedy, pour se limiter aux figures les plus récentes. Or justement, la tendance est (heureuse-ment?) d’éliminer ces foyers de danger… Enfin, pour tous les motifs évoqués, il est possible que cette espèce soit en voie de disparition, si elle n’est pas déjà éteinte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant aux affaires de la société, elles sont plus ou moins soumises aux mêmes facteurs qui fonctionnent dans le domaine de l’autorité de droit. Dans la mesure où l’on accepte que le contexte révèle le potentiel de l’individu, on situe un Haussmann ou un Churchill à la place qu’ils méritent. C’est ce qui s’appelle être en accord avec son temps. Alors, ce que les affaires de la société ont en commun avec l’autorité de droit, c’est le fait qu’à l’avenir de telles figures emblématiques sont censées se révéler hors du monde industrialisé proprement dit. Chacun à sa façon, le parcours de Václav Havel et l’assassinat de Zoran Đinđić montrent que le terrain fertile se trouve désormais ailleurs qu’en Occident.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De tous les domaines-clés que nous avons vus, seuls les arts et l’économie gardent une certaine vigueur. Mais là, encore une fois, quelques nuances s’imposent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le débarquement du moderne ravagea la majeure partie des arts dits «classiques». Depuis plus d’un demi-siècle, la peinture, la sculpture et la musique pataugent, et le public avec, la danse et le théâtre aussi, même si c’est peut-être dans une moindre mesure. Économiquement dépendante, l’architecture est un cas à part. La littérature est la seule à tirer son épingle du jeu, allez savoir pourquoi! Mais de là, à créer des mythes, le chemin est long.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voyons à présent les catégories qui marchent réellement. La première est musicale, mais elle est nouvelle: c’est le rock. La seconde est nouvelle à 100 %: c’est le cinéma et sa petite sœur, la télévision. Il y a aussi la mode, sortie tout droit de l’artisanat. Mais la vraie, toute grande nouvelle venue, est cette occupation restée jusqu’à présent primitive ou secondaire: le sport. Enfin, l’unique domaine-clé traditionnel qui tourne est l’économie. À la fin du XXe et au début du XXIe siècle, c’est donc le monde économique, du sport, de la mode, du cinéma et du rock qui fournit les références.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-2-4/">Modèle et mimes (2/4)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-2-4/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Modèle et mimes</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Aug 2021 10:31:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=30549</guid>

					<description><![CDATA[<p>C’est vraiment étrange de constater à quel point certaines choses primaires changent avec le temps ! C’est le cas de la notoriété ou du modèle. [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/">Modèle et mimes</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« Pour nous punir de notre paresse, il y a, outre nos insuccès, les succès des autres. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Jules Renard, ‹ Journal ›, 1925)</p>



<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« La plupart des gens ne sont pas eux-mêmes. Leurs pensées sont les opinions de quelqu’un d’autre ; leurs vies – une mimique ; leurs passions – une citation. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Oscar Wilde, 1854 – 1900)<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est vraiment étrange de constater à quel point certaines choses primaires changent avec le temps ! C’est le cas de la notoriété ou du modèle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a moult façons de classer les extrêmes de l’espèce humaine. Il y a les bons et les méchants, les riches et les pauvres, les forts et les faibles, les tenaces et les fugaces, les croyants et les athées, les doux et les violents, les loyaux et les félons, les surdoués et les sous-doués, etc. Il y a aussi la vaste catégorie des imités imités par les imitateurs, avec la variante des copiés copiés par les copieurs. On appelle les premiers des modèles ; ils ont gagné la notoriété. Des seconds, on dira : des singes, ou alors des mimes<span id="easy-footnote-18-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-18-30549" title=" On ne retiendra pas ici le côté artistique, créatif, de ce mode d’expression, mais le sens reproductif qui lui est généralement associé."><sup>18</sup></a></span> ; ils voudraient avoir la notoriété, mais ils ne l’ont pas. Alors ils font semblant, ou bien ils essayent de s’identifier à ceux qui l’ont.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La notion de modèle, propre à l’homme, a fait partie en permanence de sa condition, la nature ne connaîssant pas le modèle (ou alors tout y est modèle). Quelle que soit l’approche, mystique ou matérielle, l’homme apparaît en train de copier quelque chose. Au mieux, il copie Dieu, car Dieu le fit à son image et à sa ressemblance. Tant bien que mal, il copie la nature, dans tout ce qu’elle a de prodigieux et d’unique. Au pire, il copie son prochain, qui demeure – reconnaissons-le – un recueil d’imperfections.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’homme a ainsi balancé dès le début entre deux types d’alternatives : d’une part, choisir l’au-delà ou le contingent en tant que références, d’autre part, et dans le second cas, soit se débrouiller pour découvrir dans son prochain des repères stimulants pour son propre devenir (il s’agit de la singerie constructive innocente), soit se laisser aller, aspiré par l’aura de tel ou tel personnage (il s’agit de la singerie destructive méprisable).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, depuis passés deux mille ans, les chrétiens n’ont eu qu’un seul modèle : Jésus-Christ. Mais aussi, depuis toujours, la société a assidûment propulsé à l’avant-scène ses éléments les plus notables. Elle le fait et continuera à le faire. Qui étaient-ils ? Principalement, des personnes évoluant dans les domaines-clés<span id="easy-footnote-19-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-19-30549" title=" Un domaine-clé est un secteur essentiel de la vie communautaire, validé par la durée. L’histoire a connu, bien sûr, son lot d’exceptions : des gens en dehors d’une telle appartenance et pas spécialement voués à un destin d’exception. Souvent, leur célébrité vint après leur mort, de même que leur existence se confondit avec la légende. Quelques noms parmi les plus connus : Robin des Bois, Casanova, Guillaume Tell, Raspoutine."><sup>19</sup></a></span> de la société, les valorisant même. Depuis leurs sommets, elles rayonnaient par leur exemple, faisant école en tant que modèles pour les contemporains et la postérité.</p>



<figure class="wp-block-gallery columns-1 is-cropped wp-block-gallery-2 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img decoding="async" width="300" height="504" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-1_4-Jesus-Christ-16.jpg" alt data-id="30607" data-full-url="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-1_4-Jesus-Christ-16.jpg" data-link="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/attachment/modele-et-mimes-1_4-jesus-christ-16/" class="wp-image-30607" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-1_4-Jesus-Christ-16.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-1_4-Jesus-Christ-16-179x300.jpg 179w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px"></figure></li></ul></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Ces femmes et ces hommes</p>



<ul class="wp-block-list"><li>recevaient, avaient, gardaient et transmettaient la foi ; ils étaient prophètes, prêtres, évêques (par exemple saint Pierre) ;</li><li>acquéraient, interprétaient, défendaient et appliquaient le savoir et la loi ; ils étaient patriarches, scribes, magistrats, maîtres, sages, professeurs, philosophes (Aristote) ;</li><li>dominaient les secrets du corps et en général ceux de la vie physique et de la matière ; ils étaient guérisseurs, alchimistes, médecins, scientifiques (Newton) ;</li><li>obtenaient, détenaient, gardaient et léguaient l’autorité de droit ; ils étaient ducs, princes, rois, empereurs, présidents (Atatürk) ;</li><li>apportaient (ou dictaient) et défendaient l’autorité de fait ; ils étaient commandants, généraux, résistants, chefs de guerre (Jeanne d’Arc) ;</li><li>veillaient aux affaires de la société ; élus ou désignés, ils étaient tribuns, gouverneurs, sénateurs, députés, maires, ministres (Bismarck) ;</li><li>repoussaient les limites du monde connu ; ils étaient conquistadors, explorateurs, aventuriers, navigateurs (Magellan) ;</li><li>pratiquaient les arts, glorifiant Dieu ou racontant l’homme ; ils étaient auteurs dramatiques, architectes, danseurs, peintres, poètes, musiciens, sculpteurs, prosateurs (Hugo) ;</li><li>enfin, orchestraient l’activité économique ; ils étaient entrepreneurs, armateurs, banquiers, industriels (Krupp).</li></ul>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tous ces domaines avaient aussi leurs précurseurs ou visionnaires – Constantin Ier, Léonard de Vinci, Galilée, Pascal, Bach, Gaudí, Ford, Picasso. Il y avait encore l’occupation – secondaire – du jeu<span id="easy-footnote-20-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-20-30549" title=" Étymologiquement, le mot sport, apparu dans la langue française au XIXe siècle, désigne l’amusement, le jeu, la distraction."><sup>20</sup></a></span> et de la fête, mais qui n’a pas fourni de modèles pendant tout ce temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puis tout a basculé. Je dirais : presque d’un jour à l’autre.<span id="easy-footnote-21-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-21-30549" title=" Je parle d’un espace de 2 ou 3 générations, ce qui n’est rien considérant l’ampleur de cette mutation."><sup>21</sup></a></span> Voyons.</p>



<p class="wp-block-paragraph">1980</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Mark Chapman souffrait de désillusion schizophrénique paranoïaque. Par deux fois il avait voulu se suicider, et pendant l’année 1979 il se fixa à la fois sur Holden Caulfield (le personnage de l’Attrape-Cœurs de J. D. Salinger) et sur John Lennon. À la fin, Chapman croyait vivre une vie qui était le reflet de celle de Holden Caulfield et de l’irréelle superstar John Lennon. Chapman était confus et paranoïaque par rapport à qui il était en réalité, et peut-être que par l’assassinat de John Lennon il essayait de se tuer lui-même. John Lennon faisait un retour après 5 ans d’un soi-disant exil. Il était inquiet de savoir s’il allait réussir ou échouer, et paranoïaque sur son identité de Lennon l’ex-Beatles, Lennon le papa-poule ou Lennon la rock-star solo, et quant à savoir si à 40 ans il pouvait encore être au sommet. La vraie histoire derrière le terrible meurtre de John Lennon est celle d’une quête d’identité. Quand Mark Chapman se regardait dans le miroir, qui voyait-il ? Pas lui, mais son propre reflet – John Lennon, son alter ego, ou Holden Caulfield, son autre moi, vrai mais fictif. Chapman dit à sa femme qu’il allait changer son nom en Holden Caulfield. Quand John Lennon se regardait dans le miroir, qui voyait-il ? Dans son dernier enregistrement, Lennon chante l’ange de la destruction qui le hante. C’est ça, l’image ténébreuse qu’il cache dans ses yeux. Voilà l’homme qui avait raccroché son boulot en tant que John Lennon, et qui était venu à New York pour se faire tuer par Mark Chapman. Comme un Narcisse moderne, Chapman s’accrocha à des images et se refléta dans des miroirs qu’il trouva dans les textes des chansons, les couvertures d’albums, la télé, les films et les livres. Peut-être pensait-il que les miroirs lui diraient qui il était en réalité. Peut-être qu’il sentit qu’ils lui révéleraient son rival jumeau, sa doublure »</em>. <span id="easy-footnote-22-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-22-30549" title="lennon-chapman.com, traduction de l’auteur de cet essai"><sup>22</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Et encore : 1981.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Suite à un article paru dans l’édition de mai 1980 de la revue ‹ People › sur l’entrée de Jodie Foster à l’université de Yale, Hinckley rejoignit un cours littéraire à Yale, pour être ainsi plus proche de l’actrice qui l’avait tellement ému dans ‹ Taxi Driver ›. À Yale il essaya d’établir le contact avec Jodie et laissa des missives et des poèmes dans sa boîte à lettres. Il fit en sorte de décrocher deux entretiens téléphoniques avec elle, pendant lesquels il l’assura qu’il n’était pas dangereux. Toutefois, cette idée fixe pour Foster coïncida avec son obsession pour le meurtre. Hinckley croyait qu’acquérir la notoriété par l’assassinat du président des États-Unis lui aurait fait gagner «respect et amour». Après avoir failli s’engager fin février 1981 comme il avait promis à ses parents, John se rendit à Hollywood où il ne resta qu’un jour. John Hinckley Jr. prit ensuite le bus et, le 29 mars 1981, il descendit à l’hôtel Park Central de Washington. Le lendemain, lundi 30 mars 1981, John écrit une lettre à Jodie Foster exposant son plan de tuer le président Reagan pour l’impressionner avec son «acte historique», quitta sa chambre d’hôtel et prit un taxi en direction de l’hôtel Washington Hilton, où Reagan devait parler à 13:45 h devant une assemblée syndicale. À 13:30 h, John Hinckley Jr. sortit de la foule des reporters de télévision et tira 6 fois avec un pistolet Rohm R6-14. Les balles de l’arme de Hinckley touchèrent Ronald Reagan au poumon gauche, le secrétaire de presse James Brady à la tempe gauche, l’officier Thomas Delahanty au cou et l’agent de sécurité Timothy McCarthy au ventre. Hinckley fut arrêté sur le coup et son procès débuta près d’un an plus tard, le 4 mai 1982. Le 21 juin 1982, après 7 semaines de témoignages et 3 jours de débats du jury, John Hinckley Jr. fut déclaré non coupable pour raison de santé.»</em><span id="easy-footnote-23-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-23-30549" title="law.umkc.edu, traduction de l’auteur de l’auteur de cet essai"><sup>23</sup></a></span> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne nous attardons pas sur la qualité de ces récits, surtout celui qui décortique le parcours mental de l’assassin du chef beatle avec un relent psychanalytique discutable. Pour ce qui m’importe, l’essentiel c’est l’esprit qui préside à ces actes. Il définit une tendance qui ne cesse de s’accentuer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a d’abord l’essor de nouveaux domaines-clés, au détriment d’autres qui s’estompent. Sur les dix recensés plus haut, qui ont structuré la vie sociale pendant des siècles, très peu gardent encore la cote.[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/">Modèle et mimes</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le poulain d’Amélie</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/le-poulain-damelie/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/le-poulain-damelie/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Jun 2021 18:04:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=30493</guid>

					<description><![CDATA[<p>Je suis le poulain d’Amélie. En tout cas, c’est comme ça que je me considère. Et j’ai presque envie de l’appeler “sainte Amélie“. À vrai dire, c’est plutôt le papa - artistique - d’Amélie qui mériterait cette considération (ou cette consécration). Il s’appelle Jean-Pierre Jeunet. En effet, ce monsieur est - encore - relativement jeune. [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-poulain-damelie/">Le poulain d’Amélie</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h4 style="text-align: center;"></h4>
<p style="text-align: right;"><i>« Quand le doigt montre le ciel, l’imbécile regarde le doigt. »</i></p>
<p style="text-align: right;">(Locution attribuée à Confucius et reprise dans le film</p>
<p style="text-align: right;">‹ Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain › de Jean-Pierre Jeunet, 2001)</p>
<p>Je suis le poulain d’Amélie. En tout cas, c’est comme ça que je me considère. Et j’ai presque envie de l’appeler <i>“sainte Amélie“</i>. À vrai dire, c’est plutôt le papa – artistique – d’Amélie qui mériterait cette considération (ou cette consécration). Il s’appelle Jean-Pierre Jeunet. En effet, ce monsieur est – encore – relativement jeune.</p>
<p>Jean-Pierre Jeunet est metteur en scène. Avant ‹ Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain ›, il avait réalisé à gros budget un film mi-horror mi-science-fiction (‹ Alien IV – Resurrection ›) dans le cadre d’une minisérie que certains appelaient déjà culte. Brrrr, je n’aime pas les films avec toutes ces créatures écorchées qui bavent en tuant !</p>
<p>Jean-Pierre Jeunet avait aussi co-réalisé deux films assez “gothiques“, qui sont devenus des films cultes : ‹ Delicatessen › et ‹ La Cité des enfants perdus ›. Hmm, étranges et lourds… Et encore du sang… Reconnaissons-leur tout de même une profonde originalité. Dans le paysage actuel du 7<sup>e</sup> art, à elle seule cette remarque mérite l’attention.</p>
<p>Jean-Pierre Jeunet est – en plus – français. Et c’est de là que vient la grosse surprise. Pour un film comme ‹ Amélie ›, j’attendais un Russe, un… – que sais-je ? – Japonais, un Espagnol peut-être. Mais un Français ?!… Et qui, jusque-là, avait pataugé dans du gore ?!… Comme quoi l’on ne se méfie jamais assez des idées préconçues.</p>
<p>Mais ce Jean-Pierre Jeunet, l’appeler saint Jean-Pierre, j’ai de la peine. Je ne sais pas pourquoi, peut-être parce que ça me rappelle un peu Jean-Pierre Foucault, même si je n’ai rien contre ce monsieur, qui exerce très bien son métier. Pourtant, aller jusqu’à le sanctifier… Soit : tout ça, c’est assez bête. Mais c’est souvent ainsi.</p>
<p>Rester sur ma <i>“sainte Amélie“</i> est donc préférable. Son nom est aussi très musical, car il n’y a pas de R agressif dedans. Et puis, les gens n’adorent pas forcément Shakespeare et Léonard de Vinci, mais bien Juliette et la Joconde. Comme ça, je crois que Jean-Pierre Jeunet ne m’en voudra pas, comme tout Pygmalion qui se respecte.</p>
<p>Je ne saurais dire si, en baptisant de la sorte l’héroïne du film, son père artistique a volontairement fait le nécessaire pour permettre le calembour que j’ai choisi comme titre de cet écrit. Toujours est-il que ce fut pour moi une manière comme une autre de rendre hommage à un fait artistique et de société qui sort de l’ordinaire.</p>
<p>Car au-delà de son immense succès commercial, ‹ Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain › est une réalisation d’exception. Ou peut-être justement grâce au fait que c’est une réalisation d’exception, son succès commercial fut planétaire. Oui, mais alors que dire de produits comme ‹ Star Wars ›, ‹ E.T. ›, ‹ Spider-Man › et ‹ Jurassic Park  ?!…</p>
<p>C’est clair : l’une n’explique pas l’autre. Restons-en donc au fait que Amélie est une réalisation d’exception. Pour une fois, la publicité d’un film tient ses promesses. Son message dit : ‘Elle va changer votre vie’. Et c’est ce qu’elle fait. En bien. Et naturellement. On dirait : involontairement. Ce qui est encore plus précieux.</p>
<p>‹ Amélie Poulain › n’est pas seulement un film beau à voir. Il est beaucoup plus que frais et drôle. On y trouve des choses plus importantes qu’une musique prenante, des prises de vues inspirées, un scénario solide, un bon rythme, une galerie de portraits bien crayonnés. En fait :</p>
<p>Amélie est le seul film angélique dont je me souviens.</p>
<p>C’est loin d’être banal. Et pour être plus près de ma pensée, je dirais que c’est absolument extraordinaire. Au milieu de la vague millénariste de ces effroyables produits appartenant à la catégorie “vu et oublié“ type ‹ Armageddon ›, ‹ End of Days › et autres ‹ Deep Impact ›, pouf ! Amélie descend doucement sur nous tel un flocon de neige. Ça faisait des années que je la rêvais, l’espérais, et autant que j’avais déchanté sur sa venue ! Et cela tout en étant incapable de bien visualiser ce que j’attendais, mais sachant que j’avais vraiment besoin d’un instant public de bonté.</p>
<p>Et Amélie est un film bon. Ce n’est pas juste un bon film, ce qu’il est aussi, mais c’est surtout un film bon, comme un homme est bon, comparé à un autre qui est méchant. Il n’est donc pas question ici de qualité, mais simplement de bonté. Encore une fois, ce n’est pas courant. A priori, une œuvre n’est pas appelée à se réclamer d’une telle qualité. Au mieux, elle peut évoquer quelque chose, fût-ce grave, profond ou sérieux. De là à être habitée par la qualité en question, le chemin est long, donc je suppose que les cas sont rares. Je ne m’en rappelle aucun.</p>
<p>Autre chose : ‹ Amélie › montre que le bien reste financièrement parfaitement viable. Après de longues années d’escalade obsessive dans les genres de l’horreur, de la guerre et du thriller, on ne le croyait plus. D’accord, on trouve le bien dans presque toutes les comédies, la plupart des dessins animés, les mélodrames ou les westerns. Pourtant, le plus souvent, il procède du tandem manichéen du bien et du mal (dans un pseudo duel soporifique dont l’issue est connue d’avance) et il ne <i>“porte“</i> pas le film. En revanche, le bien habite ce film, et sans partage, car le seul <i>“vilain”</i> est en réalité un guignol qui provoque plutôt l’hilarité. Le bien est unique, comme au Paradis. Il est aussi polycéphale : moteur, fluide et but.</p>
<p>De façon plus édifiante et spontanée que tout appel vibrant mais théorique à la fraternité ou à l’altruisme, Amélie prouve que le bien est au bout des doigts par un simple déclic. Car déclic il faut. Tout le bien qu’elle dispense autour d’elle, et qui rayonne, cette fille le fait parce qu’elle en est subitement investie. L’on ne sait trop pourquoi, et pourquoi elle, mais c’est là l’autre vérité que le film dégage : Amélie place la barre dans un registre qui échappe à notre causalité quotidienne. Et justement, à cette hauteur-là, les plus proches de nous sont les anges.</p>
<p>Je crois que le film touche à son essence lorsque Amélie surgit d’un coup, saisit le vieil aveugle par le bras et l’aide à traverser la rue. J’ai envie de dire que ce moment dépasse le genre humain. Pour le vieux, elle vient de nulle part, lui parle à une vitesse irréelle avec la précision ahurissante d’un scanner. Les détails qu’elle lui donne sont normalement insaisissables. Quarante-cinq secondes durant, elle est ses yeux et fait voir au non-voyant bien au-delà de ce que le voyant a l’habitude de voir. Après cela, elle s’évanouit dans la foule, sans demander son reste, comme elle est venue. Et le vieux demeure là, complètement béat, transfiguré et blanc, comme foudroyé par la lumière du Thabor. C’est la première contribution d’Amélie en faveur de <i>“l’humanité déshéritée“</i>. Et ce ne sera pas la dernière. Loin de là.</p>
<p>Car il y en aura exactement sept autres, ou alors huit, si l’on veut bien considérer aussi la toute première, qui constitua en même temps son déclic. Sauf erreur de comptage, au total Amélie illumine la vie de neuf personnages du film (et je ne suis pas sûr pour l’écrivain raté – ce serait alors le dixième) : son père à jamais inconsolé car endeuillé, l’homme qui avait perdu la boîte de souvenirs, la concierge pleureuse, le vieux peintre malade et hyper fragile qu’on appelait aussi l’<i>”homme de verre”</i>, le garçon d’épicerie, timide et joueur, la femme hypocondriaque du kiosque à tabac, le cynique du bistrot, l’aveugle, et enfin le jeune homme de l’automate à photos, qui deviendra son amour. Bien plus pourtant, car au-delà des salles obscures, elle est effectivement venue pour changer des vies. Et à constater l’écho qu’elle a provoqué, cela a dû lui réussir. Heureusement, puisqu’en vérité on n’est plus tout à fait le même après avoir goûté à son fabuleux destin.</p>
<p>Plus singulier et surtout plus exaltant encore : l’altruisme d’Amélie n’est pas égoïste<span id="easy-footnote-24-30493" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-poulain-damelie/#easy-footnote-bottom-24-30493" title=" Non, ce n’est point un jeu de mots douteux : cette étrangeté existe. C’est le fait de produire du bien dans le (seul) but de se procurer de la joie à la vue des (bons) résultats de ce bien. Remarquons d’ailleurs que l’inverse &amp;#8211; l’égoïsme altruiste &amp;#8211; existe aussi. Il est tout aussi étrange et pervers. C’est le fait de se concentrer sur soi pour cultiver ces qualités-là nécessaires pour produire le bien autour de soi. Comme quoi, on voit que souvent les extrêmes se rejoignent…"><sup>24</sup></a></span>. Elle s’y nourrit tout simplement, comme on boit ou l’on mange. Dans son esprit, il n’y a point de second degré. En réalité, son esprit baigne dans un état de simplicité et de spontanéité absolues, et c’est de ça qu’il se nourrit. (D’accord, elle joue aussi des farces, comme dans son enfance, où elle <i>“punit”</i> ce fan de foot, ou alors plus tard, lorsqu’elle rend justice au garçon d’épicerie, en <i>“punissant”</i> – là aussi – son méchant patron. Mais cela se passe toujours selon un esprit de justice personnelle – et pourtant universelle – que personne ne saurait contester.) D’attitude, sa philanthropie rejoint donc le stade des sensations, comme la faim et la soif. À ce niveau-là, il n’est plus question de vertu : il s’agit juste d’une composante de l’être. De même que l’on ne saurait s’exprimer sur l’envie de faire pipi ou sur la respiration, auxquelles on ne réfléchit pas puisqu’il n’y pas à réfléchir, son amour du prochain la place hors de toute réflexion, donc de toute expression, sauf qu’à l’origine, ne l’oublions pas, il s’agit pourtant d’une attitude. Et cette sublimation me fait imaginer l’état adamique, où l’homme était immergé dans le bien, sans connaître le mal, car le mal n’existait pas.</p>
<p>Touchée par la grâce, il se pourrait qu’Amélie laisse entrevoir un soupçon très, très vague de cet état-là.</p>
<p>[10 janvier 2004]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-poulain-damelie/">Le poulain d’Amélie</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/le-poulain-damelie/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>2</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Made by the USA (II/II)</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/made-by-the-usa-ii-ii/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/made-by-the-usa-ii-ii/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 May 2021 21:24:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=30434</guid>

					<description><![CDATA[<p>[...] La quatrième moins-value exportée est l’auto-attribution de la liberté absolue relative au moi, au prochain, à la société et à la Divinité. [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/made-by-the-usa-ii-ii/">Made by the USA (II/II)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Chaque fois que l’on essaye de se rappeler ce qui fait la spécificité de la vie américaine, ce qui vient à l’esprit, ce sont les gangsters ou les racketteurs, ou au moins les banquiers, ce qui ne fait pas une grande différence.»</em></p><cite>(Ilia Ilf et Evguéni Petrov,<br>‹ L’Amérique de plein-pied : Roman-reportage ›, 1936)</cite></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">La quatrième moins-value exportée est l’auto-attribution de la liberté absolue relative au moi, au prochain, à la société et à la Divinité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me dis qu’on pourrait retrouver ici certaines explications déjà répertoriées. Par exemple la surestimation de soi-même. Celui qui a réussi à (sur)vivre dans un tel milieu, au départ sauvage et hostile, n’a dès lors plus de comptes à rendre à personne, fût-il Dieu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bémol n° 1 : je ne crois pas qu’au départ le Brésil ou l’Australie étaient des havres plus hospitaliers pour les colons. Et, de nouveau, le piège d’oublier que si tel critère de rudesse pourrait à la rigueur marcher un temps, quelques siècles plus tard il aurait logiquement dû se façonner suivant l’évolution de la société vers un état plus civilisé. Bémol n° 2 : d’accord peut-être pour le moi, le prochain ou encore la société. Mais alors Dieu ?! Car l’Américain est quelqu’un de foncièrement croyant ! Là, ça se complique donc un peu, et je pense qu’il faudrait faire un tri.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’abord, en considérant qu’il reste tout de même une quantité d’Américains qui ne sont pas croyants. Mais je n’irais pas – encore ! – jusqu’à dénoncer ceux-là sous prétexte qu’ils diffusent leur libertinage à l’échelle planétaire. Ensuite, il serait intéressant de voir comment se fait-il que des chrétiens vivant dans la crainte de Dieu puissent développer un tel degré de liberté par rapport en tout cas aux choses de ce bas monde (qui est, lui aussi, un objet de la Création) ? Enfin, nous avons tout de même la catégorie des potes du Christ, dont les idées se portent peut-être le mieux, et qu’il conviendrait donc d’observer à part.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si l’on ne saurait éviter l’explication faisant appel à l’émancipation engendrée par le culte protestant, elle est ici inadéquate et réductrice : les États-Unis n’ont pas produit la Réforme. Par ailleurs, tout en étant la principale religion du pays, le protestantisme (toutes formes confondues) jouit proportionnellement d’une position moins affirmée qu’en Grande-Bretagne. Ainsi, ce culte de souche saxonne n’explique pas les coutumes affranchies des Latinos de Santa Fe, des Juifs de New York, des Grecs d’Indianapolis, ou des Chinois de Seattle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je cherche alors la raison de cet esprit libertaire dans le sillage de la <em>Magna Carta Libertatum</em> de 1215. En effet, pour aboutir à une si large application de ces grandes avancées des droits de la personne, il leur a fallu d’abord être affermies par le <em>Habeas Corpus</em> de 1679, ensuite par la constitution de 1787 (première du monde moderne et la plus vieille en pratique, celle de la Sérénissime république de San Marino exceptée) et par <em>The Bill of Rights</em> de 1791, avec ses amendements sur les droits civiques. Mais surtout, ces droits ont pu s’épanouir sur une terre vierge d’acquis historiques et sociaux. Le fait est que ces mêmes principes ont eu beaucoup plus de mal à s’imposer en Angleterre (où ils ont vu le jour) et en France (où l’on se targue d’avoir inventé les droits de l’homme).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Suivit un enchaînement assez logique. D’abord, une certaine immigration sélective faite de gens quittant leur pays non seulement (ou pas forcément) pour des motifs économiques, mais pour jouir de libertés qu’ils n’avaient pas chez eux ou ailleurs. Et aussi, la consolidation – génération après génération – du sens donné à la notion de liberté dans toute son étendue, source évidente des plus dangereux dérapages, dont le recours stéréotypé aux règlements devant la justice n’est pas le moindre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je reviens aux potes du Christ, dont je disais que les idées (pas du Messie, mais de ces copains) se portent à merveille. C’est un des aspects les plus troublants de cette dérive et en même temps l’un de ceux qui nuisent le plus au christianisme : le copinage avec Jésus et la prolifération de cette tendance. Vient-il du début des années 1970, avec le retour aux sources, le renouveau de l’amour sur fond de guerre, la découverte de la spiritualité orientale ? Possible. Toujours est-il que cette bizarrerie a essaimé parallèlement à la transformation de l’image de l’Église, vécue de moins en moins comme création du Seigneur et de plus en plus comme un repaire de prélats félons. À force de proliférer en toute liberté sur les tee-shirts, les tasses de café et les pare-chocs des voitures, le Messie fut ainsi réduit à la hauteur de ses potes. Pas l’inverse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, que ce pays se trouve aujourd’hui à un stade tel, que chaque mouvement de la vie quotidienne soit déterminé par un réflexe mental qui mesure spontanément le potentiel juridique du geste en question – passe. Qu’il soit arrivé à un point où son drapeau, symbole banalisé de fierté nationale, puisse être impunément brûlé n’importe où et n’importe quand par n’importe qui pour n’importe quoi – passe. Qu’il dispose du plus grand nombre de sectes des plus diverses et saugrenues, de harangueurs, de prophètes et des foules qui leur sont soumises – passe. En fin de compte, même dans la patrie de toutes les libertés, qui sème le vent récolte la tempête. Tant que le linge sale est lavé dans la famille, normalement tout devrait bien aller.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais l’aspect qui est de loin le plus troublant, le plus délicat et le plus difficile à comprendre reste justement l’universalisation de ces symptômes. Victimes de leur immense succès, se hâteraient d’aucuns de conclure. Faute d’une meilleure contre-offre, s’exclameraient vite d’autres, comme Jean-François Revel dans son panégyrique ‹ L’Obsession anti-américaine › (Plon, 2002), où j’ai fini par me demander, perplexe, si je ne serais pas en présence d’un ouvrage réalisé sur commande, ce qui, sachant la réputation de son auteur, serait bien dommage. Parce qu’ils sont devenus un modèle, se presseraient enfin d’ajouter certains. Hmm…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je partagerais plutôt l’avis de Mgr Godfried Danneels, actuel primat de Belgique, qui dit se méfier du <em>‘God Bless America’ </em>martelé tous azimuts, surtout <em>« quand on l’utilise à la fin d’un discours militaire, puisque cela peut signifier que Dieu nous bénisse nous, mais pas les autres »</em>. Et le cardinal d’ajouter que <em>« Accaparer Dieu pour sa propre cause, ce n’est pas la première fois que cela se produit dans l’histoire de l’humanité, mais il faut savoir que ça ne se fait pas »</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, j’ai tendance à croire, encore que le sujet me semble dépasser le cadre de ce texte, que pour interpréter convenablement la généralisation des symptômes évoqués ici, il faut emprunter une voie beaucoup plus malaisée, qui passe par l’examen général de la civilisation contemporaine. Dans toute sa diversité. Et – surprise ?! – dans toute sa dissolution. Ce qui, d’un coup, ferait des États-Unis d’Amérique non plus le meilleur de la course, ni le champion de l’offre, encore moins le seul modèle en place, mais – hélas ! – le premier maillon (car le plus faible) et le plus durement atteint par ce fléau de la liberté arrogante et insensée qui nous menace tous.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">La cinquième moins-value exportée est la référence invariable au matériel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je m’explique. Par cela, je ne dis pas qu’aux États-Unis c’est le désert en termes de personnes, d’associations ou de courants d’idées prônant la méditation. Non seulement ce serait impossible, tant le pays est grand et multicolore, mais en plus c’est faux, car de telles personnes ou associations sont effectivement légion, ne fût-ce qu’en application de la moins-value antérieure ! Je dis en revanche que cette référence au concret est un des ferments de l’identité américaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je continue de m’expliquer. Je ne dis pas non plus que le renvoi invariable au matériel est le monopole de l’Amérique, ni son œuvre. Personnellement, je crois que la Réforme est pour beaucoup dans cet état de choses, mais je ne veux pas me répéter. J’admets aussi que dans cet incessant match entre le matériel et le spirituel dont l’homme est le terrain, il existe tout au long de l’histoire des étapes où, pour toutes sortes de raisons, l’un tend à dominer l’autre. Ainsi, je considère que l’Amérique est aujourd’hui l’endroit où cette emprise matérielle est la plus évidente.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je finis de m’expliquer. Je ne privilégie pas l’état méditatif, pas plus que je ne prêche un tel État. Le concret et le pratique ne m’horripilent pas, mais je dis tout simplement qu’ils ne me semblent pas à leur place en tant que fondements d’une société.</p>



<p class="wp-block-paragraph">1<sup>e</sup> question :</p>



<p class="wp-block-paragraph">En quoi le matérialisme quotidien est-il plus influent aux États-Unis qu’ailleurs ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour essayer d’y répondre convenablement, je commence par un constat : ce que l’homme réalisa physiquement en 500 ans sur le sol américain fut sans équivalent connu dans l’histoire : un État de brousse devenu l’État le plus foisonnant qui soit. Mais ça, je le répète, ce sont des gens taillés sur mesure qui l’ont fait. Ou plutôt des gens qui étaient à la mesure de la tâche qu’ils avaient endossée. (Contrairement peut-être aux apparences, ceci n’est pas un jugement de valeur, mais seulement un constat de correspondance nécessaire entre un contexte donné et certaines facultés d’adaptation qui sont requises ou, justement, qui se sont adaptées à ce contexte.) D’accord, les Néo-Zélandais ont réussi la même chose en 200 ans seulement, mais admettons tout de même qu’il y a là, comparativement, une question d’ampleur et de complexité impossible à éluder.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au gré du savoir et des moyens actuels, rêvons alors d’une découverte extraordinaire. Imaginons que, sur notre petite planète que l’on connaît à la loupe, on repérerait un fabuleux territoire, accueillant, inexploré et inexploité. Et puisqu’on sait bien qu’il ne saurait se trouver ni au milieu de l’Atlantique, ni du Pacifique, ni même en Amazonie, disons qu’il serait au centre de la Terre ! En clair, qu’il serait le centre d’une planète-ballon et non pas d’une planète-bille comme appris à l’école. Une autre Terre, avec de petites étoiles dedans et le soleil au centre. Et les deux Terres de communiquer pleinement par les pôles </p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, en 1492, il a fallu à Colomb plus de deux mois pour toucher le Nouveau Monde. Aujourd’hui, quelques heures par l’air ou quelques jours sur terre suffiraient pour atteindre cet autre Nouveau Monde. Qui seraient les colons ? Les aventuriers, ainsi que les rescapés des dictatures, de la pauvreté ou du «système». J’ai ainsi l’intime conviction qu’ils auraient la même trempe que les Anglais, Portugais, Espagnols et Italiens qui peuplèrent l’Amérique il y a de cela quatre siècles, et que pour quelques bonnes générations encore à venir, leur première préoccupation continuerait à ne pas être l’au-delà, mais bien l’éclosion de leur nouvel univers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À présent, ce que l’homme mystique gagna en quelques dizaines de siècles sur la terre eurasiatique fut aussi sans pareil dans l’histoire connue. On ne s’y attardera pas. On retiendra en revanche que ce processus fut une composante inhérente de l’interminable édification des civilisations chinoise, hindoue, judaïque, européenne, arabe. Cultes et cultures grandirent et mûrirent ensemble. Et pour cela, ils disposèrent de 4000 ans pour les plus anciennes, de 1500 ans pour les plus récentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, si le matérialisme quotidien s’impose davantage aux États-Unis qu’ailleurs, ce n’est pas une question de faute ou de culpabilité. Tous les éléments énumérés plus haut – sélectivité, nature de l’homme, priorités, survie, âges – en font un sujet tout simplement historique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">2<sup>e</sup> question :</p>



