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	<title>Archives des Essais - leCorbeau.Blanc</title>
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	<title>Archives des Essais - leCorbeau.Blanc</title>
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		<title>Eschato</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 Apr 2026 06:51:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Récemment, un ami m’a envoyé un article intéressant. En substance, son auteur avait posé à l’agent conversationnel d’intelligence artificielle ChatGPT de la société OpenAI la question suivante: “<em>si tu étais le diable, comment t’y prendrais tu pour contrôler sans violence les hommes ?”</em> Sincèrement, je ne saurais dire s’il serait utile ou non de lire cet article avant de poursuivre mon texte. Probablement oui pour certains et clairement non pour d’autres. Alors je continuerai tel quel, partant du principe qu’autant les uns que les autres connaissent le sujet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’habitude a été prise de comparer l’émergence de l’intelligence artificielle (IA) à la maîtrise du feu et à celle de l’électricité et, tous comptes faits et bien pesé, cela devrait être assez juste. Si la première a dû prendre des siècles, la deuxième des décennies, alors que la troisième s’est installé en quelques mois à peine, ce n’est pourtant ni le thème ni le but de cet écrit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En soi, l’article en question n’est pas un oasis de fraîcheur dans un désert de cacophonies. Ce n’est pas un fier et brillant rocher solitaire qui émerge d’un océan d’adversité. Fondamentalement et pratiquement il n’apporte aucun élément nouveau ou inconnu. Pour ainsi dire on n’y découvre rien. De tels signaux ont été lancés sous différentes formes depuis trop longtemps – et ils sont nombreux. Sa seule particularité intéressante est que pour la première fois probablement, il ne présente pas le fruit de la réflexion individuelle d’un quelconque cerveau – disons – éclairé, ou visionnaire. Non. En se basant sur le fondement même de l’IA, il fournit une réponse algorithmique – on ne sait pas trop selon quels paramètres ou critères – suite à la consultation, l’analyse et la statistique en quelques nanosecondes de milliards d’articles forcément différents. Bluffant déjà par cette vitesse de réaction, le résultat l’est encore plus par la force persuasive sans appel de cette méthode: en effet, dans ces conditions, comment pouvoir opposer une vision différente ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai donc posé mot-à-mot la même question et voici la réponse.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>“Si j’étais le diable et que je voulais contrôler les hommes sans violence, je me concentrerais sur la manipulation subtile des désirs et des faiblesses humaines. Voici quelques stratégies.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>1. Séduction de la connaissance. Promouvoir des idées qui semblent séduisantes mais qui détournent l’attention des valeurs essentielles. Cela pourrait inclure des philosophies ou des théories qui encouragent l’égoïsme ou la désillusion.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>2. Création de dépendances. Introduire des plaisirs ou des divertissements qui deviennent essentiels à la vie quotidienne, comme des technologies addictives ou des réseaux sociaux qui renforcent l’isolement et la comparaison.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>3. Semée de la discorde. Exploiter les peurs et les divisions au sein des communautés pour créer des conflits internes, encourageant la méfiance et la paranoïa.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>4. Habitude de la désinformation. Diffuser des informations trompeuses pour semer la confusion et le doute, rendant les gens incapables de distinguer le vrai du faux.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>5. Promotion de l’indifférence. Encourager les gens à se concentrer sur leurs propres préoccupations au détriment des autres, créant une société où l’empathie est affaiblie.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>6. Valorisation des plaisirs immédiats. Inciter à privilégier la gratification instantanée sur les objectifs à long terme, poussant les individus à négliger leurs véritables aspirations.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ces méthodes reposeraient sur des émotions humaines fondamentales comme la peur, le désir et l’avidité, tout en évitant la violence directe.”</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais bon, qu’est-ce qu’à la fin cette IA sinon des milliards d’opinions de gens amalgamées, analysées et structurées à la vitesse de la lumière par des algorithmes de plus en plus ahurissants qui donnent des réponses entre deux clignements d’œils?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant, regardant autour, est-ce qu’une seule de ces stratégies paraitrait-elle inadéquate, déplacée, non pertinente ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">[12 décembre 2021-23 janvier 2022, 21 mars 2026]</p>
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		<title>Catastrophe cycliste</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Jul 2025 18:26:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce matin j’ai découvert à la page des faits divers de mon quotidien détesté un article qui m’a rempli d’effroi. Je le reproduis ici […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><br>Ce matin j’ai découvert à la page des faits divers de mon quotidien détesté un article qui m’a rempli d’effroi. Je le reproduis ici.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>“Lausanne, 30 octobre 2024</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Hier vers midi, à l’intersection entre les avenues de la Gare et Juste-Olivier, s’est produit un terrible accident qui s’est soldé avec cinq morts ! Le temps était beau après la pluie qui venait de cesser.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="694" height="1024" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2025/07/catastrophe-cycliste-694x1024.png" alt class="wp-image-31988" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2025/07/catastrophe-cycliste-694x1024.png 694w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2025/07/catastrophe-cycliste-203x300.png 203w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2025/07/catastrophe-cycliste-768x1133.png 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2025/07/catastrophe-cycliste-1041x1536.png 1041w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2025/07/catastrophe-cycliste.png 1368w" sizes="(max-width: 694px) 100vw, 694px"></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Au moyen des caméras de surveillance du trafic, la police a pu reconstituer le déroulement des faits.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un cycliste (n<sup>o</sup> 1, en bleu sur l’infographie) dévalant l’Avenue Georgette en direction du giratoire de Montchoisi, a heurté de plein fouet un autre cycliste (n<sup>o</sup> 2, en vert) qui remontait l’Avenue de la Gare et venait de tourner sur l’Avenue Juste-Olivier dans la même direction que le précédent. Au même instant, une personne en chaise roulante (en rouge) s’était engagé sur le passage pour piétons de l’Avenue Juste-Olivier pour atteindre le trottoir de la synagogue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au moment du sinistre, la situation des avertisseurs lumineux était la suivante: les feux pour piétons étaient au vert sur l’avenue Juste-Olivier, tout comme sur l’Avenue de la Gare, avec clignotant orange pour les véhicules tournant à droite. Pour le surplus et par chance, aucune voiture ne roulait en ce moment précis vers la rue Belle-Fontaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le film montre que le cycliste n<sup>o</sup> 1 n’a pas respecté l’arrêt (au rouge) de l’avenue Georgette spécifiquement dédié aux deux roues et ensuite qu’il a traversé le carrefour en louvoyant à une vitesse de 52 km/h, pour – juste avant l’événement – lever la main droite en regardant son smartphone. Le cycliste n<sup>o</sup> 2 conduisait dans son vélo-cargo ses deux jumeaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Exactement 0.273 secondes avant l’impact n° 1, à une distance d’environ 3.48 m du cycliste n° 2, le cycliste n° 1 a aperçu avec sa vision périphérique le vélo-cargo du cycliste n° 2 devant lui. À cette seconde-là, sa vitesse étant de 53.6 km/h, il a aussitôt lâché son smartphone et actionné instantanément les freins avant et arrière. Comme le revêtement était encore glissant, par ce freinage violent il a perdu l’équilibre tout en culbutant dans l’air, ce qui l’a projeté le dos contre le réverbère installé à cet endroit-là, alors que son vélo heurta le cycliste n° 2 aussi dans le dos.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À partir de là, le ralenti du film montre clairement que le cycliste n° 1 s’est écrasé contre le sol, au bas du réverbère. Le cycliste n° 2 tomba lourdement à côté, avec son vélo-cargo, le cou contre la bordure du trottoir. Les deux enfants jaillirent de leurs places et vinrent buter, l’un après l’autre, contre la personne paraplégique, qui avait déjà parcouru presque la moitié du passage pour piétons. Le choc des enfants la jeta sur la chaussée, où 0.836 secondes plus tard la chaise lui tomba dessus.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’’événement, d’une extrême violence, se déroula pendant 3.81 secondes. L’issue de la catastrophe fut épouvantable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cycliste n<sup>o</sup> 1, Fabien G., 22 ans, de Cugy, auteur de l’enchaînement d’événements, est mort sur les lieux, suite à la fracture de la colonne vertébrale, sans qu’une contravention ne lui soit dressée pour non-respect aggravé de la signalisation routière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cycliste n<sup>o</sup> 2, Yves-Alain M., 39 ans, de Saint-Sulpice, est mort sur le coup par l’éclatement de la carotide interne gauche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Brian, 3 ans, de Saint-Sulpice, est mort d’hémorragie cérébrale à l’hôpital.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Igor, 3 ans, de Saint-Sulpice, est mort dans l’ambulance suite à la perforation des poumons par une manche de la chaise roulante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sylvie T., 53 ans, de Lausanne, paraplégique, est morte d’un arrêt cardiaque après réanimation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cinq vies fauchées d’un coup en une infime fraction de temps. Le bilan terrible de ce drame est là pour rappeler encore et toujours l’importance de respecter les règles les plus élémentaire de circulation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Philippe Testaz, avec les agences)”</p>



<p class="wp-block-paragraph">[30 octobre 2024]</p>
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		<title>Que croire?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 11 Aug 2024 06:01:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Sept ans en arrière explosa aux États Unis d’’Amérique le mouvement #MeToo. Il se propagea rapidement au Royaume Uni et ensuite […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Sept ans en arrière explosa aux États Unis d’’Amérique le mouvement <em>#MeToo</em>. Il se propagea rapidement au Royaume Uni et ensuite à d’autres pays du monde occidental comme un tremblement de société dans le politique, les médias, les arts, l’enseignement, les affaires, le sport.<span id="easy-footnote-1-31845" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/que-croire/#easy-footnote-bottom-1-31845" title="Dieu merci, en Suisse cela reste encore relativement rare, mais point dans le monde."><sup>1</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis, on ne compte plus les filles et les femmes qui dénoncent régulièrement, une après l’autre, les violences les plus diverses – sexuelles, physiques, émotionnelles, sous différentes formes et aux degrés le plus variés, perpétrées toujours par des hommes et souvent plusieurs décennies en arrière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ce que je sache, très rares sont les filles et les femmes (très) célèbres et fortunées qui engagent ces actions civiles et tout aussi rares sont les accusés qui ne sont pas (très) célèbres et fortunés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, on observe qu’au passage et prenant de l’ampleur, ce mouvement a finalement atteint aussi les hommes. Envers les hommes. Pour les mêmes raisons. Il s’appelle <em>#HimToo.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Là aussi à ce que je sache, très rares sont les hommes (très) célèbres et fortunés qui engagent ces actions civiles en dommages et intérêts et tout aussi rares sont les accusés qui ne sont pas (très) célèbres et fortunés, et là aussi, les plaintes peuvent arriver bien des années après les faits dénoncés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si dans l’absolu tout acte de violence est par principe inadmissible et condamnable, sans vouloir préjuger d’aucune manière sur le bien-fondé de ces plaintes ni sur les raisons de si longues attentes, il convient d’admettre que ces coïncidences ont tout de même de quoi au moins surprendre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, nous ne sauront probablement jamais combien de ces accusés auront été innocentés par les tribunaux.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Soyons clairs: ces considérations ne remettent nullement en question les vraies tragédies vécues jadis ou aujourd’hui par nombre de vraies victimes connues ou inconnue de vraies monstruosités de toutes sortes perpétrées par de vrais agresseurs connus ou inconnus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[27 février 2024]</p>
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		<title>et pas que d’hier</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 01 Jun 2024 05:44:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À présent, hormis l’argument douteux de l’introduction furtive et forcée du concept autant hypnotisant qu’envahissant de “mobilité douce” […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">À présent, hormis l’argument douteux de l’introduction furtive et forcée du concept autant hypnotisant qu’envahissant de “mobilité douce” (!), quelles raisons sérieuses apporteraient au contribuable les édiles qui en quelques années seulement ont fait disparaître en ville 2500 places de stationnement pour ne proposer en échange aucun parking souterrain, cela après avoir d’abord éliminé les places blanches gratuites (à durée illimitée), ensuite les places rouges (durée 15 heures) et enfin les places bleues (durée 90 minutes), pour conserver uniquement les places payantes?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Heureusement, ces mêmes édiles ont pourvu aux besoins des contribuables en remplaçant toutes ces places disparues pour le stationnement des voitures tout d’abord par encore plus de supports en acier où les cyclistes peuvent cadenasser en toute sécurité leurs propres moyens de transport après avoir parcouru les boulevards qui leur ont été créés dans une petite ville qui compte plus de 300 m de dénivelé, ensuite par encore plus de places de stationnement pour personnes handicapées (qui, il faut le dire, restent souvent inoccupées tant leur nombre dépasse celui des véhicules autorisés), et enfin par des places à usage commercial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au moins toutes ces mesures ont un avantage notoire, s’il l’on se rappelle une soirée restée fameuse il y a plusieurs années en arrière lorsqu’une représentation majeure de ballet a rempli la grande salle du Comptoir Suisse. Malheur fut à tous les spectateurs qui n’avaient pu trouver place pour parquer leurs voitures aux alentours: à la sortie: strictement toutes ces voitures posées à qui mieux mieux la chance (des centaines probablement) portaient sous leurs balais d’essuie-glaces de fières amendes pour mauvais stationnement, que leurs propriétaires-spectateurs ont dû ajouter au prix du billet d’entrée dont l’impôt sur le divertissement était déjà inclus. Eh bien, à l’avenir plus de telle fâcheuse surprise pour les cyclistes-spectateurs qui disposeront de barres d’acier à profusion pour cadenasser leurs moyens de transport.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Heureusement aussi qu’à Lausanne la règle de la limite à 30 km/h n’a pas – encore – gagné jour et nuit l’entier territoire de la ville comme c’est déjà le cas à Fribourg, mais nul doute qu’au vu de la tendance actuelle de proscrire l’usage de la voiture au bénéfice de la mobilité douce, des vélos, trottinettes électriques ou non et autres skateboards et rollers électriques ou non, il ne s’agit là que d’une simple question de temps. Heureusement encore que ce petit pays ne fabrique pas des automobiles, autrement je peux facilement imaginer le combat de titans que ces édiles auraient à mener avec les syndicats correspondants. Mais il est aussi vrai qu’il ne fabrique non plus des trottinettes, des skateboards et des rollers… Étrange donc. Le fait est que sur ces zones de plus en plus nombreuses les édiles ont fait d’une pierre deux coups: non seulement sont-elles limitées à 30 km/h, mais les chauffeurs ont chopé une telle peur qu’ils roulent souvent à 20, 15 voire 12 km/h.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ce titre, il serait peut-être intéressant de s’interroger sur le profil de ces édiles et fonctionnaires qui se succèdent ces derniers temps et se ressemblent tant, joliment payés par les impôts du même contribuable qu’ils soignent. Seraient-ils tous piétons, cyclistes ou skateboarders? Les descriptifs des postes qu’ils pourvoient seraient-ils conçus de telle façon afin d’attirer, filtrer et recruter des personnes taillées sur mesure précisément pour produire de tels résultats? N’y aurait-il aucune levée de bon sens dans l’administration, ou bien est-ce que tout ce pétchi est rendu possible rien qu’au nom du sacro-saint consensus suisse? Et la police dans tout cela, qui nous assure être toujours prête pour servir et protéger mais qui passe sereinement et systématiquement par devant l’armada de clochards professionnels et de vendeurs de drogue qui sont désormais placés pratiquement à chaque coin de rue, alors que les lois interdisant la mendicité et le traffic se suivent, se ressemblent et restent finalement&nbsp; vaines?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le fait est que depuis maintenant plusieurs années et portés par la mobilité douce, nous vivons sous le règne des vélos [Note]Voir “L’âge des monarques”[/Note] qui ne connaissent qu’exceptionnellement les feux rouges, les passages pour piétons, les trottoirs, souvent roulent à la vitesse des voitures et parfois même plus vite encore. Par conséquence, pour être renversé et projeté à terre il n’est même pas besoin d’être une babushka clopinant entre ses béquilles: il suffit d’être au mauvais moment sur le trajet d’un vélo, car même un jeune sumo n’y fait pas le poids, si j’ose. En corollaire, sur des routes souvent rendues étroites pour causes diverses. où parfois la deuxième voie a disparu au profit d’un boulevard pour vélos, gare si par malheur la distance entre ta voiture et le vélo que tu dépasses à basse vitesse est de mois de 30 cm: derrière tu te payeras un hurlement ponctué par les plus innovantes insultes. Précisons tout de même que souvent ces cohortes d’usagers de la route circulent sur leurs deux roues aux heures de travail en tenue légère adéquate – combinaison moulante, capuche, masque, casque, chaussures à crampons, ce qui soulève la question s’ils ont bien un tel travail, ou alors s’ils ne seraient des rentiers, ou alors en vacance, en congé, ou à l’entraînement en tant que membres d’un club professionnel lambda.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout ceci n’est qu’un bref extrait du monde meilleur installé ces derniers temps. Et je précise: rien (ou presque) n’est exagéré.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[20 février 2024]</p>
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		<title>Tout fout le camp</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 May 2024 07:45:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Plus de 43 ans déjà que j’ai choisi de vivre en Suisse, à Lausanne. À l’époque les choses étaient bien différentes, mais depuis, une flopée d’acteurs de tous bords annoncent bâtir […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Plus de 43 ans déjà que j’ai choisi de vivre en Suisse, à Lausanne. À l’époque les choses étaient bien différentes, mais depuis, une flopée d’acteurs de tous bords annoncent bâtir (ou veiller à) un monde meilleur, de sorte qu’avec le temps et la répétition, ce syntagme est devenu une pure formule qui, elle, s’est enfin pratiquement banalisée. Alors sérieux: vraiment meilleur?! Voyons ça.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tu es en train de rouler tranquillement au volant de ta voiture lorsque devant, sur un trottoir, à droite ou à gauche, un piéton se trouve jambe à peine levée à moins de 50 cm de la bordure, face à la route, avec l’intention plus ou moins manifeste de la traverser sur un passage marqué, ou entre deux passages, c’est à dire n’importe où, feu vert, jaune ou rouge pour lui, c’est égal. Gare si tu n’arrêtes net ta voiture sagement devant les bandes jaunes du passage (s’il y en a), pour le laisser traverser, même si un îlot de repos est prévu entre les deux voies. Gare encore si tu ne t’arrêtes qu’en catastrophe en “mordant” ces bandes quelques centimètres (si elles existent). Si par chance un policier vigilant ne t’aura pas déjà sifflé, tu devras de toute façon encaisser le regard de feu, impitoyable, du piéton outré, en plus de ses plus variées injures.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De même, sur un trottoir, à droite ou à gauche, devant ta voiture qui roule, un piéton se tient raide à moins de 50 cm de la bordure, face ou non à la route. Lui, il sait (ou non) qu’il ne fait que regarder quelque chose, n’importe quoi, ou qu’il tapote sur son téléphone. Mais toi, au volant, ça tu ne le sais pas. Obsédé de ne pas tomber dans le cas d’avant, d’abord tu ralentis, ensuite tu freines et enfin tu t’arrêtes. Deux ou trois secondes et autant de klaxons derrière plus tard, tu redémarres, à l’étonnement du piéton toujours figé ou qui ne t’aura peut-être même pas remarqué.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et encore, peu importe si un piéton s’engage pour traverser la route complètement à l’aveugle, sur un passage marqué, ou entre deux passages, c’est à dire n’importe où, feu vert, jaune ou rouge pour lui, les yeux collés sur le téléphone portable ou, en plus et encore mieux, écouteurs dans les oreilles, et peu importe si, ayant gagné le trottoir de vis-à-vis en traînant les pieds tout absorbé qu’il est dans son téléphone, il ne fait de la main aucun signe de courtoisie ou, encore mieux, qu’il ait remarqué ton arrêt: c’est toi au volant et c’est encore toi l’imbécile qui doit respecter ses droits.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment expliquer qu’à la Place de la Gare, qui était déjà encombrée par de multiples stations de bus et de taxis auxquelles s’ajoutait une poignée de places de stationnement pour 15 minutes maximum destinées à charger et à décharger les voitures, les édiles ont jugé que le moment était venu d’enlever jusqu’à la toute dernière telle place et tout restructurer afin d’installer – en été – une plage artificielle avec sable et arbustes plantés partout dans de gros bacs en bois et – en hiver – une patinoire artificielle? On peut facilement imaginer le voyageur qui, l’été, descend vite du train, sort de la gare, se met en tenue de plage et profite d’un rare moment de soleil sur une chaise-longue avant de gagner la maison ou une conférence. Et tant pis s’il fait déjà nuit. Ou alors le voyageur qui, l’hiver, descend vite du train, sort de la gare, enfile ses patins, s’offre un moment de détente sur la glace du patinoire avant de chercher sa voiture de location ou prendre le bus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au rayon de l’extravagance urbaine se remarque aussi ce traitement particulièrement innovant réservé en plein centre-ville à une courte portion du long axe principal est-ouest de l’agglomération, où sur une soixantaine de mètres a été aménagée à peine une dizaine de places de stationnement pour voitures au milieu et le long de la chaussée, sans précisions si elles sont accessibles depuis l’est ou depuis l’ouest ou depuis l’est et l’ouest, si elles sont payantes ou non, si le temps de stationnement est limité et, si oui, à combien de minutes ou de heures, et sans se soucier de comment fera le chauffeur quittant sa voiture parquée à cet endroit-là, au milieu du trafic, pour atteindre en toute sécurité un trottoir ou l’autre en l’absence de tout passage prévu à cet effet. Sans oublier l’embellissement de la Place de la Sallaz avec trois grandioses parallélépipèdes en plaques perforées de fer rouillé qu’on dirait récupéré de l’épave du Titanic, ton fécales, dont deux imprenables, apparemment sans autre rôle sauf celui décoratif, à part s’ils sont l’expression inédite de la vespasienne urbaine. Quel bonheur donc de pouvoir à leur vue se poser (pour certains jour après jour, pour d’autres à l’occasion) la question cornélienne <em>“Mais quel édile a donc pu demander ou valider de telles abjections?”</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le contribuable, la paix sonore et la sécurité en général sont primordiales, c’est la raison pour laquelle cet aspect est petit à petit devenu le sujet principal de préoccupation des édiles. Preuves les caméras de surveillance hissées à peu près partout, les radars qui ne pardonnent rien au delà d’un dépassement de vitesse de quelques pour-cent, les panneaux qui ont proliféré comme la pandémie avertissant en grosses lettres lumineuses et clignotantes soit la vitesse instantanée (avec quelques km/h en surplus, pour la bonne cause) soit le mot BRUIT même si vous y passez devant en voiture électrique, des feux qui tournent au rouge pour les véhicules sans qu’aucun piéton ne se présente à l’horizon, les “gendarmes couchés” disséminés là où on s’attend le moins, parfois tous les 50 m et parfois tellement hauts qu’il convient de les franchir à 10 km/h pour éviter soit des secousses trop violentes soit de raser le dessous de la voiture, les blocs de béton et autres chicanes qui vous obligent à zigzaguer en ralentissant, sans oublier les arrêts de bus installés 5 m devant un passage à piétons pourvu d’un îlot entre les voies, afin que les voitures arrêtées derrière ne puissent surtout pas contourner le bus durant son arrêt et doivent donc attendre. En conclusion, tout cela est bon, car on ne fera jamais preuve d’assez de précaution par rapport aux migrants, aux étrangers en général, aux touristes et à nous mêmes. Cet ensemble de mesures fortement limitatives quant au comportement routier a aussi un autre impact opposé et bénéfique, permettant le déploiement fulgurant de véhicules relevant des services d’ambulance, polices diverses et pompiers, qui peuvent ainsi se faire vivement entendre à la ronde au moyen de sirènes qui crèvent les tympans même si la route est dégagée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[20 février 2024]</p>
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		<title>Le cercle infernal</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 15 Jan 2024 06:52:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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<p class="wp-block-paragraph">Quésaco ce cercle infernal? Simplement ce à quoi nous sommes confrontés jour après jour. Qui nous? Nous tous qui, pour le meilleur ou pour le pire, pour notre travail ou pour nos loisirs, dépendons de plus en plus des écrans – nains, petits, moyens et grands, qui sont les faces visibles de ces machines algorithmiques que représentent (parmi d’autres) les montres, les smartphones, les tablettes et les ordinateurs. Heureux donc ceux qui peuvent les éviter. Mais qu’est-ce donc ce cercle infernal? C’est notre condition – devenue routine – de constituer les éléments (pour ne pas dire les pions) du violent combat entre d’une part l’intrusion et l’agression et d’autre part la sécurité et la défense. Notre valeur en tant qu’utilisateurs de ces machines se situe là. Si l’on ajoute en vrac les webcams, les cartes de crédit et de membre, les balises, les voitures, les satellites, les puces embarquées, l’Internet&nbsp; des objets et j’en passe d’autres que j’ignore, on voit que les voies d’attaque sont aussi nombreuses que diverses et qu’elles couvrent <em>grosso-modo</em> la quasi totalité de nos vies. À tous ces objets-espions s’ajoute l’armada des logiciels, sans lesquels nous n’aurions affaire qu’à une cimetière de ferraille. Gare donc pêle-mêle aux chevaux de Troie, collectes et trafics de données, virus, publicités ciblées, cookies, etc. Devant cette déferlante de nocivités, les moyens informatiques sécuritaires et de défense font pâle figure mais, n’empêche, ils existent et sont là, faisant de leur mieux dans le cadre du combat incessant, plus ample mais perdu d’avance pour le droit à l’anonymat. Car plus coriace la défense et plus forte l’agression. Plus robuste la sécurité et plus perçante l’intrusion. Le cercle infernal est là et va savoir de quoi sera fait l’avenir.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela me rappelle la fuite obsessionnelle de la souris dans sa cage ronde qu’elle fait tourner justement par sa fuite . <span id="easy-footnote-2-31630" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-cercle-infernal/#easy-footnote-bottom-2-31630" title="<a href=&quot;https://tenor.com/view/kai-kai-art-kai-editions-imaginary-friend-hamster-wheel-gif-17202965&quot;>https://tenor.com/view/kai-kai-art-kai-editions-imaginary-friend-hamster-wheel-gif-17202965</a>."><sup>2</sup></a></span> <span id="easy-footnote-3-31630" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-cercle-infernal/#easy-footnote-bottom-3-31630" title="Au cas où l’on se mettrait à suspecter un quelconque rapport allant jusqu’à une connivence évidente entre cet essai et celui intitulé “X%”, j’avertis: c’est exactement ça."><sup>3</sup></a></span></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="498" height="448" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/10/Le-cercle-infernal.gif" alt class="wp-image-31445"></figure>



