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	<title>Archives des Le monde n&#039;est pas ce qu&#039;il a l&#039;air d&#039;être - leCorbeau.Blanc</title>
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		<title>1191 (II/II)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Nov 2023 07:48:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Surtout après leur déroulement. Mais aussi pendant. Il suffit de se rappeler les différentes fausses alertes visant d’autres bâtiments de prestige; les dispositions prises pour mettre à l’abri divers dignitaires; […]</p>
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									<p>«Il est dangereux d’avoir raison<br>sur des sujets où l’autorité officielle a tort».<br>(Voltaire)</p>								</div>
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									<p>«&nbsp;…Victimes de la vérité derrière les messages<br>des stoïques Saints du profit qui<br>qui sourient lorsque les merveilles<br>de toutes sortes déboulent dans leurs poches…&nbsp;»<br>(Deep Forest, ‘Endangered Species’,<br>de l’album ‘Music Detected’)</p>								</div>
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									<p class="p1">[…] Surtout après leur déroulement. Mais aussi pendant. Il suffit de se rappeler les différentes fausses alertes visant d’autres bâtiments de prestige; les dispositions prises pour mettre à l’abri divers dignitaires; le branle-bas autour de la question des effets boule-de-neige sur la ville de New York, sur l’Amérique entière et sur le monde en général; le jeu des situations d’urgence stratégique (les fameux niveaux de DEFCON)<span id="easy-footnote-1-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-1-31559" title="DEFense CONditions (conditions de défense)&nbsp;: niveaux d’alerte allant de 5 (normal, temps de paix) à 1 (préparation maximale). Ce jour-là, les forces militaires américaines reçurent l’ordre de se mettre en état DEFCON 3."><sup>1</sup></a></span>; le ballet des commentateurs et la valse des spécialistes ès affaires stratégiques, ès questions islamiques, ès sociologie, ès psychologie, ès terrorisme, chacun livrant son lot d’expertise en la matière.</p><p class="p1">L’après 11 septembre fut pourtant beaucoup plus riche à ce titre, peut-être par souci de ne pas gaspiller – voire: de renforcer – ce qui avait été acquis entre-temps. Il y eut les multiples alertes aux gaz anthrax; celle causée par la défaillance d’un réacteur qui fit tomber un Airbus A300 d’American Airlines sur le quartier de Queens à New York (c’était le 12 novembre 2001 et il y eut 255 victimes); l’attentat du 28 novembre 2002, perpétré contre un hôtel de Mombassa (Kenya), qui fit 13 morts; ce même jour, la tentative avortée de détruire en vol un Boeing B757 affrété par le plus gros tour opérateur israélien Arkia et qui effectuait la liaison Mombassa – Tel Aviv; la tentative également échouée du passager néo-zélandais Richard Bruce Reid de faire exploser ses chaussures le 22 décembre 2002 dans l’appareil qui reliait Miami à Paris; l’interdiction absolue d’embarquer à bord d’un avion avec la moindre lime à ongle, la moindre pince à sourcils, le moindre cure-dents.<span id="easy-footnote-2-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-2-31559" title="Comme pour rappeler que ces objets sont tout aussi dangereux que les cutters dont se seraient servis les pirates de l’air pour menacer les passagers des avions détournés le 11 septembre. Cet interdit fut depuis appliqué par un nombre toujours croissant de compagnies aériennes, sans pourtant que son inutilité ridicule ait interpellé grand monde."><sup>2</sup></a></span></p><p class="p1">L’orchestration des retombées stratégiques internationales</p><p class="p1">Le coup du 11 septembre 2001 a permis aux États-Unis d’Amérique d’occuper impunément l’Afghanistan et l’Irak; de mettre sur la sellette des pays-charnière, comme l’Iran, l’Arabie Saoudite et la Syrie; de fraterniser, au nez et à la barbe de Moscou, et à coup de dollars, avec d’anciens États de l’ex-Union Soviétique, majoritairement musulmans, comme le Kirghizistan, le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Ouzbékistan; enfin, d’asseoir officiellement un leadership décisionnel absolu qui jusque-là ne s’était manifesté qu’officieusement.</p><p class="p1">L’orchestration des médias du pays dit plus libéral en la matière</p><p class="p1">En tant que miroir à la fois d’une nation et des faits, les médias ont acquis un rôle sans précédent sur le plan de la création des opinions. À plus forte raison aux États-Unis, où leur impact en la matière est absolu. Aussi, leur importance dans la gestion des faits était, évidemment, primordiale. À la mesure de leur légendaire liberté, affichée avec arrogance. Comment dès lors ne pas rester sans voix devant l’accablante uniformité et platitude, si ce n’est l’affligeant conformisme et servilisme, dont les médias ont fait preuve en couvrant<span id="easy-footnote-3-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-3-31559" title="étouffant?"><sup>3</sup></a></span>ces moments? Bien sûr, je ne parle pas de la couverture en images, ou de la façon dont furent restituées les nouvelles. Je parle de leur ton, de leur attitude, de la façon dont fut traitée leur mission de base – l’information, qui se doit de se tenir autant que possible dans la neutralité et la verticalité. Mais dans le cas présent, il faut vraiment une volonté d’acier pour tenter de retrouver, par ci par là, des commentaires opposés à ceux ouvertement et violemment alignés, qui constituent, on l’a compris, l’écrasante majorité.</p><p class="p1">Le détournement des consciences</p><p class="p1">Traumatisme des faits, médias et voix officielles aidant, il ne s’en est pas failli de beaucoup pour créer outre-Atlantique un état général d’hystérie propre aux masses, qui fit vite des ravages. Fin 1941, il ne faisait pas bon pour les citoyens américains d’origine japonaise de trop se montrer<span id="easy-footnote-4-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-4-31559" title="C’était l’après le désastre de Pearl Harbour"><sup>4</sup></a></span>.Dix ans plus tard, l’heure des comptes sonna pour ceux qui furent soupçonnés de sympathies communistes<span id="easy-footnote-5-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-5-31559" title="C’était à l’heure du maccartisme."><sup>5</sup></a></span>. Cinquante ans après, vînt le tour des arabes et, de façon plus générale, de n’importe quel bronzé porteur de keffieh, turban, fez et autres couvre-chefs ‘pas comme chez nous’. Si, jusqu’alors, afficher en Amérique sa différence, éventuellement sa fronde, par rapport à tout et – souvent – à n’importe quoi, était presque devenu une spécificité du pays, dès le lendemain de la tragédie, bien que cette tradition ne disparut pas, elle enregistra une exception nette, et une seule: la référence au ‘nine eleven’, au 11 septembre. Qu’elle soit affichée sur des t-shirts ou sur les murs des maisons, ou encore – et surtout – qu’elle soit exprimée de vive voix, elle se devait d’être alignée à la version officielle, sous peine de violentes réactions de l’entourage. Qui parlait d’un communisme à l’américaine?…</p><p class="p1">L’esquive des évidences</p><p class="p1">Patiemment, il est possible de trouver, comme je viens de l’affirmer, des ‘poches’ où la conscience vit encore. Tel ce site Internet<span id="easy-footnote-6-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-6-31559" title="Voir: whatreallyhappened.com. Dans le même registre, un film documentaire britannique arrivait par des voies différentes quasiment à la même conclusion."><sup>6</sup></a></span>qui démontre, calculs et formules à l’appui, qu’anéantir une tour du World Trade Center suite au seul choc produit par un avion, auquel s’ajouterait la ruine des matériaux de résistance de l’immeuble par l’effet de la chaleur dégagée lors de la combustion du kérosène, c’est pratiquement impossible, car insuffisant. C’est assez troublant, car un ingénieur civil de mon entourage, que j’avais questionné sur la chose ce matin-là même, m’avait proposé la même conclusion sous une forme succincte et autrement formulée.</p><p class="p1">Mon but n’est pas de faire ici l’inventaire de ces preuves, ni de me livrer à une investigation personnelle que je ne saurais conduire par manque de moyens, de compétences et d’intérêt. Je compte souligner en revanche l’existence manifeste d’une volonté destinée à éviter l’examen officiel, impartial, professionnel, approfondi et complet des causes et autres épiphénomènes de cette tragédie. Si, en son temps, le rapport de la commission Warren sur les circonstances de l’assassinat de l’ancien président John F. Kennedy fut maintes fois critiqué pour son caractère amateur, subjectif et lacunaire (eu égard l’importance du sujet), force est aujourd’hui de lui reconnaître, par rapport aux ‘événements du 11 septembre’, au moins le mérite d’avoir existé. Comment se fait-il que cette Amérique si volontaire tolère l’absence d’un maillon tellement crucial sur la voie de la recherche de la vérité, c’est déjà une autre question.</p><p class="p1">Le musellement des opinions</p><p class="p1">Dans le prolongement du détournement des consciences, qui fait encore partie de l’arsenal de la propagande, nous avons aussi constaté l’apparition de cet instrument de censure qui appartient, lui, au domaine de la répression. D’une part, le processus d’endoctrinement dépassa rapidement le cadre relativement restreint des arabo-américains anonymes, pour s’en prendre à tout contestataire de la version officielle, fut-il blanc, chrétien et célèbre<span id="easy-footnote-7-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-7-31559" title="La liste des personnalités du ‘showbiz’, victimes de cette hostilité, est déjà bien fournie."><sup>7</sup></a></span>. D’autre part, via les courants d’idées, les canaux des médias, mais aussi ceux des affaires, furent jetées en un temps record les bases nécessaires à l’instrumentation légale et juridique de ce volet important de l’opération. C’est de cette façon qu’a été réussie…</p><p class="p1">La soumission des acteurs politiques</p><p class="p1">Au tout début, cette subordination apparut comme une autre forme légitime de la cohésion nationale sans faille au-devant d’une adversité extrême. Comme lorsqu’un cataclysme naturel frappe la vie de la communauté. Visages graves, députés, sénateurs et autres gouverneurs démocrates ou républicains exprimaient à l’unisson les mêmes préoccupations. C’était mal saisir le problème, car bientôt vint le tour les demandes d’octroi de budgets incommensurables, qui étaient censés financer rien que la lutte contre le terrorisme. Le Congrès vota et, en deux ans, 167 milliards de dollars du contribuable partirent ainsi dans cette direction. Suivit ensuite le fameux ‘Patriot Act I’, adopté par le Sénat à peine six semaines après les frappes. Quantité de libertés civiques – fierté et pierre angulaire de la démocratie américaine – étaient ainsi limitées ou suspendues. Continuons avec la création sans obstacles d’un super-fauteuil de ministre de la sécurité intérieure. Enfin, surprise!, même si les conditions et l’esprit n’étaient plus les mêmes, vint le tour du ‘Patriot Act II’, extension du premier, qui est actuellement débattu au Congrès.</p><p class="p1">L’exaltation des éléments – justement – patriotiques</p><p class="p1">C’est connu: un choc matériel et moral d’une telle ampleur et violence ne saurait laisser pour compte le patriotisme d’un peuple. Surtout en Amérique – l’histoire récente l’a prouvé <span id="easy-footnote-8-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-8-31559" title="La guerre du Viêt-Nam a fourni la plus édifiante de ces preuves."><sup>8</sup></a></span>. Et c’est exactement ce qui s’est passé. L’élan yankee prit un envol spectaculaire, et la côte du président en exercice grimpa au zénith, malgré une conduite initiale très discutable. Certes, toute nation qui se respecte se doit de posséder dans son inventaire le patriotisme. Elle se doit aussi de le cultiver. Il n’empêche que dans ses manifestations, et particulièrement dans ses dérapages, ce sentiment frôle assez souvent le grotesque. Tant que ces formes caricaturales d’exagération servent les intérêts d’un pays qui se trouve – par exemple – en état de guerre, on serait tentés de lui accorder un certain rôle thérapeutique, donc bénéfique. Eh bien, nombreuses sont aujourd’hui les formes caricaturales revêtues par le patriotisme américain, notamment par rapport à la problématique arabe. Cependant, n’en déplaise à ce président, le pays n’est pas en état de guerre avec le monde arabe.</p><p class="p1">L’application des mesures coercitives</p><p class="p1">Ce ‘détail’ n’est qu’un effet de l’ensemble des aspects traités ci-dessus. Une fois l’arsenal mis en place, les arrestations arbitraires, les longues détentions injustifiées, les procès orchestrés, les pressions et les intimidations complètent un tableau qui prend forme petit à petit</p>								</div>
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									<p class="p1">Pour conclure, je me demande: si tout ceci n’est pas un vrai chef-d’œuvre dans son genre, alors de quoi devrait avoir l’air un tel vrai chef-d’œuvre?!</p>								</div>
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									<p class="p1">Addenda: ubi, quando, quid, quis, quibus auxiliis, cur, quomodo.</p><p class="p1">Vingt siècles en arrière, Quintilien relevait de manière on ne peut plus synthétique ces catégories, indispensables pour analyser et considérer les circonstances de tout acte (en l’espèce criminel), avec la particularité que, forcément, la vérité ne saurait surgir qu’une fois connues les réponses à toutes ces questions. Alors:</p><p class="p1">Ubi: où a eu lieu l’acte? où se trouvait son objet? <span class="s2">Ça, au moins, c’est connu, mais c’est encore loin d’être suffisant.</span></p><p class="p1">Quando: quand? Ça, en tout cas, c’est aussi connu: le 11 septembre 2001, n’est pas?</p><p class="p1">Quid: quel est l’acte? mais aussi quel est l’objet de l’acte? Ça, c’est connu également: la destruction d’objets et de vies humaines. Les objets sont restés gravés sur toutes les rétines.</p><p class="p1">Quis: qui est l’auteur? L’on ne sait pas. J’entends par là que surtout devant d’une telle monstruosité, des preuves abondantes et parfaitement irréfutables sur l’identité des suspects auraient dû être considérées absolument obligatoires avant de désigner ces suspects comme auteurs – commanditaires ou exécutants. Mais ces preuves sont absentes. Elles l’étaient au lendemain des attentats et on les attend encore aujourd’hui. Ou alors elles existent, et elles ont toujours existé, mais n’ont pas été révélées. Tout ce que l’on ‘sait’, repose sur les déclarations d’une poignée de hauts dirigeants politiques, selon lesquels ces preuves existent. Punkt Schluss.</p><p class="p1">Quibus auxiliis: à l’aide de qui/quoi? avec quelles aides? On ne sait pas non plus. Comment le savoir&nbsp;? Cela supposerait que les auteurs aient déjà été nettement identifiés. Retour à quis. Ce qui est connu repose sur l’intuition que tout barbu basané porteur de keffieh est un complice (potentiel) qui n’a qu’a bien se tenir et qui a surtout intérêt à prouver son innocence.</p><p class="p1">Quomodo: comment? Là aussi il y a un problème. Les kamikazes dont nous avons tous vu les portraits à la télévision sont morts jusqu’au dernier. Donc on ne peut guère les interroger sur ce point. Ou bien ils n’ont jamais existé, ou alors ils sont disparus – allez savoir!, car les passagers qui auraient pu être interrogés là-dessus sont aussi tous morts. Ou n’ont jamais existé. Ou ils sont disparus. Par ailleurs, les fameux enregistrements audio et vidéo de leur ‘commandant suprême’ non seulement n’ont jamais été identifiés sérieusement, mais ils n’ont pas été expressément revendiqués. Comme les attentats d’ailleurs. Et un attentat non revendiqué reste, au-delà de tout ce qu’il est possible d’échafauder sur le compte de ses auteurs présumés, quelque chose de particulièrement étrange.<span id="easy-footnote-9-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-9-31559" title="Comme, d’ailleurs, demeure un mystère la difficulté d’arrêter ce ‘commandant suprême, en dépit des moyens financiers, politiques et militaires sans pareil utilisés depuis."><sup>9</sup></a></span> Ainsi, sur la question de l’instrument humain, force nous est-il de constater que nous restons un peu bredouille. La question de l’instrument non-humain est aussi délicate. Laissant de côté le cas du Pentagone, nous avons tous bien vu deux avions percuter les deux immeubles du World Trade Center. Mais comment exactement? Comment cela est-il concrètement possible? Je veux dire&nbsp;: comment ferait un aviateur de petits zincs de dimanche pour piloter une usine tel un Boeing 767; pour viser une cible de 50m, en vol à petite vitesse et à environ 200 m de hauteur, dans un centre-ville bourré de gratte-ciel, de câbles, d’hélicoptères, de cheminées, d’antennes, avec une ‘cargaison’ hostile (un équipage et des passagers qui savent qu’ils mourront en peu de temps et qui, de ce fait, n’ont plus rien à perdre); et enfin, dans ces conditions, pour diriger le projectile pile au milieu de la cible? À cette vitesse-là, 0.1 secondes d’inadvertance, d’inattention, d’imprévu, d’hésitation, un atchoum, un hoquet, suffisent pour rater l’objectif. Mais il n’y a pas eu de ratés. Pour des amateurs entraînés pendant quelques semaines sur des simulateurs de vol et sur des biplaces de plaisance, cette performance est beaucoup plus qu’un exploit.</p><p class="p1">Cur: pourquoi?</p><p class="p1">Honnêtement, c’est la grande question. Quel aurait pu être le résultat escompté par ce réseau terroriste-là (en supposant que ses membres furent les instigateurs et les auteurs des attentats) à la suite d’un tel acte innommable? À première vue, la plus simple réponse serait: rien. En principe, un acte terroriste peut être – apparemment – gratuit. Il peut très bien frapper par ricochet, aux 2<span class="s4"><sup>ème</sup></span> ou 3<span class="s4"><sup>ème</sup></span> degrés. Oui, peut-être, mais pas un acte tel que celui-là. Comme pour toute chose dans ce monde, il existe un sens et une discipline aussi dans le secteur du cauchemar. Un exemple: admettons le cas inverse d’un mouvement férocement anti-islamique qui, un jour de dhu’l’hijja, qui est le mois du pèlerinage, lancerait simultanément de gros projectiles incendiaires sur la Kaaba de la Grande Mosquée de La Méque, sur le Dôme du Rocher à Jérusalem et sur la Mosquée du Prophète à Médine. Qu’obtiendrait-il autre qu’un blâme planétaire? En d’autres termes, je suis persuadé qu’il existe des gestes qui par leur force symbolique, dépassent de loin le terrorisme – en tout cas tel que nous l’avons vécu avant le 1191. Cela dit, et par réduction à l’absurde, on pourrait paradoxalement déduire qu’un tel acte ne saurait être le produit d’une volonté antagoniste, pour autant que cet ennemi ne fonctionne selon des schémas mentaux, stratégiques et – cas échéant – doctrinaires absolument autres que ceux qui ont cours dans le monde connu. Or justement, que je sache, ces formations anti-américaines ne sont pas composées de martiens, et leurs méthodes sont listées depuis belle lurette. Et puis, si j’avais été le chef barbare de ce réseau, cheville ouvrière de ces attentats à New York et Washington, enragé de punir le grand méchant anglo-américain; en admettant que, depuis ma grotte de l’Hindu-Kush, j’aurais tout de même eu les moyens de l’inimaginable logistique exigée pour réussir mes forfaits; – eh bien, ne les aurais-je pas répété? Au moins une fois, pardi! Et vlan, le jour de Noël, ci un avion sur la Bourse de New York, là un autre sur l’aéroport O’Hare de Chicago, un autre sur le Westminster de Londres et un dernier sur le Golden Gate Bridge de San Francisco. Cependant, depuis ce jour-là, plus d’attentats.</p><p class="p2">Mais alors: qui, avec quels appuis, comment et pourquoi&nbsp;?</p>								</div>
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									<p class="p1"><span class="s1">[</span>6 octobre 2002 – 12 octobre 2003,</p><p class="p1">revu superficiellement le 13 septembre 2023]</p><p class="p3">PS. À l’exception de changements mineurs et sans impact aucun sur la substance du texte, c’est expressément que je n’y suis pas intervenu pour le mettre à jour. Beaucoup de choses se sont passées depuis sa création il y a vingt ans, mais il est suprenant de voir qu’aucune ne le contredit ou le rend désuet. Au contraire.</p><p class="p1"><span class="s1">[</span>13 septembre 2023]</p>								</div>
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		<title>1191 (I/II)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 28 Oct 2023 08:28:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Demandez à qui vous voulez de vous décoder le 4776, le 6845, le 8545, le 12461, le 14789, le 16769, le 61241, le 71117 ou encore le 111189! Vous serez gratifiés d’un long regard complaisant, sous-entendant «Tu devrais te soigner, mon ami». […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="31460" class="elementor elementor-31460" data-elementor-post-type="post">
						<section class="elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-231cab8 elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default" data-id="231cab8" data-element_type="section" data-e-type="section" data-settings="{&quot;jet_parallax_layout_list&quot;:[]}">
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									<p>«Il est dangereux d’avoir raison<br>sur des sujets où l’autorité officielle a tort».<br>(Voltaire)</p>								</div>
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									<p>«&nbsp;…Victimes de la vérité derrière les messages<br>des stoïques Saints du profit qui<br>qui sourient lorsque les merveilles<br>de toutes sortes déboulent dans leurs poches…&nbsp;»<br>(Deep Forest, ‘Endangered Species’,<br>de l’album ‘Music Detected’)</p>								</div>
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									<p>Demandez à qui vous voulez de vous décoder le 4776, le 6845, le 8545, le 12461, le 14789, le 16769, le 61241, le 71117 ou encore le 111189! Vous serez gratifiés d’un long regard complaisant, sous-entendant «Tu devrais te soigner, mon ami».<span id="easy-footnote-10-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-10-31460" title="Et pourtant ce sont là quelques-unes des plus notoires dates de ces 250 dernières années, ‘ savoir - respectivement - la déclaration américaine d’indépendance, l’attaque américaine sur Hiroshima, la capitulation de l’Allemagne lors de la deuxième guerre mondiale, le premier vol humain dans l’espace, la prise de la Bastille, le premier pas humain sur la Lune, l’attaque japonaise sur Pearl Harbour, le déclenchement de la révolution soviétique et la chute du mur de Berlin!."><sup>10</sup></a></span> Ensuite, demandez-lui de vous expliquer le 1191. Vous aurez droit à une réplique cynique, genre «T’es sérieux là, ou tu te fous de moi?», ou alors «T’étais où, sur la planète Mars?». Eh oui, les temps changent, les hommes aussi… Cela dit, en un rien de temps, ce qu’on appelle désormais couramment ‘les événements du 11 septembre’ (2001) a réussi l’exploit de se substituer dans la mémoire collective aux plus marquants jalons de l’ère moderne. Au même titre que ces quelques dates historiques sélectionnées plus haut, on parle dorénavant d’un avant et d’un après 1191, comme on parle d’un avant et après l’édification du mur de la honte à Berlin (13861) ou d’un avant et après la mise sur orbite du premier satellite artificiel (41057). Plus encore: on parle du 11 septembre comme les Français parlent de leur 14 juillet et les Américains de leur 4 juillet: sans indiquer l’année.</p><p class="p1">Reprenons les choses à leur origine. Nous sommes le mardi 11 septembre 2001 vers 9 heures du matin. Alertée par sa meilleure amie (une Américaine qui, à cet instant-là, se trouve à l’aéroport d’Atlanta en train d’embarquer sur un vol vers Zurich), cela fait déjà un moment que ma femme m’a appelé au bureau, me racontant, en quelques mots, ce qui, à cet instant-là, semble être un tragique accident. Elle me dit de chercher plus d’informations sur cnn.com. Je m’exécute. En effet, j’y trouve l’image enfumée et figée d’un des immeubles du World Trade Center de New York. Bien sûr, c’est le choc. Quelques minutes plus tard, ce n’est plus un choc, c’est plus qu’un choc (mais comme j’ignore la hiérarchie du choc, je l’appelle toujours ainsi): le deuxième immeuble est aussi frappé. Ensuite, c’est le Pentagone puis le crash en Pennsylvanie; on parle – pêle-mêle – du Département d’État, du Capitole, même de la Maison Blanche. Je me sens un peu comme Abraracourcix, qui a fini par recevoir le ciel en pleine tronche.<span id="easy-footnote-11-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-11-31460" title="Dans la série de bandes dessinées ‘Asterix’ d’Uderzo et Goscinny, le chef gaulois Abraracourcix est hanté par l’angoisse qu’un jour ou l’autre le ciel ne lui tombe sur la tête. "><sup>11</sup></a></span> Je reste là, devant l’écran, sans mots, le regard vide, la tête vide aussi. Soudain, un sursaut: je dois téléphoner à mon collègue avec lequel je partage les bureaux. C’est un ingénieur. Je sais que ce jour-là, il est en déplacement pour affaires, quelque part en Europe. Donc, il n’a peut-être pas eu les nouvelles. Je l’appelle sur son portable et – la chance! – je réussis à l’avoir du premier coup. Je balbutie quelques mots en guise de questionnaire. Il n’en sait rien: il est sur une route d’Espagne. Je ramasse ma lucidité des deux mains et lui raconte ce qui vient de se passer. Il essaie de me calmer. Sans succès. Je finis tant bien que mal mon récit et j’attends sa réaction. Elle vient, placide; quelque chose du genre «Dieu sait ce qu’ils ont encore combiné, ces Américains?!…» J’écoute abasourdi. Je l’engueule et raccroche. Et je me dis qu’alors-là, j’aurais tout vu, et surtout tout entendu.</p><p class="p1">Je me trompais. Pire encore (et inadmissible): ce faisant, je révélais la grave erreur de ne pas avoir tiré les leçons nécessaires d’un passé sentimentalement et historiquement très proche. Je m’explique.</p><p class="p1">Les bouleversements qui avaient eu lieu du 16 au 25 décembre 1989 en Roumanie – et qui avaient abouti au renversement du régime de Nicolae Ceaușescu – m’avaient fait vibrer comme la corde d’un violon. Rivé 24 sur 24 à toutes les chaînes de radio et de télévision, j’avais hurlé et pleuré à la découverte des ‘charniers’ de Timisoara – une vingtaine de cadavres (?) en décomposition, soigneusement alignés au sol; à l’envol de l’hélicoptère présidentiel depuis le toit du siège du parti communiste; à la prise d’assaut de ce symbole du pouvoir par une marée humaine à mains nues; à la capture du tyran déchu, réduit d’un jour à l’autre au rang de clown dont le bonnet de fourrure failli tomber au sortir du véhicule militaire qui l’amenait au ‘tribunal’; aux combats rangés – toujours contre des ennemis invisibles – qui avaient eu lieu dans les rues et places du centre de la capitale, Bucarest; aux nouvelles hystériques qui faisaient état de menaces chimiques et biologiques sur la population, et de la présence d’impitoyables et sanguinaires mercenaires nord-coréens et libyens dans les rangs des adversaires de la liberté; aux émissions d’information ad hoc et en continu montées avec les moyens du bord dans un studio de la télévision nationale transformé en camp retranché; au procès, au jugement et à l’exécution des époux Ceaușescu, dont aujourd’hui encore les images me semblent irréelles. Et encore: les crachats qu’on lançait à travers le petit écran sur la dépouille de l’ex-dictateur; le ruban que j’avais scotché sur la porte de mon bureau avec la mention ‘Fermé pour cause de révolution’; les discussions explosives – portées en petit comité d’amis – sur l’opportunité de rejoindre – en Roumanie, fusil à la main – les rangs des combattants de la liberté; l’appel vibrant adressé (via la télévision suisse romande) à la mobilisation internationale contre les forces du mal. Voilà autant de situations qui aujourd’hui me semblent sorties tout droit d’une hallucination. La suite est connue: sur l’ensemble de ces manifestations, rien ou presque n’était spontané, mais minutieusement mis au point et orchestré. Seulement, à cet instant-là, le formidable poids émotionnel du moment nous transforma tous, ou presque, en de véritables victimes de l’intox. Nous avons ainsi gobé les plus extravagantes sornettes forgées par le comité de rédaction de la ‘révolution roumaine’. Ainsi, forts du poids de notre multitude de béats crédules<span id="easy-footnote-12-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-12-31460" title=" N’étions-nous pas, à l’époque, l’opinion publique de la communauté internationale?!"><sup>12</sup></a></span>, nous avons involontairement et implicitement entériné cette illusion (ou cette mise en scène); en quelque sorte nous l’avons cautionnée, cette ‘révolution’. D’accord: passons. Une fois, ça va, mais deux fois, bonjour les dégâts!</p><p class="p1">Comparée au 1191, la mascarade du 221289 (jour de la fuite de Nicolae Ceaușescu et de sa femme) me fait penser plutôt à un vaudeville, une petite plaisanterie de dilettantes. Autant par l’échelle des faits que par la subtilité du scénario. Je ne dis pas que le truc de Bucarest n’a pas été particulièrement réussi (il l’a été; la preuve: il a marché), cependant celui de Washington et de New York appartient résolument à une autre ligue: celle des vrais professionnels.</p><p class="p1">L’immense tragédie qui a eu lieu le 11 septembre 2001 est un vrai chef-d’œuvre sur l’échelle de l’horreur, tant pour ce qui est de sa mise en pratique que de l’endoctrinement qui l’enveloppe. En effet, quant à la mise en pratique, chef-d’œuvre fut la façon dont se passa</p>								</div>
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									<p>le choix</p>								</div>
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									<p>des cibles, matériellement et symboliquement,<br>des techniques de réalisation,<br>des auteurs offerts à l’esprit collectif</p>								</div>
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									<p>l’orchestration</p>								</div>
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									<p>des tensions des événements, pendant et après,<br>des retombées stratégiques internationales et<br>des médias du pays dit plus libéral en la matière.<span id="easy-footnote-13-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-13-31460" title="Sur ce point, il serait peut-être plus judicieux de parler d’une mise au pas. "><sup>13</sup></a></span></p>								</div>
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									<p>Quant à l’endoctrinement, chef-d’œuvre fut la façon dont furent</p>								</div>
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									<p>détournées les consciences,<br>esquivées les évidences,<br>muselées les opinions,<br>enrégimentés les acteurs politiques, exaltés les éléments patriotiques,<br>appliquées les mesures coercitives.</p>								</div>
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									<p>Je suis d’accord que tout cela ça fait vraiment beaucoup, surtout lorsqu’il s’agit du pays le plus libéral, le plus démocratique, le plus ouvert, le plus avancé, le plus audacieux, etc. Voyons donc de plus près.</p>								</div>
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									<p>Le choix matériel et symbolique des cibles</p><p>Je ne reviendrai pas sur un sujet épuise, si ce n’est pour m’asso-cier au concert d’opinions soulignant la pertinence de ce choix. Même si d’autres objectifs (tels ceux imaginés à l’addenda qui finalise cet écrit) sont porteurs de valences similaires, les points touchés ce jour-là (auxquels on pourrait ajouter la Maison Blanche, dont il fut dit qu’elle échappa au quatrième projectile) tiennent tout de même la palme.</p><p>Le choix des techniques de réalisation</p><p>Techniques? Non, plutôt technique. En fait, en ce 11 septembre 2001, le monde entier a pu voir qu’un gros-porteur civil peut devenir une bombe volante d’une redoutable efficacité, et que son utilisation efficace est à même de produire un effet matériel et psychologique dévastateur, cela sans égard au taux d’occupation des sièges. Pourtant, il s’agit bien de techniques, puisque cette performance ne peut se réaliser en soi; elle exige une logistique et une coordination exemplaires. Sur un champ de bataille, il n’est déjà pas facile pour plusieurs canonniers de tirer des salves simultanées sur différentes cibles; que dire alors de plusieurs avions de ligne, chargés de passagers, partis d’endroits différents et précipités à quelques minutes d’intervalle sur des immeubles d’importance capitale à la fois et dispersés et rapprochés entre eux, comme les deux tours du World Trade Center?</p><p>Le choix des auteurs offerts à l’esprit collectif</p><p>C’est vrai qu’eu égard les événements de la fin des années ’90, les Serbes ou les Bosno-Serbes auraient pu faire d’excellents auteurs de ces atrocités. N’avaient-ils pas, en effet, massacré plein de musulmans et de Croates? Organisé plein de charniers dignes des bourreaux nazis? Soigneusement orchestré le nettoyage ethnique de toutes ces populations? Mis en place l’exode des Kosovars? Humilié la FORPRONU<span id="easy-footnote-14-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-14-31460" title="Ou bien était-ce la SFOR? Ou alors la KFOR? Mais, au fait, est-ce important?"><sup>14</sup></a></span>en menottant ses militaires à des endroits stratégiques? Seulement, leur cas était désormais réglé, de sorte que les Serbes n’intéressaient plus personne. Et, de surcroît, ils n’ont pas de pétrole. Pire, ils n’ont pas la chance (?) d’occuper une position stratégique de tout premier ordre, entre un Occident qui est entré de plein pieds dans le post-industriel et un Orient qui, en dix ans, est devenu potentiellement riche et incontrôlable.</p><p>Alors, quelques précédents de ces années-là<span id="easy-footnote-15-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-15-31460" title="Les attentats du 7 août 1998, par des véhicules-suicide, sur les ambassades américaines de Nairobi (Kenya) et de Dar es-Salaam (Tanzanie) ont fait au total 224 victimes, dont 12 Américains. Celui du 12 octobre 2000, par un bateau-suicide, dans le port d’Aden (Yemen), sur le contre-tropilleur américain USS Cole, a fait 17 morts"><sup>15</sup></a></span>, engendrés – eux – par l’antiaméricanisme que la première guerre du Golfe avait soulevé<span id="easy-footnote-16-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-16-31460" title="La présence de troupes américaines sur ce que les musulmans considèrent comme leur terre sainte avait déclenché une vague de protestations dans le monde islamique."><sup>16</sup></a></span>, ont suffit pour désigner d’un seul coup de baguette magique les suspects (voire: les auteurs) des attentats. C’étaient des bandes bien organisées et bien entraînées, regroupées au sein d’un réseau mondial qui visait du jour au lendemain l’anéantissement de l’Amérique. On n’aurait pas su mieux trouver leur portrait-robot. Il y avait là d’une part des barbus ainsi que des moustachus mal rasés, tous des fanatiques, et d’autres part des femmes voilées clapotant des sons qui font peur; tous avec des noms imprononçables et des surnoms encore plus étranges; pratiquant un culte moyenâgeux qui autorise de lapider une femme adultère et de couper la main d’un voleur; s’exprimant violemment dans une langue inconnue et rauque; toujours en train d’hurler, toujours en train de tirer en l’air avec leurs Kalachnikov, toujours en train de brûler des effigies, toujours en train d’agiter qui des restes de vêtements, qui des photos d’autres moustachus, qui des bouteilles incendiaires; se déclarant fermement prêts à mourir pour la cause de l’Islam; vivant, sales, dans la misère (lorsqu’on sait, justement, que la misère exalte les sentiments), et réservant à un usage maléfique la colossale fortune d’un saoudien encore plus exalté qu’eux (par ailleurs ancien agent de la CIA semble-t-il). Franchement, le 11 septembre 2001, on vous aurait mis sous les yeux – allez – quinze archétypes de suspects possibles (ou envisageables) – les Serbes, les Brigades Rouges italiennes, le Sentier Lumineux péruvien, la secte japonaise Aoum, le KGB russe (enfin, l’ancien), les néo-nazis allemands, l’ETA espagnole, le Front du Polisario du Sahara occidental, la Corée du Nord, les rebelles maoïstes népalais, les corses de la Cuncolta, le Cuba, le Ku Klux Klan, l’Armée républicaine irlandaise et, enfin, la constellation de ces mouvements fondamentalistes et jusqu’au-boutistes musulmans – parmi tous ceux-là, vous pensez que vous auriez désigné qui comme suspect?</p><p>L’orchestration des tensions des événements, pendant et après</p><p>Surtout après leur déroulement. Mais aussi pendant. Il suffit de se rappeler les différentes fausses alertes visant d’autres bâtiments de prestige; les dispositions prises pour mettre à l’abri divers dignitaires; le branle-bas autour de la question des effets boule-de-neige sur la ville de New York, sur l’Amérique entière et sur le monde en général; le jeu des situations d’urgence stratégique (les fameux niveaux de DEFCON)<span id="easy-footnote-17-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-17-31460" title="DEFense CONditions (conditions de défense)&nbsp;: niveaux d’alerte allant de 5 (normal, temps de paix) à 1 (préparation maximale). Ce jour-là, les forces militaires américaines reçurent l’ordre de se mettre en état DEFCON 3."><sup>17</sup></a></span>; le ballet des commentateurs et la valse des spécialistes ès affaires stratégiques, ès questions islamiques, ès sociologie, ès psychologie, ès terrorisme, chacun livrant son lot d’expertise en la matière. […]</p><p>[6 octobre 2002 – 12 octobre 2003,<br>revu superficiellement<br>le 13 septembre 2023]</p><p>PS. À l’exception de changements mineurs et sans impact aucun sur la substance du texte, c’est expressément que je n’y suis pas intervenu pour le mettre à jour. Beaucoup de choses se sont passées depuis sa création il y a vingt ans, mais il est suprenant de voir qu’aucune ne le contredit ou le rend désuet. Au contraire. [13 septembre 2023]</p>								</div>
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		<title>Modèle et mimes (4/4)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 30 Sep 2021 23:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est vraiment étrange de constater à quel point certaines choses primaires changent avec le temps ! C’est le cas de la notoriété ou du modèle. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« Pour nous punir de notre paresse, il y a, outre nos insuccès, les succès des autres. »</em></p>
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Jules Renard, ‹ Journal ›, 1925)</p>
<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« La plupart des gens ne sont pas eux-mêmes. Leurs pensées sont les opinions de quelqu’un d’autre ; leurs vies – une mimique ; leurs passions – une citation. »</em></p>
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Oscar Wilde, 1854 – 1900)</p>
<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>
<p class="wp-block-paragraph">Avec le rock, on attaque le côté sérieux des choses. À moins de refus délibérés ou d’interdictions parentales précises, je ne crois pas que depuis la fin de la guerre beaucoup de jeunes aient échappé à ce raz-de-marée. Dans les années ’40, ils rentraient au pays en chantonnant ‹ Swinging on a Star › de Bing Crosby. Dans les années ‘50, ils draguaient en fredonnant ‹ I’m just a gigolo › de Louis Prima. Dans les années ‘60, ils rêvaient d’Amérique aux sons de ‹ San Francisco › de Scott McKenzie. Dans les années ‘70, ils traînaient leurs tongs, leurs barbes et leurs cheveux longs sur fond de ‹ Je t’aime… moi non plus › de Serge Gainsbourg. Dans les années ‘80, ils s’excitaient pour ‹ Thriller › de Michael Jackson. Dans les années ‘90, pour ‹ Baby one more time › de Britney Spears. À présent, ils deviennent fous en écoutant ‹ Cleaning up my closet › d’Eminem. Tout le monde est passé par là.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Avec le rock, il y a deux choses : l’intensité du phénomène et son envergure, dans cet ordre. Elles n’ont pas d’égal. Si pour les quatre Rolling Stones, à l’âge de 60 ans, remplir un stade de 30000 places c’est de la routine, Elton John ou Tina Turner font, chacun tout seul, le même tabac, toujours à l’âge des grands-parents. Et ils font ça depuis 20, 30, 40 ans. Mais le plus important est ce qui se passe dans les gradins.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est pas qu’un tel spectacle draine sensiblement plus de mélomanes que d’autres manifestations semblables. Je dirais que l’amour exclusif pour la musique et le plaisir d’écouter se retrouvent davantage chez les auditeurs d’une chorale liturgique, d’un quatuor à cordes ou même d’une <em>jam-session</em>. Non. Le public du rock est là tout d’abord pour communier. La majorité ne comprend même pas les textes des chansons, soit pour une simple question de langue, soit parce qu’ils sont inaudibles ou insaisissables à cause du niveau sonore ou de la vitesse du débit verbal. Peu importe : le fluide qui s’installe et qui circule entre la scène et la salle (et vice-versa) comble ce vide.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Personnellement, je n’ai jamais vu des femmes et des hommes tomber en transe ou s’évanouir par extase à l’occasion d’une messe pontificale, ou lorsqu’un prédicateur harangue ses foules. Dans les années soixante déjà, lors des concerts des Beatles ou des Who, c’était devenu une habitude. Et pour cela, le spectacle était même superflu : la cocaïne aidant, leur simple apparition en public suffisait. Alors, le rock – le nouvel <em>“opium du peuple“</em> ? Je ne crois pas. Et les stars du rock – les nouveaux dieux ? Sûrement pas.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Ce délire n’est qu’à la mesure du vide moral, mental et spirituel actuel. En revanche, l’identification des mimes avec l’idole est totale, car très facile. La liste sans fin des sosies du <em>“King”</em> (Elvis Presley) est là pour le certifier. Et lorsqu’on se met à vraiment écouter les messages martelés par certains rockers, on est autorisé à prendre peur. Néanmoins, j’ai bien aimé le rock !…</p>
<p class="wp-block-paragraph">Dans le cadre des Jeux Olympiques, le sport a fonctionné en Olympie, à côté des arts et en honneur de Zeus, près de 12 siècles durant. Ensuite, la société s’en est dispensée, mais pas des arts. 15 siècles plus tard, il est symboliquement revenu à Athènes, cette fois sans les arts et en seul honneur du corps humain. Et c’est comme ça que cela se passe depuis un peu plus d’un siècle.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Soit, ce n’est pas tout à fait comme ça. C’est vrai qu’avec les épreuves modernes, tout a été fait pour que cette grande messe puisse recouvrer des attributs transcendant la chasse aux récompenses, les larmes de douleur ou de bonheur et la sueur de l’épuisement physique. On en fit donc un hymne à l’amitié des hommes et à la fraternité des peuples, une occasion de quête de la perfection sous l’emblème de l’égalité des chances, une ode à la paix.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Une électricité unique exalte les participants à ces jeux ; tout concurrent peut en témoigner. Pour eux, il y a un avant et un après les Jeux, et l’essentiel c’est d’y prendre part. (En fait, peu importent les magouilles au sommet du cio, et Ben Johnson est toujours le plus rapide, même s’il s’est peut-être bourré de stéroïdes.) C’est cela l’important, c’est cela qu’on retient, et c’est le bon côté des choses.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Bon ? Enfin. Disons que toutes ces considérations ont dû présider en 1936 au tournage du film ‹ Les Dieux du stade ›, sur les Jeux Olympiques de Berlin par la cinéaste allemande Leni Riefenstahl. Sauf erreur, c’est la réalisation cinématographique la plus aboutie vénérant le corps humain avec un tel brio. On peut en revanche penser que ce film a ouvert au public le culte du physique tel que nous le connaissons aujourd’hui. En effet, le sport clôt la série des éléments qui jalonnent le glissement de l’esprit vers la matière. En parallèle, il livre au peuple la meilleure icône qui soit : l’individu anonyme mais doué, qui triomphe sur l’adversité par l’effort et la ténacité, et qui s’auréole par le dépassement de soi-même.</p>
<p class="wp-block-paragraph"><em>Mens sana in corpore sano</em> disait Juvénal. Mais qu’est-ce qui pourrait bien être sain dans l’esprit et le corps d’un Richard Virenque, d’un Earvin “Magic” Johnson ou d’un Diego Maradona ?! N’empêche, l’un est une étoile du cyclisme, l’autre une légende du basket-ball, tandis que le dernier est un des rares mythes du football. C’est comme ça, et pas autrement, qu’on pense dans les banlieues de Casablanca, de Lansing (mi) et de Buenos- Aires.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Quelques mots encore avant de conclure. Depuis peu, la communication joue un rôle exponentiel dans la diffusion et la circulation de l’information, de même que la langue n’est plus un obstacle. À la fin du XIX<sup>e</sup> siècle, rares étaient ceux à travers le monde qui avaient la possibilité de s’imaginer à la place d’un John D. Rockefeller, d’un Henry M. Stanley ou d’une Sarah Bernhardt. Au début du XXI<sup>e</sup> siècle, tout un chacun, un tant soit peu avisé, d’Osaka à Nouméa et de Lima à Beyrouth, a rêvé au moins une fois d’être dans la peau d’un Larry Ellison, d’un Bertrand Piccard ou d’une Kim Basinger. L’instrument qui mesure l’emprise et l’importance acquises par le modèle se trouve dans ce constat. La course infinie aux exploits les plus ineptes, via l’hypertrophie constante du ‹ Livre Guinness des records ›, est la preuve qu’aujourd’hui n’importe quel mime veut et peut être le héros – c’est-à-dire le modèle – d’un jour.</p>
<p class="wp-block-paragraph">La mode occupe une place à part dans l’univers emblématique. Étymologiquement d’abord, la mode fournit de vrais modèles, au sens propre du mot, ensuite, à travers une certaine forme d’équité. Je veux Que nous réserve l’avenir dans ce registre ? D’autres chambardements auront-ils lieu ? Quelques-uns des nouveaux domaines non indispensables disparaîtront-ils ? Le cinéma par exemple ? – les acteurs étant remplacés par des créatures virtuelles, moins chères, dociles et façonnables (donc perfectibles) à souhait ? Les exploits du sport seront-ils dépassés par les jeux interactifs, en 3D, de la N<sup>e</sup> génération ? Verrons-nous le renouveau de domaines indispensables présentement assoupis – comme la spiritualité, mais selon un tracé différent de celui qui a prévalu pendant des siècles ? Assisterons-nous à l’éveil d’activités aujourd’hui en disgrâce, mais revigorées par des impératifs inédits – comme l’agriculture ou la poterie ? Ou peut-être constaterons-nous simplement l’essor de&nbsp; domaines inconnus à ce jour ? Ou bien rien de tout ça, et les choses continueront comme maintenant ?</p>
<p class="wp-block-paragraph">
</p><p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>
<p class="wp-block-paragraph">P.S. Il me semble utile de préciser que mon tour d’horizon est fait à une certaine altitude et observe un état général. À cette hauteur-là, les buttes, les fosses et les ornières sont imperceptibles, donc négligeables. Dire alors que, très occasionnellement, des cas infirmeraient ces constats serait insignifiant. Ce qui reste et compte finalement, ce n’est que l’étendue de la plaine.</p>
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		<title>Modèle et mimes (3/4)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Sep 2021 06:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est vraiment étrange de constater à quel point certaines choses primaires changent avec le temps ! C’est le cas de la notoriété ou du modèle. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« Pour nous punir de notre paresse, il y a, outre nos insuccès, les succès des autres. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Jules Renard, ‹ Journal ›, 1925)</p>