<p class="wp-block-paragraph">En quoi cette situation serait-elle tellement blâmable ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">En rien. Tant que ça reste confiné à l’endroit dont le phénomène dépend de façon naturelle. Pourtant, nous traitons ici d’exportation. Et justement, le problème est que, <em>nolens volens</em>, les États-Unis exportent la (ou leur) matérialité. Alors, à la vue du franc succès rencontré même dans les pays les plus férus de leurs propres traditions, on ne peut éviter de se questionner à nouveau sur la dégradation dont nous sommes de piètres acteurs et de pauvres voyeuristes, et sur le chèque en blanc remis ipso facto aux États-Unis pour convertir l’exportation en domination.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dommage que je n’aie décidément pas la possibilité de dresser un constat de la spiritualité américaine en l’an 5000, ou au moins 3000. Je suis persuadé que j’aurais eu assez de matière pour mon récit. Mathématiquement, c’est absolument impossible autrement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">En fin de compte, les cinq moins-values traitées ici n’ont rien de vraiment étonnant en soi. Chaque société, chaque homme aussi, en possède. Mais comment jugerait-on l’adolescent qui, usant de son autorité, donc de son influence, s’appliquerait à implanter autour de lui sa superbe, son jargon, ses fantaisies ? Ce qui revient à dire que le seul grand et vrai problème est qu’en exportant ses moins-values au nom et du haut de sa suprématie, la jeune Amérique tend à les imposer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qu’elle n’eût pas été la première à le faire ne me convainc guère. C’est vrai que tout au long de l’ère coloniale, l’Angleterre, la France, l’Espagne et bien d’autres encore ont diffusé à travers le monde de l’époque leur culture, leur savoir-faire, mais certainement leurs mœurs et leurs vices aussi. La différence, la toute grande différence, est que ce monde-là était plus jeune de quelques siècles, que souvent il s’agissait de contrées sauvages (selon la terminologie des colonisateurs) et surtout qu’il était loin d’être structuré, cimenté et complexe comme il le fut, de plus en plus, depuis la révolution industrielle, du moins en Europe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En plus, à quelques exceptions près (non concluantes, récentes, éphémères et conflictuelles – l’invasion japonaise en Chine, la domination de l’Europe de l’Ouest par le III<sup>e</sup> Reich, la soumission de l’Europe de l’Est à l’urss), le puissant n’a jamais implanté – dans les sociétés fortement structurées – les concepts et les règles propres à son système de valeurs. À ce que je sache, il n’y a ainsi pas eu de japonisation de la Chine, de germanisation de la France ou de soviétisation de la Pologne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, toutes les anciennes puissances étaient adossées à un <em>curriculum vitæ</em> sinon millénaire, pour le moins séculaire. Avec, l’on m’excusera du peu, tout ce que cela comporte. Je veux dire par là (en quelque sorte à leur décharge, sans toutefois vouloir cautionner ni leurs anciens penchants impérialistes, ni le mal qu’ils auront provoqué au cours de leurs conquêtes) que, par conséquent et à la rigueur, il était possible d’au moins leur prêter la conviction qu’elles avaient quelque chose à diffuser. Peut-être pas quelque chose de forcément valable, mais en tout cas quelque chose d’homologué par le temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chose que cette nouvelle Amérique, qui se cherche toujours, n’a pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[1<sup>e</sup> novembre 2004]</p>



<p class="wp-block-paragraph">P.S. Le tout dernier objectif que je pourrais me fixer serait de paraître (ou passer pour) <em>“anti-américain“</em>. Alors, par précaution, je prends comme un devoir le fait de rappeler ici au moins un produit américain d’exportation qui se range résolument dans la catégorie opposée – celle des vraies valeurs, catégorie dans laquelle les Américains eux-mêmes sont passés maîtres : c’est l’esprit d’audace dans l’insouciance, de confiance absolue en la chance et en soi-même, l’esprit du <em>No limits !</em>, celui-là qui est justement à la base de la <em>success-story</em> américaine. Il fallait le dire. Quant à me pencher sur cette catégorie, ce sera peut-être pour une prochaine fois.</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/made-by-the-usa-ii-ii/">Made by the USA (II/II)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/made-by-the-usa-ii-ii/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Made by the USA (I/II)</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/made-by-the-usa-i-ii/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/made-by-the-usa-i-ii/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Apr 2021 08:00:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=30423</guid>

					<description><![CDATA[<p>L'Amérique, j’en ai pourtant rêvé et j’y ai cru. Comme, je pense, tout jeune homme non américain normalement constitué. À 9000 km de distance, j’ai rêvé de cow-boys, de gratte-ciel, de cinéma, de liberté, d’argent et de tant d’autres trucs dont je ne me souviens plus. […]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/made-by-the-usa-i-ii/">Made by the USA (I/II)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Chaque fois que l’on essaye de se rappeler ce qui fait la spécificité de la vie américaine, ce qui vient à l’esprit, ce sont les gangsters ou les racketteurs, ou au moins les banquiers, ce qui ne fait pas une grande différence.»</em></p></blockquote>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Ilia Ilf et Evguéni Petrov,<br>‹ L’Amérique de plein-pied : Roman-reportage ›, 1936)</p>



<p class="has-text-align-left wp-block-paragraph">L’Amérique<span id="easy-footnote-25-30423" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/made-by-the-usa-i-ii/#easy-footnote-bottom-25-30423" title=" À l’origine, le titre du texte fut ‘L’Amérique’, mais le thème de l’exportation, dont je voulais m’occuper, le rendait à mes yeux assez vague. Et comme la citation était inévitable, il y avait voisinage gênant avec le titre du roman-reportage russe. Il fallait changer. Ce fut ‘Made in America’. C’était bien, car il se dégageait une consonance créative (Fait en Amérique), mais comme l’Amérique n’est pas un nom déposé par les États-Unis d’Amérique, il pouvait tout aussi bien faire référence aux trois sous-continents américains ou, si l’on y tient absolument, au continent de l’Amérique du Nord avec les trois pays qui le composent. Ce n’était donc pas ça non plus. Vint ‘Made in USA’, mais il me sembla trop galvaudé par les vignettes de blue-jeans et par un usage tel qu’il est rangé depuis longtemps au rayon des clichés. C’est ainsi que j’en suis arrivé à ce mélange insolite, sûrement perfectible."><sup>25</sup></a></span>, j’en ai pourtant rêvé et j’y ai cru. Comme, je pense, tout jeune homme non américain normalement constitué. À 9000 km de distance, j’ai rêvé de cow-boys, de gratte-ciel, de cinéma, de liberté, d’argent et de tant d’autres trucs dont je ne me souviens plus. Et puis, après mes 40 ans, ça s’est arrêté. Comme pour confirmer – dans un autre registre – la boutade de W. L. Wilkie ‘ne pas être socialiste avant 40 ans c’est ne pas avoir de cœur, et l’être après 40 ans c’est ne pas avoir de raison’.<br>Ainsi, ce n’est pas présomptueux d’affirmer que les États-Unis d’Amérique, aujourd’hui premier pays exportateur de biens et de services au monde, exportent aussi plusieurs non-valeurs, immatérielles, ce qui les rend encore plus redoutables. Cinq me semblent primordiales.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><br>*</p>



<p class="has-text-align-left wp-block-paragraph"><br>Il y a d’abord l’indifférence pour l’esprit de mesure.<br>Outre-Atlantique, elle est présente urbi et orbi. Si de nombreux aspects permettent de la comprendre, ils ne sauraient la cautionner, encore moins la faire admettre, et surtout accepter son exportation. Si le pays est vaste, d’autres le sont autant, ou encore plus. Mais nulle part ailleurs qu’en Amérique la démesure n’a imprégné à ce point la société et les individus qui la composent.<br>Comment interpréter autrement que par l’abandon mimétique de l’esprit de mesure les défis que se lancent des pays pris dans la spirale de la globalisation et qui, du haut de leur fragilité économique, ambitionnent de concourir avec les plus grands sur leur propre terrain ?<br>En termes temporels, la forme que prend ce manque d’intérêt est la perte de la patience.<span id="easy-footnote-26-30423" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/made-by-the-usa-i-ii/#easy-footnote-bottom-26-30423" title=" Un des domaines où le vice de l’impatience sévit le plus est celui de la pratique du langage en général (termes raccourcis, topique simplifiée) et des noms (Maximilian devient Max, Alexander &amp;#8211; Al, Sebastian &amp;#8211; Seb, Jonathan &amp;#8211; Jo, etc). Préférences de grammaire et d’orthographe de Microsoft Word, rubrique des paramètres de syntaxe : le réglage par défaut conseillé pour les phrases dites normales indique le nombre maximum de 35 mots, soit 7 de moins que celle que vous venez de terminer."><sup>26</sup></a></span> Mais là encore, si le pays est jeune, d’autres le sont autant, ou encore plus. Pourtant, cette quête effrénée de l’efficacité la plus élevée conformément à la règle du RMMmTmSm (Résultat maximum, avec un minimum de Moyens, en un minimum de Temps et pour un Salaire minimum.) exportée tous azimuts, elle vient d’Amérique, et pas d’Australie.<br>Relativisons tout de même. Historiquement parlant, l’Amérique est un grand adolescent insouciant et nerveux, forcément inexpérimenté mais bosseur, plein de ressources et qui pète la santé. Nombriliste par la force des choses, il s’imagine que tout le monde autour doit être et agir comme lui. Mais encore une fois, d’autres adolescents, grands ou moins grands, pourraient se voir dresser le même cliché-robot. Pourtant, ce n’est qu’à l’Amérique qu’il s’applique.<br>L’explication est qu’en ce moment, c’est le seul pays à la fois adolescent et pédagogue.<br>À ce stade, quelque chose m’invite à faire un saut de 1800 ans en arrière et à tenter une comparaison avec la Rome antique. En tenant compte du monde connu à l’époque, l’empire de Marc Aurèle était, certes, plus jeune que celui des Reagan, Clinton et Bush, mais sûrement plus vaste. Et, comme l’Amérique de nos jours, il était l’unique puissance en position de dicter sa loi sur l’étendue de son espace d’influence.<br>Je crois en l’adage disant que ceux qui ignorent l’histoire sont destinés à la revivre. Les États-Unis risqueront-ils pour autant l’avènement de la barbarie?</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><br>*</p>



<p class="has-text-align-left wp-block-paragraph"><br>La deuxième moins-value exportée est justement cette indifférence pour l’histoire et la tradition.<br>On peut aussi la comprendre, même si l’on a de la peine à le faire. Et pour cause. Dans ma nouvelle patrie, j’ai connu des gens qui – à l’aide de documents – se sont amusés à remonter aux origines de leurs familles. Certains, sans aucune ascendance aristocratique, ont ainsi abouti au XIIIe siècle, c’est-à-dire aux temps de la création de la Confœderatio Helvetica ! Moi, j’avoue qu’un truc pareil me laisse coi. Pourtant, l’exploit en soi me touche moins que ne m’impressionne le niveau d’organisation, de discipline et – j’ose le mot – d’une certaine forme de civilisation atteint par les gens de cette contrée depuis l’époque de la quatrième croisade, de sorte que la conservation et la transmission purent se passer dans de telles conditions. En Amérique, une telle fantaisie deviendrait vite comique autant par son côté tellement impensable que par sa nature purement gratuite, car son utilité serait assimilée à la tenue de l’extrait du registre d’état civil de l’australopithecus afarensis, affectueusement appelée Lucy.<br>Mais je me dis que cette mésestime a peut-être d’autres causes encore. Et je pense à un certain agacement (gratuit) qui jaillit lorsque l’Américain doit se mesurer sur ce terrain même à une civilisation riche de traditions, un peu comme le bourgeois prospère qui essaye furieusement de (se) convaincre que l’air subtilement fané et adorablement suave de la noblesse n’a rien de précieux. À ce propos, les belles paroles de Friedrich von Schiller : « Les natures ordinaires paient avec ce qu’elles font, les nobles avec ce qu’elles sont », qui nous ramènent à la même conclusion que l’on est ce que l’on fait, sans perdre de vue que celui qui a eu (ou s’est créé) plus de temps pour faire aura à disposition plus de substance pour être. D’où l’inopportunité de l’agacement.<br>Et puis, on peut avoir beau rechercher les destinations touristiques les plus exotiques car également les plus imbibées du folklore local, soi-disant dans le but de joindre l’utile à l’agréable en se leurrant avec un vernis de culture; en réalité, le transfert se fait en sens inverse, car ce sont en effet ces cultures-là qui s’américanisent beaucoup plus tôt que ne s’enrichissent culturellement les vacanciers rentrant dans leur Texas natal après dix jours de dépaysement passés de tours guidés en séances de photos. Pour deux motifs complémentaires : les sociétés locales sont souvent trop démunies pour ne pas vite céder aux sirènes de l’arsenal consumériste, et en même temps les voyages ne sont pas plus des révélations que les vrais objectifs des touristes ne sont de s’imbiber de ces cultures. La plupart du temps, l’échange se résume donc (pour l’indigène) à faire dépenser le plus d’argent possible au visiteur et (pour celui-ci) à enrichir sa collection vidéo montrant Mamie en tenue estivale s’amusant aux côtés d’un bonze à Katmandou, ou Sonny en short, pomper du Sprite devant l’antre de saint Basile le Grand en Cappadoce.<br>Et puis vous êtes au Nouveau Monde, en venant de la bonne vieille Europe. Vous vous recueillez dans la maison de tel héros du XVIIIe siècle, vous visitez tel monument du XIXe, telle industrie du début du XXe, telle infrastructure d’avant la guerre. Partout, vous surprenez la déférence – normale d’ailleurs – du guide local. Normal, le fait qu’une décennie pour l’Américain soit un siècle pour le Grec ou l’Italien. Et là, instinctivement, vos pensées volent vers le Parthénon (Ve siècle av. J.-C.) ou le Colisée (Ie siècle ap. J.-C.), un irrépressible petit sourire au coin des lèvres. Normal encore, car le vieux marin de haute mer ferait de même devant le môme exhibant fièrement sa première sardine attrapée à la ligne. Tout ceci pour dire qu’en fait cette indifférence n’est qu’à la mesure de la jeunesse de l’histoire et des traditions américaines. Qu’elle n’est qu’une sorte de moyen simple permettant d’esquiver une réalité dont, encore une fois, normalement l’on ne devrait pas se préoccuper. Alors pourquoi y aurait-il problème ?<br>Je ne vois qu’une réponse, fût-elle douteuse et décevante : parce que le pays est fait d’immigrés d’Europe, du Proche-Orient, de Chine, d’Inde, et qu’avec les années, tout en contribuant pleinement à la création de l’identité américaine, peut-être ces gens furent-ils rattrapés par un sentiment alambiqué de frustration nostalgique par rapport à la densité de leur cadre de vie d’origine, tout ceci dans un contexte nouveau, vaste et informe qu’ils se devaient de structurer, mais dont ils n’avaient pas la maîtrise absolue des règles, comme c’était le cas dans leur ancienne patrie. Comment expliquer autrement leur engouement notoire pour la production européenne ou orientale (voitures, horlogerie, beaux-arts, artisanat, mode, gastronomie) ? À ce titre, l’exemple des châteaux écossais ou français, achetés aux enchères, listés, démontés pierre par pierre, emballés, transportés par bateau, déballés et reconstruits dans le Middle West est, je pense, le plus caricatural.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><br>*</p>



<p class="has-text-align-left wp-block-paragraph"><br>La troisième moins-value exportée est la dissolution de la considération envers la personne, via la réduction des formes d’appellation. Mais qu’est-ce que cela veut bien dire ?<br>Si je réprouve le fait qu’en Amérique tout le monde est Jim et Bob avec tout le monde, ce n’est de loin pas l’excès de politesse qui me domine, mais le regret que vlan !, comme ça, tout un pan du système relationnel humain vieux comme le monde est en train de disparaître.<br>J’essaye une motivation sociologiquement acceptable, pas pour valider le phénomène, mais pour l’expliquer. L’absence de distinction en anglais entre les 2es personnes du singulier et du pluriel ne me paraît pas suffisante : tous les mécanismes liés à la communication font que l’idiome originel pratique très bien cette différence. Je pense alors que l’explication doit être historique, sociale et culturelle.<br>Imaginons un bateau s’échouant sur une île déserte avec, à son bord, une foule bigarrée que je limite à quelques archétypes du mental collectif : un vieux magistrat respecté, une jeune prostituée, un industriel dynamique, un policier sobre et avisé, une grand-mère avec son petit-fils, un drogué en phase terminale, un journaliste ambitieux, un cheminot syndiqué et une étoile de ballet. Avant le naufrage, ces personnages occupaient des positions distinctes sur des échelles aussi variées que celles de l’honorabilité sociale, du bien-être matériel, du prestige, de l’éducation, etc. Cela les aurait amenés à envisager des approches bien précises entre les uns et les autres. Seulement, avant le voyage, ils ne s’étaient jamais rencontrés ; pendant, ils ne se sont jamais croisés.<br>Et tout à coup, la catastrophe. Et les voilà qui luttent au mieux pour essayer de survivre dans une mer glaciale et déchaînée, en espérant toucher la côte. Et ils y arrivent, certains portant sur leur dos les plus faibles. Et une fois évanouis sur la terre ferme, d’autres épreuves les attendent, plus âpres encore : manger, boire, habiter, se défendre. Et là, chacun fera démocratiquement don de ses aptitudes et de son savoir-faire à ses autres amis d’infortune. Dans ces conditions, est-ce qu’un seul instant l’un des rescapés songerait à regarder ses consorts à travers les filtres de la respectabilité, de l’aisance, de la célébrité ou de l’instruction, en soupesant la manière la plus appropriée d’entrer en relation ?<br>Voilà une lecture de l’histoire des hommes de l’Amérique, réunis de partout dans la dure épreuve de survivre en situation extrême. Mais ces temps-là sont bien révolus. Aussi probante que cette explication puisse être, s’y référer exclusivement, aujourd’hui, en Europe, reviendrait à remonter à l’Exode, balayant ainsi les acquis de tant de rapports humains stratifiés, échangés, adaptés et interprétés pendant des milliers d’années. Ce ne serait pas sérieux et ce n’est pas le but. Voyons donc plus loin.<br>Le fait est que ces conditions premières ont réellement façonné outre-Atlantique une certaine manière a priori égalitaire d’envisager son prochain. Bien sûr, en théorie nous sommes tous égaux devant les chances de la vie, et sûrement devant l’absolu de la mort. Mais il ne nous arrive que très rarement d’être égaux dans justement tous ces domaines-là qui déterminent en mode pratique nos rapports réciproques courants. Et même si nous l’étions, il est dans l’ordre des choses que le rapprochement ait lieu doucement, par une connaissance réciproque croissante, par l’accumulation d’expériences communes, par le partage du bien et du mal, et par tant d’autres choses.<br>Ce qui s’est passé au fil du temps sur le Nouveau Continent ne fut qu’une application de ces habitudes originelles extrêmes. Et la complexité toujours croissante des rapports interhumains de cette société en pleine formation ne put en changer un iota. Raison pour laquelle on pratique, dans l’Amérique actuelle, en tous cas en dehors du cadre de fonctionnement officiel de chacun, entre le vieux magistrat respecté et la jeune prostituée, ou l’industriel dynamique et le cheminot syndiqué, une familiarité d’opérette qui peut s’évanouir de facto à la moindre anicroche.<br>Comme toutes les choses brusques ou infondées, il reste que pour moi il y a malaise lorsque deux types qui ont dépassé l’adolescence font Brüderschaft à l’instant où ils se serrent la main pour la première fois.<br>C’est pourquoi la scène du merveilleux film ‹ Being There › (réalisé par Hal Ashby en 1979) où Bob, président des États-Unis (Jack Warden) prend congé du bobet Chancey Gardener (Peter Sellers) – dont il vient de faire la connaissance – avec un « Chauncey… » très yankee et reste ahuri devant le plat « Bobby… » que le niais lui retourne, cette escène est pour moi un vrai exorcisme. Bravo Monsieur Ashby !<br>La quatrième moins-value exportée est l’auto-attribution de la liberté absolue relative au moi, au prochain, à la société et à la Divinité.<br>Je me dis qu’on pourrait retrouver ici certaines explications déjà répertoriées. Par exemple la surestimation de soi-même. Celui qui a réussi à (sur)vivre dans un tel milieu, au départ sauvage et hostile, n’a dès lors plus de comptes à rendre à personne, fût-il Dieu.<br>[…]<br>[1e novembre 2004]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/made-by-the-usa-i-ii/">Made by the USA (I/II)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/made-by-the-usa-i-ii/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Savoir et connaissances</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/savoir-et-connaissances/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/savoir-et-connaissances/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 Jan 2021 00:27:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=938</guid>

					<description><![CDATA[<p>À vol d’oiseau, le savoir se vulgarise. Il est le fruit toujours plus de la curiosité et toujours moins de la soif d’apprendre, du désir de se sublimer par l’initiation. Ce savoir-là est à présent au bout d’un seul clic. [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/savoir-et-connaissances/">Savoir et connaissances</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-normal-font-size wp-block-paragraph"><em>« Un homme va au Savoir comme il part pour la guerre.<br>Bien réveillé, avec de la peur, du respect et une assurance absolue. »</em></p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="font-size:15px">(Carlos Castaneda, 1925 – 1998)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">À vol d’oiseau, le savoir se vulgarise. Il est le fruit toujours plus de la curiosité et toujours moins de la soif d’apprendre, du désir de se sublimer par l’initiation. Ce savoir-là est à présent au bout d’un seul clic. Les cénacles ont disparu. En Occident, n’importe qui sait aujourd’hui presque rien sur à peu près tout. Si dans le monde des foyers de réflexion demeurent, ce n’est pas au mont Athos qu’on va volontiers s’y abreuver. Pour cela il y a une foule de substituts : colloques, séminaires, clubs, symposiums, congrès, stages, cercles, forums, téléconférences, thérapies collectives, sans oublier le chat. Les temps sont au savoir partagé. Peu importe ce savoir, qui le reçoit et qu’est-ce qu’on en fait. Les temps sont aussi à la spontanéité. Des groupes volatils de réflexion se font et se défont au gré des situations. Le temps du sage est passé, comme, forcément, celui du disciple. Le cas de Jiddu Krishnamurti est isolé, et il n’y aura vraisemblablement plus un autre Aristote.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>L’accès au savoir se généralise aussi, s’accélère et se simplifie. Une aire de plus en plus vaste se laisse découvrir, tandis qu’il est possible de sonder de plus en plus facilement les profondeurs de l’histoire. Depuis l’invention de l’imprimerie, le saut de l’homme vers la connaissance n’a jamais été si vertigineux. Du temps de Gutenberg, il fut linéaire. De nos jours, grâce à Internet, aux télécoms et aux moyens de transport, il est fulgurant. J’imagine l’enthousiasme d’un Ulysse, d’un Marco Polo ou d’un David Livingstone si, de leurs temps respectifs, pour les besoins de leurs voyages, ils avaient pu avoir recours au GPS et s’ils avaient pu recevoir des réactions à leurs découvertes en direct via GPRS.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Mais tous ces avantages, ces gains formidables, sont mal gérés, mal apprivoisés, mal utilisés.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>À l’heure actuelle, il semblerait que dans le pays technologiquement le plus avancé du monde « quarante-quatre millions de personnes ne savent pratiquement pas lire, et près de deux cents millions savent lire, mais ne lisent probablement jamais ».<span id="easy-footnote-27-938" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/savoir-et-connaissances/#easy-footnote-bottom-27-938" title=" C’est l’Américain Michael Moore qui le dit dans ‹ Mike contre-attaque ! Bienvenue aux États Stupides d’Amérique ›, La Découverte, Paris, 2002."><sup>27</sup></a></span> Si c’est vrai, il s’agit de 87 % de la population du pays, enfants de moins de 7 ans compris, ce que je trouve un peu exagéré, mais vrais ou pas, ces propos ont la qualité de souligner un autre aspect, beaucoup plus important : savoir et connaissances ne se confondent pas. Au contraire, leurs cheminements, leurs natures et leurs attributs sont bien distincts. Intéressant : c’est une distinction d’une nature similaire que Vladimir Volkoff observe entre les notions de royauté et de monarchie.<span id="easy-footnote-28-938" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/savoir-et-connaissances/#easy-footnote-bottom-28-938" title="‹ Du Roi›, Julliard/L’Âge d’Homme, 1987."><sup>28</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>La première notion est totalement indépendante de l’outillage disponible. Unique, elle dépend en revanche d’un acquis certain, stable et d’un certain niveau. Elle s’obtient, mais seulement en allant la chercher avec ténacité, sincérité et – surtout – humilité. Et rien n’est moins sûr que de l’obtenir, car elle se mérite. La plupart du temps, cette quête est solitaire. En général, elle passe par l’écoute du maître, la méditation, la contemplation, mais aussi par la lecture. L’écoulement du temps n’a pas grande influence sur celui qui s’y soumet. Souvent, elle n’aboutit pas, ce qui veut dire que, du moins en principe, elle est réservée à quelques-uns.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>La deuxième notion dépend des moyens mis en œuvre. Multiple, elle ne se fait pas trop de bile pour sa propre substance et pour la constance de ce qu’elle véhicule. L’incertitude fait partie de sa nature. Avec elle, tout peut être remis en cause. Ainsi, ce qu’elle dispense, c’est plutôt un ordonnancement mental. Bon ou mauvais, à prendre ou à laisser. C’est ce que fait l’école. L’exercice est impératif dans ce secteur. Apprendre n’est pas comprendre, et comme la performance joue un rôle essentiel, tous les procédés sont bons – audiovisuels, pédagogiques, ludiques, etc. Ce qui signifie qu’elle s’adresse à la multitude.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Les rapports entre les deux ne sont pas évidents. Celui qui aura accédé au savoir sera peut-être dans l’ignorance la plus totale sur une quantité de choses constituant le b.a.-ba de la culture générale pour celui qui aura appris beaucoup de connaissances dans un domaine précis, et à plus forte raison dans plusieurs domaines des plus divers. Inversement, celui qui aura appris un certain nombre de choses n’aura peut-être pas la moindre idée de la distance qui le sépare du vrai savoir. Mais aussi, peut-être que toutes ces connaissances ne sont que des broutilles aux yeux du sage. De même que, pour le spécialiste ou le généraliste, la possession des connaissances ne fournit certes pas un visa pour le savoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Sous cette lumière, l’histoire du devenir de l’homme se relativise. Tout comme les critères de jugement sur l’état de réveil et le degré d’élévation d’une société quelconque. Lorsqu’on distingue entre ces deux parcours – c’est-à-dire quand on sépare la voie verticale du savoir (vers le soi intérieur et vers l’absolu extérieur) et la marche horizontale en avant des connaissances (vers l’acquisition, le stockage et l’exploitation de données diverses) -, les conclusions sont surprenantes. À partir de là, pour prendre deux exemples que presque tout oppose (les États-Unis et l’Inde), peu importe que, théoriquement, le rapport des taux d’alphabétisation et celui des taux de scolarisation soit d’environ 2 pour 1.<span id="easy-footnote-29-938" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/savoir-et-connaissances/#easy-footnote-bottom-29-938" title=" ‹ Annuaire économique géopolitique mondial ›, La Découverte, 2002."><sup>29</sup></a></span> Peu importe aussi que les rapports des nombres de postes de télévision et de connexions Internet soient de 13 pour 1 et respectivement de 60 pour 1.<span id="easy-footnote-30-938" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/savoir-et-connaissances/#easy-footnote-bottom-30-938" title=" cia.gov/cia/publications/factbook/index.html."><sup>30</sup></a></span> En réalité, la quête du Savoir sur la voie de la sublimation n’a cure de ces paramètres statistiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Dieu merci !</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>[24 novembre 2003]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/savoir-et-connaissances/">Savoir et connaissances</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/savoir-et-connaissances/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Bouleversations (2/2)</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-2-2/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-2-2/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Nov 2020 17:19:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=908</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le travail</p>
<p>Longtemps, le sens du mot fut lié à la notion de peine, ou de souffrance. Vision passéiste que tout cela ! Depuis près de deux siècles, on s’applique à rendre le travail de moins en moins pénible et de plus en plus commode. [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-2-2/">Bouleversations (2/2)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>« En révolution, le premier de tous les principes<br>est de diriger le mal qu’on ne saurait empêcher’ »</em></p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Honoré de Balzac, 1799 – 1850)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors franchement, cette cause des minorités, quel gâchis incalculable !…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le travail</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">(Voltaire, 1694 – 1778, ‹ Candide ou l’optimisme › Cramer, 1759,&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Longtemps, le sens du mot fut lié à la notion de peine, ou de souffrance. Vision passéiste que tout cela ! Depuis près de deux siècles, on s’applique à rendre le travail de moins en moins pénible et de plus en plus commode. J’avoue qu’il serait quand même exagéré d’en vouloir à cette tendance. Pour autant que le résultat soit au rendez-vous, ou que le but soit atteint. En revanche, depuis peu, à nos risques et périls, consciemment ou non (qui pourrait le certifier ?), c’est le travail même que nous nous occupons à éloigner de nous. De multiples façons, par différentes voies, systématiquement. En passant, relevons là une première victoire de l’<em>hedonêos</em> (l’homme hédoniste) et de l’<em>homo ludens</em> (l’homme joueur) sur l’<em>homo faber</em> (l’homme créateur). En fait, un certain courage a depuis toujours fait partie de tout acte en soi. Aujourd’hui, la dilution progressive de la responsabilité amorce cet éloignement. Comme conséquence, ce phénomène modifie d’un coup tout un versant des relations humaines. D’une part, à l’intérieur du processus du travail déjà, il y a d’abord désertion à tous les échelons. Dans le cas d’une équipe pluridisciplinaire, s’il y a erreur, manquement ou confusion, le coupable est le partenaire, dans celui d’un collectif unitaire et stable, le collègue, voir (cas plus classique, plus facile mais plus abject aussi) le subalterne. Surtout, jamais moi. Ensuite, c’est le report des compétences, entendez le recours (devenu routinier) à l’expert et au conseiller, ces spécialistes plus qualifiés que tous, payés très cher et dont on ne peut ni veut se séparer, aussi vain soit leur apport.<span id="easy-footnote-31-908" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-2-2/#easy-footnote-bottom-31-908" title=" Là-haut sur la montagne, un berger gardait son troupeau quand, soudain, une super 4&amp;#215;4 rutilante freine devant lui dans un nuage de poussière. Jovial, un type bronzé descend, sapé comme un prince. ‘Salut, mon vieux !’, lance le type. ‘Mmm’, marmonne le berger, qui le scrute, méfiant. ‘Belle journée, hein ?’ ‘Mmm’. ‘Dis-moi, mon brave, tu dois t’ennuyer grave par ici, alors je te propose un jeu, hein ?’ ‘Mmm’. ‘Si j’te dis combien t’en as de ces moutons, tu m’en donnes un ?’ Confus, le berger balaie le type d’un long regard bourru. ‘Eh bien, l’ami ?’ Le berger, enfin : ‘Mmm’. ‘Oookay !’ s’écrie le type. Et il se rue dans sa 4&amp;#215;4, ouvre le portable, sort le mobile, allume le gps, capte le satellite Znyrck, détecte la zone, zoome sur le troupeau, lance le compilateur statistique de recensement QznX42 et, deux minutes plus tard, radieux, vers le berger qui le fixe d’un regard vide : ‘Eh, mon grand, t’as 2758 moutons, pas vrai ?!’ ‘Mmm’. ‘Bon, alors, tu me le donnes, ce mouton ?’ ‘Mmm’. Et le type se tourne vers le troupeau de moutons, en choisit un et s’en va, lorsque le berger l’arrête : « Hé, m’sieur, si j’vous dis quel est votre métier, vous me rendez l’animal ?’ ‘OK !’ s’exclama le type, amusé. ‘Dès fois, vous ne seriez pas consultant ?’ Le type, perplexe : ‘Mmais, ccomment tu l’as su ?!’ ‘Ben, c’est assez facile : d’abord, vous êtes venu chez moi sans que je vous le demande ; ensuite, vous m’avez appris quelque chose que je savais déjà ; et à la fin, pour preuve que vous n’y connaissez rien de mon boulot, vous avez emporté mon chien.’"><sup>31</sup></a></span> D’autre part, au cours du processus de valorisation vers l’extérieur du produit du travail, d’abord les rôles sont souvent inversés. Il n’est ainsi pas rare de voir le client se tasser devant le marchand. Ensuite, il y a la conjoncture, les aléas, les situations impersonnelles et diffuses. Aussi, la cause d’un retard est – au choix et selon les circonstances – la météo, un accident, une grève, une panne, l’indisponibilité (pour cause de maladie) d’un collaborateur, la défaillance d’un moyen de transport, etc. À tel point qu’aujourd’hui, le bon déroulement d’une activité et sa bonne finalité appartiennent à la catégorie des manifestations révolues. Ou des miracles. Quant à ce que nous réserve l’avenir, rien ne préfigure l’arrêt de ce processus d’auto-déresponsabilisation personnelle. Au contraire, tout laisse à penser qu’il s’accentuera. Et si c’était au profit de l’intelligence artificielle ? Mais peu importe ! Quand la dilution de la responsabilité aura bien mûri, rien ne sera plus comme avant, et le travail sera derrière. Et tant pis pour Jules Renard qui clamait que…</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘…le travail pense, la paresse songe.’</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Internet</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">iDVD+iMovie+iPhoto+iTunes = iLife</p>



