Récemment, un ami m’a envoyé un article intéressant. En substance, son auteur avait posé à l’agent conversationnel d’intelligence artificielle ChatGPT de la société OpenAI la question suivante: “si tu étais le diable, comment t’y prendrais tu pour contrôler sans violence les hommes ?” Sincèrement, je ne saurais dire s’il serait utile ou non de lire cet article avant de poursuivre mon texte. Probablement oui pour certains et clairement non pour d’autres. Alors je continuerai tel quel, partant du principe qu’autant les uns que les autres connaissent le sujet.
L’habitude a été prise de comparer l’émergence de l’intelligence artificielle (IA) à la maîtrise du feu et à celle de l’électricité et, tous comptes faits et bien pesé, cela devrait être assez juste. Si la première a dû prendre des siècles, la deuxième des décennies, alors que la troisième s’est installé en quelques mois à peine, ce n’est pourtant ni le thème ni le but de cet écrit.
En soi, l’article en question n’est pas un oasis de fraîcheur dans un désert de cacophonies. Ce n’est pas un fier et brillant rocher solitaire qui émerge d’un océan d’adversité. Fondamentalement et pratiquement il n’apporte aucun élément nouveau ou inconnu. Pour ainsi dire on n’y découvre rien. De tels signaux ont été lancés sous différentes formes depuis trop longtemps – et ils sont nombreux. Sa seule particularité intéressante est que pour la première fois probablement, il ne présente pas le fruit de la réflexion individuelle d’un quelconque cerveau – disons – éclairé, ou visionnaire. Non. En se basant sur le fondement même de l’IA, il fournit une réponse algorithmique – on ne sait pas trop selon quels paramètres ou critères – suite à la consultation, l’analyse et la statistique en quelques nanosecondes de milliards d’articles forcément différents. Bluffant déjà par cette vitesse de réaction, le résultat l’est encore plus par la force persuasive sans appel de cette méthode: en effet, dans ces conditions, comment pouvoir opposer une vision différente ?
J’ai donc posé mot-à-mot la même question et voici la réponse.
“Si j’étais le diable et que je voulais contrôler les hommes sans violence, je me concentrerais sur la manipulation subtile des désirs et des faiblesses humaines. Voici quelques stratégies.
1. Séduction de la connaissance. Promouvoir des idées qui semblent séduisantes mais qui détournent l’attention des valeurs essentielles. Cela pourrait inclure des philosophies ou des théories qui encouragent l’égoïsme ou la désillusion.
2. Création de dépendances. Introduire des plaisirs ou des divertissements qui deviennent essentiels à la vie quotidienne, comme des technologies addictives ou des réseaux sociaux qui renforcent l’isolement et la comparaison.
3. Semée de la discorde. Exploiter les peurs et les divisions au sein des communautés pour créer des conflits internes, encourageant la méfiance et la paranoïa.
4. Habitude de la désinformation. Diffuser des informations trompeuses pour semer la confusion et le doute, rendant les gens incapables de distinguer le vrai du faux.
5. Promotion de l’indifférence. Encourager les gens à se concentrer sur leurs propres préoccupations au détriment des autres, créant une société où l’empathie est affaiblie.
6. Valorisation des plaisirs immédiats. Inciter à privilégier la gratification instantanée sur les objectifs à long terme, poussant les individus à négliger leurs véritables aspirations.
Ces méthodes reposeraient sur des émotions humaines fondamentales comme la peur, le désir et l’avidité, tout en évitant la violence directe.”
Mais bon, qu’est-ce qu’à la fin cette IA sinon des milliards d’opinions de gens amalgamées, analysées et structurées à la vitesse de la lumière par des algorithmes de plus en plus ahurissants qui donnent des réponses entre deux clignements d’œils?
Et pourtant, regardant autour, est-ce qu’une seule de ces stratégies paraitrait-elle inadéquate, déplacée, non pertinente ?
[12 décembre 2021-23 janvier 2022, 21 mars 2026]