<p class="wp-block-paragraph">[3 octobre 2023]</p>
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		<title>X%</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/x/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 Nov 2023 09:46:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Que nous le voulions ou non, nous ne sommes tous pas plus que des statistiques. Éléments de statistiques. Des plus diverses. La principale chose est que nous vivons. […]</p>
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									<p>«Il y a trois types de mensonges:<br>mensonges,<br>mensonges grossières et<br>statistiques.»<br>(Attribué à Winston Churchill)</p>								</div>
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									<p>«Un mort? Une tragédie.<br>Un million de morts? De la statistique.»<br>(Atribué à Iossif Vissarionovitch Djougachvili, dit Staline)</p>								</div>
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									<p>Que nous le voulions ou non, nous ne sommes tous pas plus que des statistiques. Éléments de statistiques. Des plus diverses. La principale chose est que nous vivons. (Et – accessoirement – que nous votons.) Mais aussi que nous mourrons. Pour elles. Sans nous, zéro statistiques. En revanche, plus nous sommes et plus il y aura de la matière pour elles. Et mieux elles se porteront. Notre pouvoir est par conséquent immense! Au moins devrait-il l’être.</p><p>Mais que dal. Des banav que tout cela! Nous ne sommes tous rien d’autre que des éléments de statistiques avec pouvoir zéro à part celui de nous voir placés à notre insu dans telle ou telle zone, groupe, catégorie ou position, à tel ou tel rang ou niveau, etc. Quant au critères de classement, leur nombre est infini, et si par hasard il venait à finir, il s’en trouverait encore de nouveaux.</p><p>Accoutumances, achats, activité, âge, aide, animaux, aversions, avoirs, casiers, chomage, civisme, crédits, cultes, délits, dépenses, enfants, épargnes, état civil, études, fortune, habits, habitudes, infractions, intérêts, lectures, loisirs, maladies, mariage, métiers, meurtres, migration, misère, mobilité, mortalité, natalité, politique, occupations, origines, penchants, pendularité, poids, préférences, salaires, sexe, soucis, souhaits, sport, tailles, vacances, vice, vitesse.</p><p>Les % règnent partout, sans partage. Tout et n’importe quoi se mue en pour-cent par rapport au but choisi pour la circonstance: population du pays, de la région, de la ville, classe d’âge, niveau de vie, espérance de vie, choix, tendances, prévisions, dynamique. Difficile de savoir si le lointain inventeur du % en tant que signe ou référence l’aura fait parce qu’à son époque la population était nettement moins nombreuse, et que dès lors une petite centaine satisfaisait pour présenter un repère raisonnablement révélateur.</p><p>Une chose est sûre: les % des statistiques sont des commodities, des raw materials, c’est-à-dire des matières brutes de première nécessité qui se négocient au dessus de nos têtes, tel que le pétrole ou le blé, sauf que nous en sommes les composantes anonymes et infimes, comme pour l’opinion publique de la communauté internationale <span id="easy-footnote-4-31575" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/x/#easy-footnote-bottom-4-31575" title=" https://lecorbeaublanc.me/essais/lopinion-publique-de-la-communaute-internationale/"><sup>4</sup></a></span>.</p><p>Le plus frustrant est que nous sommes strictement sans défense aucune envers ces statistiques dont on est le combustible et qui circulent librement parmi nous, sans demander pardon ou crier gare. Nous sommes situés furtivement dans les 9.21% du groupe tel ou classés dans les 43.18% de tel autre, alors que notre identité est caractérisée par d’autres et bien plus de qualités et de défauts.</p><p style="text-align: center;">*</p><p>Allons! Ce n’est pourtant pas une raison d’être déprimés pour autant. Vivants ou morts, morts ou vivants, ceci donne tout de même un minimum de sens à notre existence. Actuelle et future. Le sillon que nous creusons dans la vie et la trace qui nous suivra après la mort se retrouve(ro)nt largement dans nombre de ces %.</p><p>[12 septembre 2023]</p>								</div>
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		<title>1191 (II/II)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Nov 2023 07:48:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Surtout après leur déroulement. Mais aussi pendant. Il suffit de se rappeler les différentes fausses alertes visant d’autres bâtiments de prestige; les dispositions prises pour mettre à l’abri divers dignitaires; […]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/">1191 (II/II)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
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									<p>«Il est dangereux d’avoir raison<br>sur des sujets où l’autorité officielle a tort».<br>(Voltaire)</p>								</div>
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									<p>«&nbsp;…Victimes de la vérité derrière les messages<br>des stoïques Saints du profit qui<br>qui sourient lorsque les merveilles<br>de toutes sortes déboulent dans leurs poches…&nbsp;»<br>(Deep Forest, ‘Endangered Species’,<br>de l’album ‘Music Detected’)</p>								</div>
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									<p class="p1">[…] Surtout après leur déroulement. Mais aussi pendant. Il suffit de se rappeler les différentes fausses alertes visant d’autres bâtiments de prestige; les dispositions prises pour mettre à l’abri divers dignitaires; le branle-bas autour de la question des effets boule-de-neige sur la ville de New York, sur l’Amérique entière et sur le monde en général; le jeu des situations d’urgence stratégique (les fameux niveaux de DEFCON)<span id="easy-footnote-5-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-5-31559" title="DEFense CONditions (conditions de défense)&nbsp;: niveaux d’alerte allant de 5 (normal, temps de paix) à 1 (préparation maximale). Ce jour-là, les forces militaires américaines reçurent l’ordre de se mettre en état DEFCON 3."><sup>5</sup></a></span>; le ballet des commentateurs et la valse des spécialistes ès affaires stratégiques, ès questions islamiques, ès sociologie, ès psychologie, ès terrorisme, chacun livrant son lot d’expertise en la matière.</p><p class="p1">L’après 11 septembre fut pourtant beaucoup plus riche à ce titre, peut-être par souci de ne pas gaspiller – voire: de renforcer – ce qui avait été acquis entre-temps. Il y eut les multiples alertes aux gaz anthrax; celle causée par la défaillance d’un réacteur qui fit tomber un Airbus A300 d’American Airlines sur le quartier de Queens à New York (c’était le 12 novembre 2001 et il y eut 255 victimes); l’attentat du 28 novembre 2002, perpétré contre un hôtel de Mombassa (Kenya), qui fit 13 morts; ce même jour, la tentative avortée de détruire en vol un Boeing B757 affrété par le plus gros tour opérateur israélien Arkia et qui effectuait la liaison Mombassa – Tel Aviv; la tentative également échouée du passager néo-zélandais Richard Bruce Reid de faire exploser ses chaussures le 22 décembre 2002 dans l’appareil qui reliait Miami à Paris; l’interdiction absolue d’embarquer à bord d’un avion avec la moindre lime à ongle, la moindre pince à sourcils, le moindre cure-dents.<span id="easy-footnote-6-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-6-31559" title="Comme pour rappeler que ces objets sont tout aussi dangereux que les cutters dont se seraient servis les pirates de l’air pour menacer les passagers des avions détournés le 11 septembre. Cet interdit fut depuis appliqué par un nombre toujours croissant de compagnies aériennes, sans pourtant que son inutilité ridicule ait interpellé grand monde."><sup>6</sup></a></span></p><p class="p1">L’orchestration des retombées stratégiques internationales</p><p class="p1">Le coup du 11 septembre 2001 a permis aux États-Unis d’Amérique d’occuper impunément l’Afghanistan et l’Irak; de mettre sur la sellette des pays-charnière, comme l’Iran, l’Arabie Saoudite et la Syrie; de fraterniser, au nez et à la barbe de Moscou, et à coup de dollars, avec d’anciens États de l’ex-Union Soviétique, majoritairement musulmans, comme le Kirghizistan, le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Ouzbékistan; enfin, d’asseoir officiellement un leadership décisionnel absolu qui jusque-là ne s’était manifesté qu’officieusement.</p><p class="p1">L’orchestration des médias du pays dit plus libéral en la matière</p><p class="p1">En tant que miroir à la fois d’une nation et des faits, les médias ont acquis un rôle sans précédent sur le plan de la création des opinions. À plus forte raison aux États-Unis, où leur impact en la matière est absolu. Aussi, leur importance dans la gestion des faits était, évidemment, primordiale. À la mesure de leur légendaire liberté, affichée avec arrogance. Comment dès lors ne pas rester sans voix devant l’accablante uniformité et platitude, si ce n’est l’affligeant conformisme et servilisme, dont les médias ont fait preuve en couvrant<span id="easy-footnote-7-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-7-31559" title="étouffant?"><sup>7</sup></a></span>ces moments? Bien sûr, je ne parle pas de la couverture en images, ou de la façon dont furent restituées les nouvelles. Je parle de leur ton, de leur attitude, de la façon dont fut traitée leur mission de base – l’information, qui se doit de se tenir autant que possible dans la neutralité et la verticalité. Mais dans le cas présent, il faut vraiment une volonté d’acier pour tenter de retrouver, par ci par là, des commentaires opposés à ceux ouvertement et violemment alignés, qui constituent, on l’a compris, l’écrasante majorité.</p><p class="p1">Le détournement des consciences</p><p class="p1">Traumatisme des faits, médias et voix officielles aidant, il ne s’en est pas failli de beaucoup pour créer outre-Atlantique un état général d’hystérie propre aux masses, qui fit vite des ravages. Fin 1941, il ne faisait pas bon pour les citoyens américains d’origine japonaise de trop se montrer<span id="easy-footnote-8-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-8-31559" title="C’était l’après le désastre de Pearl Harbour"><sup>8</sup></a></span>.Dix ans plus tard, l’heure des comptes sonna pour ceux qui furent soupçonnés de sympathies communistes<span id="easy-footnote-9-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-9-31559" title="C’était à l’heure du maccartisme."><sup>9</sup></a></span>. Cinquante ans après, vînt le tour des arabes et, de façon plus générale, de n’importe quel bronzé porteur de keffieh, turban, fez et autres couvre-chefs ‘pas comme chez nous’. Si, jusqu’alors, afficher en Amérique sa différence, éventuellement sa fronde, par rapport à tout et – souvent – à n’importe quoi, était presque devenu une spécificité du pays, dès le lendemain de la tragédie, bien que cette tradition ne disparut pas, elle enregistra une exception nette, et une seule: la référence au ‘nine eleven’, au 11 septembre. Qu’elle soit affichée sur des t-shirts ou sur les murs des maisons, ou encore – et surtout – qu’elle soit exprimée de vive voix, elle se devait d’être alignée à la version officielle, sous peine de violentes réactions de l’entourage. Qui parlait d’un communisme à l’américaine?…</p><p class="p1">L’esquive des évidences</p><p class="p1">Patiemment, il est possible de trouver, comme je viens de l’affirmer, des ‘poches’ où la conscience vit encore. Tel ce site Internet<span id="easy-footnote-10-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-10-31559" title="Voir: whatreallyhappened.com. Dans le même registre, un film documentaire britannique arrivait par des voies différentes quasiment à la même conclusion."><sup>10</sup></a></span>qui démontre, calculs et formules à l’appui, qu’anéantir une tour du World Trade Center suite au seul choc produit par un avion, auquel s’ajouterait la ruine des matériaux de résistance de l’immeuble par l’effet de la chaleur dégagée lors de la combustion du kérosène, c’est pratiquement impossible, car insuffisant. C’est assez troublant, car un ingénieur civil de mon entourage, que j’avais questionné sur la chose ce matin-là même, m’avait proposé la même conclusion sous une forme succincte et autrement formulée.</p><p class="p1">Mon but n’est pas de faire ici l’inventaire de ces preuves, ni de me livrer à une investigation personnelle que je ne saurais conduire par manque de moyens, de compétences et d’intérêt. Je compte souligner en revanche l’existence manifeste d’une volonté destinée à éviter l’examen officiel, impartial, professionnel, approfondi et complet des causes et autres épiphénomènes de cette tragédie. Si, en son temps, le rapport de la commission Warren sur les circonstances de l’assassinat de l’ancien président John F. Kennedy fut maintes fois critiqué pour son caractère amateur, subjectif et lacunaire (eu égard l’importance du sujet), force est aujourd’hui de lui reconnaître, par rapport aux ‘événements du 11 septembre’, au moins le mérite d’avoir existé. Comment se fait-il que cette Amérique si volontaire tolère l’absence d’un maillon tellement crucial sur la voie de la recherche de la vérité, c’est déjà une autre question.</p><p class="p1">Le musellement des opinions</p><p class="p1">Dans le prolongement du détournement des consciences, qui fait encore partie de l’arsenal de la propagande, nous avons aussi constaté l’apparition de cet instrument de censure qui appartient, lui, au domaine de la répression. D’une part, le processus d’endoctrinement dépassa rapidement le cadre relativement restreint des arabo-américains anonymes, pour s’en prendre à tout contestataire de la version officielle, fut-il blanc, chrétien et célèbre<span id="easy-footnote-11-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-11-31559" title="La liste des personnalités du ‘showbiz’, victimes de cette hostilité, est déjà bien fournie."><sup>11</sup></a></span>. D’autre part, via les courants d’idées, les canaux des médias, mais aussi ceux des affaires, furent jetées en un temps record les bases nécessaires à l’instrumentation légale et juridique de ce volet important de l’opération. C’est de cette façon qu’a été réussie…</p><p class="p1">La soumission des acteurs politiques</p><p class="p1">Au tout début, cette subordination apparut comme une autre forme légitime de la cohésion nationale sans faille au-devant d’une adversité extrême. Comme lorsqu’un cataclysme naturel frappe la vie de la communauté. Visages graves, députés, sénateurs et autres gouverneurs démocrates ou républicains exprimaient à l’unisson les mêmes préoccupations. C’était mal saisir le problème, car bientôt vint le tour les demandes d’octroi de budgets incommensurables, qui étaient censés financer rien que la lutte contre le terrorisme. Le Congrès vota et, en deux ans, 167 milliards de dollars du contribuable partirent ainsi dans cette direction. Suivit ensuite le fameux ‘Patriot Act I’, adopté par le Sénat à peine six semaines après les frappes. Quantité de libertés civiques – fierté et pierre angulaire de la démocratie américaine – étaient ainsi limitées ou suspendues. Continuons avec la création sans obstacles d’un super-fauteuil de ministre de la sécurité intérieure. Enfin, surprise!, même si les conditions et l’esprit n’étaient plus les mêmes, vint le tour du ‘Patriot Act II’, extension du premier, qui est actuellement débattu au Congrès.</p><p class="p1">L’exaltation des éléments – justement – patriotiques</p><p class="p1">C’est connu: un choc matériel et moral d’une telle ampleur et violence ne saurait laisser pour compte le patriotisme d’un peuple. Surtout en Amérique – l’histoire récente l’a prouvé <span id="easy-footnote-12-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-12-31559" title="La guerre du Viêt-Nam a fourni la plus édifiante de ces preuves."><sup>12</sup></a></span>. Et c’est exactement ce qui s’est passé. L’élan yankee prit un envol spectaculaire, et la côte du président en exercice grimpa au zénith, malgré une conduite initiale très discutable. Certes, toute nation qui se respecte se doit de posséder dans son inventaire le patriotisme. Elle se doit aussi de le cultiver. Il n’empêche que dans ses manifestations, et particulièrement dans ses dérapages, ce sentiment frôle assez souvent le grotesque. Tant que ces formes caricaturales d’exagération servent les intérêts d’un pays qui se trouve – par exemple – en état de guerre, on serait tentés de lui accorder un certain rôle thérapeutique, donc bénéfique. Eh bien, nombreuses sont aujourd’hui les formes caricaturales revêtues par le patriotisme américain, notamment par rapport à la problématique arabe. Cependant, n’en déplaise à ce président, le pays n’est pas en état de guerre avec le monde arabe.</p><p class="p1">L’application des mesures coercitives</p><p class="p1">Ce ‘détail’ n’est qu’un effet de l’ensemble des aspects traités ci-dessus. Une fois l’arsenal mis en place, les arrestations arbitraires, les longues détentions injustifiées, les procès orchestrés, les pressions et les intimidations complètent un tableau qui prend forme petit à petit</p>								</div>
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									<p class="p1">Pour conclure, je me demande: si tout ceci n’est pas un vrai chef-d’œuvre dans son genre, alors de quoi devrait avoir l’air un tel vrai chef-d’œuvre?!</p>								</div>
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									<p class="p1">Addenda: ubi, quando, quid, quis, quibus auxiliis, cur, quomodo.</p><p class="p1">Vingt siècles en arrière, Quintilien relevait de manière on ne peut plus synthétique ces catégories, indispensables pour analyser et considérer les circonstances de tout acte (en l’espèce criminel), avec la particularité que, forcément, la vérité ne saurait surgir qu’une fois connues les réponses à toutes ces questions. Alors:</p><p class="p1">Ubi: où a eu lieu l’acte? où se trouvait son objet? <span class="s2">Ça, au moins, c’est connu, mais c’est encore loin d’être suffisant.</span></p><p class="p1">Quando: quand? Ça, en tout cas, c’est aussi connu: le 11 septembre 2001, n’est pas?</p><p class="p1">Quid: quel est l’acte? mais aussi quel est l’objet de l’acte? Ça, c’est connu également: la destruction d’objets et de vies humaines. Les objets sont restés gravés sur toutes les rétines.</p><p class="p1">Quis: qui est l’auteur? L’on ne sait pas. J’entends par là que surtout devant d’une telle monstruosité, des preuves abondantes et parfaitement irréfutables sur l’identité des suspects auraient dû être considérées absolument obligatoires avant de désigner ces suspects comme auteurs – commanditaires ou exécutants. Mais ces preuves sont absentes. Elles l’étaient au lendemain des attentats et on les attend encore aujourd’hui. Ou alors elles existent, et elles ont toujours existé, mais n’ont pas été révélées. Tout ce que l’on ‘sait’, repose sur les déclarations d’une poignée de hauts dirigeants politiques, selon lesquels ces preuves existent. Punkt Schluss.</p><p class="p1">Quibus auxiliis: à l’aide de qui/quoi? avec quelles aides? On ne sait pas non plus. Comment le savoir&nbsp;? Cela supposerait que les auteurs aient déjà été nettement identifiés. Retour à quis. Ce qui est connu repose sur l’intuition que tout barbu basané porteur de keffieh est un complice (potentiel) qui n’a qu’a bien se tenir et qui a surtout intérêt à prouver son innocence.</p><p class="p1">Quomodo: comment? Là aussi il y a un problème. Les kamikazes dont nous avons tous vu les portraits à la télévision sont morts jusqu’au dernier. Donc on ne peut guère les interroger sur ce point. Ou bien ils n’ont jamais existé, ou alors ils sont disparus – allez savoir!, car les passagers qui auraient pu être interrogés là-dessus sont aussi tous morts. Ou n’ont jamais existé. Ou ils sont disparus. Par ailleurs, les fameux enregistrements audio et vidéo de leur ‘commandant suprême’ non seulement n’ont jamais été identifiés sérieusement, mais ils n’ont pas été expressément revendiqués. Comme les attentats d’ailleurs. Et un attentat non revendiqué reste, au-delà de tout ce qu’il est possible d’échafauder sur le compte de ses auteurs présumés, quelque chose de particulièrement étrange.<span id="easy-footnote-13-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-13-31559" title="Comme, d’ailleurs, demeure un mystère la difficulté d’arrêter ce ‘commandant suprême, en dépit des moyens financiers, politiques et militaires sans pareil utilisés depuis."><sup>13</sup></a></span> Ainsi, sur la question de l’instrument humain, force nous est-il de constater que nous restons un peu bredouille. La question de l’instrument non-humain est aussi délicate. Laissant de côté le cas du Pentagone, nous avons tous bien vu deux avions percuter les deux immeubles du World Trade Center. Mais comment exactement? Comment cela est-il concrètement possible? Je veux dire&nbsp;: comment ferait un aviateur de petits zincs de dimanche pour piloter une usine tel un Boeing 767; pour viser une cible de 50m, en vol à petite vitesse et à environ 200 m de hauteur, dans un centre-ville bourré de gratte-ciel, de câbles, d’hélicoptères, de cheminées, d’antennes, avec une ‘cargaison’ hostile (un équipage et des passagers qui savent qu’ils mourront en peu de temps et qui, de ce fait, n’ont plus rien à perdre); et enfin, dans ces conditions, pour diriger le projectile pile au milieu de la cible? À cette vitesse-là, 0.1 secondes d’inadvertance, d’inattention, d’imprévu, d’hésitation, un atchoum, un hoquet, suffisent pour rater l’objectif. Mais il n’y a pas eu de ratés. Pour des amateurs entraînés pendant quelques semaines sur des simulateurs de vol et sur des biplaces de plaisance, cette performance est beaucoup plus qu’un exploit.</p><p class="p1">Cur: pourquoi?</p><p class="p1">Honnêtement, c’est la grande question. Quel aurait pu être le résultat escompté par ce réseau terroriste-là (en supposant que ses membres furent les instigateurs et les auteurs des attentats) à la suite d’un tel acte innommable? À première vue, la plus simple réponse serait: rien. En principe, un acte terroriste peut être – apparemment – gratuit. Il peut très bien frapper par ricochet, aux 2<span class="s4"><sup>ème</sup></span> ou 3<span class="s4"><sup>ème</sup></span> degrés. Oui, peut-être, mais pas un acte tel que celui-là. Comme pour toute chose dans ce monde, il existe un sens et une discipline aussi dans le secteur du cauchemar. Un exemple: admettons le cas inverse d’un mouvement férocement anti-islamique qui, un jour de dhu’l’hijja, qui est le mois du pèlerinage, lancerait simultanément de gros projectiles incendiaires sur la Kaaba de la Grande Mosquée de La Méque, sur le Dôme du Rocher à Jérusalem et sur la Mosquée du Prophète à Médine. Qu’obtiendrait-il autre qu’un blâme planétaire? En d’autres termes, je suis persuadé qu’il existe des gestes qui par leur force symbolique, dépassent de loin le terrorisme – en tout cas tel que nous l’avons vécu avant le 1191. Cela dit, et par réduction à l’absurde, on pourrait paradoxalement déduire qu’un tel acte ne saurait être le produit d’une volonté antagoniste, pour autant que cet ennemi ne fonctionne selon des schémas mentaux, stratégiques et – cas échéant – doctrinaires absolument autres que ceux qui ont cours dans le monde connu. Or justement, que je sache, ces formations anti-américaines ne sont pas composées de martiens, et leurs méthodes sont listées depuis belle lurette. Et puis, si j’avais été le chef barbare de ce réseau, cheville ouvrière de ces attentats à New York et Washington, enragé de punir le grand méchant anglo-américain; en admettant que, depuis ma grotte de l’Hindu-Kush, j’aurais tout de même eu les moyens de l’inimaginable logistique exigée pour réussir mes forfaits; – eh bien, ne les aurais-je pas répété? Au moins une fois, pardi! Et vlan, le jour de Noël, ci un avion sur la Bourse de New York, là un autre sur l’aéroport O’Hare de Chicago, un autre sur le Westminster de Londres et un dernier sur le Golden Gate Bridge de San Francisco. Cependant, depuis ce jour-là, plus d’attentats.</p><p class="p2">Mais alors: qui, avec quels appuis, comment et pourquoi&nbsp;?</p>								</div>
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									<p class="p1"><span class="s1">[</span>6 octobre 2002 – 12 octobre 2003,</p><p class="p1">revu superficiellement le 13 septembre 2023]</p><p class="p3">PS. À l’exception de changements mineurs et sans impact aucun sur la substance du texte, c’est expressément que je n’y suis pas intervenu pour le mettre à jour. Beaucoup de choses se sont passées depuis sa création il y a vingt ans, mais il est suprenant de voir qu’aucune ne le contredit ou le rend désuet. Au contraire.</p><p class="p1"><span class="s1">[</span>13 septembre 2023]</p>								</div>
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		<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/">1191 (II/II)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
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		<title>1191 (I/II)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 28 Oct 2023 08:28:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Demandez à qui vous voulez de vous décoder le 4776, le 6845, le 8545, le 12461, le 14789, le 16769, le 61241, le 71117 ou encore le 111189! Vous serez gratifiés d’un long regard complaisant, sous-entendant «Tu devrais te soigner, mon ami». […]</p>
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									<p>«Il est dangereux d’avoir raison<br>sur des sujets où l’autorité officielle a tort».<br>(Voltaire)</p>								</div>
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									<p>«&nbsp;…Victimes de la vérité derrière les messages<br>des stoïques Saints du profit qui<br>qui sourient lorsque les merveilles<br>de toutes sortes déboulent dans leurs poches…&nbsp;»<br>(Deep Forest, ‘Endangered Species’,<br>de l’album ‘Music Detected’)</p>								</div>
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									<p>Demandez à qui vous voulez de vous décoder le 4776, le 6845, le 8545, le 12461, le 14789, le 16769, le 61241, le 71117 ou encore le 111189! Vous serez gratifiés d’un long regard complaisant, sous-entendant «Tu devrais te soigner, mon ami».<span id="easy-footnote-14-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-14-31460" title="Et pourtant ce sont là quelques-unes des plus notoires dates de ces 250 dernières années, ‘ savoir - respectivement - la déclaration américaine d’indépendance, l’attaque américaine sur Hiroshima, la capitulation de l’Allemagne lors de la deuxième guerre mondiale, le premier vol humain dans l’espace, la prise de la Bastille, le premier pas humain sur la Lune, l’attaque japonaise sur Pearl Harbour, le déclenchement de la révolution soviétique et la chute du mur de Berlin!."><sup>14</sup></a></span> Ensuite, demandez-lui de vous expliquer le 1191. Vous aurez droit à une réplique cynique, genre «T’es sérieux là, ou tu te fous de moi?», ou alors «T’étais où, sur la planète Mars?». Eh oui, les temps changent, les hommes aussi… Cela dit, en un rien de temps, ce qu’on appelle désormais couramment ‘les événements du 11 septembre’ (2001) a réussi l’exploit de se substituer dans la mémoire collective aux plus marquants jalons de l’ère moderne. Au même titre que ces quelques dates historiques sélectionnées plus haut, on parle dorénavant d’un avant et d’un après 1191, comme on parle d’un avant et après l’édification du mur de la honte à Berlin (13861) ou d’un avant et après la mise sur orbite du premier satellite artificiel (41057). Plus encore: on parle du 11 septembre comme les Français parlent de leur 14 juillet et les Américains de leur 4 juillet: sans indiquer l’année.</p><p class="p1">Reprenons les choses à leur origine. Nous sommes le mardi 11 septembre 2001 vers 9 heures du matin. Alertée par sa meilleure amie (une Américaine qui, à cet instant-là, se trouve à l’aéroport d’Atlanta en train d’embarquer sur un vol vers Zurich), cela fait déjà un moment que ma femme m’a appelé au bureau, me racontant, en quelques mots, ce qui, à cet instant-là, semble être un tragique accident. Elle me dit de chercher plus d’informations sur cnn.com. Je m’exécute. En effet, j’y trouve l’image enfumée et figée d’un des immeubles du World Trade Center de New York. Bien sûr, c’est le choc. Quelques minutes plus tard, ce n’est plus un choc, c’est plus qu’un choc (mais comme j’ignore la hiérarchie du choc, je l’appelle toujours ainsi): le deuxième immeuble est aussi frappé. Ensuite, c’est le Pentagone puis le crash en Pennsylvanie; on parle – pêle-mêle – du Département d’État, du Capitole, même de la Maison Blanche. Je me sens un peu comme Abraracourcix, qui a fini par recevoir le ciel en pleine tronche.<span id="easy-footnote-15-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-15-31460" title="Dans la série de bandes dessinées ‘Asterix’ d’Uderzo et Goscinny, le chef gaulois Abraracourcix est hanté par l’angoisse qu’un jour ou l’autre le ciel ne lui tombe sur la tête. "><sup>15</sup></a></span> Je reste là, devant l’écran, sans mots, le regard vide, la tête vide aussi. Soudain, un sursaut: je dois téléphoner à mon collègue avec lequel je partage les bureaux. C’est un ingénieur. Je sais que ce jour-là, il est en déplacement pour affaires, quelque part en Europe. Donc, il n’a peut-être pas eu les nouvelles. Je l’appelle sur son portable et – la chance! – je réussis à l’avoir du premier coup. Je balbutie quelques mots en guise de questionnaire. Il n’en sait rien: il est sur une route d’Espagne. Je ramasse ma lucidité des deux mains et lui raconte ce qui vient de se passer. Il essaie de me calmer. Sans succès. Je finis tant bien que mal mon récit et j’attends sa réaction. Elle vient, placide; quelque chose du genre «Dieu sait ce qu’ils ont encore combiné, ces Américains?!…» J’écoute abasourdi. Je l’engueule et raccroche. Et je me dis qu’alors-là, j’aurais tout vu, et surtout tout entendu.</p><p class="p1">Je me trompais. Pire encore (et inadmissible): ce faisant, je révélais la grave erreur de ne pas avoir tiré les leçons nécessaires d’un passé sentimentalement et historiquement très proche. Je m’explique.</p><p class="p1">Les bouleversements qui avaient eu lieu du 16 au 25 décembre 1989 en Roumanie – et qui avaient abouti au renversement du régime de Nicolae Ceaușescu – m’avaient fait vibrer comme la corde d’un violon. Rivé 24 sur 24 à toutes les chaînes de radio et de télévision, j’avais hurlé et pleuré à la découverte des ‘charniers’ de Timisoara – une vingtaine de cadavres (?) en décomposition, soigneusement alignés au sol; à l’envol de l’hélicoptère présidentiel depuis le toit du siège du parti communiste; à la prise d’assaut de ce symbole du pouvoir par une marée humaine à mains nues; à la capture du tyran déchu, réduit d’un jour à l’autre au rang de clown dont le bonnet de fourrure failli tomber au sortir du véhicule militaire qui l’amenait au ‘tribunal’; aux combats rangés – toujours contre des ennemis invisibles – qui avaient eu lieu dans les rues et places du centre de la capitale, Bucarest; aux nouvelles hystériques qui faisaient état de menaces chimiques et biologiques sur la population, et de la présence d’impitoyables et sanguinaires mercenaires nord-coréens et libyens dans les rangs des adversaires de la liberté; aux émissions d’information ad hoc et en continu montées avec les moyens du bord dans un studio de la télévision nationale transformé en camp retranché; au procès, au jugement et à l’exécution des époux Ceaușescu, dont aujourd’hui encore les images me semblent irréelles. Et encore: les crachats qu’on lançait à travers le petit écran sur la dépouille de l’ex-dictateur; le ruban que j’avais scotché sur la porte de mon bureau avec la mention ‘Fermé pour cause de révolution’; les discussions explosives – portées en petit comité d’amis – sur l’opportunité de rejoindre – en Roumanie, fusil à la main – les rangs des combattants de la liberté; l’appel vibrant adressé (via la télévision suisse romande) à la mobilisation internationale contre les forces du mal. Voilà autant de situations qui aujourd’hui me semblent sorties tout droit d’une hallucination. La suite est connue: sur l’ensemble de ces manifestations, rien ou presque n’était spontané, mais minutieusement mis au point et orchestré. Seulement, à cet instant-là, le formidable poids émotionnel du moment nous transforma tous, ou presque, en de véritables victimes de l’intox. Nous avons ainsi gobé les plus extravagantes sornettes forgées par le comité de rédaction de la ‘révolution roumaine’. Ainsi, forts du poids de notre multitude de béats crédules<span id="easy-footnote-16-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-16-31460" title=" N’étions-nous pas, à l’époque, l’opinion publique de la communauté internationale?!"><sup>16</sup></a></span>, nous avons involontairement et implicitement entériné cette illusion (ou cette mise en scène); en quelque sorte nous l’avons cautionnée, cette ‘révolution’. D’accord: passons. Une fois, ça va, mais deux fois, bonjour les dégâts!</p><p class="p1">Comparée au 1191, la mascarade du 221289 (jour de la fuite de Nicolae Ceaușescu et de sa femme) me fait penser plutôt à un vaudeville, une petite plaisanterie de dilettantes. Autant par l’échelle des faits que par la subtilité du scénario. Je ne dis pas que le truc de Bucarest n’a pas été particulièrement réussi (il l’a été; la preuve: il a marché), cependant celui de Washington et de New York appartient résolument à une autre ligue: celle des vrais professionnels.</p><p class="p1">L’immense tragédie qui a eu lieu le 11 septembre 2001 est un vrai chef-d’œuvre sur l’échelle de l’horreur, tant pour ce qui est de sa mise en pratique que de l’endoctrinement qui l’enveloppe. En effet, quant à la mise en pratique, chef-d’œuvre fut la façon dont se passa</p>								</div>
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									<p>le choix</p>								</div>
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									<p>des cibles, matériellement et symboliquement,<br>des techniques de réalisation,<br>des auteurs offerts à l’esprit collectif</p>								</div>
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									<p>l’orchestration</p>								</div>
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									<p>des tensions des événements, pendant et après,<br>des retombées stratégiques internationales et<br>des médias du pays dit plus libéral en la matière.<span id="easy-footnote-17-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-17-31460" title="Sur ce point, il serait peut-être plus judicieux de parler d’une mise au pas. "><sup>17</sup></a></span></p>								</div>
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									<p>Quant à l’endoctrinement, chef-d’œuvre fut la façon dont furent</p>								</div>
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									<p>détournées les consciences,<br>esquivées les évidences,<br>muselées les opinions,<br>enrégimentés les acteurs politiques, exaltés les éléments patriotiques,<br>appliquées les mesures coercitives.</p>								</div>
				</div>
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									<p>Je suis d’accord que tout cela ça fait vraiment beaucoup, surtout lorsqu’il s’agit du pays le plus libéral, le plus démocratique, le plus ouvert, le plus avancé, le plus audacieux, etc. Voyons donc de plus près.</p>								</div>
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									<p>Le choix matériel et symbolique des cibles</p><p>Je ne reviendrai pas sur un sujet épuise, si ce n’est pour m’asso-cier au concert d’opinions soulignant la pertinence de ce choix. Même si d’autres objectifs (tels ceux imaginés à l’addenda qui finalise cet écrit) sont porteurs de valences similaires, les points touchés ce jour-là (auxquels on pourrait ajouter la Maison Blanche, dont il fut dit qu’elle échappa au quatrième projectile) tiennent tout de même la palme.</p><p>Le choix des techniques de réalisation</p><p>Techniques? Non, plutôt technique. En fait, en ce 11 septembre 2001, le monde entier a pu voir qu’un gros-porteur civil peut devenir une bombe volante d’une redoutable efficacité, et que son utilisation efficace est à même de produire un effet matériel et psychologique dévastateur, cela sans égard au taux d’occupation des sièges. Pourtant, il s’agit bien de techniques, puisque cette performance ne peut se réaliser en soi; elle exige une logistique et une coordination exemplaires. Sur un champ de bataille, il n’est déjà pas facile pour plusieurs canonniers de tirer des salves simultanées sur différentes cibles; que dire alors de plusieurs avions de ligne, chargés de passagers, partis d’endroits différents et précipités à quelques minutes d’intervalle sur des immeubles d’importance capitale à la fois et dispersés et rapprochés entre eux, comme les deux tours du World Trade Center?</p><p>Le choix des auteurs offerts à l’esprit collectif</p><p>C’est vrai qu’eu égard les événements de la fin des années ’90, les Serbes ou les Bosno-Serbes auraient pu faire d’excellents auteurs de ces atrocités. N’avaient-ils pas, en effet, massacré plein de musulmans et de Croates? Organisé plein de charniers dignes des bourreaux nazis? Soigneusement orchestré le nettoyage ethnique de toutes ces populations? Mis en place l’exode des Kosovars? Humilié la FORPRONU<span id="easy-footnote-18-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-18-31460" title="Ou bien était-ce la SFOR? Ou alors la KFOR? Mais, au fait, est-ce important?"><sup>18</sup></a></span>en menottant ses militaires à des endroits stratégiques? Seulement, leur cas était désormais réglé, de sorte que les Serbes n’intéressaient plus personne. Et, de surcroît, ils n’ont pas de pétrole. Pire, ils n’ont pas la chance (?) d’occuper une position stratégique de tout premier ordre, entre un Occident qui est entré de plein pieds dans le post-industriel et un Orient qui, en dix ans, est devenu potentiellement riche et incontrôlable.</p><p>Alors, quelques précédents de ces années-là<span id="easy-footnote-19-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-19-31460" title="Les attentats du 7 août 1998, par des véhicules-suicide, sur les ambassades américaines de Nairobi (Kenya) et de Dar es-Salaam (Tanzanie) ont fait au total 224 victimes, dont 12 Américains. Celui du 12 octobre 2000, par un bateau-suicide, dans le port d’Aden (Yemen), sur le contre-tropilleur américain USS Cole, a fait 17 morts"><sup>19</sup></a></span>, engendrés – eux – par l’antiaméricanisme que la première guerre du Golfe avait soulevé<span id="easy-footnote-20-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-20-31460" title="La présence de troupes américaines sur ce que les musulmans considèrent comme leur terre sainte avait déclenché une vague de protestations dans le monde islamique."><sup>20</sup></a></span>, ont suffit pour désigner d’un seul coup de baguette magique les suspects (voire: les auteurs) des attentats. C’étaient des bandes bien organisées et bien entraînées, regroupées au sein d’un réseau mondial qui visait du jour au lendemain l’anéantissement de l’Amérique. On n’aurait pas su mieux trouver leur portrait-robot. Il y avait là d’une part des barbus ainsi que des moustachus mal rasés, tous des fanatiques, et d’autres part des femmes voilées clapotant des sons qui font peur; tous avec des noms imprononçables et des surnoms encore plus étranges; pratiquant un culte moyenâgeux qui autorise de lapider une femme adultère et de couper la main d’un voleur; s’exprimant violemment dans une langue inconnue et rauque; toujours en train d’hurler, toujours en train de tirer en l’air avec leurs Kalachnikov, toujours en train de brûler des effigies, toujours en train d’agiter qui des restes de vêtements, qui des photos d’autres moustachus, qui des bouteilles incendiaires; se déclarant fermement prêts à mourir pour la cause de l’Islam; vivant, sales, dans la misère (lorsqu’on sait, justement, que la misère exalte les sentiments), et réservant à un usage maléfique la colossale fortune d’un saoudien encore plus exalté qu’eux (par ailleurs ancien agent de la CIA semble-t-il). Franchement, le 11 septembre 2001, on vous aurait mis sous les yeux – allez – quinze archétypes de suspects possibles (ou envisageables) – les Serbes, les Brigades Rouges italiennes, le Sentier Lumineux péruvien, la secte japonaise Aoum, le KGB russe (enfin, l’ancien), les néo-nazis allemands, l’ETA espagnole, le Front du Polisario du Sahara occidental, la Corée du Nord, les rebelles maoïstes népalais, les corses de la Cuncolta, le Cuba, le Ku Klux Klan, l’Armée républicaine irlandaise et, enfin, la constellation de ces mouvements fondamentalistes et jusqu’au-boutistes musulmans – parmi tous ceux-là, vous pensez que vous auriez désigné qui comme suspect?</p><p>L’orchestration des tensions des événements, pendant et après</p><p>Surtout après leur déroulement. Mais aussi pendant. Il suffit de se rappeler les différentes fausses alertes visant d’autres bâtiments de prestige; les dispositions prises pour mettre à l’abri divers dignitaires; le branle-bas autour de la question des effets boule-de-neige sur la ville de New York, sur l’Amérique entière et sur le monde en général; le jeu des situations d’urgence stratégique (les fameux niveaux de DEFCON)<span id="easy-footnote-21-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-21-31460" title="DEFense CONditions (conditions de défense)&nbsp;: niveaux d’alerte allant de 5 (normal, temps de paix) à 1 (préparation maximale). Ce jour-là, les forces militaires américaines reçurent l’ordre de se mettre en état DEFCON 3."><sup>21</sup></a></span>; le ballet des commentateurs et la valse des spécialistes ès affaires stratégiques, ès questions islamiques, ès sociologie, ès psychologie, ès terrorisme, chacun livrant son lot d’expertise en la matière. […]</p><p>[6 octobre 2002 – 12 octobre 2003,<br>revu superficiellement<br>le 13 septembre 2023]</p><p>PS. À l’exception de changements mineurs et sans impact aucun sur la substance du texte, c’est expressément que je n’y suis pas intervenu pour le mettre à jour. Beaucoup de choses se sont passées depuis sa création il y a vingt ans, mais il est suprenant de voir qu’aucune ne le contredit ou le rend désuet. Au contraire. [13 septembre 2023]</p>								</div>
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		<title>Les organes, quel exemple!</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 24 Sep 2023 07:39:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Certains ont besoin de leur vie entière pour prendre vraiment conscience d’une réalité exemplaire, soit la faveur constituée avec nul apport personnel par la jouissance de ce dispositif presque miraculeux que la Mère Nature (certains disent le Seigneur) leur offre sans contrepartie: leur propre corps. […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph">Certains ont besoin de leur vie entière pour prendre vraiment conscience d’une réalité exemplaire, soit la faveur constituée avec nul apport personnel par la jouissance de ce dispositif presque miraculeux que la Mère Nature (certains disent le Seigneur) leur offre sans contrepartie: leur propre corps. Un groupage d’outils disposés conformément à une logique parfaite, un assemblage de fonctions nécessaires et suffisantes à une existence équilibrée, le tout concentré à l’essentiel, souvent avec des emplois multiples. Prenons ceux des exemples qui sont parmi les plus importants.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Le cerveau est le poste stratégique de commande qui contrôle et règle tout. Il est placé à dessein en haut de la structure, dans une boîte renforcée. Les nerfs créent un tissu de transmission infini qui pousse les ordres du cerveau jusqu’aux derniers recoins du corps. Le cœur est le moteur de la locomotive qui met tout en marche et fait mouvoir l’ensemble. C’est aussi le second cerveau, celui qui anime tout. Le système sanguin est un réseau routier on ne peut plus sophistiqué, où se croisent les véhicules de la vie. Le système lymphatique est un second réseau, pédestre. Il passe par une station qui est la rate. Le squelette est la structure de soutien de l’édifice, son armature. Les muscles forment un mécanisme varié qui fait bouger le corps dans tous les sens. La bouche est la porte d’entrée de l’alimentation. Elle s’ouvre et se ferme sur ordre du cerveau et reçoit air, eau et nourriture pour les envoyer plus loin. L’œsophage est un toboggan continu d’eau et de nourriture. L’estomac est un silo et un centre de traitement pour aliments. Les reins sont le centre de tri pour les liquides. Le foie est aussi un centre de tri, une station d’épuration et une déchetterie. Les intestins sont des égouts tortueux où cheminent les déchets pour être éliminés. La vessie est le bassin de rétention pour les liquides traités avant l’évacuation. Dans son ensemble, le système digestif est vu comme le troisième cerveau, tout aussi crucial que les deux premiers: c’est le siège de l’audace et de l’intuition. Voisine de l’œsophage est la trachée, qui est un tuyau de ventilation continu. Les poumons sont deux soufflets qui fonctionnent par réflexe inconditionné obéissant aux ordres du cerveau. Isolés à la fin du parcours se trouvent les instruments pour l’union des corps par lesquels se perpétue l’espèce. L’utérus est le local qui abrite le fruit de l’union. Là il éclot. À la surface il y a la peau qui couvre tout. Elle est manteau, filtre et rempart. Et partout, absolument partout, est répandue l’armée de gardiens qui défendent chaque pouce de l’ouvrage: ce sont les anticorps. Manquent seulement les branchies pour vivre sous les eaux ainsi que les ailes pour voler.</p>
<p class="wp-block-paragraph">En son entier, cet ensemble si harmonieusement composé est extraordinairement résistant et pourtant incroyablement fragile. L’homme sain et saint rend grâce chaque instant de sa vie pour cette faveur dont il a humblement la conscience qu’il n’en tire nul mérite. L’homme bêtement sain en revanche passe son temps fleur au fusil en tête de son bataillon rodé formé de ces braves soldats aux aguets, toujours obéissants, jamais fatigués. Comme chacun d’eux accomplit sa propre mission efficacement, dans la discipline et en silence, au mieux a-t-il l’habitude de ne pas se soucier, car pour lui ce dispositif roule tout seul à la condition de lui assurer les deux éléments indispensables que sont l’énergie et l’air. Loin d’en prendre soin, au pire il le torture de mille façons. Il y a enfin l’homme atteint par un mal ou une souffrance plus ou moins grave. Il peut être tout juste misérablement écrasé sous sa peine, n’aspirant qu’à être soulagé. Mais il peut aussi bien s’élever au dessus, et les meilleurs exemples connus sont à chercher dans Le Livre de Job et dans l’Évangile selon Saint Matthieu, 26/39, 42: <em>“Allant un peu plus loin, Il tomba face contre terre en priant et Il disait: «Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi! Cependant, non pas comme Moi Je veux, mais comme Toi Tu veux.”</em> et <em>“De nouveau, Il s’éloigna et pria, pour la deuxième fois; Il disait: «Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que Je la boive, que Ta volonté soit faite!”</em> Ces hommes lourdement atteints sont les vrais saints.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Par opposition, l’homme naïvement sain fait erreur. Bien sûr, il n’est de loin pas le seul à avoir reçu ce bienfait, comme dans le cas de la pensée. Au contraire et justement, par sa conscience, il est le seul à devoir le reconnaître, remercier et s’y conduire en accord, ce qui reste terriblement rare, car la plupart, cette faveur ils s’en moquent. L’homme en éveil se devrait d’être conscient de chaque chose, attribut, élément ou fait dont il est pourvu ou profite, raison comprise. Il faut dès lors une bonne dose de peine à l’homme sain, un malheur solide, tenace, pour qu’il comprenne que son corps entier n’est pas une donnée immuable de son vécu.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Mais comme fondamentalement il est aussi le seul à avoir reçu la clé du royaume de la Terre, c’est venu dans la nature de l’homme de se porter en maître absolu dans la froideur de ce qui l’entoure, et suivant cette piètre logique également de lui-même. S’ajoutent à cet orgueil les ainsi dites “avancées technologiques majeures” au travers desquelles sont engendrés ces hommes-là que l’on appelle bioniques et cryogèniques, pour que de cette façon le temple du corps puisse durablement muer en un vrai, fier et performant appareillage électromagnétique prêt à tout emploi, <em>Made in Earth</em>.</p>
<p class="wp-block-paragraph">[4 septembre 2023]</p>
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		<title>Bouffonnade</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Jul 2023 06:12:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les faits burlesques de ces derniers jours m’ont inspiré un mot insolite que j’ai décidé de placer en titre de cet écrit: un hybride entre bouffonnerie et pantalonnade, termes qui en pratique sont synonymes, indiquant une farce pitoyable. […]</p>
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<table class="wp-block-advgb-table advgb-table-frontend bouffonnade"><tbody><tr><td>Légende </td><td>A: vaste réunion d’États fédérés multi-ethniques</td></tr><tr><td></td><td>B: vaste État multi-ethnique moins vaste que A</td></tr><tr><td></td><td>C: vaste État multi-ethnique beaucoup moins vaste que B</td></tr><tr><td></td><td>D: État autoritaire faiblement peuplé allié à B</td></tr><tr><td></td><td>E: Région autoproclamée république faisant partie de B</td></tr><tr><td></td><td>F: Puissant État voisin membre d’une alliance ennemie</td></tr><tr><td></td><td>U: société militaire privée</td></tr><tr><td></td><td style="background-color:#ffffff">V: créateur de U</td></tr><tr><td></td><td>W: repreneur de U</td></tr><tr><td></td><td> X: ministre de la défense de B</td></tr><tr><td></td><td>Y: chef de l’état major des armées de B</td></tr><tr><td></td><td>Z: président de B</td></tr></tbody></table>