<p class="wp-block-paragraph">i comme internet. Sincèrement, je ne vois pas quelle autre révolution plus importante l’humanité aura connue dans l’histoire. D’accord, je vais probablement un peu trop vite en besogne. Néanmoins, faire le compte me semble valoir la peine. Mais d’abord, et en ce sens, qu’est-ce qu’une révolution ? Quelque chose qui change durablement tout. Or, des révolutions techniques comparables je n’en vois qu’une : celle de l’électricité. À partir des premiers balbutiements axés sur la question et jusqu’à la toute première application majeure de ses principes, 180 ans passèrent. Cela dit, lorsqu’un fabricant de software et de hardware réunit quatre logiciels en assimilant le nom de ce groupage à la notion même de vie (voir le texte en exergue ci-dessus), c’est que cela a l’air de devenir sérieux. L’existence serait ainsi une espèce de concentré d’audition musicale, de photos numériques, de montage vidéo et de stockage de données. Il n’en est rien, bien sûr, car pour l’instant ce n’est là qu’un moyen de marketing. Mais il n’en reste pas moins qu’internet pourra devenir bientôt le creuset de tout un tas d’ingrédients représentant la quintessence d’une nouvelle forme de vie humaine, de plus en plus impersonnelle et numérique, abstraite et virtuelle, codée et solitaire. Et qui primera peut-être sur la forme actuelle. Pourtant, pour reprendre Lénine qui disait que le communisme n’est pas plus sorcier que simplement ‘le pouvoir des Soviets plus l’électrification (encore elle !) de tout le pays’, internet n’est <em>“que“</em> (sic !) la puissance des ordinateurs plus les télécommunications à l’échelle de la planète. Ça n’a pas l’air si terrible, mais tout en n’oubliant pas que l’électricité a demandé bien plus de deux siècles pour s’installer solidement dans notre quotidien, nous observons qu’en vingt ans la puissance des ordinateurs a été multipliée par 1 000 et l’étendue du réseau par 200 000. Aussi, je crois que, s’agissant d’internet, entre routine, confort, facilité, isolement, performance, tentation, jeu, criminalité, besoin et savoir, à partir de maintenant les hommes sont exposés à l’une des plus dures épreuves existentielles qu’il furent jamais amenés à connaître.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais Dieu leur a tout de même laissé la liberté du choix, n’est-ce pas ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’enseignement</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Étudier ? Apprendre ? Mais pourqui faire ?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Steve Jobs a commencé à 20 ans dans un garage et voilà ce qu’il est devenu !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi loin que je me souvienne, ma vision sur la qualité des différents systèmes d’enseignement établis fut, je dirais, assez particulière. De surcroît, cette vision étant pas mal imagée (probablement à cause d’une déformation professionnelle), avec le temps je n’ai pu m’empêcher de lui flanquer même un graphique, celui de gauche, comme pour mieux la représenter. C’est ainsi ! Pourtant, je viens de réviser mon dessin : il ne reflète plus l’actualité. Le résultat est le dessin de droite. Un puissant mouvement de nivellement de la connaissance par le bas s’empare des systèmes européens, à l’Est comme à l’Ouest, telle une ample lame de fond qui gronde sur son chemin. En roulant, elle entraîne des masses énormes. Et quand elle frappe, elle n’épargne rien ni personne. Une fois passée, il ne reste que le désert – celui du savoir, voyons, et cet amas d’organismes anthropomorphes prêts pour une longue carrière d’électeurs disciplinés et de sages consommateurs. Cette hydre de la médiocrisation est tricéphale. Elle aplatit le degré de connaissance. Malheur à ceux qui aspirent. Elle inculque l’égalitarisme artificiel. Malheur aux doués. Elle fissure les familles. Malheur à nous. Mais la nouvelle école va encore au-delà de tout ça. Son credo chamboule les acquis professionnels des enseignants. Dans ces conditions, malheur à leur lucidité. Et aussi à leurs acquis pédagogiques. Et à leur autorité, ou à ce qu’il en reste. Elle brouille le système classique d’évaluation, simple et clair. Malheur à tout le monde, car plus personne ne s’y retrouve. Enfin, l’horaire journalier qu’elle inflige écrase l’enfance. Malheur aux enfants. C’est ainsi que l’école prépare les futurs usagers, ceux-là mêmes qui, à la fin du gymnase, croient qu’une walkyrie est un vieux modèle particulier de walkman et ne reconnaissent pas le plus grand pays du monde sur un planisphère. Alors, que les enseignements primaire et secondaire nord-américains soient notoirement nuls, passe encore. De toute manière, on s’y était habitué. Et puis, ne l’oublions quand même pas : là-bas, ce handicap est comblé aussitôt, il n’y a qu’à regarder mes graphiques ! Mais que le cycle général européen rejoigne le plancher de son pendant nord-américain, sans que pour autant l’instruction supérieure atteigne le plafond où l’autre se situe depuis des lustres, c’est ça qui fait vraiment mal. Quant à ce bouleversement au potentiel encore difficilement envisageable aujourd’hui, il ne resterait qu’à découvrir qui a pu en avoir l’idée. Comment. Quand. Mais, surtout, pourquoi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Là est toute la question. Et qui saurait la bonne réponse sinon son initiateur ? Ah, si au moins j’avais pu faire partie du cercle de ces initiés !</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La foi</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">« Le XXI<sup>e</sup> siècle sera spirituel ou ne sera pas. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a, comme ça, des pensées qui vous marquent toute une époque. Ce fut le cas de ces mots lâchés par André Malraux (ou bien par Paul Claudel ?). Gloire méritée, car la formule avait de la tenue. Par son prophétisme, elle avait aussi de quoi interpeller, bien qu’elle laissât en suspens la question des temps à venir et contînt une vision hardie très immédiate de la fin du monde. C’est probablement ce qui lui valut d’être galvaudée par un emploi à toutes les sauces. Cependant, en observant les choses à l’aube du nouveau millénaire, on pourrait dire que Malraux rata l’alternative envisagée. Tandis qu’une deuxième lui échappa. Regardons de plus près. Observation n° 1 : je ne vois pas les signes avant-coureurs d’un revirement religieux symptomatique. Évidemment, les pèlerinages de Saint-Jacques-de-Compostelle et de Lourdes, les rencontres de Taizé, les Journées mondiales de la jeunesse attestent une dévotion indiscutable, mais ils ne datent pas d’aujourd’hui, certains même pas d’hier. De plus, leur portée est limitée à une population certes assez large, mais néanmoins bien déterminée. En clair, ces appréciables actes de foi ne sont – hélas ! – pas suffisants pour ébranler cette autre réalité, pour le moins aussi incontestable, d’un monde (chrétien occidental, mais oriental aussi) dont l’esprit religieux dans lequel il fut immergé durant des siècles a cessé d’être le moule. Observation n° 2 : si, nonobstant mes réserves quant au potentiel réellement prémonitoire des propos cités, la fin du monde est pour bientôt, je lui en vois actuellement d’autres causes, plus saisissantes que le recul de la foi. En effet, d’autres phénomènes, sans connotation religieuse directe, pourraient bientôt provoquer la perte de l’homme. Tiens, par exemple l’accès de plus en plus inégal au savoir et au bien-être (si ce n’est carrément à une vie digne, voire même à la vie tout simplement) reconverti par les plus mal lotis en désespoir, dans un monde que la circulation de l’information rend de plus en plus transparent. Et aussi les rapports téméraires de l’homme soit avec la Terre et sa nature (à travers les questions énergétiques, de l’eau, des forêts, du sol, qui forment l’environnement connexe), soit avec l’Espace (à travers la question de l’effet de serre ou de la couche d’ozone, c’est-à-dire l’environnement intégral). Enfin, la question démographique. Observation n° 3 : il est tout à fait possible que le XXI<sup>e</sup> siècle soit bien religieux, mais apparemment dans un tout autre registre. Ontologiquement doué – comme nous l’avons vu – de la liberté du choix, l’homme entend désormais prolonger cet avantage à l’extrême. Dès lors, il affirme de plus en plus posséder, cultiver et invoquer son propre Dieu. Ou plutôt dieu. (Par ailleurs, selon le Département du commerce des États-Unis, 91 % des Américains se déclarent adeptes d’une religion.) Dès lors, certains vont même jusqu’à se revendiquer de la famille du Créateur. En réalité, cet affranchissement va de pair justement avec la dilution de la foi, qui dévoile simultanément une perte de repères. Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, l’Église et la société éliminaient les hérétiques. C’était incontestablement violent, sûrement cruel, mais c’était au moins radical dans l’idée de préserver une certaine santé spirituelle et mentale de la société, ainsi qu’une certaine cohésion. Aujourd’hui, tout en les désavouant, l’Église est réduite à la portion congrue, tandis que la communauté accepte pratiquement toutes les hérésies, voire les encourage au nom de la richesse impliquée par la diversité. C’est là une attitude sûrement plus douce, nettement plus indulgente, mais on lui doit aussi la formidable déroute spirituelle et mentale actuelle. Par exemple, elle donne au révérend Sun Myung Moon, chef de l’Église de l’Unification, la possibilité prodigieuse de célébrer, du haut des gradins et en simultanée, des milliers de mariages dans le même stade.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Impressionnant, le chemin parcouru par la société depuis le temps où le simple fait de pouvoir embrasser la carrière ecclésiale était un privilège !</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les loisirs</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">‘Être capable d’occuper intelligemment ses loisirs, tel est l’ultime produit de la civilisation.’</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Bertrand Russell, 1872 – 1970, ‹ La conquête du bonheur ›, Payot, 2001)</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’un côté, la théologie dit qu’au début de tout Dieu travailla six jours pour créer le monde et que, le septième, fatigué mais satisfait, il se reposa. Les Écritures ne précisent pas son emploi du temps ce jour-là, et c’est dommage. J’y reviendrai. Depuis, toujours est-il que les prophètes et autres patriarches suivirent tel quel l’exemple de Dieu. De l’autre côté, l’évolutionnisme fait savoir que, vraisemblablement déjà au début du pliocène avec l’<em>australopithecus annamensis</em> (-5 millions d’années), les ancêtres de l’homme se sont crevés à la tâche sept jours sur sept, ne serait-ce que pour échapper aux prédateurs.<span id="easy-footnote-32-908" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-2-2/#easy-footnote-bottom-32-908" title=" Si ce n’est avec le <em>Paranthropus robustus</em> (l’homme robuste d’à côté, -2.5000 millions d’années), l’<em>Homo ergaster</em> (l’homme travailleur, -1.5000) ou sa filiation directe l’<em>Homo habilis</em> (l’homme habile, -1.5000) et l’<em>Homo erectus</em> (l’homme debout, -1.0000), plus probablement avec l’<em>Homo sapiens</em> (l’homme sage, -0.1000) ou encore l’<em>Homo sapiens sapiens </em>(l’homme très sage, H<sup>s</sup><sub>2</sub> , -0.0200), et sûrement dès l’époque de l’<em>Homo sapiens sapiens sapiens</em> (l’homme extrêmement sage), c’est-à-dire celle de l’<em>Homo faber</em> (l’homme créateur, H<sup>s</sup><sub>3</sub> = Hf , -0.0050)."><sup>32</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme les indices sont rares et peu concluants en ce sens, on admettra le bénéfice du doute. Mais dans un cas comme dans l’autre, une chose est claire : à l’époque, l’activité primait sur le repos ou les loisirs qui en découlèrent. (Composante du passe-temps, lui-même produit du repos, les loisirs se rangèrent aux côtés de la contemplation et de la méditation. Font exception l’arbitrage sportif, l’activité des croupiers, des forains et quelques autres occupations lucratives liées au divertissement.) Mais pour revenir à Dieu, c’est dommage pour deux raisons : si tel avait été le cas, nous aurions pu nous en inspirer durablement pour passer comme il se doit le septième jour de la semaine ; et aussi nous aurions pu savoir comment Il avait préparé la semaine suivante. Dans ces conditions, les vieux admirent que Dieu s’était simplement reposé de Son labeur et décrétèrent que le septième jour ne devait être rien d’autre qu’un jour de repos, ou jour chômé. Par la même occasion, ils décidèrent d’en faire un saint jour. La filiation des australopithèques suivit une autre voie – celle du besoin, qui ne connaît pas le repos. Ainsi, les siècles s’écoulèrent et nous voilà droit devant l’<em>homo unicus </em>(l’homme uni, vers +0.0018), créateur des premières trade-unions, appelées syndicats dans les pays latins. C’est lui l’élément charnière qui généra le spécimen exponentiellement multiplié ces derniers temps : l’<em>homo ludens</em> (l’homme joueur, +0.0020). Le but de l’homme qui joue est triple : tout en maintenant son revenu, il vise à travailler moins pour se reposer (ou jouer) plus. Certains pays sont actuellement en bonne voie dans ce processus : on y travaille généralement 35, voire 32 heures par semaine. Cela fait 4 jours sur 7, soit, à raison de 8 heures par jour, 19 % sur la semaine, pourcentage qui tombe à moins de 14 % sur l’année, en tenant compte des vacances et des jours fériés. C’est-à-dire 1 jour sur 7. À la surprise générale donc, là où, à l’intérieur du temps divin, Dieu aura peiné 6 fois plus qu’il ne se serait reposé, l’homme tend aujourd’hui à réussir l’exploit d’inverser le rapport, en se reposant 6 fois plus qu’il ne travaille ! Pour prodigieux qu’il soit, ce résultat soulève néanmoins une question d’une autre nature : la méditation accaparant de moins en moins l’intérêt de l’homme et la contemplation ayant pratiquement disparu de ses préoccupations,</p>



<p class="wp-block-paragraph">quel niveau devra atteindre le volume de ses loisirs pour que tout le temps libre dont il disposera bientôt puisse être utilisé ?</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tu vois, grand-mère, le monde est vraiment devenu fou, fou, fou. Mais ce qui le rend fou, ce ne sont pas des choses comme les salons de beauté pour animaux domestiques ou les magnifiques caveaux en onyx qui leur serviront de dernières demeures, ni les blörks gluants et roses à l’arôme latexoïde que les gamins béats mâchonnent, ni les restaurants très <em>“in“</em> où les clients mangent, boivent et causent dans une obscurité utérine, ni les championnats internationaux du cracher de noyaux de cerise, ni les concours féminins de lutte dans la gelée mauve, ni le <em>Jerry Springer Show,</em> ni même les épreuves de saut à l’élastique. Car des bouffons et des bouffonneries ont toujours existé, et ce n’est de loin pas pour autant que le monde, qui est trop fort, aura perdu sa tête.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non. Le monde d’aujourd’hui est devenu fou parce qu’il a généré quelques spécimens qui ont la faculté de nous rendre tous fous. Ils nous font miroiter des facultés icariennes qui ne sont pas les nôtres. Ils repensent l’ignorance et veulent que l’on se l’approprie pour qu’elle devienne la référence. Ils renversent l’ordre naturel causal des devoirs et des droits, car l’on ne devrait avoir des droits qu’à partir de l’instant où l’on aura accompli nos devoirs. Ils font tout pour nous éloigner de notre point d’arrivée, qui depuis toujours est resté le même : la joie du labeur, comme premier et plus commun petit pas vers une rédemption possible.. Ils nous mettent en rogne contre notre propre berceau en œuvrant pour notre conversion d’hommes en consommateurs. Ils nous entraînent dans des altérations auxquelles nous aurons largement contribué et qui nous magnétisent. Ils ? Ils sont là où il faut, aujourd’hui : dans l’économie, la politique, les finances, le spectacle, les jeux, peut-être encore ailleurs. Je ne saurais dire s’ils sont comme vous et moi, ou bien s’ils sont petits, verts, ont des yeux rouges et de grandes oreilles, ou alors s’ils sont carrément invisibles pour nous. Mais est-ce vraiment important ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutes ces mutations se font donc sous nos yeux, autour de nous et en nous-mêmes : nous en faisons partie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous sommes ces mutations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[9 janvier 2004]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-2-2/">Bouleversations (2/2)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-2-2/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>2</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Bouleversations (1/2)</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-1-2/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-1-2/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Nov 2020 21:13:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=904</guid>

					<description><![CDATA[<p>Les deux dernières décennies du XXe siècle ont rivalisé en conséquences conjoncturelles avec les années postérieures au traité de Versailles et à la conférence de Potsdam. En 1919 était tournée la page du Moyen Âge et entériné l’avènement du capitalisme, tandis que le colonialisme touchait à son apogée. En 1945, le monde tel que nous le vivons encore aujourd’hui venait tout simplement d’être redessiné, avec tout le côté profondément traumatique - car artificiel - que cela comporte. [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-1-2/">Bouleversations (1/2)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Les deux dernières décennies du XX<sup>e</sup> siècle ont rivalisé en conséquences conjoncturelles avec les années postérieures au traité de Versailles et à la conférence de Potsdam. En 1919 était tournée la page du Moyen Âge et entériné l’avènement du capitalisme, tandis que le colonialisme touchait à son apogée. En 1945, le monde tel que nous le vivons encore aujourd’hui venait tout simplement d’être redessiné, avec tout le côté profondément traumatique – car artificiel – que cela comporte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, comme je le disais, tout a changé ces derniers vingt ans. Et c’est intéressant que cela n’ait pas eu lieu de la façon qu’avait imaginée la science-fiction – les vertus prémonitoires de l’homme étant décidément lamentables. Pas de croisières intergalactiques régulières en ridicules combinaisons moulées de skaï, pas de maisons en plastique, aseptisées et robotisées, pas de biscuits immondes ou de pâtes infâmes en tubes, pas de fourmilières humaines autophages dans les mégalopoles gore, pseudo-gothiques, du monde occidental, pas de retour grotesque aux rites barbares après un long hiver atomique et toujours pas de trace d’invasion de cyborgs venus de l’espace.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, ou du moins pas encore.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les vols orbitaux et habités sont encore rares (bien qu’en passe de se banaliser), à travers le monde on construit encore en brique, à Berne on mange encore une excellente soupe à l’oignon, à Munich on boit encore une très bonne bière, à New York on peut encore se donner rendez-vous devant le Bloomingdale’s sur la 59<sup>e</sup> rue, le 1<sup>e</sup> janvier on peut encore rêver au <em>Staatsopernball</em> de Vienne, et pas encore d’extraterrestres parmi nous !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout au plus, nous avons la confirmation relative des intuitions d’un Huxley et d’un Orwell. Pourtant, l’énorme changement est là, sous nos yeux, autour de nous, en nous-mêmes.<span id="easy-footnote-33-904" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-1-2/#easy-footnote-bottom-33-904" title="D’où le titre de cet essai, que j’ai voulu le plus évocateur possible, comme pour souligner l’importance de ces mutations. Alors, en dépit d’une certaine redondance des termes, j’ai opté pour bouleversements + révolutions = bouleversations."><sup>33</sup></a></span> À notre insu peut-être, nous en faisons partie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous sommes ce changement.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui suit n’a rien d’un inventaire exhaustif et hiérarchisé ; ce n’est qu’un survol guidé par des critères subjectifs. Dès lors, jugeons plutôt à travers ces quelques brèves réflexions sur …</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La descendance</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">Grand-mère disait  vrai :<em> ‘On ne reconnaît plus nos petits-enfants’.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’époque de grand-mère, il n’y avait pas de Play, ni de Game, ni de XBOX, même pas de Walkman, encore moins de lecteur MP3. Le VHS n’existait pas encore, le PC non plus. Que dire alors du PDA ou du DVD ? Et certainement pas de HDTV, car c’est à peine si on venait de découvrir le miracle de la télévision. Si, si, c’était il y a 50 ans à peine. Donc, du temps de grand-mère, les petits-enfants étaient en vérité encore des gamins, puisque le matin ils avalaient leur lait avec du pain beurré tartiné à la confiture de fraises ; à la récré, ils couraient sous le préau de l’école, ou bien ils troquaient leurs collections de timbres-poste, l’après-midi, ils jouaient aux gendarmes et aux voleurs sur les terrains vagues du quartier, et très rarement, samedi, dimanche, ils prenaient papa-maman par la main et allaient savourer Cendrillon au cinéma, l’histoire tout échafaudée dans la tête à force de l’avoir tellement lue et relue. Et tout ça était bon. C’était aussi quelque chose que grand-mère connaissait, elle qui avait scrupuleusement suivi ce même rituel dans son enfance, les séances de cinéma en moins. Bien sûr, elle n’avait pas expérimenté le chewing-gum. Mais à l’occasion, ce n’était pas ça qui l’empêchait de veiller en famille sur les devoirs du bambin, sur ses fréquentations et sur son emploi du temps. Plus maintenant. D’abord, parce que, reléguée dans sa chambre d’ems, grand-mère et ses petits-enfants n’entretiennent plus que des rapports anniversaires (‘C’est – encore !… – l’anniversaire de grand-mère !’ ‘Devine, grand-mère : nous sommes là, c’est l<em>’”anni”</em> de Kevin !’, etc.). Ensuite, parce que même quand on lui laissa le contact familial, elle ne put jamais saisir pourquoi à présent les gosses se gavaient de Rice Krispies<sup>®</sup>, pourquoi ils troquaient des DragonballZ ou bien des Pokémon, pourquoi leurs résultats scolaires se déclinaient en NA, PA, A, AA et LA, pourquoi ils chérissaient tant les Tamagotschi, mais, surtout, qu’est-ce qu’ils pouvaient trouver de si attirant dans Tomb Raider. De toute façon, on lui aurait vite fait comprendre que son époque était passée, mais ceci l’aurait laissée sur sa faim. Car depuis toujours son univers a joué naturellement un rôle crucial et complexe : d’un côté, nous faire savoir d’où l’on vient, et que l’on ne peut agir entièrement à sa guise ; d’un autre côté, par sa façon d’être, préfigurer notre propre rôle, une fois son âge venu. Et ce rôle, c’est le même que le sien. J’appelle ça la merveilleuse chaîne de la passation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et je crois que, beaucoup plus qu’autrefois, nous vivons des temps de très grand risque, où cette chaîne pourrait facilement se rompre, si elle n’est pas déjà fissurée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’économie</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">De minisecousses en mégacrash, on ne compte plus les cahots boursiers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La spéculation sur les instruments et produits les plus divers (souvent nébuleux et insolites, voire carrément hermétiques pour le péquin) est devenue la principale occupation d’une élite d’initiés qui font la loi dans un domaine désormais exclusif. Vis-à-vis, il y a le boursicoteur classique, soucieux de placer minutieusement et judicieusement son argent dans une entreprise choisie selon des critères de créativité, de potentiel, de gestion rigoureuse, etc. Il est à présent l’archétype du ringard. D’ailleurs, bientôt il sera appelé à disparaître, car les temps sont à l’argent facile et aux coups d’éclat. Tel ténor monte à la tribune et affirme que le rouble russe est quatre fois surévalué. Le lendemain, le rouble perd 75 % de sa valeur face au dollar sur le marché des devises. Et le tribun d’affirmer qu’il s’était exprimé en son nom personnel. Ailleurs, on s’emballe sur l’avenir des communications et on lui trouve aussi un nom ésotérique : umts. Il permettra, dit-on, de véhiculer tout ce dont l’homme peut rêver : du son bien sûr, des données, mais surtout des images, partout et vite. Alors, on s’arrache les différentes concessions nationales d’utilisation de ces réseaux. Et l’on dépense pour cela des montants <em>“mammouth“</em>. Rien que pour être certain de se voir octroyer ces droits d’exploitation, sans compter les coûts imposés par la mise en œuvre des technologies de transmission. Et soudain, tout s’arrête. Et plus personne ne souffle mot de tout cela. Parce que, disait-on, ce n’était pas prouvé que ces réseaux étaient sans danger pour la santé des gens. Mais, dans l’intervalle, les taxes colossales fixées pour l’attribution des parts de marché auront déjà été englouties par les budgets courants des administrations publiques concernées. Tandis que les adjudicataires qui n’ont pas eu les reins assez solides auront fait faillite suite à l’effort financier trop facilement consenti. Et puis, dans d’autres paddocks, l’on s’échauffe sur le potentiel des <em>dotcom</em>. Les analystes ne jurent que par leur fabuleuse réserve de croissance uniquement parce que l’on veut croire qu’Internet, à peine mis en place, est déjà la panacée, un peu comme les grands canaux maritimes ou l’électricité à la fin du XIX<sup>e</sup> siècle. Alors les investissements dans le secteur ne connaissent plus de limites, de sorte que la capitalisation boursière de certains de ses acteurs – signe de la confiance du marché – n’a plus rien en commun avec les critères sensés du boursicoteur classique (chiffre d’affaires, bénéfice, <em>cash-flow</em>). Et là aussi, du jour au lendemain, tout s’écroule, tel un château de cartes, simplement parce qu’à force d’investir dans du rêve, les anachronismes, les inadéquations, les antagonismes, les déphasages qui sont inhérents à la précocité du domaine arrivent ipso facto à un point d’autorévélation où il n’est plus possible de les éluder. D’aucuns appellent ça l’effet autorégulateur des mécanismes du marché. Je n’y souscris pas. Au contraire, je pense que ce sont là des signes évidents de la débilité du raisonnement qui a cours de nos jours, et que ce mince raisonnement est un des éléments, et pas des moindres, de la mutation psychologique de ces vingt dernières années.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je pense enfin que jamais autant que ces temps-ci, la technique, la commodité, les loisirs, l’hypothèse de Dieu n’ont poussé les hommes aussi loin vers la futilité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le climat</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph"><em>« Mais où sont les neiges d’antan ? »</em></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">(François Villon, 1431 – 1463, ‹ Ballade des dames du temps jadis ›, 1460)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jamais auparavant cette exclamation n’avait atteint une pertinence aussi littérale ! Pourtant, alors que je n’ai pas spécialement la fibre écologiste, que je trie modérément mes ordures et que je ne chasse pas les produits bio dans les supermarchés (d’autant plus qu’ils sont plus chers que les aliments contaminés), je ne puis rester indifférent aux désordres climatiques évidents et majeurs de ces dernières années. Je ne sais pas s’ils proviennent vraiment de la quantité considérable de bonbonnes de spray utilisées tous azimuts pour diffuser de la colle, du parfum, de la peinture, des médicaments ou de la crème fouettée. Comme je ne sais pas non plus si blanchir le papier sans recourir au chlore peut vraiment résoudre ce problème. J’ai peut-être tort, mais les Zodiac de Greenpeace qui harcèlent (souvent naïvement, me dis-je) tel ou tel thonier, pétrolier ou bateau-poubelle transportant des déchets nucléaires, au lieu d’illustrer l’acharnement de ces jeunes militants barbus et trempés jusqu’aux os qui tiennent la barre, me font plutôt penser aux mouches que les vaches chassent placidement d’un mouvement de queue. N’empêche : il y a mutation dans ce domaine. On dit que l’année où je suis né, les gens ne pouvaient plus sortir de leurs maisons, tellement il avait neigé cet hiver-là. Et c’est vrai : depuis fin novembre et jusqu’à fin février, les hivers étaient des hivers, c’est-à-dire qu’il faisait froid et qu’il y avait de la neige. Et l’on sait que la neige est bonne pour l’agriculture. Les étés étaient aussi des étés, car en juillet et août on fondait, et chaque fois qu’il pleuvait l’après-midi on s’attendait au déluge biblique. Et puis, au printemps (avril, mai), il faisait doux. Parfois il faisait doux aussi en automne, surtout en septembre, mais le plus souvent il pleuvait dru des jours durant, et c’est là que – logiquement – arrivait la grippe. Avec ce mécanisme, tout le monde était habitué ; c’était le rituel immuable du climat qui faisait partie de l’ordre des choses. Aujourd’hui la grippe tombe n’importe quand. Elle tombe à mi-janvier, lorsque la température chute de 20°C après des semaines de douceur printanière. Elle tombe début avril, lors des grandes chutes de neige qui gèlent les bourgeons et tuent les cultures. Elle tombe en juin, quand le corps humain cède à la folle alternance de longues périodes de pluie battante et de brèves éclaircies pointant à 30°C. Elle tombe en août, quand, le matin, on part au travail en sandales, blouse et short, et qu’à midi on s’énerve parce qu’on a encoooore oublié de prendre avec soi les bottes, les jeans, un pull et la doudoune. Enfin, elle tombe en octobre, lorsque les baigneurs nostalgiques (pour ne pas citer ces automobilistes naïfs qui roulent toujours avec leurs pneus d’été) sont les plus exposés aux bourrasques glaciales qui peuvent se lever à tout instant et les clouer au lit. Une seule certitude : le temps a vraiment perdu la tête !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me demande alors de quoi auraient bien pu avoir l’air les si fameuses saisons que François Villon déplorait six siècles en arrière ?!…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’éthique</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">L’humiliation du pauvre d’être pauvre n’a aujourd’hui plus la cote. Ce qui intéresse à présent, c’est le malaise du riche d’être riche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je dis qu’il ne s’agit pas ici de formuler des jugements de valeur. Je ne dis pas qu’il est bon ou mauvais d’être pauvre, ni d’être riche, encore moins qu’il convient de s’en féliciter ou, au contraire, de se repentir. Le sujet est ailleurs : dans l’hypocrisie qui nourrit et guide l’attitude du fort envers le faible. Mais la réciproque est également valable. Car dans ce monde où le fossé entre les uns et les autres (individus, entreprises ou nations) est devenu abyssal, les temps sont aujourd’hui au jeu de l’éthique sereine, dont les règles simples se résument ainsi : <em>« Tu n’as qu’à me dire combien tu souffres, et hop ! moi je te soulage illico, et voilà ! comme ça, non seulement je soulage aussi ma conscience et mes impôts en espérant gagner du coup une place au paradis des puissants, mais surtout je dispose désormais de ta gratitude, qui te créera vite des obligations à long terme envers moi, et ces obligations m’autoriseront à te dicter mes conditions selon lesquelles je continuerai à exploiter à mon avantage ta dépendance envers moi »</em>. Entre œuvres de charité, institutions de bienfaisance, forums d’entraide, organisations non gouvernementales, assistances économique et logistique, coopérations tiers-mondistes, années de la malaria, de la déforestation, de la faim, organismes d’entraide, actions de solidarité, associations Nord-Sud, campagnes de récolte de dons, délocalisations, aides humanitaires, l’éventail sophistiqué des modes d’intrusion dans l’espace de souveraineté des nations (et forcément des individus) a pris des formes et des dimensions inconnues jusqu’à présent. Il est clair que, vue par le nanti, l’agression reste théorique tant qu’on ne la subit pas ; pure logique, puisque c’est le monde industriel qui la produit. Vis-à-vis en revanche, l’on subit, faute de mieux, même si pour les dirigeants des États ou des organismes receveurs, parfois c’est le moment et le moyen idéals pour gonfler exponentiellement leurs fortunes personnelles. Le résultat est qu’en moins de 30 ans, la dette (donc la subordination) des pays en voie de développement – bel euphémisme ! – a augmenté de 3500 %. Mais au fond, ne l’a-t-on pas si bien dit depuis toujours ‘Reculer pour mieux sauter’ ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et à vrai dire, Jean de La Fontaine dans ‹ Le loup et l’agneau › et Nicolas de Pergame dans ‹ Le renard et le chapon › ne dénonçaient-ils pas la même chose ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les minorités</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">La bonne vieille boutade ‘Plutôt jeune, riche et bien portant, que vieux, pauvre et mal foutu’ est périmée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est l’époque du ‘Plutôt célibataire, lesbienne et noire, que chef de famille, hétérosexuel et blanc’. L’âge, la fortune et la santé ne constituent plus des repères : le premier est relatif, la deuxième variable, la troisième aléatoire. On leur préfère le sexe, l’état civil, la sexualité, la race. En se rappelant la fin des années soixante, force est de rester abasourdi devant tout ce que les minorités ont acquis depuis. Je suis attaché à mes racines, aux valeurs de la culture (est-)européenne et je crois en la Sainte Trinité, mais je ne suis ni raciste, ni puritain. Pourtant, ma perplexité s’étend aussi à l’usage de ces acquis. Mon ami, si tu es un homme marié, n’essaie pas de concurrencer une femme célibataire pour un poste dans l’enseignement ou dans l’administration en général : tu perdrais ton temps. Puisses-tu être fort en thème, surtout ne te vexe pas : au mieux, par quelque fuite habilement orchestrée, on te fera savoir que ce n’est pas la peine ; au pire, tu n’en sauras rien. Si, par contre, tu cherches à engager quelqu’un, fais très attention avant de refuser qui que ce soit : il se pourrait que, par malheur, tu renvoies un candidat qui, certes, n’avait pas plus de qualifications qu’il n’avait d’expérience, mais voilà, il s’est trouvé qu’il était gay. Et alors, gare aux associations !<span id="easy-footnote-34-904" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-1-2/#easy-footnote-bottom-34-904" title=" Europe de l’Est postcommuniste : longue file d’attente dans un Service d’émigration. Des gens de tous les âges, mais surtout des jeunes. Un couple âgé, mais alors très, très âgé, fait aussi la queue. Intrigué, un jeune voisin ose : ‘Madame, s’il vous plaît, vous aussi vous êtes là pour l’émigration ?’ ‘Bien sûr !’, s’exclame fermement la petite vieille. ‘Mais, excusez-moi, vous voulez émigrer à votre âge ?!’ ‘Absolument’, s’indigne le vieillard. ‘Puis-je vous demander pourquoi ?’ ‘Écoutez jeune-homme, c’est très simple. C’est à cause des homosexuels. Au temps des nazis, on les tuait. Au temps des communistes, on les bouclait. Aujourd’hui, on les encourage et on les pousse en avant. Alors, le problème est que si ça continue comme ça, nous avons très peur que ça ne devienne franchement obligatoire !’"><sup>34</sup></a></span> Enfin, si par hasard tu n’étais pas touché par ces problèmes, un beau jour tu voudras certainement faire avancer ta carrière et tenter une promotion. Là, tu auras toutes les chances de te casser la figure devant la nouvelle et sympathique égérie africaine du chef de département. Un conseil : réprime ta colère, sinon tu risqueras beaucoup d’être traité de sale raciste. Et ton avenir pourrait en dépendre. Tout cela pour dire, d’une façon plus générale, que je n’ai pas encore entendu parler des devoirs de ces minorités, en marge de leurs droits. Quels devoirs ? Voyons, ne serait-ce que celui de réflexion : sur ce que les jeunes pourraient tirer du fourmillement de chairs mauves-jaunes-vertes dont ils sont les spectateurs involontaires à l’occasion de chaque défilé homosexuel ; réflexion sur la vénérable place soi-disant traditionnelle de la femme et sur l’immense valeur du vrai rôle de la famille, tout comme sur les résultats qui en découlent ; réflexion sur un certain type, si largement répandu, d’existence opulente et aboulique, où le vide du vécu sombre rapidement au chant des sirènes d’une échappée exotique éphémère. Ce serait déjà ça, non ? Eh bien non, visiblement, ce n’est pas ça !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors franchement, cette cause des minorités, quel gâchis incalculable !…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le travail</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph"><em>« Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin. »</em></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">(Voltaire, 1694 – 1778, ‹ Candide ou l’optimisme › Cramer, 1759,&nbsp; […]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[9 janvier 2004]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-1-2/">Bouleversations (1/2)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-1-2/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>A guerra dos Alpes (4/4)</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-4-4/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-4-4/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jul 2019 20:03:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=336</guid>

					<description><![CDATA[<p>[...] À l’heure à laquelle je clos cette fable, les hostilités sont entrées dans leur 8e journée. Sachant que mon but n’est pas de tenir un journal fictif de guerre, et pour ne pas lasser davantage le lecteur, je m’arrête ici. [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-4-4/">A guerra dos Alpes (4/4)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Eu tive um sonho… » (« J’ai fait un rêve… »)</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Abdias do Nascimento, leader noir brésilien)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le programme onusien Tampons encreurs contre aliments est aussitôt bloqué. Le conflit à peine engagé, l’on craint déjà le désastre humanitaire. Le cicr (Comité international de la Croix-Rouge) dresse des milliers de tentes en Slovaquie, Suisse et Tchéquie. Ainsi débute la seconde guerre des Alpes, dite Liberdade para a Áustria (Liberté pour l’Autriche). À la différence de la première, elle se livre aussi sur la Toile, à coups de blocages et de piratages de sites internet. Cinq cents journalistes triés sur le volet suivent les troupes alliées, pour distiller les nouvelles. Et tout le monde s’assoit devant les postes de télévision.”</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’heure à laquelle je clos cette fable, les hostilités sont entrées dans leur 8<sup>e</sup> journée. Sachant que mon but n’est pas de tenir un journal fictif de guerre, et pour ne pas lasser davantage le lecteur, je m’arrête ici.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi ardu serait le retour à la réalité, pensons maintenant que le Brésil de cette fable n’est pas le Brésil, mais les États-Unis, que le Portugal n’est pas le Portugal, mais le Royaume-Uni, et ainsi de suite. D’accord, déjà que l’exercice de placer le Brésil dans la peau d’une superpuissance arrogante et guerrière n’est pas évident à pratiquer ! Mais c’est justement là que se trouvent les particularités qui mettent en évidence le fossé qui sépare les deux cas. Un fossé ? Non, un vrai abysse ! En effet, tel que le monde se présente de nos jours, personne ne peut douter que ce scénario de la Guerre des Alpes I et II est une pure utopie, à tel point qu’il pourrait être facilement traité de loufoque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si grand que fût le passé impérial de l’Autriche contemporaine, comment l’imaginer transformée en une dictature sanguinaire ? Et même lors d’une pareille éventualité, ses partenaires continentaux n’auraient-ils pas vite raison d’une telle métamorphose ? Un début de réponse se trouve dans les sanctions de l’Union européenne après les élections de l’an 2000.<span id="easy-footnote-35-336" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-4-4/#easy-footnote-bottom-35-336" title=" Cette année-là, le Parti populaire d’Autriche (öVP) de Wolfgang Schüssel et le Parti libéral d’Autriche (öfp) de Jörg Haider ont formé une coalition gouvernementale qui a fait réagir certaines chancelleries."><sup>35</sup></a></span> Aussi riche fût le passé colonial du Portugal d’aujourd’hui, comment croire à l’idée qu’il puisse vassaliser à tel point sa politique étrangère au profit de son plus jeune, plus fort et plus grand frère ? Rien qu’en vertu d’une communauté de langue et de certaines affinités culturelles ? Même dans cette hypothèse, n’assisterait-on pas à une prompte correction d’une telle tentative, venant de ces mêmes partenaires de l’ue ? Si prometteur que soit l’avenir du Kazakhstan en termes de richesses, de développement économique et de rôle stratégique, comment concevoir cette ancienne république soviétique en tant que moyenne puissance régionale, ou encore mondiale ? La Russie et ses frères au sein de la cei ne se dépêcheraient-ils pas de la rappeler à l’ordre ? Suprême ineptie : si vivace que soit le grand Brésil, avec ses ressources infinies et son potentiel élevé, comment le prendre pour le gendarme mondial  même en lui prêtant, pour la circonstance, un goût planétaire du pouvoir ? Toute possible velléité de ce genre ne serait-elle pas réprimée au moindre geste par l’Organisation des États Américains, États-Unis en tête ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certainement, puisque le bon vieux dicton <em>Quod licet Iovis, non licet bovis</em> (Ce qui est permis à Jupiter, ne l’est pas au bœuf) ne s’applique pas qu’aux individus, mais aussi aux nations (qui sont des multiplications d’individus) et aux États (qui sont des récipients pour les nations). Alors que les lois de la nature font que se prend pour le Jupiter de notre proverbe celui qui en a les moyens, force nous est de constater que dans le monde unipolaire qui nous entoure, ce sont les États-Unis qui font, seuls, le jeu politique mondial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce jeu, ils endossent à la fois le rôle du mécène (pour le financement des institutions internationales), du président du club (pour les décisions stratégiques), du coach (pour l’approvisionnement en technologie, d’armement et de savoir-faire), du joueur (pour les interventions concrètes comme en ex-Yougoslavie, en Afghanistan, dans le Golfe, en Somalie), de l’idole (côté aspirations et image) et enfin de l’arbitre (pour ce qui est du droit international).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette omnipotence est réelle. Elle dérange à coup sûr et à plus d’un titre l’orgueil des anciennes puissances. Elle gêne, certes, les ambitions d’autres puissances en devenir. Il n’en reste pas moins que ce résultat s’est bâti en bonne partie sur toute une série d’échecs des premières, et que pendant ce temps les secondes s’empressaient de frapper à la porte de l’ère moderne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aucun gouvernement ne se permet aujourd’hui ce que l’administration américaine s’autorise librement :</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De décréter, sans preuve, que tel régime est nocif au point de devoir être éliminé par une action extérieure. Et de se trouver un auditoire acquis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• D’envahir “au cas où“ des États indépendants situés à des milliers de milles de ses frontières, sans être menacé. Et de clamer son droit (unilatéral) de le faire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De dresser une liste noire – toujours croissante – de pays qui ne remplissent pas toutes sortes de critères. Et d’agir en conséquence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De demander à un tiers des pays du monde d’expulser les légats d’un autre pays qui n’a pas trouvé grâce à ses yeux. Et d’obtenir satisfaction, ou du moins en partie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De ne pas entériner des conventions internationales vitales pour l’avenir de l’homme, au nom d’intérêts de cartel. Et là-dessus, de pouvoir accuser ceux qui les ratifient.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De prétendre exporter sa démocratie malgré l’absence de tout exemple réussi en la matière. Et d’y croire, en faisant aussi croire d’autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De dépenser en armement plus que les vingt-deux États suivants réunis, tout en affirmant à tout va que son seul but est l’autodéfense. Et de penser vendre cette optique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• D’utiliser pour ses propres objectifs expéditionnaires le sol, les eaux et le ciel d’un pays, sans son accord, afin de frapper un autre pays. Et de ne pas s’en soucier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De surveiller en permanence – du ciel – les États du globe, tel un véritable voyeur. Et sans justification particulière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• D’espionner l’intimité des gens à travers le monde, leurs conversations, leur correspondance, leurs déplacements. Et sans le sentiment de violer leurs droits élémentaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De défier ouvertement la seule organisation mondiale des États, en créant ainsi les prémices de son autodissolution. Et en estimant que ce n’est que justice.<span id="easy-footnote-36-336" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-4-4/#easy-footnote-bottom-36-336" title=" En vertu de l’adage (‘Tant pis si tout le monde autour de moi n’est pas capable d’être de mon avis’.)"><sup>36</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">• D’invoquer la raison d’État chaque fois que, à l’évidence, la raison – tout simplement – ne suffisait pas, ou plus.&nbsp; Et de croire cela juste et légitime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un jour, je pique-niquais avec des amis. On parlait de tout et de rien, de politique, des choses du jour. Soudain, quelqu’un a eu ces mots qui ne sauraient mieux résumer le fond des choses : ‘ Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi les Yankees n’ont pas le courage de dire ouvertement ‘Voilà, on fait la guerre car on en a tout simplement envie“, et ils cafouillent avec tous ces prétextes, tous plus ineptes les uns que les autres.’</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au faîte de la gloire, Alexandre le Grand essaya aussi d’exporter en Mésopotamie les valeurs hellénistiques. Son ambition prit fin à l’âge de 33 ans, à Babylone, à 90 km au sud de Bagdad.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’était en 323 av. J.-C.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Note.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Idéalement, le but de cet exercice serait atteint plus vite sans recours à la légende. Mais, pour le lecteur fainéant (j’en suis un), voici à tout de même le générique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les allégories sont en <em>italiques</em>.</p>