<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« La plupart des gens ne sont pas eux-mêmes. Leurs pensées sont les opinions de quelqu’un d’autre ; leurs vies – une mimique ; leurs passions – une citation. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Oscar Wilde, 1854 – 1900)<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voyons à présent les catégories qui marchent réellement. La première est musicale, mais elle est nouvelle : c’est le rock. La seconde est nouvelle à 100 % : c’est le cinéma et sa petite sœur, la télévision. Il y a aussi la mode, sortie tout droit de l’artisanat. Mais la vraie, toute grande nouvelle venue, est cette occupation restée jusqu’à présent primitive ou secondaire : le sport. Enfin, l’unique domaine-clé traditionnel qui tourne est l’économie. À la fin du XX<sup>e </sup>et au début du XXI<sup>e</sup> siècle, c’est donc le monde économique, du sport, de la mode, du cinéma et du rock qui fournit les références.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les critères ont donc soudainement basculé. Mais à l’opposé des domaines-clés dont ce fut le cas jusqu’à présent, les quatre derniers n’ont plus un caractère indispensable, une essentialité pérenne. À moins que – sait-on jamais ? – l’humanité ne se tourne résolument vers le sport, le spectacle ou la mode pour en faire les vertèbres d’une nouvelle colonne dorsale de la civilisation, ces domaines restent subsidiaires. En effet, encore aujourd’hui, l’individu et la communauté ne peuvent fuir la foi, et s’ils le font, comme c’est de plus en plus le cas, cela se ressent. Ils ne peuvent vivre hors la loi. Par nature, ils refusent d’ignorer les choses de l’esprit et de la matière. Sous peine d’anarchie, ils ne sauraient éviter l’autorité de droit et la gestion des affaires de la cité. Abandonner l’expression artistique est impensable. Comme la quête de nouveaux horizons. Quant à l’autorité de fait, s’ils peuvent s’en passer, c’est par orgueil qu’ils ne le font pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jetons-y donc un coup d’œil de plus près en commençant par l’économie, qui assure la continuité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De nombreux éléments rendent difficile tout parallèle pertinent entre des Andrew Carnegie ou Lee Iacocca et des Jean P. Getty ou Ted Turner. Il n’empêche ; leurs images peuvent être comparées. Les trajectoires des uns et des autres sont exemplaires. Partis de rien ou héritiers, passés ou présents, ces personnages, et bien d’autres, sont devenus de vrais noms, évoqués partout avec ce mélange de respect et de jalousie qui ne s’adresse qu’aux figures d’exception.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon but n’est pas d’éplucher ici chacun de ces phénomènes, avec ses hauts et ses bas, ses côtés brillants et sombres. Il existe pourtant une différence nette entre les modèles anciens et actuels (c’est là une façon de parler, car les différences sont nombreuses). Une fois leur dimension économique acquise, le renom des premiers fut bâti en bonne partie sur la base de l’activité déployée en dehors du secteur des affaires. C’est ce qui a permis de donner une autre envergure à leur image, sous une autre lumière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si le mécénat, les œuvres de charité ou les préoccupations culturelles étaient propres aux pionniers de l’ère industrielle, ce n’est plus tellement le cas des “moghols“ contemporains, comme les Américains aiment nommer les célébrités économiques du moment. Car jusqu’à preuve du contraire et en connaissance d’une présence importante dans l’humanitaire, ce n’est pas comme protecteur des arts et des lettres qu’on a pris l’habitude d’évoquer Bill Gates, mais comme celui qui a réussi à s’enrichir de manière ahurissante en filant à la planète entière un système informatique réputé défaillant, tout en parvenant à éviter le morcellement de son empire sous le coup de multiples plaintes pour concurrence déloyale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cinéma est admis comme un art. Question n° 1 : pourquoi alors le dissocier de son domaine, l’art ? pour les besoins de cette dissertation ?! Réponse n° 1 : parce qu’il y a le cinéma-art et le cinéma-pop-corn. Question n°2 : mais il y a aussi la littérature-art et la littérature-hall-de-gare, la peinture-art et la peinture-panier-de-raisins, etc. Pourtant, la littérature et la peinture restent ici des références. Réponse n° 2 : c’est vrai, sauf que les modèles du monde de la littérature et de la peinture sont pourvus par la littérature-art et la peinture-art, tandis que la littérature-hall-de-gare et la peinture-panier-de-raisins restent heureusement confinées au rayon de seconde main. Ce n’est pas du tout le cas du cinéma-pop-corn.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On pourrait dire que le cinéma est encore trop jeune : cent ans à peine (plusieurs milliers pour le théâtre, la sculpture, l’architecture). C’est un faux débat : la capacité d’influence, la force d’évocation et la vigueur des arts ne s’amplifient pas avec les années. Ces attributs existent tout simplement, ils leur sont propres, et le temps ne fait que les affermir. Je doute que l’archétype de Vénus de Milo soit plus probant que celui du jeune rebelle créé par James Dean, même si tant de siècles les séparent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reconnaissons-le : cet art prend tout de suite du galon avec ‹ Le Cuirassé Potemkine › de Sergueï Eisenstein (1925), ‹ Le Général › de Buster Keaton (1926), ‹ Metropolis › de Fritz Lang (1927), ‹ Napoléon › d’Abel Gance (1927), ‹ Le Cirque › de Charlie Chaplin (1928), etc. L’impact inégalable de l’image en action, associée au son, a vite fait de forger la magie du cinéma, qu’on appela d’ailleurs à ses débuts “la lanterne magique“. Anticipation, réalité ou fiction, décors naturels ou artificiels, extérieurs ou en studio, effets et trucages, fond musical et, enfin, montage habile de l’ensemble,&nbsp; autant d’éléments qui ont mis en valeur l’acteur et, par là, qui ont permis au spectateur ému de s’identifier aux héros du grand écran comme jamais auparavant. Le star-system était né.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le temps des devanciers – le bouffon, le saltimbanque, le forain, l’histrion – est désormais loin derrière. La page de l’amusement est tournée. Plus que n’importe quel autre domaine jusqu’alors, le cinéma se mue en véritable industrie de modèles, à travers le rêve, qui est son principal outil de travail. En Inde par exemple, où la production cinématographique dépasse celle d’Hollywood, le rôle du cinéma est fondamentalement social, car il offre à l’individu les moyens pour s’évader d’un contexte miséreux vers un espace idyllique fait d’amour et de beauté. En une seule génération, le métier troque ses haillons pour les lauriers. Nulle part ailleurs on ne trouve une telle densité de célébrités. […]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne quittons pas le cinéma sans nous arrêter un instant sur ses autres références : les animaux et les bandes dessinées. Leur rôle est immense, car ils alimentent l’imaginaire pur des enfants. Nous avons tous applaudi les prouesses de l’apathique Droopy aux dépens du loup cruel et stupide. Ce domaine est porteur et fécond, on le sait. De nos jours, il est dominé par les Digimon et les Power Rangers asiatiques. Toute la différence est là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La mode occupe une place à part dans l’univers emblématique. Étymologiquement d’abord, la mode fournit de vrais modèles, au sens propre du mot, ensuite, à travers une certaine forme d’équité. Je veux dire que via les habits, qui constituent l’objet de son intérêt, le dessein de la mode est l’élégance, sœur de la beauté.<span id="easy-footnote-17-30620" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-3-4/#easy-footnote-bottom-17-30620" title=" Du corps, certes, mais elle mérite le respect, car la beauté, comme fait de la Création, plaît aussi à Dieu. Alors que dire de l’homme&amp;#8230;"><sup>17</sup></a></span> La voir s’adjuger enfin une position à la hauteur de son importance ne serait donc que justice. Enfin, la singularité actuelle de la mode tient également au fait qu’elle se décline surtout au féminin, même si quelques signes annoncent l’essor des canons masculins en la matière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vu sous cet angle, je remarque encore que les valeurs véhiculées par la mode sont uniquement plastiques. Bien sûr, il y a là aussi la grâce, de même que la certitude d’une nature foncièrement positive de la personne. On n’oserait en effet imaginer une top-modèle prodiguant ses charmes tout en étant poursuivie pour extorsion, recel ou cambriolage. Mais ces vertus sont – hélas ! – mineures. À suivre les défilés de mode ou l’élection de telle Miss Pays, on ne regrette jamais assez de ne pas avoir éteint le poste avant que la première demoiselle n’ait ouvert la bouche. Ainsi sont faites les choses : la beauté de l’esprit est ailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et c’est justement là que le bât blesse. Chez les anciens, la beauté était (ou n’était que, c’est selon) un composant de la plénitude, de la perfection. La beauté de Nike de Samothrace coupe le souffle. Mais la statue de la déesse est décapitée. Paradoxe ? Non. Sa beauté a dépassé la matière qui lui donne corps. Elle est dans l’harmonie du tout. La déesse Athéna était la quintessence et de la beauté, et de la bonté, et de la grandeur, et de la sagesse. Voilà un mythe. Juliette était extrêmement jeune, belle, candide et fidèle. Voilà une légende. Comment se rangent à ces critères les standards plastiques actuels ? Par la seule beauté. Vide. Et pendant que leur message visuel fait le tour du monde, ce qu’il distribue c’est uniquement la beauté. Forcément vide aussi. Alors : éternelle, la beauté ? Certainement. Il ne reste qu’à établir laquelle de ces deux-là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec le rock, on attaque le côté sérieux des choses. À moins de refus délibérés ou d’interdictions parentales précises, je ne crois pas que depuis la fin de la guerre beaucoup de jeunes aient échappé à ce raz-de-marée. Dans les années ’40, ils rentraient au pays en chantonnant ‹ Swinging on a Star › de Bing Crosby. Dans les années ‘50, ils draguaient en fredonnant ‹ I’m just a gigolo › de Louis Prima. Dans les années ‘60, ils rêvaient d’Amérique aux sons de ‹ San Francisco › de Scott McKenzie. Dans les années ‘70, ils traînaient leurs tongs, leurs barbes et leurs cheveux longs sur fond de ‹ Je t’aime… moi non plus › de Serge Gainsbourg. Dans les années ‘80, ils s’excitaient pour ‹ Thriller › de Michael Jackson. Dans les années ‘90, pour ‹ Baby one more time › de Britney Spears. À présent, ils deviennent fous en écoutant ‹ Cleaning up my closet › d’Eminem. Tout le monde est passé par là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>
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		<title>Modèle et mimes (2/4)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Aug 2021 08:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est vraiment étrange de constater à quel point certaines choses primaires changent avec le temps ! C’est le cas de la notoriété ou du modèle. [...]</p>
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<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« Pour nous punir de notre paresse, il y a, outre nos insuccès, les succès des autres. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Jules Renard, ‹ Journal ›, 1925)</p>