<p class="wp-block-paragraph">Les faits burlesques de ces derniers jours m’ont inspiré un mot insolite que j’ai décidé de placer en titre de cet écrit: un hybride entre bouffonnerie et pantalonnade, termes qui en pratique sont synonymes, indiquant une farce pitoyable. Les équivalents pour le composer ne manquent pas – fumisterie, pitrerie, tartuferie – mais je suis resté sur l’idée initiale. Voici leur déroulement tel que je les vois, en laissant le lecteur identifier correctement les euphémismes, ce qui ne devrait pas être une tâche trop difficile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Trente-deux ans en arrière, l’État A se défait en une quinzaine d’États distincts et plus ou moins indépendants de État A-mère, dont État B. Neuf ans en arrière a lieu l’annexion par cet État B d’un territoire appartenant depuis soixante ans à l’État C voisin, ce qui allume une situation d’animosité diplomatique, politique, sociale et militaire constante et réciproque entre ces deux États. Une force paramilitaire inconnue jusqu’alors s’affirme lors de cette attaque du côté de l’État B. Elle prend le nom de U, un auteur romantique allemand, et se fait connaître ensuite dans d’autres conflits ci et là. C’est un lieutenant-colonel des services spéciaux, citoyen V de l’État C, décoré par l’État B, qui créé pour l’occasion dite milice, partie d’un effectif estimé à 250 membres et formée de mercenaires dont une majorité d’anciens détenus. Les années la voient s’étoffer jusqu’à plus de 50ooo combattants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voici à présent l’acteur W, cette fois citoyen de l’État B, ancien détenu pour fraude et banditisme, également décoré par cet État, devenu milliardaire et accessoirement vieille accointance de Z, président de B. Quand et comment fait-il pour s’emparer de la société militaire créée par V n’est pas clair. De fait, à partir de là, son créateur tombe dans l’oubli et l’on s’habitue à parler de cette entité comme de la propre armée privée et active de W. En parallèle, durant le temps écoulé depuis, V et W sont frappés par des sanctions élaborées dans certains États dits démocratiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Seize mois en arrière, sans crier gare, l’armée de B main dans la main avec les formations de U, pénètre sur le territoire de C déclenchant ce qu’elle appelle une opération militaire spéciale qui fait des ravages dans les deux camps. Récemment, les forces de C, massivement appuyées par les renforts venant de certains États dits démocratiques, annoncent une vaste contre-offensive. Dans ces conditions et depuis plusieurs semaines, W multiplie ses critiques envers l’état major de B pour sa stratégie de guerre comme pour l’absence de support en matériel qu’elle est censée devoir à U. Son blâme s’adresse précisément à X et Y, à savoir le ministre de la défense et le chef de l’état major des armées de B, mais entre les lignes l’on peut facilement deviner des flèches qui pointent vers le régime autoritaire de Z.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, 48 heures en arrière, tard le soir, hors de lui, W annonce que des obus de B avaient été tirés sur les camps d’entraînement de U tuant nombre de ses combattants. En réponse, il déclare vouloir supprimer X et Y puis, dans la foulée, libérer le peuple de B. Il indique lancer les troupes sur la capitale de B distante de 1300 km, vouloir aller jusqu’au bout voire jusqu’à la mort, et comme but ultime, pendre X et Y sur la grande place de la ville.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’effectif de U présent sur le territoire de C se retourne et se met en marche forcée en direction de la capitale de B. Peu après il passe la frontière entre les deux pays. L’agence de presse d’État annonce des mesures de sécurité renforcées dans les principales villes situées sur le tracé annoncé. Entre temps, X se défend de ces accusations et le procureur général de B ouvre enquête envers W pour instigation à la guerre civile et mutinerie armée. Sur ce, l’État C dit affermir sa contre-offensive pour tirer profit de la provocation de W. Plongés dans l’incompréhension, les États dits démocratiques ou non suivent attentivement la situation, alors que la guerre entre les armées de B et C continue de plus belle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au milieu de la nuit, W révèle que ses forces ont abattu un hélicoptère militaire de l’État B, où les autorités locales appellent la population de rester à la maison. Du côté de U on signale que ses 25000 combattants sont prêts à mourir dans ce défi et que si tel était le cas, ils seraient remplacés sitôt par 25000 autres. À l’aube, depuis l’exil, un riche opposant à Z invite quiconque à rejoindre le bandit W pour faire tomber le bandit Z. Le maire de la capitale transmet sur les réseaux sociaux que des préparatifs antiterroristes y sont en cours. Ville après ville, l’avancée des unités rebelles semble inarrêtable au point que tôt le matin est diffusée l’information que Z parlera à la nation, tandis que le ministère de la défense promet la sécurité aux soldats de U se retirant de l’aventure criminelle engagée par leur chef. Bientôt, Z s’adresse à la nation parlant de trahison, de coup de poignard dans le dos, de menace mortelle et d’unité nationale. Sur un ton martial il insiste sur la punition des traîtres. La tension approche l’apogée et l’on commence à se poser des questions sur la capacité qui resterait encore à Z de maîtriser la situation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un après l’autre, les dignitaires du régime ainsi que le chef de l’Église apportent leur soutien au président pendant qu’à 600 km de la capitale des combats s’engagent entre l’armée régulière de C et les forces de U. À midi, W se dresse directement contre Z et l’accuse de se tromper lourdement en prenant les combattants de la milice pour des traîtres, lui compris. Il doute que le président ne soit dupé sur la réalité du front par les mêmes X et Y, qu’il accuse aussi, mais cette fois vertement, pour avoir envoyé à la mort des dizaines de milliers d’enfants du pays. Très vite sort et se propage le bruit que Z a quitté précipitamment son palais et s’est réfugié dans une de ses villas bien gardée par les troupes d’élite, mais la rumeur est aussitôt réfutée par son porte-parole.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’après-midi commence par des gestes de soutien à Z venus de l’extérieur, d’abord de l’État D, éternel allié aux airs de vassal, ensuite du président de E qui envoie sans attendre des barbus armés dans les zones de tension, et enfin du président de F, lui même cible d’un putsch sept ans plus tôt. Cependant, vers le milieu de l’après-midi, U se trouve à 400 km du but, au moment où le ministère des Affaires étrangères informe les États dits démocratiques que <em>«Nous mettons en garde contre toute tentative pour profiter de notre situation intérieure afin d’atteindre des objectifs hostiles. De telles tentatives seraient futiles. Tous les objectifs fixés par l’opération militaire spéciale seront atteints»</em>. N’empêche, le long du parcours désormais bien connu, les préparatifs s’intensifient. En parallèle, la propagande de l’État C envahi appelle les soldats de B à choisir leur camp, donc à la désobéissance militaire. Les États dits démocratiques finissent par déconseiller formellement à leurs citoyens tout déplacement vers ou dans l’État B. Moins de 24 heures après le début de la crise, la tension atteint l’apogée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis, tout à coup, lorsque les troupes rebelles ne se trouvent plus qu’à 200 km de la capitale et que dès lors le monde entier est légitimement accroché au dénouement du conflit, pile à l’heure du téléjournal, on apprend que le président autocrate de l’État D a intercédé auprès de W en faveur de Z, et a surtout négocié l’arrêt des mouvements de U sur le territoire de l’État B ainsi que la désescalade des tensions, que W a acceptés pour éviter un bain de sang entre frères. Voilà, il n’a tenu qu’à ça.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Très vite, les colonnes de U se retournent sur leurs talons et 24 heures après entament la marche inverse vers le point de départ. À l’arrivée, ils sont tout de même acclamés par des habitants en liesse qui scandent le nom de la milice, font des photos et se prennent en selfies avec les rebelles. Quant à la fin de l’histoire, eh bien comme partie de l’accord, W doit semble-t-il s’installer dans l’État D, permettant du coup au procureur général d’abolir les charges contre lui et tous ses combattants.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si dans quelque temps on lit ou relit cette bouffonnade sans y avoir touché entre temps, on peut s’attendre à ce que l’on pense qu’il s’agit d’une fiction parodique, ce qui n’est aucunement le cas. Voilà pourquoi je veux clore ce récit par un certain nombre de remarques et questions de base jetées en vrac, <em>street &amp; cash</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qu’est-ce qu’exactement et en réalité que ce colossal foutage de gueule ? À voir le déroulement, je crois que même ses acteurs ne le savent pas très bien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment expliquer qu’aucun des griefs de W n’a été démenti fermement durant la crise, alors que l’État B réprime le moindre avis contraire à la ligne du régime? Mystère… Mystère?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi y avait-il besoin des combattants barbus de la soit-disant république autoproclamée E alors que l’État B est la deuxième puissance militaire mondiale? Et boule de gomme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment comprendre l’évaporation totale de X et Y durant la crise comme le maintien dans leurs fonctions après? La raison est simple: le week-end. Et leur succession n’était pas à l’agenda de Z.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment croire qu’après 800 km (600 Km ? 1100 km ? – peu importe, les avis divergent) de marche forcée – d’accord, sans doute dans des camions – 25000 brutes sanguinaires (ce qu’un mercenaire doit être) font une pirouette de 180° sur un simple ordre sans sortir le moindre couic? Un seul mot: discipline.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui goberait la médiation rapide, efficace, propice et pacifique du président de l’État D qui se targue d’une réputation au niveau de la mer auprès des États dits démocratiques? Nous. Tous.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’heure du <em>live</em> tous azimuts, des nuées de satellites et de&nbsp; <em>smartphones</em>, comment expliquer l’absence quasi totale d’images montrant les colonnes de U, la riposte des forces régulières de l’État B et les mesures antiterroristes? Excellente question.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment qualifier quelqu’un qui hurle des propos tonitruants couteau entre les dents, dit vouloir pendre des généraux et aller jusqu’à la mort, et vingt heures après laisse tout tomber pour ne pas verser le sang de frères? Il ne l’avait peut-être pas prévu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Serait-ce pour y prendre du bon temps qu’un multimilliardaire se retirerait dans un des pays les plus austères et fermés? Chiche!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Devrait-on – tel l’avis général – interpréter ce bras de fer, voire ce bras d’honneur que je continue d’appeler bouffonnade, comme le début de la fin de Z? Pas sûr. Dans un avenir pas si éloigné, je serais encore moins étonné d’apprendre que Z a reçu l’invitation de W pour officier comme parrain de son nouveau rejeton.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et finalement: <em>cui bono</em>?</p>



<p class="wp-block-paragraph">P.S. Tel qu’il a été ouvertement déclaré par les autorités des États dits démocratiques avec leurs diverses agences expertes de renseignements et eu égard leur réserve inhabituelle et constante durant les 24 heures de crise, il faut bien se rendre à l’évidence que le comment et le pourquoi de cette parodie ont échappé aux analystes stratégiques les plus rompus ce qui, encore une fois, fait la démonstration des limites souvent étonnantes de cette caste de fonctionnaires spécialisés grassement payés avec l’argent du contribuable. Car l’explication est évidente, simple et à la portée de tout un chacun, répondant du coup à la précédente avalanche d’interrogations. En réalité ce n’est donc pas si compliqué: même les grands hommes sont forcément d’abord des hommes avant d’être grands, et ce même s’ils ne le sont pas de par la taille. À n’en pas douter, W et Z sont de tels grands hommes, actifs en plus et chacun dans son secteur précis. Leur spécifique vient là où enlisés dans la routine – Z de passé vingt ans de pouvoir sans partage, W d’avoirs à ne plus savoir qu’en faire – chacun est peu à peu abattu par un ennui mortel, et la canicule du changement climatique n’aide pas. Alors, au lieu d’une N<sup>e</sup> partie de <em>paint-ball</em> ou de chasse, les deux comparses s’arrangent en catimini pour s’offrir ce loisir bien plus excitant donc gratifiant. C.Q.F.D.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[25 juin 2023]</p>
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		<title>Miracles?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 08 Jul 2023 07:15:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Décidément et heureusement impénétrables sont les voies du Seigneur! Car tenter de les comprendre est aussi insensé que vain. […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Décidément et heureusement impénétrables sont les voies du Seigneur! Car tenter de les comprendre est aussi insensé que vain.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Milagro de los Andes</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">(Le miracle des Andes)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 13 octobre 1972 à 14h18, le vol Fuerza Aérea Uruguaya 571 décolle de Mendoza en Argentine. Destination: Santiago au Chili. Le trajet impose de traverser la cordillère andine à une altitude moyenne d’environ 6000 m. À bord 45 personnes, la plupart des membres d’un club amateur uruguayen de rugby. 76 minutes après, l’avion s’écrase dans le département de Malargüe de la province de Mendoza à une altitude d’environ 3600 m. 2 femmes et 10 hommes meurent lors de l’écrasement et 17 autres la période suivante. 10 semaines et 2 jours plus tard, un premier hélicoptère de l’armée chilienne évacue 6 survivants vers des hôpitaux de Santiago du Chili, puis le lendemain un deuxième hélicoptère les 8 restants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus de 20 ans passent et le 15 janvier 1993 sort aux États-Unis et en Inde le film américain <em>“Alive”</em> (<em>“Vivant”</em>) mis en scène par Frank Marshall. C’est un récit bouleversant qui retrace le calvaire vécu par les victimes et encore plus par les miraculés de cette tragédie, culminant avec l’épisode tant redouté de cannibalisme.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">The cave rescue</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">(Le sauvetage dans la grotte)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 23 juin 2018, 12 joueurs de football thaïlandais de 11 à 16 ans d’une équipe amateur et leur entraîneur âgé de 25 ans visitent une grotte de 10 km située sous une montagne de la province Chiang Rai en Thaïlande, à la frontière avec le Myanmar. Pendant leur trajet, un brusque déluge inonde la grotte et les bloque à 4 km de profondeur. Rapide, l’alerte réunit 100 scaphandres, 900 policiers et 2000 soldats, soit près de 10000 hommes au total. Son écho fait venir sur place des centaines de volontaires d’une vingtaine de pays ainsi qu’une demi douzaine d’experts plongeurs Britanniques et Australiens. 18 jours plus tard, ces hommes font sortir sains et saufs un par un les 13 jeunes munis d’équipements de plongée et rendus léthargiques, en les poussant sous l’eau comme des objets.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus de 4 ans après, le 5 août 2022 sort aux États-Unis le film américain <em>“Thirteen Lives”</em> (<em>“Treize vies”</em>) mis en scène par Ron Howard. C’est un récit tendu qui présente l’organisation parfaite des moyens déployés, les enjeux, les choix, le sacrifice des hommes, et à la fin l’incroyable pari qui sauve par miracle les treize garçons.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Operación Esperanza</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">(Opération Espoir)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 1<sup>e</sup> mai 2023 vers 07h40, un monomoteur Cessna 206 parti d’Araracuara pour rejoindre San José del Guaviare, s’écrase dans la forêt amazonienne près de Solano, département de Caquetá,&nbsp; en Colombie. À bord 7 personnes: une mère de la tribu indigène Uitoto avec ses 4 enfants, un autre indigène et le pilote, es 2 tués sur le coup. La mère s’éteint 4 jours plus tard. Miraculeusement épargnés, les 4 enfants de 1, 4, 9 et 13 ans commencent à errer dans une des jungles des plus féroces. 40 jours plus tard, ils sont retrouvés – épuisés, affamés mais sains et saufs – par plus de 150 militaires et secouristes appuyés par des moyens volants, 200 indigènes volontaires et 10 chiens bergers belges dont 1 fut perdu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce 10 juin 2023-là, au septième étage du bâtiment situé au 245 N Beverly Drive, à Beverly Hills en Californie, une équipe bien rodée – producteurs, scénaristes, metteur en scène – suit en silence et en direct le cours de l’opération transmis par un envoyé spécial glissé dans le dispositif de recherche. Parce que le film est déjà en route.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut avouer que si l’on s’aventure à passer en revue et surtout à s’imprégner des dangers, défis, risques et maux subis par chaque héros de ces trois épreuves hors du commun, l’imagination reste pauvre. D’abord aucun des 33 rescapés n’avait (ou n’a) pas 30 ans au moment respectif. Ensuite, c’est la nature qui ouvre dans ces cas sa collection: gel, nourriture, eau, végétation, arthropodes, rapaces, félins, reptiles, insectes. S’ajoutent les guérillas. Résultats: détresse, désespoir, deuil, épouvante, fantasmes, gangrènes, peine. Et enfin, dans ce corps à corps avec les éléments qu’on dirait inégal, on ne saisit pas trop comment, mais c’est l’homme – la vie – qui triomphe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[15 juin 2023]</p>
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		<title>Le nouveau désordre mondial</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Jun 2023 05:01:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Peu de temps en arrière, le Président russe a lancé un pavé dans la mare avec la force et le sérieux qu’on lui connaît. Il a  annoncé l’avènement d’une ère nouvelle, où le monde sera libéré de la domination de l’Ouest. […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Peu de temps en arrière, le Président russe a lancé un pavé dans la mare avec la force et le sérieux qu’on lui connaît. Il a&nbsp; annoncé l’avènement d’une ère nouvelle, où le monde sera libéré de la domination de l’Ouest. Et du Nord. Pas tout le monde, mais seulement celui dominé: celui de l’Est et du Sud. En d’autre mots et en jetant un coup d’œil aux statistiques, plus de 85% de la population terrestre. En face, à peu près 45% du PIB (produit intérieur brut) mondial réalisé rien que par les sept premiers pays du Nord-Ouest. Quant aux fleurons que sont les moyens, la technologie, l’innovation, la recherche et le développement, ce n’est même pas la peine de comparer Nord-Ouest et Sud-Est.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’immensité des problèmes inhérents à – et entraînés par – cette déclaration glace. En ralliant la Chine, l’Inde et peut-être le Brésil, cet appel glace à la vue du fossé abyssal qui sépare ces deux “blocs”. Une crevasse béante entre les acquis intellectuels et matériels de l’Occident d’un côté et ceux du reste du monde de l’autre, accentuée par l’obligation avant tout de passer par une autre dynamique. Un retournement radical de doctrine. Une nouvelle stratégie qui, lors d’un bref coup d’œil, ressemble beaucoup à une authentique déclaration de guerre. “Dominés de tous les pays, unissez-vous !” ? En nous rappelant l’appel lancé en 1848 dans le Manifeste du Parti Communiste de Karl Marx et Friedrich Engels, à peine si l’on peut s’éviter des sueurs froides.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Grosso modo</em>, à force de communisme étouffant et mutilant à l’Est et de colonialisme dévergondé au Sud, il a fallu un siècle au Nord-Ouest pour en arriver à ce stade. Cela dit, le monde de 2020 est beaucoup plus loin de celui de 1920 que celui-ci ne l’était de 1820, n’en déplaise à la révolution industrielle. Car il ne s’agit pas seulement d’avancée économique, mais surtout de progrès humain et social, ainsi que de métamorphose politique mue par le changement absolu apporté par la communication. Et même si le nouvel ordre mondial – désormais si bien établi – fait grincer beaucoup de dents, dans ces conditions complexes comment lui substituer un autre, nettement différent et meilleur ?!…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette nouvelle configuration à plusieurs couches montre qu’il ne s’agit plus de lutte des classes mais de lutte des blocs. Avec des forces à priori totalement inégales. Nous ne sommes plus en 1984 mais en 1894, où les empires espagnol, britannique, français, japonais et russe se tuent pour le partage du monde. Les trois premiers n’existent plus. Le japonais est allégorique. L’empire russe sombra en tête, mais seulement par le nom. La chute du communisme ne fit qu’ouvrir large la voie de la renaissance d’une vieille et solide vision pour la Grande Russie: celle des tzars. Et depuis, c’est le nouvel empire américain qui mène les débats.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais fichtre!, comment faire pour inventer un autre meilleur ordre alors que chacun de ces quatre cavaliers composent tant bien que mal avec les capitalismes les plus féroces et les résultats les plus contrastés ? Comment réunir sous une seule et même torche révolutionnaire quatre hommes sur dix de religions différentes, dont une bonne partie vit sous le seuil de pauvreté, sans eau courante, électricité, accès aux soins et à l’éducation ? Comment concilier cette détresse généralisée avec l’avoir cumulé (égal au PIB de Taïwan) ne serait-ce que de leurs trente plus riches ressortissants ? Et la corruption ? Et le parti unique ‘ Et les castes ? Et le bazardage des ressources naturelles ? Et – osons le dire enfin – la démocratie avec ses fameux droits de l’homme ?…</p>



<p class="wp-block-paragraph">En dépit de multiples efforts, je ne vois pas à ce jour comment le Nord-Ouest, lancé à grande vitesse dans le post industriel, pourrait se faire imposer un autre nouvel ordre mondial par le Sud-Est, alors que même dans le secteur des dépenses militaires il traîne si loin derrière. Quelle pourrait être l’issue d’une telle confrontation qui, si elle ne sera pas tout d’abord idéologique, ne sera point ? Je n’en vois qu’une: c’est le titre porté par cet écrit.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais admettons l’inconcevable. En cas de victoire finale des actuels “dominés”, quel sera le sort des futurs ex-dominateurs ?!…</p>



<p class="wp-block-paragraph">[14 mai 2023]</p>
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		<title>L’homme nouveau</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 03 Jun 2023 07:05:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Qui n’a pas contesté les préceptes surannés de papa et maman ? Qui ne s’est pas insurgé contre les “vieilleries” imposées par ses parents ? Qui ne les a pas défiées au risque de blâmes et autres punitions ? […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



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<p class="wp-block-paragraph">N’oubliez jamais</p>
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<p class="wp-block-paragraph">N’oubliez jamais</p>
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<p class="wp-block-paragraph">I heard my father say</p>
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<p class="wp-block-paragraph">J’entendais mon père</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Every generation has its way</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Chaque génération suit sa route</p>
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<p class="wp-block-paragraph">I need to disobey</p>
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<p class="wp-block-paragraph">J’ai besoin de désobéir</p>
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<p class="wp-block-paragraph">N’oubliez jamais</p>
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<p class="wp-block-paragraph">N’oubliez jamais</p>
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<p class="wp-block-paragraph">It’s in your destiny</p>
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<p class="wp-block-paragraph">C’est dans ton destin</p>
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<p class="wp-block-paragraph">I need to disagree</p>
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<p class="wp-block-paragraph">J’ai besoin de m’opposer</p>
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<p class="wp-block-paragraph">When rules get in the way</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Quand les règles bloquent la voie</p>
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<p class="wp-block-paragraph">N’oubliez jamais</p>
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<p class="wp-block-paragraph">N’oubliez jamais</p>
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<p style="text-align:center;margin-bottom:20px;">Joe Cocker 1997 (traduction de l’auteur)</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Qui n’a pas contesté les préceptes surannés de papa et maman ? Qui ne s’est pas insurgé contre les “vieilleries” imposées par ses parents ? Qui ne les a pas défiées au risque de blâmes et autres punitions ? Las: les talons aiguille, les mini-jupes, les cheveux longs des&nbsp;garçons, la cigarette pour les filles ne sont que des frivolités banales et gentilles comparé à l’abysse, à la rupture colossale, au renversement dont il est question dans cet écrit.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1024" height="620" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/06/Lhomme-nouveau-1024x620.jpg" alt class="wp-image-31316" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/06/Lhomme-nouveau-1024x620.jpg 1024w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/06/Lhomme-nouveau-300x182.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/06/Lhomme-nouveau-768x465.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/06/Lhomme-nouveau-1536x931.jpg 1536w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/06/Lhomme-nouveau.jpg 1558w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px"></figure>



<p class="wp-block-paragraph">La nomenclature de l’image est connue. Ici l’attention se porte sur la génération Y, couleur lilas, celle dite des milléniaux <span id="easy-footnote-21-31310" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lhomme-nouveau/#easy-footnote-bottom-21-31310" title="Pour des raisons de fluidité et de simplicité &amp;#8211; et aucunement par une quelconque préférence &amp;#8211; on arrêtera un moment cette pratique d’alourdir et encombrer inutilement le texte avec toutes les déclinaisons possibles propres aux deux genres."><sup>21</sup></a></span>, nés juste avant la fin du millénaire écoulé. Et pourquoi donc ? Eh bien parce qu’avec elle on enregistre probablement le seul et plus spectaculaire bond de la vision sur le devenir entre pas deux, mais – symétriquement – trois générations: d’une part cette Y et sa précédente, la X, et d’autre part la même Y et sa suivante, la Z, celle appelée des “zappeurs”.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Demandez à un Y dans sa trentaine de vous décrire le tableau de son avenir. Vous risquez fort de rester perplexe à l’écoute de son discours qui brosse un paysage de désolation du jour d’après où s’entassent pêle-mêle spectre du chômage durable, rejet des acquis du capitalisme et planète mourante – le tout sur fonds de condamnation à peine voilée de votre génération X comme des antérieures, toutes responsables de ce désastre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Outré, vous lui parlez de l’endurance foncière de l’homme devant les coups de temps difficiles, de sa hargne de vaincre les épreuves, de sa force qui n’a de pareil que sa volonté, de ses ressources insoupçonnées de résistance. Vous lui rappelez les guerres comme des leçons de souffrances incomparables, puis de renaissance héroïque. Larmes aux yeux, vous lui évoquez la génération silencieuse de vos propres parents suivie par celle des <em>baby boomers</em>. Vos mots choisis peinent à lui faire ressentir au mieux les temps glorieux que vous n’avez pas vécu vous même, mais qui vous ont été révélés par ceux qui les ont subi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vous verrez qu’il y a toutes les chances pour que le Y en question ne vous contredise pas, peut-être par respect pour votre émotion, peut-être par manque d’arguments contraires. En revanche, il pourra se retrancher derrière le verdict que – de toute façon – tel qu’il entrevoit l’avenir, avenir il n’y aura pas. Par conséquent, vous apprendrez que dans ces conditions et mû par un devoir basique envers le destin clairement sombre de potentielles progénitures, progéniture il n’y aura pas. Y n’enfantera pas. Point à la ligne. Fin de l’histoire. Ainsi, et pour autant que cette vision se généralise, Y viendra se ranger éventuellement aux côtés des derniers hommes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En réalité c’est qu’il y a plus. Et il y a pire. Car la source de cette babylonie eschatologique <em>sui generis</em> vient d’une originalité apparemment nouvelle: pour le Y, l’humanité et son histoire commence pile l’année de sa propre naissance. En clair, pour lui, le passé avec ses figures et ses événements c’est de l’abstrait. Grâce à ses parents, à peine s’il peut esquisser la face du monde au temps de leur adolescence à eux. Comment faisait-on concrètement de vivre sans tous les acquis de l’époque actuelle n’est pas un sujet en soi. Y n’a ni dette ni déférence envers le passé, comme il en fait preuve curieusement pour l’avenir. Y est celui par lequel la merveilleuse chaîne de la passation se brise. <span id="easy-footnote-22-31310" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lhomme-nouveau/#easy-footnote-bottom-22-31310" title="https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-1-2/La descendance"><sup>22</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’homme nouveau c’est Y. Mais à vrai dire et à y regarder de près, le Y n’est pas une nouvelle déclinaison du même homme tel que la Terre a connu depuis 123456… ans. Il n’est point le surhomme de Nietzsche, ni le triomphant homme nouveau du marxisme, ni l’arien du nazisme. À son insu et par son net déni du passé, l’ironie du sort fait qu’il n’est paradoxalement que le produit de consommation du même monde qu’il incrimine.&nbsp; C’est une première de l’Histoire qu’un volet entier se détache, autosuffisant, en tant qu’électron libre suspendu dans le temps. Il a déjà été montré avec davantage d’autorité: à la base, Y n’est pas plus un homme qu’un usager, un simple client statistique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et c’est là que surgit Z, dont il est encore trop tôt pour se prononcer avec pertinence sur les tenants et aboutissants. Lorsqu’il se tourne vers lui, notre Y est pris par le vertige. Il ne comprend strictement rien de cette génération de zappeurs, nés sous Internet, ouverts avec Facebook®, épanouis avec Instagram® et Snapchat®, pour lesquels la Russie est la capitale de l’Angleterre et qui pensent que la partie colorée de l’œil s’appelle Jésus. Y voit avec un mépris hautain ce rejeton (cependant pas tellement plus ignorant que lui-même) qui aujourd’hui est en train de se forger un avenir – raté pour Y – dans ce contexte en ruines qu’il rejette. Un Z qui pourtant – par la loi de la nature – lui succédera sous peu dans la vie de tous les jours. Aujourd’hui homme, demain femme, après demain ni l’un ni l’autre, chat même peut-être. Il ne saura pas dire si ce nouveau venu perpétuera sa trouvaille qui est de travailler le moins possible quitte à vivre chichement, pendant que Z se soucie clairement plus de la fonte des glaciers arctiques que du voisin grabataire au seuil de la mort dans le 2 pièces du 5ème. Je me dis alors que si le regard du Y sur le Z – qui lui est si proche par l’âge – est tellement perplexe si ce n’est terrifié, il est inutile d’aspirer à comprendre davantage autant l’un que l’autre.</p>



<figure class="wp-block-video"><video height="568" style="aspect-ratio: 916 / 568;" width="916" controls src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/06/Lhomme-nouveau-Generation-Z.mp4"></video></figure>



<p class="wp-block-paragraph">On parle ici d’un corpus significatif d’éléments fondamentaux pour tout ce qui constitue notre particularité en tant qu’espèce humaine par rapport au reste de la Nature, inerte ou vivante: cumul, expérience, valeurs, vision, aspirations, respect. On parle d’un temps où contrairement à tout autre moment du passé, au moins trois générations vivantes ne sont plus en mesure de préfigurer la face du monde à venir, puisque même la quatrième, celle qui arrive maintenant dans la fleur de l’âge, est incapable de voir autre chose qu’un paysage dévasté, mûr pour l’extinction.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">La tâche est lourde de pouvoir fermer l’œil au <em>“No future”</em> du négativisme, de garder espoir et optimisme face à cet horizon cataclysmique et d’ouvrir l’oreille au “plus jamais ça” des chantres pour un monde meilleur destiné aux chères générations futures.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À moins de s’appuyer sur la foi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[13 mai 2023]</p>
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		<title>AutoKK</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 15 Apr 2023 10:58:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pauvres automobilistes !</p>
<p>Non, pas les conducteur d’autos que l’on taxe partout de plus en plus, auxquels on interdit chaque jour davantage de tracés et on réduit méthodiquement les possibilités de parquer leur véhicule […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Pauvres automobilistes !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, pas les conducteurs d’autos que l’on taxe partout de plus en plus, auxquels on interdit chaque jour davantage de tracés et on réduit méthodiquement les possibilités de parquer leurs véhicules, ou enfin on augmente les prix des combustibles. Non.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pauvres marques, fabricants et industrie automobile !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non-non, pas à cause des émissions de CO2 dont ceux qui fabriquent des voitures à combustion interne sont coupables pour un quart du total et ceux qui fabriquent des batteries pour les voitures électriques en sont pour le double à la production. Non plus pour la dixième place sur l’échelle sinistre de la létalité occupée par le nombre de victimes que ces engins de mort sèment en continu sur les routes dans les plus terribles accidents.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non ! Pauvres fabricants de marques automobiles et surtout encore plus pauvres employés aux départements de marketing dont la tâche est de trouver sans répit pour leurs produits de nouveaux noms les plus évocateurs possibles, si ce n’est les plus vendeurs. Et, cerise sur le gâteau, en tenant rigoureusement compte des mœurs, coutumes et lexiques de chaque marché visé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À se demander, pourtant…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelle joie de songer se trouver dans un excrément (E-tron) ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment pouvoir flairer les grands espaces dans une Captur ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelle dame de bonne famille s’afficherait dans une LaPuta ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui aurait l’idée farfelue de se mettre au volant d’une Naked ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Que dire de s’embarquer le nez qui coule dans une Mocco ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelle mère résisterait aux ironies en conduisant une Previa ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quel plaisir réel de foncer en Cayman en Amérique du Sud ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment rouler une Scandal quand on a un peu de bon sens ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Louer une Captiva partout où la démocratie est arbitraire ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui pourrait s’offrir une Scat à part peut-être un coprologue ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment motiver le choix d’une Pajero sans se faire moquer?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme si des mots comme soleil, joie, valeur, extase, paix, amour, miracle, diamant, digne, fleur, vaste étaient réservés…</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pire: tous ces mots maladroits, malheureux et malvenus sont si loin de faire référence à une quelconque particularité du modèle respectif ! Pourquoi dès lors ne pas avoir choisi, comme certains, de rester sur de simples chiffres ou sur les lettres de l’alphabet ?…</p>