<figure class="wp-block-table"><table><tbody><tr><td>
États et États autoproclamés
</td></tr><tr><td>
<em>Albanie</em>
</td><td>
Israël
</td></tr><tr><td>
<em>Angola</em>
</td><td>
Canada
</td></tr><tr><td>
<em>Autriche</em>
</td><td>
Irak
</td></tr><tr><td>
<em>Belgique</em>
</td><td>
Azerbaïdjan
</td></tr><tr><td>
<em>Brésil</em>
</td><td>
USA
</td></tr><tr><td>
<em>Chine</em>
</td><td>
Russie
</td></tr><tr><td>
<em>Congo</em>
</td><td>
Bangladesh
</td></tr><tr><td>
<em>Daghestan</em>
</td><td>
Bosnie
</td></tr><tr><td>
<em>Danemark</em>
</td><td>
Géorgie
</td></tr><tr><td>
<em>Estonie</em>
</td><td>
Afghanistan
</td></tr><tr><td>
<em>Finlande</em>
</td><td>
Maroc
</td></tr><tr><td>
<em>Groenland</em>
</td><td>
Libye
</td></tr><tr><td>
<em>Hongrie</em>
</td><td>
Syrie
</td></tr><tr><td>
<em>Ingouchie</em>
</td><td>
Croatie
</td></tr><tr><td>
<em>Italie</em>
</td><td>
Iran
</td></tr><tr><td>
<em>Japon</em>
</td><td>
Inde
</td></tr><tr><td>
<em>Kabardino-Balkarie&nbsp;</em>
</td><td>
Kosovo
</td></tr><tr><td>
<em>Kazakhstan</em>
</td><td>
France
</td></tr><tr><td>
<em>Kenya</em>
</td><td>
Myanmar
</td></tr><tr><td>
<em>Lettonie</em>
</td><td>
Pakistan
</td></tr><tr><td>
<em>Liechtenstein</em>
</td><td>
Koweït
</td></tr><tr><td>
<em>Lituanie</em>
</td><td>
Palestine
</td></tr><tr><td>
<em>Macao</em>
</td><td>
Honduras
</td></tr><tr><td>
<em>Mongolie</em>
</td><td>
Allemagne
</td></tr><tr><td>
<em>Mozambique</em>
</td><td>
Australie
</td></tr><tr><td>
<em>Népal</em>
</td><td>
Corée-du-Nord
</td></tr><tr><td>
<em>Nigeria</em>
</td><td>
Espagne
</td></tr><tr><td>
<em>Norvège</em>
</td><td>
Qatar
</td></tr><tr><td>
<em>Ossétie-du-Nord</em>
</td><td>
Slovénie
</td></tr><tr><td>
<em>Pays-Bas</em>
</td><td>
Somalie
</td></tr><tr><td>
<em>Pologne</em>
</td><td>
Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Portugal</em>
</td><td>
Grande-Bretagne
</td></tr><tr><td>
<em>São Tomé-et-Principe</em>
</td><td>
Nouvelle-Zélande
</td></tr><tr><td>
<em>Slovaquie</em>
</td><td>
Kurdistan
</td></tr><tr><td>
<em>Suède</em>
</td><td>
Mali
</td></tr><tr><td>
<em>Suisse</em>
</td><td>
Arabie Saoudite
</td></tr><tr><td>
<em>Tchéquie</em>
</td><td>
Turquie
</td></tr><tr><td>
<em>Tchétchénie</em>
</td><td>
Yougoslavie
</td></tr><tr><td>
<em>Trinité-et -Tobago</em>
</td><td>
Cuba
</td></tr><tr><td>
<em>Tunisie</em>
</td><td>
Estonie
</td></tr><tr><td>
<em>Ukraine</em>
</td><td>
Égypte
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Regions et divers
</td></tr><tr><td>
<em>Caucase</em>
</td><td>
Balkans
</td></tr><tr><td>
<em>Europe de l’Est</em>
</td><td>
Proche-Orient
</td></tr><tr><td> <em>CPLP</em> </td><td> OCDE </td></tr><tr><td>
<em>Mer Adriatique</em>
</td><td>
Golfe Persique
</td></tr><tr><td> <em>OPNA</em> </td><td> OTAN </td></tr><tr><td>
<em>Pacte andin</em>
</td><td>
Union européenne
</td></tr><tr><td>
<em>Serra do Mar</em>
</td><td>
Monts Alleghanys
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Villes
</td></tr><tr><td>
<em>Astana</em>
</td><td>
Paris
</td></tr><tr><td>
<em>Beira</em>
</td><td>
Melbourne
</td></tr><tr><td>
<em>Belo Horizonte</em>
</td><td>
Los Angeles (ca)
</td></tr><tr><td>
<em>Brasilia</em>
</td><td>
Washington (dc)
</td></tr><tr><td>
<em>Curitiba</em>
</td><td>
Boston (ms)
</td></tr><tr><td>
<em>Gdánsk</em>
</td><td>
Port-Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Grozny</em>
</td><td>
Belgrade
</td></tr><tr><td>
<em>Karachaganak</em>
</td><td>
Toulouse
</td></tr><tr><td>
<em>Klagenfurt</em>
</td><td>
Bassora
</td></tr><tr><td>
<em>Lagos</em>
</td><td>
Madrid
</td></tr><tr><td>
<em>Lisbonne</em>
</td><td>
Londres
</td></tr><tr><td>
<em>Maputo</em>
</td><td>
Canberra
</td></tr><tr><td>
<em>Mogadiscio</em>
</td><td>
La Haye
</td></tr><tr><td>
<em>Oulan-Bator</em>
</td><td>
Berlin
</td></tr><tr><td>
<em>Pärnu</em>
</td><td>
Kandahar
</td></tr><tr><td>
<em>Pôrto Alegre</em>
</td><td>
Chicago (il)
</td></tr><tr><td>
<em>Recife</em>
</td><td>
Miami (fl)
</td></tr><tr><td>
<em>Rio de Janeiro</em>
</td><td>
Philadelphie (pa)
</td></tr><tr><td>
<em>Riyad</em>
</td><td>
Genève
</td></tr><tr><td>
<em>Santarém</em>
</td><td>
Lockerbie
</td></tr><tr><td>
<em>São Paulo</em>
</td><td>
New York (ny)
</td></tr><tr><td>
<em>Vitòria</em>
</td><td>
Newark (nj)
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Acteurs
</td></tr><tr><td>
<em>Francisco de Albuquerque</em>
</td><td>
Tommy Francks
</td></tr><tr><td>
<em>Caspar Baader</em>
</td><td>
Chalid Mohammed
</td></tr><tr><td>
<em>Chamil Bassaev</em>
</td><td>
Zoran Đinđić ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Nadji Bensoussan (fictif)</em>
</td><td>
Gro Harlem Brundtland
</td></tr><tr><td>
<em>Christoph Blocher</em>
</td><td>
Oussama Ben Laden
</td></tr><tr><td>
<em>Oumar Botassé (fictif)</em>
</td><td>
Hans Blix
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando H. Cardoso</em>
</td><td>
George W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando Collor de Mello</em>
</td><td>
George H. W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>José M. Durão Barroso</em>
</td><td>
Tony Blair
</td></tr><tr><td>
<em>João B. Figueiredo</em>
</td><td>
Norman Schwarzkopf
</td></tr><tr><td>
<em>Thomas Klestil</em>
</td><td>
Saddam Hussein
</td></tr><tr><td>
<em>Mart Laar</em>
</td><td>
Mohamed Omar
</td></tr><tr><td>
<em>Paulo Lacerda I</em><em><sup>er</sup></em>
</td><td>
Robert S. Mueller III
</td></tr><tr><td>
<em>Celso Lafer</em>
</td><td>
Colin Powell
</td></tr><tr><td>
<em>Vello Leito</em>
</td><td>
Ahmed Massoud ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Marco A. Marciel</em>
</td><td>
Richard B. Cheney
</td></tr><tr><td>
<em>Aslan Maskhadov</em>
</td><td>
Slobodan Milošević
</td></tr><tr><td>
<em>Ueli Maurer</em>
</td><td>
Abdelkarim Al-Nasser
</td></tr><tr><td>
<em>Abdias do Nascimento</em>
</td><td>
Martin Luther King
</td></tr><tr><td>
<em>Noursultan Nazarbaïev</em>
</td><td>
Jacques Chirac
</td></tr><tr><td>
<em>Olusegun Obasanjo</em>
</td><td>
José Maria Aznar
</td></tr><tr><td>
<em>Alfons Piller</em>
</td><td>
Mohamed Atta ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Ricardo C. Redi (fictif)</em>
</td><td>
Richard C. Reid
</td></tr><tr><td>
<em>Adrian Risi</em>
</td><td>
Abdulaziz Alomari ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Rubens da Silva (fictif)</em>
</td><td>
Ridley Scott
</td></tr><tr><td>
<em>Jiang Zemin</em>
</td><td>
Vladimir Poutine
</td></tr></tbody></table></figure>



<p class="wp-block-paragraph">[7 juin 2004]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-4-4/">A guerra dos Alpes (4/4)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-4-4/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>A guerra dos Alpes (3/4)</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-3-4/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-3-4/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 30 Jun 2019 07:11:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=332</guid>

					<description><![CDATA[<p>[...]  Ce travail est à présent achevé. Le jour est venu pour la récente hyperpuissance de définir l’axe de sa nouvelle stratégie. L’heure est à la mondialisation économique effrénée. Aussi la globalisation politique, stratégique et militaire doit-elle forcément suivre. Ce sont les facteurs nécessaires et suffisants de la globalisation du pouvoir. Et pour mettre en place les règles de la partie, il vaut mieux s’y prendre tôt. [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-3-4/">A guerra dos Alpes (3/4)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Eu tive um sonho… » (« J’ai fait un rêve… »)</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Abdias do Nascimento, leader noir brésilien)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>O eixo do mal (L’axe du mal)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ce travail est à présent achevé. Le jour est venu pour la récente hyperpuissance de définir l’axe de sa nouvelle stratégie. L’heure est à la mondialisation économique effrénée. Aussi la globalisation politique, stratégique et militaire doit-elle forcément suivre. Ce sont les facteurs nécessaires et suffisants de la globalisation du pouvoir. Et pour mettre en place les règles de la partie, il vaut mieux s’y prendre tôt. En arrière-plan, le terrorisme reste donc une menace pour cette nouvelle donne. C’est le contexte choisi par l’administration Cardoso pour matérialiser cette stratégie. Elle est préventive, offensive, voire – même – combative. Car il faut dénicher, combattre et tuer dans l’œuf les nouvelles forces obscures qui désormais hantent le monde. Les pays qui incarnent cette menace sont réunis dans ce qui est intitulé O eixo do mal. En font partie notamment l’Autriche, le Groenland, l’Italie, le Népal, la Pologne et Trinité-et-Tobago. Les voies d’action choisies sont multiples.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Primo, le Departamento de Polícia Federal met à prix les têtes de plus d’une vingtaine de terroristes dont il veut se débarrasser. Leurs noms et photos sont diffusés tous azimuts. Selon le DPF, chacun vaut 50 millions de réis. Soit environ € 35 millions. En tous les cas, il est incontestable que le DPF met en œuvre de grands moyens, puisqu’il est prêt à débourser ainsi plus de BRL 1000000000 en cas de capture de tous les terroristes qu’il recherche. Pourtant, 18 mois après les attentats, le bilan est décevant : seul Caspar Baader est arrêté en Lettonie. En parallèle, son chef, Paulo Lacerda I</em><em><sup>e</sup></em><em>, s’active. Il intensifie les voyages à l’étranger. Les contacts avec les responsables locaux lui permettent de plaider sa cause.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Secundo, simultanément au fameux Ato Patriotico, l’exploitation des ressources provenant de Comedor do carne et de Nível (noms de code : Carnivore et Échelon) passe à la vitesse supérieure. Ces systèmes de surveillance, saisie et analyse des communications sont essentiels pour son nouveau combat. Ils sont alimentés par une multitude de satellites-espions largués ces dernières années. L’informatique n’est pas à la traîne. En 12 ans, la capacité de calcul est multipliée par 1000, celle de stockage des données par plus de 10000.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Tertio, l’éventail de la propagande est impressionnant, à la mesure des moyens employés, du reste. Mais Cardoso réussit l’exploit de rallier à sa cause la majorité des élus des deux Chambres, opposition comprise, tout en maintenant un semblant d’État de droit. Au fait, il réussit là où bien d’autres démocraties notoires échouent. En réalité, la campagne d’endoctrinement bat son plein, et tous les moyens sont bons pour former à la pensée unique un peuple pourtant réputé vigilant.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Quarto, le Brésil estime qu’il faut donner à présent des exemples dans le sens qui l’intéresse. Nous l’avons cependant bien vu : l’Italie était rentrée dans le rang, bien que clairement hostile aux Sud-Américains, le Groenland est discret depuis la tragédie de Santarém. (Un appareil de la LAB – Linhas Aéreas Brasileiras – explose en plein vol au-dessus de la ville portugaise de Santarém. Les deux pirates de l’air sont des Esquimaux. 259 passagers et membres de l’équipage ainsi que 11 habitants de la ville sont tués. Un des pirates est reconnu coupable par la cour portugaise siégeant à Mogadiscio, tandis que l’autre est libéré de toute charge.) Trinité-et-Tobago se trouve déjà sous embargo total depuis plus de 40 ans. La Pologne, tout en ayant des catholiques bigots à sa tête, est trop pauvre. Mais il reste quand même le Népal.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>C’est un pays étrange et méconnu. 24 millions de Népalais y vivent, coupés du monde par la chaîne de l’Himalaya et par une monarchie absolue. On lui prête les desseins les plus fous, comme d’utiliser contre l’Inde une arme atomique que nul n’a vue. Mais son maoïsme, si dépassé en ces temps de globalisation, effraie. Même les Chinois, ces vieux alliés, se tiennent à distance.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Il n’y a pour ainsi dire plus que l’Autriche, l’enfant terrible. Curieusement, depuis la précédente guerre, le pays ne fait plus recette. Les sanctions de l’ONU y sont bien sûr pour quelque chose. L’Autriche a reculé dans le temps et ne menace plus. Pourtant, c’est le mauvais exemple, le dernier de la classe. Et puis, surtout, elle est riche. Disons, virtuellement riche : en bois et en tampons encreurs, mais aussi en cuivre, fer et lignite. Elle a aussi une main-d’œuvre versée dans la fonderie et la petite mécanique.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le choix est alors fait. Décision est prise d’en découdre avec le trublion. C’est l’occasion pour noyer le dépit de la première campagne, causé par l’échec du renversement de régime à Vienne. Cela permet aussi aux pays du monde entier de savoir à quel Brésil ils ont affaire.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Revoici donc au grand jour le vieil ami Thomas, toujours aussi déterminé. Son discours et ses habitudes ne changent pas. Sa calvitie progresse, mais le Kaiser reste fidèle à lui-même. En revanche, c’est autour de lui que le paysage change. D’abord, il décime et remplace le cercle prétorien qui l’avait appuyé durant son aventure au Liechtenstein. Ensuite, ses rejetons sont installés à des postes clés du régime. Il inaugure ainsi la dynastie autrichienne moderne. Enfin, l’action humanitaire onusienne Tampons encreurs contre aliments est détournée à son avantage. Il en profite pour se refaire une santé militaire.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>De son côté, le président brésilien prépare le parcours. L’heure est venue. Son discours devant le plénum des Nations Unies annonce la couleur. Le Brésil est conscient que l’Autriche recèle des terroristes de tous bords. L’État voyou aspire à frapper ses voisins, pour une primauté régionale. Le Brésil sait aussi que Thomas fomente en cachette le plan d’attaquer la RFB. Comble de l’horreur, il a les moyens de ses ambitions, sous la forme d’un stock de moyens de rémission minime. Il constitue donc un danger économique réel, pas seulement pour le Brésil, mais aussi pour l’Europe de l’Est et pour le monde. Et Cardoso d’exiger de l’Autriche qu’elle élimine cette provision illégale. Il ajoute : si Thomas Klestil ne s’y soumet pas, le Brésil et ses alliés l’obligeront à le faire, si besoin par la force.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Il est pourtant des faits que le président brésilien n’expose pas devant l’Assemblée générale comme, par exemple, l’implication massive de terroristes suisses dans les attaques du 09/11. Cette situation est en passe de vicier les rapports helvético-brésiliens, traditionnellement amicaux. Mais surtout, elle altère la livraison régulière de produits microtechniques. Ces composants sont vitaux pour son industrie militaire en plein essor. Une fois mise au pas, l’Autriche pourrait en revanche devenir une alternative porteuse en ce sens. Et puis, on ne le répétera jamais assez : la République fédérative du Brésil a besoin de s’affirmer, d’être confirmée par ses anciens alliés et auxiliairement par tout le monde, d’asseoir son autorité, incontestée de fait, mais pas assez reconnue par le public. C’est décidé : la guerre en Autriche sera un coup d’éclat.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>De fait, on ne parle pas encore de guerre. L’ONU adopte la résolution 4111, qui entérine la récente injonction du président Cardoso. Les tournées d’inspection des équipes nommées par les Nations Unies reprennent. Ce sont des experts des armes bactériologiques, chimiques et nucléaires. La mission est composée de 120 personnes. Elle est codirigée par Oumar Botassé du Mali et par la Qatariote Nadji Bensoussan, directrice générale de l’Organisation mondiale de la Santé à Riyad.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les experts se déploient à travers le pays. Au départ, les Autrichiens se montrent réfractaires. C’est normal : ils répètent à qui veut les entendre qu’ils ne possèdent aucun de ces remèdes extraordinaires. Mais, petit à petit, ils se laissent faire. Dès lors, les inspections se suivent et se ressemblent. On ne trouve rien, ou alors, rien de réellement probant. En tout cas, dans les hôpitaux contrôlés, on ne fabrique pas en cachette de l’acide citrique. Quant aux quelques boîtes de seringues dont la capacité dépasse de 2 ml celle que l’ONU autorise, l’Autriche consent à leur destruction. Elle ne peut toutefois s’empêcher de crier au scandale. En effet, cette mesure équivaut à une autoprivation avant la lettre. Ne vient-on pas justement de prédire que l’option militaire est de plus en plus probable ?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Car au-delà du processus d’inspection qui bat son plein, le Brésil et son fidèle allié le Portugal perdent manifestement patience. Au fil des semaines, il n’est plus tellement question du dépouillement de l’Autriche. À cet argument, qui semble désormais désuet, même si les deux veulent le faire passer seulement pour insuffisant, s’ajoute un nouveau slogan qui prône le renversement nécessaire du régime autrichien, la libération du peuple de la tyrannie de Thomas et l’instauration de la démocratie dans le pays et dans la zone, autant d’éléments indispensables (disent-ils) pour favoriser la paix dans le monde et un règlement pacifique du conflit lituano-albanais.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Cet acharnement latin est ouvertement appuyé par le Nigeria. En face, l’Azerbaïdjan, la Mongolie, le Kazakhstan, la Russie et la Chine manifestent clairement leur désaccord. Ils considèrent que les missions d’inspection donnent des résultats, que l’Autriche coopère, même si elle pourrait faire plus, et qu’en définitive il faut laisser aux experts le temps nécessaire pour mener à terme le mandat de l’ONU. Pour ces pays, quitter cette voie ouvrirait la porte à l’arbitraire et à l’instabilité.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La tension monte dans les deux camps. Les États membres de l’OPNA sont divisés sur le sujet. Ceux du Pacte andin encore plus : il y a comme un malaise au sein d’un for qui peine à trouver sa véritable identité. Aux Nations unies se livre la bataille des couloirs. En aparté, chaque équipe tente d’étoffer ses rangs en vue d’un vote décisif au Conseil de sécurité. Résigné, le secrétaire général est réduit à multiplier les déclarations. Il appelle à la raison et avertit du risque de voir l’ONU se liquéfier. Mais il ne trouve pas un vrai auditoire du côté des va-t-en- guerre. Finalement, faute de consensus, le vote est abandonné.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Simultanément, c’est le coup d’envoi de l’opération militaire. Cardoso, Durão Barroso et Obasanjo se rencontrent sur l’île britannique d’Ascension. Le Premier ministre Tony Blair participe au sommet en tant que hôte. Le président lance l’ultimatum : Thomas Klestil a 48 heures top chrono pour quitter ses fonctions et son pays. Sinon, c’est la guerre. La réponse du maître de Vienne ne tarde pas : gros cigare au bec, il rigole sur les ondes d’ORF (Österrechisches Rundfunk). Il traite les Latins de paranos et appelle son peuple à résister jusqu’au dernier. Le ton est donné.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les pacifistes montent au créneau. Les manifestations s’amplifient tous azimuts. Des milliers de jeunes descendent dans les rues de Maputo et de Beira, d’Oulan-Bator, d’Antana et même de Lagos. Des centaines de boucliers humains venus du monde entier débarquent à l’aéroport de Wien-Schwechat. Pendant ce temps, le ballet diplomatique se poursuit. Mais l’issue paraît inéluctable, et personne ne se fait plus d’illusions.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>50 heures plus tard, le Brésil lance en effet sa guerre. Le dispositif carioca basé au Liechtenstein se lève. Ces 240000 Brésiliens sont appuyés par 40000 Portugais et 2000 Mozambicains. L’armada bigarrée du temps de Tempestade de Neve est révolue. Le Nigeria ne fournit pas de troupes. Le Mozambique, l’Iran, la Géorgie, São Tomé-et-Principe se rangent encore plus sobrement aux côtés des Latins. Celso Lafer, qui au départ se vante d’une coalition de plus de cent pays, est à l’instant obligé d’avouer une trentaine seulement, dont quinze tiennent à rester anonymes et douze ne font qu’adhérer à la déclaration de principes de la RFB.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le programme onusien Tampons encreurs contre aliments est aussitôt bloqué. Le conflit à peine engagé, l’on craint déjà le désastre humanitaire. Le CICR (Comité international de la Croix-Rouge) dresse des milliers de tentes en Slovaquie, Suisse et Tchéquie. Ainsi débute la seconde guerre des Alpes, dite Liberdade para a Áustria (Liberté pour l’Autriche). À la différence de la première, elle se livre aussi sur la Toile, à coups de blocages et de piratages de sites internet. Cinq cents journalistes triés sur le volet suivent les troupes alliées, pour distiller les nouvelles. Et tout le monde s’assoit devant les postes de télévision.”</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’heure à laquelle je clos cette fable, les hostilités sont entrées dans leur 8<sup>e</sup> journée. Sachant que mon but n’est pas de tenir un journal fictif de guerre, et pour ne pas lasser davantage le lecteur, je m’arrête ici.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Note.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Idéalement, le but de cet exercice serait atteint plus vite sans recours à la légende. Mais, pour le lecteur fainéant (j’en suis un), voici à tout de même le générique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les allégories sont en <em>italiques</em>.</p>



<figure class="wp-block-table"><table><tbody><tr><td>
États et États autoproclamés
</td></tr><tr><td>
<em>Albanie</em>
</td><td>
Israël
</td></tr><tr><td>
<em>Angola</em>
</td><td>
Canada
</td></tr><tr><td>
<em>Autriche</em>
</td><td>
Irak
</td></tr><tr><td>
<em>Belgique</em>
</td><td>
Azerbaïdjan
</td></tr><tr><td>
<em>Brésil</em>
</td><td>
USA
</td></tr><tr><td>
<em>Chine</em>
</td><td>
Russie
</td></tr><tr><td>
<em>Congo</em>
</td><td>
Bangladesh
</td></tr><tr><td>
<em>Daghestan</em>
</td><td>
Bosnie
</td></tr><tr><td>
<em>Danemark</em>
</td><td>
Géorgie
</td></tr><tr><td>
<em>Estonie</em>
</td><td>
Afghanistan
</td></tr><tr><td>
<em>Finlande</em>
</td><td>
Maroc
</td></tr><tr><td>
<em>Groenland</em>
</td><td>
Libye
</td></tr><tr><td>
<em>Hongrie</em>
</td><td>
Syrie
</td></tr><tr><td>
<em>Ingouchie</em>
</td><td>
Croatie
</td></tr><tr><td>
<em>Italie</em>
</td><td>
Iran
</td></tr><tr><td>
<em>Japon</em>
</td><td>
Inde
</td></tr><tr><td>
<em>Kabardino-Balkarie&nbsp;</em>
</td><td>
Kosovo
</td></tr><tr><td>
<em>Kazakhstan</em>
</td><td>
France
</td></tr><tr><td>
<em>Kenya</em>
</td><td>
Myanmar
</td></tr><tr><td>
<em>Lettonie</em>
</td><td>
Pakistan
</td></tr><tr><td>
<em>Liechtenstein</em>
</td><td>
Koweït
</td></tr><tr><td>
<em>Lituanie</em>
</td><td>
Palestine
</td></tr><tr><td>
<em>Macao</em>
</td><td>
Honduras
</td></tr><tr><td>
<em>Mongolie</em>
</td><td>
Allemagne
</td></tr><tr><td>
<em>Mozambique</em>
</td><td>
Australie
</td></tr><tr><td>
<em>Népal</em>
</td><td>
Corée-du-Nord
</td></tr><tr><td>
<em>Nigeria</em>
</td><td>
Espagne
</td></tr><tr><td>
<em>Norvège</em>
</td><td>
Qatar
</td></tr><tr><td>
<em>Ossétie-du-Nord</em>
</td><td>
Slovénie
</td></tr><tr><td>
<em>Pays-Bas</em>
</td><td>
Somalie
</td></tr><tr><td>
<em>Pologne</em>
</td><td>
Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Portugal</em>
</td><td>
Grande-Bretagne
</td></tr><tr><td>
<em>São Tomé-et-Principe</em>
</td><td>
Nouvelle-Zélande
</td></tr><tr><td>
<em>Slovaquie</em>
</td><td>
Kurdistan
</td></tr><tr><td>
<em>Suède</em>
</td><td>
Mali
</td></tr><tr><td>
<em>Suisse</em>
</td><td>
Arabie Saoudite
</td></tr><tr><td>
<em>Tchéquie</em>
</td><td>
Turquie
</td></tr><tr><td>
<em>Tchétchénie</em>
</td><td>
Yougoslavie
</td></tr><tr><td>
<em>Trinité-et -Tobago</em>
</td><td>
Cuba
</td></tr><tr><td>
<em>Tunisie</em>
</td><td>
Estonie
</td></tr><tr><td>
<em>Ukraine</em>
</td><td>
Égypte
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Regions et divers
</td></tr><tr><td>
<em>Caucase</em>
</td><td>
Balkans
</td></tr><tr><td>
<em>Europe de l’Est</em>
</td><td>
Proche-Orient
</td></tr><tr><td>
<em>CPLP</em>
</td><td>
OCDE
</td></tr><tr><td>
<em>Mer Adriatique</em>
</td><td>
Golfe Persique
</td></tr><tr><td>
<em>OPNA</em>
</td><td>
OTAN
</td></tr><tr><td>
<em>Pacte andin</em>
</td><td>
Union européenne
</td></tr><tr><td>
<em>Serra do Mar</em>
</td><td>
Monts Alleghanys
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Villes
</td></tr><tr><td>
<em>Astana</em>
</td><td>
Paris
</td></tr><tr><td>
<em>Beira</em>
</td><td>
Melbourne
</td></tr><tr><td>
<em>Belo Horizonte</em>
</td><td>
Los Angeles (CA)
</td></tr><tr><td>
<em>Brasilia</em>
</td><td>
Washington (DC)
</td></tr><tr><td>
<em>Curitiba</em>
</td><td>
Boston (MS)
</td></tr><tr><td>
<em>Gdánsk</em>
</td><td>
Port-Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Grozny</em>
</td><td>
Belgrade
</td></tr><tr><td>
<em>Karachaganak</em>
</td><td>
Toulouse
</td></tr><tr><td>
<em>Klagenfurt</em>
</td><td>
Bassora
</td></tr><tr><td>
<em>Lagos</em>
</td><td>
Madrid
</td></tr><tr><td>
<em>Lisbonne</em>
</td><td>
Londres
</td></tr><tr><td>
<em>Maputo</em>
</td><td>
Canberra
</td></tr><tr><td>
<em>Mogadiscio</em>
</td><td>
La Haye
</td></tr><tr><td>
<em>Oulan-Bator</em>
</td><td>
Berlin
</td></tr><tr><td>
<em>Pärnu</em>
</td><td>
Kandahar
</td></tr><tr><td>
<em>Pôrto Alegre</em>
</td><td>
Chicago (IL)
</td></tr><tr><td>
<em>Recife</em>
</td><td>
Miami (FL)
</td></tr><tr><td>
<em>Rio de Janeiro</em>
</td><td>
Philadelphie (PA)
</td></tr><tr><td>
<em>Riyad</em>
</td><td>
Genève
</td></tr><tr><td>
<em>Santarém</em>
</td><td>
Lockerbie
</td></tr><tr><td>
<em>São Paulo</em>
</td><td>
New York (NY)
</td></tr><tr><td>
<em>Vitòria</em>
</td><td>
Newark (NJ)
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Acteurs
</td></tr><tr><td>
<em>Francisco de Albuquerque</em>
</td><td>
Tommy Francks
</td></tr><tr><td>
<em>Caspar Baader</em>
</td><td>
Chalid Mohammed
</td></tr><tr><td>
<em>Chamil Bassaev</em>
</td><td>
Zoran Đinđić ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Nadji Bensoussan (fictif)</em>
</td><td>
Gro Harlem Brundtland
</td></tr><tr><td>
<em>Christoph Blocher</em>
</td><td>
Oussama Ben Laden
</td></tr><tr><td>
<em>Oumar Botassé (fictif)</em>
</td><td>
Hans Blix
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando H. Cardoso</em>
</td><td>
George W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando Collor de Mello</em>
</td><td>
George H. W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>José M. Durão Barroso</em>
</td><td>
Tony Blair
</td></tr><tr><td>
<em>João B. Figueiredo</em>
</td><td>
Norman Schwarzkopf
</td></tr><tr><td>
<em>Thomas Klestil</em>
</td><td>
Saddam Hussein
</td></tr><tr><td>
<em>Mart Laar</em>
</td><td>
Mohamed Omar
</td></tr><tr><td>
<em>Paulo Lacerda I</em><em><sup>er</sup></em>
</td><td>
Robert S. Mueller III
</td></tr><tr><td>
<em>Celso Lafer</em>
</td><td>
Colin Powell
</td></tr><tr><td>
<em>Vello Leito</em>
</td><td>
Ahmed Massoud ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Marco A. Marciel</em>
</td><td>
Richard B. Cheney
</td></tr><tr><td>
<em>Aslan Maskhadov</em>
</td><td>
Slobodan Milošević
</td></tr><tr><td>
<em>Ueli Maurer</em>
</td><td>
Abdelkarim Al-Nasser
</td></tr><tr><td>
<em>Abdias do Nascimento</em>
</td><td>
Martin Luther King
</td></tr><tr><td>
<em>Noursultan Nazarbaïev</em>
</td><td>
Jacques Chirac
</td></tr><tr><td>
<em>Olusegun Obasanjo</em>
</td><td>
José Maria Aznar
</td></tr><tr><td>
<em>Alfons Piller</em>
</td><td>
Mohamed Atta ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Ricardo C. Redi (fictif)</em>
</td><td>
Richard C. Reid
</td></tr><tr><td>
<em>Adrian Risi</em>
</td><td>
Abdulaziz Alomari ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Rubens da Silva (fictif)</em>
</td><td>
Ridley Scott
</td></tr><tr><td>
<em>Jiang Zemin</em>
</td><td>
Vladimir Poutine
</td></tr></tbody></table></figure>



<p class="wp-block-paragraph">[7 juin 2004]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-3-4/">A guerra dos Alpes (3/4)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-3-4/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>A guerra dos Alpes (2/4)</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-2-4/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-2-4/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Jun 2019 20:14:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=321</guid>