<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« La plupart des gens ne sont pas eux-mêmes. Leurs pensées sont les opinions de quelqu’un d’autre ; leurs vies – une mimique ; leurs passions – une citation. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Oscar Wilde, 1854 – 1900)<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne nous attardons pas sur la qualité de ces récits, surtout celui qui décortique le parcours mental de l’assassin du chef beatle avec un relent psychanalytique discutable. Pour ce qui m’importe, l’essentiel c’est l’esprit qui préside à ces actes. Il définit une tendance qui ne cesse de s’accentuer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a d’abord l’essor de nouveaux domaines-clés, au détriment d’autres qui s’estompent. Sur les dix recensés plus haut, qui ont structuré la vie sociale pendant des siècles, très peu gardent encore la cote.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La foi négocie sa survie. Elle a perdu son rôle fondamental de canevas structurant de l’homme. Ainsi, les modèles qu’elle offre ne sont plus reconnus. Le cas d’un Jean-Paul II reste confiné à la sphère des irréductibles, de moins en moins nombreux, même s’ils sont encore peut-être des millions. Et la part de sa notoriété qui dépasse cette limite n’est que médiatique car, de fait, son image et même sa personne sont de plus en plus mises en cause.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le savoir ne fait plus d’émules et engendre encore moins de disciples. Il n’est plus réservé aux élus. Cette fierté saine qui transcende l’âme de celui qui devient le dépositaire de certaines vérités exclusives n’a plus de raison aujourd’hui. ‹L’École d’Athènes› de Raphaël tient d’une ère initiatique révolue. À présent, la connaissance s’est popularisée. Elle s’est diluée et banalisée. Les maîtres se font rares, leurs exemples aussi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est pareil avec la loi et sa mise en œuvre. Peu de domaines sont plus contestés. Ici, les procureurs accusent la pression du politique. Là, on critique le pouvoir des juges comme étant démesuré. Ailleurs, on les attaque pour corruption ou on les tue. Et partout on dénonce une justice asymétrique. En fait, la société perd ses jalons. La fragilité et le déséquilibre de la magistrature sont donc à l’image de cette dérive. Quant à la gloire de quelques étoiles du prétoire (Garzón en Espagne, Bruguière en France), elle n’est que circonstancielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’étude des mystères de la matière suit la même voie que celle du savoir en général. En l’espace de plusieurs décennies, la recherche est devenue routinière, et implicitement ses résultats. Cependant, si importantes soient certaines découvertes (cela arrive parfois), pour autant elles ne font plus de leur auteur un Einstein. Bonne ou mauvaise, cette vulgarisation? Difficile de trancher. Toujours est-il que ce n’est plus parmi les savants que se recrutent les modèles d’aujourd’hui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les limites du monde terrestre sont depuis longtemps circonscrites. Il semble que notre planète n’ait plus de secrets à révéler, à moins que l’existence d’Agharta, le monde situé à l’intérieur de la Terre et prédit 300 ans en arrière par Euler et Halley, ne soit attestée de visu. Sinon, il n’y aura pas de second Amerigo Vespucci. Et même si les terriens coloniseront tel ou tel astéroïde, les exploits de Gagarine et d’Armstrong resteront dans les manuels d’histoire.</p>



<figure class="wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex">
<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1001" height="1024" data-id="30575" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-2_4-Agharta-1-1001x1024.jpg" alt class="wp-image-30575" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-2_4-Agharta-1-1001x1024.jpg 1001w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-2_4-Agharta-1-293x300.jpg 293w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-2_4-Agharta-1-768x785.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-2_4-Agharta-1.jpg 1149w" sizes="(max-width: 1001px) 100vw, 1001px"></figure>
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<p class="wp-block-paragraph">Si l’autorité de fait est également dépassée, c’est surtout parce que les faits d’armes ne sont (heureusement?) plus les vecteurs des valeurs d’antan. Un siècle de barba-rie a conduit l’Occident vers un système refusant la violence. À présent, la grandeur d’une nation ne s’exprime plus par les conquêtes ou la domination, fussent-elles sources de prospérité, réelle pour le dominateur, relative pour le dominé. Un Bonaparte n’aurait plus sa place aujourd’hui. Ceci étant, le côté héroïque des choses se ressent; la gloire des militaires de haut rang, soumis au politique, devient sporadique et marginale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est donc qu’au rayon de l’autorité de droit que l’on retrouve dans le contexte présent un air de continuité. Si la notoriété reste clairement du domaine du politique, des nuances s’imposent. D’abord, de nos jours, l’optique collective n’est pas la même, selon qu’elle vise la stature d’un vrai autocrate ou celle d’un vrai démocrate, les demi-mesures se créant difficilement une place au Panthéon. Les mécanismes mentaux font que le regard jeté par le citoyen sur ses dirigeants s’est beaucoup affûté. Si un tyran peut influer sur un pays ou une région, c’est qu’il ne sème pas, il ne fait que mutiler. Et ça, le citoyen le sait. Ensuite, et surtout, c’est (malheureusement ?) à l’horizon des grandes épreuves que se profilent les plus fortes figures nationales, sombres ou radieuses (c’est selon). Le passé est riche en ce sens: Tito, Staline, de Gaulle, Mao, Kennedy, pour se limiter aux figures les plus récentes. Or justement, la tendance est (heureuse-ment?) d’éliminer ces foyers de danger… Enfin, pour tous les motifs évoqués, il est possible que cette espèce soit en voie de disparition, si elle n’est pas déjà éteinte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant aux affaires de la société, elles sont plus ou moins soumises aux mêmes facteurs qui fonctionnent dans le domaine de l’autorité de droit. Dans la mesure où l’on accepte que le contexte révèle le potentiel de l’individu, on situe un Haussmann ou un Churchill à la place qu’ils méritent. C’est ce qui s’appelle être en accord avec son temps. Alors, ce que les affaires de la société ont en commun avec l’autorité de droit, c’est le fait qu’à l’avenir de telles figures emblématiques sont censées se révéler hors du monde industrialisé proprement dit. Chacun à sa façon, le parcours de Václav Havel et l’assassinat de Zoran Đinđić montrent que le terrain fertile se trouve désormais ailleurs qu’en Occident.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De tous les domaines-clés que nous avons vus, seuls les arts et l’économie gardent une certaine vigueur. Mais là, encore une fois, quelques nuances s’imposent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le débarquement du moderne ravagea la majeure partie des arts dits «classiques». Depuis plus d’un demi-siècle, la peinture, la sculpture et la musique pataugent, et le public avec, la danse et le théâtre aussi, même si c’est peut-être dans une moindre mesure. Économiquement dépendante, l’architecture est un cas à part. La littérature est la seule à tirer son épingle du jeu, allez savoir pourquoi! Mais de là, à créer des mythes, le chemin est long.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voyons à présent les catégories qui marchent réellement. La première est musicale, mais elle est nouvelle: c’est le rock. La seconde est nouvelle à 100 %: c’est le cinéma et sa petite sœur, la télévision. Il y a aussi la mode, sortie tout droit de l’artisanat. Mais la vraie, toute grande nouvelle venue, est cette occupation restée jusqu’à présent primitive ou secondaire: le sport. Enfin, l’unique domaine-clé traditionnel qui tourne est l’économie. À la fin du XXe et au début du XXIe siècle, c’est donc le monde économique, du sport, de la mode, du cinéma et du rock qui fournit les références.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>
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		<title>Modèle et mimes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Aug 2021 10:31:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est vraiment étrange de constater à quel point certaines choses primaires changent avec le temps ! C’est le cas de la notoriété ou du modèle. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« Pour nous punir de notre paresse, il y a, outre nos insuccès, les succès des autres. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Jules Renard, ‹ Journal ›, 1925)</p>



<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« La plupart des gens ne sont pas eux-mêmes. Leurs pensées sont les opinions de quelqu’un d’autre ; leurs vies – une mimique ; leurs passions – une citation. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Oscar Wilde, 1854 – 1900)<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est vraiment étrange de constater à quel point certaines choses primaires changent avec le temps ! C’est le cas de la notoriété ou du modèle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a moult façons de classer les extrêmes de l’espèce humaine. Il y a les bons et les méchants, les riches et les pauvres, les forts et les faibles, les tenaces et les fugaces, les croyants et les athées, les doux et les violents, les loyaux et les félons, les surdoués et les sous-doués, etc. Il y a aussi la vaste catégorie des imités imités par les imitateurs, avec la variante des copiés copiés par les copieurs. On appelle les premiers des modèles ; ils ont gagné la notoriété. Des seconds, on dira : des singes, ou alors des mimes<span id="easy-footnote-18-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-18-30549" title=" On ne retiendra pas ici le côté artistique, créatif, de ce mode d’expression, mais le sens reproductif qui lui est généralement associé."><sup>18</sup></a></span> ; ils voudraient avoir la notoriété, mais ils ne l’ont pas. Alors ils font semblant, ou bien ils essayent de s’identifier à ceux qui l’ont.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La notion de modèle, propre à l’homme, a fait partie en permanence de sa condition, la nature ne connaîssant pas le modèle (ou alors tout y est modèle). Quelle que soit l’approche, mystique ou matérielle, l’homme apparaît en train de copier quelque chose. Au mieux, il copie Dieu, car Dieu le fit à son image et à sa ressemblance. Tant bien que mal, il copie la nature, dans tout ce qu’elle a de prodigieux et d’unique. Au pire, il copie son prochain, qui demeure – reconnaissons-le – un recueil d’imperfections.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’homme a ainsi balancé dès le début entre deux types d’alternatives : d’une part, choisir l’au-delà ou le contingent en tant que références, d’autre part, et dans le second cas, soit se débrouiller pour découvrir dans son prochain des repères stimulants pour son propre devenir (il s’agit de la singerie constructive innocente), soit se laisser aller, aspiré par l’aura de tel ou tel personnage (il s’agit de la singerie destructive méprisable).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, depuis passés deux mille ans, les chrétiens n’ont eu qu’un seul modèle : Jésus-Christ. Mais aussi, depuis toujours, la société a assidûment propulsé à l’avant-scène ses éléments les plus notables. Elle le fait et continuera à le faire. Qui étaient-ils ? Principalement, des personnes évoluant dans les domaines-clés<span id="easy-footnote-19-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-19-30549" title=" Un domaine-clé est un secteur essentiel de la vie communautaire, validé par la durée. L’histoire a connu, bien sûr, son lot d’exceptions : des gens en dehors d’une telle appartenance et pas spécialement voués à un destin d’exception. Souvent, leur célébrité vint après leur mort, de même que leur existence se confondit avec la légende. Quelques noms parmi les plus connus : Robin des Bois, Casanova, Guillaume Tell, Raspoutine."><sup>19</sup></a></span> de la société, les valorisant même. Depuis leurs sommets, elles rayonnaient par leur exemple, faisant école en tant que modèles pour les contemporains et la postérité.</p>



<figure class="wp-block-gallery columns-1 is-cropped wp-block-gallery-2 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img decoding="async" width="300" height="504" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-1_4-Jesus-Christ-16.jpg" alt data-id="30607" data-full-url="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-1_4-Jesus-Christ-16.jpg" data-link="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/attachment/modele-et-mimes-1_4-jesus-christ-16/" class="wp-image-30607" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-1_4-Jesus-Christ-16.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-1_4-Jesus-Christ-16-179x300.jpg 179w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px"></figure></li></ul></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Ces femmes et ces hommes</p>



<ul class="wp-block-list"><li>recevaient, avaient, gardaient et transmettaient la foi ; ils étaient prophètes, prêtres, évêques (par exemple saint Pierre) ;</li><li>acquéraient, interprétaient, défendaient et appliquaient le savoir et la loi ; ils étaient patriarches, scribes, magistrats, maîtres, sages, professeurs, philosophes (Aristote) ;</li><li>dominaient les secrets du corps et en général ceux de la vie physique et de la matière ; ils étaient guérisseurs, alchimistes, médecins, scientifiques (Newton) ;</li><li>obtenaient, détenaient, gardaient et léguaient l’autorité de droit ; ils étaient ducs, princes, rois, empereurs, présidents (Atatürk) ;</li><li>apportaient (ou dictaient) et défendaient l’autorité de fait ; ils étaient commandants, généraux, résistants, chefs de guerre (Jeanne d’Arc) ;</li><li>veillaient aux affaires de la société ; élus ou désignés, ils étaient tribuns, gouverneurs, sénateurs, députés, maires, ministres (Bismarck) ;</li><li>repoussaient les limites du monde connu ; ils étaient conquistadors, explorateurs, aventuriers, navigateurs (Magellan) ;</li><li>pratiquaient les arts, glorifiant Dieu ou racontant l’homme ; ils étaient auteurs dramatiques, architectes, danseurs, peintres, poètes, musiciens, sculpteurs, prosateurs (Hugo) ;</li><li>enfin, orchestraient l’activité économique ; ils étaient entrepreneurs, armateurs, banquiers, industriels (Krupp).</li></ul>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tous ces domaines avaient aussi leurs précurseurs ou visionnaires – Constantin Ier, Léonard de Vinci, Galilée, Pascal, Bach, Gaudí, Ford, Picasso. Il y avait encore l’occupation – secondaire – du jeu<span id="easy-footnote-20-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-20-30549" title=" Étymologiquement, le mot sport, apparu dans la langue française au XIXe siècle, désigne l’amusement, le jeu, la distraction."><sup>20</sup></a></span> et de la fête, mais qui n’a pas fourni de modèles pendant tout ce temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puis tout a basculé. Je dirais : presque d’un jour à l’autre.<span id="easy-footnote-21-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-21-30549" title=" Je parle d’un espace de 2 ou 3 générations, ce qui n’est rien considérant l’ampleur de cette mutation."><sup>21</sup></a></span> Voyons.</p>