<p class="wp-block-paragraph">[18 mars 2022]</p>
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		<title>Les bons résultats du quiz “Vrai ou faux ?”</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 15 Apr 2023 10:57:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>1v La Terre en sandwich https://www.lematin.ch/story/deux-hommes-parviennent-a-prendre-la-terre-en-sandwich-604651828760 2v La banane scotchée https://www.courrierinternational.com/article/art-contemporain-150-000-dollars-pour-une-banane-scotchee-un-mur-par-maurizio-cattelan?utm_medium=Social&#38;utm_source=Facebook&#38;Echobox=1575639065 3v Le mariage de mère et fils http://www.lematin.ch/societe/Une-mere-et-son-fils-veulent-se-marier-et-faire-un-enfant/story/21325515 4f L’exploit des footballeurs faux 5f Le sculpteur chauve faux 6v Le défi de la chaise https://www.lematin.ch/story/le-defi-de-la-chaise-seules-les-femmes-peuvent-le-relever-195498167266 7f L’androïde gonflable faux 8f Le racisme entomologique faux 9f La terre vide faux 10v La densité de l’eau [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
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<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-7387b849 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:100%">
<table class="resultats"><tbody><tr><td>1v</td><td><br>La Terre en sandwich</td><td><a href="https://www.lematin.ch/story/deux-hommes-parviennent-a-prendre-la-terre-en-sandwich-604651828760">https://www.lematin.ch/story/deux-hommes-parviennent-a-prendre-la-terre-en-sandwich-604651828760</a></td></tr><tr><td>2v</td><td>La banane scotchée</td><td><a href="https://www.courrierinternational.com/article/art-contemporain-150-000-dollars-pour-une-banane-scotchee-un-mur-par-maurizio-cattelan?utm_medium=Social&amp;utm_source=Facebook&amp;Echobox=1575639065">https://www.courrierinternational.com/article/art-contemporain-150-000-dollars-pour-une-banane-scotchee-un-mur-par-maurizio-cattelan?utm_medium=Social&amp;utm_source=Facebook&amp;Echobox=1575639065</a></td></tr><tr><td>3v</td><td>Le mariage de mère et fils</td><td><a href="http://www.lematin.ch/societe/Une-mere-et-son-fils-veulent-se-marier-et-faire-un-enfant/story/21325515">http://www.lematin.ch/societe/Une-mere-et-son-fils-veulent-se-marier-et-faire-un-enfant/story/21325515</a></td></tr><tr><td>4f</td><td>L’exploit des footballeurs</td><td>faux</td></tr><tr><td>5f</td><td>Le sculpteur chauve</td><td>faux</td></tr><tr><td>6v</td><td>Le défi de la chaise</td><td><a href="https://www.lematin.ch/story/le-defi-de-la-chaise-seules-les-femmes-peuvent-le-relever-195498167266">https://www.lematin.ch/story/le-defi-de-la-chaise-seules-les-femmes-peuvent-le-relever-195498167266</a></td></tr><tr><td>7f</td><td>L’androïde gonflable</td><td>faux</td></tr><tr><td>8f</td><td>Le racisme entomologique</td><td>faux</td></tr><tr><td>9f</td><td>La terre vide</td><td>faux</td></tr><tr><td>10v</td><td>La densité de l’eau</td><td><a href="https://www.20minutes.fr/sciences/1775791-20160129-video-andreas-wahl-physicien-risque-vie-expliquer-sciences">https://www.20minutes.fr/sciences/1775791-20160129-video-andreas-wahl-physicien-risque-vie-expliquer-sciences</a></td></tr><tr><td>11v</td><td>La résine de cannabis</td><td><a href="https://www.lematin.ch/story/elle-envoie-sa-fille-de-7-ans-lui-acheter-de-la-drogue-656481410300">https://www.lematin.ch/story/elle-envoie-sa-fille-de-7-ans-lui-acheter-de-la-drogue-656481410300</a></td></tr><tr><td>12f</td><td>Le mangeur de terre</td><td>faux</td></tr><tr><td>13v</td><td>L’homosexuel Jésus Christ</td><td>h<a href="ttps://www.lematin.ch/story/un-jesus-gay-enflamme-le-bresil-528935765160">ttps://www.lematin.ch/story/un-jesus-gay-enflamme-le-bresil-528935765160</a></td></tr><tr><td>14v</td><td>La peinture aux œufs</td><td><a href="https://www.thelocal.ch/20140618/artist-plans-naked-stroll-at-basel-art">https://www.thelocal.ch/20140618/artist-plans-naked-stroll-at-basel-art</a></td></tr><tr><td>15v</td><td>La loterie fautive</td><td><a href="https://www.lematin.ch/story/une-gagnante-accuse-la-loterie-d-avoir-ruine-sa-vie-464808576792">https://www.lematin.ch/story/une-gagnante-accuse-la-loterie-d-avoir-ruine-sa-vie-464808576792</a></td></tr><tr><td>16f</td><td>L’accident à la Nutella</td><td>faux</td></tr><tr><td>17f</td><td>La cité des lutins</td><td>faux</td></tr><tr><td>18v</td><td>Le biscuit à l’élastique</td><td><a href="https://www.ouest-france.fr/insolite/il-saute-de-73-metres-de-haut-et-trempe-un-biscuit-dans-son-cafe-4619554">https://www.ouest-france.fr/insolite/il-saute-de-73-metres-de-haut-et-trempe-un-biscuit-dans-son-cafe-4619554</a></td></tr><tr><td>19f</td><td>Le cerisier de la discorde</td><td>faux</td></tr><tr><td>20v</td><td>La sologame</td><td><a href="https://www.ouest-france.fr/insolite/une-italienne-se-marie-elle-meme-5280107">https://www.ouest-france.fr/insolite/une-italienne-se-marie-elle-meme-5280107</a></td></tr><tr><td>21v</td><td>Le réfugié terroriste</td><td><a href="https://www.tf1info.fr/international/un-etudiant-californien-debarque-dun-avion-parce-quil-parlait-arabe-au-telephone-1508540.html">https://www.tf1info.fr/international/un-etudiant-californien-debarque-dun-avion-parce-quil-parlait-arabe-au-telephone-1508540.html</a></td></tr><tr><td>22f</td><td>La banquise assassine</td><td>faux</td></tr><tr><td>23v</td><td>La femme-lynx</td><td><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Jocelyn_Wildenstein">https://en.wikipedia.org/wiki/Jocelyn_Wildenstein</a></td></tr><tr><td>24f</td><td>Le père sorti des ruines</td><td>faux</td></tr><tr><td>25f</td><td>Les super chimpanzés</td><td>faux</td></tr><tr><td>26v</td><td>La femme qui pend</td><td><a href="https://www.lematin.ch/story/une-mere-accusee-d-avoir-pendu-ses-enfants-826106176085L">https://www.lematin.ch/story/une-mere-accusee-d-avoir-pendu-ses-enfants-826106176085L</a></td></tr><tr><td>27v</td><td>L’art scatologique</td><td><a href="https://www.lematin.ch/story/a-zurich-luvre-de-mike-bouchet-fait-le-buzz-et-se-boucher-le-nez-958428775329">https://www.lematin.ch/story/a-zurich-luvre-de-mike-bouchet-fait-le-buzz-et-se-boucher-le-nez-958428775329</a></td></tr></tbody></table>
</div>
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		<title>Vrai ou faux?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 01 Apr 2023 08:25:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce qui suit est un quiz assez singulier, voire extravagant, par endroits cru même pour certains, mais bien ancré dans le temps actuel. Il s’agit d’un compte rendu plat, sec et neutre qui expose un certain nombre de cas strictement authentiques.[…]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Ce qui suit est un quiz assez singulier, voire extravagant, par endroits cru même pour certains, mais bien ancré dans le temps actuel. Il s’agit d’un compte rendu plat, sec et neutre qui expose un certain nombre de cas strictement authentiques. Pourtant pas tout à fait, car il a la particularité d’être volontairement mélangé à un autre nombre de récits purement et clairement imaginaires. C’est donc un amalgame de fiction et de réalité, quelque part pour sonder laquelle l’emporte sur l’autre. Et parce que souvent quiz est analogue à jeu ou à concours, les bonnes réponses à ce cocktail-énigme seront dévoilées en ouverture du prochain écrit. Les propositions sont à transmettre en remplissant la rubrique Commentaire qui se trouve à la fin de ce texte. Ne pas fouiller à chaque fois Internet serait grandement apprécié ! Quant au prix pour avoir fourni 27 bonnes propositions, vraies et/ou fausses, ce sera ni plus ni moins un (ou des) billet(s) d’entrée au… Madison Square Garden de New York pour suivre le match du siècle entre Muhammad Ali (alias Cassius Clay) et Joe Frazier le 8 mars 1971.</p>



<div class="wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper" id="advgb-cols-15d3f7f1-f98d-43fc-bd8e-8ed1c48b62bb"><div class="advgb-columns-container"><div class="advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-2 layout-12-12 mbl-layout-stacked vgutter-10">
<div class="wp-block-advgb-column advgb-column" id="advgb-col-6695ddc9-7bd2-418a-ab2a-105aadbff88b"><div class="advgb-column-inner" style="border-style:none;border-width:1px">
<p class="wp-block-paragraph">Les cas et les récits sont:</p>



<p class="wp-block-paragraph">1.La Terre en sandwich</p>



<p class="wp-block-paragraph">2.La banane scotchée</p>



<p class="wp-block-paragraph">3.Le mariage de mère et fils</p>



<p class="wp-block-paragraph">4.L’exploit des footballeurs</p>



<p class="wp-block-paragraph">5.Le sculpteur chauve</p>



<p class="wp-block-paragraph">6.Le défi de la chaise</p>



<p class="wp-block-paragraph">7.L’androïde gonflable</p>



<p class="wp-block-paragraph">8.Le racisme entomologique</p>



<p class="wp-block-paragraph">9.La terre vide</p>



<p class="wp-block-paragraph">10.La densité de l’eau</p>



<p class="wp-block-paragraph">11.La résine de cannabis</p>



<p class="wp-block-paragraph">12.Le mangeur de terre</p>



<p class="wp-block-paragraph">13.L’homosexuel Jésus Christ</p>
</div></div>
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<div class="wp-block-advgb-column advgb-column" id="advgb-col-12f6afb6-0a9e-4492-afcf-55d4d64cbccb"><div class="advgb-column-inner" style="border-style:none;border-width:1px">
<p class="wp-block-paragraph">14.La peinture aux œufs</p>



<p class="wp-block-paragraph">15.La loterie fautive</p>



<p class="wp-block-paragraph">16.L’accident à la Nutella<sup>©</sup></p>



<p class="wp-block-paragraph">17.La cité des lutins</p>



<p class="wp-block-paragraph">18.Le biscuit à l’élastique</p>



<p class="wp-block-paragraph">19.Le cerisier de la discorde</p>



<p class="wp-block-paragraph">20.La sologame</p>



<p class="wp-block-paragraph">21.Le réfugié terroriste</p>



<p class="wp-block-paragraph">22.La banquise assassine</p>



<p class="wp-block-paragraph">23.La femme-lynx</p>



<p class="wp-block-paragraph">24.Le père sorti des ruines</p>



<p class="wp-block-paragraph">25.Les super chimpanzés</p>



<p class="wp-block-paragraph">26.La femme qui pend</p>



<p class="wp-block-paragraph">27.L’art scatologique</p>
</div></div>
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<p class="wp-block-paragraph">Pour les choix, il suffit d’indiquer les numéro respectifs de 1 à 25 suivis de la lettre f(aux) ou v(rai), par exemple 26f ou 26v.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">1</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux hommes, l’un dans hémisphère boréale et l’autre dans celle australe, ont chacun posé en même temps une tranche de pain de mie aux exacts antipodes de la planète, prenant ainsi la Terre en sandwich. L’un a réalisé un tableau avec 20 tranches de pain toast et a posé l’une d’elles au sol, tandis qu’au même instant l’autre a déposé neuf par terre pour couvrir la marge d’erreur de 30 cm. 12724 km séparaient alors les deux tranches, et deux photos de l’exploit ont été prises pour être postées sur Internet.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">2</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’œuvre «Comedian» d’un fameux artiste conceptuel, une vraie banane scotchée à un vrai mur et achetée avec son vrai certificat d’authenticité par un amateur pour 119’000 francs, a été mangée devant une foule de curieux par un autre créateur qui y voit une «performance artistique» intitulée «Artiste qui a faim». L’œuvre a été créée en trois exemplaires qui – tous – portent le même nom. Le deuxième a été vendu au même tarif que le premier, alors que le troisième est proposé à la vente pour 150’000 dollars.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">3</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un homme de 32 ans a quitté son épouse lorsqu’il a rencontré sa propre mère, qui l’avait donné pour adoption à sa naissance. Il est en couple depuis deux ans avec sa mère biologique, 51 ans. Les deux affirment que leur vie sexuelle est incroyable, veulent se marier et avoir un enfant, assurant qu’il ne s’agit pas d’un inceste. Le premier rapport sexuel ayant été tellement fort, ils ne se sont plus quittés depuis. La mère: <em>«Nous sommes fait l’un pour l’autre. Quand on est amoureux comme ça, on pourrait tout abandonner.»</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">4</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’y a plus de limite pour les challenges. Deux footballeurs ont tiré aux buts pendant 89 heures, 16 minutes et 52 secondes en alternance et sans interruption aucune. Un arbitre ad hoc a été présent. L’épreuve a pris fin lorsque l’un des compétiteurs s’est évanoui, certainement épuisé. Un examen est toutefois en cours afin de vérifier si l’homme n’était pas déjà atteint d’une affection rénale. Malheureusement pour les deux jeunes, leur record n’a pu être retenu car la balle n’avait pas été homologuée par leur club.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">5</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mains liés au dos, un artiste chauve, féru d’histoire, s’est fait bander les yeux et a fait poser une masse d’argile de 9 tonnes sur la place de la ville. Ensuite, par des coups de tête, il a créé dedans le buste d’un consul romain dont le nom figurait sur son t-shirt. Le résultat a pourtant créé la polémique car les fans présents à l’occasion ont plutôt reconnu le ministre des sports. Le parquet ouvrira une enquête pour voir s’il ne s’agit pas d’un acte politique du groupe dissident «Droit devant». En attendant, le sculpteur a été conduit à l’hôpital pour obturation de ses voies respiratoires.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">6</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des vidéos montrant hommes et femmes essayant de soulever une chaise la tête appuyée contre un mur déferlent sur le net. Il s’agit du «défi de la chaise», devenu viral pour une bonne raison: seules les femmes y parviennent! Le jeu consiste à se tenir d’un mur à une distance égale à deux fois la taille de son pied, poser sa tête contre le mur, abaisser son dos pour former un angle droit, prendre une chaise à deux mains, plaquer l’assise contre le torse et se relever. La plupart du temps, les hommes restent bloqués.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">7</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une information de nos confrères du soir révèle qu’une femme bisexuelle et une femme-homme gonflable fluide se sont unies par les liens du mariage. Peu après, la femme a pourtant divorcé de son épouse en latex, suspectant que celle-ci sortait avec un des hommes gonflables du voisin. Mais tout cela fut de courte durée puisqu’elle l’a aussitôt pardonnée et s’est remariée avec le même homme-femme gonflable. Aux dernières nouvelles, elle a déclaré vouloir être fécondée par un don de sperme de ce même voisin.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">8</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cas rare d’une entomologiste accusée de racisme a été révélé mardi. La comportementaliste venait d’intégrer le projet «Nova Causa», lorsque ses procédés ont éveillé les soupçons d’un adjoint qui a insisté pour que des moyens vidéo soient installés dans le local des tests. Les images ont montré que la scientifique usait de bocaux différents pour étudier les insectes d’après leur couleur. La scientifique a été licenciée sans préavis et la fondation a porté plainte pour discrimination raciale. Le procès s’ouvrira en avril.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">9</p>



<p class="wp-block-paragraph">En route pour le sommet d’un volcan réputé capricieux, deux alpinistes ont retrouvé par hasard un spéléologue vivant – même que dans un état critique – disparu depuis 112 jours. Mais le plus extraordinaire est qu’il a affirmé avoir la preuve de la Terre vide ! Arrivé en haut et regardant au fond du cratère, il aurait vu une lumière éclatante et un fourmillement impossible à discerner. Choqué, son appareil photo lui aurait glissé des mains, perdant ainsi toutes ses photos. Les grimpeurs l’ont ramené à l’hôpital.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">10</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour intéresser les gens aux sciences, parfois un brin abstraites, un physicien, conscient du problème, a trouvé le moyen absolu pour attirer l’attention:&nbsp;il met sa vie en danger en expliquant des théories. Pour montrer que l’eau est plus dense que l’air, il se met dans une piscine vêtu d’un simple short de bain, devant un fusil chargé. Lorsqu’il tire une corde qui fait bouger la détente, la balle part à 3600 km/h vers lui, pour aussitôt couler au fond de l’eau, dont la densité est environ 800 fois plus élevée que celle de l’air.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">11</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une mère de famille de 28 ans a été interpellée lundi soir pour avoir envoyé à plusieurs reprises sa fille de 7 ans lui acheter de la résine de cannabis. Les policiers ont aperçu l’enfant dans le hall d’un immeuble, au milieu des acheteurs de drogue. La mère et la grand-mère de la fillette, 55 ans, attendaient près du hall dans la voiture. Au volant, la grand-mère conduisait sans permis. <em>«La fillette était régulièrement envoyée pour acheter du cannabis»</em> déclare le vendeur de drogue, qui a été interpellé par la même occasion.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">12</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un constat stupéfiant a secoué le monde médical et au-delà, surtout les nutritionnistes, les ethnologues et les militaires. Une équipe documentaire vient de découvrir un paysan de 80 ans qui depuis son plus jeune âge se nourrit uniquement de la terre de son village. Le vieil homme parle non sans effort dans son idiome local et n’a pas souvenir d’une autre nourriture. Il est en pleine forme et sa dentition est parfaite. Analysés, les échantillons de sol ont révèle une teneur élevée de composants essentiels à la vie.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">13</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des groupes religieux et des milieux conservateurs ont lancé un appel au boycott du service de streaming qui a inclus dans sa plateforme un programme humoristique de Noël où Jésus est présenté comme homosexuel. Mercredi, en fin de journée, près de 800’000 personnes avaient déjà signé une pétition en ligne.&nbsp; «La Première Tentation du Christ», une vidéo de 46 minutes, a été diffusée par cette chaîne le 3 décembre dernier et déclenché un tollé notamment chez les évangéliques et certains catholiques.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">14</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’art prend de nombreuses formes, et rien ou presque n’est interdit. Ce qui a amené cette artiste conceptuelle à peindre des toiles à l’aide d’œufs expulsés avec son vagin. Sans doute en l’honneur des fêtes pascales. Le mois passé, elle a innové en peignant une toile à l’aide d’œufs remplis de colorant et placés au préalable dans son vagin. Une toile que cette artiste a intitulé «Naissance d’une peinture», elle qui s’était déjà promenée toute nue dans les rues, pour les besoins d’une autre de ses créations.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">15</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une jeune femme, gagnante a la loterie à l’âge de 17 ans pourrait porter plainte contre l’organisateur pour négligence. <em>«Ma vie serait plus simple si je n’avais pas gagné»</em>, a-t-elle expliqué. <em>«Les gens me regardent et se disent </em>“J’aimerais avoir son argent”, <em>mais ne se rendent pas compte du stress que ça représente. J’ai plein de choses, mais ma vie est vide. Quel est le but de tout ça?»</em> Selon son porte-parole, elle a reçu un soutien important lors de visites de conseillers à son domicile et de réunions avec un banquier.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">16</p>



<p class="wp-block-paragraph">La dépendance peut mener loin. Mais dans ce cas, pas le tabac, les drogues, l’alcool ou les médicaments. Embarquée sur cette voie, une avocate férue de Nutella<sup>© </sup>en a fait l’amère expérience, sans retour. N’arrivant pas à calmer son avidité, elle a utilisé l’héritage reçu de sa mère pour remplir sa piscine avec la fameuse pâte à tartiner. Rentrée dans le bassin pour se servir à l’excès, elle a apparemment été frappée par un malaise soudain et inconnu. Son corps a été retrouvé le lendemain dans la masse visqueuse.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">17</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au gré des saisons, les vestiges d’un étrange “établissement végétal” ont refait surface des marais tropicaux. Sur une étendue d’environ un hectare a émergé un incroyable “village” avec des rues, des places, des îlots et des points de repère, le tout à petite échelle et sur une grille orthogonale que l’on pourrait appeler urbaine si l’ensemble n’était composé uniquement de plantes et parfait état. La cité des lutins verts ? Les avis les plus divers ont été lancés et une expédition internationale est prévue cet hiver.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">18</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus de 600’000 personnes dans le monde entier tentent des défis totalement fous pour gagner une place dans le livre des records. Un homme en a voulu relever un hors normes: tremper un biscuit en sautant à l’élastique. Toute la scène a été filmée. C’est à 73.41 mètres de hauteur que l’homme a sauté dans le vide avec son biscuit au chocolat au-dessus d’un lac et il l’a trempé très délicatement dans une tasse de café au lait. L’homme a battu l’ancien record du monde qui s’élevait à 60.55 mètres de haut.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">19</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cadre est une petite ville du nord-est. Les protagonistes sont voisins. L’un est pompier, l’autre prof de maths. Depuis 22 ans ils se disputent un cerisier situé sur la limite entre leurs propriétés. Le cas arrive enfin devant un juge et le prof l’emporte: le tronc est 0.038 mm plus de son côté. En vain: débouté, six mois durant l’autre creuse un long tunnel depuis le hydrant public jusqu’aux toilettes du voisin, y enfile sa lance de service et envoie l’eau à 7 bar. Les deux sont à présent devant le juge pour une autre raison.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">20</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une femme avait dit que si elle ne trouvait pas son prince à 40&nbsp;ans elle se marierait toute seule. Elle vient donc de s’épouser à elle même. L’idée de cet auto-mariage lui est venue il y a deux ans, après avoir mis fin à une relation de douze ans. Son credo: le bonheur n’est pas que dans le couple. Elle a donc promis <em>«de m’aimer toute ma vie et d’accueillir les enfants que la nature voudra bien me donner»</em>. Ce type d’union n’a aucune valeur légale, mais la sologamie est une tendance en plein essor, lancée déjà en 1993.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">21</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un étudiant a été évacué d’un avion parce qu’un autre passager l’avait entendu parler arabe. L’incident remonte au 6 avril. Le jeune homme réclame aujourd’hui des excuses. Réfugié politique, il a déclaré qu’il avait téléphoné à son grand-père peu après s’être installé à sa place à bord de l’appareil. Une femme qui l’observait a alerté le personnel de bord et l’étudiant a été sommé de quitter l’appareil. <em>«C’est la teneur de la conversation du passager, et non la langue utilisée, qui a éveillé nos soupçons»</em>, a précisé la compagnie.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">22</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour sa dernière demeure, une militante du climat de 37 ans a choisi une banquise arctique de 2500 m<sup>2</sup>. En tous les cas, c’est la surface connue lorsqu’elle s’y est installé au printemps. Deux cent jours plus tard, un baleinier de retour vers son port a frôlé une plaque de glace d’environ 100 m<sup>2</sup> à la dérive, portant la dépouille gelée de la jeune femme dans une curieuse posture: nue, assise, le poing levé. À ses côtés, sur un écriteau, les données essentielles –&nbsp; nom, nationalité, date – et un message: <em>«Adieu, ma chère planète !»</em>.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">23</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les filles et les garçons dépensant des fortunes pour ressembler aux fameuses poupées Barbie et Ken, on connaît. Mais parfois cela peut aller beaucoup plus loin. Selon certaines sources, cette très jolie mondaine aurait dépensé sa vie durant pas moins de 4 millions de dollars pour acquérir fermement le «&nbsp;look&nbsp;» d’un lynx. Aujourd’hui, à 80 ans, le résultat des innombrables interventions chirurgicales subies est visiblement un désastre. Milliardaire divorcée, depuis peu elle est ruinée et survit à l’aide sociale.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">24</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le bonheur rejoint l’horreur ! Deux mois après le tremblement de terre, un homme est sorti seul des débris de sa cave effondrée. Pris par le délire mais rapidement soigné par les secouristes, ses&nbsp; souvenirs sont confus. Il a bu l’eau de pluie s’écoulant des gravats. Au début il n’a pas mangé une semaine puis il a chassé les cafards et les rats, qu’il a rôtis au feu de bois. Les derniers jours, sans rats ni cafards, il s’est attaqué à lui-même, mais comme cela faisait atrocement mal, il a fini par se nourrir de sa petite fille de 3 ans.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">25</p>



<p class="wp-block-paragraph">Seize chimpanzés se sont échappés d’un laboratoire d’essais sur l’intelligence artificielle durant la nuit de samedi à dimanche et ont investi le centre de contrôle de l’institut. Durant l’incident, un gardien a été blessé mais ses jours ne sont pas en danger. Les singes, visiblement dotés d’une étonnante sagacité, ont transféré sur des supports informatiques un grand nombre de données qu’ils ont ensuite remis à des acolytes en dehors du campus. La police tente de trouver d’éventuels complices parmi les employés.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">26</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une femme de 36 ans est accusée d’avoir pendu ses enfants âgés de 4 et 8 ans dans la cave de sa maison. Elle est inculpée pour infanticide, même si elle insiste qu’ils se sont suicidés. La police a retrouvé l’aîné et sa petite soeur pendus à une poutre avec une longue laisse pour chien, deux chaises renversées à proximité. La mère affirme que son fils <em>«subissait des brimades à l’école et qu’il voulait mourir»</em>. Mais son témoignage a vite suscité des questions car les enfants de 8 ans ne se suicident généralement pas.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">27</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette importante exposition d’art contemporain a ouvert ses portes hier. L’œuvre la plus étudiée est composée de 300 caisses de bois remplies à la main d’excréments humains. Elle a la taille d’une piscine de 25 mètres et a été réalisée à partir de ce qu’ont produit en un jour les 400’000 habitants de la ville. Même traitée avec du ciment et des pigments, «La charge de la ville» dégage une forte puanteur et fait le buzz au-delà du projet artistique. Le concepteur s’estime très heureux de la discussion ainsi créée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[11 février 2023]</p>
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		<title>Zeu américains filmes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 18 Mar 2023 06:21:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Lui (puisque dans la grande majorité des cas il s’agit d’un mâle) est dans le bel âge. Entre 45 et 55 ans. Assez pour avoir à son actif une bonne expérience, voire une certaine notoriété, pour ne pas dire une célébrité certaine. […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Lui (puisque dans la grande majorité des cas il s’agit d’un mâle) est dans le bel âge. Entre 45 et 55 ans. Assez pour avoir à son actif une bonne expérience, voire une certaine notoriété, pour ne pas dire une célébrité certaine. Pas trop, pour abattre encore le 100m en 11”, ronger un câble en polypropylène avec ses dents et ne pas être plombé par le rhumatisme. Il est enfant unique et n’a pas de passé, si ce n’est celui d’un anti-système tenace. Souvent il est bel homme, souvent selon l’optique de la production. Souvent il est fauché, même que souvent soit il a été riche, soit il a eu l’occasion de l’être, auquel cas il a rejeté cette option car soit elle mettait à l’épreuve sa verticalité morale, soit cela le rangeait du côté des méchants. Car lui, c’est un bon. Un dur, mais un bon. Et un bon a ses faiblesses. Dans son cas, ce sont souvent la patrie, son ami et collègue, et sa famille. De famille, en fait il n’en a plus vraiment, puisque sa belle femme soit est morte de chagrin, soit à divorcé de lassitude, alors que sa fille – puisque souvent il s’agit d’une fille unique, elle est soit à l’école primaire, soit dans la fleur de l’âge – soit ne le connaît presque pas, soit ne le reconnaît plus. Dès lors, il vit tout seul, souvent totalement reclus, souvent au fond d’une forêt, mal rasé, à fendre d’un seul coup des bûches. En tout cas, loin du monde qui l’a rejeté. Et Dieu! rejeté il fut, soit suite à une bavure qui a entraîné la mort de son ami et collègue, soit suite à un choix peu orthodoxe qui a poussé à bout ses supérieurs. Cette retraite n’a pourtant pas suffi pour lui faire perdre ses aptitudes dans les domaines qui l’ont rendu irremplaçable. Car il est le seul dépositaire d’un bagage qu’un seul homme ne possède plus de nos jours. Il est seul a pouvoir résoudre une équation insolvable où se joue souvent l’avenir de l’humanité. Alors à quitte ou double, en pesant le pour et le contre et à contre cœur, les cols blancs de sa hiérarchie, souvent pourris et souvent par chantage, sont réduits à l’extraire mordicus de son repaire en utilisant comme souvent ses facultés au service d’une dernière mission de vie ou de mort, qu’il est resté seul à pouvoir mener à bien, souvent seul, dans un choc inégal face à une adversité écrasante. Il est ex service secret, pilote, truand, espion, juge, physicien, escroc, policier, militaire. Lui, c’est l’héros principal positif, celui qui devra et va vaincre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En face donc se trouve ni plus ni moins la synthèse du mal absolu, l’héros principal négatif qui devra et va être brisé. Le plus souvent il se présente sous la forme d’un individu – un richissime exalté, un savant allumé, un anarchiste cinglé, un enragé sadique. (Cela dit, ce personnage peut être un mâle tout comme peut être, plus rarement toutefois, une femelle. Belle.) Leur point commun premier est qu’ils agissent toujours tout seuls, alors qu’ils sont entourés d’une armada de fantômes vivants, ternes et sans noms qu’on dirait hypnotisés, ensorcelés ou lobotomisés, tellement ils lui obéissent au doigt et à l’œil. Leur deuxième point commun est que leur dessein est et monstrueux et planétaire. Pourtant ce mal absolu peut souvent prendre aussi la forme d’une organisation, souvent occulte et illégale, ou bien d’une société monopolistique ayant acquis sa domination par la voie de la corruption et de la terreur, voire même sous la forme d’un État appelé voyou. Leur dessein destructeur commun à tous est l’omnipotence globale et leur unique point commun est la possession des moyens ultimes, qu’ils soient nucléaire, chimique, bactériologique, informatique, climatique, sur terre, sous terre, sur mer, sous les mers, dans l’air ou dans l’espace. Ils sont là depuis quelque temps déjà, n’ont fait que se renforcer, et chaque tentative de les détruire – officielle ou officieuse, ouverte ou discrète, à petites doses ou à grande échelle – a échoué, au point qu’est venu le moment où le pic de l’horreur se dresse inéluctablement, et avec lui vient l’impitoyable compte à rebours. Leur euphorie égale le désarrois des militaires et des officiels du gouvernement jusqu’à cet instant là où un stagiaire, un commissionnaire, un sous-fifre, un temporaire, qui par des légendes urbaines diverses a eu vent de certains exploits, glisse au premier officiel rencontré le nom de l’héros principal positif.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les années ayant passé, celui-ci est un peu déboussolé entre les prouesses technologiques et les niou iMœurs. Stoïque, il encaisse les railleries de ses ex-pairs et les moqueries des jeunes. Il revient de loin mais tente d’abord de rejoindre son ex- femme (si elle est en vie), puis sa fille, mais c’est la fin de non recevoir. Deux fois. Il subit à nouveau, mais se tourne résolument vers sa mission qu’il commence à préparer à sa façon sous la perplexité de l’entourage. Ses moyens et méthodes viennent d’une autre époque, et plus le temps s’écoule, plus ses commanditaires s’interrogent et haussent les épaules, tant ils n’ont pas une solution de rechange. Pourtant ce que nul ne sait ou ne se souvient pas, c’est ce qui se trouve au delà du regard neutre de l’homme: une force de caractère, une hargne, une maîtrise, un savoir-faire et un vécu sans pareil. C’est appuyé sur ces attributs que le jour J il se lance dans sa mission. Il sait par cœur que chaque accomplissement exige des sacrifices inévitables et il est bien préparé pour faire partie du lot. En son for intérieur il est prêt à suivre les instructions de ses supérieurs jusqu’au point où il sait trop bien qu’en fonction de ce que son jugement lui dictera, il ne les suivra plus. C’est lui seul qui trace ses limites, et il sait d’emblée que celles-ci changent suivant les circonstances, que rien n’est tabou. Sauf sa famille. Et aussi la vie des innocents. Même que… Enfin… La mission lancée, l’épreuve s’annonce titanesque. C’est David seul contre Goliath puissance cent. Mais ce serait sans compter sur son arsenal d’endurance, de ruse, de ténacité, de vision, de savoir, de réactions, de sagacité, aussi que sur son réseau. Réseau vaste, bigarré et surprenant: un jockey ci, une pharmacienne là, un cireur, un conducteur de bus, une patineuse, un paléontologue, une chanteuse de cabaret, un portier. À des moments nommés, chacun et chacune et d’autres encore feront la différence face aux vagues de pions décérébrés qui s’envoleront comme des mouches, alors que l’héros principal positif creusera l’écart tout en se frayant un chemin de plus en plus étroit vers son but. Pourtant l’infâme mollusque a huit bras.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et ils sont longs. Si d’une part il vient d’en perdre trois, puis quatre, d’autre part à présent le moment tant redouté est arrivé où il lui en reste au moins un, voire deux, pour enlacer à la gorge la famille de l’héros principal positif. À partir de là, sa mission s’emballe. Lui, il se rend compte que tout n’est pas si propre dans le gouvernement et par quelques accointances qui, bon gré mal gré, lui sont restées fidèles, il nettoie sa hiérarchie des pourris qui sapaient son action et, par là, il découple ses forces et se rue directement vers le mollusque quadripode qui menace sa fille et son ex-femme. Les voilà face à face. Cela se passe souvent soit dans le donjon d’un château médiéval scandinave, soit au fond d’une mine, soit au bord d’un méga yacht, soit dans un bunker, soit sur les échafaudages d’une usine désaffectée. Peu importe en fait, puisque dans tous les cas de figure – château, mine, yacht, bunker, usine – à la fin tout explose, avant que l’héros principal positif, crade, écorché et moitié nu ne retrouve sa fille indemne, béate de fierté et de gratitude, ainsi que son ex-femme encore sous le choc mais qui est prête à tout lui pardonner au nom d’une seconde chance ensemble. Comment ceci aura-t-il été possible ?! Souvent c’est parce que l’héros principal négatif est à un tel point imbu de lui-même et de sa suprématie qu’il ne peut s’empêcher de la lui exposer dans des comptes rendus à endormir debout par l’ampleur. Souvent c’est parce que l’héros principal positif aura eu l’intelligence de placer au préalable et savamment des charges dissuasives à des points clé. Souvent c’est aussi parce que celui-ci feint l’imbécile et que l’autre l’est tellement qu’il se prend au jeu. Dans un cas comme dans l’autre, par là sa tâche vient fortement allégée et lance le final qui peut se dérouler comme nous l’avons vu. À retenir donc de l’histoire la force inébranlable de l’homme atypique dans sa lutte perdue d’avance par les vecteurs du Mal.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">À mesure que les clichés primaires se soient mus en stéréotypes ineptes puis en doctrines hypocrites, soigneusement structurées, zeu américains filmes ont tant tripoté ceux qui les consomment, au point de les transformer en de vrais fantômes vivants, ternes et sans nom. Des pions décérébrés, avec moi-même en premier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[23 octobre 2022]</p>
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		<title>La conne quête de l’espace</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Jan 2023 17:24:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est à l’aube précise de son histoire que débute une langueur de l’homme dont il ne saura jamais se défaire: celle pour l’espace et l’au-delà. […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">C’est à l’aube précise de son histoire que débute une langueur de l’homme dont il ne saura jamais se défaire: celle pour l’espace et l’au-delà. Un contexte trop étroit, un monde trop limité, une Terre trop petite, une planète perdue dans l’univers – autant de conclusions intolérables, impossibles à endosser. Las: muni du dot unique de l’imagination, l’homme la mit aussitôt au travail.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La liste des fantaisies et des visionnaires jalonne un long fleuve qui sourd au début des temps et s’écoule encore. Ce continuum est illimité dans la durée – Dédale, Icare, Démocrite, Lucien de Samosate, da Vinci, Kepler, Voltaire, Milton, Irving, Verne, Flammarion, Wells, Asimov… Mais il se perd aussi dans le delta des fictions qu’il porte avec – extraterrestres, luniens, martiens, droïdes, planètes, étoiles, mondes, galaxies, univers, civilisations, ressources, facultés, exploits. Du coup l’on se rappelle la sagesse disant que l’imagination est limitée, mais pas la&nbsp;réalité. À plus forte raison dès lors d’essayer sans relâche, encore et toujours.</p>