					<description><![CDATA[<p>[…] Dans ce climat trouble, l’impensable se produit le matin du 09/11. À 08h46, l’avion md-11 du vol rg 3008 de la compagnie Varig, assurant la liaison entre Curitiba et Belo Horizonte, change sa route et percute l’édifice Conde Pereira Carneiro à Rio de Janeiro. À 09h03, un Airbus A319 de la TAM, venant de Curitiba, frappe le Palácio Zarzur Kogan de São Paulo et explose. […]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-2-4/">A guerra dos Alpes (2/4)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Eu tive um sonho…» (« J’ai fait un rêve…»)</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Abdias do Nascimento, leader noir brésilien)</p>
</div></div>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">[…] <em>‘Dia de terror para o Brazil e para o mundo’ (‘Jour de terreur pour le Brésil et pour le monde’)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Dans ce climat trouble, l’impensable se produit le matin du 09/11. À 08h46, l’avion MD-11 du vol rg 3008 de la compagnie Varig, assurant la liaison entre Curitiba et Belo Horizonte, change sa route et percute l’édifice Conde Pereira Carneiro à Rio de Janeiro. À 09h03, un Airbus A319 de la TAM, venant de Curitiba, frappe le Palácio Zarzur Kogan de São Paulo et explose. À 09h45, un autre Airbus (A320) de la TAM, partant de Brasilia vers Belo Horizonte, s’abat sur le Palais du Congrès national de Brasilia et détruit le Sénat. À 10h05, l’immeuble Kogan, haut de 170 mètres, tombe. À 10h10, un 2e appareil de Varig, un MD-88 en vol vers Vitória, s’écrase dans une forêt située près de la Serra do Mar. À 10h28, le Conde Pereira – le plus haut gratte-ciel du Brésil – s’écroule. Enfin, le lendemain soir, l’affalement d’un autre édifice du complexe Kogan met un terme à l’impensable. Le monde entier s’arrête.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les attentats font près de 3000 victimes et de nombreux blessés. Paradoxalement peut-être, ce sont les pompiers de São Paulo qui payent le plus lourd tribut en vies humaines. ‘ Le Brésil frappé, le monde saisi d’effroi ‘ titre le quotidien kazakh The Almaty Herald au lendemain des attentats. On ne sait pas très bien comment les choses se sont passées concrètement, surtout à l’intérieur des appareils. Mais l’identité des suicidaires est connue déjà depuis la veille : il s’agit d’un commando de 19 personnes, en majorité des Suisses. Leur motivation n’est pas établie. On sait en revanche qu’il s’agit de terroristes appartenant pour la plupart à l’Union démocratique du centre (UDC). Ils sont organisés et dirigés par deux professionnels, Alfons Piller et son adjoint Adrian Risi. Mais on trouve aussi des militants du Parti des Vrais Finlandais (PVF) et du parti lituanien Mūsu Zeme (Notre terre). En faisant des recherches sur ces monstrueux kamikazes, on remonte vite à l’origine du mal. Son nom est connu : Christoph Blocher. C’est la figure de proue du nationalisme suisse. Richissime, redoutable démagogue et brillant rassembleur, il est un pourfendeur féroce du métissage.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La volonté, le sang-froid et le professionnalisme des attaques laissent perplexe. Il est vrai que ce leader n’en est pas à son coup d’essai. Depuis longtemps, Blocher clame ses penchants pro-lituaniens. Par ailleurs, il est le suspect n° 1 pour le financement du parti Notre Terre. Et lorsqu’un croiseur portugais est piégé à Rangoon par une faction du PVF, il est clair que “Chris“ cautionne le sabotage. Mais avec les carnages du 09/11, ce fou se surpasse et atteint le comble de l’horreur.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ses cibles ne sont pas aléatoires. Blocher s’en prend aux édifices cariocas les plus majestueux, ainsi qu’au cœur du pouvoir démocratique. Par miracle, le Palácio do Planalto, siège de la présidence, échappe au pire : le 4</em><em><sup>e</sup></em><em> avion lui était destiné. Ce fondamentaliste frappe donc les symboles de la fierté nationale et d’une démocratie ethniquement consensuelle. Le constat prend toute sa valeur dans cet immense creuset harmonieusement formé de Portugais, d’Italiens, d’Allemands, d’Espagnols, de Polonais, de Noirs, de Juifs, de Japonais, d’Arabes et de Chinois.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Mais, au-delà du modèle brésilien et à travers lui, ces exaltés visent le pluriethnisme en général. Le succès d’autres sociétés (celle américaine par exemple) qui fonctionnent sur ce même principe les agresse. Selon eux, il est intolérable d’ainsi dilapider les acquis nationaux, sacrés. Et il faut dire qu’ils réussissent à installer une psychose durable d’un bout à l’autre du Brésil.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les portraits des malfaiteurs font le tour de la planète. Tout le monde connaît désormais ces figures, avec leurs noms imprononçables. Bientôt, on commence aussi à connaître les détails du forfait. Depuis les forêts d’Estonie où il s’est réfugié, Blocher fait parvenir une cassette vidéo à la chaîne d’information Euronews. Il déclare, notamment  : ‘Üsi Hüser si vo Bluet überfluetet, u dr Tyrann louft unghinderet derdür. Üsi Widerständ wärde nit ufhöre, bevor nid Ländereie befreit si’. (‘Nos maisons sont inondées de sang et, pendant ce temps, le tyran se promène calmement parmi elles. Nous ne cesserons pas les attaques, tant que nos terres ne seront pas libres.’</em><span id="easy-footnote-37-321" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-2-4/#easy-footnote-bottom-37-321" title=" Traduction : Brigitte von Bourg)"><sup>37</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Malgré ces faits, au moins trois questions troublantes se posent.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>D’abord, piloter des jumbos n’est pas donné au premier venu. Or, avant le 09/11, les mieux préparés de ces illuminés n’avaient conduit que des biplaces. D’où vient alors cette habileté rare, en vol rasant à 600 km/h (un instant d’absence et la cible est ratée), dans un centre-ville truffé de gratte-ciel et à la barbe du contrôle aérien ?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Et puis ces noms ne figurent pas sur la liste des victimes, dressée par le DPF (Departamento da Polícia Federal). Serait-ce par mépris absolu envers les criminels, ou par pudeur quant aux autres victimes, passives ? Peut-être bien. Toujours est-il que l’authentification des restes de ces terroristes lors de la pénible reconstitution de tous les corps s’avère, autant qu’on le sache, impossible.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Enfin, ces attentats ne sont jamais clairement revendiqués. Pour un tel chef-d’œuvre de l’épouvante, c’est étrange. Certes, il y a les enregistrements attribués à Blocher, rendus publics. Certes, le “fou de nation” lance des menaces, en costume trois pièces, fusil chinois AK-47 à la main. Tout cela reste toutefois assez ambigu. Et sur cet aspect, il n’y a pas d’enquête digne de ce nom. C’est regrettable, car des fous, il y en a légion dans le monde pour récupérer à bon compte une telle aubaine.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Nobre estrela (Étoile noble)<span id="easy-footnote-38-321" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-2-4/#easy-footnote-bottom-38-321" title=" En référence au symbole des forces armées brésiliennes)."><sup>38</sup></a></span></em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Alors non, déjà à partir du lendemain des attentats, les Brésiliens tiennent leurs hommes. C’est l’opération Nobre estrela. Surprenant, avec si peu d’indices concrets. Nervosité latine ? Impatience hautaine d’un pouvoir en quelque sorte humilié par une bande de voyous ? Besoin immédiat de fournir des solutions préfabriquées – donc des coupables – à une nation meurtrie ? Décisions maladroites prises à chaud ? Admettons. Il n’empêche que, devant l’histoire, chacune de ces suppositions trouverait une meilleure réponse dans la recherche longue et laborieuse des vrais fautifs que dans l’homologation précipitée d’auteurs hypothétiques.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ainsi, par la bouche du président Cardoso, le monde apprend très tôt plusieurs directives : que la République fédérative du Brésil est décidée à traquer ces terroristes où qu’ils soient, que tous les pays qui les abritent sont mis dans le même sac, que depuis la fin de la guerre humide,</em><span id="easy-footnote-39-321" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-2-4/#easy-footnote-bottom-39-321" title=" De 1945 à 1990, état de tension entre le Brésil et la Chine portant sur l’hégémonie dans l’Atlantique, le Pacifique et l’Antarctique, le principal enjeu étant la question de l’eau potable et des voies maritimes. L’ouverture économique et politique de la Chine à partir de 1990 a permis d’enterrer la hache de guerre entre les deux supergrands."><sup>39</sup></a></span> <em>la planète fait face à un nouvel ennemi, le terrorisme. Repaire de Blocher et de ses lieutenants, l’Estonie entre dans la ligne de mire.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Pendant ce temps, le Premier ministre portugais Durão Barroso annonce la découverte de preuves irréfutables. Leur présentation serait imminente. Le ministre brésilien des Relations extérieures, Lafer, se fait l’écho de ces nouvelles. Les preuves démontreraient la responsabilité du réseau nationaliste dans les attentats du 09/11. Il y a cependant malaise, car le temps passe et ces preuves sont toujours introuvables.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Qu’à cela ne tienne ! Dans l’intervalle, d’autres preuves arrivent. Le terroriste portugais Ricardo C. Redi se glisse sur un vol Varig reliant Astana à Recife. Il veut se faire sauter grâce à un explosif dissimulé dans le col de sa chemise ! Heureusement il est maîtrisé à temps. À Ispahan, un retraité iranien percute avec son aéronef la Mosquée du Shah, par miracle sans faire d’autres victimes que lui-même. À Karachaganak, l’explosion de l’usine chimique FAZ appartenant à Lukoil fait 30 victimes et plus de 2000 blessés dans la population civile.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Dans ce contexte, Cardoso fait adopter par les deux chambres d’un Congrès unanime le terrible Ato Patriotico (Acte patriotique). Cette loi édictée pour la circonstance choque un grand nombre de Brésiliens. Elle réduit sensiblement les droits civiques. La présomption de culpabilité devient la référence de fait. Des mesures de sécurité sans précédent sont mises en place. À São Paulo, Pôrto Alegre ou Rio de Janeiro, les temps où il faisait bon d’être Suisse, Lituanien, Polonais ou Finlandais sont révolus.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Suportar Liberdade (Soutenir la liberté)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Et puis, surtout, le président Cardoso lance – cette fois-ci sur l’Estonie – l’opération Suportar Liberdade, annoncée d’avance. Son principal objectif est de déloger, capturer ou tuer Christoph. Implicitement, il est aussi de neutraliser son réseau hors-la-loi. Les Cariocas débarquent à nouveau dans une contrée dont quelques jours avant ils ignoraient jusqu’à l’existence même. Les forces angolaises et portugaises participent aussi à l’opération. Le tout est piloté par la 3</em><em><sup>e</sup></em><em> flotte brésilienne basée à Gdańsk.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le rapport des forces est extrêmement inégal. Depuis l’assassinat de Vello Leito, chef historique du Parti Estonien de l’Indépendance, le pays, déjà faible, est miné par les faucons de l’Union pour la Patrie de Mart Laar. Dans la région, ce personnage mystérieux est une légende, au point qu’on doute de son existence réelle. Mais son influence est énorme, comme son aversion pour le Brésil. En fait, c’est pour cela qu’il se trouve sur la liste des ennemis publics de Cardoso et Marciel, ce dernier étant d’ailleurs vu comme le cerveau de la nouvelle stratégie.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>À la maison, l’état fédéral panse ses plaies, tandis qu’à 12 000 km de là, les meninos traquent les bandits entre Pärnu et Tartu.&nbsp; C’est le général d’armée Francisco Ricardo de Albuquerque qui dirige l’expédition alliée. Elle finit à peine deux mois plus tard. L’Union pour la Patrie n’existe plus. Ses militants sont morts ou capturés. Certains choisissent la clandestinité en Lettonie voisine. Mais les objectifs ne sont atteints qu’en partie, comme lors de la première campagne des Alpes. Mart Laar, Ueli Maurer et surtout Christoph Blocher courent toujours.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>O eixo do mal (L’axe du mal)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ce travail est à présent achevé. Le jour est venu pour la récente hyperpuissance de définir l’axe de sa nouvelle stratégie. L’heure est à la mondialisation économique effrénée. Aussi la globalisation politique, stratégique et militaire doit-elle forcément suivre. Ce sont les facteurs nécessaires et suffisants de la globalisation du pouvoir. Et pour mettre en place les règles de la partie, il vaut mieux s’y prendre tôt. En arrière-plan, le terrorisme reste donc une menace pour cette nouvelle donne.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Note.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Idéalement, le but de cet exercice serait atteint plus vite sans recours à la légende. Mais, pour le lecteur fainéant (j’en suis un), voici à tout de même le générique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les allégories sont en <em>italiques</em>.</p>



<figure class="wp-block-table"><table><tbody><tr><td>
États et États autoproclamés
</td></tr><tr><td>
<em>Albanie</em>
</td><td>
Israël
</td></tr><tr><td>
<em>Angola</em>
</td><td>
Canada
</td></tr><tr><td>
<em>Autriche</em>
</td><td>
Irak
</td></tr><tr><td>
<em>Belgique</em>
</td><td>
Azerbaïdjan
</td></tr><tr><td>
<em>Brésil</em>
</td><td>
USA
</td></tr><tr><td>
<em>Chine</em>
</td><td>
Russie
</td></tr><tr><td>
<em>Congo</em>
</td><td>
Bangladesh
</td></tr><tr><td>
<em>Daghestan</em>
</td><td>
Bosnie
</td></tr><tr><td>
<em>Danemark</em>
</td><td>
Géorgie
</td></tr><tr><td>
<em>Estonie</em>
</td><td>
Afghanistan
</td></tr><tr><td>
<em>Finlande</em>
</td><td>
Maroc
</td></tr><tr><td>
<em>Groenland</em>
</td><td>
Libye
</td></tr><tr><td>
<em>Hongrie</em>
</td><td>
Syrie
</td></tr><tr><td>
<em>Ingouchie</em>
</td><td>
Croatie
</td></tr><tr><td>
<em>Italie</em>
</td><td>
Iran
</td></tr><tr><td>
<em>Japon</em>
</td><td>
Inde
</td></tr><tr><td>
<em>Kabardino-Balkarie&nbsp;</em>
</td><td>
Kosovo
</td></tr><tr><td>
<em>Kazakhstan</em>
</td><td>
France
</td></tr><tr><td>
<em>Kenya</em>
</td><td>
Myanmar
</td></tr><tr><td>
<em>Lettonie</em>
</td><td>
Pakistan
</td></tr><tr><td>
<em>Liechtenstein</em>
</td><td>
Koweït
</td></tr><tr><td>
<em>Lituanie</em>
</td><td>
Palestine
</td></tr><tr><td>
<em>Macao</em>
</td><td>
Honduras
</td></tr><tr><td>
<em>Mongolie</em>
</td><td>
Allemagne
</td></tr><tr><td>
<em>Mozambique</em>
</td><td>
Australie
</td></tr><tr><td>
<em>Népal</em>
</td><td>
Corée-du-Nord
</td></tr><tr><td>
<em>Nigeria</em>
</td><td>
Espagne
</td></tr><tr><td>
<em>Norvège</em>
</td><td>
Qatar
</td></tr><tr><td>
<em>Ossétie-du-Nord</em>
</td><td>
Slovénie
</td></tr><tr><td>
<em>Pays-Bas</em>
</td><td>
Somalie
</td></tr><tr><td>
<em>Pologne</em>
</td><td>
Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Portugal</em>
</td><td>
Grande-Bretagne
</td></tr><tr><td>
<em>São Tomé-et-Principe</em>
</td><td>
Nouvelle-Zélande
</td></tr><tr><td>
<em>Slovaquie</em>
</td><td>
Kurdistan
</td></tr><tr><td>
<em>Suède</em>
</td><td>
Mali
</td></tr><tr><td>
<em>Suisse</em>
</td><td>
Arabie Saoudite
</td></tr><tr><td>
<em>Tchéquie</em>
</td><td>
Turquie
</td></tr><tr><td>
<em>Tchétchénie</em>
</td><td>
Yougoslavie
</td></tr><tr><td>
<em>Trinité-et -Tobago</em>
</td><td>
Cuba
</td></tr><tr><td>
<em>Tunisie</em>
</td><td>
Estonie
</td></tr><tr><td>
<em>Ukraine</em>
</td><td>
Égypte
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Regions et divers
</td></tr><tr><td>
<em>Caucase</em>
</td><td>
Balkans
</td></tr><tr><td>
<em>Europe de l’Est</em>
</td><td>
Proche-Orient
</td></tr><tr><td> <em>CPLP</em> </td><td> OCDE </td></tr><tr><td>
<em>Mer Adriatique</em>
</td><td>
Golfe Persique
</td></tr><tr><td> <em>OPNA</em> </td><td> OTAN </td></tr><tr><td>
<em>Pacte andin</em>
</td><td>
Union européenne
</td></tr><tr><td>
<em>Serra do Mar</em>
</td><td>
Monts Alleghanys
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Villes
</td></tr><tr><td>
<em>Astana</em>
</td><td>
Paris
</td></tr><tr><td>
<em>Beira</em>
</td><td>
Melbourne
</td></tr><tr><td>
<em>Belo Horizonte</em>
</td><td>
Los Angeles (ca)
</td></tr><tr><td>
<em>Brasilia</em>
</td><td>
Washington (dc)
</td></tr><tr><td>
<em>Curitiba</em>
</td><td>
Boston (ms)
</td></tr><tr><td>
<em>Gdánsk</em>
</td><td>
Port-Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Grozny</em>
</td><td>
Belgrade
</td></tr><tr><td>
<em>Karachaganak</em>
</td><td>
Toulouse
</td></tr><tr><td>
<em>Klagenfurt</em>
</td><td>
Bassora
</td></tr><tr><td>
<em>Lagos</em>
</td><td>
Madrid
</td></tr><tr><td>
<em>Lisbonne</em>
</td><td>
Londres
</td></tr><tr><td>
<em>Maputo</em>
</td><td>
Canberra
</td></tr><tr><td>
<em>Mogadiscio</em>
</td><td>
La Haye
</td></tr><tr><td>
<em>Oulan-Bator</em>
</td><td>
Berlin
</td></tr><tr><td>
<em>Pärnu</em>
</td><td>
Kandahar
</td></tr><tr><td>
<em>Pôrto Alegre</em>
</td><td>
Chicago (il)
</td></tr><tr><td>
<em>Recife</em>
</td><td>
Miami (fl)
</td></tr><tr><td>
<em>Rio de Janeiro</em>
</td><td>
Philadelphie (pa)
</td></tr><tr><td>
<em>Riyad</em>
</td><td>
Genève
</td></tr><tr><td>
<em>Santarém</em>
</td><td>
Lockerbie
</td></tr><tr><td>
<em>São Paulo</em>
</td><td>
New York (ny)
</td></tr><tr><td>
<em>Vitòria</em>
</td><td>
Newark (nj)
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Acteurs
</td></tr><tr><td>
<em>Francisco de Albuquerque</em>
</td><td>
Tommy Francks
</td></tr><tr><td>
<em>Caspar Baader</em>
</td><td>
Chalid Mohammed
</td></tr><tr><td>
<em>Chamil Bassaev</em>
</td><td>
Zoran Đinđić ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Nadji Bensoussan (fictif)</em>
</td><td>
Gro Harlem Brundtland
</td></tr><tr><td>
<em>Christoph Blocher</em>
</td><td>
Oussama Ben Laden
</td></tr><tr><td>
<em>Oumar Botassé (fictif)</em>
</td><td>
Hans Blix
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando H. Cardoso</em>
</td><td>
George W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando Collor de Mello</em>
</td><td>
George H. W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>José M. Durão Barroso</em>
</td><td>
Tony Blair
</td></tr><tr><td>
<em>João B. Figueiredo</em>
</td><td>
Norman Schwarzkopf
</td></tr><tr><td>
<em>Thomas Klestil</em>
</td><td>
Saddam Hussein
</td></tr><tr><td>
<em>Mart Laar</em>
</td><td>
Mohamed Omar
</td></tr><tr><td>
<em>Paulo Lacerda I</em><em><sup>er</sup></em>
</td><td>
Robert S. Mueller III
</td></tr><tr><td>
<em>Celso Lafer</em>
</td><td>
Colin Powell
</td></tr><tr><td>
<em>Vello Leito</em>
</td><td>
Ahmed Massoud ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Marco A. Marciel</em>
</td><td>
Richard B. Cheney
</td></tr><tr><td>
<em>Aslan Maskhadov</em>
</td><td>
Slobodan Milošević
</td></tr><tr><td>
<em>Ueli Maurer</em>
</td><td>
Abdelkarim Al-Nasser
</td></tr><tr><td>
<em>Abdias do Nascimento</em>
</td><td>
Martin Luther King
</td></tr><tr><td>
<em>Noursultan Nazarbaïev</em>
</td><td>
Jacques Chirac
</td></tr><tr><td>
<em>Olusegun Obasanjo</em>
</td><td>
José Maria Aznar
</td></tr><tr><td>
<em>Alfons Piller</em>
</td><td>
Mohamed Atta ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Ricardo C. Redi (fictif)</em>
</td><td>
Richard C. Reid
</td></tr><tr><td>
<em>Adrian Risi</em>
</td><td>
Abdulaziz Alomari ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Rubens da Silva (fictif)</em>
</td><td>
Ridley Scott
</td></tr><tr><td>
<em>Jiang Zemin</em>
</td><td>
Vladimir Poutine
</td></tr></tbody></table></figure>



<p class="wp-block-paragraph">[7 juin 2004]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-2-4/">A guerra dos Alpes (2/4)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-2-4/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>A guerra dos Alpes (¼)</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-%c2%bc/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-%c2%bc/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 May 2019 09:17:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=310</guid>

					<description><![CDATA[<p>On a envie de dire que cette deuxième guerre contre l’Irak est tout simplement irréelle. Pour preuve, il suffit de se livrer à un exercice simple : intervertir toutes les situations et composantes de ce délire, examiner le résultat obtenu et conclure sur l’état des faits tel qu’il se présente en réalité. [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-%c2%bc/">A guerra dos Alpes (¼)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Eu tive um sonho…». (« J’ai fait un rêve…»)</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Abdias do Nascimento, leader noir brésilien)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">On a envie de dire que cette deuxième guerre contre l’Irak est tout simplement irréelle.<span id="easy-footnote-40-310" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-%c2%bc/#easy-footnote-bottom-40-310" title=" Rien que cette concise plaisanterie douteuse, peut-être d’origine européenne, résume de manière acide une certaine optique sur des civilisations pourtant fières d’une histoire bien plus longue et riche: ‘On dit comment, Iran ou Irak ?’"><sup>40</sup></a></span> Pour preuve, il suffit de se livrer à un exercice simple : intervertir toutes les situations et composantes de ce délire, examiner le résultat obtenu et conclure sur l’état des faits tel qu’il se présente en réalité. Essayons donc d’imaginer un autre film des événements qui ont lieu au Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. (Voir aussi la légende à la fin de ce texte.)</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Les origines</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>“1980. L’Italie et l’Autriche s’affrontent sans merci. Prétexte : le Sud du Tyrol, que l’Autriche revendique. C’est la Chine et le Kazakhstan qui fournissent l’armement aux Italiens. Les Autrichiens se servent au Brésil. Le conflit finit en queue de poisson. Il fait un million de victimes et laisse les deux pays exsangues. Complaisante, l’ONU baisse les bras. En secret, elle sympathise toutefois avec l’État le plus docile. Pourtant, c’est bien en Autriche que cette rivalité vient de provoquer le renversement de l’état de droit. Une terrible dictature s’installe. Finalement, les anciens ennemis commencent une reconstruction lente et difficile.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Des années plus tard, le tyran de Vienne procède en toute impunité à l’extermination de milliers de Slovaques. En bonne partie, ce sont des militants du PTGS (le Parti des Travailleurs de la Grande Slovaquie, interdit en Autriche). Au grand dam de l’Europe, la République tchèque voisine ne se prive d’ailleurs pas de saluer cet acte.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les années passent. Tout en confortant son assise, le régime fait valoir des penchants de plus en plus douteux. Par exemple, il s’abstient de condamner l’explosion en plein vol d’un avion de ligne soudanais au large de la Tunisie. Cet exploit d’un commando belge fait 289 victimes. Ou alors il salue l’attentat suicide d’un groupe d’extrémistes danois contre une base militaire portugaise en Angola. Résultat : 134 morts et blessés.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>En même temps, l’Italie se rachète une conduite. Au gouvernement belliqueux de l’époque se substitue une équipe plus sage. Celle-ci soumet au peuple une réforme de la Constitution autorisant le prince Victor-Emmanuel à rentrer d’exil. Le retour du pays à un système monarchique constitutionnel devient ainsi possible. Assagi, le royaume transalpin retrouve ainsi les feux de la rampe. Fort de sa diaspora, il commence même à être loué par les grands du moment, Brésil en tête.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>L’Anschluss (L’Annexion)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Et puis, un jour d’été, comme pris par la folie, le satrape viennois attaque sans crier gare la principauté du Liechtenstein. Ce minuscule voisin, 250 fois plus petit pour la population et 2 x 250 fois pour la surface, est écrasé. Le prince Hans-Adam II se réfugie en Suisse. Bon nombre de ses concitoyens aussi. Stupéfait, le monde entier somme Thomas Klestil de se retirer du Liechtenstein, annexé en 10 heures et sans résistance. En vain.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Au fil des semaines, les témoignages en provenance de Vaduz percent la censure autrichienne. On parle de sévices et de pillages systématiques. Le pays, naguère l’un des plus riches de la région, est détruit. Fiduciaires et banques ferment, études d’avocats et d’experts, firmes de courtage et sociétés off-shore aussi. Même l’exportation de timbres-poste cesse. La valeur des exemplaires déjà en circulation explose donc artificiellement, car la demande du marché n’arrête pas d’augmenter depuis l’invasion. C’est l’unique “bénéfice“ de l’occupation.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les nations libres ont ainsi toute raison de s’alarmer. En effet, si l’Autriche n’obtempère pas, quelle sera la face du monde demain ? Quel sera le prochain (petit) pays visé ? Serait-ce la fin d’une époque et de la démocratie tout court ? N’y aurait-il pas un moyen pour arrêter cela ?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Si ! Et c’est le Brésil qui, le premier, monte aux avant-postes. Et c’est le président Collor de Mello qui avertit l’Autriche des répercussions de son acte irresponsable. Et d’autres pays lui emboîtent le pas : le Portugal d’abord, suivi du Mozambique, de l’Angola, de Macao, mais aussi de l’Ukraine, du Congo et de la Finlande. Et, bientôt, une coalition de trente-sept États se dresse contre la barbarie de Thomas. Et la volonté se concrétise lorsqu’une force de frappe sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale est déployée dans la région.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Mais le dictateur persiste et signe. Pour lui, la principauté est territoire autrichien. Son action est légitime. Et pas moyen de compter sur une révolte populaire, ni dans son pays, encore moins en territoire occupé : la terreur et la propagande sont telles qu’au moindre geste de fronde on risque sa peau. D’ailleurs, le tyran nargue le monde libre : il se fait plébisciter à la tête de l’Autriche lors d’élections à candidat unique.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Tempestade de neve</em> (<em>Tempête de neige)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>L’ultimatum devient alors inévitable. Le bruit de bottes se fait concret. Une énorme flotte alliée est dépêchée au nord de l’Adriatique. Les bases militaires de OPNA en Tchéquie et en Suisse décuplent leur capacité. 300000 soldats (dont 165 Liechtensteinois) attendent le signal du général João Baptista Figueiredo, qui dirige la coalition. Ils sont armés jusqu’aux dents. Eh bien non, en dépit de tout ça, Klestil s’obstine.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>C’est alors qu’une colossale armada s’abat sur cette Autriche déjà affaiblie par le conflit avec l’Italie. La guerre est rapide. Son nom est symbolique : Tempestade de neve, dite aussi A Guerra dos Alpes. (La Guerre des Alpes) Les attaquants sont en surnombre, suréquipés et surentraînés. Ils sont dotés des moyens les plus sophistiqués. Ils disposent d’une puissance aérienne terrible, et ils en font usage jour et nuit. En face, les Autrichiens n’opposent que des troupes à vélo, des deltaplanes, la cavalerie, des unités de chasseurs de montagne et du matériel de combat datant de la dernière guerre.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Pourtant, on les redoute toujours, et peut-être à juste titre. En effet, des rumeurs circulent sur d’éventuels projectiles capables d’atteindre l’Albanie, l’ennemi de toujours. On craint l’existence d’un super-canon dissimulé du côté de Klagenfurt. D’ailleurs, l’Albanie est ouvertement sur le qui-vive. De Shkodër à Vlorë, la population reçoit des masques à gaz et des fusils à grenaille. Le lobby albanais s’active à Brasilia. Puis, un jour, la menace se matérialise : une vingtaine de missiles chinois Som sont tirés sur Tirana. Par chance, des missiles antimissiles Herói interceptent la plupart d’entre eux, le reste faisant peu de dégâts.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Un mois plus tard, l’Autriche est vaincue. Les alliés – les deux compagnies du Liechtenstein en tête – libèrent la capitale et les 15 autres villes et villages du pays. Le prince revient à Vaduz. Les bureaux de poste sont déminés. Le peuple est en liesse. Soulagés, les Albanais peuvent enfin souffler aussi. Figueiredo et ses marinheiros rentrent triomphalement à Rio. De partout, les témoignages de sympathie fusent. Discrètement haïe hier pour sa richesse insolente, cette Lilliputie est maintenant un pays chéri. Enfin, tout le monde respire : l’exportation des timbres peut reprendre, les banques et les fiduciaires recommencent à fonctionner normalement. La première Guerre des Alpes est terminée.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>L’agresseur en revanche est puni. Il ne l’aura pas volé. Il reçoit des sanctions sévères. Première source de devises, l’industrie des tampons encreurs est mise sous embargo. L’ONU décrète une large zone d’exclusion aérienne entre le 12</em><em><sup>e</sup></em><em> et le 16</em><em><sup>e</sup></em><em> méridien. Le pays – en ruine – décline. La population s’enfonce dans la maladie et la misère. Toutefois, Thomas Klestil réussit à se maintenir à la tête de l’État. Lors des dernières élections, il est même reconduit à son poste par 100% des votants !</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Restaurar a esperança</em> (<em>Restaurer l’espoir)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le temps passe et l’écho de Tempestade de Neve s’éteint. Le Brésil vit un essor considérable. La croissance touche des sommets insoupçonnés. Voilà dix ans que ça dure, malgré quelques chahuts boursiers. Le pays exploite des ressources naturelles impressionnantes. Il pratique une politique industrielle et commerciale agressive. L’inflation est maîtrisée, la valeur du real</em> <em>contrôlée ; par conséquent les exportations s’envolent. La nation s’enrichit et devient forte, trop forte peut-être. Ce n’est pas le cas des membres de la CPL (Communauté des pays lusophones) qui se chamaillent depuis des années au sein d’un organisme toujours bègue.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Vient l’opération désastreuse aux Pays-Bas. Baptisée Restaurar a Esperança, cette initiative unilatérale brésilienne est mal inspirée et mal préparée. Décidée en dehors du cadre de l’ONU, elle tourne au fiasco : 17 meninos sont tués et 106 blessés dans les quartiers louches de La Haye. Deux avions espions EMB-145 SA sont détruits. L’objectif initial – capturer un mafieux local – est abandonné. Le monde réprouve et le Brésil encaisse le coup. Pour un temps, le président adopte le profil bas. La débâcle et le choc sont tels que Rubens da Silva choisit de porter le sujet à l’écran : ce sera le poignant ‹ Rouxinol branco no ar › (‹ Rossignol blanc par terre ›).</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Força aliada (Force alliée)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Il y a ensuite le conflit du Caucase. Le Brésil et d’autres pays du Pacte andin interviennent ici pour rétablir l’ordre. La Mongolie participe aussi à sa première incursion hors frontières. L’opération s’appelle Força aliada. En effet, la région est déchirée par les conflits ethniques. Les Tchétchènes attaquent sans cesse le Daghestan, l’Ingouchie et l’Ossétie du Nord. Finalement c’est l’annexion forcée de la Kabardino-Balkarie par la Tchétchénie qui provoque l’intervention alliée, qui est presque exclusivement aérienne. Les frappes sont destinées à démanteler l’appareil militaire tchétchène. Pourtant, beaucoup d’objectifs civils sont aussi détruits. Les chasseurs-bombardiers pilonnent Grozny nuit et jour. Deux mois plus tard, le régime d’Aslan Maskhadov capitule.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Dix ans de guerre l’ont rendu impopulaire. Mais il faut aussi compter avec un Shamil Bassaev dont l’acharnement est légendaire. De surcroît, le Tribunal pénal international (TPI) de Mogadiscio lance un mandat en son nom. Il y est accusé de génocide et de crimes contre l’humanité. Pressé de toutes parts, Maskhadov démissionne. Deux ans après, le tout nouveau gouvernement tchétchène, issu des élections qui viennent d’avoir lieu, le livre au procureur général du TPI. En échange, le pays reçoit € 1400000000.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>‘Dia de terror para o Brazil e para o mundo’ (Jour de terreur pour le Brésil et pour le monde’)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Dans ce climat trouble, l’impensable se produit le matin du 09/11. À 08h46, l’avion MD-11 du vol RG 3008 de la compagnie Varig, assurant la liaison entre Curitiba et Belo Horizonte, change sa route et percute l’édifice Conde Pereira Carneiro à Rio de Janeiro. À 09h03, un Airbus A319 de la TAM, venant de Curitiba, frappe le Palácio Zarzur Kogan de São Paulo et explose. À 09h45, un autre Airbus (A320) de la TAM, partant de Brasilia vers Belo Horizonte, s’abat sur le Palais du Congrès national de Brasilia et détruit le Sénat. À 10h05, l’immeuble Kogan, haut de 170 mètres, tombe. À 10h10, un 2e appareil de Varig, un MD-88 en vol vers Vitória, s’écrase dans une forêt située près de la Serra do Mar. À 10h28, le Conde Pereira – le plus haut gratte-ciel du Brésil – s’écroule. Enfin, le lendemain soir, l’affalement d’un autre édifice du complexe Kogan met un terme à l’impensable. Le monde entier s’arrête.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Note.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Idéalement, le but de cet exercice serait atteint plus vite sans recours à la légende. Mais, pour le lecteur fainéant (j’en suis un), voici à tout de même le générique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les allégories sont en <em>italiques</em>.</p>



<figure class="wp-block-table"><table><tbody><tr><td>
États et États autoproclamés
</td></tr><tr><td>
<em>Albanie</em>
</td><td>
Israël
</td></tr><tr><td>
<em>Angola</em>
</td><td>
Canada
</td></tr><tr><td>
<em>Autriche</em>
</td><td>
Irak
</td></tr><tr><td>
<em>Belgique</em>
</td><td>
Azerbaïdjan
</td></tr><tr><td>
<em>Brésil</em>
</td><td>
États-Unis d’Amérique
</td></tr><tr><td>
<em>Chine</em>
</td><td>
Russie
</td></tr><tr><td>
<em>Congo</em>
</td><td>
Bangladesh
</td></tr><tr><td>
<em>Daghestan</em>
</td><td>
Bosnie
</td></tr><tr><td>
<em>Danemark</em>
</td><td>
Géorgie
</td></tr><tr><td>
<em>Estonie</em>
</td><td>
Afghanistan
</td></tr><tr><td>
<em>Finlande</em>
</td><td>
Maroc
</td></tr><tr><td>
<em>Groenland</em>
</td><td>
Libye
</td></tr><tr><td>
<em>Hongrie</em>
</td><td>
Syrie
</td></tr><tr><td>
<em>Ingouchie</em>
</td><td>
Croatie
</td></tr><tr><td>
<em>Italie</em>
</td><td>
Iran
</td></tr><tr><td>
<em>Japon</em>
</td><td>
Inde
</td></tr><tr><td>
<em>Kabardino-Balkarie&nbsp;</em>
</td><td>
Kosovo
</td></tr><tr><td>
<em>Kazakhstan</em>
</td><td>
France
</td></tr><tr><td>
<em>Kenya</em>
</td><td>
Myanmar
</td></tr><tr><td>
<em>Lettonie</em>
</td><td>
Pakistan
</td></tr><tr><td>
<em>Liechtenstein</em>
</td><td>
Koweït
</td></tr><tr><td>
<em>Lituanie</em>
</td><td>
Palestine
</td></tr><tr><td>
<em>Macao</em>
</td><td>
Honduras
</td></tr><tr><td>
<em>Mongolie</em>
</td><td>
Allemagne
</td></tr><tr><td>
<em>Mozambique</em>
</td><td>
Australie
</td></tr><tr><td>
<em>Népal</em>
</td><td>
Corée-du-Nord
</td></tr><tr><td>
<em>Nigeria</em>
</td><td>
Espagne
</td></tr><tr><td>
<em>Norvège</em>
</td><td>
Qatar
</td></tr><tr><td>
<em>Ossétie-du-Nord</em>
</td><td>
Slovénie
</td></tr><tr><td>
<em>Pays-Bas</em>
</td><td>
Somalie
</td></tr><tr><td>
<em>Pologne</em>
</td><td>
Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Portugal</em>
</td><td>
Grande-Bretagne
</td></tr><tr><td>
<em>São Tomé-et-Principe</em>
</td><td>
Nouvelle-Zélande
</td></tr><tr><td>
<em>Slovaquie</em>
</td><td>
Kurdistan
</td></tr><tr><td>
<em>Suède</em>
</td><td>
Mali
</td></tr><tr><td>
<em>Suisse</em>
</td><td>
Arabie Saoudite
</td></tr><tr><td>
<em>Tchéquie</em>
</td><td>
Turquie
</td></tr><tr><td>
<em>Tchétchénie</em>
</td><td>
Yougoslavie
</td></tr><tr><td>
<em>Trinité-et -Tobago</em>
</td><td>
Cuba
</td></tr><tr><td>
<em>Tunisie</em>
</td><td>
Estonie
</td></tr><tr><td>
<em>Ukraine</em>
</td><td>
Égypte
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Regions et divers
</td></tr><tr><td>
<em>Caucase</em>
</td><td>
Balkans
</td></tr><tr><td>
<em>Europe de l’Est</em>
</td><td>
Proche-Orient
</td></tr><tr><td>
<em>CPLP</em>
</td><td>
OCDE
</td></tr><tr><td>
<em>Mer Adriatique</em>
</td><td>
Golfe Persique
</td></tr><tr><td>
<em>OPNA</em>
</td><td>
OTAN
</td></tr><tr><td>
<em>Pacte andin</em>
</td><td>
Union européenne
</td></tr><tr><td>
<em>Serra do Mar</em>
</td><td>
Monts Alleghanys
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Villes
</td></tr><tr><td>
<em>Astana</em>
</td><td>
Paris
</td></tr><tr><td>
<em>Beira</em>
</td><td>
Melbourne
</td></tr><tr><td>
<em>Belo Horizonte</em>
</td><td>
Los Angeles (CA)
</td></tr><tr><td>
<em>Brasilia</em>
</td><td>
Washington (DC)
</td></tr><tr><td>
<em>Curitiba</em>
</td><td>
Boston (MS)
</td></tr><tr><td>
<em>Gdánsk</em>
</td><td>
Port-Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Grozny</em>
</td><td>
Belgrade
</td></tr><tr><td>
<em>Karachaganak</em>
</td><td>
Toulouse
</td></tr><tr><td>
<em>Klagenfurt</em>
</td><td>
Bassora
</td></tr><tr><td>
<em>Lagos</em>
</td><td>
Madrid
</td></tr><tr><td>
<em>Lisbonne</em>
</td><td>
Londres
</td></tr><tr><td>
<em>Maputo</em>
</td><td>
Canberra
</td></tr><tr><td>
<em>Mogadiscio</em>
</td><td>
La Haye
</td></tr><tr><td>
<em>Oulan-Bator</em>
</td><td>
Berlin
</td></tr><tr><td>
<em>Pärnu</em>
</td><td>
Kandahar
</td></tr><tr><td>
<em>Pôrto Alegre</em>
</td><td>
Chicago (IL)
</td></tr><tr><td>
<em>Recife</em>
</td><td>
Miami (FL)
</td></tr><tr><td>
<em>Rio de Janeiro</em>
</td><td>
Philadelphie (PA)
</td></tr><tr><td>
<em>Riyad</em>
</td><td>
Genève
</td></tr><tr><td>
<em>Santarém</em>
</td><td>
Lockerbie
</td></tr><tr><td>
<em>São Paulo</em>
</td><td>
New York (NY)
</td></tr><tr><td>
<em>Vitòria</em>
</td><td>
Newark (NJ)
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Acteurs
</td></tr><tr><td>
<em>Francisco de Albuquerque</em>
</td><td>
Tommy Francks
</td></tr><tr><td>
<em>Caspar Baader</em>
</td><td>
Chalid Mohammed
</td></tr><tr><td>
<em>Chamil Bassaev</em>
</td><td>
Zoran Đinđić ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Nadji Bensoussan (fictif)</em>
</td><td>
Gro Harlem Brundtland
</td></tr><tr><td>
<em>Christoph Blocher</em>
</td><td>
Oussama Ben Laden
</td></tr><tr><td>
<em>Oumar Botassé (fictif)</em>
</td><td>
Hans Blix
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando H. Cardoso</em>
</td><td>
George W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando Collor de Mello</em>
</td><td>
George H. W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>José M. Durão Barroso</em>
</td><td>
Tony Blair
</td></tr><tr><td>
<em>João B. Figueiredo</em>
</td><td>
Norman Schwarzkopf
</td></tr><tr><td>
<em>Thomas Klestil</em>
</td><td>
Saddam Hussein
</td></tr><tr><td>
<em>Mart Laar</em>
</td><td>
Mohamed Omar
</td></tr><tr><td>
<em>Paulo Lacerda I</em><em><sup>er</sup></em>
</td><td>
Robert S. Mueller III
</td></tr><tr><td>
<em>Celso Lafer</em>
</td><td>
Colin Powell
</td></tr><tr><td>
<em>Vello Leito</em>
</td><td>
Ahmed Massoud ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Marco A. Marciel</em>
</td><td>
Richard B. Cheney
</td></tr><tr><td>
<em>Aslan Maskhadov</em>
</td><td>
Slobodan Milošević
</td></tr><tr><td>
<em>Ueli Maurer</em>
</td><td>
Abdelkarim Al-Nasser
</td></tr><tr><td>
<em>Abdias do Nascimento</em>
</td><td>
Martin Luther King
</td></tr><tr><td>
<em>Noursultan Nazarbaïev</em>
</td><td>
Jacques Chirac
</td></tr><tr><td>
<em>Olusegun Obasanjo</em>
</td><td>
José Maria Aznar
</td></tr><tr><td>
<em>Alfons Piller</em>
</td><td>
Mohamed Atta ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Ricardo C. Redi (fictif)</em>
</td><td>
Richard C. Reid
</td></tr><tr><td>
<em>Adrian Risi</em>
</td><td>
Abdulaziz Alomari ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Rubens da Silva (fictif)</em>
</td><td>
Ridley Scott
</td></tr><tr><td>
<em>Jiang Zemin</em>
</td><td>
Vladimir Poutine
</td></tr></tbody></table></figure>