<p class="wp-block-paragraph">1980</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Mark Chapman souffrait de désillusion schizophrénique paranoïaque. Par deux fois il avait voulu se suicider, et pendant l’année 1979 il se fixa à la fois sur Holden Caulfield (le personnage de l’Attrape-Cœurs de J. D. Salinger) et sur John Lennon. À la fin, Chapman croyait vivre une vie qui était le reflet de celle de Holden Caulfield et de l’irréelle superstar John Lennon. Chapman était confus et paranoïaque par rapport à qui il était en réalité, et peut-être que par l’assassinat de John Lennon il essayait de se tuer lui-même. John Lennon faisait un retour après 5 ans d’un soi-disant exil. Il était inquiet de savoir s’il allait réussir ou échouer, et paranoïaque sur son identité de Lennon l’ex-Beatles, Lennon le papa-poule ou Lennon la rock-star solo, et quant à savoir si à 40 ans il pouvait encore être au sommet. La vraie histoire derrière le terrible meurtre de John Lennon est celle d’une quête d’identité. Quand Mark Chapman se regardait dans le miroir, qui voyait-il ? Pas lui, mais son propre reflet – John Lennon, son alter ego, ou Holden Caulfield, son autre moi, vrai mais fictif. Chapman dit à sa femme qu’il allait changer son nom en Holden Caulfield. Quand John Lennon se regardait dans le miroir, qui voyait-il ? Dans son dernier enregistrement, Lennon chante l’ange de la destruction qui le hante. C’est ça, l’image ténébreuse qu’il cache dans ses yeux. Voilà l’homme qui avait raccroché son boulot en tant que John Lennon, et qui était venu à New York pour se faire tuer par Mark Chapman. Comme un Narcisse moderne, Chapman s’accrocha à des images et se refléta dans des miroirs qu’il trouva dans les textes des chansons, les couvertures d’albums, la télé, les films et les livres. Peut-être pensait-il que les miroirs lui diraient qui il était en réalité. Peut-être qu’il sentit qu’ils lui révéleraient son rival jumeau, sa doublure »</em>. <span id="easy-footnote-22-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-22-30549" title="lennon-chapman.com, traduction de l’auteur de cet essai"><sup>22</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Et encore : 1981.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Suite à un article paru dans l’édition de mai 1980 de la revue ‹ People › sur l’entrée de Jodie Foster à l’université de Yale, Hinckley rejoignit un cours littéraire à Yale, pour être ainsi plus proche de l’actrice qui l’avait tellement ému dans ‹ Taxi Driver ›. À Yale il essaya d’établir le contact avec Jodie et laissa des missives et des poèmes dans sa boîte à lettres. Il fit en sorte de décrocher deux entretiens téléphoniques avec elle, pendant lesquels il l’assura qu’il n’était pas dangereux. Toutefois, cette idée fixe pour Foster coïncida avec son obsession pour le meurtre. Hinckley croyait qu’acquérir la notoriété par l’assassinat du président des États-Unis lui aurait fait gagner «respect et amour». Après avoir failli s’engager fin février 1981 comme il avait promis à ses parents, John se rendit à Hollywood où il ne resta qu’un jour. John Hinckley Jr. prit ensuite le bus et, le 29 mars 1981, il descendit à l’hôtel Park Central de Washington. Le lendemain, lundi 30 mars 1981, John écrit une lettre à Jodie Foster exposant son plan de tuer le président Reagan pour l’impressionner avec son «acte historique», quitta sa chambre d’hôtel et prit un taxi en direction de l’hôtel Washington Hilton, où Reagan devait parler à 13:45 h devant une assemblée syndicale. À 13:30 h, John Hinckley Jr. sortit de la foule des reporters de télévision et tira 6 fois avec un pistolet Rohm R6-14. Les balles de l’arme de Hinckley touchèrent Ronald Reagan au poumon gauche, le secrétaire de presse James Brady à la tempe gauche, l’officier Thomas Delahanty au cou et l’agent de sécurité Timothy McCarthy au ventre. Hinckley fut arrêté sur le coup et son procès débuta près d’un an plus tard, le 4 mai 1982. Le 21 juin 1982, après 7 semaines de témoignages et 3 jours de débats du jury, John Hinckley Jr. fut déclaré non coupable pour raison de santé.»</em><span id="easy-footnote-23-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-23-30549" title="law.umkc.edu, traduction de l’auteur de l’auteur de cet essai"><sup>23</sup></a></span> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne nous attardons pas sur la qualité de ces récits, surtout celui qui décortique le parcours mental de l’assassin du chef beatle avec un relent psychanalytique discutable. Pour ce qui m’importe, l’essentiel c’est l’esprit qui préside à ces actes. Il définit une tendance qui ne cesse de s’accentuer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a d’abord l’essor de nouveaux domaines-clés, au détriment d’autres qui s’estompent. Sur les dix recensés plus haut, qui ont structuré la vie sociale pendant des siècles, très peu gardent encore la cote.[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>
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		<title>Le poulain d’Amélie</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Jun 2021 18:04:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Je suis le poulain d’Amélie. En tout cas, c’est comme ça que je me considère. Et j’ai presque envie de l’appeler “sainte Amélie“. À vrai dire, c’est plutôt le papa - artistique - d’Amélie qui mériterait cette considération (ou cette consécration). Il s’appelle Jean-Pierre Jeunet. En effet, ce monsieur est - encore - relativement jeune. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h4 style="text-align: center;"></h4>
<p style="text-align: right;"><i>« Quand le doigt montre le ciel, l’imbécile regarde le doigt. »</i></p>
<p style="text-align: right;">(Locution attribuée à Confucius et reprise dans le film</p>
<p style="text-align: right;">‹ Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain › de Jean-Pierre Jeunet, 2001)</p>
<p>Je suis le poulain d’Amélie. En tout cas, c’est comme ça que je me considère. Et j’ai presque envie de l’appeler <i>“sainte Amélie“</i>. À vrai dire, c’est plutôt le papa – artistique – d’Amélie qui mériterait cette considération (ou cette consécration). Il s’appelle Jean-Pierre Jeunet. En effet, ce monsieur est – encore – relativement jeune.</p>
<p>Jean-Pierre Jeunet est metteur en scène. Avant ‹ Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain ›, il avait réalisé à gros budget un film mi-horror mi-science-fiction (‹ Alien IV – Resurrection ›) dans le cadre d’une minisérie que certains appelaient déjà culte. Brrrr, je n’aime pas les films avec toutes ces créatures écorchées qui bavent en tuant !</p>
<p>Jean-Pierre Jeunet avait aussi co-réalisé deux films assez “gothiques“, qui sont devenus des films cultes : ‹ Delicatessen › et ‹ La Cité des enfants perdus ›. Hmm, étranges et lourds… Et encore du sang… Reconnaissons-leur tout de même une profonde originalité. Dans le paysage actuel du 7<sup>e</sup> art, à elle seule cette remarque mérite l’attention.</p>
<p>Jean-Pierre Jeunet est – en plus – français. Et c’est de là que vient la grosse surprise. Pour un film comme ‹ Amélie ›, j’attendais un Russe, un… – que sais-je ? – Japonais, un Espagnol peut-être. Mais un Français ?!… Et qui, jusque-là, avait pataugé dans du gore ?!… Comme quoi l’on ne se méfie jamais assez des idées préconçues.</p>
<p>Mais ce Jean-Pierre Jeunet, l’appeler saint Jean-Pierre, j’ai de la peine. Je ne sais pas pourquoi, peut-être parce que ça me rappelle un peu Jean-Pierre Foucault, même si je n’ai rien contre ce monsieur, qui exerce très bien son métier. Pourtant, aller jusqu’à le sanctifier… Soit : tout ça, c’est assez bête. Mais c’est souvent ainsi.</p>
<p>Rester sur ma <i>“sainte Amélie“</i> est donc préférable. Son nom est aussi très musical, car il n’y a pas de R agressif dedans. Et puis, les gens n’adorent pas forcément Shakespeare et Léonard de Vinci, mais bien Juliette et la Joconde. Comme ça, je crois que Jean-Pierre Jeunet ne m’en voudra pas, comme tout Pygmalion qui se respecte.</p>
<p>Je ne saurais dire si, en baptisant de la sorte l’héroïne du film, son père artistique a volontairement fait le nécessaire pour permettre le calembour que j’ai choisi comme titre de cet écrit. Toujours est-il que ce fut pour moi une manière comme une autre de rendre hommage à un fait artistique et de société qui sort de l’ordinaire.</p>
<p>Car au-delà de son immense succès commercial, ‹ Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain › est une réalisation d’exception. Ou peut-être justement grâce au fait que c’est une réalisation d’exception, son succès commercial fut planétaire. Oui, mais alors que dire de produits comme ‹ Star Wars ›, ‹ E.T. ›, ‹ Spider-Man › et ‹ Jurassic Park  ?!…</p>
<p>C’est clair : l’une n’explique pas l’autre. Restons-en donc au fait que Amélie est une réalisation d’exception. Pour une fois, la publicité d’un film tient ses promesses. Son message dit : ‘Elle va changer votre vie’. Et c’est ce qu’elle fait. En bien. Et naturellement. On dirait : involontairement. Ce qui est encore plus précieux.</p>
<p>‹ Amélie Poulain › n’est pas seulement un film beau à voir. Il est beaucoup plus que frais et drôle. On y trouve des choses plus importantes qu’une musique prenante, des prises de vues inspirées, un scénario solide, un bon rythme, une galerie de portraits bien crayonnés. En fait :</p>
<p>Amélie est le seul film angélique dont je me souviens.</p>
<p>C’est loin d’être banal. Et pour être plus près de ma pensée, je dirais que c’est absolument extraordinaire. Au milieu de la vague millénariste de ces effroyables produits appartenant à la catégorie “vu et oublié“ type ‹ Armageddon ›, ‹ End of Days › et autres ‹ Deep Impact ›, pouf ! Amélie descend doucement sur nous tel un flocon de neige. Ça faisait des années que je la rêvais, l’espérais, et autant que j’avais déchanté sur sa venue ! Et cela tout en étant incapable de bien visualiser ce que j’attendais, mais sachant que j’avais vraiment besoin d’un instant public de bonté.</p>
<p>Et Amélie est un film bon. Ce n’est pas juste un bon film, ce qu’il est aussi, mais c’est surtout un film bon, comme un homme est bon, comparé à un autre qui est méchant. Il n’est donc pas question ici de qualité, mais simplement de bonté. Encore une fois, ce n’est pas courant. A priori, une œuvre n’est pas appelée à se réclamer d’une telle qualité. Au mieux, elle peut évoquer quelque chose, fût-ce grave, profond ou sérieux. De là à être habitée par la qualité en question, le chemin est long, donc je suppose que les cas sont rares. Je ne m’en rappelle aucun.</p>
<p>Autre chose : ‹ Amélie › montre que le bien reste financièrement parfaitement viable. Après de longues années d’escalade obsessive dans les genres de l’horreur, de la guerre et du thriller, on ne le croyait plus. D’accord, on trouve le bien dans presque toutes les comédies, la plupart des dessins animés, les mélodrames ou les westerns. Pourtant, le plus souvent, il procède du tandem manichéen du bien et du mal (dans un pseudo duel soporifique dont l’issue est connue d’avance) et il ne <i>“porte“</i> pas le film. En revanche, le bien habite ce film, et sans partage, car le seul <i>“vilain”</i> est en réalité un guignol qui provoque plutôt l’hilarité. Le bien est unique, comme au Paradis. Il est aussi polycéphale : moteur, fluide et but.</p>
<p>De façon plus édifiante et spontanée que tout appel vibrant mais théorique à la fraternité ou à l’altruisme, Amélie prouve que le bien est au bout des doigts par un simple déclic. Car déclic il faut. Tout le bien qu’elle dispense autour d’elle, et qui rayonne, cette fille le fait parce qu’elle en est subitement investie. L’on ne sait trop pourquoi, et pourquoi elle, mais c’est là l’autre vérité que le film dégage : Amélie place la barre dans un registre qui échappe à notre causalité quotidienne. Et justement, à cette hauteur-là, les plus proches de nous sont les anges.</p>
<p>Je crois que le film touche à son essence lorsque Amélie surgit d’un coup, saisit le vieil aveugle par le bras et l’aide à traverser la rue. J’ai envie de dire que ce moment dépasse le genre humain. Pour le vieux, elle vient de nulle part, lui parle à une vitesse irréelle avec la précision ahurissante d’un scanner. Les détails qu’elle lui donne sont normalement insaisissables. Quarante-cinq secondes durant, elle est ses yeux et fait voir au non-voyant bien au-delà de ce que le voyant a l’habitude de voir. Après cela, elle s’évanouit dans la foule, sans demander son reste, comme elle est venue. Et le vieux demeure là, complètement béat, transfiguré et blanc, comme foudroyé par la lumière du Thabor. C’est la première contribution d’Amélie en faveur de <i>“l’humanité déshéritée“</i>. Et ce ne sera pas la dernière. Loin de là.</p>
<p>Car il y en aura exactement sept autres, ou alors huit, si l’on veut bien considérer aussi la toute première, qui constitua en même temps son déclic. Sauf erreur de comptage, au total Amélie illumine la vie de neuf personnages du film (et je ne suis pas sûr pour l’écrivain raté – ce serait alors le dixième) : son père à jamais inconsolé car endeuillé, l’homme qui avait perdu la boîte de souvenirs, la concierge pleureuse, le vieux peintre malade et hyper fragile qu’on appelait aussi l’<i>”homme de verre”</i>, le garçon d’épicerie, timide et joueur, la femme hypocondriaque du kiosque à tabac, le cynique du bistrot, l’aveugle, et enfin le jeune homme de l’automate à photos, qui deviendra son amour. Bien plus pourtant, car au-delà des salles obscures, elle est effectivement venue pour changer des vies. Et à constater l’écho qu’elle a provoqué, cela a dû lui réussir. Heureusement, puisqu’en vérité on n’est plus tout à fait le même après avoir goûté à son fabuleux destin.</p>
<p>Plus singulier et surtout plus exaltant encore : l’altruisme d’Amélie n’est pas égoïste<span id="easy-footnote-24-30493" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-poulain-damelie/#easy-footnote-bottom-24-30493" title=" Non, ce n’est point un jeu de mots douteux : cette étrangeté existe. C’est le fait de produire du bien dans le (seul) but de se procurer de la joie à la vue des (bons) résultats de ce bien. Remarquons d’ailleurs que l’inverse &amp;#8211; l’égoïsme altruiste &amp;#8211; existe aussi. Il est tout aussi étrange et pervers. C’est le fait de se concentrer sur soi pour cultiver ces qualités-là nécessaires pour produire le bien autour de soi. Comme quoi, on voit que souvent les extrêmes se rejoignent…"><sup>24</sup></a></span>. Elle s’y nourrit tout simplement, comme on boit ou l’on mange. Dans son esprit, il n’y a point de second degré. En réalité, son esprit baigne dans un état de simplicité et de spontanéité absolues, et c’est de ça qu’il se nourrit. (D’accord, elle joue aussi des farces, comme dans son enfance, où elle <i>“punit”</i> ce fan de foot, ou alors plus tard, lorsqu’elle rend justice au garçon d’épicerie, en <i>“punissant”</i> – là aussi – son méchant patron. Mais cela se passe toujours selon un esprit de justice personnelle – et pourtant universelle – que personne ne saurait contester.) D’attitude, sa philanthropie rejoint donc le stade des sensations, comme la faim et la soif. À ce niveau-là, il n’est plus question de vertu : il s’agit juste d’une composante de l’être. De même que l’on ne saurait s’exprimer sur l’envie de faire pipi ou sur la respiration, auxquelles on ne réfléchit pas puisqu’il n’y pas à réfléchir, son amour du prochain la place hors de toute réflexion, donc de toute expression, sauf qu’à l’origine, ne l’oublions pas, il s’agit pourtant d’une attitude. Et cette sublimation me fait imaginer l’état adamique, où l’homme était immergé dans le bien, sans connaître le mal, car le mal n’existait pas.</p>
<p>Touchée par la grâce, il se pourrait qu’Amélie laisse entrevoir un soupçon très, très vague de cet état-là.</p>
<p>[10 janvier 2004]</p>
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		<title>Savoir et connaissances</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 Jan 2021 00:27:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À vol d’oiseau, le savoir se vulgarise. Il est le fruit toujours plus de la curiosité et toujours moins de la soif d’apprendre, du désir de se sublimer par l’initiation. Ce savoir-là est à présent au bout d’un seul clic. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-normal-font-size wp-block-paragraph"><em>« Un homme va au Savoir comme il part pour la guerre.<br>Bien réveillé, avec de la peur, du respect et une assurance absolue. »</em></p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="font-size:15px">(Carlos Castaneda, 1925 – 1998)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">À vol d’oiseau, le savoir se vulgarise. Il est le fruit toujours plus de la curiosité et toujours moins de la soif d’apprendre, du désir de se sublimer par l’initiation. Ce savoir-là est à présent au bout d’un seul clic. Les cénacles ont disparu. En Occident, n’importe qui sait aujourd’hui presque rien sur à peu près tout. Si dans le monde des foyers de réflexion demeurent, ce n’est pas au mont Athos qu’on va volontiers s’y abreuver. Pour cela il y a une foule de substituts : colloques, séminaires, clubs, symposiums, congrès, stages, cercles, forums, téléconférences, thérapies collectives, sans oublier le chat. Les temps sont au savoir partagé. Peu importe ce savoir, qui le reçoit et qu’est-ce qu’on en fait. Les temps sont aussi à la spontanéité. Des groupes volatils de réflexion se font et se défont au gré des situations. Le temps du sage est passé, comme, forcément, celui du disciple. Le cas de Jiddu Krishnamurti est isolé, et il n’y aura vraisemblablement plus un autre Aristote.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>L’accès au savoir se généralise aussi, s’accélère et se simplifie. Une aire de plus en plus vaste se laisse découvrir, tandis qu’il est possible de sonder de plus en plus facilement les profondeurs de l’histoire. Depuis l’invention de l’imprimerie, le saut de l’homme vers la connaissance n’a jamais été si vertigineux. Du temps de Gutenberg, il fut linéaire. De nos jours, grâce à Internet, aux télécoms et aux moyens de transport, il est fulgurant. J’imagine l’enthousiasme d’un Ulysse, d’un Marco Polo ou d’un David Livingstone si, de leurs temps respectifs, pour les besoins de leurs voyages, ils avaient pu avoir recours au GPS et s’ils avaient pu recevoir des réactions à leurs découvertes en direct via GPRS.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Mais tous ces avantages, ces gains formidables, sont mal gérés, mal apprivoisés, mal utilisés.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>À l’heure actuelle, il semblerait que dans le pays technologiquement le plus avancé du monde « quarante-quatre millions de personnes ne savent pratiquement pas lire, et près de deux cents millions savent lire, mais ne lisent probablement jamais ».<span id="easy-footnote-25-938" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/savoir-et-connaissances/#easy-footnote-bottom-25-938" title=" C’est l’Américain Michael Moore qui le dit dans ‹ Mike contre-attaque ! Bienvenue aux États Stupides d’Amérique ›, La Découverte, Paris, 2002."><sup>25</sup></a></span> Si c’est vrai, il s’agit de 87 % de la population du pays, enfants de moins de 7 ans compris, ce que je trouve un peu exagéré, mais vrais ou pas, ces propos ont la qualité de souligner un autre aspect, beaucoup plus important : savoir et connaissances ne se confondent pas. Au contraire, leurs cheminements, leurs natures et leurs attributs sont bien distincts. Intéressant : c’est une distinction d’une nature similaire que Vladimir Volkoff observe entre les notions de royauté et de monarchie.<span id="easy-footnote-26-938" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/savoir-et-connaissances/#easy-footnote-bottom-26-938" title="‹ Du Roi›, Julliard/L’Âge d’Homme, 1987."><sup>26</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>La première notion est totalement indépendante de l’outillage disponible. Unique, elle dépend en revanche d’un acquis certain, stable et d’un certain niveau. Elle s’obtient, mais seulement en allant la chercher avec ténacité, sincérité et – surtout – humilité. Et rien n’est moins sûr que de l’obtenir, car elle se mérite. La plupart du temps, cette quête est solitaire. En général, elle passe par l’écoute du maître, la méditation, la contemplation, mais aussi par la lecture. L’écoulement du temps n’a pas grande influence sur celui qui s’y soumet. Souvent, elle n’aboutit pas, ce qui veut dire que, du moins en principe, elle est réservée à quelques-uns.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>La deuxième notion dépend des moyens mis en œuvre. Multiple, elle ne se fait pas trop de bile pour sa propre substance et pour la constance de ce qu’elle véhicule. L’incertitude fait partie de sa nature. Avec elle, tout peut être remis en cause. Ainsi, ce qu’elle dispense, c’est plutôt un ordonnancement mental. Bon ou mauvais, à prendre ou à laisser. C’est ce que fait l’école. L’exercice est impératif dans ce secteur. Apprendre n’est pas comprendre, et comme la performance joue un rôle essentiel, tous les procédés sont bons – audiovisuels, pédagogiques, ludiques, etc. Ce qui signifie qu’elle s’adresse à la multitude.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Les rapports entre les deux ne sont pas évidents. Celui qui aura accédé au savoir sera peut-être dans l’ignorance la plus totale sur une quantité de choses constituant le b.a.-ba de la culture générale pour celui qui aura appris beaucoup de connaissances dans un domaine précis, et à plus forte raison dans plusieurs domaines des plus divers. Inversement, celui qui aura appris un certain nombre de choses n’aura peut-être pas la moindre idée de la distance qui le sépare du vrai savoir. Mais aussi, peut-être que toutes ces connaissances ne sont que des broutilles aux yeux du sage. De même que, pour le spécialiste ou le généraliste, la possession des connaissances ne fournit certes pas un visa pour le savoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Sous cette lumière, l’histoire du devenir de l’homme se relativise. Tout comme les critères de jugement sur l’état de réveil et le degré d’élévation d’une société quelconque. Lorsqu’on distingue entre ces deux parcours – c’est-à-dire quand on sépare la voie verticale du savoir (vers le soi intérieur et vers l’absolu extérieur) et la marche horizontale en avant des connaissances (vers l’acquisition, le stockage et l’exploitation de données diverses) -, les conclusions sont surprenantes. À partir de là, pour prendre deux exemples que presque tout oppose (les États-Unis et l’Inde), peu importe que, théoriquement, le rapport des taux d’alphabétisation et celui des taux de scolarisation soit d’environ 2 pour 1.<span id="easy-footnote-27-938" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/savoir-et-connaissances/#easy-footnote-bottom-27-938" title=" ‹ Annuaire économique géopolitique mondial ›, La Découverte, 2002."><sup>27</sup></a></span> Peu importe aussi que les rapports des nombres de postes de télévision et de connexions Internet soient de 13 pour 1 et respectivement de 60 pour 1.<span id="easy-footnote-28-938" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/savoir-et-connaissances/#easy-footnote-bottom-28-938" title=" cia.gov/cia/publications/factbook/index.html."><sup>28</sup></a></span> En réalité, la quête du Savoir sur la voie de la sublimation n’a cure de ces paramètres statistiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Dieu merci !</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>[24 novembre 2003]</p>
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			</item>
		<item>
		<title>A guerra dos Alpes (4/4)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jul 2019 20:03:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>[...] À l’heure à laquelle je clos cette fable, les hostilités sont entrées dans leur 8e journée. Sachant que mon but n’est pas de tenir un journal fictif de guerre, et pour ne pas lasser davantage le lecteur, je m’arrête ici. [...]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Eu tive um sonho… » (« J’ai fait un rêve… »)</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Abdias do Nascimento, leader noir brésilien)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le programme onusien Tampons encreurs contre aliments est aussitôt bloqué. Le conflit à peine engagé, l’on craint déjà le désastre humanitaire. Le cicr (Comité international de la Croix-Rouge) dresse des milliers de tentes en Slovaquie, Suisse et Tchéquie. Ainsi débute la seconde guerre des Alpes, dite Liberdade para a Áustria (Liberté pour l’Autriche). À la différence de la première, elle se livre aussi sur la Toile, à coups de blocages et de piratages de sites internet. Cinq cents journalistes triés sur le volet suivent les troupes alliées, pour distiller les nouvelles. Et tout le monde s’assoit devant les postes de télévision.”</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’heure à laquelle je clos cette fable, les hostilités sont entrées dans leur 8<sup>e</sup> journée. Sachant que mon but n’est pas de tenir un journal fictif de guerre, et pour ne pas lasser davantage le lecteur, je m’arrête ici.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi ardu serait le retour à la réalité, pensons maintenant que le Brésil de cette fable n’est pas le Brésil, mais les États-Unis, que le Portugal n’est pas le Portugal, mais le Royaume-Uni, et ainsi de suite. D’accord, déjà que l’exercice de placer le Brésil dans la peau d’une superpuissance arrogante et guerrière n’est pas évident à pratiquer ! Mais c’est justement là que se trouvent les particularités qui mettent en évidence le fossé qui sépare les deux cas. Un fossé ? Non, un vrai abysse ! En effet, tel que le monde se présente de nos jours, personne ne peut douter que ce scénario de la Guerre des Alpes I et II est une pure utopie, à tel point qu’il pourrait être facilement traité de loufoque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si grand que fût le passé impérial de l’Autriche contemporaine, comment l’imaginer transformée en une dictature sanguinaire ? Et même lors d’une pareille éventualité, ses partenaires continentaux n’auraient-ils pas vite raison d’une telle métamorphose ? Un début de réponse se trouve dans les sanctions de l’Union européenne après les élections de l’an 2000.<span id="easy-footnote-29-336" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-4-4/#easy-footnote-bottom-29-336" title=" Cette année-là, le Parti populaire d’Autriche (öVP) de Wolfgang Schüssel et le Parti libéral d’Autriche (öfp) de Jörg Haider ont formé une coalition gouvernementale qui a fait réagir certaines chancelleries."><sup>29</sup></a></span> Aussi riche fût le passé colonial du Portugal d’aujourd’hui, comment croire à l’idée qu’il puisse vassaliser à tel point sa politique étrangère au profit de son plus jeune, plus fort et plus grand frère ? Rien qu’en vertu d’une communauté de langue et de certaines affinités culturelles ? Même dans cette hypothèse, n’assisterait-on pas à une prompte correction d’une telle tentative, venant de ces mêmes partenaires de l’ue ? Si prometteur que soit l’avenir du Kazakhstan en termes de richesses, de développement économique et de rôle stratégique, comment concevoir cette ancienne république soviétique en tant que moyenne puissance régionale, ou encore mondiale ? La Russie et ses frères au sein de la cei ne se dépêcheraient-ils pas de la rappeler à l’ordre ? Suprême ineptie : si vivace que soit le grand Brésil, avec ses ressources infinies et son potentiel élevé, comment le prendre pour le gendarme mondial  même en lui prêtant, pour la circonstance, un goût planétaire du pouvoir ? Toute possible velléité de ce genre ne serait-elle pas réprimée au moindre geste par l’Organisation des États Américains, États-Unis en tête ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certainement, puisque le bon vieux dicton <em>Quod licet Iovis, non licet bovis</em> (Ce qui est permis à Jupiter, ne l’est pas au bœuf) ne s’applique pas qu’aux individus, mais aussi aux nations (qui sont des multiplications d’individus) et aux États (qui sont des récipients pour les nations). Alors que les lois de la nature font que se prend pour le Jupiter de notre proverbe celui qui en a les moyens, force nous est de constater que dans le monde unipolaire qui nous entoure, ce sont les États-Unis qui font, seuls, le jeu politique mondial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce jeu, ils endossent à la fois le rôle du mécène (pour le financement des institutions internationales), du président du club (pour les décisions stratégiques), du coach (pour l’approvisionnement en technologie, d’armement et de savoir-faire), du joueur (pour les interventions concrètes comme en ex-Yougoslavie, en Afghanistan, dans le Golfe, en Somalie), de l’idole (côté aspirations et image) et enfin de l’arbitre (pour ce qui est du droit international).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette omnipotence est réelle. Elle dérange à coup sûr et à plus d’un titre l’orgueil des anciennes puissances. Elle gêne, certes, les ambitions d’autres puissances en devenir. Il n’en reste pas moins que ce résultat s’est bâti en bonne partie sur toute une série d’échecs des premières, et que pendant ce temps les secondes s’empressaient de frapper à la porte de l’ère moderne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aucun gouvernement ne se permet aujourd’hui ce que l’administration américaine s’autorise librement :</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De décréter, sans preuve, que tel régime est nocif au point de devoir être éliminé par une action extérieure. Et de se trouver un auditoire acquis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• D’envahir “au cas où“ des États indépendants situés à des milliers de milles de ses frontières, sans être menacé. Et de clamer son droit (unilatéral) de le faire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De dresser une liste noire – toujours croissante – de pays qui ne remplissent pas toutes sortes de critères. Et d’agir en conséquence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De demander à un tiers des pays du monde d’expulser les légats d’un autre pays qui n’a pas trouvé grâce à ses yeux. Et d’obtenir satisfaction, ou du moins en partie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De ne pas entériner des conventions internationales vitales pour l’avenir de l’homme, au nom d’intérêts de cartel. Et là-dessus, de pouvoir accuser ceux qui les ratifient.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De prétendre exporter sa démocratie malgré l’absence de tout exemple réussi en la matière. Et d’y croire, en faisant aussi croire d’autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De dépenser en armement plus que les vingt-deux États suivants réunis, tout en affirmant à tout va que son seul but est l’autodéfense. Et de penser vendre cette optique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• D’utiliser pour ses propres objectifs expéditionnaires le sol, les eaux et le ciel d’un pays, sans son accord, afin de frapper un autre pays. Et de ne pas s’en soucier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De surveiller en permanence – du ciel – les États du globe, tel un véritable voyeur. Et sans justification particulière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• D’espionner l’intimité des gens à travers le monde, leurs conversations, leur correspondance, leurs déplacements. Et sans le sentiment de violer leurs droits élémentaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De défier ouvertement la seule organisation mondiale des États, en créant ainsi les prémices de son autodissolution. Et en estimant que ce n’est que justice.<span id="easy-footnote-30-336" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-4-4/#easy-footnote-bottom-30-336" title=" En vertu de l’adage (‘Tant pis si tout le monde autour de moi n’est pas capable d’être de mon avis’.)"><sup>30</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">• D’invoquer la raison d’État chaque fois que, à l’évidence, la raison – tout simplement – ne suffisait pas, ou plus.&nbsp; Et de croire cela juste et légitime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un jour, je pique-niquais avec des amis. On parlait de tout et de rien, de politique, des choses du jour. Soudain, quelqu’un a eu ces mots qui ne sauraient mieux résumer le fond des choses : ‘ Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi les Yankees n’ont pas le courage de dire ouvertement ‘Voilà, on fait la guerre car on en a tout simplement envie“, et ils cafouillent avec tous ces prétextes, tous plus ineptes les uns que les autres.’</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au faîte de la gloire, Alexandre le Grand essaya aussi d’exporter en Mésopotamie les valeurs hellénistiques. Son ambition prit fin à l’âge de 33 ans, à Babylone, à 90 km au sud de Bagdad.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’était en 323 av. J.-C.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Note.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Idéalement, le but de cet exercice serait atteint plus vite sans recours à la légende. Mais, pour le lecteur fainéant (j’en suis un), voici à tout de même le générique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les allégories sont en <em>italiques</em>.</p>



<figure class="wp-block-table"><table><tbody><tr><td>
États et États autoproclamés
</td></tr><tr><td>
<em>Albanie</em>
</td><td>
Israël
</td></tr><tr><td>
<em>Angola</em>
</td><td>
Canada
</td></tr><tr><td>
<em>Autriche</em>
</td><td>
Irak
</td></tr><tr><td>
<em>Belgique</em>
</td><td>
Azerbaïdjan
</td></tr><tr><td>
<em>Brésil</em>
</td><td>
USA
</td></tr><tr><td>
<em>Chine</em>
</td><td>
Russie
</td></tr><tr><td>
<em>Congo</em>
</td><td>
Bangladesh
</td></tr><tr><td>
<em>Daghestan</em>
</td><td>
Bosnie
</td></tr><tr><td>
<em>Danemark</em>
</td><td>
Géorgie
</td></tr><tr><td>
<em>Estonie</em>
</td><td>
Afghanistan
</td></tr><tr><td>
<em>Finlande</em>
</td><td>
Maroc
</td></tr><tr><td>
<em>Groenland</em>
</td><td>
Libye
</td></tr><tr><td>
<em>Hongrie</em>
</td><td>
Syrie
</td></tr><tr><td>
<em>Ingouchie</em>
</td><td>
Croatie
</td></tr><tr><td>
<em>Italie</em>
</td><td>
Iran
</td></tr><tr><td>
<em>Japon</em>
</td><td>
Inde
</td></tr><tr><td>
<em>Kabardino-Balkarie&nbsp;</em>
</td><td>
Kosovo
</td></tr><tr><td>
<em>Kazakhstan</em>
</td><td>
France
</td></tr><tr><td>
<em>Kenya</em>
</td><td>
Myanmar
</td></tr><tr><td>
<em>Lettonie</em>
</td><td>
Pakistan
</td></tr><tr><td>
<em>Liechtenstein</em>
</td><td>
Koweït
</td></tr><tr><td>
<em>Lituanie</em>
</td><td>
Palestine
</td></tr><tr><td>
<em>Macao</em>
</td><td>
Honduras
</td></tr><tr><td>
<em>Mongolie</em>
</td><td>
Allemagne
</td></tr><tr><td>
<em>Mozambique</em>
</td><td>
Australie
</td></tr><tr><td>
<em>Népal</em>
</td><td>
Corée-du-Nord
</td></tr><tr><td>
<em>Nigeria</em>
</td><td>
Espagne
</td></tr><tr><td>
<em>Norvège</em>
</td><td>
Qatar
</td></tr><tr><td>
<em>Ossétie-du-Nord</em>
</td><td>
Slovénie
</td></tr><tr><td>
<em>Pays-Bas</em>
</td><td>
Somalie
</td></tr><tr><td>
<em>Pologne</em>
</td><td>
Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Portugal</em>
</td><td>
Grande-Bretagne
</td></tr><tr><td>
<em>São Tomé-et-Principe</em>
</td><td>
Nouvelle-Zélande
</td></tr><tr><td>
<em>Slovaquie</em>
</td><td>
Kurdistan
</td></tr><tr><td>
<em>Suède</em>
</td><td>
Mali
</td></tr><tr><td>
<em>Suisse</em>
</td><td>
Arabie Saoudite
</td></tr><tr><td>
<em>Tchéquie</em>
</td><td>
Turquie
</td></tr><tr><td>
<em>Tchétchénie</em>
</td><td>
Yougoslavie
</td></tr><tr><td>
<em>Trinité-et -Tobago</em>
</td><td>
Cuba
</td></tr><tr><td>
<em>Tunisie</em>
</td><td>
Estonie
</td></tr><tr><td>
<em>Ukraine</em>
</td><td>
Égypte
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Regions et divers
</td></tr><tr><td>
<em>Caucase</em>
</td><td>
Balkans
</td></tr><tr><td>
<em>Europe de l’Est</em>
</td><td>
Proche-Orient
</td></tr><tr><td> <em>CPLP</em> </td><td> OCDE </td></tr><tr><td>
<em>Mer Adriatique</em>
</td><td>
Golfe Persique
</td></tr><tr><td> <em>OPNA</em> </td><td> OTAN </td></tr><tr><td>
<em>Pacte andin</em>
</td><td>
Union européenne
</td></tr><tr><td>
<em>Serra do Mar</em>
</td><td>
Monts Alleghanys
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Villes
</td></tr><tr><td>
<em>Astana</em>
</td><td>
Paris
</td></tr><tr><td>
<em>Beira</em>
</td><td>
Melbourne
</td></tr><tr><td>
<em>Belo Horizonte</em>
</td><td>
Los Angeles (ca)
</td></tr><tr><td>
<em>Brasilia</em>
</td><td>
Washington (dc)
</td></tr><tr><td>
<em>Curitiba</em>
</td><td>
Boston (ms)
</td></tr><tr><td>
<em>Gdánsk</em>
</td><td>
Port-Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Grozny</em>
</td><td>
Belgrade
</td></tr><tr><td>
<em>Karachaganak</em>
</td><td>
Toulouse
</td></tr><tr><td>
<em>Klagenfurt</em>
</td><td>
Bassora
</td></tr><tr><td>
<em>Lagos</em>
</td><td>
Madrid
</td></tr><tr><td>
<em>Lisbonne</em>
</td><td>
Londres
</td></tr><tr><td>
<em>Maputo</em>
</td><td>
Canberra
</td></tr><tr><td>
<em>Mogadiscio</em>
</td><td>
La Haye
</td></tr><tr><td>
<em>Oulan-Bator</em>
</td><td>
Berlin
</td></tr><tr><td>
<em>Pärnu</em>
</td><td>
Kandahar
</td></tr><tr><td>
<em>Pôrto Alegre</em>
</td><td>
Chicago (il)
</td></tr><tr><td>
<em>Recife</em>
</td><td>
Miami (fl)
</td></tr><tr><td>
<em>Rio de Janeiro</em>
</td><td>
Philadelphie (pa)
</td></tr><tr><td>
<em>Riyad</em>
</td><td>
Genève
</td></tr><tr><td>
<em>Santarém</em>
</td><td>
Lockerbie
</td></tr><tr><td>
<em>São Paulo</em>
</td><td>
New York (ny)
</td></tr><tr><td>
<em>Vitòria</em>
</td><td>
Newark (nj)
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Acteurs
</td></tr><tr><td>
<em>Francisco de Albuquerque</em>
</td><td>
Tommy Francks
</td></tr><tr><td>
<em>Caspar Baader</em>
</td><td>
Chalid Mohammed
</td></tr><tr><td>
<em>Chamil Bassaev</em>
</td><td>
Zoran Đinđić ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Nadji Bensoussan (fictif)</em>
</td><td>
Gro Harlem Brundtland
</td></tr><tr><td>
<em>Christoph Blocher</em>
</td><td>
Oussama Ben Laden
</td></tr><tr><td>
<em>Oumar Botassé (fictif)</em>
</td><td>
Hans Blix
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando H. Cardoso</em>
</td><td>
George W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando Collor de Mello</em>
</td><td>
George H. W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>José M. Durão Barroso</em>
</td><td>
Tony Blair
</td></tr><tr><td>
<em>João B. Figueiredo</em>
</td><td>
Norman Schwarzkopf
</td></tr><tr><td>
<em>Thomas Klestil</em>
</td><td>
Saddam Hussein
</td></tr><tr><td>
<em>Mart Laar</em>
</td><td>
Mohamed Omar
</td></tr><tr><td>
<em>Paulo Lacerda I</em><em><sup>er</sup></em>
</td><td>
Robert S. Mueller III
</td></tr><tr><td>
<em>Celso Lafer</em>
</td><td>
Colin Powell
</td></tr><tr><td>
<em>Vello Leito</em>
</td><td>
Ahmed Massoud ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Marco A. Marciel</em>
</td><td>
Richard B. Cheney
</td></tr><tr><td>
<em>Aslan Maskhadov</em>
</td><td>
Slobodan Milošević
</td></tr><tr><td>
<em>Ueli Maurer</em>
</td><td>
Abdelkarim Al-Nasser
</td></tr><tr><td>
<em>Abdias do Nascimento</em>
</td><td>
Martin Luther King
</td></tr><tr><td>
<em>Noursultan Nazarbaïev</em>
</td><td>
Jacques Chirac
</td></tr><tr><td>
<em>Olusegun Obasanjo</em>
</td><td>
José Maria Aznar
</td></tr><tr><td>
<em>Alfons Piller</em>
</td><td>
Mohamed Atta ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Ricardo C. Redi (fictif)</em>
</td><td>
Richard C. Reid
</td></tr><tr><td>
<em>Adrian Risi</em>
</td><td>
Abdulaziz Alomari ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Rubens da Silva (fictif)</em>
</td><td>
Ridley Scott
</td></tr><tr><td>
<em>Jiang Zemin</em>
</td><td>
Vladimir Poutine
</td></tr></tbody></table></figure>