<figure class="wp-block-video"><video height="240" style="aspect-ratio: 312 / 240;" width="312" controls src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/01/La-conne-quete-de-lespace-Excursion-dans-la-Lune.mp4"></video></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Jusqu’à notre époque, cette poursuite constante a sans cesse été freinée, voire rendue utopique, par un obstacle majeur: le facteur technique. Si Dédale a bien existé et qu’il a pu bricoler des ailes pour les coller sur son dos et sur celui de son fils, l’exploit, même que si proche de la cible-Soleil, fut raté, tragique et sans suites. Issue identique à la fin du XIX<sup>e</sup> siècle pour le premier homme et Allemand volant, qui s’écrasa sans gloire aucune d’une hauteur de 15 m après avoir plané sur 250 m. L’avenir se présentait mal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Coup de gueule soviétique: à peine 60 ans après l’homme, c’est sa meilleure amie, une bâtarde âgée d’environ trois ans, ramassée dans la rue, qui est devenue le premier être vivant envoyé en orbite. Bien sûr, la chienne s’est sacrifiée héroïquement quelques heures après le lancement, mais par son geste suprême elle a aussi accompli, tout aussi héroïquement, trois exploits inimaginables: achever la série d’échecs humains, prouver que l’impossible est possible et ouvrir la voie à la conquête de l’espace. Ces axiomes furent vite scellés par – cette fois – les premiers hommes vivants placés en orbite: un Soviétique d’abord, ensuite un Américain, puis un Soviétique, puis un Américain… Tous rentrés vivants !</p>



<p class="wp-block-paragraph">À travers ces deux vaillantes nations, l’humanité entière trouva son nouvel El Dorado. Il n’en fallut qu’une poignée d’année pour que la bannière étoilée puisse être plantée solidement, fièrement et profondément dans la rocaille de la Lune, tandis que la France fêtait un immense tremblement social et que la Tchécoslovaquie célébrait l’écrasement de son socialisme dit “à visage humain”. C’était déjà trop tard: tant pis pour les calamités, les conflits, les atrocités et les tremblements frappant les sociétés terrestres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Famines au Biafra, Sahel, Éthiopie, Somalie, Soudan, Niger ? Guerres du Viêt Nam, Mozambique, Six Jours, Kippour, Angola, Liban, Cambodge, Afghanistan ? MS Achille Lauro ? Septembre noir ? Sabra et Chatila ? Olympiade de Munich ? Bloody Sunday ? Brigades rouges ? Baader-Meinhof ? Seveso et Bhopal ? Aum Shinrikyō ? Tchernobyl ? Fukushima ? Sida ? Chocs pétroliers ? Tian’anmen ? Chute du communisme ? Crise des <em>“subprimes”</em> ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rien n’a pu et ne peut stopper la vaillante conquête de l’espace. Les programmes nationaux Apollo, Artemis, Dragon, Explorer, Gemini, ISS, Mars, Mercury, Mir, Pioneer, Ranger, Salyut, Shuttle, Skylab, Soyuz, Viking, Voyager, Vostok l’attestent, dont plusieurs se déroulent en ce moment. Certes, il n’est pas question d’estimer – même à la louche – le coût total de ces missions d’état depuis 60 ans alors que ce n’est pas au contribuable de connaître ces chiffres. Trouvés au hasard sur internet, les divers montants qui sont articulés jouent dans la ligue des milliers de milliards. Combien ? Des dizaines ? Des centaines ? Plus peu-être ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Paradoxalement, c’est devenu presque secondaire, car depuis peu, ces dépenses nationales pharaoniques ont commencé à se voir éclipsées par celles de sociétés purement privées. Leur crédo n’est pourtant guère différent: “Vers l’infini et au delà !”. <span id="easy-footnote-23-31210" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/la-conne-quete-de-lespace/#easy-footnote-bottom-23-31210" title=" Le slogan glorieux crié à tout va par le personnage Buzz l’Éclair dans le film “Toy Story” de John Lasseter, Pixar, 1995) "><sup>23</sup></a></span> À un détail près, et de taille: elles se doivent d’être rentables. Et voilà comment s’ouvre toute grande la porte du tourisme spatial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On y pénètre furtivement, sur la pointe des pieds ou, plutôt, on guigne par le trou de la serrure, puisque les tarifs pratiqués pour ce genre de promenades défient l’imaginaire: il faudrait cinq ans de labeur continu pour un travailleur d’un des pays les plus pauvres de la planète pour se payer une seule minute d’une telle sortie en orbite. Cependant, la loi universelle de l’équilibre opère heureusement aussi dans ce domaine, de telle sorte qu’un travailleur pauvre d’un pays parmi les plus pauvres de la Terre ne nourrit pas de tels idéaux. Ils sont propres à ceux qui ont des moyens et qui pour ce faire s’alignent sagement en file d’attente.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Finalement, il y a un point où idéaux et finances se rejoignent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela commence avec l’immobilier spatial. On vend des surfaces de la Lune et de Mars. On devient propriétaire d’un cratère ou d’un petit désert, comme notre voisin de son jardin. Qui vend ? Pas des luniens, pas des martiens, mais des terriens, évidemment. <span id="easy-footnote-24-31210" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/la-conne-quete-de-lespace/#easy-footnote-bottom-24-31210" title=" https://lunarregistry.com "><sup>24</sup></a></span> Les prix sont attractifs, il faut l’admettre: environ 70 USD en moyenne pour posséder un hectare sur la Lune au lieu-dit Oceanus Procellarum. Certaines locations sont – il est vrai – déjà totalement occupées, alors que pour d’autres l’on concède des rabais qui vont jusqu’à 20%.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On continue avec les colonies dans l’espace. La Station Spatiale Internationale plane dans le ciel depuis bientôt 25 ans. Elle a accueilli plus de 250 humains. Son objectif premier est l’étude de la vie à bord sur plusieurs mois. L’expérience ainsi accumulée servira à ouvrir la voie aux villes flottantes. À l’avenir, on pense déjà à la possibilité de produire dans l’espace et, plus largement parlant, d’y monter toute une économie. Cela compenserait un tant soit peu les coûts faramineux de construction sur Terre, aussi que ceux d’exploitation et d’entretien de ces structures.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="693" height="1024" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/03/La-conne-quete-de-lespace-LAncien-de-jours-693x1024.jpg" alt class="wp-image-30799" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/03/La-conne-quete-de-lespace-LAncien-de-jours-693x1024.jpg 693w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/03/La-conne-quete-de-lespace-LAncien-de-jours-203x300.jpg 203w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/03/La-conne-quete-de-lespace-LAncien-de-jours-768x1135.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/03/La-conne-quete-de-lespace-LAncien-de-jours-1040x1536.jpg 1040w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/03/La-conne-quete-de-lespace-LAncien-de-jours-1386x2048.jpg 1386w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/03/La-conne-quete-de-lespace-LAncien-de-jours-scaled.jpg 1733w" sizes="(max-width: 693px) 100vw, 693px"></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Puis il y a la vraie colonisation, sur sol ferme. Cela présuppose l’alunisage et pour l’instant l’amarsisage, en attendant l’avénusage et autres ajupitérages ou aastéroïdages. La démographie explosive de la population terrestre et la consommation inconsidérée des ressources de notre planète sont des raisons suffisantes pour une telle démarche, sans même parler de la menace climatique qui fera de la Terre le <em>no men’s land</em> de Mad Max. Les visionnaires y avaient déjà réfléchi depuis longtemps, c’est bien pour cela qu’on les a appelé ainsi. De quoi et comment vivrait-on là-bas sans eau, avec des gravités différentes et des températures qui s’étalent sur 1000 C° ? Des scientifiques actuels, très sérieux, y ont déjà pensé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela passe par la terraformation . En clair, on transforme toute une planète pour la rendre conforme à notre physiologie et à nos besoins. Dans ce but on convertit – disent-ils – l’atmosphère de la planète choisie en la pilonnant rien qu’avec quelques 10<sup>16</sup> tonnes d’hydrogène ou 10<sup>17</sup> tonnes de calcium ou de magnésium, ou alors on la meut en lui jetant dessus comme des boules de neige les satellites d’autres planètes, on lui change le cycle de rotation comme on lance une toupie, on lui fixe autour divers miroirs et boucliers – bref, on fait comme le Grand Architecte Universel pour certains ou la Mère Nature pour d’autres: on joue aux boules avec les planètes. Même si ubuesque, rien d’étonnant à tout ce cinéma, car cela fait des lustres que dans le domaine de la prodigiosité l’homme se veut l’égal du Seigneur Créateur ou de la Nature Créatrice.<span id="easy-footnote-25-31210" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/la-conne-quete-de-lespace/#easy-footnote-bottom-25-31210" title="&amp;nbsp; <a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Terraformation_de_V&quot;>https://fr.wikipedia.org/wiki/Terraformation_de_V</a>énus"><sup>25</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui ressort donc de ces élucubrations venues des instances scientifiques les plus sérieuses est surtout le fait que n’ayant pas eu assez de maltraiter sa propre planète, dans sa quête sans répit vers l’infini et au-delà l’homme est prêt à se conduire de la même façon partout ou il met les pieds. Et il serait vain de s’égarer dans l’analyse du financement de telles énormités: le nombre de zéros nécessaires serait insuffisant, comme la totalité du PIB mondial sur des années. Évidemment, sans toucher à l’aspect des limites techniques et des contraintes physiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant ce temps… Eh bien, pendant tout ce temps-là, soit depuis le lancer dans l’espace de la chienne Laïka, il y a 65 ans…</p>



<p class="wp-block-paragraph">…20 à 30 millions d’humains sont morts dans 160 conflits plus ou moins barbares, plus ou moins longs, plus ou moins partout dans le monde, chiffres qui tiennent haut la comparaison avec celui de tous les morts militaires de la Seconde Guerre mondiale,</p>



<p class="wp-block-paragraph">un enfant sur 50 travaille chaque jour,</p>



<p class="wp-block-paragraph">un humain sur 6 est encore analphabète,</p>



<p class="wp-block-paragraph">un humain sur 5 soit n’a pas de toit, soit ce n’est pas le sien,</p>



<p class="wp-block-paragraph">un humain sur 8 a encore faim en permanence et</p>



<p class="wp-block-paragraph">un humain sur 3 ne sait pas quand, où et comment il mangera, n’a toujours pas l’accès à l’eau potable ni à l’hygiène de base.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et souvent c’est le même humain.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hmm, la conne quête de l’espace !… alors qu’elle est encore si loin, la conquête de l’espèce <span id="easy-footnote-26-31210" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/la-conne-quete-de-lespace/#easy-footnote-bottom-26-31210" title=" humaine"><sup>26</sup></a></span>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[21 mars 2022]</p>
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		<title>Progressistes, conservateurs et régressistes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 Dec 2022 08:55:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis toujours et d’un point de vue très précis, l’humanité se regroupe en trois classes ou catégories: celle des progressistes, celle des conservateurs et celle des régressistes. […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Depuis toujours et d’un point de vue très précis, l’humanité se regroupe en trois classes ou catégories: celle des progressistes, celle des conservateurs et celle des régressistes. À part ces trois catégories, il existe pourtant encore une quatrième, hors classes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par principe:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Les progressistes remettent en question les acquis, secouent l’ordre établi et font bouger les choses. Ils avancent. Grâce à leurs énergies et audace, nous ne chassons plus le loup avec des pieux en bois, coiffés de têtes d’ours, mangeons des repas chauds et avons l’Internet.</li>



<li>Les conservateurs repoussent la vision des progressistes et veulent s’en tenir à l’ordre établi en tirant les leçons du passé. Ils se satisfont des progrès et acquis confirmés. Grâce à leur mental réfléchi, nous gardons la famille, les bonnes manières et nos amis à quatre pattes.</li>



<li>Les régressistes dénoncent l’entier parcours de la civilisation, se projettent à l’origine de l’homme créé ou évolué, aspirant à la loi des choses tracée par la nature. Ils regrettent une dérive triste, constante et implacable. Grâce à ceux-là, nous buvons encore l’eau des sources.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">Du passé que tout cela. Autour, ces attributs ont changé du tout au tout. Dans l’acception qui prévaut à ce jour:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Un progressiste n’est pas (ou plus tellement) quelqu’un ou quelque chose qui marche – ou souhaite marcher – en avant, dans une direction quelconque, bonne ou mauvaise, afin de passer au delà d’un état donné. C’est avant tout, mais sans limitation, quelque chose ou quelqu’un qui nourrit un intérêt actif pour le social, l’abolition des genres, les droits de la femme et de l’homme, la répartition des ressources et de la richesse, l’écologie. En apparence et à son insu, le progressiste est une extension naturelle – mais non réclamée ou assumée – du socialiste, voire du communiste. Bref, c’est la facette lumineuse du monde qui nous entoure.</li>



<li>Un conservateur n’est pas (ou plus tellement) quelque chose ou quelqu’un qui veut maintenir un état de faits, bon ou mauvais. C’est d’abord et sans limitation quelque chose ou quelqu’un qui a un rapport étroit avec l’avoir et le pouvoir, binôme qui est lié au mépris et à la domination. Dès lors, par une extension censée normale dont il ne se reconnaît guère, le conservateur est transformé en réactionnaire, populiste, fondamentaliste et traditionaliste, alors que réaction, peuple, fondement et tradition n’ont aucune connotation négative, et cela encore aujourd’hui. Bref, c’est la facette sombre du monde qui nous entoure.</li>



<li>Un régressiste n’est pas (ou plus tellement) quelque chose ou quelqu’un de nostalgique, passéiste, qui – à tort ou à raison – déplore le paradis perdu de l’homme, mettant en exergue surtout ses devoirs, avant de veiller à ses droits. C’est quelque chose ou quelqu’un qui se revendique d’un âge révolu, qui tire en arrière, le parfait exclu d’une société qui le traite tel un marginal perdu dans les temps, à jamais hors de la réalité, et ainsi négligeable. Bref, coincé entre les facettes lumineuse et sombre du monde qui nous entoure, le régressiste est le chant mince, ciselé, donc rugueux de la monnaie, auquel nul n’est disposé de prêter l’attention.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">Reste enfin la quatrième catégorie, hors classes.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Elle n’a pas de nom, n’en a pas reçu, est réduite, éparse et peu connue. Ceux qui s’y retrouvent ne sont ni progressistes, ni conservateurs, ni régressistes. Comme point commun ils ne se réfèrent ni au monde qui nous entoure, eux avec, ni aux âges passé, actuel et futur. Ils ont existé depuis toujours hors du contexte, du contingent et du temps. Leurs énergies, leurs intérêts et leurs repères sont solidement ancrés loin au-delà: dans l’ineffable. Et cela continue. Grâce à eux, nous pouvons encore garder vif l’espoir de ne pas être seuls dans ce monde.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">[16 décembre 2015 – 13 février 2022]</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>(Les réflexions qui suivent tentent d’obéir à une cohérence absolue. Ce n’est que sur cette voie que les actions et les idées pourraient être validées entièrement. Mais comme par définition la cohérence absolue de l’homme est utopique, toutes ses actions et idées sont destinées à rester des hypothèses.)</em></p>
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		<title>Wehe den Besiegten</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 10 Dec 2022 09:13:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une chose est sûre : prophète je ne le suis pas, donc je confie cette activité aux spécialistes. Dans ce texte il n’est cependant même pas question de prévision, car son sujet matérialise la sagesse qui dit «Chassez le naturel: il revient au galop». […]</p>
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<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-7387b849 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>Vae victis </em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>autem</em> </p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>Ex ossibus ultor</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"></p>
</div>



<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><em>(Malheur aux vaincus) </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>(mais) </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>(Des ossements surgira le vengeur)</em></p>
</div>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">Une chose est sûre : prophète je ne le suis pas, donc je confie cette activité aux spécialistes. Dans ce texte il n’est cependant même pas question de prévision, car son sujet matérialise la sagesse qui dit <em>«Chassez le naturel: il revient au galop»</em>. Donc:</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/12/Wehe-den-Besiegten-Vae-victis-809x1024.jpg" alt class="wp-image-31164" width="405" height="512" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/12/Wehe-den-Besiegten-Vae-victis-809x1024.jpg 809w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/12/Wehe-den-Besiegten-Vae-victis-237x300.jpg 237w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/12/Wehe-den-Besiegten-Vae-victis-768x972.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/12/Wehe-den-Besiegten-Vae-victis.jpg 1213w" sizes="(max-width: 405px) 100vw, 405px"></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Passé, présent et futur. Bref retour sur les derniers 120 ans pour observer en deux actes, chacun divisé en cinq étapes identiques,</p>



<p class="wp-block-paragraph">  • comment la loi physique action-réaction affecte les sociétés, </p>



<p class="wp-block-paragraph">  • la question générale de l’exagération et de la disproportion, </p>



<p class="wp-block-paragraph">  • le caractère répétitif (ou cyclique) des phénomènes, et enfin </p>



<p class="wp-block-paragraph">  • le tout par rapport au “bagage génétique” d’un peuple<span id="easy-footnote-27-31159" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/wehe-den-besiegten/#easy-footnote-bottom-27-31159" title="Il n’est question ici que de l&amp;rsquo;Allemagne. Au vu de cet écrit, la seule diffé- rence entre l&amp;rsquo;Allemagne et le Japon est que la première n’a pas subi la bombe atomique. C’est dire. "><sup>27</sup></a></span> et à sa place dans le monde à un moment donné et sur la durée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<table class="wp-block-advgb-table advgb-table-frontend is-style-default"><tbody><tr><td style="background-color:#ffffff"><strong>Temps passés. Acte I.</strong><br></td><td style="background-color:#ffffff"><strong>Temps actuels. Acte II.</strong><br>(conséquence et suite de l’Acte I)<br></td></tr><tr><td style="background-color:#ffffff"><strong>1. Prémices</strong><br><br>1900 environ : point de départ. La reine Victoria meurt. L’empire britannique – un des plus vastes de tous les temps – est à son apogée. C’est aussi l’époque d’autres empires coloniaux de l’ère industrielle : français, espagnol, portugais, russe, turc, austro-hongrois, allemand, belge, hollandais, japonais. Premier congrès sioniste. Guerre russo-japonaise. Première révolution russe. L’économie explose. Automobile, avion, électricité, téléphone, pétrole, finances.</td><td style="background-color:#ffffff"><strong>1. Prémices</strong><br><br>Années ’50-’60. État d’Israël. Décolonisation. Guerre froide. Les «&nbsp;trente glorieuses&nbsp;» battent le plein. L’Allemagne paye des réparations de guerre exorbitantes en force de travail, en intelligence et en espèces. Premières guerres israëlo-arabes. Simon Wiesenthal chasse les nazis. Adolf Eichmann est capturé, jugé et pendu. Guerre de sept jours avec occupation du Golan et du Sinaï. Jérusalem entièrement sous administration israélienne.<br></td></tr><tr><td style="background-color:#ffffff"><strong>2. Action disproportionnée</strong><br><br>1914, première guerre mondiale, entre puissances coloniales. D’une part la Triple Entente (France, Grande Bretagne, Russie), d’autre part les Empires Centraux (allemand, austro-hongrois, ottoman). À l’échelle du globe l’Amérique est à peu près un nain. Les premiers avions, sous-marins et chars d’assaut. La défaite des Empires. 1919 traité de Versailles. Sanctions inimaginables à l’encontre de l’Empire allemand. Démembrement des Empires austro-hongrois et ottoman. L’Allemagne, jusqu’alors fleuron industriel – chimie, transports, mécanique, sidérurgie – est liquéfiée.</td><td style="background-color:#ffffff"><strong>2. Action disproportionnée</strong><br><br>Années ’70-’80. Israël s’avance comme première victime de<br>la seconde guerre mondiale. Médiatisation. Mépris des résolutions de l’ONU. Persécution simultanée des Palestiniens. Achille Lauro. Septembre Noir. Jeux olympiques de München. Lobbying américain. Apport massif de capitaux et de population. Essor économique. Colonies en territoires occupés. Lobbying juif dans la politique internationale. La victimisation d’Israël est systématique. Des lois frappent tout soupçon d’antisémitisme. Le sujet devient tabou. Sabra et Shatila. Le chancelier allemand se rend en Israël.</td></tr><tr><td style="background-color:#ffffff"><strong>3. Conséquences</strong><br><br>1918, premier état communiste en Russie. Années ’20, apparition du national-socialisme allemand. Les «&nbsp;années folles&nbsp;». La république de Weimar. En une année, le cours dollar-mark passe à la puissance dix. 1929:  la crise. Détresse, misère, instabilité politique. Influence des milieux juifs dans la société et l’économie. Réponse aux conditions de Versailles : la poussée inexorable du nazisme. Apparition de mouvements et instauration de régimes nationalistes autoritaires en Italie, Espagne, Portugal, Belgique, Hongrie, Roumanie, Bulgarie.</td><td style="background-color:#ffffff"><strong>3. Conséquences</strong><br><br>Années ’90, fin de la guerre idéologique capitalisme-communisme. La nouvelle guerre économique et permanente s’ouvre. Ressources naturelles, eau, faim. Retour de l’antisémitisme sur fond de nationalisme et de protection identitaire. Des milliers de milliards dépensés pour les frères de l’Est. L’Allemagne devient le fer de lance européen. 3e mondial (Japon 4e). Chômage au plus bas. En revanche c’est un nain militaire. Klaus Barbie. 1990, première sortie de l’armée hors de ses frontières. Peuple las des crimes nazis ou las de se taire.</td></tr><tr><td style="background-color:#ffffff"><strong>4. Montée de la réaction</strong><br><br>1933, Allemagne. Réunion des compétences militaire, économique, technique, logistique, politique, doctrinaire. Travail, discipline, mobilisation, autoritarisme, totalitarisme. En 6 ans la culbute : revenue de nulle part, l’Allemagne devient une puissance mondiale. Dans la foulée elle aura repris le titre d’empire 15 ans après Versailles. Autoroutes, constructions, emploi. Quatre facteurs distincts imbriqués : rétorsion suite à l’humiliation de 1919; sémitisme comme bouc émissaire; esprit de supériorité tiré de la culture, histoire, science, technique; expansionnisme et hégémonie basés sur la force.  Espace vital : 70 millions sur 350’000 km2.<br></td><td style="background-color:#ffffff"><strong>4. Montée de la réaction</strong><br><br>Années 2010. L’Allemagne se voit comme “la vache à traire” d’une Union Européenne qui se voit à la botte de l’Allemagne. La NSA américaine espionne la chancelière. Où sont les amitiés d’antan ? Retour de boomerang du colonialisme de 1900. Brexit. Essor des partis dits populistes aux quatre coins du continent. Le pays accueille un million de migrants. 10% de la population totale vient d’Asie et d’Afrique. L’islam compte pour moitié. Le nouveau parti Alternative für Deutschland, déclaré nationaliste euro-sceptique, est la 5ème force politique dans le pays et Volkswagen le premier automobiliste mondial. Espace vital : 18% habitants de plus sur le même territoire.</td></tr><tr><td style="background-color:#ffffff"><br><strong>5. Réaction disproportionnée</strong><br><br>1939, deuxième guerre mondiale. Moins d’une génération après la première. Pires et plus amples atrocités de l’histoire connue, sans compter d’autres génocides de l’histoire, admis ou contestés. Défaite de l’Axe Berlin-Roma-Tokyo. Nouvelle danse des Alliés sur la dépouille de l’Allemagne. Les bombes atomiques anéantissent le Japon. L’Amérique gagne le statut de super-puissance et les Soviétiques s’engouffrent dans la brèche. Capitalisme contre communisme comme résultat idéologique. A contrario de 1919, le plan américain Marshall relève l’Allemagne (et l’Europe de l’Ouest) comme rempart contre l’URSS et la Chine. Envolées allemande et japonaise 15 ans après leur ruine.</td><td style="background-color:#ffffff"><br><strong>5. Réaction disproportionnée ?</strong><br><br>À suivre…<br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br></td></tr></tbody></table>