<p class="wp-block-paragraph">[7 juin 2004]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-%c2%bc/">A guerra dos Alpes (¼)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-%c2%bc/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L&#039;arthrose de la poly tique (2/2)</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique-2-2/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique-2-2/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 24 Mar 2019 07:58:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=302</guid>

					<description><![CDATA[<p>La période de consolidation du politique est probablement la plus cruelle de l’histoire. Les deux guerres mondiales réunies auraient fait plus de victimes que toutes les violences engendrées par d’autres formes de confrontation durant cette seconde période. Au total, plus de 100 millions d’hommes seraient morts ainsi. Avec un bilan à peine plus élevé qu’un cinquième de ce total, l’ultime période de l’époque industrielle constituerait ainsi une phase d’accalmie... [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique-2-2/">L&#039;arthrose de la poly tique (2/2)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">La période de consolidation du politique est probablement la plus cruelle de l’histoire. Les deux guerres mondiales réunies auraient fait plus de victimes que toutes les violences engendrées par d’autres formes de confrontation durant cette seconde période. Au total, plus de 100 millions d’hommes seraient morts ainsi. Avec un bilan à peine plus élevé qu’un cinquième de ce total, l’ultime période de l’époque industrielle constituerait ainsi une phase d’accalmie… Il serait pourtant audacieux de soutenir que ce constat grave ne tiendrait qu’au transfert de pouvoir évoqué : en effet, le passé est riche en exemples témoignant du vieux penchant des hommes à s’entretuer. Ce serait aussi présomptueux d’affirmer que les promoteurs (comme les exécutants) de ces désastres auraient été dotés d’une cruauté proportionnelle à ce terrible inventaire : ceci négligerait les progrès techniques des moyens de destruction. (Les attaques américaines contre les villes de Hiroshima et Nagasaki ont fait, en quelques minutes, autant de victimes que la guerre russo-japonaise en deux ans. Est-ce que, pour autant, le président Truman occuperait la première place au palmarès de la barbarie, au détriment par exemple du tsar Nicolas II et de l’empereur Mutsuhito, ou de tant d’autres ?) Enfin, je crois que l’émotion surgie à l’ombre de ces réflexions ne devrait pas estomper le principal constat digne d’intérêt au sens de cette étude : politiquement, l’empreinte de cette période est faible. Certes, c’est le moment des plus grandes entreprises doctrinaires de l’ère industrielle : le capitalisme fordiste, le taylorisme, le keynésianisme, le bolchevisme, le maoïsme, les nationalismes allemand et italien, auxquels on pourrait ajouter le colonialisme et le sionisme. Mais, foncièrement, pour l’électeur du monde occidental, l’offre politique reste la même. Comment ça ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Eh bien, le colonialisme ne fait partie que subsidiairement de la vie des métropoles. Les échanges sont bien sûr vifs, la dépendance aussi, souvent dans les deux sens. Mais politiquement, vus depuis l’Occident, les colonies et autres protectorats comptent peu. Avec la dictature du prolétariat, le communisme a vite fait d’éliminer les notions de contre-offre et d’option. Ainsi, pendant 50 ans, il s’entoure d’un nuage de satellites politiquement factices. Vraies innovations et résultats d’un réel processus géopolitique, les nationalismes allemand et italien rejettent également toute contre-offre, travaillant en monopartisme. Mais leur vie est trop courte pour jeter les bases d’une alternative fiable, et leur parcours les sort de l’histoire. Enfin, le trajet du sionisme est aussi national, et en même temps diffus et répandu. Et à vrai dire, son but ne se décline pas en termes de choix de concepts. Ainsi, de toutes ces formules plus ou moins récentes, une seul émerge, compte et se maintient : la toujours bonne vieille politique bivalente gauche-droite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant et au sortir de la Seconde Guerre mondiale, à l’exclusion des dictatures (le communisme, le fascisme, le nazisme, le franquisme, le maoïsme, le pétainisme, le salazarisme, le stalinisme, le titisme), cette vieille politique glisse sur les mêmes rails qui l’ont toujours guidée. D’un côté, une gauche à présent dogmatiquement affermie par la grande crise et par l’appui sino-soviétique. De l’autre, une droite en partie affaiblie par le conflit qui vient de s’achever, accusant les coups portés par l’occupant, mais soutenue par l’Amérique dans ce qui sera bientôt la guerre froide. Donc, concrètement et à l’inverse de l’économique et du social, le politique rate les enseignements de cette terrible épreuve et amorce maladroitement le virage décisif de l’après-guerre. Les effets de cette inertie singulière ne tardent pas à se manifester, mais c’est avec le temps et les événements qu’ils se renforcent et marquent de leur empreinte le final de l’ère industrielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si elle continue d’être élaborée avant tout à droite et à gauche, la politique de la 3<sup>e</sup> période ne bouillonne plus à droite dans les clubs et les salons, et encore moins à gauche dans les ateliers et les cantines. Preuve, si besoin il en était encore, la désormais fameuse 3<sup>e</sup> voie du Premier ministre britannique, reprise par d’autres dirigeants socialistes, comme tentative d’enrayer l’enlisement de la gauche en lui donnant une direction médiane. Pourtant, les partis centristes existent depuis toujours… En revanche, elle vibre au rythme des festivals en plein air ; est secouée lors de chaque arrivée d’immigrés clandestins ; mobilise la rue pour les G7 ; s’expose dans les parades canines ; hurle à chaque nouveau carnage dans une école ; explose après Seveso, Amoco Cadiz, Bhopal, Tchernobyl ; s’anime pour les débats télévisés sur l’euthanasie ; crie contre la guerre ; s’épand sur les sites de tchatche ; se scande durant les rallyes de Cox, Deuches et autres Harleys. Avec le temps, l’instruction et l’information, et à travers les changements qui ont eu lieu dans la vie de tous les jours, la politique devient réellement l’affaire de tout le monde. Pas à pas, elle entre dans les chaumières et se prépare dans la cuisine, les salles de gym et devant la télé. Ceci, droite et gauche ne semblent pas encore le comprendre, ou l’admettre, ou l’assimiler – elles qui persistent à privilégier des préceptes chers aux patriarches du capitalisme-impérialiste et du marxisme-léninisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans quelle droite conservatrice classique de quel pays se reconnaîtrait à présent ce pdg danois, régnant à la tête d’une multinationale à capitaux espagnols, russes et américains, obligé de composer avec des dimensions géopolitiques, écologiques et culturelles inexistantes jusqu’alors ? Et l’ouvrier spécialisé qui jouit d’un niveau de vie confortable, comment pourrait-il s’approprier le vibrant et historique slogan ‘Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !’ – lui qui n’a qu’une angoisse quotidienne : la sécurité de sa fille de 9 ans sur le chemin de l’école ? Et vers quelle droite, ou vers quelle gauche, se dirigeraient le petit fermier bousculé par la transgénose, la femme harcelée par des réflexes sociaux machistes, l’automobiliste accablé par les interdits, ou le tout jeune citadin déboussolé qui vient de tuer ses parents ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les thèmes changent donc, mais pas le politique. Le plus direct et naturel effet de ce paradoxe, qui n’en est pas un, est l’apparition de mouvements qui reniflent les propriétés de ces changements et s’en revendiquent aussitôt. Et pendant que la droite poursuit sur la voie libérale habituelle de la société industrielle, dans un contexte complètement restructuré ; pendant que la gauche croit toujours dur comme fer à la lutte de classe au sein d’une civilisation saturée ; pendant ce temps-là, une nouvelle politique surgit, s’installe et se renforce.<span id="easy-footnote-41-302" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique-2-2/#easy-footnote-bottom-41-302" title=" Une blague des années soixante-dix décrit bien le mental de l’époque. Nous avons, aux États-Unis, John, ouvrier à la chaîne d’assemblage chez Ford, qui se lève à 7 heures du matin, fait son jogging, se prend une petite douche, ouvre le frigo, se prépare un petit-déjeuner copieux avec bacon, œufs, confiture et flocons, saute dans sa <em>“Chevy”</em> décapotable et, vers 9 heures, arrive tout frais à l’usine où depuis toujours il se fait exploiter à longueur d’année. En Italie par contre, Gino, chef d’équipe chez fiat, se lève à 6 heures, nourrit les petits, n’a pas envie de se raser, ouvre le frigo, se farcit les spaghettis refroidis de la veille, s’enfile dans sa <em>“Topolino”</em> et, vers 8 heures, rejoint ses camarades dans l’atelier où sa famille se fait spolier depuis trois générations. Enfin, en urss, il y a Boris, ingénieur-chef chez lada, qui se lève à 5 heures, va au magasin, fait la queue pour acheter du yaourt et du pain, revient bredouille car tout était vendu avant que son tour n’arrive, va à la salle de bains, ouvre le robinet pour se raser, le referme car il n’y a pas d’eau, ouvre le frigo, le referme car il est vide, court à la station de bus, s’y engouffre et, à 7 heures pile, arrive, les yeux collés, à l’usine dont, depuis 1925, il est propriétaire."><sup>41</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"> La diversité et, souvent, le pittoresque de ces groupes ne sont qu’à l’image de l’éventail et du caractère parfois insolite des crises du monde actuel. Certains se sont déjà taillé des places distinctes sur l’échiquier politique, d’autres sont en train de les chercher, et il y en a qui en sont encore à un stade primitif. Mais ils partagent tous une même propriété : le rejet ferme des stéréotypes droite-gauche. Et chaque nouveau vote ou chaque nouvelle élection qui marque la percée, brève ou non, de telle ou telle nouvelle tendance (qu’invariablement l’establishment politique traite, avec condescendance, d’énigme accidentelle) confirme la dichotomie croissante entre la réalité de la rue et la politique traditionnelle.
</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a d’abord les écologistes. Cela fait plus de 30 ans qu’ils gagnent des galons sur une planète de plus en plus violée. Leur ligne distincte de combat n’est plus à expliquer, même si, de temps à autre, la gauche (modérée) les courtise. Et si l’attitude générale face à la nature a évolué, c’est en bonne partie grâce à leur action.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Réagissant à toutes sortes d’alliances, à la pan-régionalisation et à l’internationalisation, il y a les nationalistes. Par ces temps syncrétiques, la défense des spécificités nationales est évidemment légitime, malgré des maladresses répétées qui ruinent leur activité. Utilisés à mauvais escient par la droite et la gauche, les maux de la dernière guerre piègent une doctrine qui est le plus souvent étrangère aux excès d’autrefois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les pacifistes, ensuite. Pas forcément asservis aux écologistes, même s’ils leur sont souvent assimilés, leur credo est des plus louables. En effet, qui défendrait une idéologie guerrière ? Formés il y a longtemps sur les pelouses du <em>flower-power</em>, ils peinent pourtant à se dégager de certains clichés formés à leur insu par la classe politique traditionnelle, comme celui d’amateurisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Suivent les antimondialistes, anciennement alternatifs devenus altermondialistes comme pour mieux évoquer le désir d’un autre monde, et pas nécessairement le rejet de celui, global, en construction. Benjamins des précédents, leur lutte ne vise pourtant pas uniquement la guerre. En plus, ils défendent aussi bien les cultures locales face aux conglomérats, que la production naturelle face au rendement à tout prix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puis, il y a les mouvements citoyens, approximativement dans la même lignée. Penchant plutôt vers la gauche classique, ils tentent néanmoins de ramener la conscience décisionnelle au niveau de l’individu. Ce sont les déçus du socialisme qui les composent, mais pas seulement, et leurs succès relatifs leur font espérer des jours meilleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les formations pour une Europe conçue à travers ses régions et ses différences regroupent des sensibilités qui ont beaucoup de choses à partager avec celles qui ont déjà été évoquées ici. Cette vision exprime principalement le rejet d’une politique classique considérée par trop conventionnelle, embourbée dans de vieux schémas anachroniques et vulnérable aux défis du monde contemporain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette mouvance compte aussi sur les défenseurs des valeurs ancestrales. Pour un monde toujours plus uniformément représenté par le virtuel et le tout-plastique, ce réflexe ne saurait surprendre. Il est intéressant que ces courants d’idées ne soient pas spécialement et maladivement passéistes. C’est, à nouveau, un type de réaction à un état en cours de généralisation, que la droite et la gauche classiques sont incapables de gérer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un autre registre, il y a les groupes pour la défense des intérêts de la famille, ou contre les différentes formes de violence (au travail, à la maison, routière, envers les enfants, les femmes, les animaux – encore que ceux-ci fassent souvent cause commune avec l’écologie). Selon les pays, leur pouvoir et leur influence, ils peuvent être redoutables, preuve de leur popularité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette revue des tendances est certainement incomplète. Elle le serait encore plus, si d’autres formations représentatives des préoccupations de l’homme d’aujourd’hui étaient omises. Par exemple les automobilistes, les usagers d’internet, les minorités (culturelles, homosexuelles, religieuses). Leur particularité ? Avant d’être conservateurs ou socialistes, si d’aventure ils l’étaient, ils sont automobilistes, surfeurs sur internet, occitans, homosexuels, bouddhistes. Bien sûr, hormis les inconditionnels du surf virtuel, ils l’étaient aussi cent ans en arrière, mais les temps ont changé. Et voilà qu’à cette mutation, la vieille politique, figée dans ses stéréotypes désormais vidés de substance, n’arrive pas à faire face. À l’exception du remodelage relatif de certains partis communistes, en réaction au naufrage de cette idéologie vers la fin de la période, et de la “<em>3</em><em><sup>e</sup></em><em> voie</em>“ socialiste, tentée par cette mutation pour des raisons plus ou moins similaires et déjà mentionnée, je ne connais aucun exemple probant de refonte structurelle majeure des doctrines classiques. Et parce que tout cela ne suffit pas, le peuple emploie depuis des années ses moyens propres, privilégiés, de correction : l’absence aux urnes et, plus rarement, car plus violent, le vote-sanction. À bon entendeur, salut !</p>



<p class="wp-block-paragraph">En marge de ces constats, le cas des États-Unis mérite une attention à part. Avec un système idéologique en théorie dualiste, mais parfaitement monocolore en pratique, ce pays réussit d’un seul coup trois exploits interdépendants : triompher sur le podium de l’incongruité politique; forts de deux siècles de balancement continu d’un pied sur l’autre, enseigner pourtant la vraie démocratie à tout va, en louant les vertus de la stabilité d’un tel dualisme ; faire marcher un modèle oligarchique joyeusement assumé par les masses. À ces exploits directs, s’ajoutent leurs dérivés : asseoir la primauté de l’efficacité sur les principes ; déclasser les démocraties plurielles, dont la diversité les fait passer pour hystériques<span id="easy-footnote-42-302" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique-2-2/#easy-footnote-bottom-42-302" title=" Par exemple la Suisse, avec 54 formations politiques représentatives (dont 19 au niveau fédéral) pour 7 millions d’habitants, la Belgique, 30 pour 11 millions, la France, 21 pour 60 millions, l’Italie, 19 pour 58 millions, l’Espagne, 15 pour 40 millions, le Danemark, 14 pour 6 millions, la Pologne, 12 pour 39 millions, l’Irlande, 11 pour 4 millions, et &amp;#8211; record &amp;#8211; l’Islande, avec 7 formations pour 0.3 millions d’habitants. Face à ces cas <em>“pathologiques“</em>, «<em> (…) un pays de près de 300 millions d’habitants, [où ] les alternatives politiques ne sont définies que par 2 partis, entre lesquels il n’existe aucune différence politique digne de ce nom »</em> (extrait d’un discours de David North, secrétaire national du Parti de l’égalité socialiste des États-Unis, tenu en 1996 à l’Université de Michigan)."><sup>42</sup></a></span>; mais surtout, démontrer que fabriquer un autre type de stalinisme, avec des résultats pour le moins aussi concluants que les réalisations du modèle classique, c’est techniquement possible.<span id="easy-footnote-43-302" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique-2-2/#easy-footnote-bottom-43-302" title=" Ce dernier résultat est avant tout une leçon de professionnalisme donnée à tous les déchus du communisme, qui déplorent la manière dont il fut appliqué à l’Est, et qui attendent depuis longtemps de voir à l’œuvre un système opulent à pensée unique. (À ce titre voir aussi Jean-François Kahn dans ‹Tout était faux ›, Fayard, 1998 : <em>« Est intrinsèquement stalinienne toute tendance à juger d’un fait en fonction, non de sa réalité propre, mais du rôle qu’il joue dans un espace stratégique (etc) )»</em>."><sup>43</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">En résumé, sous la lumière triangulaire jetée ici, le profil du monde occidental en ce début de millénaire est composé d’un paysage économique nerveusement animé par la technologie de pointe (dans les communications, la sécurité, l’information, la biologie) d’un panorama social soufflant avec difficulté sous le poids de mutations successives, et présente un portrait politique qui affiche sereinement près de 200 ans de trop.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[10 janvier 2004]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique-2-2/">L&#039;arthrose de la poly tique (2/2)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique-2-2/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L&#039;arthrose de la poly tique (1/2)</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Mar 2019 21:48:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=289</guid>

					<description><![CDATA[<p>La face économique du monde occidental a totalement changé par rapport à celle du début de l’ère industrielle. La face sociale, un peu. La face politique, pas du tout. Je trouve que ce vif paradoxe mérite attention. [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique/">L&#039;arthrose de la poly tique (1/2)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«&nbsp;Le mot politique vient du mot poly, c’est-à-dire nombreux,</em> <em>et du mot tique, c’est-à-dire parasite suceur de&nbsp;sang.&nbsp;»</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(attribué à un certain Larry Hardiman,&nbsp;?&nbsp;–&nbsp;?)</p>
</div></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«&nbsp;On dit que la politique est la deuxième plus vieille profession.</em> <em>J’ai pu constater qu’elle ressemble beaucoup à la première…&nbsp;»</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Ronald Reagan, 1911 –&nbsp;2004)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">La face économique du monde occidental<span id="easy-footnote-44-289" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique/#easy-footnote-bottom-44-289" title=" Cette appellation réunit les pays occupant les 30 premières places au classement mondial du pib par habitant, dans une fourchette de usd 34000 à 20000, soit : Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Danemark, États-Unis d’Amérique, Finlande, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Singapour, Suède, Suisse. Je n’ai pas considéré les pays suivants, qui remplissent pourtant ce critère : Iles Bermudes, Iles Cayman, Islande, Liechtenstein, Luxembourg, Monaco, Qatar, Saint-Marin &amp;#8211; en raison de leur faible représentativité ; Chypre, Israël, Irlande &amp;#8211; en raison de facteurs politiques qui en font des cas à part ; Hong-Kong &amp;#8211; à cause de son statut politique et administratif particulier. Ces choix sont faits librement, mais ils sont motivés par des critères qui s’expliqueront, j’espère, en cours de lecture. Source : ‹ Annuaire économique géopolitique mondial 2003 ›, La Découverte, Paris, 2002."><sup>44</sup></a></span> a totalement changé par rapport à celle du début de l’ère industrielle. La face sociale, un peu. La face politique, pas du tout. Je trouve que ce vif paradoxe mérite attention.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les racines de ces trois piliers de la société postmoderne remontent au XVII<sup>e</sup> siècle, dans la Grande-Bretagne préindustrielle. À partir de la moitié du XIX<sup>e</sup> siècle, la nature indissociable – car interdépendante – de ces composants se généralise. Ainsi, d’une part, de nouveaux moyens de production remplacent l’économie féodale. D’autre part, cette révolution offre l’occasion à des pionniers de donner vie et conscience à la question sociale.<span id="easy-footnote-45-289" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique/#easy-footnote-bottom-45-289" title=" Robert Owen (1771-1858), homme d’affaires anglais, précurseur du mouvement social et Charles Fourier (1772-1837), théoricien social français."><sup>45</sup></a></span> Enfin, l’autorité des monarchies absolues s’estompe à mesure que le multipartisme se cristallise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est le temps de la création des premiers (grands) groupes industriels, syndicats et partis politiques. Pourtant, malgré leur coexistence, le parcours commun de ces trois composants corrélés fut bref. L’économique refléta chaque étape spécifique des 150 dernières années. Moins souple, le social essaya de s’y adapter bon gré mal gré, sur le tard. Le politique se pétrifia dès le départ.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur l’ensemble de l’ère dite moderne, la routine de l’étude historique observe les catégories suivantes : de 1720 à 1880, la 1<sup>e</sup> révolution industrielle ce sont la machine à vapeur, le tissage, le charbon ; de 1880 à 1960, la 2<sup>e</sup> ce sont l’électricité, les carburants, le téléphone ; de 1960 à 2000, la 3<sup>e</sup> ce sont l’informatique, les communications, les services. Pour cette analyse sur l’industriel, je préfère une subdivision différente, simplifiée : l’envol (1850-1900), l’essor (1900-1950), la fin (1950-2000).</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>L’économique</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est durant la période d’envol que sont inaugurés des domaines économiques et des moyens de production qui prévalent encore de nos jours. La plus importante mutation a lieu maintenant. La réalisation artisanale cède la place à la production industrielle. À grande échelle, les objets ne sont plus réalisés à la pièce, ou selon les besoins. Les machines permettent de produire des biens qui devancent les besoins, voire qui les créent. C’est absolument nouveau et c’est capital pour la suite. Aussi la production de masse est-elle seule capable de satisfaire une population dont le taux élevé de croissance et d’urbanisation était inconnu jusqu’alors. Depuis l’an zéro, il a fallu à la population mondiale plus de 1500 ans pour doubler son nombre. Le 2<sup>e</sup> doublement s’est fait 6 fois plus vite. Le 3<sup>e</sup>, 12 fois plus vite : c’était justement de 1800 à 1925. Le 4<sup>e</sup>, 30 fois. Quant au 5<sup>e</sup>, il semble annoncer la stagnation du processus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant sa période de développement, l’économie d’une part affermit son assise et d’autre part élargit et diversifie son emprise. C’est l’étape de la maturité. Un nombre impressionnant de conflits plus ou moins régionaux et – surtout – les deux conflagrations mondiales contribuent largement à ce développement. <span id="easy-footnote-46-289" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique/#easy-footnote-bottom-46-289" title=" Les guerres sino-japonaise (1894-1895), hispano-américaine (1898), Anglais-Bœrs (1899), russo-japonaise (1904-1905), italo-turque (1911), balkaniques (1912-1913), russo-polonaise (1920), gréco-turque (1920-1921), franco-espagnole (1921-1926), de Mandchourie (1931), d’Éthiopie (1935-1936)."><sup>46</sup></a></span> Des percées techniques et biologiques extraordinaires se produisent : le moteur électrique (1892), l’avion (1903), la diode (1906), la bakélite (1909), les vitamines (1912), les polymères (1922), la fusée (1926), la télévision et la pénicilline (1928), le nylon (1935), les insecticides (1940), le transistor (1948), parmi tant d’autres. La plupart des plus grandes banques, compagnies industrielles et d’assurances sont fondées durant ces années. <span id="easy-footnote-47-289" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique/#easy-footnote-bottom-47-289" title=" Philips (1891), Crédit Agricole (1894), Zurich Assurances (1894), Barclays Bank (1896), Renault (1898), FIAT (1899), Pacific, Gas &amp;amp; Electric (1905), Royal Dutch Shell (1907), General Motors (1908), Olivetti (1908), International Telegraph &amp;amp; Telephone (ITT, 1910), IBM (1911), Boeing (1916), Daimler Benz (1926), etc. "><sup>47</sup></a></span>&nbsp; L’influence du tertiaire commence à se faire sentir, annonçant le pas suivant. Un déplacement suburbain rapide a lieu dans certains pays à la pointe de ce phénomène, surtout en Grande-Bretagne, mais aussi aux États-Unis et en Australie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’économie de la période finale est différente. La décolonisation achevée, le nombre d’États indépendants se multiplie. Les États membres de l’ONU étaient 60 en 1950 et 189 en l’an 2000. L’intérêt pour les nouveaux marchés explose. Naguère réduit, le cercle des pays industriels s’élargit. Exemples : Brésil, Chine, Corée du Sud, Irlande, Taiwan. En Occident, le choc de la Seconde Guerre mondiale bannit désormais le recours aux armes pour des motifs historiques, doctrinaires ou ethniques. La guerre du Viêt-nam est le dernier affrontement doctrinaire majeur de l’ère industrielle. D’autre part, dans le contexte politique du début du XXI<sup>e</sup> siècle, la tension créée à partir du mois de février 2003 au sujet de la question irakienne entre les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Espagne d’une part, et la France, l’Allemagne et la Russie d’autre part, aurait représenté un <em>casus belli</em> des plus classiques. La guerre devient économique et – déclarée ou&nbsp; larvée – permanente. Les lieux de croissance et le savoir-faire se déplacent. Le tourisme, le cosmos et le corps humain s’industrialisent. Et, pour la première fois, une chaîne de magasins s’installe à la tête du classement des plus grandes entreprises mondiales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Conclusion économique : chaque étape est bien marquée, inconfondable. En effet, c’est ridicule de croire, car fatalement impossible, que la globalisation aurait pu précéder la sidérurgie du XIX<sup>e</sup> siècle, et c’est impensable d’imaginer que l’invention de l’électricité aurait pu suivre la généralisation de l’automatisation, apparue pourtant durant la 2<sup>e</sup> période industrielle. La relation de cause à effet est inhérente à la succession logique des facteurs économiques, et rend ce processus logique et cohérent.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Le social</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout cela change avec l’aspect social. Pourtant, au début de l’industriel, les mécanismes de la société sont structurellement modifiés. Les grands chantiers du charbon, de l’acier, de la navigation et du rail emploient une force de travail énorme. Par rapport au passé, la qualité de vie de la majorité ne chute pas pour autant : le niveau est déjà très bas. Le phénomène démographique s’impose par son ampleur. Une nouvelle tribune s’affirme : la presse. Le syndicalisme se place dans le sillage du ‹ Manifeste du parti communiste › des Allemands Karl Marx et Friedrich Engels s’accroît par la création de l’Association internationale des travailleurs, aussi appelée la “<em>1</em><em><sup>e</sup></em><em> Internationale</em>” (Londres, 1864). Les <em>clashs</em> – au départ inégaux – entre le prolétariat moderne et le grand patronat s’amorcent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au cours de la 2<sup>e</sup> période, la société occidentale s’articule autour de ces deux pôles. La classe moyenne, de plus en plus fournie, s’y ajoute, au détriment de la paysannerie. Pour le prolétariat, la grève devient l’outil préféré de combat. En 1920, l’Italie, la Grande-Bretagne et l’Allemagne comptent un million de grévistes, respectivement 30 et 54 millions de journées de grève. En général et malgré la récession, la productivité et le niveau de vie progressent, le temps de travail diminue, mais le chômage s’installe comme une donnée majeure. En 1932, le taux de chômage est de 22% en Grande-Bretagne, 29% en Autriche et pointe à 43% en Allemagne, où il frôlera 0% en 1939). Les femmes gagnent les droits civiques de base et les droits sociaux percent dans de nombreux pays. Fortement politisés, les syndicats sont au zénith.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La déchéance provoquée par la guerre et le massif appui <em>yankee</em>&nbsp; modifient le climat social durant les <em>“trente glorieuses“</em>. L’envie de travailler s’ajoute à celle d’un meilleur destin. Un des signes de cette nouvelle vigueur est le baby-boom. Les mœurs changent : les choses sont plus désirées que nécessaires. L’espérance de vie s’accroît et la sécurité sociale se généralise, sauf aux États-Unis, qui sont pourtant à la pointe de ce phénomène. L’importance des loisirs égale celle du travail, mais la lutte pour le plein emploi reste prioritaire. L’indice occidental de développement humain bat des records, tandis que le mouvement ouvrier s’essouffle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Conclusion sociale : rien à voir entre les images de la société au début et à la fin de l’ère industrielle. Cadre et conditions de vie, accès au savoir et aux soins, protection de l’enfance et de la vieillesse, égalité des chances : voilà quelques jalons d’un parcours remarquable. Rares, bien qu’importantes, les fausses notes (dilution familiale, jeunesse déboussolée, chômage chronique, contrastes extrêmes, etc) n’arrivent pas à salir ce tableau globalement positif. Par rapport à un volet économique bien défini, le social est peut-être plus nuancé, mais son évolution est clairement quantifiable.</p>



<figure class="wp-block-gallery columns-1 is-cropped wp-block-gallery-3 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img decoding="async" width="1000" height="439" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Larthrose-du-Poly-Tique-1_2-Schémas.jpg" alt data-id="583" class="wp-image-583" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Larthrose-du-Poly-Tique-1_2-Schémas.jpg 1000w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Larthrose-du-Poly-Tique-1_2-Schémas-300x132.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Larthrose-du-Poly-Tique-1_2-Schémas-768x337.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"></figure></li></ul></figure>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Le politique</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La composante politique navigue à l’opposé de ces trajectoires. Indifférente, elle traverse les années et les étapes. Son parcours est constant au point de lui valoir des vertus de stabilisation qu’elle n’a pas, car le politique nouveau engendre tout sauf l’équilibre, la constance étant plutôt l’apanage du mode seigneurial de gouvernement ; dès que l’on se dispute le pouvoir, c’est le consensus ou l’alternance, et comme le consensus est fort rare… Face à l’économique et au social, le politique est donc juste figé : c’est l’étrangeté relevée en ouverture de l’écrit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’aube de l’industriel, face à de nouveaux horizons de plus en plus attrayants, ce sont de nouvelles relations humaines de plus en plus engagées, provoquées par de nouveaux intérêts de plus en plus pointus, au sein de (nouvelles) communautés de plus en plus denses et complexes, qui imposent la reconversion du politique. Jusqu’au XIX<sup>e</sup> siècle, ce domaine était réservé au souverain et le plus souvent l’institution monarchique était polycéphale. Il s’agit de la politique avant le XIX<sup>e</sup> siècle, vue dans son ensemble. Les systèmes développés aux États-Unis et au Royaume-Uni depuis le XVII<sup>e</sup> siècle, ainsi qu’en Suisse depuis le XIII<sup>e</sup> siècle sont exclus, car déjà très proches de la formule actuelle. L’empereur, le roi, le prince, le duc cumulaient les autorités de droit et de fait, auxquelles venaient s’ajouter d’autres prérogatives, comme l’exercice de la loi, le pouvoir moral, ou bien la tutelle religieuse (et non pas spirituelle, qui est propre à l’évêque). Ce cumul n’était pas lettre morte ; en général, le suzerain en disposait en mode discrétionnaire. Plus que de la pratiquer, le souverain fabriquait la politique à sa manière. Au point qu’il l’incarnait. Et si, dans son activité, il créait des fonctions annexes réservées à des élus de son choix, ce n’était que pour des raisons techniques. Pour appliquer ses pouvoirs, le chef de l’État devait bien s’entourer d’éléments de son appareil<span id="easy-footnote-48-289" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique/#easy-footnote-bottom-48-289" title=" Le (grand) chambellan, le (Premier) ministre, le chancelier, le bailli, le surintendant. "><sup>48</sup></a></span>&nbsp; D’une portée variable, l’influence des hauts fonctionnaires sur les citoyens et les affaires du pays n’était que rarement déterminante. Mais le plus important est que l’exercice politique dans sa totalité passait forcément, autant pour les pauvres hères que pour les dignitaires, par la reconnaissance du rapport de vassalité envers le monarque. Du haut de son hérédité, celui-ci dispensait son art de la gouverne en régnant (on pourrait presque dire : en flottant) sur les choses et les hommes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les paris de la révolution industrielle accélèrent l’émancipation politique du peuple. Les affaires royales deviennent publiques, touchant de plus en plus l’individu affranchi. Ainsi s’organisent les partis traditionnels, dans la lignée de structures sociales ou corporatistes bien établies. En gros, les nantis (les propriétaires terriens, l’aristocratie, la haute bourgeoisie, les grands exploitants et les producteurs, les seigneurs de l’ex-<em>Curia Regis</em> se retrouvent dans des formations génériquement qualifiées de conservatrices. Ils ont la volonté fondamentale de maintenir leurs privilèges, de perpétuer ou de développer l’état des choses à leur avantage. Les démunis, issus de la gent ouvrière, agraire, de l’immigration, donnent naissance aux formations usuellement appelées populaires. Ils sont déterminés à obtenir ne serait-ce que certains des avantages jusque-là réservés aux nantis, quitte à ébranler l’ordre des choses. Entre ces pôles, la classe moyenne (intellectuels, artisans, petits-bourgeois) se range dans des formations couramment intitulées libérales. Son principal but est de préserver son identité en gardant la distance par rapport aux deux autres orientations. Plus tard, ce sera par rapport à l’État.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur ces bases, de nombreux partis majeurs sont créés durant cette période foisonnante : Democratic Party (États-Unis d’Amérique) 1829, Liberal Party (ex-Whig, Grande-Bretagne) 1832, Conservative Party (ex-Tory, Grande-Bretagne) 1834, Republican Party (États-Unis d’Amérique) 1854, Sozialdemokratische Partei Deutschlands (SPD, Allemagne) 1871, Partido Socialista Obrero Español (PSOE, Espagne) 1879, Sozialdemokratische Partei Österreichs (SPÖ, Autriche) 1874, Independent Labour Party (ILP, Grande-Bretagne) 1893, etc. Ils sont aisément identifiables selon le modèle exposé ci-dessus, même si, au fil des ans, au gré des besoins et en fonction de certaines spécificités, ils changent de nom, fusionnent ou se remanient. Par exemple, le courant dit conservateur se retrouve sous des appellations aussi variées que républicain, chrétien, national, radical ; le courant dit populaire sous celles de progressiste, socialiste, travailleur, démocratique, communiste ; le courant libéral restant lié – que je sache – à la terminologie de base, c’est-à-dire – concrètement – en dehors de tout autre dérivé terminologique représentatif. En revanche, leurs postulats ne changent pas. C’est normal : les éléments dont ils s’alimentent sont inchangés. Ces partis remplacent le souverain dans un jeu qui a de nouvelles règles. Désormais, le contrôle des affaires de la cité (c’est la vraie origine du mot politique : <em>politikos,</em> qui signifie ‘de la cité’) dépend du scrutin, et rien (sauf des idées valables, une réelle force de persuasion et certains moyens financiers) ne garantit cette maîtrise au candidat.<span id="easy-footnote-49-289" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique/#easy-footnote-bottom-49-289" title=" Cela dit, j’apprécie la franchise d’un routard expérimenté de la politique française, lorsqu’il affirme que ‘Les partis politiques, c’est quand même l’art d’occuper le pouvoir quel que soit le programme et de piquer les idées des autres pour les appliquer, si on voit qu’elles marchent.’ (Brice Lalonde, ex-président de Génération Écologie, qui a montré aussi de l’intérêt pour le Parti socialiste unifié, le Mouvement des radicaux de gauche, l’Union démocratique du centre, la Démocratie libérale et le Rassemblement pour la République.)"><sup>49</sup></a></span> Le XIX<sup>e</sup> siècle voit le transfert du pouvoir – depuis le singulier vers le pluriel – consommé dans l’ensemble de l’Occident.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La période de consolidation du politique est probablement la plus cruelle de l’histoire. Les deux guerres mondiales réunies auraient fait plus de victimes que toutes les violences engendrées par d’autres formes de confrontation durant cette seconde période. Au total, plus de 100 millions d’hommes seraient morts ainsi. Avec un bilan à peine plus élevé qu’un cinquième de ce total, l’ultime période de l’époque industrielle constituerait ainsi une phase d’accalmie… Il serait pourtant audacieux de soutenir que ce constat grave ne tiendrait qu’au transfert de pouvoir évoqué : en effet, le passé est riche en exemples témoignant du vieux penchant des hommes à s’entretuer. Ce serait aussi présomptueux d’affirmer que les promoteurs (comme les exécutants) de ces désastres auraient été dotés d’une cruauté proportionnelle à ce terrible inventaire : ceci négligerait les progrès techniques des moyens de destruction. (Les attaques américaines contre les villes de Hiroshima et Nagasaki ont fait, en quelques minutes, autant de victimes que la guerre russo-japonaise en deux ans. Est-ce que, pour autant, le président Truman occuperait la première place au palmarès de la barbarie, au détriment par exemple du tsar Nicolas II et de l’empereur Mutsuhito, ou de tant d’autres ?) Enfin, je crois que l’émotion surgie à l’ombre de ces réflexions ne devrait pas estomper le principal constat digne d’intérêt au sens de cette étude : politiquement, l’empreinte de cette période est faible. Certes, c’est le moment des plus grandes entreprises doctrinaires de l’ère industrielle : le capitalisme fordiste, le taylorisme, le keynésianisme, le bolchevisme, le maoïsme, les nationalismes allemand et italien, auxquels on pourrait ajouter le colonialisme et le sionisme. Mais, foncièrement, pour l’électeur du monde occidental, l’offre politique reste la même. Comment ça ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[10 janvier 2004]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique/">L&#039;arthrose de la poly tique (1/2)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Les Etats-Unis d’Europe</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/les-etats-unis-deurope/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/les-etats-unis-deurope/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 Feb 2019 18:11:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=278</guid>