<p class="wp-block-paragraph">[7 juin 2004]</p>
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			</item>
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		<title>A guerra dos Alpes (3/4)</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-3-4/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 30 Jun 2019 07:11:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=332</guid>

					<description><![CDATA[<p>[...]  Ce travail est à présent achevé. Le jour est venu pour la récente hyperpuissance de définir l’axe de sa nouvelle stratégie. L’heure est à la mondialisation économique effrénée. Aussi la globalisation politique, stratégique et militaire doit-elle forcément suivre. Ce sont les facteurs nécessaires et suffisants de la globalisation du pouvoir. Et pour mettre en place les règles de la partie, il vaut mieux s’y prendre tôt. [...]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Eu tive um sonho… » (« J’ai fait un rêve… »)</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Abdias do Nascimento, leader noir brésilien)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>O eixo do mal (L’axe du mal)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ce travail est à présent achevé. Le jour est venu pour la récente hyperpuissance de définir l’axe de sa nouvelle stratégie. L’heure est à la mondialisation économique effrénée. Aussi la globalisation politique, stratégique et militaire doit-elle forcément suivre. Ce sont les facteurs nécessaires et suffisants de la globalisation du pouvoir. Et pour mettre en place les règles de la partie, il vaut mieux s’y prendre tôt. En arrière-plan, le terrorisme reste donc une menace pour cette nouvelle donne. C’est le contexte choisi par l’administration Cardoso pour matérialiser cette stratégie. Elle est préventive, offensive, voire – même – combative. Car il faut dénicher, combattre et tuer dans l’œuf les nouvelles forces obscures qui désormais hantent le monde. Les pays qui incarnent cette menace sont réunis dans ce qui est intitulé O eixo do mal. En font partie notamment l’Autriche, le Groenland, l’Italie, le Népal, la Pologne et Trinité-et-Tobago. Les voies d’action choisies sont multiples.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Primo, le Departamento de Polícia Federal met à prix les têtes de plus d’une vingtaine de terroristes dont il veut se débarrasser. Leurs noms et photos sont diffusés tous azimuts. Selon le DPF, chacun vaut 50 millions de réis. Soit environ € 35 millions. En tous les cas, il est incontestable que le DPF met en œuvre de grands moyens, puisqu’il est prêt à débourser ainsi plus de BRL 1000000000 en cas de capture de tous les terroristes qu’il recherche. Pourtant, 18 mois après les attentats, le bilan est décevant : seul Caspar Baader est arrêté en Lettonie. En parallèle, son chef, Paulo Lacerda I</em><em><sup>e</sup></em><em>, s’active. Il intensifie les voyages à l’étranger. Les contacts avec les responsables locaux lui permettent de plaider sa cause.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Secundo, simultanément au fameux Ato Patriotico, l’exploitation des ressources provenant de Comedor do carne et de Nível (noms de code : Carnivore et Échelon) passe à la vitesse supérieure. Ces systèmes de surveillance, saisie et analyse des communications sont essentiels pour son nouveau combat. Ils sont alimentés par une multitude de satellites-espions largués ces dernières années. L’informatique n’est pas à la traîne. En 12 ans, la capacité de calcul est multipliée par 1000, celle de stockage des données par plus de 10000.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Tertio, l’éventail de la propagande est impressionnant, à la mesure des moyens employés, du reste. Mais Cardoso réussit l’exploit de rallier à sa cause la majorité des élus des deux Chambres, opposition comprise, tout en maintenant un semblant d’État de droit. Au fait, il réussit là où bien d’autres démocraties notoires échouent. En réalité, la campagne d’endoctrinement bat son plein, et tous les moyens sont bons pour former à la pensée unique un peuple pourtant réputé vigilant.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Quarto, le Brésil estime qu’il faut donner à présent des exemples dans le sens qui l’intéresse. Nous l’avons cependant bien vu : l’Italie était rentrée dans le rang, bien que clairement hostile aux Sud-Américains, le Groenland est discret depuis la tragédie de Santarém. (Un appareil de la LAB – Linhas Aéreas Brasileiras – explose en plein vol au-dessus de la ville portugaise de Santarém. Les deux pirates de l’air sont des Esquimaux. 259 passagers et membres de l’équipage ainsi que 11 habitants de la ville sont tués. Un des pirates est reconnu coupable par la cour portugaise siégeant à Mogadiscio, tandis que l’autre est libéré de toute charge.) Trinité-et-Tobago se trouve déjà sous embargo total depuis plus de 40 ans. La Pologne, tout en ayant des catholiques bigots à sa tête, est trop pauvre. Mais il reste quand même le Népal.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>C’est un pays étrange et méconnu. 24 millions de Népalais y vivent, coupés du monde par la chaîne de l’Himalaya et par une monarchie absolue. On lui prête les desseins les plus fous, comme d’utiliser contre l’Inde une arme atomique que nul n’a vue. Mais son maoïsme, si dépassé en ces temps de globalisation, effraie. Même les Chinois, ces vieux alliés, se tiennent à distance.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Il n’y a pour ainsi dire plus que l’Autriche, l’enfant terrible. Curieusement, depuis la précédente guerre, le pays ne fait plus recette. Les sanctions de l’ONU y sont bien sûr pour quelque chose. L’Autriche a reculé dans le temps et ne menace plus. Pourtant, c’est le mauvais exemple, le dernier de la classe. Et puis, surtout, elle est riche. Disons, virtuellement riche : en bois et en tampons encreurs, mais aussi en cuivre, fer et lignite. Elle a aussi une main-d’œuvre versée dans la fonderie et la petite mécanique.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le choix est alors fait. Décision est prise d’en découdre avec le trublion. C’est l’occasion pour noyer le dépit de la première campagne, causé par l’échec du renversement de régime à Vienne. Cela permet aussi aux pays du monde entier de savoir à quel Brésil ils ont affaire.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Revoici donc au grand jour le vieil ami Thomas, toujours aussi déterminé. Son discours et ses habitudes ne changent pas. Sa calvitie progresse, mais le Kaiser reste fidèle à lui-même. En revanche, c’est autour de lui que le paysage change. D’abord, il décime et remplace le cercle prétorien qui l’avait appuyé durant son aventure au Liechtenstein. Ensuite, ses rejetons sont installés à des postes clés du régime. Il inaugure ainsi la dynastie autrichienne moderne. Enfin, l’action humanitaire onusienne Tampons encreurs contre aliments est détournée à son avantage. Il en profite pour se refaire une santé militaire.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>De son côté, le président brésilien prépare le parcours. L’heure est venue. Son discours devant le plénum des Nations Unies annonce la couleur. Le Brésil est conscient que l’Autriche recèle des terroristes de tous bords. L’État voyou aspire à frapper ses voisins, pour une primauté régionale. Le Brésil sait aussi que Thomas fomente en cachette le plan d’attaquer la RFB. Comble de l’horreur, il a les moyens de ses ambitions, sous la forme d’un stock de moyens de rémission minime. Il constitue donc un danger économique réel, pas seulement pour le Brésil, mais aussi pour l’Europe de l’Est et pour le monde. Et Cardoso d’exiger de l’Autriche qu’elle élimine cette provision illégale. Il ajoute : si Thomas Klestil ne s’y soumet pas, le Brésil et ses alliés l’obligeront à le faire, si besoin par la force.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Il est pourtant des faits que le président brésilien n’expose pas devant l’Assemblée générale comme, par exemple, l’implication massive de terroristes suisses dans les attaques du 09/11. Cette situation est en passe de vicier les rapports helvético-brésiliens, traditionnellement amicaux. Mais surtout, elle altère la livraison régulière de produits microtechniques. Ces composants sont vitaux pour son industrie militaire en plein essor. Une fois mise au pas, l’Autriche pourrait en revanche devenir une alternative porteuse en ce sens. Et puis, on ne le répétera jamais assez : la République fédérative du Brésil a besoin de s’affirmer, d’être confirmée par ses anciens alliés et auxiliairement par tout le monde, d’asseoir son autorité, incontestée de fait, mais pas assez reconnue par le public. C’est décidé : la guerre en Autriche sera un coup d’éclat.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>De fait, on ne parle pas encore de guerre. L’ONU adopte la résolution 4111, qui entérine la récente injonction du président Cardoso. Les tournées d’inspection des équipes nommées par les Nations Unies reprennent. Ce sont des experts des armes bactériologiques, chimiques et nucléaires. La mission est composée de 120 personnes. Elle est codirigée par Oumar Botassé du Mali et par la Qatariote Nadji Bensoussan, directrice générale de l’Organisation mondiale de la Santé à Riyad.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les experts se déploient à travers le pays. Au départ, les Autrichiens se montrent réfractaires. C’est normal : ils répètent à qui veut les entendre qu’ils ne possèdent aucun de ces remèdes extraordinaires. Mais, petit à petit, ils se laissent faire. Dès lors, les inspections se suivent et se ressemblent. On ne trouve rien, ou alors, rien de réellement probant. En tout cas, dans les hôpitaux contrôlés, on ne fabrique pas en cachette de l’acide citrique. Quant aux quelques boîtes de seringues dont la capacité dépasse de 2 ml celle que l’ONU autorise, l’Autriche consent à leur destruction. Elle ne peut toutefois s’empêcher de crier au scandale. En effet, cette mesure équivaut à une autoprivation avant la lettre. Ne vient-on pas justement de prédire que l’option militaire est de plus en plus probable ?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Car au-delà du processus d’inspection qui bat son plein, le Brésil et son fidèle allié le Portugal perdent manifestement patience. Au fil des semaines, il n’est plus tellement question du dépouillement de l’Autriche. À cet argument, qui semble désormais désuet, même si les deux veulent le faire passer seulement pour insuffisant, s’ajoute un nouveau slogan qui prône le renversement nécessaire du régime autrichien, la libération du peuple de la tyrannie de Thomas et l’instauration de la démocratie dans le pays et dans la zone, autant d’éléments indispensables (disent-ils) pour favoriser la paix dans le monde et un règlement pacifique du conflit lituano-albanais.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Cet acharnement latin est ouvertement appuyé par le Nigeria. En face, l’Azerbaïdjan, la Mongolie, le Kazakhstan, la Russie et la Chine manifestent clairement leur désaccord. Ils considèrent que les missions d’inspection donnent des résultats, que l’Autriche coopère, même si elle pourrait faire plus, et qu’en définitive il faut laisser aux experts le temps nécessaire pour mener à terme le mandat de l’ONU. Pour ces pays, quitter cette voie ouvrirait la porte à l’arbitraire et à l’instabilité.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La tension monte dans les deux camps. Les États membres de l’OPNA sont divisés sur le sujet. Ceux du Pacte andin encore plus : il y a comme un malaise au sein d’un for qui peine à trouver sa véritable identité. Aux Nations unies se livre la bataille des couloirs. En aparté, chaque équipe tente d’étoffer ses rangs en vue d’un vote décisif au Conseil de sécurité. Résigné, le secrétaire général est réduit à multiplier les déclarations. Il appelle à la raison et avertit du risque de voir l’ONU se liquéfier. Mais il ne trouve pas un vrai auditoire du côté des va-t-en- guerre. Finalement, faute de consensus, le vote est abandonné.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Simultanément, c’est le coup d’envoi de l’opération militaire. Cardoso, Durão Barroso et Obasanjo se rencontrent sur l’île britannique d’Ascension. Le Premier ministre Tony Blair participe au sommet en tant que hôte. Le président lance l’ultimatum : Thomas Klestil a 48 heures top chrono pour quitter ses fonctions et son pays. Sinon, c’est la guerre. La réponse du maître de Vienne ne tarde pas : gros cigare au bec, il rigole sur les ondes d’ORF (Österrechisches Rundfunk). Il traite les Latins de paranos et appelle son peuple à résister jusqu’au dernier. Le ton est donné.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les pacifistes montent au créneau. Les manifestations s’amplifient tous azimuts. Des milliers de jeunes descendent dans les rues de Maputo et de Beira, d’Oulan-Bator, d’Antana et même de Lagos. Des centaines de boucliers humains venus du monde entier débarquent à l’aéroport de Wien-Schwechat. Pendant ce temps, le ballet diplomatique se poursuit. Mais l’issue paraît inéluctable, et personne ne se fait plus d’illusions.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>50 heures plus tard, le Brésil lance en effet sa guerre. Le dispositif carioca basé au Liechtenstein se lève. Ces 240000 Brésiliens sont appuyés par 40000 Portugais et 2000 Mozambicains. L’armada bigarrée du temps de Tempestade de Neve est révolue. Le Nigeria ne fournit pas de troupes. Le Mozambique, l’Iran, la Géorgie, São Tomé-et-Principe se rangent encore plus sobrement aux côtés des Latins. Celso Lafer, qui au départ se vante d’une coalition de plus de cent pays, est à l’instant obligé d’avouer une trentaine seulement, dont quinze tiennent à rester anonymes et douze ne font qu’adhérer à la déclaration de principes de la RFB.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le programme onusien Tampons encreurs contre aliments est aussitôt bloqué. Le conflit à peine engagé, l’on craint déjà le désastre humanitaire. Le CICR (Comité international de la Croix-Rouge) dresse des milliers de tentes en Slovaquie, Suisse et Tchéquie. Ainsi débute la seconde guerre des Alpes, dite Liberdade para a Áustria (Liberté pour l’Autriche). À la différence de la première, elle se livre aussi sur la Toile, à coups de blocages et de piratages de sites internet. Cinq cents journalistes triés sur le volet suivent les troupes alliées, pour distiller les nouvelles. Et tout le monde s’assoit devant les postes de télévision.”</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’heure à laquelle je clos cette fable, les hostilités sont entrées dans leur 8<sup>e</sup> journée. Sachant que mon but n’est pas de tenir un journal fictif de guerre, et pour ne pas lasser davantage le lecteur, je m’arrête ici.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Note.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Idéalement, le but de cet exercice serait atteint plus vite sans recours à la légende. Mais, pour le lecteur fainéant (j’en suis un), voici à tout de même le générique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les allégories sont en <em>italiques</em>.</p>



<figure class="wp-block-table"><table><tbody><tr><td>
États et États autoproclamés
</td></tr><tr><td>
<em>Albanie</em>
</td><td>
Israël
</td></tr><tr><td>
<em>Angola</em>
</td><td>
Canada
</td></tr><tr><td>
<em>Autriche</em>
</td><td>
Irak
</td></tr><tr><td>
<em>Belgique</em>
</td><td>
Azerbaïdjan
</td></tr><tr><td>
<em>Brésil</em>
</td><td>
USA
</td></tr><tr><td>
<em>Chine</em>
</td><td>
Russie
</td></tr><tr><td>
<em>Congo</em>
</td><td>
Bangladesh
</td></tr><tr><td>
<em>Daghestan</em>
</td><td>
Bosnie
</td></tr><tr><td>
<em>Danemark</em>
</td><td>
Géorgie
</td></tr><tr><td>
<em>Estonie</em>
</td><td>
Afghanistan
</td></tr><tr><td>
<em>Finlande</em>
</td><td>
Maroc
</td></tr><tr><td>
<em>Groenland</em>
</td><td>
Libye
</td></tr><tr><td>
<em>Hongrie</em>
</td><td>
Syrie
</td></tr><tr><td>
<em>Ingouchie</em>
</td><td>
Croatie
</td></tr><tr><td>
<em>Italie</em>
</td><td>
Iran
</td></tr><tr><td>
<em>Japon</em>
</td><td>
Inde
</td></tr><tr><td>
<em>Kabardino-Balkarie&nbsp;</em>
</td><td>
Kosovo
</td></tr><tr><td>
<em>Kazakhstan</em>
</td><td>
France
</td></tr><tr><td>
<em>Kenya</em>
</td><td>
Myanmar
</td></tr><tr><td>
<em>Lettonie</em>
</td><td>
Pakistan
</td></tr><tr><td>
<em>Liechtenstein</em>
</td><td>
Koweït
</td></tr><tr><td>
<em>Lituanie</em>
</td><td>
Palestine
</td></tr><tr><td>
<em>Macao</em>
</td><td>
Honduras
</td></tr><tr><td>
<em>Mongolie</em>
</td><td>
Allemagne
</td></tr><tr><td>
<em>Mozambique</em>
</td><td>
Australie
</td></tr><tr><td>
<em>Népal</em>
</td><td>
Corée-du-Nord
</td></tr><tr><td>
<em>Nigeria</em>
</td><td>
Espagne
</td></tr><tr><td>
<em>Norvège</em>
</td><td>
Qatar
</td></tr><tr><td>
<em>Ossétie-du-Nord</em>
</td><td>
Slovénie
</td></tr><tr><td>
<em>Pays-Bas</em>
</td><td>
Somalie
</td></tr><tr><td>
<em>Pologne</em>
</td><td>
Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Portugal</em>
</td><td>
Grande-Bretagne
</td></tr><tr><td>
<em>São Tomé-et-Principe</em>
</td><td>
Nouvelle-Zélande
</td></tr><tr><td>
<em>Slovaquie</em>
</td><td>
Kurdistan
</td></tr><tr><td>
<em>Suède</em>
</td><td>
Mali
</td></tr><tr><td>
<em>Suisse</em>
</td><td>
Arabie Saoudite
</td></tr><tr><td>
<em>Tchéquie</em>
</td><td>
Turquie
</td></tr><tr><td>
<em>Tchétchénie</em>
</td><td>
Yougoslavie
</td></tr><tr><td>
<em>Trinité-et -Tobago</em>
</td><td>
Cuba
</td></tr><tr><td>
<em>Tunisie</em>
</td><td>
Estonie
</td></tr><tr><td>
<em>Ukraine</em>
</td><td>
Égypte
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Regions et divers
</td></tr><tr><td>
<em>Caucase</em>
</td><td>
Balkans
</td></tr><tr><td>
<em>Europe de l’Est</em>
</td><td>
Proche-Orient
</td></tr><tr><td>
<em>CPLP</em>
</td><td>
OCDE
</td></tr><tr><td>
<em>Mer Adriatique</em>
</td><td>
Golfe Persique
</td></tr><tr><td>
<em>OPNA</em>
</td><td>
OTAN
</td></tr><tr><td>
<em>Pacte andin</em>
</td><td>
Union européenne
</td></tr><tr><td>
<em>Serra do Mar</em>
</td><td>
Monts Alleghanys
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Villes
</td></tr><tr><td>
<em>Astana</em>
</td><td>
Paris
</td></tr><tr><td>
<em>Beira</em>
</td><td>
Melbourne
</td></tr><tr><td>
<em>Belo Horizonte</em>
</td><td>
Los Angeles (CA)
</td></tr><tr><td>
<em>Brasilia</em>
</td><td>
Washington (DC)
</td></tr><tr><td>
<em>Curitiba</em>
</td><td>
Boston (MS)
</td></tr><tr><td>
<em>Gdánsk</em>
</td><td>
Port-Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Grozny</em>
</td><td>
Belgrade
</td></tr><tr><td>
<em>Karachaganak</em>
</td><td>
Toulouse
</td></tr><tr><td>
<em>Klagenfurt</em>
</td><td>
Bassora
</td></tr><tr><td>
<em>Lagos</em>
</td><td>
Madrid
</td></tr><tr><td>
<em>Lisbonne</em>
</td><td>
Londres
</td></tr><tr><td>
<em>Maputo</em>
</td><td>
Canberra
</td></tr><tr><td>
<em>Mogadiscio</em>
</td><td>
La Haye
</td></tr><tr><td>
<em>Oulan-Bator</em>
</td><td>
Berlin
</td></tr><tr><td>
<em>Pärnu</em>
</td><td>
Kandahar
</td></tr><tr><td>
<em>Pôrto Alegre</em>
</td><td>
Chicago (IL)
</td></tr><tr><td>
<em>Recife</em>
</td><td>
Miami (FL)
</td></tr><tr><td>
<em>Rio de Janeiro</em>
</td><td>
Philadelphie (PA)
</td></tr><tr><td>
<em>Riyad</em>
</td><td>
Genève
</td></tr><tr><td>
<em>Santarém</em>
</td><td>
Lockerbie
</td></tr><tr><td>
<em>São Paulo</em>
</td><td>
New York (NY)
</td></tr><tr><td>
<em>Vitòria</em>
</td><td>
Newark (NJ)
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Acteurs
</td></tr><tr><td>
<em>Francisco de Albuquerque</em>
</td><td>
Tommy Francks
</td></tr><tr><td>
<em>Caspar Baader</em>
</td><td>
Chalid Mohammed
</td></tr><tr><td>
<em>Chamil Bassaev</em>
</td><td>
Zoran Đinđić ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Nadji Bensoussan (fictif)</em>
</td><td>
Gro Harlem Brundtland
</td></tr><tr><td>
<em>Christoph Blocher</em>
</td><td>
Oussama Ben Laden
</td></tr><tr><td>
<em>Oumar Botassé (fictif)</em>
</td><td>
Hans Blix
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando H. Cardoso</em>
</td><td>
George W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando Collor de Mello</em>
</td><td>
George H. W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>José M. Durão Barroso</em>
</td><td>
Tony Blair
</td></tr><tr><td>
<em>João B. Figueiredo</em>
</td><td>
Norman Schwarzkopf
</td></tr><tr><td>
<em>Thomas Klestil</em>
</td><td>
Saddam Hussein
</td></tr><tr><td>
<em>Mart Laar</em>
</td><td>
Mohamed Omar
</td></tr><tr><td>
<em>Paulo Lacerda I</em><em><sup>er</sup></em>
</td><td>
Robert S. Mueller III
</td></tr><tr><td>
<em>Celso Lafer</em>
</td><td>
Colin Powell
</td></tr><tr><td>
<em>Vello Leito</em>
</td><td>
Ahmed Massoud ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Marco A. Marciel</em>
</td><td>
Richard B. Cheney
</td></tr><tr><td>
<em>Aslan Maskhadov</em>
</td><td>
Slobodan Milošević
</td></tr><tr><td>
<em>Ueli Maurer</em>
</td><td>
Abdelkarim Al-Nasser
</td></tr><tr><td>
<em>Abdias do Nascimento</em>
</td><td>
Martin Luther King
</td></tr><tr><td>
<em>Noursultan Nazarbaïev</em>
</td><td>
Jacques Chirac
</td></tr><tr><td>
<em>Olusegun Obasanjo</em>
</td><td>
José Maria Aznar
</td></tr><tr><td>
<em>Alfons Piller</em>
</td><td>
Mohamed Atta ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Ricardo C. Redi (fictif)</em>
</td><td>
Richard C. Reid
</td></tr><tr><td>
<em>Adrian Risi</em>
</td><td>
Abdulaziz Alomari ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Rubens da Silva (fictif)</em>
</td><td>
Ridley Scott
</td></tr><tr><td>
<em>Jiang Zemin</em>
</td><td>
Vladimir Poutine
</td></tr></tbody></table></figure>