<p class="wp-block-paragraph">Et finalement cette image, dans l’éventualité où ce texte n’aura pas été suffisamment explicite.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/12/Wehe-den-Besiegten-Graphique-1024x615.jpg" alt class="wp-image-31176" width="512" height="308" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/12/Wehe-den-Besiegten-Graphique-1024x615.jpg 1024w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/12/Wehe-den-Besiegten-Graphique-300x180.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/12/Wehe-den-Besiegten-Graphique-768x461.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/12/Wehe-den-Besiegten-Graphique.jpg 1181w" sizes="(max-width: 512px) 100vw, 512px"></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">[7 octobre 2017, 2 décembre 2018, 3 janvier 2021]</p>
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		<title>L’âge des proscris  ou Le normal anormal versus l’anormal normal et vice-versa</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 Aug 2022 04:53:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’âge des proscris est celui où (presque) tout ce qu’a été la vie habituelle de l’homme le long de l’histoire n’est d’un coup plus admis ou accepté car inconvenant, faux, dangereux, inadéquat, illégal, abusif, mauvais. […]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lage-des-proscris/">L’âge des proscris  &lt;span style=&quot;font-size:0.8em;&quot;&gt;&lt;br&gt;ou &lt;br&gt;Le normal anormal versus l’anormal normal et vice-versa&lt;/span&gt;</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">L’âge des proscris est celui où (presque) tout ce qu’a été la vie habituelle de l’homme le long de l’histoire n’est d’un coup plus admis ou accepté car inconvenant, faux, dangereux, inadéquat, illégal, abusif, mauvais. À l’âge des proscris, deux hydres rivales hantent et s’entre-dévorent, pour abattre sur nous chaque jour leurs lambeaux infects. D’une part, les vieilles idées préconçues de base: le mépris, l’élitisme, le patriarcat, la condescendance, le racisme. S’oppose la folie de la correction religieuse, politique, morale, sociale et identitaire par l’égalité sans bornes et à tout prix, par l’uniformité via l’écrasement – critère unique et but évitant toute atteinte possible à la personne et à la communauté. Les interdits chassent les excès, assurent la sécurité, fixent le terrain de ce carnage destiné à défendre la société civile et, par là, à établir partout, <em>nolens volens</em>, le progrès et la démocratie. </p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-medium"><img loading="lazy" decoding="async" width="212" height="300" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/08/Lâge-des-proscris-ou-Le-normal-anormal-versus-lanormal-normal-et-vice-versa-212x300.jpg" alt class="wp-image-30915" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/08/Lâge-des-proscris-ou-Le-normal-anormal-versus-lanormal-normal-et-vice-versa-212x300.jpg 212w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/08/Lâge-des-proscris-ou-Le-normal-anormal-versus-lanormal-normal-et-vice-versa-724x1024.jpg 724w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/08/Lâge-des-proscris-ou-Le-normal-anormal-versus-lanormal-normal-et-vice-versa-768x1086.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/08/Lâge-des-proscris-ou-Le-normal-anormal-versus-lanormal-normal-et-vice-versa.jpg 945w" sizes="(max-width: 212px) 100vw, 212px"></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Attention à ce rouleau compresseur et gare à toute hostilité ou obstacle ! Voici quelques exemples de choix parmi tant d’autres.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Esklødë</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Esklødë fut une bien pauvre et vieille paysanne, mi peau-rouge mi noire, juive, lesbienne, handicapée et retardée, salariée d’un asile de fous, alcoolique, morte par overdose. <span id="easy-footnote-28-30905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lage-des-proscris/#easy-footnote-bottom-28-30905" title="Résumé en 26 mots, soit 146 caractères sans espace"><sup>28</sup></a></span> Non. Archi-faux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Esklødë fut un(e) person(ne) démuni(e) de ressources matérielles et financières, d’un âge avancé, venu(e) du secteur primaire, mi natif/ve américain(e) mi africain(e), qui faisait partie du peuple issu du royaume biblique d’Israël, éprouvait un fort désir hormonal pour des êtres avec le même ensemble d’éléments cellulaires qu’iel, qui révélait un certain déficit physique et dont l’état intellectuel observé se situait en dessous de la moyenne établie, qui avait l’habitude d’absorber en grandes quantités des liquides avec un dosage très élevé de molécules inflammables obtenu de la distillation de divers(es) fruits et légumes, collaborateur/rice rémunéré(e) d’une institution médico-sociale pour humains qui sont marqués par une série de désordres physiologiques ou psychiques pouvant mener à des troubles du comportement ou de l’esprit qui laissent supposer une altération pathologique des moyens mentaux, ayant cessé d’être en vie comme conséquence de l’intoxication avec une/des substance(s) hallucinogène(s).<span id="easy-footnote-29-30905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lage-des-proscris/#easy-footnote-bottom-29-30905" title="Même résumé qu’au dessus, mais en 156 mots et 876 caractères sans espaces, soit six fois plus."><sup>29</sup></a></span></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Le/a lieu/e</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’opérateur/e aperçut un/e sign/e que le/a chais/e était prêt/e. Le/a port/e s’ouvrit laissant deux assistant/es accompagner le/a person/ne qui n’opposait la moindr/e résistanc/e. Les yeux/es perdu/es, just/e si iel traînait un/e peu/e les pied/e/s. Arrivé/e/s devant l’instrument/e de mort/e, ielles s’arrêtèrent silencieux/ses, puis/e se tournèrent vers/e le/a paroi/e en ver/re derrièr/e, où étaient assis/es les contrôleurs/es de l’opération/e. Certain/e/s visag/e de marbr/e, d’autr/e/s mouchoir/e/s aux yeux/es. Un/e des assistant/e/s déchaîna les pied/e/s du/de la person/ne. L’autr/e l’assit sur le/a sièg/e en bois/e et appuya son/sa poitrin/e contr/e le/a dossier/ère. Ensuit/e, les deux attachèrent les bras/es aux appui/e/s puis/e se mirent en repos/e. Un/e pasteur/e entra, livr/e en main/e, mais/e on le fit vit/e sortir. Un/e troisièm/e assistant/e, visag/e grav/e, s’avança en silenc/e depuis/e l’arrièr/e du/de la chais/e pour enfiler un/e cagoul/e sur le/a têt/e aton/e. Pour finir, les trois se retirèrent, fermant le/a port/e derrièr/e eux/es. Le/a rideau tomba en deçà du/de la paroi/e en verr/e et le/a lumièr/e s’éteignit dans le/a local/e d’application/e. Vinrent un long éclair/e intermittent/e qui illumina le/a rideau et un/e crépitement/e saccadé/e, fort/e pénibl/e, suivi/e/s d’un/e long/e paus/e où l’on ne put entendre qu’un/e succession/ne de sons/es étouffé/es, suivi/e du/de la rideau qui se leva lentement laissant découvrir le/a lieu/e vid/e. Au centr/e il y avait toujours/e le/a mêm/e chais/e, vide, prêt/e pour le/a prochain/e séanc/e.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Kweoudjima</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis que la mémoire existe, la lignée de Kweoudjima Gwé à toujours été démunie. Faux ! N’est démuni que celui comparé au nanti. Une abeille n’est ni nantie ni démunie; elle n’est que l’égale de sa voisine, et toutes ne sont démunies que par rapport à la reine, seule nantie. Encore que cela reste à débattre. Tel les Gwé. Jadis, un ancien (on ne tient ici de registre d’état civil) avait même servi comme grand chef de cette tribu. Nus, tous ça chassait, cultivait, cueillait, dansait, mangeait, priait, chantait, mourrait. Puis, de l’au-delà des mers vinrent les grands hommes ferrés. Et ils apportèrent des leurres, des babioles et de l’eau qui brûle. Et ils écorchèrent les troncs, creusèrent la terre, fouillèrent les sources, coupèrent les bois, emportèrent des pierres colorées. Et pour finir ils emportèrent les familles, attachées. C’est ainsi qu’ils se retrouvèrent démunis, c’est-à-dire misérables. Depuis arrière-arrière-arrière-grand-père et jusqu’à grand-père, qui s’est battu pour que cela cesse. Et ça a cessé, sauf la misère qui s’était incrustée pendant des siècles. À l’échange ils ont gagné touristes, tévé et Yookos. Alors on voit qu’avec une thune par jour, mieux vaut être démuni, car en fait on n’a rien. Pour ça, le touriste se paye un cola à l’hôtel, tandis que ça gagne chez lui dix fois plus à cueillir des fraises et cent fois si t’es est bien plus malin. On sort alors tout son avoir, paye le guide, marche 1800 km, paye le passeur, prend avec 28 autres un canot à 15 qui se fait stopper en pleine mer, on chavire et on se noie, car le quota final est atteint.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Stuarte</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">D’une part fort de la nouvelle neutralité des genres instaurée par la loi fœmme et de l’autre fort de certaines cartes bien jouées, Stuart a pu vite devenir la premier mâle à se faire implanter avec succès un appareil uro-génital féminin complet sans pour autant devoir déposer son appareil uro-génital masculin, déjà complet. C’est par un tel exploit scientifique qu’iel put obtenir le privilège de copuler plénièrement tant avec un femelle qu’avec une mâle, parfois en simultané. La modification étant pourtant notable, au début Stuarte a quelque peu mélangé les dates et hop! iel s’est vu – au 7<sup>ème</sup> ciel – enceint. La grossesse fut tip-top. Neuf mois plus tard, la sage-homme veillant aux moindres soins de la gestation lui mit au sein une sublime fille de sexe féminin, au bonheur de ses pères. Grâce à d’amples mamelles et à une bonne lactation, un certain temps Stuarte pu allaiter la nourrissonne à leur mutuelle satisfaction. Toutefois, au fil des semaines la source diminua peu à peu, la bébé réclamant toujours du lait véritable. La mère-père dû ainsi être remplacée par la plus fécond nourreur connu. Pour des mamelles, celle-ci avait en effet choisi deux pis de vache à huit trayons au total lors de la greffe d’un appareil uro-génital féminin complet. Forte de cette source généreuse, la fille grandit en un jour comme d’autres en un mois, de sorte qu’au jalon d’une année de vie elle put déjà aller à l’école. La suite de histoire ayant &nbsp; été perdue, nous ignorons hélas! si plus tard elle a suivi le modèle de son mère-père ou a bêtement marié un garçon quelconque.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Fiodda…</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">..est l’exemple parfait de l’homme parfaitement moderne. Aînée d’une riche famille de l’Europe du Nord, à l’écouter déjà qu’elle s’est tôt installée au Tropique du Cancer pour jouir d’un climat agréable et d’un cadre de liberté, plus près de la nature, de l’authenticité, de la vraie vie enfin. Intimement harmonisée à son environnement, arrivée au bel âge, mère accomplie, la voici préceptrice de ses six enfants. Ses préceptes sont simples, forts, sûrs et vrais. On s’habille lorsqu’on a froid. (Rare, au Tropique.) Et si on a froid, par exemple quand on brûle, on se couvre avec la peau d’un animal, mort. Au besoin on se chauffe au bois. À propos, on ne prend aucun médicament, puisqu’on a la sève et les extraits des plantes. On boit l’eau de la source. On ne mange ni l’animal ni ses produits, mais on utilise ses poils pour faire mille choses dans la maison et la vie de tous les jours. On ne touche pas aux piles, au verre, papier, métal, plastique, voiture, radio, internet, bref le tout électrique. On se déplace à pieds. Le soir, si besoin, on s’éclaire au feu de bois, mais dans la règle on s’endort dans des lits faits de paille et feuilles de palmier. Fi de velcro, kärcher, caddie, plexiglas, kleenex, téflon, on se fabrique le strict nécessaire à partir de ce que la terre veut bien nous offrir: glaise pour des pots, branches pour les outils, feuilles pour les habits, fientes pour l’engrais. Puisqu’on est en équilibre idéal avec Mère Gæa, on ne la lèse d’aucune manière, on est empreinte carbone zéro, voilà donc pourquoi le climat nous dit: bravo et merci !</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Yachnoul</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En été, tout le village est dans la joie de la récolte: les femmes à cueillir le pavot et à couper les tiges, les hommes à fumer le narghilé, séchant front et nuque, et les petits à jouer au ruisseau scrutés par leurs mères. L’école n’est pas encore là. En fait, il n’y en a même plus depuis le missile perdu sur la cabane. Les jeunes sont partis, l’on ne sait trop où, relayés par l’unité de la force de paix alors que le bled n’a pas connu de conflit. Maudit missile ! Les 150 baraques genre Star Wars se croient chez eux même si nul ne capte leur charabia. Au moins ceux-là aiment l’industrie locale et ferment donc l’œil sur les revenus des gens. Et un jour c’est le tapage: un gros pickup avec mitrailleuse lourde freine en plein marché, suivi par deux 4×4 et un bus rempli de gens et le toit d’antennes. Les véhicules se vident illico et en plein chahut, malgré le sac en jute jusqu’au genoux, on flaire Yachnoul, fierté du village, cerné par six balèzes masqués. Alors champs, huttes et ruisseau se vident et – poings levés – ça se met à s’arracher les habits, à crier, se tirer les cheveux, tomber à terre, courir. Et la force de paix qui ouvre un grand cercle autour, mouille au froc et fusils d’assaut en joue. Un gradé tente d’appeler au calme et crie des infos que personne n’écoute. Une tête sortie de la foule agite quelque c… Une rafale part. Une autre. Pause. Les caméras tournent. Des hurlements fusent. À 8000 km de là, aux <em>news</em> du soir on voit les adeptes d’un terroriste attaquant la force de paix, qui s’est défendu. Bilan: six morts dont une enfant de trois ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[6 février 2022]</p>
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		<title>L’inversité</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 May 2022 09:34:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’humain est un cas tordu, toujours en conflit avec lui-même.<br />
Il cherche longtemps et obstinément à s’armer, non par une quelconque crainte de l’ennemi, mais par besoin de sécurité préventive. […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">L’humain est un cas tordu, toujours en conflit avec lui-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il cherche longtemps et obstinément à s’armer, non par une quelconque crainte de l’ennemi, mais par besoin de sécurité préventive. Lorsqu’après un gaspillage insensé de moyens il finit par s’armer jusqu’au dents, il perd l’intérêt au combat. Ça le blase, puisqu’il est déjà trop armé et par conséquent il se sent invincible. En fait, la confrontation avec quelqu’un nettement moins bien préparé ne présente plus l’attrait requis et attendu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Longtemps aussi il s’efforce de s’assurer l’alimentation la plus exquise possible : nourriture, boissons et <em>tutti quanti</em>. Ce n’est que lorsqu’enfin il se retrouve complètement immergé dans la plus absolue surabondance que brusquement il se lasse et déchante. Il se met à rêver de simplicité, de retour aux sources même de la mère nature. En effet, la variété infinie des saveurs lui aura ennuyé le palais, la gourmandise et jusqu’à l’appétit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Idem pour la richesse. Une vie entière il s’acharne à l’acquérir, d’abord pour atteindre la quiétude matérielle, puis pour la consolider et enfin pour s’assurer le confort de ne plus y penser. Mais une fois l’objectif atteint, vient l’angoisse de perdre – dans l’ordre inverse – la paix de l’esprit, la paix tout court et pour finir le statut. Et c’est là qu’il se met à lorgner jalousement vers le démuni qui, lui, à part sa vie, n’a strictement rien à perdre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’en est pareil pour la gestion du temps. Travailler plus est pour lui une cible à démolir. Travailler le moins possible afin de pouvoir disposer de temps pour soi-même et sans diminuer les ressources ? C’est un but à conquérir. Sauf qu’une fois acquis – à l’âge actif, pas à la retraite – le trésor du temps devient lourd à garder, sous le poids de sa propre personne qui se retrouve tout à coup sans le fil conducteur tant et si longtemps honni.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quid de sa propre santé physique et de celle mentale. Alors justement, comme puisque pour lui le travail n’est pas la santé, l’homme la cherche dans l’infini des comprimés, poudres, sérums, potions et autres sirops – souvent très chers – offerts par l’industrie. Cela au mépris de l’armada de ses propres gardiens, minuscules, fidèles, silencieux et gratuits qui veillent 24/7 sur son corps et son mental, et sont là pour les défendre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La même loi des contraires règne sur les connaissances et le Savoir. Une vie durant il s’échine à grimper laborieusement l’escalier de la compréhension pour remplir le plus possible son bagage de sagesse. Sauf que chaque marche gravie, à part de l’élever à une hauteur qui lui permet de voir encore plus loin, lui découvre la distance sans cesse croissante qui le sépare de l’horizon et, par là, lui ouvre l’abysse béant de son ignorance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Scénario identique pour l’affection et son pinacle – l’amour. La quête y est effrénée, la soif intarissable, l’emportement parfois volcanique, et ce dans les deux sens: aimer comme être aimé. On peut mourir par amour ou pour l’amour, comme on peut tuer ou se faire tuer. Quelle meilleure preuve alors ? Et pourtant, une fois l’amour gagné, vie et temps l’érode et l’on se lasse devant le seuil de l’oubli, au point mort de l’indifférence.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">En réalité, le cœur de l’intérêt se trouverait ancré au fond de l’aspiration constante et farouche vers l’état ultime dans toutes choses de la vie: sécurité, gastronomie, richesse, loisirs, santé, savoir, amour. Parmi bien d’autres. Elle serait à l’œuvre aussi longtemps que dure l’ascension et que cet état n’aura pas encore été atteint. Ce conflit de toujours est donc là, et l’homme ne fait qu’appliquer la loi de son meilleur ami: il se mord la queue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les exceptions ? Elles n’intéressent pas et ne s’y opposent pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[12 décembre 2021-23 janvier 2022]</p>
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		<title>Un mal basqué</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 Apr 2022 11:43:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Voici un des plus célèbres portraits de l’histoire de la peinture. Et probablement un des plus accomplis, profonds, captivants. En réalité c’est un autoportrait: celui de l’Allemand Albrecht Dürer. […]</p>
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<figure class="wp-block-image aligncenter size-medium"><img loading="lazy" decoding="async" width="217" height="300" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-demasque-217x300.jpg" alt class="wp-image-30716" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-demasque-217x300.jpg 217w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-demasque-741x1024.jpg 741w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-demasque-768x1062.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-demasque-1111x1536.jpg 1111w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-demasque-1481x2048.jpg 1481w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-demasque-scaled.jpg 1852w" sizes="(max-width: 217px) 100vw, 217px"><figcaption>https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Albrecht_Dürer_-<em>1500_self-portrait</em>(High_resolution_and_detail).jpg</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Voici un des plus célèbres portraits de l’histoire de la peinture. Et probablement un des plus accomplis, profonds, captivants. En réalité c’est un autoportrait: celui de l’Allemand Albrecht Dürer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On remarque en un clin d’œil la difficulté de ce prodigieux exercice: les mains sont à vue, c’est-à-dire qu’après chaque coup de pinceau ou presque, le peintre doit se tourner vers le miroir, poser son outil et reprendre la pose étudiée de sa main droite, la gauche étant peu visible; il doit bien mémoriser ou vérifier tel ou tel détail, revenir au chevalet, reprendre le pinceau et continuer son travail. D’une part. D’autre part, en se retournant face au miroir, il doit chaque fois assurer les même boucles somptueuses, les mêmes plis de son habit, la même position des poils de sa fourrure, mais avant tout il est crucial qu’il retrouve exactement le même faciès, le même air, la même apparence, le même regard calme et pénétrant. Cela jour après jour, par beau ou mauvais temps, se garantissant le même éclairage, les joues bien rasées, jovial, serein ou alors de mauvais poil après une dispute avec sa femme ou son voisin. Que tout cela a dû être dur pour Dürer !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ce n’est rien vis-à-vis de ce que le portrait ne montre pas ! L’année du Seigneur est 1500, année importante si elle en est, pas seulement parce qu’elle marque pile la moitié du millénaire, mais surtout parce que l’Europe, Nuremberg avec, est à l’épreuve de la suette. Ce fléau livre une fièvre importante, une sueur abondante (d’où son nom) et finalement une mort foudroyante. Il est vrai que depuis quelque temps les cas sont plutôt rares, mais l’artiste est avisé. La maladie est contagieuse ? Il cherche la solitude. Elle voyage par les airs ? Il porte un masque. Et c’est ce que le fameux tableau exposé à la <em>Alte Pinakothek</em> de Munich ne montre pas.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-medium"><img loading="lazy" decoding="async" width="207" height="300" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-mal-basque-207x300.jpg" alt class="wp-image-30717" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-mal-basque-207x300.jpg 207w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-mal-basque-705x1024.jpg 705w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-mal-basque-768x1116.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-mal-basque-1057x1536.jpg 1057w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-mal-basque-1410x2048.jpg 1410w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-mal-basque-scaled.jpg 1762w" sizes="(max-width: 207px) 100vw, 207px"><figcaption>Archive de l’auteur</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Le peintre est jeune. C’est quelqu’un d’intègre, raffiné, de belle présentation. Il est toutefois méticuleux. Comme bon nombre de virtuoses, il construit soigneusement ses œuvres, le plus souvent par des esquisses ou des versions préparatoires. Dont pour cet autoportrait. Sauf que dans ce cas, dite ébauche – inachevée – est restée dissimulée pour une raison étrange, inconnue. Voici donc la vraie apparence d’Albrecht Dürer au temps de la pandémie et avant qu’il n’enlève son masque, certainement par coquetterie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour certains ce n’est – et ce ne fut – pas une découverte. Parmi eux, trois siècles et demi plus tard, un certain Giuseppe Verdi s’y inspira pour créer son opéra «Un bal masqué». C’était à point nommé, car le monde venait d’être frappé de plein fouet par la peste chinoise, dite aussi bubonique. Sur scène, dans les salles et les foyers, interprètes, spectateurs et personnel de service étaient tous rigoureusement masqués. L’opéra connut un franc succès. En revanche, chose à vrai dire surprenante, les protections étaient dérisoires: avec des trous pour les yeux, paradoxalement elles ne couvraient que le haut des visages, laissant nez et bouches complètement à l’air libre. Ce fut l’amorce de la dernière et pire pandémie de peste connue. Un siècle et plus de quinze millions de morts plus tard, elle fut considérée éteinte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oublier l’histoire c’est être réduit à la revivre, vrai ? Soixante ans passent et la leçon du passé paye. Face à une vilaine grippe, la planète met le masque. Cette fois au bon endroit et dans toutes les situations i(ni)maginables: au travail, à la poste, dans le bus, à l’opéra, dans l’ascenseur, en vélo, au magasin, dans la rue, au ski, en moto, à la piscine, au restaurant, en balade, en voiture, sur le bateau, au chalet, en classe, au jogging, à la plage, au stade, au lit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À cela s’ajoute la cerise sur le gâteau de l’esprit artistique qui explose, pas tant au travers des huiles sur toiles que par des objets divers ou des sérigraphies sur tissus. Ces masques figurent ou arborent des drapeaux, crânes, paysages, moustaches, slogans, gueules d’animaux, choses cochonnes, son propre visage, ou sont faits de macramés, bouteilles de PET, monstres pastafari, feuilles de choux – tout un répertoire imaginaire que l’on pensait éteint.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant le mal ne faiblit pas. Pire: il change de stratégie. Et de nom. Alors, un mal basqué ? Un mal bâclé, peut-être ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">[5 décembre 2021]</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Post scriptum</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avant qu’un tel s’excite envers un autre tel ou telle qui ne porte pas de masque, tous les États du monde et l’OMS se mettront d’accord</p>



<p class="wp-block-paragraph">– sur le/s type de masque/s qui protège/nt effectivement du Covid 19,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– combien de temps porter un tel masque est réellement efficace,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– si lorsqu’on a déjà eu la maladie on peut encore répandre le virus,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– combien de temps après la maladie reste-t-on immunisé,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– sur le temps minime pour choper le virus transmis par un malade,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– où va le virus exhalé dans un masque qui ne saurait coller au visage,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– si un seul masque est suffisant quand deux personnes sont en contact,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– sur la vraie distance de sécurité entre deux personnes à l’intérieur,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– que deviennent les virus exhalés au-delà de la distance de sécurité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Accessoirement, il s’accorderont aussi sur l’utilité de porter un masque</p>



<p class="wp-block-paragraph">– seul dans son auto, sur sa moto, son vélo, sa planche ou sa barque,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– seul dans la forêt, à la plage ou en général dans la nature,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– en jouant au tennis, basket ou foot sur un terrain vague,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– pendant un jogging,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– sous la pluie,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– sur une piste de ski,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– seul dans la Grande Roue, une auto-tamponneuse ou un carrousel,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– seul dans une rue, sur un trottoir, place, stade, etc.</p>
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		<title>Et si…</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Jan 2022 06:55:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>… fouler avec témérité, voire de l’inconscience, le territoire obscur de l’invraisemblable serait après tout une option valable ? Question difficile, réponse problématique. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">… fouler avec témérité, voire de l’inconscience, le territoire obscur de l’invraisemblable serait après tout une option valable ? Question difficile, réponse problématique. En vérité, ce qui suit n’est qu’un prolongement presque normal, cependant hésitant car fort risqué, de réflexions antérieures qui étaient déjà – elles – suffisamment audacieuses. Elle étaient réunies dans “The Great Reset”.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce territoire est sombre et inconnu. Il est peuplé d’intentions et de pensées à priori inimaginables et apparemment hostiles puisque – justement – dissimulées. L’errance, lente, improbable et pénible y est possible seulement si l’on rassemble des jalons épars pouvant indiquer un chemin un tant soit peu ordonné. Pourtant ceci exige d’abord à les distinguer – ces jalons, puis les voir et les reconnaître, ténus qu’ils luisent à peine dans l’opacité la plus dense. Encore qu’en réalité il sont étonnamment nombreux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mise en garde préalable et utile: ceci est tout le contraire d’une grotesque machination conspirationnistique, complotistique, ésotéristique et cabalistique. La suite ne s’enquiert pas d’une mode trop répandue de nos jours, pressée à coller des étiquettes sur tout sentier situé en dehors du courant de pensée unique. Le but ici n’est pas d’ourdir un N<sup>ème</sup> tissu de fumée et d’illusions, mais bien de s’appuyer sur la raison et la sagacité pour tenter d’apercevoir la réalité au-delà du plafond nuageux qui enveloppe le monde. Aussi, les métaphores seront légion et certaines idées tout à fait sinistres, d’où précisément la témérité de ce raid dans l’invraisemblable.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et si…</p>



<p class="wp-block-paragraph">…la Terre n’était pas occupée par près de huit milliards d’êtres humains, bientôt neuf milliards, ensuite dix lors de la génération suivante, mais par tout autant d’usagers consommateurs ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">…les besoins et habitudes des occupants, étendus et affinées après la Seconde Guerre mondiale, continueraient à croître et à se raffiner de par la nature hédoniste propre au genre humain ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">…les ressources de cette même Terre, en constante diminution et pour certaines situées déjà dans les chiffres rouges, à brève échéance venaient à ne plus suffire, ensuite à s’épuiser ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">…la magie irraisonnée du virtuel, de l’intelligence artificielle et de la robotique poussées par l’envolée technologique, apporterait l’indigence au plus grand nombre privé de revenus par le travail ?</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et si alors…</p>



<p class="wp-block-paragraph">…l’espèce humaine étant la seule capable de s’autodétruire en masse, l’issue de cette quadrature viendrait de ses rangs mêmes ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">…les angles aigus de ce carré infernal seraient arrondis en réduisant simplement et drastiquement le chiffre des usagers ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">..la mise en œuvre de ce scénario serait déjà en cours depuis un certain temps et que ses résultats seraient à vue autour de nous ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors voilà l’impossible équation résolue: avec une occupation réduite de ¾, strictement aux usagers les plus porteurs au point de vue statistique, leurs besoins et habitudes pourraient croître et se raffiner sans fin pour des générations à venir, au travers de ressources désormais abondantes sublimées par les bienfaits de la réalité virtuelle, de l’intelligence artificielle et de la robotique.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mystérieuse énigme…</p>



<p class="wp-block-paragraph">[25 janvier 2021]</p>
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		<title>The Great Reset (2/2)</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/the-great-reset-2-2/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 Nov 2021 08:47:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Nous vivons des temps extraordinaires. En clair, cela veut dire des temps qui sont en dehors de l’ordinaire. Qui sait, peut-être uniques. Pas toute génération a une telle occasion. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper" id="advgb-cols-f9e39f96-c796-474e-af2c-25b45d79d617"><div class="advgb-columns-container"><div class="advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-2 layout-12-12 mbl-layout-stacked vgutter-10">
<div class="wp-block-advgb-column advgb-column advgb-is-half-tablet advgb-is-full-mobile" id="advgb-col-fd11d6e2-6e58-417a-b511-217b0c572da6"><div class="advgb-column-inner" style="border-style:none;border-width:1px">
<p class="citation wp-block-paragraph"><em>“ L’Éternel vit que la méchanceté des<br>hommes était grande sur la terre, et</em><br><em>que toutes les pensées de leur coeur se<br>portaient chaque jour uniquement<br>vers le mal.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="citation wp-block-paragraph"><em>Et l’Éternel dit: J’exterminerai de la</em><br><em>face de la terre l’homme que j’ai créé,<br>depuis l’homme jusqu’au bétail, aux<br>reptiles, et aux oiseaux du ciel; car je<br>me repens de les avoir faits.”</em></p>



<p style="text-align:right;margin-right:50px;">(Genèse 6.5, 7)</p>
</div></div>
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<div class="wp-block-advgb-column advgb-column advgb-is-half-tablet advgb-is-full-mobile" id="advgb-col-ce8f2dae-c286-4216-8f0a-7e939af23d7a"><div class="advgb-column-inner" style="border-style:none;border-width:1px">
<p class="citation wp-block-paragraph"><em>“Et l’Éternel dit: Voici, ils forment un<br>seul peuple et ont tous une même<br>langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris;<br>maintenant rien ne les empêcherait de<br>faire tout ce qu’ils auraient projeté.<br></em></p>



<p class="citation wp-block-paragraph"><em>Allons! descendons, et là confondons<br>leur langage, afin qu’ils n’entendent<br>plus la langue, les uns des autres.<br></em></p>



<p class="citation wp-block-paragraph"><em>Et l’Éternel les dispersa loin de là sur<br>la face de toute la terre; et ils cessèrent<br>de bâtir la ville.”</em></p>



<p style="text-align:right;margin-right:50px;">(Genèse 11.6-8, 7)</p>
</div></div>
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<p class="wp-block-paragraph"><em>«Il est dangereux d’avoir raison lorsque le gouvernement a tort.»</em> (Voltaire)</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…] Je ne suis d’aucun de ces assemblages, mais peut-être d’un troisième groupe, médian, peut-être totalement marginal, peut-être insignifiant: celui des éveillés, des observateurs, des analyseurs et des attentistes. J’aime croire que – les yeux ouverts – j’observe, analyse et attends, en essayant de ne pas juger. Quoi ?&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Me rappelant le fameux conte allemand et la déclamation triomphale de son illustre personnage «J’en abats sept d’un coup !» <span id="easy-footnote-30-30685" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/the-great-reset-2-2/#easy-footnote-bottom-30-30685" title="”Le vaillant petit tailleur”, Kinder- und Hausmärchen, Les frères Grimm, 1812"><sup>30</sup></a></span>, j’observe que la liste des anomalies est réduite de moitié au travers d’une seule arrivée qui les chapeaute toutes, ensuite de quoi la moitié restante glisse dans l’indifférence. Ainsi, d’un côté, l’Islam, les nationalismes, le tiers-monde, la Chine, la croissance, la consommation, les migrations, la surveillance, l’intelligence artificielle, la démographie, la technologie et le politiquement correct fondent en entier dans une mélasse répondant au doigt et à l’œil au seul Covid-19. De l’autre côté, devant la priorité devenue absolue des statistiques sanitaires quotidiennes, l’exploration spatiale, le climat, la discrimination, la déforestation, la pollution, la pauvreté, la femme, le terrorisme, la famille, le gaspillage, la biodiversité et la course aux armements perdent tous leur intérêt. Au bout du compte, c’est l’ensemble des activités humaines – bonnes et moins bonnes – qui s’estompe devant l’ubiquité de ces infâmes sphères poilues et invisibles, 10’000 fois plus petites qu’un grain de sable</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après ce constat, je tente d’analyser les divers tenants et aboutissants. Si en 1350 les gens étaient à raison tétanisés par la grande faucheuse et son lot préalable de souffrance et misère, en 2021 le désarroi est économique, social, culturel, politique. Mais avant et par dessous tout, psychologique. Cela fait plus d’un demi siècle qu’on a marché sur – et parlé avec – la Lune, depuis longtemps on manipule la nature et les éléments et l’air autour est saturé d’une infinité d’ondes des plus diverses: cela n’a pas empêché les gens de tomber victimes de l’hystérie qui s’est emparée de la planète partant d’une forme d’affection de base constamment présente, elle, depuis l’antiquité. Cette fois la nouveauté est cependant venue des médias, par la vitesse à se saisir de la question, la persévérance à la traiter et à la gonfler, alors que les sujets importants qui font tourner le monde n’ont pas changé. Bientôt une année entière que ce mal occupe, 24/7, si ce n’est l’intégralité des informations, en tout cas la quasi totalité. Dès lors, il ne serait probablement pas téméraire de penser que nous sommes en plein milieu de la plus importante campagne du genre menée en temps de paix. Sachant que dans ce domaine aussi, et depuis un moment déjà, internet a dépassé la presse, la radio et la télévision.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vingt-cinq ans en arrière, un certain Edward Berneys mourrait centenaire. Il reste dans l’histoire et il est largement reconnu comme “le père des relations publiques” et surtout comme “le père de la propagande”, dont il avait mis les bases dans les années ’20 et ’30. Ces idées, dont voici quelques extraits, glacent le sang.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Les gens veulent aller là où ils voulaient être conduits.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Les gens sont rarement conscients des raisons réelles qui motivent leurs actions».</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Si l’on comprend le mécanisme et les motifs de la pensée de groupe, il est à présent possible de contrôler et d’organiser les masses selon notre volonté, sans qu’elles s’en rendent compte.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Nous sommes gouvernés, nos esprits sont façonnés, nos goûts formés, nos idées suggérées, largement par des hommes dont nous n’avons jamais entendu parler.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">S’étonner alors de rencontrer des concepts parfaitement similaires – et pas moins glaçants – exposés par le Ministre de l’éducation du peuple et de la propagande du III<sup>e</sup> Reich ?!…</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Les masses ont besoin de quelque chose qui leur donnera un frisson d’horreur.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Si le mensonge est assez gros et qu’on le répète assez, les gens commencent à y croire.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«L’État a le droit absolu de superviser la formation de l’opinion publique.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«La propagande marche le mieux lorsque les manipulés sont convaincus qu’ils agissent de leur plein gré.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Considérez la presse comme un excellent clavier sur lequel le gouvernement peut jouer.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la foulée de ces terribles énoncés, il est intéressant de se faire une idée sur la façon dont deux figures majeures du XX<sup>e</sup> siècle voyaient (les rapports avec) les masses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Iossif Vissarionovitch Djougachvili, dit Staline:</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Les écrivains sont les ingénieurs de l’âme humaine.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«La quantité a sa propre qualité.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Peut importe pour qui ils votent tant qu’ils votent pour nous.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«La mort d’un homme – une tragédie, celle de millions – de la statistique.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et Winston Churchill:</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Je préfère argumenter contre une centaine d’idiots, que d’en avoir un d’accord avec moi.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Il n’y a rien que le gouvernement peut donner qu’il n’aura d’abord enlevé.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«La diplomatie est l’art de dire aux gens d’aller se faire voir de telle manière qu’ils demandent dans quelle direction.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le penseur positif voit l’invisible, ressent l’intangible et accomplit l’impossible.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ces conditions, que demander aux citoyens Jean Exemple et Marie Modèle ? Surtout si – fait nouveau – ils auront dépassé l’âge de la retraite. Isolés physiquement, réduits aux moyens de communications, martelés par le flot ininterrompu de chiffres de plus en plus alarmants, mis au pas à force de statistiques sans fin et de graphiques implacables donc nécessairement vraies, montrés du doigt comme étant nécessairement des personnes vulnérables rien que par leur âge, défiés par un enchaînement logique de cause à effet chiffres-mesures, mais aussi confrontés à des cas réels – fatals ou non – dans leurs entourages, ils ne peuvent que se laisser devenir d’autres victimes de la psychose par l’information. Oubliées les grippes saisonnières récurrentes, plus ou moins mortelles, tout comme les autres fléaux – le SIDA, les grippes dites espagnole, asiatique, Hong Kong, aviaire, porcine, Ebola, la vache folle. Loin derrière les invariablement premières sources de mortalité dans le monde, dont le bilan létal ne serait-ce que des maladies cardiovasculaires, des accidents vasculaires, des bronchites chroniques et des infections respiratoires est dix fois plus élevé que celui – actuel – du Covid-19. La déferlante informationnelle sortie de la pensée unique brouille leur lucidité. Alors il n’ont que le choix d’implorer de leurs vœux le vaccin-miracle, en espérant qu’à leur âge il ne soient pas les cobayes d’un produit fabriqué en à peine quelques mois, tandis que l’on attend toujours, près de quarante ans plus tard, le remède pour le SIDA.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reste l’attente, le <em>“wait and see”</em>. Attendre peut-être, mais que voir ? Voir augmenter l’hécatombe ? Voir disparaître les incohérences sans fin qui jalonnent les restrictions imposées ? Voir si finalement il y aura autodestruction ? Voir se décanter le quartette maladie-politique-affaires-médias ? Voir le passeport sanitaire ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Évidemment, il ne faut pas oublier que l’irruption du Covid a entraîné une foule de changements fort bénéfiques qu’il serait trop injuste de ne pas saluer comme il se doit: les avions ont brusquement cessé de s’écraser, les trains ont cessé de dérailler, les navires de sombrer, les avalanches de dévaler, les insurgés de s’insurger, les migrants de migrer et se noyer, les factions de s’entretuer, les feux d’incendier, les réfugiés de se réfugier, les psychopathes de massacrer, les eaux d’inonder et les pédophiles de sévir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En revanche, si une chose n’est pas certaine, elle est déjà bien prévisible. Lorsque les contraintes sanitaires auront éventuellement produit l’effet clamé, sortira à la lumière du jour ce que l’on pourrait appeler “The Dark Side of The Moon”, la face jusqu’alors voilée d’une réalité fourrée sous le tapis, aveuglée par l’éclat du Covid-19-20-21-22-23-24…: des sociétés à genoux, décimées, détruites et déroutées, à la recherche d’un nouveau repère. Sera alors venue l’heure du “Great Reset” ? Le 4B “Biden Build Back Better” ? “Le Brave New World” ? Attendons voir…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, attendons voir, et d’ici là, n’oublions tout de même pas les propos – déjà cités – de ces maîtres de l’acrobatie des masses mais, surtout, la vérité qui – au moins pour tout homme de foi – est un truisme: que la performance ultime du diable est de convaincre qu’il n’existe pas. Pour chaque militant du camp de loin le plus fourni dont il fut question, et qui rassemble tous les inconditionnels groupés dans différentes catégories ordonnées sur l’échelle de la candeur, ce serait une chance de regarder d’un angle différent le conspirationnisme et le complotisme de carnaval. Et par là, peut-être au moins éviter de mourir idiot. Après en avoir vécu.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le Covid ? Pire que le communisme !» me disait en mars 2020 une pessimiste. Attendons donc cent ans pour en juger.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[18 janvier 2021]</p>
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		<title>The Great Reset (1/2)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 Oct 2021 06:27:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Nous vivons des temps extraordinaires. En clair, cela veut dire des temps qui sont en dehors de l’ordinaire. Qui sait, peut-être uniques. Pas toute génération a une telle occasion. [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/the-great-reset-1-2/">The Great Reset (1/2)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
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<div class="wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper" id="advgb-cols-6b2bb9d3-92d7-4b7a-88ca-fe03627576ca"><div class="advgb-columns-container"><div class="advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-2 layout-12-12 mbl-layout-stacked vgutter-10">
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<p class="citation wp-block-paragraph"><em>“ L’Éternel vit que la méchanceté des<br>hommes était grande sur la terre, et</em><br><em>que toutes les pensées de leur coeur se<br>portaient chaque jour uniquement<br>vers le mal.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="citation wp-block-paragraph"><em>Et l’Éternel dit: J’exterminerai de la</em><br><em>face de la terre l’homme que j’ai créé,<br>depuis l’homme jusqu’au bétail, aux<br>reptiles, et aux oiseaux du ciel; car je<br>me repens de les avoir faits.”</em></p>



<p style="text-align:right;margin-right:50px;">(Genèse 6.5, 7)</p>
</div></div>
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<p class="citation wp-block-paragraph"><em>“Et l’Éternel dit: Voici, ils forment un<br>seul peuple et ont tous une même<br>langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris;<br>maintenant rien ne les empêcherait de<br>faire tout ce qu’ils auraient projeté.<br></em></p>



<p class="citation wp-block-paragraph"><em>Allons! descendons, et là confondons<br>leur langage, afin qu’ils n’entendent<br>plus la langue, les uns des autres.<br></em></p>



<p class="citation wp-block-paragraph"><em>Et l’Éternel les dispersa loin de là sur<br>la face de toute la terre; et ils cessèrent<br>de bâtir la ville.”</em></p>



<p style="text-align:right;margin-right:50px;">(Genèse 11.6-8, 7)</p>
</div></div>
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<p class="wp-block-paragraph">Nous vivons des temps extraordinaires. En clair, cela veut dire des temps qui sont en dehors de l’ordinaire. Qui sait, peut-être uniques. Pas toute génération a une telle occasion. Peut-être aucune jusqu’à présent. Et comme d’habitude, nous sommes plusieurs générations à vivre leur temps simultanément, car l’humanité se déroule par paquets de quatre à six générations. En ce moment nous sommes donc peut-être une demi douzaine de générations à expérimenter ensemble ces temps extraordinaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certes, tout au long de l’histoire et aux quatre coins du monde les hommes ont souvent connu de très longues périodes de détresse, déclin, destruction, terreur, des guerres semblant sans fin, des calamités dantesques, interminables. Beaucoup moins de paix, de fertilité et de bonheur. Les temps à l’intérieur desquels nous sommes maintenants engagés sont tout aussi effrayants, toutefois ils sont radicalement différents, et c’est justement pour cela qu’ils sont extraordinaires. Car cette fois le mal est planétaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les cloches résonnent partout, de partout, fort, à l’unisson, mais…</p>