					<description><![CDATA[<p>Les États-Unis d’Europe, je n’y crois pas. Non pas que ce pays ne verra jamais le jour (dans ce monde, tout peut arriver, n’est-ce pas ?), mais que, s’il le voit, ce sera vraiment une bonne chose, durable et viable, une chose dont il conviendra d’être intimement et réellement fier. Et si je doute, c’est pour deux raisons. [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/les-etats-unis-deurope/">Les Etats-Unis d’Europe</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« L’Europe cherche, avec raison, à se donner une politique et une monnaie communes, mais elle a surtout besoin d’une âme. »</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(André Frossard, ‹ Le Monde de Jean-Paul II<em> ›</em>, Fayard, 1991)</p>
</div></div>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">Les États-Unis d’Europe, je n’y crois pas. Non pas que ce pays ne verra jamais le jour (dans ce monde, tout peut arriver, n’est-ce pas ?), mais que, s’il le voit, ce sera vraiment une bonne chose, durable et viable, une chose dont il conviendra d’être intimement et réellement fier. Et si je doute, c’est pour deux raisons.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La première est qu’en réalité le principe écrasant installé à la base de cette union est avant tout économique, très subsidiairement politique et stratégique. L’idée du grand et unique État européen naît au début de l’après-guerre et au lendemain du plan Marshall, en pleine guerre froide. À l’époque, on pouvait donc lui trouver un éventuel sens stratégique, disais-je, fondé sur l’expérience catastrophique de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, il prit forme sous le nom de Communauté européenne du charbon et de l’acier (ceca) et ensuite de Communauté économique européenne (cee). Il faut reconnaître que les deux sont loin d’être métaphysiques. Mais peu à peu, l’affaire s’enlisa, même si l’effectif passa d’abord de cinq à douze, et ensuite à quinze pays. En réalité, l’on tournait drôlement en rond.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jusqu’à ce désormais fameux 7 février 1992, quand tout repartit à Maastricht, bourgade hollandaise chic et paisible. Il est vrai que le Rideau de fer venait de tomber et que les États-Unis&nbsp; post-reaganiens montraient leurs biceps. Alors on se mit à rêver d’une monnaie unique, de la libre circulation des biens et des personnes, de plaques minéralogiques unifiées pour les véhicules, de l’encodage des aliments selon les directives de la cee, de normes industrielles communes, de la standardisation des systèmes de mesure, de la réciprocité des diplômes, d’une force armée unique et même – hardiesse suprême – de la mise à niveau des taxes. Rien que du culturel, quoi ! En effet, le Traité de Rome de 1957 stipule que <em>« La Communauté a pour mission, par l’établissement d’un marché commun, d’une Union économique et monétaire et par la mise en œuvre des politiques ou des actions communes visées aux articles suivants, de promouvoir un développement harmonieux et équilibré des activités économiques dans l’ensemble de la Communauté, une croissance durable et non inflationniste respectant l’environnement, un haut degré de convergence des performances économiques, un niveau d’emploi et de protection sociale élevé, le relèvement du niveau et de la qualité de vie, la cohésion économique et sociale et la solidarité entre les États membres. »</em> Étonnant ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr que non ! La culture ? Nul n’en souffla mot. Et, franchement, comment cela aurait-il été possible ? Car, lorsque je parle de culture, il me semble évident que je ne vise ni le poste de commissaire en charge de ce domaine, ni le commissariat qu’il dirige, ni les fonds y relatifs, ni les échanges ou les événements qui sont organisés afin de stimuler la connaissance mutuelle et le rapprochement entre cultures nécessairement distinctes. Non, je vise quelque chose de différent et de bien plus important.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je vise tout ce que les pays (membres) ont de plus singulier, donc de plus intime, c’est-à-dire de plus précieux, tout ce que, volontairement ou non, ils traînent après eux dans la corbeille commune de l’union, et qui porte bien un nom : leur identité. Je trie : le Luxembourg – noble, richissime et polyglotte État-timbre ; l’Italie – immense passé, exubérance et insouciance chroniques, folle créativité ; l’Allemagne – un monolithe, en dessous la salle des machines, au-dessus la cathédrale du continent ; l’Espagne – fierté obscure ou obscurité fière (c’est selon !), grand passé aussi, grand avenir peut-être ; la Grèce – notre mère à tous, convertie à l’émigration car source désormais tarie ; la Grande-Bretagne – que j’allais oublier peut-être, car ce n’est que grâce à la poussée du Gulf Stream qu’elle reste tout de même attelée à l’Europe ; autrement, dans sa dérive, elle aurait depuis longtemps épousé l’ami américain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais Grand Dieu ! qu’est-ce que ces pays peuvent avoir en commun ?! Au fait, je crois que les seuls deux éléments que tous les Européens (membres ou non de la ce, cee, eee, oecd et autres organismes) partagent sans réserve sont une terre commune et la fierté de la partager. Tout le reste est une très longue histoire faite de rivalités secrètes, de luttes ouvertes, d’âpres conquêtes, de lourdes défaites, de frustrations étouffées, d’ambitions larvées, d’alliances tordues, d’hégémonies passées et présentes. Pourtant, comme dans les plus grandes sagas, pendant des millénaires, c’est un tel creuset qu’il a fallu pour forger cette entité admirablement diverse intitulée la civilisation européenne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, un seul pays, ces… États-Unis d’Europe ? Oui, qui sait ? Mais alors certainement et seulement en nivelant toutes ces identités. Et, en fin de compte, pour obtenir quoi ? L’<em>”homme européen”</em> ? (Se régaler à ce propos avec ‹ L’Europe expliquée aux Européens › de Pierre Antilogus, Benoît du Peloux et Philippe Trétiack, Vents d’Ouest, 2000.) Mais cet <em>”homme européen”</em>-là, avec les particularités que nous avons vues, se porte comme un charme depuis des lustres ! Un autre <em>”hommeeuropéen”</em> donc ? Peut-être bien, mais alors j’ai envie de me référer à Malraux et dire que cet <em>”hommeeuropéen”</em>-là sera culturellement trisomique ou ne sera pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’autre raison – ou évidence – qui me fait douter de la viabilité de ces États-Unis d’Europe est que la formule d’organisation envisagée est la singerie contre-nature d’un système fédéraliste qui a fait ses preuves à bien des égards et des endroits, à la mention près que les circonstances respectives étaient totalement différentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a quantité d’États fédéraux de par le monde. De ce que je sais, il y a l’Argentine, l’Australie, le Brésil, le Canada, les États-Unis d’Amérique, l’Inde, le Mexique, le Nigeria, le Pakistan ou encore la Russie. Dans beaucoup de cas ça fonctionne très bien, dans d’autres moins bien, pour toutes sortes de raisons ethniques, sociales, religieuses, politiques ou économiques. Néanmoins, dans aucun de ces cas les disparités entre les composantes du pays ne sont aussi structurelles, ni historiquement aussi enracinées, que dans celui d’un hypothétique pays nommé les États-Unis d’Europe. En revanche, si les États fédéraux sont ce qu’ils sont, je me demande pour quelle raison l’européanisme ne ferait pas recette ailleurs sur la Terre, dans une application à la sauce locale ? On sait que les régions offrant des conditions similaires ne manquent pas. Mais les pays concernés ont toujours eu la sagesse de limiter leurs ambitions à des alliances économiques ou stratégiques, et rien de plus. Le Commonwealth, l’ASEAN, la Ligue arabe, le Mercosur, l’Union africaine sont des exemples en ce sens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sérieusement, comment réunir en pratique et avantageusement sous un même chapiteau de vénérables petites monarchies (Belgique, Danemark, Luxembourg, Pays-Bas, Suède), un ancien grand empire protestant saxon devenu royaume (Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord) et qui chapeaute des formations étatiques (Angleterre, Écosse, Pays de Galles, Irlande du Nord), un jeune et grand royaume catholique latin, autrefois immense empire, passé par la dictature républicaine (Espagne), des républiques avec de vieilles traditions monarchiques (Grèce, Italie, Portugal), une grande république ex-monarchie-phare (France), des possessions devenues républiques (Finlande, Irlande), une république bâtie sur les ruines d’un empire démembré (Autriche) et, pour couronner le tout, la seule république réellement fédérale (Allemagne) ?! La vue se brouille encore plus lorsqu’on pense aux aspirants : les pays orthodoxes, ex-vassaux communistes, ou alors ce pays fort, laïque et musulman à la fois, issu de l’Empire ottoman… Et que dire de l’ancienne patrie des tsars ?!…</p>



<p class="wp-block-paragraph">À présent : les États-Unis d’Europe seront-ils un jour une monarchie ? Dans ce cas, laquelle des dynasties sera retenue et sur la base de quels critères les autres rois abdiqueront-ils ? Ou bien trouvera-t-on, <em>ex nihilo</em>, une nouvelle monarchie européenne, à la hauteur d’un Charlemagne, d’un Charles Quint ou d’un Bonaparte ? Au contraire, seront-ils – ces eue – une république, et tous les souverains renonceront-ils à leur trône respectif ? Si la création d’un parlement et d’un gouvernement uniques européens serait à la rigueur concevable et si – dans la foulée – l’on pouvait encore imaginer l’octroi des fonctions exécutives suprêmes (le président européen, le Premier ministre européen, le président du Conseil européen, le chancelier européen, etc.) à tour de rôle sur la base d’une certaine pratique collégiale, je crois en revanche que le choix de la capitale de l’Europe devrait poser quelques problèmes. Berlin ? Londres ? Madrid ? Paris ? Rome ? Et puis, pendant qu’on y est, pourquoi pas Bruxelles, Helsinki ou même Vienne, à moins que, pour calmer tout le monde, n’est-ce pas ?, on choisisse finalement Maastricht !</p>



<figure class="wp-block-gallery columns-1 is-cropped wp-block-gallery-4 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="1000" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Les-Etats-Unis-dEurope-Le-Royaume-des-États-Unis-dEurope-1.jpg" alt data-id="586" class="wp-image-586" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Les-Etats-Unis-dEurope-Le-Royaume-des-États-Unis-dEurope-1.jpg 1000w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Les-Etats-Unis-dEurope-Le-Royaume-des-États-Unis-dEurope-1-300x300.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Les-Etats-Unis-dEurope-Le-Royaume-des-États-Unis-dEurope-1-150x150.jpg 150w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Les-Etats-Unis-dEurope-Le-Royaume-des-États-Unis-dEurope-1-768x768.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"></figure></li></ul></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, en effet, le Royaume des États-Unis d’Europe, monarchie constitutionnelle héréditaire, disposant – en vertu des principes de la diversité, de la décentralisation, du respect des petites entités et de l’égalité des chances – d’un <em>Kaiser</em> réélu tous les 10 ans au suffrage universel et abrité sur la plate-forme maritime de Sealand, d’un parlement bicaméral multiethnique basé à Maastricht, d’un quartier général de l’état-major de l’armée stratégiquement positionné sur le rocher de Gibraltar, d’une banque centrale installée au Liechtenstein et d’un cabinet agissant depuis Monaco : voilà une formule parfaite pour rassembler 400 millions d’ <em>“hommeseuropéens“</em> dans le cadre d’une vraie offensive contre la suprématie économique japonaise et contre l’hégémonie politique américaine.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« L’Europe est trop grande pour être unie.</em><br> <em>Mais elle est trop petite pour être divisée.</em><br> <em>Son double destin est là. »</em><br></p><cite> (Daniel Faucher, 1882-1970)</cite></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/les-etats-unis-deurope/">Les Etats-Unis d’Europe</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/les-etats-unis-deurope/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Féminisme et masculinisme</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/feminisme-et-masculinisme/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/feminisme-et-masculinisme/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 12 Dec 2018 10:04:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=237</guid>

					<description><![CDATA[<p>[...] Tel le désormais historique premier pas d’Armstrong sur la Lune, d’une génération à l’autre la cause féministe a fait un bond de géant. Mais de côté, pas en avant. [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/feminisme-et-masculinisme/">Féminisme et masculinisme</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-7387b849 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:33.33%">
<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="1000" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Féminisme-et-masculinisme-Hedy-Lamarr-1940.jpg" alt class="wp-image-576" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Féminisme-et-masculinisme-Hedy-Lamarr-1940.jpg 1000w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Féminisme-et-masculinisme-Hedy-Lamarr-1940-300x300.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Féminisme-et-masculinisme-Hedy-Lamarr-1940-150x150.jpg 150w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Féminisme-et-masculinisme-Hedy-Lamarr-1940-768x768.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"></figure>
</div>



<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:66.66%">
<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-left has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« N’importe quelle fille peut séduire.</em><br><em>Tout ce qu’elle doit faire,</em><br><em>c’est de se tenir tranquille</em><br><em>et d’avoir l’air idiot.»</em><br>&nbsp;(Hedy Lamarr, actrice et inventrice autrichienne,1913-2000)</p></blockquote>
</div></div>
</div>
</div>



<p class="wp-block-paragraph"><em><em></em></em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Forum de discussions en marge du Congrès mondial de la femme. Les déléguées sont censées échanger librement leurs expériences. C’est aussi le moment idéal pour mieux se connaître, en toute décontraction, autour d’un café.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La déléguée française : « Hé, les filles, pour moi, ce fut très simple. Un matin j’ai dit à mon Charlot : “Charlie, à partir d’aujourd’hui, finis le repassage, les courses, la vaisselle. Tu t’en occupes, ou je me casse“. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les filles : « Whouaou ! Coool. Et puis ? »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La déléguée française : « Et puis ? Ha-ha ! Au départ, il a râlé. Et comment qu’il a râlé ! Ensuite, le premier jour, j’ai rien vu. Le deuxième jour, j’ai rien vu non plus. Et le troisième jour, voilà que je le vois déjà acheter lui-même ses clopes, repasser les chemises et laver les assiettes. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les filles : « Ooooh ! Ç’arraaache !»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La déléguée américaine : « Chez moi, ça a été encore mieux. Du coup, j’ai dit à Joe : “J’en ai marre d’être ta bonne ; tu te crois au Moyen Âge ? Tu choisis : tu me remplaces au ménage ou tu crèves“. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les filles : « Ts-ts-ts-ts ! Abuuuse ! Et p’is ? »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La déléguée américaine : « Et p’is ? Vous croyez quoi ? Il a tiqué. Ha ! Et p’is, après, le premier jour, rien vu. Deuxième jour, encore rien vu. Et le troisième jour, quand je me réveille, devinez qui je vois, qui avait emmené le môme à la crèche et avait préparé le p’tit-dej’ ?… »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les filles : « Déchiiire, géniaaal ! »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La déléguée roumaine : « Eh ben, moi, les filles, ça a été plus compliqué. Parce que j’ai tourné en rond pendant des mois, et tourné, et tourné, et un jour, enfin, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai osé. J’ai dit à mon mari : “Tu sais, j’aimerais, si possible, que t’essayes aussi de m’aider un peu à la maison, au ménage, avec les enfants, tout ça quoi. Je te dis ça juste comme ça. Je sais, je sais, c’est difficile, mais tu comprends, j’ai vraiment de la peine toute seule, sans parler du travail de nuit à l’usine.“ »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les filles : « Aaaaa, pire bien ! Bra-vo ! Quand même… Et puis ? »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La déléguée roumaine : « Et puis rien. À vrai dire… non, pas tout à fait. Bien sûr qu’il a poussé une monstre gueulée. Ensuite, le premier jour, je n’ai absolument rien vu, mais alors vraiment rien. Le deuxième jour non plus. C’est seulement le troisième jour qu’enfin j’ai commencé à voir un tout petit peu de l’œil gauche. »</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tel le désormais historique premier pas d’Armstrong sur la Lune, d’une génération à l’autre la cause féministe a fait un bond de géant. Mais de côté, pas en avant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quoi que l’on veuille ou fasse, et même si la femme s’est toujours imposée furtivement dans la vie de famille, à la maison et jusque dans la vie professionnelle du mari, l’âge que nous vivons, que notre ascendance a vécu et que notre descendance vivra est celui d’une certaine forme de patriarcat. Modernisé certes, mais patriarcat quand même. Un système qui, depuis l’expulsion du Paradis, a confirmé la femme dans la position centrale mais repliée de foyer de vie et l’homme dans le rôle expansif de vigile et de pourvoyeur de ce foyer. (Ce jour-là, <em>« Dieu dit à la femme : ‘(…) C’est dans la douleur que tu mettras au monde tes enfants. Tes désirs se porteront vers ton mari, et il dominera sur toi’. Il dit ensuite à Adam : ‘(…) La terre sera maudite à cause de toi. Tu en tireras ta nourriture avec peine tous les jours de ta vie (…). Tu mangeras ton pain à la sueur de ton visage (…)’ »</em>, Gen. 3;16-19.)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, vu aussi hors de l’angle biblique, cet état-là reste simple et clair, procédant même de certaines facultés intrinsèques à chacun des sexes. Les unes après les autres, les civilisations des mondes occidental et oriental (qui intéressent ici) se sont organisées ainsi. Aujourd’hui, tant de siècles plus tard, tous les mécanismes de la société, jusqu’aux plus petits engrenages, fonctionnent ainsi. Et ce n’est pas rien, puisque ce système peut avoir, comme tout système, des bons et des mauvais côtés. Pour me faire une idée sur leur pertinence, je serais en revanche content de connaître la source de ces qualificatifs (bon et mauvais).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela étant, quel sens donner à l’acharnement soudain qui alimente les militantes du mouvement féministe ? La raison ne peut plus être la conquête d’une condition nouvelle (pour certaines) ou longtemps ignorée (pour d’autres), dès lors que l’essentiel est déjà acquis : l’accès au savoir, la qualité de la vie, l’accès aux soins, le droit d’expression et de vote, entre autres. Il est en revanche parfaitement compréhensible que ce mouvement de revendication puisse avoir été alimenté par des facteurs contraires autant aux valeurs ancestrales qu’au sens commun et qui, à force, ont depuis longtemps fini par casser ce magnifique équilibre des genres. Ceci pour caractériser en d’autres termes un trop longue et abusif joug appliqué par le mâle (ou plutôt l’<em>”animâle”</em>), avec souvent des pointes d’ignominie frisant l’inconcevable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À partir de là, selon le principe ‘l’action entraîne la réaction’, cela ne peut être qu’un forcing absurde et malsain, n’ambitionnant que de gripper cette mécanique machiste absurde, quitte à sombrer dans le ridicule. C’est la nouvelle morale en vertu de laquelle la femme se veut désormais marin, pilote, policier, pompier, soldat, officie comme prêtre, dirige des multinationales, fonctionne au sommet du pouvoir, souvent selon des procédures hors concours, où les postes à repourvoir – fussent-ils aussi importants – sont réservés au <em>“sexe faible“</em> en dehors des critères habituels de sélection tels que la compétence, la disponibilité, l’expérience, etc. (On comprend alors certaines voix qui s’élèvent au sein même du mouvement féministe pour réclamer des mesures équitables, afin d’éviter – à juste titre, dirions-nous – que tous les acquis ne soient discrédités.)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et tout cela pourquoi ? Parce que, nous dit-on, il n’y a aucune raison pour que la femme ne soit pas égale à l’homme. Mais quelle tristesse ! Comme si l’identité des sexes constituait à elle seule le passeport imposé et unique pour l’égalité, traduite exclusivement en termes de réciprocité. Comme si c’était ainsi qu’il fallait comprendre et appliquer une harmonie qui, de toute façon, fait partie de l’ordre des choses et qui se situe au-dessus de cette nouvelle morale. Car agissant de cette manière, sa première victime est l’un des plus précieux dons de l’être : la différence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par conséquent, tout pourrait être imaginé sur l’échelle du désordre, jusqu’à son expression ultime : l’éclatement de la famille. Mais que dis-je ?! Imaginer ? Il est déjà bien en route, pardi ! Et puis, en application du principe de la réciprocité, on pourrait aussi – n’est-ce pas ? – rêver d’un monde où les <em>“sages-hommes”</em> (pour son absurdité, je préfère cette formule saugrenue au ridicule du terme consacré qui est <em>“homme sage-femme”</em>) seraient a priori préférés aux sages-femmes, où les ambulanciers se substitueraient implacablement aux infirmières, où les nourrices seraient systématiquement remplacées par des <em>“nourreurs”</em> dopés à l’œstrogène, où les hommes au foyer détrôneraient le clan ringard des femmes au foyer, tandis que les Misters Univers seraient favorisés par rapport aux Miss Univers dans la course à la plus belle créature sur la terre. À ces occasions-là, la <em>“femme-féministe”</em> profiterait aussi de rendre ridicule cette appellation même, qui normalement devrait être remplacée par celle de <em>“femme-masculiniste”</em>, logiquement opposée à celle d’<em>”homme-féministe”</em>. Que comprendre dès lors ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et si un beau jour, pour forcer une réponse (sur le même diapason) au refrain de la femme-objet, la publicité, les cabarets et la cyberpornographie basculaient dans le registre masculin et que l’univers était envahi par les attributs phalliques de l’homme-objet, est-ce que cela changerait quelque chose à son avidité sexuelle naturelle ? Évidemment, <em>“De gustibus coloribusque non disputandum”</em>, mais combien de femmes seraient toujours séduites par des mâles œstrogénéisés, suaves et gracieux, et combien d’hommes seraient attirés par des femelles testostéronéisées, brutes de décoffrage ? Et si un autre jour, pour soi-disant s’affranchir une fois pour toutes de leur inféodation millénaire par rapport à l’homme, les femmes imposaient la féminisation à tout va des titres et des appellations, est-ce que cela ferait vraiment leur bonheur ? Ou bien ne réussiraient-elles qu’à se couvrir par elles-mêmes d’un surplus de ridicule qu’elles ne mériteraient en aucun cas ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et les enfants, les enfants deviendraient quoi dans tout ça ?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Eh bien, des réponses on en trouve : âgés d’à peine dix ans, certains violent leur frangine, certains tuent leurs parents, certains se suicident.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[22 novembre 2003]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/feminisme-et-masculinisme/">Féminisme et masculinisme</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/feminisme-et-masculinisme/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Germanitude</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/germanitude/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/germanitude/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Sep 2018 18:44:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=203</guid>

					<description><![CDATA[<p>Dans un sens général, une société est un ensemble de rapports humains stables constitués à l’intérieur d’un territoire distinct. C’est aussi l’ensemble des rapports que ces hommes ont avec la nature. C’est encore l’ensemble de leur production culturelle et matérielle, individuelle ou collective. Enfin, considérant également le folklore, les mœurs, les traditions, l’héritage, la pérennité, on parle désormais d’une civilisation. [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/germanitude/">Germanitude</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right has-small-font-size wp-block-paragraph"><em>« Les Allemands sont remarquables chez eux ; ailleurs, insupportables. »</em></p>



<p class="has-text-align-right has-small-font-size wp-block-paragraph">(Reynaldo Hahn, 1874 – 1947, ‹ Journal d’un musicien ›, Plon, 1933)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un sens général, une société est un ensemble de rapports humains stables constitués à l’intérieur d’un territoire distinct. C’est aussi l’ensemble des rapports que ces hommes ont avec la nature. C’est encore l’ensemble de leur production culturelle et matérielle, individuelle ou collective. Enfin, considérant également le folklore, les mœurs, les traditions, l’héritage, la pérennité, on parle désormais d’une civilisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La société est une entité reconnaissable et unique, à la façon d’un homme qui se distingue de son semblable, ou d’une famille qui ne ressemble pas à une autre. Pour être définie, elle présuppose un degré suffisant de développement, ce qui permet aussi de la caractériser. Ainsi, du point de vue spatial, il y a en gros des microsociétés de type tribal, des sociétés de type national, et des macrosociétés, qu’on appelle aussi mondes : les mondes grec, hispanique, occidental, arabe, islamique, slave.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Faute de mieux, on reconnaît une vaste plaine aride à l’uniformité de son étendue, mais seulement en l’absence – improbable – de tout accident de son relief. Dans le cas contraire, le plus probable donc, elle sera identifiée à partir de cette exception-là – une rivière, un arbre, une colline. De même, ce sont les sommets et pas les flancs qui représentent une chaîne montagneuse, tout comme les îles marquent les océans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tels les arbres d’une vaste plaine. les sommets d’une montagne et les îles d’un océan, ce sont des figures phare, souvent politiques, qui illustrent telle ou telle société. Pour la société tribale, c’est le vieux du village. Pour les sociétés nationales, les exemples abondent : de Gaulle, Hirohito, Mao, Nasser, pour en citer seulement quelques-uns. Pour les macro-sociétés, c’est un Bolívar, un Gandhi, un Khomeiny. Ces exceptions catalysent toujours le génie des populations qu’elles symbolisent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout au long de l’histoire, l’humanité a expérimenté un grand nombre de ces sociétés, dont certaines sont devenues des civilisations. Certaines ont laissé des traces plus profondes que les autres. Certaines ont disparu, d’autres existent toujours. Il y en a, bien sûr, qui ont duré plus que d’autres. Toutes les civilisations ont eu des heures de gloire et de décadence. Elles ont aussi eu, toutes, leur cortège de figures de proue qui traversent les temps et auxquelles se réfèrent les générations qui suivent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À leurs débuts, les grandes civilisations furent nationales. Parfois, ce besoin expansionniste qui est le propre de l’homme leur fit quitter leur cadre d’origine pour acquérir un caractère pluriethnique et une dimension plus ou moins globale. Certaines – anglaise, espagnole, russe – survécurent à un relatif retour aux conditions initiales. D’autres – romaine – s’éteignirent dans leur état de surdéveloppement. Pour la plupart, elles tentèrent de diffuser au maximum le modèle qu’elles avaient créé.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">La société allemande est de ce cercle d’exportateurs. Ne pouvant toutefois parler légitimement d’une civilisation allemande, il est question ici de la <em>“germanitude“</em>, telle que formée en Europe centrale (Autriche comprise) vers le XVI<sup>e</sup> siècle. Comme nous l’avons vu, la force d’impact d’une civilisation se concentre dans le noyau des figures phare qui la représentent, en précisant que, dans ce cas, il n’existe presque aucun domaine où elle n’ait rayonné par son lot de personnalités hors pair.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a tout d’abord la musique, où cette germanitude maîtrise la création dans le monde occidental ; ensuite la physique théorique et appliquée, où son excellence est confirmée ; et puis la standardisation, où elle a toujours <em>“donné le la“</em>, avant que le système iso ne lui soit imposé ; et aussi le sport, où elle domine dans un nombre croissant de disciplines ; il y a la philosophie, où elle fait autorité ; l’industrie, où elle est la référence de la qualité et de la rigueur ; les mathématiques, où elle brille ; il y a aussi l’architecture, où elle est l’un des symboles du mouvement moderne ; la poésie, où elle atteint des sommets ; l’art militaire, où elle a fait école ; enfin, la mécanique, où elle est pratiquement synonyme de perfection. Il y a également tous les autres domaines, qu’il serait trop long et trop ennuyeux de développer : biologie, chimie, cinéma, doctrines, histoire, imprimerie, médecine, mode, peinture, photographie, politique, prose, religion, théâtre. Il n’y a rien à dire : cela fait vraiment beaucoup, beaucoup de domaines !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cinq siècles plus tard, on aura pu constater que par leur nombre et leurs qualités, les sommités de cette civilisation furent parmi celles qui contribuèrent le plus à la grandeur et à l’épanouissement du genre humain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Seconde Guerre mondiale mit l’Allemagne à genoux et, pour un moment, la transforma en pays du tiers-monde. Le niveau du revenu national brut par habitant de 1938 ne fut retrouvé qu’en 1953. Son intelligence fut décimée ou exilée. Un plan Marshall plus tard et grâce à son génie de l’organisation et du travail, le pays rejoignit la tête du peloton mondial. En 1970, il occupait déjà la 3<sup>e</sup> place au monde en termes de produit intérieur brut, derrière les États-Unis d’Amérique et le Japon, également traumatisé par la guerre, mais devant la France et le Royaume-Uni, les autres deux vainqueurs. La confiance et le bien-être vite regagnés, les Allemands se tournèrent vers l’exportation, avec le succès que l’on connaît : en 1990, deuxième pays exportateur au monde en valeur absolue, juste derrière les États-Unis.&nbsp; D’abord ils exportèrent leurs produits, ensuite, au travers de la délocalisation, leur technologie et leurs méthodes de travail. Aujourd’hui, comme toute société épanouie, l’Allemagne exporte son modèle. Drôle de modèle ! Je m’explique.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sidé, sud de la Turquie, au bord de la Méditerranée. Je me rappelle des vacances en famille, l’année passée. Je logeais dans un 5* correct (valant un 4* standard européen), assez grand, pas tout à fait complet, mais bien rempli. Un de ces <em>“silos à touristes“</em> dont j’ai oublié le nom et où il y avait de nombreux Russes, quelques Belges et Hollandais, des Turcs, une poignée de Suisses. Pour le reste, ce n’étaient que des Allemands.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je n’ai bien sûr absolument rien contre le fait que, onze mois durant, les Allemands mettent de côté des sous pour se payer leurs vacances estivales. Franchement : ils triment assez à longueur d’année, ils ont leurs soucis (chômage, impôts, immigration, insécurité – que d’autres ont aussi, mais enfin, passons), ils ont continuellement du mauvais temps, alors je crois qu’ils sont en droit de profiter de leurs deux semaines de farniente au soleil. Donc, logiquement, je ne puis m’insurger contre le fait que, bon an mal an, des quantités indéfinies de divisions de cars, voitures, trains et avions déversent un nombre incalculable de touristes allemands sur les plages de la planète. L’ethnie n’a rien à voir dans tout cela. S’il y avait eu des armées de touristes chinois (ce sera certainement pour bientôt), nigérians ou iraniens (moins probable), cela n’aurait rien changé au problème.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sauf qu’en exportant à grande échelle son perfectionnisme, son rituel social, son système de planification et d’organisation, sa vision du confort, son cartésianisme, la germanitude finit par bâtir, <em>nolens volens</em>, hors frontières, son modèle de standardisation dans lequel elle excelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Où que l’on se trouve dans un de ces hôtels balnéaires, le scénario est à peu près identique, au point que s’il n’y avait pas les températures de l’air et de l’eau ainsi que la physionomie et la langue locales, on se croirait sans peine chez soi, à Köln, Lübeck ou Mainz.<span id="easy-footnote-50-203" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/germanitude/#easy-footnote-bottom-50-203" title=" Mon expérience s’est forgée &amp;#8211; avec des empreintes variables &amp;#8211; au Cap d’Agde (France, 1984), Héraklion (Crète, Grèce, 1985), Eilat (Israël, 1986), Mellieha (Malte, 1987), Venise (Italie, 1988), Hyères (France, 1989), Faro (Portugal, 1991), Saint-Raphaël (France, 1993), Marina di Massa (Italie, 1994, 1995), Lido di Dante (Italie, 1996), Playa del Inglés (Canaries, Espagne, 1997, 1998), Hammamet (Tunisie, 1999), Agia Napa (Chypre, 2000), Bugibba (Malte, 2000), Sharm-el-Sheikh (Égypte, 2001), Sidé (Turquie, 2002), Cos (Grèce, 2003)."><sup>50</sup></a></span> Tout cela culmine avec les ghettos-dortoirs que les Allemands ont dressés en Espagne, de sorte qu’après toute une vie de labeur sans joie et sous la pluie, ils puissent enfin s’étendre au soleil, anonymes, mais ayant échappé au rhumatisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les indications – excursions, menus, rencontres, manifestations – sont en allemand, exceptionnellement dans un anglais approximatif, comme d’ailleurs les factures et autres formulaires. Dans la rue, tous les noms des magasins sont en allemand, secondairement en anglais. Les conversations avec le personnel hôtelier (mais aussi avec les vendeurs, les policiers, les chauffeurs de taxi, les sauveteurs) ne peuvent se faire qu’en allemand, de manière très subsidiaire et primitive en anglais. Les jeux de club et les animations sont en allemand, doublés en anglais. Dans les kiosques, une gamme complète de journaux allemands (du très sérieux Frankfurter Allgemeine Zeitung à l’anecdotique Roman-Stunden en passant obligatoirement par le Bild) submerge les rares quotidiens majeurs anglophones, hollandais ou russes. La plupart des canaux de télévision offrent des postes en allemand, parmi lesquels on trouve les quelques chaînes à vocation internationale. Les bibliothèques de prêt étalent les séries roses et policières en allemand. L’art culinaire français, turc ou italien se met à l’heure du <em>Gemüse-Kartoffel-Auflauf mit Käse gratiniert</em>. Les cafés en plein air proposent, sur des écrans géants, le rituel des matchs de la <em>Bundesliga</em>, peut-être aussi celui des championnats de football anglais ou italiens. À des milliers de lieues de la mère patrie, les magasins proposent des <em>Spielhosen</em> et des chapeaux tyroliens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La fameuse couleur locale ? Il est vrai qu’à ce jour, que ce soit en Italie ou en Égypte, on perçoit toujours, plus ou moins, un certain spécifique (on ne peut plus parler de poids) culturel du lieu, sa marque d’identité, pourtant si gâchés par le tourisme de masse. Mais pour combien de temps encore ?</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout cela reste acceptable tant que l’on ne quitte pas le stade des faits et que l’on ne traite pas de la question des hommes, c’est-à-dire des légats du germanisme. Car celui-ci a bien sa diplomatie caractérisée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Contrairement aux Metternich et Ribbentrop, de nos jours les ambassadeurs germaniques ne sont plus des aristocrates. Indistinctement hommes ou femmes, ils sont techniciens du gaz dans l’administration, chefs d’équipe dans l’industrie, chauffeurs de trolleybus, contrôleurs fiscaux ou agents d’assurances, tandis qu’elles sont secrétaires, infirmières, vendeuses, assistantes sociales ou esthéticiennes. Et ce n’est pas dans les chancelleries des capitales que l’on retrouve aujourd’hui l’image de tel ou tel pays mais, grâce au tourisme, de manière beaucoup plus palpable, sur les routes et les plages du vaste monde. Il n’empêche, aux yeux du pays d’accueil et des autres confrères ès bronzage, qu’ils le veuillent ou non, ces émissaires portent bel et bien avec eux la Germanie contemporaine ou, plutôt, pour se référer à l’essentiel, l’actuelle Allemagne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces représentants portent avec eux leur pays car il est par nature fier et fort, et c’est donc tout naturellement qu’ils exposent ce modèle-là aux quatre coins de la mappemonde. Ou, du moins, ce qu’ils pensent être un modèle. Parce qu’en fin de compte, l’effet produit est surprenant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Prenez un habitant d’un quelconque pays vacancier important et interrogez-le sur le tourisme de nos jours. Vous aurez toutes les chances de recevoir trois avis standard, invariablement les mêmes : l’homme aura le ras-le-bol du tsunami des hommes-caméras japonais, des nuées d’Américains niais et obèses, mais peut-être surtout des divisions estivales allemandes, ces <em>“Ferienkorps“</em> <span id="easy-footnote-51-203" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/germanitude/#easy-footnote-bottom-51-203" title=" Par analogie avec l’<em>Afrikakorps</em> &amp;#8211; formations allemandes qui combattirent en Afrique du Nord durant la Seconde Guerre mondiale; <em>Ferien</em>: vacances (all.)."><sup>51</sup></a></span> qui, sciemment ou non, ont réussi là où Erwin Rommel a échoué : achever une certaine colonisation de la planète. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Surprenants en effet : cette candeur à inlassablement évoquer le <em>Vaterland</em>, en s’attendant à retrouver ses particularités (voire ses valeurs) là où elles sont soit inconnues, soit simplement inimaginables, cette désobligeance des <em>Walkyrie</em> à promener, par deux, fesses tatouées et seins nus, leurs strings blancs sur fond cuivré à travers quantité de fellahs écrasés par la pauvreté, qui n’ont qu’un rêve en tête – épouser n’importe quelle Allemande pour forcer l’émigration ; cette rage de perpétuer <em>Oktoberfest</em> à la plage et dans les bars des hôtels ; cet acharnement à vous parler à tout va en allemand, peut-être en toute innocence, comme si c’était une langue enracinée à l’échelle mondiale ; cette fausse modestie (étayée par le côté naturel et purement utilitaire de la chose) à rouler dans de grosses mécaniques rutilantes là où les indigènes s’arrachent encore de vieilles caisses de contrebande ; cette audace (peut-être instinctive) de ces familles ou de ces groupes à se croire parfaitement seuls au milieu d’un bazar, d’un monastère, ou même d’un restaurant, ce qui les autorise (tout naturellement) à pousser au paroxysme le niveau de leur enthousiasme vacancier, dans un souci d’optimiser le coût des vacances; cette déferlante du <em>alles inbegriffen</em> dans les buffets gastronomiques des restaurants hôteliers, qui fait penser à un état plutôt de disette que de bien-être. <em>Und so weiter</em>. Voilà la vraie actuelle diplomatie germanique. J’ajoute que ce panorama n’a rien d’une galerie de clichés. S’il est bien vrai qu’il y a et – espérons-le – qu’il y aura toujours de <em>“bons“</em> touristes japonais, américains et allemands, il n’en reste pas moins que l’image est déjà ancrée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En réalité, ces pays en quête de prospérité qui accueillent à bras ouverts des touristes dont ils pensent – à raison – qu’ils en sont porteurs, ont mieux à offrir. Une offre qui s’explique souvent uniquement par le fait qu’elle vient du haut de quarante siècles de civilisation, et dont le Teuton se désintéresse. Comme, par exemple, le sens du temps. Ce qui fait que le jour où la germanitude commencera à s’approprier ce sens, elle ne sera plus tout à fait elle-même, mais elle sera certainement quelque chose de plus que ça. Mais aura-t-elle envie de l’être ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Zum Wohl</em> !</p>