<p class="wp-block-paragraph">[7 juin 2004]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-3-4/">A guerra dos Alpes (3/4)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>A guerra dos Alpes (2/4)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Jun 2019 20:14:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>[…] Dans ce climat trouble, l’impensable se produit le matin du 09/11. À 08h46, l’avion md-11 du vol rg 3008 de la compagnie Varig, assurant la liaison entre Curitiba et Belo Horizonte, change sa route et percute l’édifice Conde Pereira Carneiro à Rio de Janeiro. À 09h03, un Airbus A319 de la TAM, venant de Curitiba, frappe le Palácio Zarzur Kogan de São Paulo et explose. […]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-2-4/">A guerra dos Alpes (2/4)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Eu tive um sonho…» (« J’ai fait un rêve…»)</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Abdias do Nascimento, leader noir brésilien)</p>
</div></div>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">[…] <em>‘Dia de terror para o Brazil e para o mundo’ (‘Jour de terreur pour le Brésil et pour le monde’)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Dans ce climat trouble, l’impensable se produit le matin du 09/11. À 08h46, l’avion MD-11 du vol rg 3008 de la compagnie Varig, assurant la liaison entre Curitiba et Belo Horizonte, change sa route et percute l’édifice Conde Pereira Carneiro à Rio de Janeiro. À 09h03, un Airbus A319 de la TAM, venant de Curitiba, frappe le Palácio Zarzur Kogan de São Paulo et explose. À 09h45, un autre Airbus (A320) de la TAM, partant de Brasilia vers Belo Horizonte, s’abat sur le Palais du Congrès national de Brasilia et détruit le Sénat. À 10h05, l’immeuble Kogan, haut de 170 mètres, tombe. À 10h10, un 2e appareil de Varig, un MD-88 en vol vers Vitória, s’écrase dans une forêt située près de la Serra do Mar. À 10h28, le Conde Pereira – le plus haut gratte-ciel du Brésil – s’écroule. Enfin, le lendemain soir, l’affalement d’un autre édifice du complexe Kogan met un terme à l’impensable. Le monde entier s’arrête.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les attentats font près de 3000 victimes et de nombreux blessés. Paradoxalement peut-être, ce sont les pompiers de São Paulo qui payent le plus lourd tribut en vies humaines. ‘ Le Brésil frappé, le monde saisi d’effroi ‘ titre le quotidien kazakh The Almaty Herald au lendemain des attentats. On ne sait pas très bien comment les choses se sont passées concrètement, surtout à l’intérieur des appareils. Mais l’identité des suicidaires est connue déjà depuis la veille : il s’agit d’un commando de 19 personnes, en majorité des Suisses. Leur motivation n’est pas établie. On sait en revanche qu’il s’agit de terroristes appartenant pour la plupart à l’Union démocratique du centre (UDC). Ils sont organisés et dirigés par deux professionnels, Alfons Piller et son adjoint Adrian Risi. Mais on trouve aussi des militants du Parti des Vrais Finlandais (PVF) et du parti lituanien Mūsu Zeme (Notre terre). En faisant des recherches sur ces monstrueux kamikazes, on remonte vite à l’origine du mal. Son nom est connu : Christoph Blocher. C’est la figure de proue du nationalisme suisse. Richissime, redoutable démagogue et brillant rassembleur, il est un pourfendeur féroce du métissage.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La volonté, le sang-froid et le professionnalisme des attaques laissent perplexe. Il est vrai que ce leader n’en est pas à son coup d’essai. Depuis longtemps, Blocher clame ses penchants pro-lituaniens. Par ailleurs, il est le suspect n° 1 pour le financement du parti Notre Terre. Et lorsqu’un croiseur portugais est piégé à Rangoon par une faction du PVF, il est clair que “Chris“ cautionne le sabotage. Mais avec les carnages du 09/11, ce fou se surpasse et atteint le comble de l’horreur.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ses cibles ne sont pas aléatoires. Blocher s’en prend aux édifices cariocas les plus majestueux, ainsi qu’au cœur du pouvoir démocratique. Par miracle, le Palácio do Planalto, siège de la présidence, échappe au pire : le 4</em><em><sup>e</sup></em><em> avion lui était destiné. Ce fondamentaliste frappe donc les symboles de la fierté nationale et d’une démocratie ethniquement consensuelle. Le constat prend toute sa valeur dans cet immense creuset harmonieusement formé de Portugais, d’Italiens, d’Allemands, d’Espagnols, de Polonais, de Noirs, de Juifs, de Japonais, d’Arabes et de Chinois.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Mais, au-delà du modèle brésilien et à travers lui, ces exaltés visent le pluriethnisme en général. Le succès d’autres sociétés (celle américaine par exemple) qui fonctionnent sur ce même principe les agresse. Selon eux, il est intolérable d’ainsi dilapider les acquis nationaux, sacrés. Et il faut dire qu’ils réussissent à installer une psychose durable d’un bout à l’autre du Brésil.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les portraits des malfaiteurs font le tour de la planète. Tout le monde connaît désormais ces figures, avec leurs noms imprononçables. Bientôt, on commence aussi à connaître les détails du forfait. Depuis les forêts d’Estonie où il s’est réfugié, Blocher fait parvenir une cassette vidéo à la chaîne d’information Euronews. Il déclare, notamment  : ‘Üsi Hüser si vo Bluet überfluetet, u dr Tyrann louft unghinderet derdür. Üsi Widerständ wärde nit ufhöre, bevor nid Ländereie befreit si’. (‘Nos maisons sont inondées de sang et, pendant ce temps, le tyran se promène calmement parmi elles. Nous ne cesserons pas les attaques, tant que nos terres ne seront pas libres.’</em><span id="easy-footnote-31-321" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-2-4/#easy-footnote-bottom-31-321" title=" Traduction : Brigitte von Bourg)"><sup>31</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Malgré ces faits, au moins trois questions troublantes se posent.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>D’abord, piloter des jumbos n’est pas donné au premier venu. Or, avant le 09/11, les mieux préparés de ces illuminés n’avaient conduit que des biplaces. D’où vient alors cette habileté rare, en vol rasant à 600 km/h (un instant d’absence et la cible est ratée), dans un centre-ville truffé de gratte-ciel et à la barbe du contrôle aérien ?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Et puis ces noms ne figurent pas sur la liste des victimes, dressée par le DPF (Departamento da Polícia Federal). Serait-ce par mépris absolu envers les criminels, ou par pudeur quant aux autres victimes, passives ? Peut-être bien. Toujours est-il que l’authentification des restes de ces terroristes lors de la pénible reconstitution de tous les corps s’avère, autant qu’on le sache, impossible.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Enfin, ces attentats ne sont jamais clairement revendiqués. Pour un tel chef-d’œuvre de l’épouvante, c’est étrange. Certes, il y a les enregistrements attribués à Blocher, rendus publics. Certes, le “fou de nation” lance des menaces, en costume trois pièces, fusil chinois AK-47 à la main. Tout cela reste toutefois assez ambigu. Et sur cet aspect, il n’y a pas d’enquête digne de ce nom. C’est regrettable, car des fous, il y en a légion dans le monde pour récupérer à bon compte une telle aubaine.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Nobre estrela (Étoile noble)<span id="easy-footnote-32-321" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-2-4/#easy-footnote-bottom-32-321" title=" En référence au symbole des forces armées brésiliennes)."><sup>32</sup></a></span></em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Alors non, déjà à partir du lendemain des attentats, les Brésiliens tiennent leurs hommes. C’est l’opération Nobre estrela. Surprenant, avec si peu d’indices concrets. Nervosité latine ? Impatience hautaine d’un pouvoir en quelque sorte humilié par une bande de voyous ? Besoin immédiat de fournir des solutions préfabriquées – donc des coupables – à une nation meurtrie ? Décisions maladroites prises à chaud ? Admettons. Il n’empêche que, devant l’histoire, chacune de ces suppositions trouverait une meilleure réponse dans la recherche longue et laborieuse des vrais fautifs que dans l’homologation précipitée d’auteurs hypothétiques.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ainsi, par la bouche du président Cardoso, le monde apprend très tôt plusieurs directives : que la République fédérative du Brésil est décidée à traquer ces terroristes où qu’ils soient, que tous les pays qui les abritent sont mis dans le même sac, que depuis la fin de la guerre humide,</em><span id="easy-footnote-33-321" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-2-4/#easy-footnote-bottom-33-321" title=" De 1945 à 1990, état de tension entre le Brésil et la Chine portant sur l’hégémonie dans l’Atlantique, le Pacifique et l’Antarctique, le principal enjeu étant la question de l’eau potable et des voies maritimes. L’ouverture économique et politique de la Chine à partir de 1990 a permis d’enterrer la hache de guerre entre les deux supergrands."><sup>33</sup></a></span> <em>la planète fait face à un nouvel ennemi, le terrorisme. Repaire de Blocher et de ses lieutenants, l’Estonie entre dans la ligne de mire.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Pendant ce temps, le Premier ministre portugais Durão Barroso annonce la découverte de preuves irréfutables. Leur présentation serait imminente. Le ministre brésilien des Relations extérieures, Lafer, se fait l’écho de ces nouvelles. Les preuves démontreraient la responsabilité du réseau nationaliste dans les attentats du 09/11. Il y a cependant malaise, car le temps passe et ces preuves sont toujours introuvables.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Qu’à cela ne tienne ! Dans l’intervalle, d’autres preuves arrivent. Le terroriste portugais Ricardo C. Redi se glisse sur un vol Varig reliant Astana à Recife. Il veut se faire sauter grâce à un explosif dissimulé dans le col de sa chemise ! Heureusement il est maîtrisé à temps. À Ispahan, un retraité iranien percute avec son aéronef la Mosquée du Shah, par miracle sans faire d’autres victimes que lui-même. À Karachaganak, l’explosion de l’usine chimique FAZ appartenant à Lukoil fait 30 victimes et plus de 2000 blessés dans la population civile.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Dans ce contexte, Cardoso fait adopter par les deux chambres d’un Congrès unanime le terrible Ato Patriotico (Acte patriotique). Cette loi édictée pour la circonstance choque un grand nombre de Brésiliens. Elle réduit sensiblement les droits civiques. La présomption de culpabilité devient la référence de fait. Des mesures de sécurité sans précédent sont mises en place. À São Paulo, Pôrto Alegre ou Rio de Janeiro, les temps où il faisait bon d’être Suisse, Lituanien, Polonais ou Finlandais sont révolus.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Suportar Liberdade (Soutenir la liberté)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Et puis, surtout, le président Cardoso lance – cette fois-ci sur l’Estonie – l’opération Suportar Liberdade, annoncée d’avance. Son principal objectif est de déloger, capturer ou tuer Christoph. Implicitement, il est aussi de neutraliser son réseau hors-la-loi. Les Cariocas débarquent à nouveau dans une contrée dont quelques jours avant ils ignoraient jusqu’à l’existence même. Les forces angolaises et portugaises participent aussi à l’opération. Le tout est piloté par la 3</em><em><sup>e</sup></em><em> flotte brésilienne basée à Gdańsk.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le rapport des forces est extrêmement inégal. Depuis l’assassinat de Vello Leito, chef historique du Parti Estonien de l’Indépendance, le pays, déjà faible, est miné par les faucons de l’Union pour la Patrie de Mart Laar. Dans la région, ce personnage mystérieux est une légende, au point qu’on doute de son existence réelle. Mais son influence est énorme, comme son aversion pour le Brésil. En fait, c’est pour cela qu’il se trouve sur la liste des ennemis publics de Cardoso et Marciel, ce dernier étant d’ailleurs vu comme le cerveau de la nouvelle stratégie.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>À la maison, l’état fédéral panse ses plaies, tandis qu’à 12 000 km de là, les meninos traquent les bandits entre Pärnu et Tartu.&nbsp; C’est le général d’armée Francisco Ricardo de Albuquerque qui dirige l’expédition alliée. Elle finit à peine deux mois plus tard. L’Union pour la Patrie n’existe plus. Ses militants sont morts ou capturés. Certains choisissent la clandestinité en Lettonie voisine. Mais les objectifs ne sont atteints qu’en partie, comme lors de la première campagne des Alpes. Mart Laar, Ueli Maurer et surtout Christoph Blocher courent toujours.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>O eixo do mal (L’axe du mal)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ce travail est à présent achevé. Le jour est venu pour la récente hyperpuissance de définir l’axe de sa nouvelle stratégie. L’heure est à la mondialisation économique effrénée. Aussi la globalisation politique, stratégique et militaire doit-elle forcément suivre. Ce sont les facteurs nécessaires et suffisants de la globalisation du pouvoir. Et pour mettre en place les règles de la partie, il vaut mieux s’y prendre tôt. En arrière-plan, le terrorisme reste donc une menace pour cette nouvelle donne.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Note.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Idéalement, le but de cet exercice serait atteint plus vite sans recours à la légende. Mais, pour le lecteur fainéant (j’en suis un), voici à tout de même le générique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les allégories sont en <em>italiques</em>.</p>



<figure class="wp-block-table"><table><tbody><tr><td>
États et États autoproclamés
</td></tr><tr><td>
<em>Albanie</em>
</td><td>
Israël
</td></tr><tr><td>
<em>Angola</em>
</td><td>
Canada
</td></tr><tr><td>
<em>Autriche</em>
</td><td>
Irak
</td></tr><tr><td>
<em>Belgique</em>
</td><td>
Azerbaïdjan
</td></tr><tr><td>
<em>Brésil</em>
</td><td>
USA
</td></tr><tr><td>
<em>Chine</em>
</td><td>
Russie
</td></tr><tr><td>
<em>Congo</em>
</td><td>
Bangladesh
</td></tr><tr><td>
<em>Daghestan</em>
</td><td>
Bosnie
</td></tr><tr><td>
<em>Danemark</em>
</td><td>
Géorgie
</td></tr><tr><td>
<em>Estonie</em>
</td><td>
Afghanistan
</td></tr><tr><td>
<em>Finlande</em>
</td><td>
Maroc
</td></tr><tr><td>
<em>Groenland</em>
</td><td>
Libye
</td></tr><tr><td>
<em>Hongrie</em>
</td><td>
Syrie
</td></tr><tr><td>
<em>Ingouchie</em>
</td><td>
Croatie
</td></tr><tr><td>
<em>Italie</em>
</td><td>
Iran
</td></tr><tr><td>
<em>Japon</em>
</td><td>
Inde
</td></tr><tr><td>
<em>Kabardino-Balkarie&nbsp;</em>
</td><td>
Kosovo
</td></tr><tr><td>
<em>Kazakhstan</em>
</td><td>
France
</td></tr><tr><td>
<em>Kenya</em>
</td><td>
Myanmar
</td></tr><tr><td>
<em>Lettonie</em>
</td><td>
Pakistan
</td></tr><tr><td>
<em>Liechtenstein</em>
</td><td>
Koweït
</td></tr><tr><td>
<em>Lituanie</em>
</td><td>
Palestine
</td></tr><tr><td>
<em>Macao</em>
</td><td>
Honduras
</td></tr><tr><td>
<em>Mongolie</em>
</td><td>
Allemagne
</td></tr><tr><td>
<em>Mozambique</em>
</td><td>
Australie
</td></tr><tr><td>
<em>Népal</em>
</td><td>
Corée-du-Nord
</td></tr><tr><td>
<em>Nigeria</em>
</td><td>
Espagne
</td></tr><tr><td>
<em>Norvège</em>
</td><td>
Qatar
</td></tr><tr><td>
<em>Ossétie-du-Nord</em>
</td><td>
Slovénie
</td></tr><tr><td>
<em>Pays-Bas</em>
</td><td>
Somalie
</td></tr><tr><td>
<em>Pologne</em>
</td><td>
Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Portugal</em>
</td><td>
Grande-Bretagne
</td></tr><tr><td>
<em>São Tomé-et-Principe</em>
</td><td>
Nouvelle-Zélande
</td></tr><tr><td>
<em>Slovaquie</em>
</td><td>
Kurdistan
</td></tr><tr><td>
<em>Suède</em>
</td><td>
Mali
</td></tr><tr><td>
<em>Suisse</em>
</td><td>
Arabie Saoudite
</td></tr><tr><td>
<em>Tchéquie</em>
</td><td>
Turquie
</td></tr><tr><td>
<em>Tchétchénie</em>
</td><td>
Yougoslavie
</td></tr><tr><td>
<em>Trinité-et -Tobago</em>
</td><td>
Cuba
</td></tr><tr><td>
<em>Tunisie</em>
</td><td>
Estonie
</td></tr><tr><td>
<em>Ukraine</em>
</td><td>
Égypte
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Regions et divers
</td></tr><tr><td>
<em>Caucase</em>
</td><td>
Balkans
</td></tr><tr><td>
<em>Europe de l’Est</em>
</td><td>
Proche-Orient
</td></tr><tr><td> <em>CPLP</em> </td><td> OCDE </td></tr><tr><td>
<em>Mer Adriatique</em>
</td><td>
Golfe Persique
</td></tr><tr><td> <em>OPNA</em> </td><td> OTAN </td></tr><tr><td>
<em>Pacte andin</em>
</td><td>
Union européenne
</td></tr><tr><td>
<em>Serra do Mar</em>
</td><td>
Monts Alleghanys
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Villes
</td></tr><tr><td>
<em>Astana</em>
</td><td>
Paris
</td></tr><tr><td>
<em>Beira</em>
</td><td>
Melbourne
</td></tr><tr><td>
<em>Belo Horizonte</em>
</td><td>
Los Angeles (ca)
</td></tr><tr><td>
<em>Brasilia</em>
</td><td>
Washington (dc)
</td></tr><tr><td>
<em>Curitiba</em>
</td><td>
Boston (ms)
</td></tr><tr><td>
<em>Gdánsk</em>
</td><td>
Port-Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Grozny</em>
</td><td>
Belgrade
</td></tr><tr><td>
<em>Karachaganak</em>
</td><td>
Toulouse
</td></tr><tr><td>
<em>Klagenfurt</em>
</td><td>
Bassora
</td></tr><tr><td>
<em>Lagos</em>
</td><td>
Madrid
</td></tr><tr><td>
<em>Lisbonne</em>
</td><td>
Londres
</td></tr><tr><td>
<em>Maputo</em>
</td><td>
Canberra
</td></tr><tr><td>
<em>Mogadiscio</em>
</td><td>
La Haye
</td></tr><tr><td>
<em>Oulan-Bator</em>
</td><td>
Berlin
</td></tr><tr><td>
<em>Pärnu</em>
</td><td>
Kandahar
</td></tr><tr><td>
<em>Pôrto Alegre</em>
</td><td>
Chicago (il)
</td></tr><tr><td>
<em>Recife</em>
</td><td>
Miami (fl)
</td></tr><tr><td>
<em>Rio de Janeiro</em>
</td><td>
Philadelphie (pa)
</td></tr><tr><td>
<em>Riyad</em>
</td><td>
Genève
</td></tr><tr><td>
<em>Santarém</em>
</td><td>
Lockerbie
</td></tr><tr><td>
<em>São Paulo</em>
</td><td>
New York (ny)
</td></tr><tr><td>
<em>Vitòria</em>
</td><td>
Newark (nj)
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Acteurs
</td></tr><tr><td>
<em>Francisco de Albuquerque</em>
</td><td>
Tommy Francks
</td></tr><tr><td>
<em>Caspar Baader</em>
</td><td>
Chalid Mohammed
</td></tr><tr><td>
<em>Chamil Bassaev</em>
</td><td>
Zoran Đinđić ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Nadji Bensoussan (fictif)</em>
</td><td>
Gro Harlem Brundtland
</td></tr><tr><td>
<em>Christoph Blocher</em>
</td><td>
Oussama Ben Laden
</td></tr><tr><td>
<em>Oumar Botassé (fictif)</em>
</td><td>
Hans Blix
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando H. Cardoso</em>
</td><td>
George W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando Collor de Mello</em>
</td><td>
George H. W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>José M. Durão Barroso</em>
</td><td>
Tony Blair
</td></tr><tr><td>
<em>João B. Figueiredo</em>
</td><td>
Norman Schwarzkopf
</td></tr><tr><td>
<em>Thomas Klestil</em>
</td><td>
Saddam Hussein
</td></tr><tr><td>
<em>Mart Laar</em>
</td><td>
Mohamed Omar
</td></tr><tr><td>
<em>Paulo Lacerda I</em><em><sup>er</sup></em>
</td><td>
Robert S. Mueller III
</td></tr><tr><td>
<em>Celso Lafer</em>
</td><td>
Colin Powell
</td></tr><tr><td>
<em>Vello Leito</em>
</td><td>
Ahmed Massoud ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Marco A. Marciel</em>
</td><td>
Richard B. Cheney
</td></tr><tr><td>
<em>Aslan Maskhadov</em>
</td><td>
Slobodan Milošević
</td></tr><tr><td>
<em>Ueli Maurer</em>
</td><td>
Abdelkarim Al-Nasser
</td></tr><tr><td>
<em>Abdias do Nascimento</em>
</td><td>
Martin Luther King
</td></tr><tr><td>
<em>Noursultan Nazarbaïev</em>
</td><td>
Jacques Chirac
</td></tr><tr><td>
<em>Olusegun Obasanjo</em>
</td><td>
José Maria Aznar
</td></tr><tr><td>
<em>Alfons Piller</em>
</td><td>
Mohamed Atta ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Ricardo C. Redi (fictif)</em>
</td><td>
Richard C. Reid
</td></tr><tr><td>
<em>Adrian Risi</em>
</td><td>
Abdulaziz Alomari ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Rubens da Silva (fictif)</em>
</td><td>
Ridley Scott
</td></tr><tr><td>
<em>Jiang Zemin</em>
</td><td>
Vladimir Poutine
</td></tr></tbody></table></figure>



<p class="wp-block-paragraph">[7 juin 2004]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-2-4/">A guerra dos Alpes (2/4)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
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		<title>A guerra dos Alpes (¼)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 May 2019 09:17:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On a envie de dire que cette deuxième guerre contre l’Irak est tout simplement irréelle. Pour preuve, il suffit de se livrer à un exercice simple : intervertir toutes les situations et composantes de ce délire, examiner le résultat obtenu et conclure sur l’état des faits tel qu’il se présente en réalité. [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-%c2%bc/">A guerra dos Alpes (¼)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Eu tive um sonho…». (« J’ai fait un rêve…»)</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Abdias do Nascimento, leader noir brésilien)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">On a envie de dire que cette deuxième guerre contre l’Irak est tout simplement irréelle.<span id="easy-footnote-34-310" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-%c2%bc/#easy-footnote-bottom-34-310" title=" Rien que cette concise plaisanterie douteuse, peut-être d’origine européenne, résume de manière acide une certaine optique sur des civilisations pourtant fières d’une histoire bien plus longue et riche: ‘On dit comment, Iran ou Irak ?’"><sup>34</sup></a></span> Pour preuve, il suffit de se livrer à un exercice simple : intervertir toutes les situations et composantes de ce délire, examiner le résultat obtenu et conclure sur l’état des faits tel qu’il se présente en réalité. Essayons donc d’imaginer un autre film des événements qui ont lieu au Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. (Voir aussi la légende à la fin de ce texte.)</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Les origines</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>“1980. L’Italie et l’Autriche s’affrontent sans merci. Prétexte : le Sud du Tyrol, que l’Autriche revendique. C’est la Chine et le Kazakhstan qui fournissent l’armement aux Italiens. Les Autrichiens se servent au Brésil. Le conflit finit en queue de poisson. Il fait un million de victimes et laisse les deux pays exsangues. Complaisante, l’ONU baisse les bras. En secret, elle sympathise toutefois avec l’État le plus docile. Pourtant, c’est bien en Autriche que cette rivalité vient de provoquer le renversement de l’état de droit. Une terrible dictature s’installe. Finalement, les anciens ennemis commencent une reconstruction lente et difficile.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Des années plus tard, le tyran de Vienne procède en toute impunité à l’extermination de milliers de Slovaques. En bonne partie, ce sont des militants du PTGS (le Parti des Travailleurs de la Grande Slovaquie, interdit en Autriche). Au grand dam de l’Europe, la République tchèque voisine ne se prive d’ailleurs pas de saluer cet acte.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les années passent. Tout en confortant son assise, le régime fait valoir des penchants de plus en plus douteux. Par exemple, il s’abstient de condamner l’explosion en plein vol d’un avion de ligne soudanais au large de la Tunisie. Cet exploit d’un commando belge fait 289 victimes. Ou alors il salue l’attentat suicide d’un groupe d’extrémistes danois contre une base militaire portugaise en Angola. Résultat : 134 morts et blessés.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>En même temps, l’Italie se rachète une conduite. Au gouvernement belliqueux de l’époque se substitue une équipe plus sage. Celle-ci soumet au peuple une réforme de la Constitution autorisant le prince Victor-Emmanuel à rentrer d’exil. Le retour du pays à un système monarchique constitutionnel devient ainsi possible. Assagi, le royaume transalpin retrouve ainsi les feux de la rampe. Fort de sa diaspora, il commence même à être loué par les grands du moment, Brésil en tête.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>L’Anschluss (L’Annexion)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Et puis, un jour d’été, comme pris par la folie, le satrape viennois attaque sans crier gare la principauté du Liechtenstein. Ce minuscule voisin, 250 fois plus petit pour la population et 2 x 250 fois pour la surface, est écrasé. Le prince Hans-Adam II se réfugie en Suisse. Bon nombre de ses concitoyens aussi. Stupéfait, le monde entier somme Thomas Klestil de se retirer du Liechtenstein, annexé en 10 heures et sans résistance. En vain.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Au fil des semaines, les témoignages en provenance de Vaduz percent la censure autrichienne. On parle de sévices et de pillages systématiques. Le pays, naguère l’un des plus riches de la région, est détruit. Fiduciaires et banques ferment, études d’avocats et d’experts, firmes de courtage et sociétés off-shore aussi. Même l’exportation de timbres-poste cesse. La valeur des exemplaires déjà en circulation explose donc artificiellement, car la demande du marché n’arrête pas d’augmenter depuis l’invasion. C’est l’unique “bénéfice“ de l’occupation.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les nations libres ont ainsi toute raison de s’alarmer. En effet, si l’Autriche n’obtempère pas, quelle sera la face du monde demain ? Quel sera le prochain (petit) pays visé ? Serait-ce la fin d’une époque et de la démocratie tout court ? N’y aurait-il pas un moyen pour arrêter cela ?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Si ! Et c’est le Brésil qui, le premier, monte aux avant-postes. Et c’est le président Collor de Mello qui avertit l’Autriche des répercussions de son acte irresponsable. Et d’autres pays lui emboîtent le pas : le Portugal d’abord, suivi du Mozambique, de l’Angola, de Macao, mais aussi de l’Ukraine, du Congo et de la Finlande. Et, bientôt, une coalition de trente-sept États se dresse contre la barbarie de Thomas. Et la volonté se concrétise lorsqu’une force de frappe sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale est déployée dans la région.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Mais le dictateur persiste et signe. Pour lui, la principauté est territoire autrichien. Son action est légitime. Et pas moyen de compter sur une révolte populaire, ni dans son pays, encore moins en territoire occupé : la terreur et la propagande sont telles qu’au moindre geste de fronde on risque sa peau. D’ailleurs, le tyran nargue le monde libre : il se fait plébisciter à la tête de l’Autriche lors d’élections à candidat unique.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Tempestade de neve</em> (<em>Tempête de neige)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>L’ultimatum devient alors inévitable. Le bruit de bottes se fait concret. Une énorme flotte alliée est dépêchée au nord de l’Adriatique. Les bases militaires de OPNA en Tchéquie et en Suisse décuplent leur capacité. 300000 soldats (dont 165 Liechtensteinois) attendent le signal du général João Baptista Figueiredo, qui dirige la coalition. Ils sont armés jusqu’aux dents. Eh bien non, en dépit de tout ça, Klestil s’obstine.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>C’est alors qu’une colossale armada s’abat sur cette Autriche déjà affaiblie par le conflit avec l’Italie. La guerre est rapide. Son nom est symbolique : Tempestade de neve, dite aussi A Guerra dos Alpes. (La Guerre des Alpes) Les attaquants sont en surnombre, suréquipés et surentraînés. Ils sont dotés des moyens les plus sophistiqués. Ils disposent d’une puissance aérienne terrible, et ils en font usage jour et nuit. En face, les Autrichiens n’opposent que des troupes à vélo, des deltaplanes, la cavalerie, des unités de chasseurs de montagne et du matériel de combat datant de la dernière guerre.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Pourtant, on les redoute toujours, et peut-être à juste titre. En effet, des rumeurs circulent sur d’éventuels projectiles capables d’atteindre l’Albanie, l’ennemi de toujours. On craint l’existence d’un super-canon dissimulé du côté de Klagenfurt. D’ailleurs, l’Albanie est ouvertement sur le qui-vive. De Shkodër à Vlorë, la population reçoit des masques à gaz et des fusils à grenaille. Le lobby albanais s’active à Brasilia. Puis, un jour, la menace se matérialise : une vingtaine de missiles chinois Som sont tirés sur Tirana. Par chance, des missiles antimissiles Herói interceptent la plupart d’entre eux, le reste faisant peu de dégâts.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Un mois plus tard, l’Autriche est vaincue. Les alliés – les deux compagnies du Liechtenstein en tête – libèrent la capitale et les 15 autres villes et villages du pays. Le prince revient à Vaduz. Les bureaux de poste sont déminés. Le peuple est en liesse. Soulagés, les Albanais peuvent enfin souffler aussi. Figueiredo et ses marinheiros rentrent triomphalement à Rio. De partout, les témoignages de sympathie fusent. Discrètement haïe hier pour sa richesse insolente, cette Lilliputie est maintenant un pays chéri. Enfin, tout le monde respire : l’exportation des timbres peut reprendre, les banques et les fiduciaires recommencent à fonctionner normalement. La première Guerre des Alpes est terminée.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>L’agresseur en revanche est puni. Il ne l’aura pas volé. Il reçoit des sanctions sévères. Première source de devises, l’industrie des tampons encreurs est mise sous embargo. L’ONU décrète une large zone d’exclusion aérienne entre le 12</em><em><sup>e</sup></em><em> et le 16</em><em><sup>e</sup></em><em> méridien. Le pays – en ruine – décline. La population s’enfonce dans la maladie et la misère. Toutefois, Thomas Klestil réussit à se maintenir à la tête de l’État. Lors des dernières élections, il est même reconduit à son poste par 100% des votants !</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Restaurar a esperança</em> (<em>Restaurer l’espoir)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le temps passe et l’écho de Tempestade de Neve s’éteint. Le Brésil vit un essor considérable. La croissance touche des sommets insoupçonnés. Voilà dix ans que ça dure, malgré quelques chahuts boursiers. Le pays exploite des ressources naturelles impressionnantes. Il pratique une politique industrielle et commerciale agressive. L’inflation est maîtrisée, la valeur du real</em> <em>contrôlée ; par conséquent les exportations s’envolent. La nation s’enrichit et devient forte, trop forte peut-être. Ce n’est pas le cas des membres de la CPL (Communauté des pays lusophones) qui se chamaillent depuis des années au sein d’un organisme toujours bègue.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Vient l’opération désastreuse aux Pays-Bas. Baptisée Restaurar a Esperança, cette initiative unilatérale brésilienne est mal inspirée et mal préparée. Décidée en dehors du cadre de l’ONU, elle tourne au fiasco : 17 meninos sont tués et 106 blessés dans les quartiers louches de La Haye. Deux avions espions EMB-145 SA sont détruits. L’objectif initial – capturer un mafieux local – est abandonné. Le monde réprouve et le Brésil encaisse le coup. Pour un temps, le président adopte le profil bas. La débâcle et le choc sont tels que Rubens da Silva choisit de porter le sujet à l’écran : ce sera le poignant ‹ Rouxinol branco no ar › (‹ Rossignol blanc par terre ›).</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Força aliada (Force alliée)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Il y a ensuite le conflit du Caucase. Le Brésil et d’autres pays du Pacte andin interviennent ici pour rétablir l’ordre. La Mongolie participe aussi à sa première incursion hors frontières. L’opération s’appelle Força aliada. En effet, la région est déchirée par les conflits ethniques. Les Tchétchènes attaquent sans cesse le Daghestan, l’Ingouchie et l’Ossétie du Nord. Finalement c’est l’annexion forcée de la Kabardino-Balkarie par la Tchétchénie qui provoque l’intervention alliée, qui est presque exclusivement aérienne. Les frappes sont destinées à démanteler l’appareil militaire tchétchène. Pourtant, beaucoup d’objectifs civils sont aussi détruits. Les chasseurs-bombardiers pilonnent Grozny nuit et jour. Deux mois plus tard, le régime d’Aslan Maskhadov capitule.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Dix ans de guerre l’ont rendu impopulaire. Mais il faut aussi compter avec un Shamil Bassaev dont l’acharnement est légendaire. De surcroît, le Tribunal pénal international (TPI) de Mogadiscio lance un mandat en son nom. Il y est accusé de génocide et de crimes contre l’humanité. Pressé de toutes parts, Maskhadov démissionne. Deux ans après, le tout nouveau gouvernement tchétchène, issu des élections qui viennent d’avoir lieu, le livre au procureur général du TPI. En échange, le pays reçoit € 1400000000.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>‘Dia de terror para o Brazil e para o mundo’ (Jour de terreur pour le Brésil et pour le monde’)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Dans ce climat trouble, l’impensable se produit le matin du 09/11. À 08h46, l’avion MD-11 du vol RG 3008 de la compagnie Varig, assurant la liaison entre Curitiba et Belo Horizonte, change sa route et percute l’édifice Conde Pereira Carneiro à Rio de Janeiro. À 09h03, un Airbus A319 de la TAM, venant de Curitiba, frappe le Palácio Zarzur Kogan de São Paulo et explose. À 09h45, un autre Airbus (A320) de la TAM, partant de Brasilia vers Belo Horizonte, s’abat sur le Palais du Congrès national de Brasilia et détruit le Sénat. À 10h05, l’immeuble Kogan, haut de 170 mètres, tombe. À 10h10, un 2e appareil de Varig, un MD-88 en vol vers Vitória, s’écrase dans une forêt située près de la Serra do Mar. À 10h28, le Conde Pereira – le plus haut gratte-ciel du Brésil – s’écroule. Enfin, le lendemain soir, l’affalement d’un autre édifice du complexe Kogan met un terme à l’impensable. Le monde entier s’arrête.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Note.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Idéalement, le but de cet exercice serait atteint plus vite sans recours à la légende. Mais, pour le lecteur fainéant (j’en suis un), voici à tout de même le générique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les allégories sont en <em>italiques</em>.</p>