<p class="wp-block-paragraph">…ça vise la Lune et ça s’intéresse aux planètes avant de connaître à fond La Grande Bleue, qui est la mère de tout ce qui vit et bouge. Ça assiste bras ballants à l’envolée spectaculaire de la seconde plus grande religion au monde tout en regardant ses deux milliards de fidèles comme des sans-culottes modernes. Ça enrage devant la propagation des nationalismes, feignant ne pas comprendre qu’il ne s’agit que d’une réaction viscérale d’humains au bord de la rupture à force d’internationalisme, d’uniformisation et de globalisation. Ça traite le soit-disant “tiers-monde” uniquement comme une terre-source de richesses qu’il convient d’exploiter, peuplée par des primates qu’il sied de changer tel des mouchoirs. Ça s’effraye devant une nation il y a peu médiévale qui tend visiblement vers l’hégémonie mondiale, mais ça reste incapable de former un pole uni de dialogue avec. Ça continue de tourner à fond aux combustibles fossiles et aux hydrocarbures tout en regardant les glaciers fondre, les eaux monter, les forêts bruler et les coteaux s’écrouler. Ça se complaît de croire à la pérennité des ressources de la bonne Terre et donc de les engloutir comme jamais auparavant pour assouvir la déesse Croissance. Ça surfe sur le déni universel d’égalité entre les hommes, à force de racismes, chauvinismes, sectarismes, radicalismes, élitismes. Ça persiste à consommer à tort et à travers, à gaspiller sans aucun souci d’économie, tout en prônant péniblement le recyclage et le développement durable. Ça multiplie les destructions ahurissantes des forêts, poumons de la Terre, pour la gloire de la restauration rapide et de l’ameublement standardisé. Ça souille comme jamais l’eau des océans, mers, fleuves, rivières, lacs et fontaines. Ça contemple le fossé croissant entre (pays) riches et (pays) pauvres, que l’on déclare aider par des financements en réalité oppressifs, l’œil toujours tourné vers les cotations du jour. Ça retient la femme – mère de tous les hommes – enfermée dans la clôture de la soumission, de l’infériorité et de l’iniquité. Ça traite la migration massive comme une agression dont il faut se défendre puisqu’elle met en péril des valeurs historiquement établies, alors qu’elle n’est que le prix de plusieurs siècles d’esclavage et de pillages. Ça fait d’internet l’outil absolu de contrôle au travers des systèmes de payement, des réseaux sociaux, des communications, des crypto-monnaies et des caméras de surveillance disséminées tous azimuts. Ça sort du chapeau le concept du terrorisme, le plante solidement à tous les coins des rues et le hisse au sommet des préoccupations permanentes de la société. Ça piétine méthodiquement le noyau social fondamental qu’est la famille, sur la base de la liberté sexuelle avancée comme premier, dernier et unique argument. Ça s’obstine à jeter la nourriture en excès et à arroser à l’eau potable, mais rechigne à trouver les moyens pour qu’aliments et eau puissent soulager les plus démunis – qui sait? peut-être justement des migrants en devenir. Ça accélère le développement de l’intelligence artificielle et ça rêve du progrès qu’elle apportera au genre humain, sans souci pour une alternative au désastre social que cela entraînera sans faute. Ça se satisfait de constater une démographie exponentielle et déséquilibrée, sans chercher en urgence des solutions de fond. Ça plie les genoux devant l’illusion de la technologie en tant qu’avenir de l’homme, qu’elle-même transforme en produit. Ça extermine des quantités d’espèces animales pour des frivolités, alors que l’équilibre naturel est depuis longtemps déjà en danger. Ça développe en continu l’arsenal le plus sophistiqué jamais connu pour, armés jusqu’aux dents, justement disposer des moyens nécessaires et adéquats au jeu des gendarmes mondiaux et à la défense permanente contre le terrorisme et les migrations, garantissant ainsi paix et stabilité dans le monde. Mais surtout, un quart de siècle après son invention et en dépit de tout bon sens et de véracité, ça fait du “politiquement correct” le phare dans le brouillard du fonctionnement des sociétés dites “avancées” (puisque les autres – “en développement” – n’en ont cure de cette ineptie), au point de le faire engendrer d’autre formules, les unes plus absurdes que les autres: socialement correct, pédagogiquement correct, étiquement correct, scientifiquement correct, écologiquement correct, culturellement correct et, récemment, sanitairement correct.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les cloches résonnent donc partout, de partout, très fort et à l’unisson, mais ceux qui devraient en premier prêter l’oreille s’adonnent fébrilement à diverses besognes et n’entendent pas le vacarme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Est venu à présent le tour du nouveau tsunami planétaire – intitulé Covid-19 – de nous frapper, et de plein fouet. Il explique le propos d’ouverture disant que nous vivons des temps extraordinaires, en ceci que pour la première fois dans l’histoire connue, un fléau global et substantiel apparait sans distinction dans un monde déjà miné par un aussi grand nombre de dysfonctionnements majeurs. Aurions-nous là les ingrédients nécessaires et suffisants pour une fin du monde cette fois authentique ? Retour donc aux Écritures ? Pas sûr, mais pas tout à fait exclu non plus, néanmoins selon une approche différente.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/10/The-Great-Reset-485x1024.jpg" alt class="wp-image-30668" width="809" height="1708" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/10/The-Great-Reset-485x1024.jpg 485w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/10/The-Great-Reset-142x300.jpg 142w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/10/The-Great-Reset.jpg 624w" sizes="(max-width: 809px) 100vw, 809px"></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Ce ne peut être Le Grand Architecte Universel qui a parsemé la Terre de toutes les infamies énumérées, et encore moins Lui qui y a lâché de Sa propre main des hordes googolesques de vilains nano agents pathogènes essaimant vite, infectant vite et tuant vite les plus faibles, parmi d’autres. Non, puisqu’on le sait: Lui a d’autres moyens, et d’autres plans, que nous n’avons pas à connaître.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avant de poursuivre, un bref rappel et quelques chiffres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon certaines estimations, la peste noire, pire pandémie enregistrée et qui a suivi l’époque des croisades, a tué durant huit ans quelque 25% de la population mondiale de l’époque, 50% selon d’autres. Une fois éteinte, c’est la Renaissance qui a pris sa place. En dix-huit mois environ, le Covid-19 seul vient de réduire la population mondiale actuelle d’approximativement 0.025%, ce qui – proportionnellement – correspond à environ 0.13% sur une même période de huit ans, soit à peu près 200 à 400 fois moins que la redoutable peste noire. Viendra alors pourtant, comme il y a huit siècles en arrière, le moment pour “The Great Reset” ? La remise des compteurs à plat ou à zéro ? Une seconde Renaissance ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les vraies disparités sont pourtant ailleurs. Si la peste noire a donc clairement dévasté l’espèce humaine, la pandémie actuelle est extrêmement loin de produire de semblables ravages. Physiques. En ces temps-là, «les hommes croyaient en Dieu et aux forces du mal» <span id="easy-footnote-31-30639" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/the-great-reset-1-2/#easy-footnote-bottom-31-30639" title="”Les visiteurs”, Jean-Marie Poiré, Gaumont-France3-Canal+, 1993"><sup>31</sup></a></span>. Au XIV<sup>e</sup> siècle, personne n’avait idée des hommes de notre temps qui, chevauchant modifications génétiques, biotechnologies et cryogenèse, soit craignent irrationnellement et sans limites la maladie et la mort – physique, soit n’acceptent plus tellement la fatalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est là où tout change. D’un côté, les notions approximatives, les remèdes de fortune et la précarité universelle de jadis. D’un autre côté, les acquis, les moyens et le niveau de vie sans commune mesure d’aujourd’hui. Peut-être 200 à 400 fois supérieurs (sic!). Et comme on a vu que la “force de frappe” du Covid-19 est à ce point moindre par rapport à celle de la peste noire (peut-être 200 à 400 fois – sic!), pour trouver un impact comparable il faudrait sérieusement travailler sur le mental, dont l’infériorité comblerait le handicap. Mais pourquoi œuvrer pour un tel impact et qui s’adonnerait à ce travail ?!…</p>



<p class="wp-block-paragraph">S’attaquer à ce sujet présuppose céder à la tentation et ouvrir la boîte de Pandore, mordre le fruit défendu. C’est clairement délicat et risqué, mais pratiquement inévitable. Procéder donc avec un discernement infini.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le mal actuel – qui appartient à la grande famille des grippes – a vite fait de diviser la Terre en deux camps principaux, distincts, irréconciliables et totalement inégaux. Le camp de loin le plus fourni rassemble tous les inconditionnels, regroupés dans différentes catégories ordonnées sur l’échelle de la candeur. À différents degrés, ils s’alignent automatiquement sur les versions officielles, au fur et à mesure de leur apparition. De l’autre côté, il y a la minorité de ceux que les inconditionnels traitent de tous les noms méprisables, mais surtout de “anti-quelque chose”, “complotistes” et “conspirationnistes”. À tout moment ils verraient des chimères partout, inventeraient des réalités parallèles et s’alimenteraient d’illusions dangereuses fabriquées dans leurs esprits troublés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne suis d’aucun de ces assemblages, mais peut-être d’un troisième groupe, médian, peut-être totalement marginal, peut-être insignifiant: celui des éveillés, des observateurs, des analyseurs et des attentistes. J’aime croire que – les yeux ouverts – j’observe, analyse et attends, en essayant de ne pas juger. Quoi ? […]</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">[18 janvier 2021]</p>
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		<title>Modèle et mimes (4/4)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 30 Sep 2021 23:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est vraiment étrange de constater à quel point certaines choses primaires changent avec le temps ! C’est le cas de la notoriété ou du modèle. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« Pour nous punir de notre paresse, il y a, outre nos insuccès, les succès des autres. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Jules Renard, ‹ Journal ›, 1925)</p>



<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« La plupart des gens ne sont pas eux-mêmes. Leurs pensées sont les opinions de quelqu’un d’autre ; leurs vies – une mimique ; leurs passions – une citation. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Oscar Wilde, 1854 – 1900)<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec le rock, on attaque le côté sérieux des choses. À moins de refus délibérés ou d’interdictions parentales précises, je ne crois pas que depuis la fin de la guerre beaucoup de jeunes aient échappé à ce raz-de-marée. Dans les années ’40, ils rentraient au pays en chantonnant ‹ Swinging on a Star › de Bing Crosby. Dans les années ‘50, ils draguaient en fredonnant ‹ I’m just a gigolo › de Louis Prima. Dans les années ‘60, ils rêvaient d’Amérique aux sons de ‹ San Francisco › de Scott McKenzie. Dans les années ‘70, ils traînaient leurs tongs, leurs barbes et leurs cheveux longs sur fond de ‹ Je t’aime… moi non plus › de Serge Gainsbourg. Dans les années ‘80, ils s’excitaient pour ‹ Thriller › de Michael Jackson. Dans les années ‘90, pour ‹ Baby one more time › de Britney Spears. À présent, ils deviennent fous en écoutant ‹ Cleaning up my closet › d’Eminem. Tout le monde est passé par là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec le rock, il y a deux choses : l’intensité du phénomène et son envergure, dans cet ordre. Elles n’ont pas d’égal. Si pour les quatre Rolling Stones, à l’âge de 60 ans, remplir un stade de 30000 places c’est de la routine, Elton John ou Tina Turner font, chacun tout seul, le même tabac, toujours à l’âge des grands-parents. Et ils font ça depuis 20, 30, 40 ans. Mais le plus important est ce qui se passe dans les gradins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est pas qu’un tel spectacle draine sensiblement plus de mélomanes que d’autres manifestations semblables. Je dirais que l’amour exclusif pour la musique et le plaisir d’écouter se retrouvent davantage chez les auditeurs d’une chorale liturgique, d’un quatuor à cordes ou même d’une <em>jam-session</em>. Non. Le public du rock est là tout d’abord pour communier. La majorité ne comprend même pas les textes des chansons, soit pour une simple question de langue, soit parce qu’ils sont inaudibles ou insaisissables à cause du niveau sonore ou de la vitesse du débit verbal. Peu importe : le fluide qui s’installe et qui circule entre la scène et la salle (et vice-versa) comble ce vide.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Personnellement, je n’ai jamais vu des femmes et des hommes tomber en transe ou s’évanouir par extase à l’occasion d’une messe pontificale, ou lorsqu’un prédicateur harangue ses foules. Dans les années soixante déjà, lors des concerts des Beatles ou des Who, c’était devenu une habitude. Et pour cela, le spectacle était même superflu : la cocaïne aidant, leur simple apparition en public suffisait. Alors, le rock – le nouvel <em>“opium du peuple“</em> ? Je ne crois pas. Et les stars du rock – les nouveaux dieux ? Sûrement pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce délire n’est qu’à la mesure du vide moral, mental et spirituel actuel. En revanche, l’identification des mimes avec l’idole est totale, car très facile. La liste sans fin des sosies du <em>“King”</em> (Elvis Presley) est là pour le certifier. Et lorsqu’on se met à vraiment écouter les messages martelés par certains rockers, on est autorisé à prendre peur. Néanmoins, j’ai bien aimé le rock !…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le cadre des Jeux Olympiques, le sport a fonctionné en Olympie, à côté des arts et en honneur de Zeus, près de 12 siècles durant. Ensuite, la société s’en est dispensée, mais pas des arts. 15 siècles plus tard, il est symboliquement revenu à Athènes, cette fois sans les arts et en seul honneur du corps humain. Et c’est comme ça que cela se passe depuis un peu plus d’un siècle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Soit, ce n’est pas tout à fait comme ça. C’est vrai qu’avec les épreuves modernes, tout a été fait pour que cette grande messe puisse recouvrer des attributs transcendant la chasse aux récompenses, les larmes de douleur ou de bonheur et la sueur de l’épuisement physique. On en fit donc un hymne à l’amitié des hommes et à la fraternité des peuples, une occasion de quête de la perfection sous l’emblème de l’égalité des chances, une ode à la paix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une électricité unique exalte les participants à ces jeux ; tout concurrent peut en témoigner. Pour eux, il y a un avant et un après les Jeux, et l’essentiel c’est d’y prendre part. (En fait, peu importent les magouilles au sommet du cio, et Ben Johnson est toujours le plus rapide, même s’il s’est peut-être bourré de stéroïdes.) C’est cela l’important, c’est cela qu’on retient, et c’est le bon côté des choses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bon ? Enfin. Disons que toutes ces considérations ont dû présider en 1936 au tournage du film ‹ Les Dieux du stade ›, sur les Jeux Olympiques de Berlin par la cinéaste allemande Leni Riefenstahl. Sauf erreur, c’est la réalisation cinématographique la plus aboutie vénérant le corps humain avec un tel brio. On peut en revanche penser que ce film a ouvert au public le culte du physique tel que nous le connaissons aujourd’hui. En effet, le sport clôt la série des éléments qui jalonnent le glissement de l’esprit vers la matière. En parallèle, il livre au peuple la meilleure icône qui soit : l’individu anonyme mais doué, qui triomphe sur l’adversité par l’effort et la ténacité, et qui s’auréole par le dépassement de soi-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Mens sana in corpore sano</em> disait Juvénal. Mais qu’est-ce qui pourrait bien être sain dans l’esprit et le corps d’un Richard Virenque, d’un Earvin “Magic” Johnson ou d’un Diego Maradona ?! N’empêche, l’un est une étoile du cyclisme, l’autre une légende du basket-ball, tandis que le dernier est un des rares mythes du football. C’est comme ça, et pas autrement, qu’on pense dans les banlieues de Casablanca, de Lansing (mi) et de Buenos- Aires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelques mots encore avant de conclure. Depuis peu, la communication joue un rôle exponentiel dans la diffusion et la circulation de l’information, de même que la langue n’est plus un obstacle. À la fin du XIX<sup>e</sup> siècle, rares étaient ceux à travers le monde qui avaient la possibilité de s’imaginer à la place d’un John D. Rockefeller, d’un Henry M. Stanley ou d’une Sarah Bernhardt. Au début du XXI<sup>e</sup> siècle, tout un chacun, un tant soit peu avisé, d’Osaka à Nouméa et de Lima à Beyrouth, a rêvé au moins une fois d’être dans la peau d’un Larry Ellison, d’un Bertrand Piccard ou d’une Kim Basinger. L’instrument qui mesure l’emprise et l’importance acquises par le modèle se trouve dans ce constat. La course infinie aux exploits les plus ineptes, via l’hypertrophie constante du ‹ Livre Guinness des records ›, est la preuve qu’aujourd’hui n’importe quel mime veut et peut être le héros – c’est-à-dire le modèle – d’un jour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La mode occupe une place à part dans l’univers emblématique. Étymologiquement d’abord, la mode fournit de vrais modèles, au sens propre du mot, ensuite, à travers une certaine forme d’équité. Je veux Que nous réserve l’avenir dans ce registre ? D’autres chambardements auront-ils lieu ? Quelques-uns des nouveaux domaines non indispensables disparaîtront-ils ? Le cinéma par exemple ? – les acteurs étant remplacés par des créatures virtuelles, moins chères, dociles et façonnables (donc perfectibles) à souhait ? Les exploits du sport seront-ils dépassés par les jeux interactifs, en 3D, de la N<sup>e</sup> génération ? Verrons-nous le renouveau de domaines indispensables présentement assoupis – comme la spiritualité, mais selon un tracé différent de celui qui a prévalu pendant des siècles ? Assisterons-nous à l’éveil d’activités aujourd’hui en disgrâce, mais revigorées par des impératifs inédits – comme l’agriculture ou la poterie ? Ou peut-être constaterons-nous simplement l’essor de&nbsp; domaines inconnus à ce jour ? Ou bien rien de tout ça, et les choses continueront comme maintenant ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>



<p class="wp-block-paragraph">P.S. Il me semble utile de préciser que mon tour d’horizon est fait à une certaine altitude et observe un état général. À cette hauteur-là, les buttes, les fosses et les ornières sont imperceptibles, donc négligeables. Dire alors que, très occasionnellement, des cas infirmeraient ces constats serait insignifiant. Ce qui reste et compte finalement, ce n’est que l’étendue de la plaine.</p>
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		<title>Modèle et mimes (3/4)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Sep 2021 06:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est vraiment étrange de constater à quel point certaines choses primaires changent avec le temps ! C’est le cas de la notoriété ou du modèle. [...]</p>
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<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« Pour nous punir de notre paresse, il y a, outre nos insuccès, les succès des autres. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Jules Renard, ‹ Journal ›, 1925)</p>



<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« La plupart des gens ne sont pas eux-mêmes. Leurs pensées sont les opinions de quelqu’un d’autre ; leurs vies – une mimique ; leurs passions – une citation. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Oscar Wilde, 1854 – 1900)<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voyons à présent les catégories qui marchent réellement. La première est musicale, mais elle est nouvelle : c’est le rock. La seconde est nouvelle à 100 % : c’est le cinéma et sa petite sœur, la télévision. Il y a aussi la mode, sortie tout droit de l’artisanat. Mais la vraie, toute grande nouvelle venue, est cette occupation restée jusqu’à présent primitive ou secondaire : le sport. Enfin, l’unique domaine-clé traditionnel qui tourne est l’économie. À la fin du XX<sup>e </sup>et au début du XXI<sup>e</sup> siècle, c’est donc le monde économique, du sport, de la mode, du cinéma et du rock qui fournit les références.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les critères ont donc soudainement basculé. Mais à l’opposé des domaines-clés dont ce fut le cas jusqu’à présent, les quatre derniers n’ont plus un caractère indispensable, une essentialité pérenne. À moins que – sait-on jamais ? – l’humanité ne se tourne résolument vers le sport, le spectacle ou la mode pour en faire les vertèbres d’une nouvelle colonne dorsale de la civilisation, ces domaines restent subsidiaires. En effet, encore aujourd’hui, l’individu et la communauté ne peuvent fuir la foi, et s’ils le font, comme c’est de plus en plus le cas, cela se ressent. Ils ne peuvent vivre hors la loi. Par nature, ils refusent d’ignorer les choses de l’esprit et de la matière. Sous peine d’anarchie, ils ne sauraient éviter l’autorité de droit et la gestion des affaires de la cité. Abandonner l’expression artistique est impensable. Comme la quête de nouveaux horizons. Quant à l’autorité de fait, s’ils peuvent s’en passer, c’est par orgueil qu’ils ne le font pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jetons-y donc un coup d’œil de plus près en commençant par l’économie, qui assure la continuité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De nombreux éléments rendent difficile tout parallèle pertinent entre des Andrew Carnegie ou Lee Iacocca et des Jean P. Getty ou Ted Turner. Il n’empêche ; leurs images peuvent être comparées. Les trajectoires des uns et des autres sont exemplaires. Partis de rien ou héritiers, passés ou présents, ces personnages, et bien d’autres, sont devenus de vrais noms, évoqués partout avec ce mélange de respect et de jalousie qui ne s’adresse qu’aux figures d’exception.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon but n’est pas d’éplucher ici chacun de ces phénomènes, avec ses hauts et ses bas, ses côtés brillants et sombres. Il existe pourtant une différence nette entre les modèles anciens et actuels (c’est là une façon de parler, car les différences sont nombreuses). Une fois leur dimension économique acquise, le renom des premiers fut bâti en bonne partie sur la base de l’activité déployée en dehors du secteur des affaires. C’est ce qui a permis de donner une autre envergure à leur image, sous une autre lumière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si le mécénat, les œuvres de charité ou les préoccupations culturelles étaient propres aux pionniers de l’ère industrielle, ce n’est plus tellement le cas des “moghols“ contemporains, comme les Américains aiment nommer les célébrités économiques du moment. Car jusqu’à preuve du contraire et en connaissance d’une présence importante dans l’humanitaire, ce n’est pas comme protecteur des arts et des lettres qu’on a pris l’habitude d’évoquer Bill Gates, mais comme celui qui a réussi à s’enrichir de manière ahurissante en filant à la planète entière un système informatique réputé défaillant, tout en parvenant à éviter le morcellement de son empire sous le coup de multiples plaintes pour concurrence déloyale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cinéma est admis comme un art. Question n° 1 : pourquoi alors le dissocier de son domaine, l’art ? pour les besoins de cette dissertation ?! Réponse n° 1 : parce qu’il y a le cinéma-art et le cinéma-pop-corn. Question n°2 : mais il y a aussi la littérature-art et la littérature-hall-de-gare, la peinture-art et la peinture-panier-de-raisins, etc. Pourtant, la littérature et la peinture restent ici des références. Réponse n° 2 : c’est vrai, sauf que les modèles du monde de la littérature et de la peinture sont pourvus par la littérature-art et la peinture-art, tandis que la littérature-hall-de-gare et la peinture-panier-de-raisins restent heureusement confinées au rayon de seconde main. Ce n’est pas du tout le cas du cinéma-pop-corn.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On pourrait dire que le cinéma est encore trop jeune : cent ans à peine (plusieurs milliers pour le théâtre, la sculpture, l’architecture). C’est un faux débat : la capacité d’influence, la force d’évocation et la vigueur des arts ne s’amplifient pas avec les années. Ces attributs existent tout simplement, ils leur sont propres, et le temps ne fait que les affermir. Je doute que l’archétype de Vénus de Milo soit plus probant que celui du jeune rebelle créé par James Dean, même si tant de siècles les séparent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reconnaissons-le : cet art prend tout de suite du galon avec ‹ Le Cuirassé Potemkine › de Sergueï Eisenstein (1925), ‹ Le Général › de Buster Keaton (1926), ‹ Metropolis › de Fritz Lang (1927), ‹ Napoléon › d’Abel Gance (1927), ‹ Le Cirque › de Charlie Chaplin (1928), etc. L’impact inégalable de l’image en action, associée au son, a vite fait de forger la magie du cinéma, qu’on appela d’ailleurs à ses débuts “la lanterne magique“. Anticipation, réalité ou fiction, décors naturels ou artificiels, extérieurs ou en studio, effets et trucages, fond musical et, enfin, montage habile de l’ensemble,&nbsp; autant d’éléments qui ont mis en valeur l’acteur et, par là, qui ont permis au spectateur ému de s’identifier aux héros du grand écran comme jamais auparavant. Le star-system était né.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le temps des devanciers – le bouffon, le saltimbanque, le forain, l’histrion – est désormais loin derrière. La page de l’amusement est tournée. Plus que n’importe quel autre domaine jusqu’alors, le cinéma se mue en véritable industrie de modèles, à travers le rêve, qui est son principal outil de travail. En Inde par exemple, où la production cinématographique dépasse celle d’Hollywood, le rôle du cinéma est fondamentalement social, car il offre à l’individu les moyens pour s’évader d’un contexte miséreux vers un espace idyllique fait d’amour et de beauté. En une seule génération, le métier troque ses haillons pour les lauriers. Nulle part ailleurs on ne trouve une telle densité de célébrités. […]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne quittons pas le cinéma sans nous arrêter un instant sur ses autres références : les animaux et les bandes dessinées. Leur rôle est immense, car ils alimentent l’imaginaire pur des enfants. Nous avons tous applaudi les prouesses de l’apathique Droopy aux dépens du loup cruel et stupide. Ce domaine est porteur et fécond, on le sait. De nos jours, il est dominé par les Digimon et les Power Rangers asiatiques. Toute la différence est là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La mode occupe une place à part dans l’univers emblématique. Étymologiquement d’abord, la mode fournit de vrais modèles, au sens propre du mot, ensuite, à travers une certaine forme d’équité. Je veux dire que via les habits, qui constituent l’objet de son intérêt, le dessein de la mode est l’élégance, sœur de la beauté.<span id="easy-footnote-32-30620" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-3-4/#easy-footnote-bottom-32-30620" title=" Du corps, certes, mais elle mérite le respect, car la beauté, comme fait de la Création, plaît aussi à Dieu. Alors que dire de l’homme&amp;#8230;"><sup>32</sup></a></span> La voir s’adjuger enfin une position à la hauteur de son importance ne serait donc que justice. Enfin, la singularité actuelle de la mode tient également au fait qu’elle se décline surtout au féminin, même si quelques signes annoncent l’essor des canons masculins en la matière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vu sous cet angle, je remarque encore que les valeurs véhiculées par la mode sont uniquement plastiques. Bien sûr, il y a là aussi la grâce, de même que la certitude d’une nature foncièrement positive de la personne. On n’oserait en effet imaginer une top-modèle prodiguant ses charmes tout en étant poursuivie pour extorsion, recel ou cambriolage. Mais ces vertus sont – hélas ! – mineures. À suivre les défilés de mode ou l’élection de telle Miss Pays, on ne regrette jamais assez de ne pas avoir éteint le poste avant que la première demoiselle n’ait ouvert la bouche. Ainsi sont faites les choses : la beauté de l’esprit est ailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et c’est justement là que le bât blesse. Chez les anciens, la beauté était (ou n’était que, c’est selon) un composant de la plénitude, de la perfection. La beauté de Nike de Samothrace coupe le souffle. Mais la statue de la déesse est décapitée. Paradoxe ? Non. Sa beauté a dépassé la matière qui lui donne corps. Elle est dans l’harmonie du tout. La déesse Athéna était la quintessence et de la beauté, et de la bonté, et de la grandeur, et de la sagesse. Voilà un mythe. Juliette était extrêmement jeune, belle, candide et fidèle. Voilà une légende. Comment se rangent à ces critères les standards plastiques actuels ? Par la seule beauté. Vide. Et pendant que leur message visuel fait le tour du monde, ce qu’il distribue c’est uniquement la beauté. Forcément vide aussi. Alors : éternelle, la beauté ? Certainement. Il ne reste qu’à établir laquelle de ces deux-là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec le rock, on attaque le côté sérieux des choses. À moins de refus délibérés ou d’interdictions parentales précises, je ne crois pas que depuis la fin de la guerre beaucoup de jeunes aient échappé à ce raz-de-marée. Dans les années ’40, ils rentraient au pays en chantonnant ‹ Swinging on a Star › de Bing Crosby. Dans les années ‘50, ils draguaient en fredonnant ‹ I’m just a gigolo › de Louis Prima. Dans les années ‘60, ils rêvaient d’Amérique aux sons de ‹ San Francisco › de Scott McKenzie. Dans les années ‘70, ils traînaient leurs tongs, leurs barbes et leurs cheveux longs sur fond de ‹ Je t’aime… moi non plus › de Serge Gainsbourg. Dans les années ‘80, ils s’excitaient pour ‹ Thriller › de Michael Jackson. Dans les années ‘90, pour ‹ Baby one more time › de Britney Spears. À présent, ils deviennent fous en écoutant ‹ Cleaning up my closet › d’Eminem. Tout le monde est passé par là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



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<p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>
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		<title>Modèle et mimes (2/4)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Aug 2021 08:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est vraiment étrange de constater à quel point certaines choses primaires changent avec le temps ! C’est le cas de la notoriété ou du modèle. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« Pour nous punir de notre paresse, il y a, outre nos insuccès, les succès des autres. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Jules Renard, ‹ Journal ›, 1925)</p>



<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« La plupart des gens ne sont pas eux-mêmes. Leurs pensées sont les opinions de quelqu’un d’autre ; leurs vies – une mimique ; leurs passions – une citation. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Oscar Wilde, 1854 – 1900)<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne nous attardons pas sur la qualité de ces récits, surtout celui qui décortique le parcours mental de l’assassin du chef beatle avec un relent psychanalytique discutable. Pour ce qui m’importe, l’essentiel c’est l’esprit qui préside à ces actes. Il définit une tendance qui ne cesse de s’accentuer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a d’abord l’essor de nouveaux domaines-clés, au détriment d’autres qui s’estompent. Sur les dix recensés plus haut, qui ont structuré la vie sociale pendant des siècles, très peu gardent encore la cote.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La foi négocie sa survie. Elle a perdu son rôle fondamental de canevas structurant de l’homme. Ainsi, les modèles qu’elle offre ne sont plus reconnus. Le cas d’un Jean-Paul II reste confiné à la sphère des irréductibles, de moins en moins nombreux, même s’ils sont encore peut-être des millions. Et la part de sa notoriété qui dépasse cette limite n’est que médiatique car, de fait, son image et même sa personne sont de plus en plus mises en cause.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le savoir ne fait plus d’émules et engendre encore moins de disciples. Il n’est plus réservé aux élus. Cette fierté saine qui transcende l’âme de celui qui devient le dépositaire de certaines vérités exclusives n’a plus de raison aujourd’hui. ‹L’École d’Athènes› de Raphaël tient d’une ère initiatique révolue. À présent, la connaissance s’est popularisée. Elle s’est diluée et banalisée. Les maîtres se font rares, leurs exemples aussi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est pareil avec la loi et sa mise en œuvre. Peu de domaines sont plus contestés. Ici, les procureurs accusent la pression du politique. Là, on critique le pouvoir des juges comme étant démesuré. Ailleurs, on les attaque pour corruption ou on les tue. Et partout on dénonce une justice asymétrique. En fait, la société perd ses jalons. La fragilité et le déséquilibre de la magistrature sont donc à l’image de cette dérive. Quant à la gloire de quelques étoiles du prétoire (Garzón en Espagne, Bruguière en France), elle n’est que circonstancielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’étude des mystères de la matière suit la même voie que celle du savoir en général. En l’espace de plusieurs décennies, la recherche est devenue routinière, et implicitement ses résultats. Cependant, si importantes soient certaines découvertes (cela arrive parfois), pour autant elles ne font plus de leur auteur un Einstein. Bonne ou mauvaise, cette vulgarisation? Difficile de trancher. Toujours est-il que ce n’est plus parmi les savants que se recrutent les modèles d’aujourd’hui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les limites du monde terrestre sont depuis longtemps circonscrites. Il semble que notre planète n’ait plus de secrets à révéler, à moins que l’existence d’Agharta, le monde situé à l’intérieur de la Terre et prédit 300 ans en arrière par Euler et Halley, ne soit attestée de visu. Sinon, il n’y aura pas de second Amerigo Vespucci. Et même si les terriens coloniseront tel ou tel astéroïde, les exploits de Gagarine et d’Armstrong resteront dans les manuels d’histoire.</p>



<figure class="wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex">
<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1001" height="1024" data-id="30575" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-2_4-Agharta-1-1001x1024.jpg" alt class="wp-image-30575" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-2_4-Agharta-1-1001x1024.jpg 1001w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-2_4-Agharta-1-293x300.jpg 293w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-2_4-Agharta-1-768x785.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-2_4-Agharta-1.jpg 1149w" sizes="(max-width: 1001px) 100vw, 1001px"></figure>
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<p class="wp-block-paragraph">Si l’autorité de fait est également dépassée, c’est surtout parce que les faits d’armes ne sont (heureusement?) plus les vecteurs des valeurs d’antan. Un siècle de barba-rie a conduit l’Occident vers un système refusant la violence. À présent, la grandeur d’une nation ne s’exprime plus par les conquêtes ou la domination, fussent-elles sources de prospérité, réelle pour le dominateur, relative pour le dominé. Un Bonaparte n’aurait plus sa place aujourd’hui. Ceci étant, le côté héroïque des choses se ressent; la gloire des militaires de haut rang, soumis au politique, devient sporadique et marginale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est donc qu’au rayon de l’autorité de droit que l’on retrouve dans le contexte présent un air de continuité. Si la notoriété reste clairement du domaine du politique, des nuances s’imposent. D’abord, de nos jours, l’optique collective n’est pas la même, selon qu’elle vise la stature d’un vrai autocrate ou celle d’un vrai démocrate, les demi-mesures se créant difficilement une place au Panthéon. Les mécanismes mentaux font que le regard jeté par le citoyen sur ses dirigeants s’est beaucoup affûté. Si un tyran peut influer sur un pays ou une région, c’est qu’il ne sème pas, il ne fait que mutiler. Et ça, le citoyen le sait. Ensuite, et surtout, c’est (malheureusement ?) à l’horizon des grandes épreuves que se profilent les plus fortes figures nationales, sombres ou radieuses (c’est selon). Le passé est riche en ce sens: Tito, Staline, de Gaulle, Mao, Kennedy, pour se limiter aux figures les plus récentes. Or justement, la tendance est (heureuse-ment?) d’éliminer ces foyers de danger… Enfin, pour tous les motifs évoqués, il est possible que cette espèce soit en voie de disparition, si elle n’est pas déjà éteinte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant aux affaires de la société, elles sont plus ou moins soumises aux mêmes facteurs qui fonctionnent dans le domaine de l’autorité de droit. Dans la mesure où l’on accepte que le contexte révèle le potentiel de l’individu, on situe un Haussmann ou un Churchill à la place qu’ils méritent. C’est ce qui s’appelle être en accord avec son temps. Alors, ce que les affaires de la société ont en commun avec l’autorité de droit, c’est le fait qu’à l’avenir de telles figures emblématiques sont censées se révéler hors du monde industrialisé proprement dit. Chacun à sa façon, le parcours de Václav Havel et l’assassinat de Zoran Đinđić montrent que le terrain fertile se trouve désormais ailleurs qu’en Occident.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De tous les domaines-clés que nous avons vus, seuls les arts et l’économie gardent une certaine vigueur. Mais là, encore une fois, quelques nuances s’imposent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le débarquement du moderne ravagea la majeure partie des arts dits «classiques». Depuis plus d’un demi-siècle, la peinture, la sculpture et la musique pataugent, et le public avec, la danse et le théâtre aussi, même si c’est peut-être dans une moindre mesure. Économiquement dépendante, l’architecture est un cas à part. La littérature est la seule à tirer son épingle du jeu, allez savoir pourquoi! Mais de là, à créer des mythes, le chemin est long.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voyons à présent les catégories qui marchent réellement. La première est musicale, mais elle est nouvelle: c’est le rock. La seconde est nouvelle à 100 %: c’est le cinéma et sa petite sœur, la télévision. Il y a aussi la mode, sortie tout droit de l’artisanat. Mais la vraie, toute grande nouvelle venue, est cette occupation restée jusqu’à présent primitive ou secondaire: le sport. Enfin, l’unique domaine-clé traditionnel qui tourne est l’économie. À la fin du XXe et au début du XXIe siècle, c’est donc le monde économique, du sport, de la mode, du cinéma et du rock qui fournit les références.</p>