<p class="wp-block-paragraph">[21 novembre 2003]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/germanitude/">Germanitude</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/germanitude/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Affaires</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/affaires/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/affaires/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 07 Sep 2018 15:08:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=150</guid>

					<description><![CDATA[<p>Ces derniers temps, il devient évident que les grosses affaires ne sont plus vraies, tout comme les vraies affaires ne sont plus grosses. Alors, comme à l’époque du scoop, les petites affaires ne font pas recette, on s’intéresse aux grosses, donc aux fausses. En tous les cas, qu’il s’agisse de vraies ou de fausses affaires, en tant que plus précieux leviers de propagande depuis l’arsenal utilisé lors de la guerre froide, l’opinion publique et la communauté internationale doivent être nourries. [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/affaires/">Affaires</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« (…) on peut tromper une fois mille personnes (…),</em><br><em>mais on ne peut pas tromper mille fois mille personnes. »</em><br>(Émile, alias Sam Karmann, dans le film<br>d’Alain Berberian ‹ La Cité de la peur ›, 1994)<br></p></blockquote>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="has-text-align-center wp-block-heading">Vieilles affaires</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il y eut l’affaire financière française de la Compagnie universelle du canal interocéanique du Panama, qui se solda par la faillite de celle-ci et par l’arrêt des travaux. Il y eut l’affaire politique Dreyfus, française aussi, qui se solda par l’acquittement de l’officier homonyme, accusé de collusion avec l’ennemi. Il y eut l’affaire américaine dite de Sacco et Vanzetti, sociale et politique, qui se solda par l’exécution de ces deux immigrés italiens, soupçonnés de meurtre. Il y eut les procès politiques soviétiques de Moscou, qui se soldèrent par l’élimination des dirigeants communistes Boukharine, Kamenev et Zinoviev. Il y eut l’affaire Rosenberg, américaine, économique et politique, qui – suite à la conviction d’espionnage des époux du même nom – se solda par leur électrocution. Il y eut l’affaire stratégique des missiles de Cuba, dite aussi de l’avion espion, affaire soviétique et américaine, qui faillit se solder par une guerre atomique. Il y eut l’affaire de Chappaquiddick, morale, politique et encore américaine, qui modifia la carrière du dernier des frères Kennedy. Il y eut l’affaire italienne des mani pulite, aussi financière et juridique que politique, qui se solda par l’assassinat de deux juges et par l’ascension politique d’un troisième.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Financières, politiques, morales, économiques, juridiques, sociales, américaines, françaises, italiennes, soviétiques – il y eut toutes sortes de grosses affaires. Mais là, si on pouvait dire, c’était le bon vieux temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sérieusement, au bon vieux temps, il y avait de vraies affaires, de vrais lésés, donc de vrais plaignants. Il y avait de vrais inculpés, de vrais soupçons, de vraies magouilles, de vraies menaces, de vraies accusations et de vrais arguments. Les dénouements – heureux ou pas – étaient donc nécessairement vrais. Tout le monde, bon ou mauvais, faisait son travail : les truands, les policiers, les financiers, les magistrats, les militaires. Et tout cela avait un grand avantage, car sous l’impact de sujets aussi forts, les sociétés créaient illico des camps pour ou contre (sauf en urss, où il n’y avait qu’un seul camp). Pour chaque camp donc, c’était noir et blanc, ou blanc et noir, ce qui attisait les passions et, souvent, permettait aux dirigeants de canaliser les préoccupations des gens vers ces événements, en les maîtrisant – les préoccupations, donc les gens. Mais, surtout, ceci était possible parce qu’on savait à quoi s’en tenir : les banquiers, les communistes, les patrons, les politiques (qui étaient tous des méchants), les immigrés, les juges, les Noirs, les policiers (qui étaient tous des bons), ne laissaient pas de place au doute. Les thèmes étaient aussi très nets : corruption, cupidité, meurtre, misère, trahison.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces derniers temps, il devient en revanche évident que les grosses affaires ne sont plus vraies, tout comme les vraies affaires ne sont plus grosses. Alors, comme à l’époque du <em>scoop</em>, les petites affaires ne font pas recette, on s’intéresse aux grosses, donc aux fausses. En tous les cas, qu’il s’agisse de vraies ou de fausses affaires, en tant que plus précieux leviers de propagande depuis l’arsenal utilisé lors de la guerre froide, l’opinion publique et la communauté internationale doivent être nourries. C’est ainsi qu’apparurent les affaires pharaoniques – et les procès inhérents – avec lesquelles les sociétés sont à notre époque tenues en éveil.</p>



<h3 class="has-text-align-center wp-block-heading">Nouvelles affaires</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a l’affaire dite du tabac aux États-Unis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À partir de 1994, 90% des États fédéraux – américains – menacèrent les cinq principaux fabricants – américains – de cigarettes d’ouvrir des actions devant la justice – américaine – en leur réclamant des dommages et intérêts au nom de tant de fumeurs – américains – lésés par cette routine nocive. Selon le compromis qui, en 1998, a mis fin à la procédure, les fabricants incriminés acceptèrent de verser à ces États une somme de 208 milliards de dollars, échelonnés sur 25 ans. Historiquement, ce fut la plus lourde sanction financière jamais édictée, appliquée et endossée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela dit, le fait que fumer n’est pas le produit d’un devoir ou d’une contrainte, mais résulte d’un libre choix fait par quelqu’un de consentant et capable de discerner, bien que souvent jeune et agissant par pure singerie, n’a pas pesé lourd dans cette affaire, pas plus que le fait que ce mal n’est pas le monopole des seuls citoyens américains des États fédéraux plaignants, ou encore que ce ne sont pas les Américains qui ont inventé ce vice, ou alors qui l’ont distribué, généralisé, promu. Du moins ne sont-ils pas les seuls. N’a pas pesé lourd non plus le fait que, de par le monde, tant d’autres fumeurs s’adonnent à cette habitude, que d’autres fabricants alimentent. Et il est certain que, du Laos au Maroc et de la Pologne au Chili, d’autres fumeurs meurent aussi des effets de leurs habitudes tabagiques, comme d’ailleurs, aux quatre coins du monde, tant d’alcooliques meurent des suites de leur vice liquide, sans que cela inquiète outre mesure les fabricants de spiritueux, et encore moins les États américains. C’est la même chose pour les boulimiques et les fabricants ou distributeurs d’aliments, ou bien pour les accros aux médicaments et l’industrie pharmaceutique, ou encore pour les chauffeurs et les fabricants de voitures. Quant à la finalité des sommes glanées en application de l’Attorney General’s Master Tobacco Settlement Agreement, selon certaines sources, elle servit souvent des intérêts opposés à ceux – officiels – d’origine.<span id="easy-footnote-52-150" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/affaires/#easy-footnote-bottom-52-150" title=" ‹ Mais où est passé l’argent du tabac ? ›, Courrier diplomatique n° 616, 22-28 août 2002."><sup>52</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je crois donc qu’il est permis de s’interroger sur le vrai sens d’une telle affaire – financièrement astronomique. Au nom de la <em>political correctness</em> inventée par l’administration Clinton, à partir de la seconde moitié des années quatre-vingt-dix, les compagnies aériennes américaines réduisirent petit à petit la capacité des compartiments fumeurs sur leurs vols, jusqu’à leur élimination en 1997. Cette même trouvaille détermina la disparition du droit de fumer d’abord dans l’administration, ensuite dans les entreprises, et enfin dans tout établissement ou lieu public.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et si, à la fin, l’affaire du tabac n’avait rien été d’autre que le point d’orgue qui consacra deux mandats clintoniens politiquement corrects ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a l’affaire suisse des fonds en déshérence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1995, le Congrès juif mondial – basé à New York – menaça trois importantes banques – suisses – d’ouvrir une action devant la justice – américaine – en leur réclamant des dommages et intérêts. L’action, animée par un sénateur – américain – d’origine italienne, se déroula aux États-Unis, au nom et pour le compte des survivants et des héritiers des personnes - juives - mortes ou disparues dans les camps de concentration nazis. Les banques étaient accusées d’avoir utilisé à leur profit les sommes déposées par ces personnes avant ou pendant la Seconde Guerre mondiale. Elles étaient aussi accusées de ne pas avoir restitué ces montants, réclamés ou non.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Subsidiairement, l’action visait aussi la Suisse. Dans la foulée, ses rapports avec le III<sup>e</sup> Reich furent montrés du doigt. L’intrusion des facteurs politiques dans cette affaire risqua même de porter un coup sérieux aux relations helvético-américaines – traditionnellement amicales. Selon le compromis qui permit d’arrêter cette procédure, les banques incriminées acceptèrent de payer à diverses associations juives une somme de 1,25 milliard de dollars. Ce fut la plus lourde sanction financière jamais prononcée contre (et appliquée à) des entités helvétiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant, depuis des lustres, sans exception, la Suisse était parmi les meilleurs élèves de la classe internationale. Et pourtant, en 1946, la Suisse – sous la pression américaine – et les Alliés signèrent un accord normalisant leurs rapports, au terme duquel la Confédération s’acquitta d’une «rançon» (le terme est d’Angelo Codevilla)<span id="easy-footnote-53-150" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/affaires/#easy-footnote-bottom-53-150" title=" ‹ La Suisse, la guerre, les fonds en déshérence et la politique américaine ›, Slatkine, 2001"><sup>53</sup></a></span> de 58 millions de dollars, soit 150 millions d’euros aujourd’hui ; en échange, les Alliés passèrent l’éponge sur leurs critiques, aussi peu crédibles qu’elles fussent, car ce que les accusateurs reprochaient à la Suisse, ils pouvaient se le reprocher encore plus à eux-mêmes<span id="easy-footnote-54-150" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/affaires/#easy-footnote-bottom-54-150" title=" Idem. (Voir aussi : Historia n° 669, septembre 2002 ; ‹ Comment les firmes US ont travaillé pour le Reich › et subsidiairement aussi ‹ Oui, les Suisses ont fait de la résistance ›.)"><sup>54</sup></a></span>. Et pourtant, non seulement le réquisitoire qui s’abattit sur la Suisse et ses banques ne contenait aucun élément vraiment nouveau par rapport à cet accord, mais encore, et surtout, il ne contenait aucune preuve ou chef d’accusation dignes de ce nom.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En guise de conclusion à cette série non exhaustive de réflexions sur le sujet, je cite Angelo Codevilla : ‘Le 12 août 1998, (…) ubs, (…) sbs ainsi que le Crédit Suisse acceptèrent de verser 1,25 milliard de dollars pour être autorisées à poursuivre leurs opérations dans la capitale financière du monde, New York. Instantanément, les épineuses questions débattues par les comités d’historiens, ainsi que les affirmations des commissaires aux comptes (…) perdirent tout intérêt. Les vainqueurs oublièrent leur juste indignation pour faire main basse sur le butin’. Et qui sont ces vainqueurs ? Eh bien, ‘une coalition d’Américains puissants [qui] a orchestré une campagne nouvelle en se servant du pouvoir et du prestige du gouvernement des États-Unis pour faire main basse sur d’importantes sommes d’argent’<span id="easy-footnote-55-150" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/affaires/#easy-footnote-bottom-55-150" title=" Id."><sup>55</sup></a></span>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a l’affaire Milošević, l’ancien président yougoslave.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1999, le Tribunal pénal international de La Haye (tpi) l’inculpa de génocide et de crimes contre l’humanité dont il se serait rendu coupable lors des conflits à répétition qui ont détruit la région durant les années quatre-vingt-dix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À la suite d’intenses pressions venues de la part de l’onu et surtout des États-Unis, les autorités de Belgrade finirent par extrader l’ancien ennemi public n° 1 vers les Pays-Bas, au risque de déclencher une crise institutionnelle dans leur pays. Son emprisonnement a adouci l’appétit justicier de la communauté internationale à régler le sort des deux autres ennemis publics n° 2 et 3, le docteur Radovan Karadžić et le général Ratko Mladić.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une fois l’ancien dirigeant jugé, les rôles changèrent. D’abord, l’ex-président serbe refusa la comparution, déniant au tpi toute légitimité. Ensuite, tout en gardant cette ligne mais en assurant sa propre défense, Slobodan Milošević lança un sévère réquisitoire à l’adresse des puissances ayant – selon lui – créé les prémices de ces guerres, voire les ayant directement ou indirectement influencées ou encouragées. Et Milošević de dresser la liste de témoins capitaux qu’il entendait faire venir à son procès, comme Madeleine Albright, Kofi Annan, Tony Blair, Jacques Chirac, Bill Clinton, Helmut Kohl, Gerhard Schröder. Belle brochette, en effet ! Mais le TPI n’a cité aucun de ces dirigeants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En revanche, l’éclatement de la Yougoslavie et les conflits dans la région (dont les frappes de l’otan en Serbie-Monténégro furent le corollaire) ont permis d’imposer les États-Unis – plus que l’otan – en tant que principal interlocuteur, sinon décideur, au sein de l’espace stratégique de l’Europe du Sud-Est. Ils ont permis à l’Allemagne d’envoyer – une première depuis 1945 – des forces armées hors de ses frontières. Ils ont permis de discréditer un pays multiculturel et pluriethnique qui était jadis le plus vivant et le moins asservi de tous les satellites de l’ex-URSS. Ils ont permis de mettre sur les routes de l’Europe des centaines de milliers de réfugiés kosovars, avec les conséquences que l’on connaît. Ils ont permis à l’otan d’avancer – cette fois dans les Balkans – un nouveau pion en direction de la Russie. Enfin, ils ont permis qu’un pays prospère soit détruit, pour qu’il soit reconstruit à la façon des destructeurs.</p>



<h3 class="has-text-align-center wp-block-heading">Affaires futures</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a aussi les affaires en préparation ou à venir, dont deux méritent l’attention : celle de l’apartheid et celle du 11 septembre 2001.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le cadre de la première affaire, des études d’avocats – américains – préparent une plainte collective de la population – sud-africaine – de couleur à l’adresse de sociétés – suisses pour l’instant – ayant (selon les demandeurs) pactisé avant 1994 avec le régime blanc de ségrégation raciale. La nature des dédommagements et éventuellement le montant réclamé (si cette nature est financière) ne sont pas encore précisés, mais pour ce dernier le chiffre de USD 100 milliards a déjà circulé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La palme revient cependant à la seconde affaire. Ici, toujours les mêmes protagonistes – des études d’avocats américains – sont en train de mettre sur pied une action visant à démontrer la responsabilité du royaume d’Arabie Saoudite dans la tragédie du 11 septembre 2001. À la clé, un procès en dommages et intérêts dont le montant officieusement avancé par les médias dépasse l’entendement, car il s’agirait ni plus ni moins, mais exactement de… USD 100 000 milliards ! Environ 500 fois l’enjeu du procès du tabac. Ou 10 à la puissance 14 (10<sup>14</sup>). Ou, enfin, le produit national brut des États-Unis d’Amérique pour 2001, pendant dix ans.</p>



<h3 class="has-text-align-center wp-block-heading">Affaires envisageables</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, sur la base de ces acquis, il y aurait les affaires réalisables. J’essaye donc d’imaginer celles encore inexploitées et dans lesquelles l’opinion publique et la communauté internationale pourraient jouer un rôle déterminant. Ces affaires devraient être censées voir se dresser des groupements d’intérêts diversement structurés (selon la race, le statut social, la croyance, l’influence, la situation géographique, le nombre, etc.) contre des sociétés ou des États solides et fortunés. Ce dernier aspect est fondamental. Il explique pourquoi des actions similaires, portées par des associations citoyennes dans les anciens pays vassaux de l’ex-URSS (voire, même, dans la Russie d’aujourd’hui) contre l’actuel État russe, ne seraient pas envisageables. Soyons tout de même réalistes !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y aurait déjà les Noirs et les Peaux-Rouges d’Amérique du Nord se dressant contre l’administration fédérale, les premiers forts de 400 ans d’esclavage, les seconds pour avoir été pratiquement anéantis à la suite du plus long génocide de l’histoire, et réclamant ensemble une indemnité due, compte tenu de la ségrégation raciale subie. Et je ne crois sincèrement pas que les ténors du barreau américain refuseraient d’instrumenter ces procès contre leur propre gouvernement. Une preuve ? La voici : ‘Pourquoi reconnaît-on les réparations aux Juifs, aux Américains d’origine japonaise et non pas aux Afro-Américains et aux Africains ? Pourquoi deux poids et deux mesures ? Le message que nous emporterons signifie-t-il que les pays faibles et les peuples faibles n’ont pas de place sous le soleil ? Regardez-nous dans les yeux et répondez honnêtement à ces questions !’<span id="easy-footnote-56-150" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/affaires/#easy-footnote-bottom-56-150" title=" Extrait du discours de M. Patrick A. Chinamasa, ministre de la Justice du Zimbabwe, lors de la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée, Durban, Afrique du Sud, 3 septembre 2001 (dans : un.org/WCAR/statements/zimbE.htm)."><sup>56</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y aurait ensuite les indigènes d’Amérique centrale et du Sud, s’insurgeant contre les États espagnol et portugais, dans une réponse tardive à l’extermination perpétrée au XVI<sup>e</sup> siècle par les conquistadors.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y aurait aussi les pays de l’ex camp soviétique ouvrant action en dommages et intérêts de toutes sortes contre la Grande-Bretagne à cause du bout de papier furtivement glissé par Churchill à Staline dans l’après-midi du 9 octobre 1944 et sur lequel, à propos de bottes, il proposait le partage de l’Europe de l’Est en deux zones d’influence. Subsidiairement, l’action viserait aussi les États-Unis, pour avoir cautionné cette fantaisie tragique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y aurait, bien évidemment, les associations féministes des pays du monde occidental s’élevant contre leurs États respectifs pour dénoncer avec force tous les torts subis durant plusieurs millénaires d’un patriarcat variablement appliqué par leurs pères, frères, maris et oncles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y aurait enfin – pourtant il n’y a pas de raison de clore la liste – tous les travailleurs sans droits de la première révolution industrielle, tous les serfs ayant peiné sur les anciens <em>latifundia</em>. Leurs héritiers réclameraient une juste réparation aux compagnies occidentales qui les ont exploités et aux États qui ont favorisé ou tacitement gagé cette exploitation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans cette logique de l’hédonisme financier, il me semble que l’homme serait ainsi en train de découvrir la mécanique hallucinante du gain exponentiel le plus facile qui existe, surclassant tout profit imaginable obtenu de la spéculation boursière. Sa spirale infinie le rendrait ivre, comme Icare, mais lors d’une descente dans le maelström.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une seule question rhétorique peut-être : ceci étant dit, qui travaillerait encore, quoi, où, et comment, pour créer cette plus-value sans fin qu’un jour il faudra bien finir par payer sous forme de sanctions ? N’empêche : avec tout ça, l’essentiel ne serait encore pas touché.</p>



<h3 class="has-text-align-center wp-block-heading">L’affaire essentielle</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Car l’essentiel n’est pourtant pas là. Comme on l’a déjà vu, aujourd’hui (et probablement plus encore demain) l’avoir est important. Celui qui est fortuné est également puissant, et vice-versa. Ça, on le sait ! Voilà ainsi réunis tous les ingrédients de la gloire. Pour une simple question de rendement de l’affaire, il est donc capital, voire déterminant, que la cible ait la plus forte nature possible. Par contre, et de toute façon, l’opinion publique et la communauté internationale resteront toujours les plus puissantes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, dans sa fuite en avant, l’hédonisme spéculatif visera fatalement toujours plus haut sur l’échelle de la puissance, de la richesse, donc de la gloire. (Dès lors que le boxeur a frappé le cœur de l’adversaire, il cherche la tête, pas le ventre.) L’essentiel viendra dans cette logique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les chasseurs de primes auront beau ratisser le plus large et le plus haut possible, tout au plus réussiront-ils à juger l’Occident pour avoir progressivement asservi le reste de la planète. Au moins, ils se limiteront à le faire payer pour toutes les conséquences climatiques désastreuses de sa politique industrielle insensée. Dans le premier cas, ce serait un procès … allez ! disons de USD 1000000000 milliards, ou 10<sup>18</sup>. Dans le deuxième, probablement de USD 1000000 milliards seulement, ou 10<sup>15</sup>. Mais ces cas seraient des voies de garage, car entre-temps, à coups de telles affaires, l’Occident tout entier aura depuis longtemps sombré dans la condition bananière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Évidemment, quelqu’un pourrait alors vouloir sortir du carcan terrestre. Il penserait tout de suite au cosmos. Mais là-haut, en admettant que la quantité de calamités naturelles qui s’abattent régulièrement sur Terre a un potentiel juridique théoriquement incontestable, pour l’instant il n’y a personne à faire payer. Et, même s’il y avait quelqu’un, encore faudrait-il que les dollars ou les bons du Trésor aient cours officiel et soient en circulation généralisée au-delà de l’ionosphère. À moins que…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, il pourrait y avoir effectivement une vraie réponse au dilemme, une solution absolue, omnipotente, inépuisable, même si, à l’époque, on avait bien dit que le nom ne devrait même pas être prononcé, mais cela fait longtemps que nous ne sommes plus au temps de nos ancêtres.&nbsp;À présent nous sommes égaux à Lui, nous sommes Ses potes. Et entre potes, nous avons tous des responsabilités qu’il nous faut assumer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La seule vraie chose qui reste donc à régler est : pour toute la souffrance dans le monde, tous les morts innocents, toute cette famine, tout l’espoir qui manque, quand est-ce que quelqu’un se décidera enfin, au nom de l’opinion publique de la communauté internationale, à juger, inculper, condamner et, surtout, surtout, faire payer, à la hauteur qui convient, c’est-à-dire de USD 10<sup>∞</sup>, le Seigneur Dieu ?</p>



<figure class="wp-block-gallery columns-1 is-cropped wp-block-gallery-5 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="2303" height="1028" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2018/09/Affaires-Affaire-essentielle-1.jpg" alt data-id="182" class="wp-image-182" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2018/09/Affaires-Affaire-essentielle-1.jpg 2303w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2018/09/Affaires-Affaire-essentielle-1-300x134.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2018/09/Affaires-Affaire-essentielle-1-768x343.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2018/09/Affaires-Affaire-essentielle-1-1024x457.jpg 1024w" sizes="(max-width: 2303px) 100vw, 2303px"></figure></li></ul></figure>



<p class="wp-block-paragraph">P.S. Louis-Ambroise, vicomte de Bonald (1754-1840, de l’Académie française), prédisait déjà en 1802 que : <em>« La révolution a commencé par la Déclaration des droits de l’homme : elle ne finira que par la déclaration des droits de Dieu »</em>. Alors, lorsque l’on sait trop bien que là où existent des droits, existent implicitement des devoirs…</p>



<p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/affaires/">Affaires</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/affaires/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>L’opinion publique de la communauté internationale</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/lopinion-publique-de-la-communaute-internationale/</link>
					<comments>https://lecorbeaublanc.me/essais/lopinion-publique-de-la-communaute-internationale/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Aug 2018 05:43:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://mp.florenthalm.com/?p=76</guid>

					<description><![CDATA[<p>L’opinion publique, c’est toi, c’est moi, c’est vous, c’est nous tous. Ce sont notre village, notre cité, notre pays, la planète entière, quoi ! C’est mon opinion plus celle de chacun d’entre nous, retentissant à l’unisson, dans une belle chorale universelle, sans fausse note, sans désaccord, sans altération, sans arythmie. Ce sont toutes nos personnes harmonieusement fondues dans une symphonie où chacun devient personne, s’il ne l’est déjà. [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lopinion-publique-de-la-communaute-internationale/">L’opinion publique de la communauté internationale</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«&nbsp;Tu veux connaître mon nom&nbsp;?…</em> <em>Eh bien, mon nom est Personne. »</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Ulysse dans l’Odyssée de Homère)</p>
</div></div>
</div></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«&nbsp;Jésus lui demanda&nbsp;: “Quel est ton nom“&nbsp;?</em> <em>Il répondit&nbsp;: “Légion&nbsp;!“&nbsp;»</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Luc 8;30)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">L’opinion publique s’émeut de la condition des détenus en Turquie. La communauté internationale sanctionne la politique d’apartheid du gouvernement blanc sud-africain. L’opinion publique dénonce les massacres perpétrés au Rwanda. La communauté internationale se dresse contre l’exploitation des enfants en Asie. L’opinion publique est choquée par la prolifération des mines antipersonnel. La communauté internationale approuve les conclusions du protocole de Kyoto sur la politique climatique mondiale et désapprouve l’attitude des États-Unis. Suite à l’invasion du Koweït par l’Irak, jugée inadmissible par l’opinion publique, la communauté internationale se range aux côtés de la coalition des États du monde libre dans une guerre contre l’agresseur. L’opinion publique, la communauté internationale…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais au fait, que sont-elles ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’opinion publique, c’est toi, c’est moi, c’est vous, c’est nous tous. Ce sont notre village, notre cité, notre pays, la planète entière, quoi ! C’est mon opinion plus celle de chacun d’entre nous, retentissant à l’unisson, dans une belle chorale universelle, sans fausse note, sans désaccord, sans altération, sans arythmie. Ce sont toutes nos personnes harmonieusement fondues dans une symphonie où chacun devient personne, s’il ne l’est déjà. Ainsi, l’opinion publique, c’est ce chœur de personne(s), réunie(s) au moment opportun pour un hymne unitaire et cohérent. L’opinion publique, on l’a compris, c’est Personne. Pourtant, à bien y réfléchir et sauf erreur, c’est la seule chose insaisissable qui semble pouvoir s’exprimer et, de surcroît, bénéficier des honneurs d’une diffusion tous azimuts de ses avis, qui font autorité<span id="easy-footnote-57-76" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lopinion-publique-de-la-communaute-internationale/#easy-footnote-bottom-57-76" title=" Effectivement, comment interviewer au même instant les millions de personnes dont les voix constituent pourtant le corps abstrait de l’opinion publique ? Car ce serait le seul moyen de tirer des conclusions probantes sur tel ou tel problème. Un peu comme si l’on extrapolait à l’échelle mondiale le résultat d’un sondage nécessairement local."><sup>57</sup></a></span>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En matière d’affaires<span id="easy-footnote-58-76" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lopinion-publique-de-la-communaute-internationale/#easy-footnote-bottom-58-76" title=" Au sens de l’essai du même nom contenu dans ce recueil."><sup>58</sup></a></span>, de nos jours, l’opinion publique, notre opinion (publique) à nous, orchestre tout. Elle prend possession de l’affaire qui a été créée pour elle suite à telle étude conjoncturelle, la soupèse et la range dans une catégorie. En quelque sorte, l’opinion publique est une forme primaire et encore quelque peu diffuse du futur parlement de la démocratie mondiale : aussi omniprésent qu’inexistant. Pour les grandes tendances, c’est elle le législateur. Mais, tout en étant Personne, elle ne serait encore rien sans l’apport impératif et, pour cause, déterminant de sa sœur jumelle : la communauté internationale. Car, en tant que forme à peine morulaire du futur gouvernement planétaire, c’est elle qui applique les lois de l’opinion publique. Pour les grandes tendances, c’est elle l’exécutif qui reprend une affaire en attaquant ou ripostant, la jugeant, acquittant ou condamnant, pour ensuite la ressusciter si besoin est, lui régler son compte et la classer. Inversement, sans l’apport essentiel – en termes de légitimité – de l’opinion publique, la communauté internationale n’aurait pas droit à plus d’égards que n’importe quelle bande d’ignares.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>A contrario</em> de la communauté internationale, l’opinion publique ne date pas d’hier. Pourtant si, à l’origine, le prince a bien besoin de la voix de la masse (Mat. 27;15) <span id="easy-footnote-59-76" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lopinion-publique-de-la-communaute-internationale/#easy-footnote-bottom-59-76" title="« À chaque fête de Pâques, le gouverneur avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que le peuple désignait. »"><sup>59</sup></a></span>, à présent son accord tacite lui suffit, ou plutôt son silence, mieux, son absence. Au fait, c’est normal : Personne n’existe pas ; en conséquence, Personne ne parle pas ; en conséquence personne ne consulte Personne. Alors à qui suffirait cet accord tacite ? Ben, au prince, comme déjà dit. Et qui serait ce prince ? Pour le situer (retour aux Écritures – Ex. 3;14)<span id="easy-footnote-60-76" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lopinion-publique-de-la-communaute-internationale/#easy-footnote-bottom-60-76" title="Questionné par Moïse sur Son identité, Dieu Se définit ainsi : « Je suis Celui qui dit : “Je suis“ ». Selon d’autres traductions : « Je suis Celui qui est ». En revanche, conformément au dogme chrétien, la plus perfide des ruses du malin est d’induire la conviction de son inexistence."><sup>60</sup></a></span>, nous pouvons le considérer comme celui qui n’est pas, simplement par contraste, et puisque nous n’avons affaire qu’à des antinomies.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De toute façon, il faut bien admettre que les notions d’opinion publique et de communauté internationale sont soumises aussi à d’autres contradictions intrinsèques. Si, d’une part, elles revêtent un sens nécessairement généralisateur, d’autre part, lors de n’importe quelle prise de position ou action entreprise en leur nom, on doit forcément leur soustraire le soutien de la partie qui fait l’objet de l’action ou du jugement respectif. En effet, on ne peut imaginer les descendants des Boers d’Afrique du Sud sanctionnant l’apartheid, ou alors toutes ces forces paramilitaires et crypto-militaires du monde qui utilisent l’arme des lâches stigmatisant l’emploi abondant des mines antipersonnel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Finalement, tant que la balance pencherait manifestement du côté d’une majorité porteuse de cette opinion publique et largement représentative de la communauté internationale, cet aspect contradictoire pourrait rester marginal. Mais que dire d’une situation comme celle créée en 1991 lors du conflit dans le Golfe – plus vaste opération militaire que la Terre ait connue depuis la guerre du Viêt-nam et dont l’influence économique et politique sur l’histoire contemporaine n’a d’égale que celle de la Seconde Guerre mondiale sur la société de l’époque ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette année-là, les forces armées de trente-six pays s’allièrent, militairement ou financièrement, aux États-Unis, dans le conflit engagé contre l’Irak. En admettant que la totalité de la population de chacun de ces pays – enfants compris – cautionnait cette action, cela donnait à la coalition une légitimité étayée par un maximum théorique de 1 400 millions d’âmes. Pourtant, on le sait, cette intervention militaire fut loin de faire l’unanimité dans les pays concernés. À l’époque, la planète comptait 5 300 millions d’êtres « humains qui naissent libres et égaux », selon l’article 1 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Donc on ne saurait dire que la voix d’un Canadien pesait plus que celle d’un Togolais. D’autre part, on connaît des pays n’ayant pas participé à la coalition et qui ne pactisaient pas forcément et tacitement avec l’envahisseur irakien. Mais il y avait aussi les autres, comme Israël qui était sur le pied de guerre tout en se tenant à l’écart du conflit. Inversement, les partisans de l’Irak ne manquaient pas non plus, surtout parmi les populations arabes et musulmanes. Ne connaissant pas de statistique qui dresserait un tableau comparatif, global, exhaustif et précis du poids des anti-Irakiens d’une part, et des pro-Irakiens (plus les impartiaux) d’autre part, je me dis qu’on pourrait en rester – sans grand risque d’erreur – aux estimations déjà avancées. Dès lors, un calcul simple montre que les croisés du général Schwarzkopf, agissant sous la bannière de l’opinion publique et de la communauté internationale, ne bénéficiaient en fait du soutien – implicite ou explicite – que de 26 % de la population mondiale. Cela fait, tout de même, environ une voix pour et trois voix contre cette guerre. Il n’empêche, pendant ce temps, de Bonn à Londres et de Paris à Washington, les médias arguaient sans hésitation aucune au nom de ces deux nouveaux gages universels d’authenticité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est donc clair que, d’une part, ces notions sont très flexibles, couvrant, au gré des besoins, telle ou telle collectivité, tels ou tels intérêts. D’autre part, il est tout aussi clair qu’en tant qu’outils privilégiés d’une nouvelle forme de manipulation à grande échelle, l’opinion publique et la communauté internationale sont avant tout des outils du monde occidental. En effet, je peine à les imaginer utilisées par les médias péruviens, zaïrois ou népalais.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ces conditions, il reste à s’interroger sur la pertinence non pas de leur nature – inexistante -, mais des propos ou des actions qu’on leur prête, lorsqu’on voit qu’elles revêtent systématiquement des attributs généralisateurs. Nécessairement généralisateurs ! Car sauf erreur ou omission, je n’ai encore jamais entendu parler de ces trouvailles par rapport au point de vue des Touaregs sur la question des défilés orangistes à travers le quartier catholique de Portadown, en Irlande du Nord. Non, il faut bien admettre que l’opinion publique et la communauté internationale se réfèrent d’une façon ou d’une autre à la planète entière. C’est là qu’elles puisent leur légitimité, aussi arbitraire soit-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant à leur pertinence, elle n’est qu’à l’image de leur nature : illusoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[22 novembre 2003]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lopinion-publique-de-la-communaute-internationale/">L’opinion publique de la communauté internationale</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://lecorbeaublanc.me/essais/lopinion-publique-de-la-communaute-internationale/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