<figure class="wp-block-table"><table><tbody><tr><td>
États et États autoproclamés
</td></tr><tr><td>
<em>Albanie</em>
</td><td>
Israël
</td></tr><tr><td>
<em>Angola</em>
</td><td>
Canada
</td></tr><tr><td>
<em>Autriche</em>
</td><td>
Irak
</td></tr><tr><td>
<em>Belgique</em>
</td><td>
Azerbaïdjan
</td></tr><tr><td>
<em>Brésil</em>
</td><td>
États-Unis d’Amérique
</td></tr><tr><td>
<em>Chine</em>
</td><td>
Russie
</td></tr><tr><td>
<em>Congo</em>
</td><td>
Bangladesh
</td></tr><tr><td>
<em>Daghestan</em>
</td><td>
Bosnie
</td></tr><tr><td>
<em>Danemark</em>
</td><td>
Géorgie
</td></tr><tr><td>
<em>Estonie</em>
</td><td>
Afghanistan
</td></tr><tr><td>
<em>Finlande</em>
</td><td>
Maroc
</td></tr><tr><td>
<em>Groenland</em>
</td><td>
Libye
</td></tr><tr><td>
<em>Hongrie</em>
</td><td>
Syrie
</td></tr><tr><td>
<em>Ingouchie</em>
</td><td>
Croatie
</td></tr><tr><td>
<em>Italie</em>
</td><td>
Iran
</td></tr><tr><td>
<em>Japon</em>
</td><td>
Inde
</td></tr><tr><td>
<em>Kabardino-Balkarie&nbsp;</em>
</td><td>
Kosovo
</td></tr><tr><td>
<em>Kazakhstan</em>
</td><td>
France
</td></tr><tr><td>
<em>Kenya</em>
</td><td>
Myanmar
</td></tr><tr><td>
<em>Lettonie</em>
</td><td>
Pakistan
</td></tr><tr><td>
<em>Liechtenstein</em>
</td><td>
Koweït
</td></tr><tr><td>
<em>Lituanie</em>
</td><td>
Palestine
</td></tr><tr><td>
<em>Macao</em>
</td><td>
Honduras
</td></tr><tr><td>
<em>Mongolie</em>
</td><td>
Allemagne
</td></tr><tr><td>
<em>Mozambique</em>
</td><td>
Australie
</td></tr><tr><td>
<em>Népal</em>
</td><td>
Corée-du-Nord
</td></tr><tr><td>
<em>Nigeria</em>
</td><td>
Espagne
</td></tr><tr><td>
<em>Norvège</em>
</td><td>
Qatar
</td></tr><tr><td>
<em>Ossétie-du-Nord</em>
</td><td>
Slovénie
</td></tr><tr><td>
<em>Pays-Bas</em>
</td><td>
Somalie
</td></tr><tr><td>
<em>Pologne</em>
</td><td>
Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Portugal</em>
</td><td>
Grande-Bretagne
</td></tr><tr><td>
<em>São Tomé-et-Principe</em>
</td><td>
Nouvelle-Zélande
</td></tr><tr><td>
<em>Slovaquie</em>
</td><td>
Kurdistan
</td></tr><tr><td>
<em>Suède</em>
</td><td>
Mali
</td></tr><tr><td>
<em>Suisse</em>
</td><td>
Arabie Saoudite
</td></tr><tr><td>
<em>Tchéquie</em>
</td><td>
Turquie
</td></tr><tr><td>
<em>Tchétchénie</em>
</td><td>
Yougoslavie
</td></tr><tr><td>
<em>Trinité-et -Tobago</em>
</td><td>
Cuba
</td></tr><tr><td>
<em>Tunisie</em>
</td><td>
Estonie
</td></tr><tr><td>
<em>Ukraine</em>
</td><td>
Égypte
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Regions et divers
</td></tr><tr><td>
<em>Caucase</em>
</td><td>
Balkans
</td></tr><tr><td>
<em>Europe de l’Est</em>
</td><td>
Proche-Orient
</td></tr><tr><td>
<em>CPLP</em>
</td><td>
OCDE
</td></tr><tr><td>
<em>Mer Adriatique</em>
</td><td>
Golfe Persique
</td></tr><tr><td>
<em>OPNA</em>
</td><td>
OTAN
</td></tr><tr><td>
<em>Pacte andin</em>
</td><td>
Union européenne
</td></tr><tr><td>
<em>Serra do Mar</em>
</td><td>
Monts Alleghanys
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Villes
</td></tr><tr><td>
<em>Astana</em>
</td><td>
Paris
</td></tr><tr><td>
<em>Beira</em>
</td><td>
Melbourne
</td></tr><tr><td>
<em>Belo Horizonte</em>
</td><td>
Los Angeles (CA)
</td></tr><tr><td>
<em>Brasilia</em>
</td><td>
Washington (DC)
</td></tr><tr><td>
<em>Curitiba</em>
</td><td>
Boston (MS)
</td></tr><tr><td>
<em>Gdánsk</em>
</td><td>
Port-Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Grozny</em>
</td><td>
Belgrade
</td></tr><tr><td>
<em>Karachaganak</em>
</td><td>
Toulouse
</td></tr><tr><td>
<em>Klagenfurt</em>
</td><td>
Bassora
</td></tr><tr><td>
<em>Lagos</em>
</td><td>
Madrid
</td></tr><tr><td>
<em>Lisbonne</em>
</td><td>
Londres
</td></tr><tr><td>
<em>Maputo</em>
</td><td>
Canberra
</td></tr><tr><td>
<em>Mogadiscio</em>
</td><td>
La Haye
</td></tr><tr><td>
<em>Oulan-Bator</em>
</td><td>
Berlin
</td></tr><tr><td>
<em>Pärnu</em>
</td><td>
Kandahar
</td></tr><tr><td>
<em>Pôrto Alegre</em>
</td><td>
Chicago (IL)
</td></tr><tr><td>
<em>Recife</em>
</td><td>
Miami (FL)
</td></tr><tr><td>
<em>Rio de Janeiro</em>
</td><td>
Philadelphie (PA)
</td></tr><tr><td>
<em>Riyad</em>
</td><td>
Genève
</td></tr><tr><td>
<em>Santarém</em>
</td><td>
Lockerbie
</td></tr><tr><td>
<em>São Paulo</em>
</td><td>
New York (NY)
</td></tr><tr><td>
<em>Vitòria</em>
</td><td>
Newark (NJ)
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Acteurs
</td></tr><tr><td>
<em>Francisco de Albuquerque</em>
</td><td>
Tommy Francks
</td></tr><tr><td>
<em>Caspar Baader</em>
</td><td>
Chalid Mohammed
</td></tr><tr><td>
<em>Chamil Bassaev</em>
</td><td>
Zoran Đinđić ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Nadji Bensoussan (fictif)</em>
</td><td>
Gro Harlem Brundtland
</td></tr><tr><td>
<em>Christoph Blocher</em>
</td><td>
Oussama Ben Laden
</td></tr><tr><td>
<em>Oumar Botassé (fictif)</em>
</td><td>
Hans Blix
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando H. Cardoso</em>
</td><td>
George W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando Collor de Mello</em>
</td><td>
George H. W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>José M. Durão Barroso</em>
</td><td>
Tony Blair
</td></tr><tr><td>
<em>João B. Figueiredo</em>
</td><td>
Norman Schwarzkopf
</td></tr><tr><td>
<em>Thomas Klestil</em>
</td><td>
Saddam Hussein
</td></tr><tr><td>
<em>Mart Laar</em>
</td><td>
Mohamed Omar
</td></tr><tr><td>
<em>Paulo Lacerda I</em><em><sup>er</sup></em>
</td><td>
Robert S. Mueller III
</td></tr><tr><td>
<em>Celso Lafer</em>
</td><td>
Colin Powell
</td></tr><tr><td>
<em>Vello Leito</em>
</td><td>
Ahmed Massoud ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Marco A. Marciel</em>
</td><td>
Richard B. Cheney
</td></tr><tr><td>
<em>Aslan Maskhadov</em>
</td><td>
Slobodan Milošević
</td></tr><tr><td>
<em>Ueli Maurer</em>
</td><td>
Abdelkarim Al-Nasser
</td></tr><tr><td>
<em>Abdias do Nascimento</em>
</td><td>
Martin Luther King
</td></tr><tr><td>
<em>Noursultan Nazarbaïev</em>
</td><td>
Jacques Chirac
</td></tr><tr><td>
<em>Olusegun Obasanjo</em>
</td><td>
José Maria Aznar
</td></tr><tr><td>
<em>Alfons Piller</em>
</td><td>
Mohamed Atta ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Ricardo C. Redi (fictif)</em>
</td><td>
Richard C. Reid
</td></tr><tr><td>
<em>Adrian Risi</em>
</td><td>
Abdulaziz Alomari ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Rubens da Silva (fictif)</em>
</td><td>
Ridley Scott
</td></tr><tr><td>
<em>Jiang Zemin</em>
</td><td>
Vladimir Poutine
</td></tr></tbody></table></figure>



<p class="wp-block-paragraph">[7 juin 2004]</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Les Etats-Unis d’Europe</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 Feb 2019 18:11:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les États-Unis d’Europe, je n’y crois pas. Non pas que ce pays ne verra jamais le jour (dans ce monde, tout peut arriver, n’est-ce pas ?), mais que, s’il le voit, ce sera vraiment une bonne chose, durable et viable, une chose dont il conviendra d’être intimement et réellement fier. Et si je doute, c’est pour deux raisons. [...]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« L’Europe cherche, avec raison, à se donner une politique et une monnaie communes, mais elle a surtout besoin d’une âme. »</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(André Frossard, ‹ Le Monde de Jean-Paul II<em> ›</em>, Fayard, 1991)</p>
</div></div>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">Les États-Unis d’Europe, je n’y crois pas. Non pas que ce pays ne verra jamais le jour (dans ce monde, tout peut arriver, n’est-ce pas ?), mais que, s’il le voit, ce sera vraiment une bonne chose, durable et viable, une chose dont il conviendra d’être intimement et réellement fier. Et si je doute, c’est pour deux raisons.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La première est qu’en réalité le principe écrasant installé à la base de cette union est avant tout économique, très subsidiairement politique et stratégique. L’idée du grand et unique État européen naît au début de l’après-guerre et au lendemain du plan Marshall, en pleine guerre froide. À l’époque, on pouvait donc lui trouver un éventuel sens stratégique, disais-je, fondé sur l’expérience catastrophique de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, il prit forme sous le nom de Communauté européenne du charbon et de l’acier (ceca) et ensuite de Communauté économique européenne (cee). Il faut reconnaître que les deux sont loin d’être métaphysiques. Mais peu à peu, l’affaire s’enlisa, même si l’effectif passa d’abord de cinq à douze, et ensuite à quinze pays. En réalité, l’on tournait drôlement en rond.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jusqu’à ce désormais fameux 7 février 1992, quand tout repartit à Maastricht, bourgade hollandaise chic et paisible. Il est vrai que le Rideau de fer venait de tomber et que les États-Unis&nbsp; post-reaganiens montraient leurs biceps. Alors on se mit à rêver d’une monnaie unique, de la libre circulation des biens et des personnes, de plaques minéralogiques unifiées pour les véhicules, de l’encodage des aliments selon les directives de la cee, de normes industrielles communes, de la standardisation des systèmes de mesure, de la réciprocité des diplômes, d’une force armée unique et même – hardiesse suprême – de la mise à niveau des taxes. Rien que du culturel, quoi ! En effet, le Traité de Rome de 1957 stipule que <em>« La Communauté a pour mission, par l’établissement d’un marché commun, d’une Union économique et monétaire et par la mise en œuvre des politiques ou des actions communes visées aux articles suivants, de promouvoir un développement harmonieux et équilibré des activités économiques dans l’ensemble de la Communauté, une croissance durable et non inflationniste respectant l’environnement, un haut degré de convergence des performances économiques, un niveau d’emploi et de protection sociale élevé, le relèvement du niveau et de la qualité de vie, la cohésion économique et sociale et la solidarité entre les États membres. »</em> Étonnant ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr que non ! La culture ? Nul n’en souffla mot. Et, franchement, comment cela aurait-il été possible ? Car, lorsque je parle de culture, il me semble évident que je ne vise ni le poste de commissaire en charge de ce domaine, ni le commissariat qu’il dirige, ni les fonds y relatifs, ni les échanges ou les événements qui sont organisés afin de stimuler la connaissance mutuelle et le rapprochement entre cultures nécessairement distinctes. Non, je vise quelque chose de différent et de bien plus important.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je vise tout ce que les pays (membres) ont de plus singulier, donc de plus intime, c’est-à-dire de plus précieux, tout ce que, volontairement ou non, ils traînent après eux dans la corbeille commune de l’union, et qui porte bien un nom : leur identité. Je trie : le Luxembourg – noble, richissime et polyglotte État-timbre ; l’Italie – immense passé, exubérance et insouciance chroniques, folle créativité ; l’Allemagne – un monolithe, en dessous la salle des machines, au-dessus la cathédrale du continent ; l’Espagne – fierté obscure ou obscurité fière (c’est selon !), grand passé aussi, grand avenir peut-être ; la Grèce – notre mère à tous, convertie à l’émigration car source désormais tarie ; la Grande-Bretagne – que j’allais oublier peut-être, car ce n’est que grâce à la poussée du Gulf Stream qu’elle reste tout de même attelée à l’Europe ; autrement, dans sa dérive, elle aurait depuis longtemps épousé l’ami américain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais Grand Dieu ! qu’est-ce que ces pays peuvent avoir en commun ?! Au fait, je crois que les seuls deux éléments que tous les Européens (membres ou non de la ce, cee, eee, oecd et autres organismes) partagent sans réserve sont une terre commune et la fierté de la partager. Tout le reste est une très longue histoire faite de rivalités secrètes, de luttes ouvertes, d’âpres conquêtes, de lourdes défaites, de frustrations étouffées, d’ambitions larvées, d’alliances tordues, d’hégémonies passées et présentes. Pourtant, comme dans les plus grandes sagas, pendant des millénaires, c’est un tel creuset qu’il a fallu pour forger cette entité admirablement diverse intitulée la civilisation européenne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, un seul pays, ces… États-Unis d’Europe ? Oui, qui sait ? Mais alors certainement et seulement en nivelant toutes ces identités. Et, en fin de compte, pour obtenir quoi ? L’<em>”homme européen”</em> ? (Se régaler à ce propos avec ‹ L’Europe expliquée aux Européens › de Pierre Antilogus, Benoît du Peloux et Philippe Trétiack, Vents d’Ouest, 2000.) Mais cet <em>”homme européen”</em>-là, avec les particularités que nous avons vues, se porte comme un charme depuis des lustres ! Un autre <em>”hommeeuropéen”</em> donc ? Peut-être bien, mais alors j’ai envie de me référer à Malraux et dire que cet <em>”hommeeuropéen”</em>-là sera culturellement trisomique ou ne sera pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’autre raison – ou évidence – qui me fait douter de la viabilité de ces États-Unis d’Europe est que la formule d’organisation envisagée est la singerie contre-nature d’un système fédéraliste qui a fait ses preuves à bien des égards et des endroits, à la mention près que les circonstances respectives étaient totalement différentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a quantité d’États fédéraux de par le monde. De ce que je sais, il y a l’Argentine, l’Australie, le Brésil, le Canada, les États-Unis d’Amérique, l’Inde, le Mexique, le Nigeria, le Pakistan ou encore la Russie. Dans beaucoup de cas ça fonctionne très bien, dans d’autres moins bien, pour toutes sortes de raisons ethniques, sociales, religieuses, politiques ou économiques. Néanmoins, dans aucun de ces cas les disparités entre les composantes du pays ne sont aussi structurelles, ni historiquement aussi enracinées, que dans celui d’un hypothétique pays nommé les États-Unis d’Europe. En revanche, si les États fédéraux sont ce qu’ils sont, je me demande pour quelle raison l’européanisme ne ferait pas recette ailleurs sur la Terre, dans une application à la sauce locale ? On sait que les régions offrant des conditions similaires ne manquent pas. Mais les pays concernés ont toujours eu la sagesse de limiter leurs ambitions à des alliances économiques ou stratégiques, et rien de plus. Le Commonwealth, l’ASEAN, la Ligue arabe, le Mercosur, l’Union africaine sont des exemples en ce sens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sérieusement, comment réunir en pratique et avantageusement sous un même chapiteau de vénérables petites monarchies (Belgique, Danemark, Luxembourg, Pays-Bas, Suède), un ancien grand empire protestant saxon devenu royaume (Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord) et qui chapeaute des formations étatiques (Angleterre, Écosse, Pays de Galles, Irlande du Nord), un jeune et grand royaume catholique latin, autrefois immense empire, passé par la dictature républicaine (Espagne), des républiques avec de vieilles traditions monarchiques (Grèce, Italie, Portugal), une grande république ex-monarchie-phare (France), des possessions devenues républiques (Finlande, Irlande), une république bâtie sur les ruines d’un empire démembré (Autriche) et, pour couronner le tout, la seule république réellement fédérale (Allemagne) ?! La vue se brouille encore plus lorsqu’on pense aux aspirants : les pays orthodoxes, ex-vassaux communistes, ou alors ce pays fort, laïque et musulman à la fois, issu de l’Empire ottoman… Et que dire de l’ancienne patrie des tsars ?!…</p>



<p class="wp-block-paragraph">À présent : les États-Unis d’Europe seront-ils un jour une monarchie ? Dans ce cas, laquelle des dynasties sera retenue et sur la base de quels critères les autres rois abdiqueront-ils ? Ou bien trouvera-t-on, <em>ex nihilo</em>, une nouvelle monarchie européenne, à la hauteur d’un Charlemagne, d’un Charles Quint ou d’un Bonaparte ? Au contraire, seront-ils – ces eue – une république, et tous les souverains renonceront-ils à leur trône respectif ? Si la création d’un parlement et d’un gouvernement uniques européens serait à la rigueur concevable et si – dans la foulée – l’on pouvait encore imaginer l’octroi des fonctions exécutives suprêmes (le président européen, le Premier ministre européen, le président du Conseil européen, le chancelier européen, etc.) à tour de rôle sur la base d’une certaine pratique collégiale, je crois en revanche que le choix de la capitale de l’Europe devrait poser quelques problèmes. Berlin ? Londres ? Madrid ? Paris ? Rome ? Et puis, pendant qu’on y est, pourquoi pas Bruxelles, Helsinki ou même Vienne, à moins que, pour calmer tout le monde, n’est-ce pas ?, on choisisse finalement Maastricht !</p>



<figure class="wp-block-gallery columns-1 is-cropped wp-block-gallery-3 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img decoding="async" width="1000" height="1000" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Les-Etats-Unis-dEurope-Le-Royaume-des-États-Unis-dEurope-1.jpg" alt data-id="586" class="wp-image-586" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Les-Etats-Unis-dEurope-Le-Royaume-des-États-Unis-dEurope-1.jpg 1000w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Les-Etats-Unis-dEurope-Le-Royaume-des-États-Unis-dEurope-1-300x300.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Les-Etats-Unis-dEurope-Le-Royaume-des-États-Unis-dEurope-1-150x150.jpg 150w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Les-Etats-Unis-dEurope-Le-Royaume-des-États-Unis-dEurope-1-768x768.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"></figure></li></ul></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, en effet, le Royaume des États-Unis d’Europe, monarchie constitutionnelle héréditaire, disposant – en vertu des principes de la diversité, de la décentralisation, du respect des petites entités et de l’égalité des chances – d’un <em>Kaiser</em> réélu tous les 10 ans au suffrage universel et abrité sur la plate-forme maritime de Sealand, d’un parlement bicaméral multiethnique basé à Maastricht, d’un quartier général de l’état-major de l’armée stratégiquement positionné sur le rocher de Gibraltar, d’une banque centrale installée au Liechtenstein et d’un cabinet agissant depuis Monaco : voilà une formule parfaite pour rassembler 400 millions d’ <em>“hommeseuropéens“</em> dans le cadre d’une vraie offensive contre la suprématie économique japonaise et contre l’hégémonie politique américaine.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« L’Europe est trop grande pour être unie.</em><br> <em>Mais elle est trop petite pour être divisée.</em><br> <em>Son double destin est là. »</em><br></p><cite> (Daniel Faucher, 1882-1970)</cite></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>
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		<item>
		<title>Affaires</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 07 Sep 2018 15:08:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=150</guid>

					<description><![CDATA[<p>Ces derniers temps, il devient évident que les grosses affaires ne sont plus vraies, tout comme les vraies affaires ne sont plus grosses. Alors, comme à l’époque du scoop, les petites affaires ne font pas recette, on s’intéresse aux grosses, donc aux fausses. En tous les cas, qu’il s’agisse de vraies ou de fausses affaires, en tant que plus précieux leviers de propagande depuis l’arsenal utilisé lors de la guerre froide, l’opinion publique et la communauté internationale doivent être nourries. [...]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« (…) on peut tromper une fois mille personnes (…),</em><br><em>mais on ne peut pas tromper mille fois mille personnes. »</em><br>(Émile, alias Sam Karmann, dans le film<br>d’Alain Berberian ‹ La Cité de la peur ›, 1994)<br></p></blockquote>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="has-text-align-center wp-block-heading">Vieilles affaires</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il y eut l’affaire financière française de la Compagnie universelle du canal interocéanique du Panama, qui se solda par la faillite de celle-ci et par l’arrêt des travaux. Il y eut l’affaire politique Dreyfus, française aussi, qui se solda par l’acquittement de l’officier homonyme, accusé de collusion avec l’ennemi. Il y eut l’affaire américaine dite de Sacco et Vanzetti, sociale et politique, qui se solda par l’exécution de ces deux immigrés italiens, soupçonnés de meurtre. Il y eut les procès politiques soviétiques de Moscou, qui se soldèrent par l’élimination des dirigeants communistes Boukharine, Kamenev et Zinoviev. Il y eut l’affaire Rosenberg, américaine, économique et politique, qui – suite à la conviction d’espionnage des époux du même nom – se solda par leur électrocution. Il y eut l’affaire stratégique des missiles de Cuba, dite aussi de l’avion espion, affaire soviétique et américaine, qui faillit se solder par une guerre atomique. Il y eut l’affaire de Chappaquiddick, morale, politique et encore américaine, qui modifia la carrière du dernier des frères Kennedy. Il y eut l’affaire italienne des mani pulite, aussi financière et juridique que politique, qui se solda par l’assassinat de deux juges et par l’ascension politique d’un troisième.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Financières, politiques, morales, économiques, juridiques, sociales, américaines, françaises, italiennes, soviétiques – il y eut toutes sortes de grosses affaires. Mais là, si on pouvait dire, c’était le bon vieux temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sérieusement, au bon vieux temps, il y avait de vraies affaires, de vrais lésés, donc de vrais plaignants. Il y avait de vrais inculpés, de vrais soupçons, de vraies magouilles, de vraies menaces, de vraies accusations et de vrais arguments. Les dénouements – heureux ou pas – étaient donc nécessairement vrais. Tout le monde, bon ou mauvais, faisait son travail : les truands, les policiers, les financiers, les magistrats, les militaires. Et tout cela avait un grand avantage, car sous l’impact de sujets aussi forts, les sociétés créaient illico des camps pour ou contre (sauf en urss, où il n’y avait qu’un seul camp). Pour chaque camp donc, c’était noir et blanc, ou blanc et noir, ce qui attisait les passions et, souvent, permettait aux dirigeants de canaliser les préoccupations des gens vers ces événements, en les maîtrisant – les préoccupations, donc les gens. Mais, surtout, ceci était possible parce qu’on savait à quoi s’en tenir : les banquiers, les communistes, les patrons, les politiques (qui étaient tous des méchants), les immigrés, les juges, les Noirs, les policiers (qui étaient tous des bons), ne laissaient pas de place au doute. Les thèmes étaient aussi très nets : corruption, cupidité, meurtre, misère, trahison.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces derniers temps, il devient en revanche évident que les grosses affaires ne sont plus vraies, tout comme les vraies affaires ne sont plus grosses. Alors, comme à l’époque du <em>scoop</em>, les petites affaires ne font pas recette, on s’intéresse aux grosses, donc aux fausses. En tous les cas, qu’il s’agisse de vraies ou de fausses affaires, en tant que plus précieux leviers de propagande depuis l’arsenal utilisé lors de la guerre froide, l’opinion publique et la communauté internationale doivent être nourries. C’est ainsi qu’apparurent les affaires pharaoniques – et les procès inhérents – avec lesquelles les sociétés sont à notre époque tenues en éveil.</p>



<h3 class="has-text-align-center wp-block-heading">Nouvelles affaires</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a l’affaire dite du tabac aux États-Unis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À partir de 1994, 90% des États fédéraux – américains – menacèrent les cinq principaux fabricants – américains – de cigarettes d’ouvrir des actions devant la justice – américaine – en leur réclamant des dommages et intérêts au nom de tant de fumeurs – américains – lésés par cette routine nocive. Selon le compromis qui, en 1998, a mis fin à la procédure, les fabricants incriminés acceptèrent de verser à ces États une somme de 208 milliards de dollars, échelonnés sur 25 ans. Historiquement, ce fut la plus lourde sanction financière jamais édictée, appliquée et endossée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela dit, le fait que fumer n’est pas le produit d’un devoir ou d’une contrainte, mais résulte d’un libre choix fait par quelqu’un de consentant et capable de discerner, bien que souvent jeune et agissant par pure singerie, n’a pas pesé lourd dans cette affaire, pas plus que le fait que ce mal n’est pas le monopole des seuls citoyens américains des États fédéraux plaignants, ou encore que ce ne sont pas les Américains qui ont inventé ce vice, ou alors qui l’ont distribué, généralisé, promu. Du moins ne sont-ils pas les seuls. N’a pas pesé lourd non plus le fait que, de par le monde, tant d’autres fumeurs s’adonnent à cette habitude, que d’autres fabricants alimentent. Et il est certain que, du Laos au Maroc et de la Pologne au Chili, d’autres fumeurs meurent aussi des effets de leurs habitudes tabagiques, comme d’ailleurs, aux quatre coins du monde, tant d’alcooliques meurent des suites de leur vice liquide, sans que cela inquiète outre mesure les fabricants de spiritueux, et encore moins les États américains. C’est la même chose pour les boulimiques et les fabricants ou distributeurs d’aliments, ou bien pour les accros aux médicaments et l’industrie pharmaceutique, ou encore pour les chauffeurs et les fabricants de voitures. Quant à la finalité des sommes glanées en application de l’Attorney General’s Master Tobacco Settlement Agreement, selon certaines sources, elle servit souvent des intérêts opposés à ceux – officiels – d’origine.<span id="easy-footnote-35-150" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/affaires/#easy-footnote-bottom-35-150" title=" ‹ Mais où est passé l’argent du tabac ? ›, Courrier diplomatique n° 616, 22-28 août 2002."><sup>35</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je crois donc qu’il est permis de s’interroger sur le vrai sens d’une telle affaire – financièrement astronomique. Au nom de la <em>political correctness</em> inventée par l’administration Clinton, à partir de la seconde moitié des années quatre-vingt-dix, les compagnies aériennes américaines réduisirent petit à petit la capacité des compartiments fumeurs sur leurs vols, jusqu’à leur élimination en 1997. Cette même trouvaille détermina la disparition du droit de fumer d’abord dans l’administration, ensuite dans les entreprises, et enfin dans tout établissement ou lieu public.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et si, à la fin, l’affaire du tabac n’avait rien été d’autre que le point d’orgue qui consacra deux mandats clintoniens politiquement corrects ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a l’affaire suisse des fonds en déshérence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1995, le Congrès juif mondial – basé à New York – menaça trois importantes banques – suisses – d’ouvrir une action devant la justice – américaine – en leur réclamant des dommages et intérêts. L’action, animée par un sénateur – américain – d’origine italienne, se déroula aux États-Unis, au nom et pour le compte des survivants et des héritiers des personnes - juives - mortes ou disparues dans les camps de concentration nazis. Les banques étaient accusées d’avoir utilisé à leur profit les sommes déposées par ces personnes avant ou pendant la Seconde Guerre mondiale. Elles étaient aussi accusées de ne pas avoir restitué ces montants, réclamés ou non.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Subsidiairement, l’action visait aussi la Suisse. Dans la foulée, ses rapports avec le III<sup>e</sup> Reich furent montrés du doigt. L’intrusion des facteurs politiques dans cette affaire risqua même de porter un coup sérieux aux relations helvético-américaines – traditionnellement amicales. Selon le compromis qui permit d’arrêter cette procédure, les banques incriminées acceptèrent de payer à diverses associations juives une somme de 1,25 milliard de dollars. Ce fut la plus lourde sanction financière jamais prononcée contre (et appliquée à) des entités helvétiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant, depuis des lustres, sans exception, la Suisse était parmi les meilleurs élèves de la classe internationale. Et pourtant, en 1946, la Suisse – sous la pression américaine – et les Alliés signèrent un accord normalisant leurs rapports, au terme duquel la Confédération s’acquitta d’une «rançon» (le terme est d’Angelo Codevilla)<span id="easy-footnote-36-150" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/affaires/#easy-footnote-bottom-36-150" title=" ‹ La Suisse, la guerre, les fonds en déshérence et la politique américaine ›, Slatkine, 2001"><sup>36</sup></a></span> de 58 millions de dollars, soit 150 millions d’euros aujourd’hui ; en échange, les Alliés passèrent l’éponge sur leurs critiques, aussi peu crédibles qu’elles fussent, car ce que les accusateurs reprochaient à la Suisse, ils pouvaient se le reprocher encore plus à eux-mêmes<span id="easy-footnote-37-150" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/affaires/#easy-footnote-bottom-37-150" title=" Idem. (Voir aussi : Historia n° 669, septembre 2002 ; ‹ Comment les firmes US ont travaillé pour le Reich › et subsidiairement aussi ‹ Oui, les Suisses ont fait de la résistance ›.)"><sup>37</sup></a></span>. Et pourtant, non seulement le réquisitoire qui s’abattit sur la Suisse et ses banques ne contenait aucun élément vraiment nouveau par rapport à cet accord, mais encore, et surtout, il ne contenait aucune preuve ou chef d’accusation dignes de ce nom.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En guise de conclusion à cette série non exhaustive de réflexions sur le sujet, je cite Angelo Codevilla : ‘Le 12 août 1998, (…) ubs, (…) sbs ainsi que le Crédit Suisse acceptèrent de verser 1,25 milliard de dollars pour être autorisées à poursuivre leurs opérations dans la capitale financière du monde, New York. Instantanément, les épineuses questions débattues par les comités d’historiens, ainsi que les affirmations des commissaires aux comptes (…) perdirent tout intérêt. Les vainqueurs oublièrent leur juste indignation pour faire main basse sur le butin’. Et qui sont ces vainqueurs ? Eh bien, ‘une coalition d’Américains puissants [qui] a orchestré une campagne nouvelle en se servant du pouvoir et du prestige du gouvernement des États-Unis pour faire main basse sur d’importantes sommes d’argent’<span id="easy-footnote-38-150" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/affaires/#easy-footnote-bottom-38-150" title=" Id."><sup>38</sup></a></span>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a l’affaire Milošević, l’ancien président yougoslave.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1999, le Tribunal pénal international de La Haye (tpi) l’inculpa de génocide et de crimes contre l’humanité dont il se serait rendu coupable lors des conflits à répétition qui ont détruit la région durant les années quatre-vingt-dix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À la suite d’intenses pressions venues de la part de l’onu et surtout des États-Unis, les autorités de Belgrade finirent par extrader l’ancien ennemi public n° 1 vers les Pays-Bas, au risque de déclencher une crise institutionnelle dans leur pays. Son emprisonnement a adouci l’appétit justicier de la communauté internationale à régler le sort des deux autres ennemis publics n° 2 et 3, le docteur Radovan Karadžić et le général Ratko Mladić.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une fois l’ancien dirigeant jugé, les rôles changèrent. D’abord, l’ex-président serbe refusa la comparution, déniant au tpi toute légitimité. Ensuite, tout en gardant cette ligne mais en assurant sa propre défense, Slobodan Milošević lança un sévère réquisitoire à l’adresse des puissances ayant – selon lui – créé les prémices de ces guerres, voire les ayant directement ou indirectement influencées ou encouragées. Et Milošević de dresser la liste de témoins capitaux qu’il entendait faire venir à son procès, comme Madeleine Albright, Kofi Annan, Tony Blair, Jacques Chirac, Bill Clinton, Helmut Kohl, Gerhard Schröder. Belle brochette, en effet ! Mais le TPI n’a cité aucun de ces dirigeants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En revanche, l’éclatement de la Yougoslavie et les conflits dans la région (dont les frappes de l’otan en Serbie-Monténégro furent le corollaire) ont permis d’imposer les États-Unis – plus que l’otan – en tant que principal interlocuteur, sinon décideur, au sein de l’espace stratégique de l’Europe du Sud-Est. Ils ont permis à l’Allemagne d’envoyer – une première depuis 1945 – des forces armées hors de ses frontières. Ils ont permis de discréditer un pays multiculturel et pluriethnique qui était jadis le plus vivant et le moins asservi de tous les satellites de l’ex-URSS. Ils ont permis de mettre sur les routes de l’Europe des centaines de milliers de réfugiés kosovars, avec les conséquences que l’on connaît. Ils ont permis à l’otan d’avancer – cette fois dans les Balkans – un nouveau pion en direction de la Russie. Enfin, ils ont permis qu’un pays prospère soit détruit, pour qu’il soit reconstruit à la façon des destructeurs.</p>



<h3 class="has-text-align-center wp-block-heading">Affaires futures</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a aussi les affaires en préparation ou à venir, dont deux méritent l’attention : celle de l’apartheid et celle du 11 septembre 2001.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le cadre de la première affaire, des études d’avocats – américains – préparent une plainte collective de la population – sud-africaine – de couleur à l’adresse de sociétés – suisses pour l’instant – ayant (selon les demandeurs) pactisé avant 1994 avec le régime blanc de ségrégation raciale. La nature des dédommagements et éventuellement le montant réclamé (si cette nature est financière) ne sont pas encore précisés, mais pour ce dernier le chiffre de USD 100 milliards a déjà circulé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La palme revient cependant à la seconde affaire. Ici, toujours les mêmes protagonistes – des études d’avocats américains – sont en train de mettre sur pied une action visant à démontrer la responsabilité du royaume d’Arabie Saoudite dans la tragédie du 11 septembre 2001. À la clé, un procès en dommages et intérêts dont le montant officieusement avancé par les médias dépasse l’entendement, car il s’agirait ni plus ni moins, mais exactement de… USD 100 000 milliards ! Environ 500 fois l’enjeu du procès du tabac. Ou 10 à la puissance 14 (10<sup>14</sup>). Ou, enfin, le produit national brut des États-Unis d’Amérique pour 2001, pendant dix ans.</p>



<h3 class="has-text-align-center wp-block-heading">Affaires envisageables</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, sur la base de ces acquis, il y aurait les affaires réalisables. J’essaye donc d’imaginer celles encore inexploitées et dans lesquelles l’opinion publique et la communauté internationale pourraient jouer un rôle déterminant. Ces affaires devraient être censées voir se dresser des groupements d’intérêts diversement structurés (selon la race, le statut social, la croyance, l’influence, la situation géographique, le nombre, etc.) contre des sociétés ou des États solides et fortunés. Ce dernier aspect est fondamental. Il explique pourquoi des actions similaires, portées par des associations citoyennes dans les anciens pays vassaux de l’ex-URSS (voire, même, dans la Russie d’aujourd’hui) contre l’actuel État russe, ne seraient pas envisageables. Soyons tout de même réalistes !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y aurait déjà les Noirs et les Peaux-Rouges d’Amérique du Nord se dressant contre l’administration fédérale, les premiers forts de 400 ans d’esclavage, les seconds pour avoir été pratiquement anéantis à la suite du plus long génocide de l’histoire, et réclamant ensemble une indemnité due, compte tenu de la ségrégation raciale subie. Et je ne crois sincèrement pas que les ténors du barreau américain refuseraient d’instrumenter ces procès contre leur propre gouvernement. Une preuve ? La voici : ‘Pourquoi reconnaît-on les réparations aux Juifs, aux Américains d’origine japonaise et non pas aux Afro-Américains et aux Africains ? Pourquoi deux poids et deux mesures ? Le message que nous emporterons signifie-t-il que les pays faibles et les peuples faibles n’ont pas de place sous le soleil ? Regardez-nous dans les yeux et répondez honnêtement à ces questions !’<span id="easy-footnote-39-150" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/affaires/#easy-footnote-bottom-39-150" title=" Extrait du discours de M. Patrick A. Chinamasa, ministre de la Justice du Zimbabwe, lors de la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée, Durban, Afrique du Sud, 3 septembre 2001 (dans : un.org/WCAR/statements/zimbE.htm)."><sup>39</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y aurait ensuite les indigènes d’Amérique centrale et du Sud, s’insurgeant contre les États espagnol et portugais, dans une réponse tardive à l’extermination perpétrée au XVI<sup>e</sup> siècle par les conquistadors.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y aurait aussi les pays de l’ex camp soviétique ouvrant action en dommages et intérêts de toutes sortes contre la Grande-Bretagne à cause du bout de papier furtivement glissé par Churchill à Staline dans l’après-midi du 9 octobre 1944 et sur lequel, à propos de bottes, il proposait le partage de l’Europe de l’Est en deux zones d’influence. Subsidiairement, l’action viserait aussi les États-Unis, pour avoir cautionné cette fantaisie tragique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y aurait, bien évidemment, les associations féministes des pays du monde occidental s’élevant contre leurs États respectifs pour dénoncer avec force tous les torts subis durant plusieurs millénaires d’un patriarcat variablement appliqué par leurs pères, frères, maris et oncles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y aurait enfin – pourtant il n’y a pas de raison de clore la liste – tous les travailleurs sans droits de la première révolution industrielle, tous les serfs ayant peiné sur les anciens <em>latifundia</em>. Leurs héritiers réclameraient une juste réparation aux compagnies occidentales qui les ont exploités et aux États qui ont favorisé ou tacitement gagé cette exploitation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans cette logique de l’hédonisme financier, il me semble que l’homme serait ainsi en train de découvrir la mécanique hallucinante du gain exponentiel le plus facile qui existe, surclassant tout profit imaginable obtenu de la spéculation boursière. Sa spirale infinie le rendrait ivre, comme Icare, mais lors d’une descente dans le maelström.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une seule question rhétorique peut-être : ceci étant dit, qui travaillerait encore, quoi, où, et comment, pour créer cette plus-value sans fin qu’un jour il faudra bien finir par payer sous forme de sanctions ? N’empêche : avec tout ça, l’essentiel ne serait encore pas touché.</p>



<h3 class="has-text-align-center wp-block-heading">L’affaire essentielle</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Car l’essentiel n’est pourtant pas là. Comme on l’a déjà vu, aujourd’hui (et probablement plus encore demain) l’avoir est important. Celui qui est fortuné est également puissant, et vice-versa. Ça, on le sait ! Voilà ainsi réunis tous les ingrédients de la gloire. Pour une simple question de rendement de l’affaire, il est donc capital, voire déterminant, que la cible ait la plus forte nature possible. Par contre, et de toute façon, l’opinion publique et la communauté internationale resteront toujours les plus puissantes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, dans sa fuite en avant, l’hédonisme spéculatif visera fatalement toujours plus haut sur l’échelle de la puissance, de la richesse, donc de la gloire. (Dès lors que le boxeur a frappé le cœur de l’adversaire, il cherche la tête, pas le ventre.) L’essentiel viendra dans cette logique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les chasseurs de primes auront beau ratisser le plus large et le plus haut possible, tout au plus réussiront-ils à juger l’Occident pour avoir progressivement asservi le reste de la planète. Au moins, ils se limiteront à le faire payer pour toutes les conséquences climatiques désastreuses de sa politique industrielle insensée. Dans le premier cas, ce serait un procès … allez ! disons de USD 1000000000 milliards, ou 10<sup>18</sup>. Dans le deuxième, probablement de USD 1000000 milliards seulement, ou 10<sup>15</sup>. Mais ces cas seraient des voies de garage, car entre-temps, à coups de telles affaires, l’Occident tout entier aura depuis longtemps sombré dans la condition bananière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Évidemment, quelqu’un pourrait alors vouloir sortir du carcan terrestre. Il penserait tout de suite au cosmos. Mais là-haut, en admettant que la quantité de calamités naturelles qui s’abattent régulièrement sur Terre a un potentiel juridique théoriquement incontestable, pour l’instant il n’y a personne à faire payer. Et, même s’il y avait quelqu’un, encore faudrait-il que les dollars ou les bons du Trésor aient cours officiel et soient en circulation généralisée au-delà de l’ionosphère. À moins que…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, il pourrait y avoir effectivement une vraie réponse au dilemme, une solution absolue, omnipotente, inépuisable, même si, à l’époque, on avait bien dit que le nom ne devrait même pas être prononcé, mais cela fait longtemps que nous ne sommes plus au temps de nos ancêtres.&nbsp;À présent nous sommes égaux à Lui, nous sommes Ses potes. Et entre potes, nous avons tous des responsabilités qu’il nous faut assumer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La seule vraie chose qui reste donc à régler est : pour toute la souffrance dans le monde, tous les morts innocents, toute cette famine, tout l’espoir qui manque, quand est-ce que quelqu’un se décidera enfin, au nom de l’opinion publique de la communauté internationale, à juger, inculper, condamner et, surtout, surtout, faire payer, à la hauteur qui convient, c’est-à-dire de USD 10<sup>∞</sup>, le Seigneur Dieu ?</p>



<figure class="wp-block-gallery columns-1 is-cropped wp-block-gallery-4 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="2303" height="1028" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2018/09/Affaires-Affaire-essentielle-1.jpg" alt data-id="182" class="wp-image-182" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2018/09/Affaires-Affaire-essentielle-1.jpg 2303w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2018/09/Affaires-Affaire-essentielle-1-300x134.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2018/09/Affaires-Affaire-essentielle-1-768x343.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2018/09/Affaires-Affaire-essentielle-1-1024x457.jpg 1024w" sizes="(max-width: 2303px) 100vw, 2303px"></figure></li></ul></figure>



<p class="wp-block-paragraph">P.S. Louis-Ambroise, vicomte de Bonald (1754-1840, de l’Académie française), prédisait déjà en 1802 que : <em>« La révolution a commencé par la Déclaration des droits de l’homme : elle ne finira que par la déclaration des droits de Dieu »</em>. Alors, lorsque l’on sait trop bien que là où existent des droits, existent implicitement des devoirs…</p>



<p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>
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		<title>L’opinion publique de la communauté internationale</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Aug 2018 05:43:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’opinion publique, c’est toi, c’est moi, c’est vous, c’est nous tous. Ce sont notre village, notre cité, notre pays, la planète entière, quoi ! C’est mon opinion plus celle de chacun d’entre nous, retentissant à l’unisson, dans une belle chorale universelle, sans fausse note, sans désaccord, sans altération, sans arythmie. Ce sont toutes nos personnes harmonieusement fondues dans une symphonie où chacun devient personne, s’il ne l’est déjà. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«&nbsp;Tu veux connaître mon nom&nbsp;?…</em> <em>Eh bien, mon nom est Personne. »</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Ulysse dans l’Odyssée de Homère)</p>
</div></div>
</div></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«&nbsp;Jésus lui demanda&nbsp;: “Quel est ton nom“&nbsp;?</em> <em>Il répondit&nbsp;: “Légion&nbsp;!“&nbsp;»</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Luc 8;30)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">L’opinion publique s’émeut de la condition des détenus en Turquie. La communauté internationale sanctionne la politique d’apartheid du gouvernement blanc sud-africain. L’opinion publique dénonce les massacres perpétrés au Rwanda. La communauté internationale se dresse contre l’exploitation des enfants en Asie. L’opinion publique est choquée par la prolifération des mines antipersonnel. La communauté internationale approuve les conclusions du protocole de Kyoto sur la politique climatique mondiale et désapprouve l’attitude des États-Unis. Suite à l’invasion du Koweït par l’Irak, jugée inadmissible par l’opinion publique, la communauté internationale se range aux côtés de la coalition des États du monde libre dans une guerre contre l’agresseur. L’opinion publique, la communauté internationale…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais au fait, que sont-elles ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’opinion publique, c’est toi, c’est moi, c’est vous, c’est nous tous. Ce sont notre village, notre cité, notre pays, la planète entière, quoi ! C’est mon opinion plus celle de chacun d’entre nous, retentissant à l’unisson, dans une belle chorale universelle, sans fausse note, sans désaccord, sans altération, sans arythmie. Ce sont toutes nos personnes harmonieusement fondues dans une symphonie où chacun devient personne, s’il ne l’est déjà. Ainsi, l’opinion publique, c’est ce chœur de personne(s), réunie(s) au moment opportun pour un hymne unitaire et cohérent. L’opinion publique, on l’a compris, c’est Personne. Pourtant, à bien y réfléchir et sauf erreur, c’est la seule chose insaisissable qui semble pouvoir s’exprimer et, de surcroît, bénéficier des honneurs d’une diffusion tous azimuts de ses avis, qui font autorité<span id="easy-footnote-40-76" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lopinion-publique-de-la-communaute-internationale/#easy-footnote-bottom-40-76" title=" Effectivement, comment interviewer au même instant les millions de personnes dont les voix constituent pourtant le corps abstrait de l’opinion publique ? Car ce serait le seul moyen de tirer des conclusions probantes sur tel ou tel problème. Un peu comme si l’on extrapolait à l’échelle mondiale le résultat d’un sondage nécessairement local."><sup>40</sup></a></span>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En matière d’affaires<span id="easy-footnote-41-76" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lopinion-publique-de-la-communaute-internationale/#easy-footnote-bottom-41-76" title=" Au sens de l’essai du même nom contenu dans ce recueil."><sup>41</sup></a></span>, de nos jours, l’opinion publique, notre opinion (publique) à nous, orchestre tout. Elle prend possession de l’affaire qui a été créée pour elle suite à telle étude conjoncturelle, la soupèse et la range dans une catégorie. En quelque sorte, l’opinion publique est une forme primaire et encore quelque peu diffuse du futur parlement de la démocratie mondiale : aussi omniprésent qu’inexistant. Pour les grandes tendances, c’est elle le législateur. Mais, tout en étant Personne, elle ne serait encore rien sans l’apport impératif et, pour cause, déterminant de sa sœur jumelle : la communauté internationale. Car, en tant que forme à peine morulaire du futur gouvernement planétaire, c’est elle qui applique les lois de l’opinion publique. Pour les grandes tendances, c’est elle l’exécutif qui reprend une affaire en attaquant ou ripostant, la jugeant, acquittant ou condamnant, pour ensuite la ressusciter si besoin est, lui régler son compte et la classer. Inversement, sans l’apport essentiel – en termes de légitimité – de l’opinion publique, la communauté internationale n’aurait pas droit à plus d’égards que n’importe quelle bande d’ignares.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>A contrario</em> de la communauté internationale, l’opinion publique ne date pas d’hier. Pourtant si, à l’origine, le prince a bien besoin de la voix de la masse (Mat. 27;15) <span id="easy-footnote-42-76" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lopinion-publique-de-la-communaute-internationale/#easy-footnote-bottom-42-76" title="« À chaque fête de Pâques, le gouverneur avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que le peuple désignait. »"><sup>42</sup></a></span>, à présent son accord tacite lui suffit, ou plutôt son silence, mieux, son absence. Au fait, c’est normal : Personne n’existe pas ; en conséquence, Personne ne parle pas ; en conséquence personne ne consulte Personne. Alors à qui suffirait cet accord tacite ? Ben, au prince, comme déjà dit. Et qui serait ce prince ? Pour le situer (retour aux Écritures – Ex. 3;14)<span id="easy-footnote-43-76" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lopinion-publique-de-la-communaute-internationale/#easy-footnote-bottom-43-76" title="Questionné par Moïse sur Son identité, Dieu Se définit ainsi : « Je suis Celui qui dit : “Je suis“ ». Selon d’autres traductions : « Je suis Celui qui est ». En revanche, conformément au dogme chrétien, la plus perfide des ruses du malin est d’induire la conviction de son inexistence."><sup>43</sup></a></span>, nous pouvons le considérer comme celui qui n’est pas, simplement par contraste, et puisque nous n’avons affaire qu’à des antinomies.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De toute façon, il faut bien admettre que les notions d’opinion publique et de communauté internationale sont soumises aussi à d’autres contradictions intrinsèques. Si, d’une part, elles revêtent un sens nécessairement généralisateur, d’autre part, lors de n’importe quelle prise de position ou action entreprise en leur nom, on doit forcément leur soustraire le soutien de la partie qui fait l’objet de l’action ou du jugement respectif. En effet, on ne peut imaginer les descendants des Boers d’Afrique du Sud sanctionnant l’apartheid, ou alors toutes ces forces paramilitaires et crypto-militaires du monde qui utilisent l’arme des lâches stigmatisant l’emploi abondant des mines antipersonnel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Finalement, tant que la balance pencherait manifestement du côté d’une majorité porteuse de cette opinion publique et largement représentative de la communauté internationale, cet aspect contradictoire pourrait rester marginal. Mais que dire d’une situation comme celle créée en 1991 lors du conflit dans le Golfe – plus vaste opération militaire que la Terre ait connue depuis la guerre du Viêt-nam et dont l’influence économique et politique sur l’histoire contemporaine n’a d’égale que celle de la Seconde Guerre mondiale sur la société de l’époque ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette année-là, les forces armées de trente-six pays s’allièrent, militairement ou financièrement, aux États-Unis, dans le conflit engagé contre l’Irak. En admettant que la totalité de la population de chacun de ces pays – enfants compris – cautionnait cette action, cela donnait à la coalition une légitimité étayée par un maximum théorique de 1 400 millions d’âmes. Pourtant, on le sait, cette intervention militaire fut loin de faire l’unanimité dans les pays concernés. À l’époque, la planète comptait 5 300 millions d’êtres « humains qui naissent libres et égaux », selon l’article 1 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Donc on ne saurait dire que la voix d’un Canadien pesait plus que celle d’un Togolais. D’autre part, on connaît des pays n’ayant pas participé à la coalition et qui ne pactisaient pas forcément et tacitement avec l’envahisseur irakien. Mais il y avait aussi les autres, comme Israël qui était sur le pied de guerre tout en se tenant à l’écart du conflit. Inversement, les partisans de l’Irak ne manquaient pas non plus, surtout parmi les populations arabes et musulmanes. Ne connaissant pas de statistique qui dresserait un tableau comparatif, global, exhaustif et précis du poids des anti-Irakiens d’une part, et des pro-Irakiens (plus les impartiaux) d’autre part, je me dis qu’on pourrait en rester – sans grand risque d’erreur – aux estimations déjà avancées. Dès lors, un calcul simple montre que les croisés du général Schwarzkopf, agissant sous la bannière de l’opinion publique et de la communauté internationale, ne bénéficiaient en fait du soutien – implicite ou explicite – que de 26 % de la population mondiale. Cela fait, tout de même, environ une voix pour et trois voix contre cette guerre. Il n’empêche, pendant ce temps, de Bonn à Londres et de Paris à Washington, les médias arguaient sans hésitation aucune au nom de ces deux nouveaux gages universels d’authenticité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est donc clair que, d’une part, ces notions sont très flexibles, couvrant, au gré des besoins, telle ou telle collectivité, tels ou tels intérêts. D’autre part, il est tout aussi clair qu’en tant qu’outils privilégiés d’une nouvelle forme de manipulation à grande échelle, l’opinion publique et la communauté internationale sont avant tout des outils du monde occidental. En effet, je peine à les imaginer utilisées par les médias péruviens, zaïrois ou népalais.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ces conditions, il reste à s’interroger sur la pertinence non pas de leur nature – inexistante -, mais des propos ou des actions qu’on leur prête, lorsqu’on voit qu’elles revêtent systématiquement des attributs généralisateurs. Nécessairement généralisateurs ! Car sauf erreur ou omission, je n’ai encore jamais entendu parler de ces trouvailles par rapport au point de vue des Touaregs sur la question des défilés orangistes à travers le quartier catholique de Portadown, en Irlande du Nord. Non, il faut bien admettre que l’opinion publique et la communauté internationale se réfèrent d’une façon ou d’une autre à la planète entière. C’est là qu’elles puisent leur légitimité, aussi arbitraire soit-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant à leur pertinence, elle n’est qu’à l’image de leur nature : illusoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[22 novembre 2003]</p>
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