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<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>
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		<title>Modèle et mimes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Aug 2021 10:31:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est vraiment étrange de constater à quel point certaines choses primaires changent avec le temps ! C’est le cas de la notoriété ou du modèle. [...]</p>
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<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« Pour nous punir de notre paresse, il y a, outre nos insuccès, les succès des autres. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Jules Renard, ‹ Journal ›, 1925)</p>



<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« La plupart des gens ne sont pas eux-mêmes. Leurs pensées sont les opinions de quelqu’un d’autre ; leurs vies – une mimique ; leurs passions – une citation. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Oscar Wilde, 1854 – 1900)<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est vraiment étrange de constater à quel point certaines choses primaires changent avec le temps ! C’est le cas de la notoriété ou du modèle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a moult façons de classer les extrêmes de l’espèce humaine. Il y a les bons et les méchants, les riches et les pauvres, les forts et les faibles, les tenaces et les fugaces, les croyants et les athées, les doux et les violents, les loyaux et les félons, les surdoués et les sous-doués, etc. Il y a aussi la vaste catégorie des imités imités par les imitateurs, avec la variante des copiés copiés par les copieurs. On appelle les premiers des modèles ; ils ont gagné la notoriété. Des seconds, on dira : des singes, ou alors des mimes<span id="easy-footnote-33-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-33-30549" title=" On ne retiendra pas ici le côté artistique, créatif, de ce mode d’expression, mais le sens reproductif qui lui est généralement associé."><sup>33</sup></a></span> ; ils voudraient avoir la notoriété, mais ils ne l’ont pas. Alors ils font semblant, ou bien ils essayent de s’identifier à ceux qui l’ont.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La notion de modèle, propre à l’homme, a fait partie en permanence de sa condition, la nature ne connaîssant pas le modèle (ou alors tout y est modèle). Quelle que soit l’approche, mystique ou matérielle, l’homme apparaît en train de copier quelque chose. Au mieux, il copie Dieu, car Dieu le fit à son image et à sa ressemblance. Tant bien que mal, il copie la nature, dans tout ce qu’elle a de prodigieux et d’unique. Au pire, il copie son prochain, qui demeure – reconnaissons-le – un recueil d’imperfections.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’homme a ainsi balancé dès le début entre deux types d’alternatives : d’une part, choisir l’au-delà ou le contingent en tant que références, d’autre part, et dans le second cas, soit se débrouiller pour découvrir dans son prochain des repères stimulants pour son propre devenir (il s’agit de la singerie constructive innocente), soit se laisser aller, aspiré par l’aura de tel ou tel personnage (il s’agit de la singerie destructive méprisable).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, depuis passés deux mille ans, les chrétiens n’ont eu qu’un seul modèle : Jésus-Christ. Mais aussi, depuis toujours, la société a assidûment propulsé à l’avant-scène ses éléments les plus notables. Elle le fait et continuera à le faire. Qui étaient-ils ? Principalement, des personnes évoluant dans les domaines-clés<span id="easy-footnote-34-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-34-30549" title=" Un domaine-clé est un secteur essentiel de la vie communautaire, validé par la durée. L’histoire a connu, bien sûr, son lot d’exceptions : des gens en dehors d’une telle appartenance et pas spécialement voués à un destin d’exception. Souvent, leur célébrité vint après leur mort, de même que leur existence se confondit avec la légende. Quelques noms parmi les plus connus : Robin des Bois, Casanova, Guillaume Tell, Raspoutine."><sup>34</sup></a></span> de la société, les valorisant même. Depuis leurs sommets, elles rayonnaient par leur exemple, faisant école en tant que modèles pour les contemporains et la postérité.</p>



<figure class="wp-block-gallery columns-1 is-cropped wp-block-gallery-2 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="300" height="504" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-1_4-Jesus-Christ-16.jpg" alt data-id="30607" data-full-url="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-1_4-Jesus-Christ-16.jpg" data-link="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/attachment/modele-et-mimes-1_4-jesus-christ-16/" class="wp-image-30607" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-1_4-Jesus-Christ-16.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-1_4-Jesus-Christ-16-179x300.jpg 179w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px"></figure></li></ul></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Ces femmes et ces hommes</p>



<ul class="wp-block-list"><li>recevaient, avaient, gardaient et transmettaient la foi ; ils étaient prophètes, prêtres, évêques (par exemple saint Pierre) ;</li><li>acquéraient, interprétaient, défendaient et appliquaient le savoir et la loi ; ils étaient patriarches, scribes, magistrats, maîtres, sages, professeurs, philosophes (Aristote) ;</li><li>dominaient les secrets du corps et en général ceux de la vie physique et de la matière ; ils étaient guérisseurs, alchimistes, médecins, scientifiques (Newton) ;</li><li>obtenaient, détenaient, gardaient et léguaient l’autorité de droit ; ils étaient ducs, princes, rois, empereurs, présidents (Atatürk) ;</li><li>apportaient (ou dictaient) et défendaient l’autorité de fait ; ils étaient commandants, généraux, résistants, chefs de guerre (Jeanne d’Arc) ;</li><li>veillaient aux affaires de la société ; élus ou désignés, ils étaient tribuns, gouverneurs, sénateurs, députés, maires, ministres (Bismarck) ;</li><li>repoussaient les limites du monde connu ; ils étaient conquistadors, explorateurs, aventuriers, navigateurs (Magellan) ;</li><li>pratiquaient les arts, glorifiant Dieu ou racontant l’homme ; ils étaient auteurs dramatiques, architectes, danseurs, peintres, poètes, musiciens, sculpteurs, prosateurs (Hugo) ;</li><li>enfin, orchestraient l’activité économique ; ils étaient entrepreneurs, armateurs, banquiers, industriels (Krupp).</li></ul>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tous ces domaines avaient aussi leurs précurseurs ou visionnaires – Constantin Ier, Léonard de Vinci, Galilée, Pascal, Bach, Gaudí, Ford, Picasso. Il y avait encore l’occupation – secondaire – du jeu<span id="easy-footnote-35-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-35-30549" title=" Étymologiquement, le mot sport, apparu dans la langue française au XIXe siècle, désigne l’amusement, le jeu, la distraction."><sup>35</sup></a></span> et de la fête, mais qui n’a pas fourni de modèles pendant tout ce temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puis tout a basculé. Je dirais : presque d’un jour à l’autre.<span id="easy-footnote-36-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-36-30549" title=" Je parle d’un espace de 2 ou 3 générations, ce qui n’est rien considérant l’ampleur de cette mutation."><sup>36</sup></a></span> Voyons.</p>



<p class="wp-block-paragraph">1980</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Mark Chapman souffrait de désillusion schizophrénique paranoïaque. Par deux fois il avait voulu se suicider, et pendant l’année 1979 il se fixa à la fois sur Holden Caulfield (le personnage de l’Attrape-Cœurs de J. D. Salinger) et sur John Lennon. À la fin, Chapman croyait vivre une vie qui était le reflet de celle de Holden Caulfield et de l’irréelle superstar John Lennon. Chapman était confus et paranoïaque par rapport à qui il était en réalité, et peut-être que par l’assassinat de John Lennon il essayait de se tuer lui-même. John Lennon faisait un retour après 5 ans d’un soi-disant exil. Il était inquiet de savoir s’il allait réussir ou échouer, et paranoïaque sur son identité de Lennon l’ex-Beatles, Lennon le papa-poule ou Lennon la rock-star solo, et quant à savoir si à 40 ans il pouvait encore être au sommet. La vraie histoire derrière le terrible meurtre de John Lennon est celle d’une quête d’identité. Quand Mark Chapman se regardait dans le miroir, qui voyait-il ? Pas lui, mais son propre reflet – John Lennon, son alter ego, ou Holden Caulfield, son autre moi, vrai mais fictif. Chapman dit à sa femme qu’il allait changer son nom en Holden Caulfield. Quand John Lennon se regardait dans le miroir, qui voyait-il ? Dans son dernier enregistrement, Lennon chante l’ange de la destruction qui le hante. C’est ça, l’image ténébreuse qu’il cache dans ses yeux. Voilà l’homme qui avait raccroché son boulot en tant que John Lennon, et qui était venu à New York pour se faire tuer par Mark Chapman. Comme un Narcisse moderne, Chapman s’accrocha à des images et se refléta dans des miroirs qu’il trouva dans les textes des chansons, les couvertures d’albums, la télé, les films et les livres. Peut-être pensait-il que les miroirs lui diraient qui il était en réalité. Peut-être qu’il sentit qu’ils lui révéleraient son rival jumeau, sa doublure »</em>. <span id="easy-footnote-37-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-37-30549" title="lennon-chapman.com, traduction de l’auteur de cet essai"><sup>37</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Et encore : 1981.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Suite à un article paru dans l’édition de mai 1980 de la revue ‹ People › sur l’entrée de Jodie Foster à l’université de Yale, Hinckley rejoignit un cours littéraire à Yale, pour être ainsi plus proche de l’actrice qui l’avait tellement ému dans ‹ Taxi Driver ›. À Yale il essaya d’établir le contact avec Jodie et laissa des missives et des poèmes dans sa boîte à lettres. Il fit en sorte de décrocher deux entretiens téléphoniques avec elle, pendant lesquels il l’assura qu’il n’était pas dangereux. Toutefois, cette idée fixe pour Foster coïncida avec son obsession pour le meurtre. Hinckley croyait qu’acquérir la notoriété par l’assassinat du président des États-Unis lui aurait fait gagner «respect et amour». Après avoir failli s’engager fin février 1981 comme il avait promis à ses parents, John se rendit à Hollywood où il ne resta qu’un jour. John Hinckley Jr. prit ensuite le bus et, le 29 mars 1981, il descendit à l’hôtel Park Central de Washington. Le lendemain, lundi 30 mars 1981, John écrit une lettre à Jodie Foster exposant son plan de tuer le président Reagan pour l’impressionner avec son «acte historique», quitta sa chambre d’hôtel et prit un taxi en direction de l’hôtel Washington Hilton, où Reagan devait parler à 13:45 h devant une assemblée syndicale. À 13:30 h, John Hinckley Jr. sortit de la foule des reporters de télévision et tira 6 fois avec un pistolet Rohm R6-14. Les balles de l’arme de Hinckley touchèrent Ronald Reagan au poumon gauche, le secrétaire de presse James Brady à la tempe gauche, l’officier Thomas Delahanty au cou et l’agent de sécurité Timothy McCarthy au ventre. Hinckley fut arrêté sur le coup et son procès débuta près d’un an plus tard, le 4 mai 1982. Le 21 juin 1982, après 7 semaines de témoignages et 3 jours de débats du jury, John Hinckley Jr. fut déclaré non coupable pour raison de santé.»</em><span id="easy-footnote-38-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-38-30549" title="law.umkc.edu, traduction de l’auteur de l’auteur de cet essai"><sup>38</sup></a></span> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne nous attardons pas sur la qualité de ces récits, surtout celui qui décortique le parcours mental de l’assassin du chef beatle avec un relent psychanalytique discutable. Pour ce qui m’importe, l’essentiel c’est l’esprit qui préside à ces actes. Il définit une tendance qui ne cesse de s’accentuer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a d’abord l’essor de nouveaux domaines-clés, au détriment d’autres qui s’estompent. Sur les dix recensés plus haut, qui ont structuré la vie sociale pendant des siècles, très peu gardent encore la cote.[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>
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		<title>Le mal conduire</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jul 2021 17:14:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Hélas, on conduit de moins en moins bien et de plus en plus mal. La voiture. C’est encore une fois le monde à l’envers: plus il y a de voitures sur les routes et moins bien on les conduit. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Hélas, on conduit de moins en moins bien et de plus en plus mal. La voiture. C’est encore une fois le monde à l’envers: plus il y a de voitures sur les routes et moins bien on les conduit. À croire qu’à la fin du XIXe siècle, aux débuts de l’automobile, lorsque derrière le volant ne pouvait prendre place qu’une poignée de nantis meuglant de leurs poires en caoutchouc sur des chaussées sombres en terre battue ou au mieux pavées, encombrées de charriots et de calèches, et que pointer à 20 km/h était un exploit à faire mugir les cochers – à croire donc qu’en ces temps de légende forcément on conduisait bien, voire très bien, si ce n’est très attentivement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Peut-être. Pour ce qui est certain, nous circulons aujourd’hui sur des routes nickel, bariolées de traits continus ou en traitillé blancs, jaunes, oranges, verts, bleus, rouges; jalonnées à profusion par une foule de panneaux – carrés, triangles, croix, cercles, rectangles et losanges multicolores; éclairées à foison par des lumières continues ou clignotantes vertes, jaunes, rouges, mauves, blanches, orange. Dans cet univers, si par hasard on se retrouve pendant un temps suffisamment long derrière une voiture qui circule correctement, nous saluons cela comme un événement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Un événement est opposé à la routine, alors pour la routine voici quelques exemples:</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça signale à gauche et ça bifurque à droite. Et vice versa. On est impuissants et le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça ne signale rien et ça bifurque à gauche. Ou à droite. Le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça signale longtemps à l’avance à gauche (ou à droite) sur une voie unique qui de toute façon tournera à gauche (ou droite). Impuissants, les yeux en prennent plein la poire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça ne signale rien et ça change de voie sur route et autoroute. Le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça signale à droite (ou à gauche) en continu lors d’un arrêt prolongé à une barrière, un feu, un embouteillage, etc. Les yeux en prennent plein la poire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça sort brusquement et sans avertissement d’une rue secondaire, d’une propriété, d’un parking ou d’un garage et ça file sans regarder derrière. On freine en catastrophe et le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça se traîne en ville à 18 ou 34 km/h dans des zone limitée à 30, respectivement 50 km/h. On enrage et on a envie de dépasser par la voie en sens inverse, ce qui peut être fatal.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça se traîne à 80 km/h sur la voie de dépassement de l’autoroute. On enrage et on a envie de dépasser par la droite, ce qui peut être fatal.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça freine devant un feu qui est au jaune; au dernier instant ça accélère et ça passe de justesse au moment même où le rouge s’allume. On freine en catastrophe, on enrage et le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça sort d’un rond-point sans aucune signalisation. Le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça circule calmement sur la voie du milieu de l’autoroute alors que celle de droite est libre sur des kilomètres. On enrage et le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça croise une connaissance, ça descend de la voiture et ça engage une (longue) conversation tout en laissant à côté tourner le moteur de la voiture. On enrage et le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça dépasse (brusquement) par la gauche ou par la droite sur l’autoroute sans signaler. Le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça roule les feux éteins, sur route ou autoroute. Ça peut être fatal et au mieux le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça coupe brusquement la route sans même le moindre signe. On freine, ça peut être fatal et au mieux le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Enfin, ça conduit comme un dératé – sur la voie de dépassement, à une fois et demi la vitesse légale et à un mètre derrière, grands feux en flash – un vieux “bolide” de deuxième ou troisième main. On a envie de freiner, rien que pour punir l’animal, mais heureusement l’épouse est à côté, alors on se rabat nerveusement et à grand regret sur la voie de droite et le juron sort. Parfois, le cinglé poursuit sa course folle sur la même voie de dépassement et on voit devant les autres voitures devant s’écarter devant lui. Et, certainement, des jurons sortent. Parfois en revanche, l’animal plafonne (toujours sur la même voix de dépassement) à une vitesse – certes – assez élevée, mais moindre que tout à l’heure, de sorte qu’on arrive à son hauteur sur la voie de droite sans forcer. Figé dans son accélérateur de particules, il ne regarde ni gauche ni droite et fonce à nouveau sur la prochaine voiture qui par malchance se trouve devant lui.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Avec le temps et le cumul des exemples, on arrive à se demander si d’aventure rien ne serait aléatoire, que finalement certains éléments communs définiraient tous ces gens, de sorte qu’il serait possible de dresser une espèce de portrait-robot les caractérisant, composé d’éléments comme l’âge et le sexe de la personne, la race, la nationalité, le type, l’âge et la valeur de la voiture. Pourtant tel n’est pas le but de ces réflexions, raison pour laquelle nous nous en tiendrons là.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><br>*</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Serait-ce donc la faute des écoles de conduite ? Discutable, voire peu vraisemblable. Que dire alors quand la tête du plouc au volant et le numéro inscrit sur ses plaques minéralogiques indiquent sans doute possible qu’il a dépassé depuis belle lurette l’âge des balbutiements routiers ?<br>Mystérieuse énigme…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>[15 janvier 2021]</p>
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		<title>Le poulain d’Amélie</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Jun 2021 18:04:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Je suis le poulain d’Amélie. En tout cas, c’est comme ça que je me considère. Et j’ai presque envie de l’appeler “sainte Amélie“. À vrai dire, c’est plutôt le papa - artistique - d’Amélie qui mériterait cette considération (ou cette consécration). Il s’appelle Jean-Pierre Jeunet. En effet, ce monsieur est - encore - relativement jeune. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h4 style="text-align: center;"></h4>
<p style="text-align: right;"><i>« Quand le doigt montre le ciel, l’imbécile regarde le doigt. »</i></p>
<p style="text-align: right;">(Locution attribuée à Confucius et reprise dans le film</p>
<p style="text-align: right;">‹ Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain › de Jean-Pierre Jeunet, 2001)</p>
<p>Je suis le poulain d’Amélie. En tout cas, c’est comme ça que je me considère. Et j’ai presque envie de l’appeler <i>“sainte Amélie“</i>. À vrai dire, c’est plutôt le papa – artistique – d’Amélie qui mériterait cette considération (ou cette consécration). Il s’appelle Jean-Pierre Jeunet. En effet, ce monsieur est – encore – relativement jeune.</p>
<p>Jean-Pierre Jeunet est metteur en scène. Avant ‹ Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain ›, il avait réalisé à gros budget un film mi-horror mi-science-fiction (‹ Alien IV – Resurrection ›) dans le cadre d’une minisérie que certains appelaient déjà culte. Brrrr, je n’aime pas les films avec toutes ces créatures écorchées qui bavent en tuant !</p>
<p>Jean-Pierre Jeunet avait aussi co-réalisé deux films assez “gothiques“, qui sont devenus des films cultes : ‹ Delicatessen › et ‹ La Cité des enfants perdus ›. Hmm, étranges et lourds… Et encore du sang… Reconnaissons-leur tout de même une profonde originalité. Dans le paysage actuel du 7<sup>e</sup> art, à elle seule cette remarque mérite l’attention.</p>
<p>Jean-Pierre Jeunet est – en plus – français. Et c’est de là que vient la grosse surprise. Pour un film comme ‹ Amélie ›, j’attendais un Russe, un… – que sais-je ? – Japonais, un Espagnol peut-être. Mais un Français ?!… Et qui, jusque-là, avait pataugé dans du gore ?!… Comme quoi l’on ne se méfie jamais assez des idées préconçues.</p>
<p>Mais ce Jean-Pierre Jeunet, l’appeler saint Jean-Pierre, j’ai de la peine. Je ne sais pas pourquoi, peut-être parce que ça me rappelle un peu Jean-Pierre Foucault, même si je n’ai rien contre ce monsieur, qui exerce très bien son métier. Pourtant, aller jusqu’à le sanctifier… Soit : tout ça, c’est assez bête. Mais c’est souvent ainsi.</p>
<p>Rester sur ma <i>“sainte Amélie“</i> est donc préférable. Son nom est aussi très musical, car il n’y a pas de R agressif dedans. Et puis, les gens n’adorent pas forcément Shakespeare et Léonard de Vinci, mais bien Juliette et la Joconde. Comme ça, je crois que Jean-Pierre Jeunet ne m’en voudra pas, comme tout Pygmalion qui se respecte.</p>
<p>Je ne saurais dire si, en baptisant de la sorte l’héroïne du film, son père artistique a volontairement fait le nécessaire pour permettre le calembour que j’ai choisi comme titre de cet écrit. Toujours est-il que ce fut pour moi une manière comme une autre de rendre hommage à un fait artistique et de société qui sort de l’ordinaire.</p>
<p>Car au-delà de son immense succès commercial, ‹ Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain › est une réalisation d’exception. Ou peut-être justement grâce au fait que c’est une réalisation d’exception, son succès commercial fut planétaire. Oui, mais alors que dire de produits comme ‹ Star Wars ›, ‹ E.T. ›, ‹ Spider-Man › et ‹ Jurassic Park  ?!…</p>
<p>C’est clair : l’une n’explique pas l’autre. Restons-en donc au fait que Amélie est une réalisation d’exception. Pour une fois, la publicité d’un film tient ses promesses. Son message dit : ‘Elle va changer votre vie’. Et c’est ce qu’elle fait. En bien. Et naturellement. On dirait : involontairement. Ce qui est encore plus précieux.</p>
<p>‹ Amélie Poulain › n’est pas seulement un film beau à voir. Il est beaucoup plus que frais et drôle. On y trouve des choses plus importantes qu’une musique prenante, des prises de vues inspirées, un scénario solide, un bon rythme, une galerie de portraits bien crayonnés. En fait :</p>
<p>Amélie est le seul film angélique dont je me souviens.</p>
<p>C’est loin d’être banal. Et pour être plus près de ma pensée, je dirais que c’est absolument extraordinaire. Au milieu de la vague millénariste de ces effroyables produits appartenant à la catégorie “vu et oublié“ type ‹ Armageddon ›, ‹ End of Days › et autres ‹ Deep Impact ›, pouf ! Amélie descend doucement sur nous tel un flocon de neige. Ça faisait des années que je la rêvais, l’espérais, et autant que j’avais déchanté sur sa venue ! Et cela tout en étant incapable de bien visualiser ce que j’attendais, mais sachant que j’avais vraiment besoin d’un instant public de bonté.</p>
<p>Et Amélie est un film bon. Ce n’est pas juste un bon film, ce qu’il est aussi, mais c’est surtout un film bon, comme un homme est bon, comparé à un autre qui est méchant. Il n’est donc pas question ici de qualité, mais simplement de bonté. Encore une fois, ce n’est pas courant. A priori, une œuvre n’est pas appelée à se réclamer d’une telle qualité. Au mieux, elle peut évoquer quelque chose, fût-ce grave, profond ou sérieux. De là à être habitée par la qualité en question, le chemin est long, donc je suppose que les cas sont rares. Je ne m’en rappelle aucun.</p>
<p>Autre chose : ‹ Amélie › montre que le bien reste financièrement parfaitement viable. Après de longues années d’escalade obsessive dans les genres de l’horreur, de la guerre et du thriller, on ne le croyait plus. D’accord, on trouve le bien dans presque toutes les comédies, la plupart des dessins animés, les mélodrames ou les westerns. Pourtant, le plus souvent, il procède du tandem manichéen du bien et du mal (dans un pseudo duel soporifique dont l’issue est connue d’avance) et il ne <i>“porte“</i> pas le film. En revanche, le bien habite ce film, et sans partage, car le seul <i>“vilain”</i> est en réalité un guignol qui provoque plutôt l’hilarité. Le bien est unique, comme au Paradis. Il est aussi polycéphale : moteur, fluide et but.</p>
<p>De façon plus édifiante et spontanée que tout appel vibrant mais théorique à la fraternité ou à l’altruisme, Amélie prouve que le bien est au bout des doigts par un simple déclic. Car déclic il faut. Tout le bien qu’elle dispense autour d’elle, et qui rayonne, cette fille le fait parce qu’elle en est subitement investie. L’on ne sait trop pourquoi, et pourquoi elle, mais c’est là l’autre vérité que le film dégage : Amélie place la barre dans un registre qui échappe à notre causalité quotidienne. Et justement, à cette hauteur-là, les plus proches de nous sont les anges.</p>
<p>Je crois que le film touche à son essence lorsque Amélie surgit d’un coup, saisit le vieil aveugle par le bras et l’aide à traverser la rue. J’ai envie de dire que ce moment dépasse le genre humain. Pour le vieux, elle vient de nulle part, lui parle à une vitesse irréelle avec la précision ahurissante d’un scanner. Les détails qu’elle lui donne sont normalement insaisissables. Quarante-cinq secondes durant, elle est ses yeux et fait voir au non-voyant bien au-delà de ce que le voyant a l’habitude de voir. Après cela, elle s’évanouit dans la foule, sans demander son reste, comme elle est venue. Et le vieux demeure là, complètement béat, transfiguré et blanc, comme foudroyé par la lumière du Thabor. C’est la première contribution d’Amélie en faveur de <i>“l’humanité déshéritée“</i>. Et ce ne sera pas la dernière. Loin de là.</p>
<p>Car il y en aura exactement sept autres, ou alors huit, si l’on veut bien considérer aussi la toute première, qui constitua en même temps son déclic. Sauf erreur de comptage, au total Amélie illumine la vie de neuf personnages du film (et je ne suis pas sûr pour l’écrivain raté – ce serait alors le dixième) : son père à jamais inconsolé car endeuillé, l’homme qui avait perdu la boîte de souvenirs, la concierge pleureuse, le vieux peintre malade et hyper fragile qu’on appelait aussi l’<i>”homme de verre”</i>, le garçon d’épicerie, timide et joueur, la femme hypocondriaque du kiosque à tabac, le cynique du bistrot, l’aveugle, et enfin le jeune homme de l’automate à photos, qui deviendra son amour. Bien plus pourtant, car au-delà des salles obscures, elle est effectivement venue pour changer des vies. Et à constater l’écho qu’elle a provoqué, cela a dû lui réussir. Heureusement, puisqu’en vérité on n’est plus tout à fait le même après avoir goûté à son fabuleux destin.</p>
<p>Plus singulier et surtout plus exaltant encore : l’altruisme d’Amélie n’est pas égoïste<span id="easy-footnote-39-30493" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-poulain-damelie/#easy-footnote-bottom-39-30493" title=" Non, ce n’est point un jeu de mots douteux : cette étrangeté existe. C’est le fait de produire du bien dans le (seul) but de se procurer de la joie à la vue des (bons) résultats de ce bien. Remarquons d’ailleurs que l’inverse &amp;#8211; l’égoïsme altruiste &amp;#8211; existe aussi. Il est tout aussi étrange et pervers. C’est le fait de se concentrer sur soi pour cultiver ces qualités-là nécessaires pour produire le bien autour de soi. Comme quoi, on voit que souvent les extrêmes se rejoignent…"><sup>39</sup></a></span>. Elle s’y nourrit tout simplement, comme on boit ou l’on mange. Dans son esprit, il n’y a point de second degré. En réalité, son esprit baigne dans un état de simplicité et de spontanéité absolues, et c’est de ça qu’il se nourrit. (D’accord, elle joue aussi des farces, comme dans son enfance, où elle <i>“punit”</i> ce fan de foot, ou alors plus tard, lorsqu’elle rend justice au garçon d’épicerie, en <i>“punissant”</i> – là aussi – son méchant patron. Mais cela se passe toujours selon un esprit de justice personnelle – et pourtant universelle – que personne ne saurait contester.) D’attitude, sa philanthropie rejoint donc le stade des sensations, comme la faim et la soif. À ce niveau-là, il n’est plus question de vertu : il s’agit juste d’une composante de l’être. De même que l’on ne saurait s’exprimer sur l’envie de faire pipi ou sur la respiration, auxquelles on ne réfléchit pas puisqu’il n’y pas à réfléchir, son amour du prochain la place hors de toute réflexion, donc de toute expression, sauf qu’à l’origine, ne l’oublions pas, il s’agit pourtant d’une attitude. Et cette sublimation me fait imaginer l’état adamique, où l’homme était immergé dans le bien, sans connaître le mal, car le mal n’existait pas.</p>
<p>Touchée par la grâce, il se pourrait qu’Amélie laisse entrevoir un soupçon très, très vague de cet état-là.</p>
<p>[10 janvier 2004]</p>
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		<title>Le tiercé perdant</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Jun 2021 09:30:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis la nuit des temps - et notamment, pour ce qui est de l’écriture, depuis Gutenberg, dans le monde artistique, celui de la création de l’esprit qui nous intéresse ici, mais pas seulement, les choses se passent ainsi : il y a comme une sorte de tiercé. Perdant. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Conférence inaugurale explicative devant les Collèges de la Fédération des Syndicats Réunis, de l’Alliance Artistique Sociale, de la Ligue Patronale Nationale et de la Confédération Libre des Usagers</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><br><strong>Thème de l’exposé : ‘Les deux sens de la rentabilité’</strong><span id="easy-footnote-40-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-40-30450" title="Caractéristique d’un investissement de dégager un résultat ou un gain exprimé en monnaie. (d’après le Dictionnaire Larousse de français)"><sup>40</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Depuis la nuit des temps – et notamment, pour ce qui est de l’écriture, depuis Gutenberg<span id="easy-footnote-41-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-41-30450" title="Johannes Gensfleisch zur Laden zum Gutenberg, dit Gutenberg (1400-1466) : imprimeur allemand qui inventa les caractères métalliques mobiles."><sup>41</sup></a></span>, dans le monde artistique, celui de la création de l’esprit qui nous intéresse ici, mais pas seulement, les choses se passent ainsi : il y a comme une sorte de tiercé. Perdant.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Il y a donc d’abord le premier élément du tiercé, indispensable et déterminant : le créateur,<span id="easy-footnote-42-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-42-30450" title="Par simplicité et aucunement par préférence, est utilisé ici le genre masculin."><sup>42</sup></a></span> ou l’artiste. Lui, il créé le produit artistique, l’œuvre, disons. Un jour, il le sort de sa tête, comme ça. Parce qu’il en a tout simplement envie, ou parce qu’on le lui demande, ou parce qu’il a des achats à faire, ou qu’il a d’autres besoins, ou parce qu’il veut – ou se doit de – faire un geste social, ou politique, ou culturel, ou sportif, ou parce qu’il n’arrive pas à s’empêcher de faire autrement. Ce peut être un poème, une peinture, une chanson, un film, une sculpture, peu importe. Il fait cela absolument seul, dans sa cabane, en tandem, ou en très petit comité.<span id="easy-footnote-43-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-43-30450" title="À ne pas confondre le(s) créateur(s) à proprement parler avec, dans certains cas (théâtre, musique, cinéma, ballet), les innombrables personnes qui contribuent à mettre en pratique l’œuvre respective, chacun en fonction de ses aptitudes."><sup>43</sup></a></span> Avec ça, une fois qu’il aura achevé son produit artistique, son rôle s’achève aussi. Sauf s’il se trouve dans la situation très particulière où, par son travail, il aura répondu à une commande bien précise de la part d’un tiers, eh bien l’œuvre qu’il vient de créer, il peut l’oublier dans un tiroir ou dans son grenier, et passer éventuellement à la suivante.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Erreur ! Parce que sur ce, vient le deuxième élément du tiercé : l’entremetteur, qu’on dit aussi l’intermédiaire. Suivant le type de création qui est en jeu, l’entremetteur peut être ce que l’on appelle un producteur, un éditeur, un agent, bref un commerçant, un acheteur qui par la suite deviendra vendeur. Car à moins qu’il ne veuille pas ranger son travail – comme on l’a vu, ou, même si cela ne le dérangerait pas, mais qu’il ne peut se le permettre, enfin, peu importe les motifs, à ce stade le créateur se doit d’attribuer à son œuvre un nouveau statut. De pure création propre à son esprit, il doit ainsi l’oblitérer du qualificatif d’article, en d’autres termes de marchandise. Partant de là, il est évident que la valeur transactionnelle du produit artistique ne peut être fixée autrement que par lui-même, par son créateur donc, ou par l’acheteur, ou au moyen d’une négociation plus ou moins ardue entre les deux parties. Toujours est-il qu’au bout de cette étape, la propriété du produit passe – intégralement ou partiellement, suivant les cas – des mains de son créateur, dans celles de cet acheteur-là. Vous remarquerez que si dite transaction a lieu après la conclusion du travail de création, pendant, ou même avant de le commencer, le principe reste inchangé : tout cela n’est qu’un simple détail d’organisation entre les parties.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Cette marchandise ayant ainsi changé de propriétaire, son sens change en conséquence, cela par l’apparition (dans ce processus) du troisième élément du tiercé : le client final, couramment appelé aussi le consommateur, plus rarement l’utilisateur ou l’usager. Quantitativement parlant, l’on observe en passant que d’habitude l’intermédiaire évoqué est une entité solitaire (comme d’ailleurs nous l’avons aussi vu pour le créateur lui-même), voire représentant un groupe d’action limité, alors que, tout à l’opposé, dans l’écrasante majorité des cas, ce client final-ci est non seulement multiple, mais il peut arriver qu’il constitue nécessairement la majeure partie de l’humanité. Nécessairement et aussi humainement, parce que de par la nature même de toute transaction opérée par l’homme, l’intermédiaire qui aura acquis un bien, a tout avantage de mettre à profit au maximum son acquisition, en distribuant le produit – c’est-à-dire en le vendant – sur la plus large échelle possible. Et l’on sait que souvent le but de tout commerçant intermédiaire et de faire en sorte pour transformer la majeure partie de l’humanité en cliente finale. Que l’objet de la transaction soit dans ce cas une production de l’esprit n’est ainsi plus relevant, à partir du moment où elle aura acquis ce statut de marchandise.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Bien. Mais alors pourquoi en fin de compte ce tiercé serait-il perdant ? Et, par ailleurs, en quoi ce genre de production serait-il différent – disons – d’une plaque de chocolat ou d’une paire de chaussures ? Patience. Il est tout à fait vrai qu’une œuvre artistique est destinée à (ou devrait) donner satisfaction qualitativement, comme la plaque de chocolat et la paire de chaussures. D’abord à son propre créateur, ensuite, en passant par l’intermédiaire, à l’utilisateur final, puisqu’il est également muni de raison et d’esprit. Voyons cela de plus près.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Vendues au client final, la plaque de chocolat et la paire de chaussures incluent dans leurs prix d’abord leurs composantes matérielles, ensuite l’effort humain (et dans certains cas mécanique), les deux indispensables à sa réalisation, auxquels s’ajoute un certain surplus permettant à la chaîne de production de couvrir ses coûts, comme d’évoluer. Aussi, le calcul du prix final est-il relativement simple et logique, et accessoirement l’on peut conclure sur la valeur ajoutée<span id="easy-footnote-44-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-44-30450" title="Différence entre la valeur des produits consommés par une entreprise au cours de son processus de production dans une période donnée et la valeur finale de sa production pour cette période. (Dictionnaire Larousse de français)"><sup>44</sup></a></span> dégagée au cours de ce processus. Les composantes matérielles d’une création de l’esprit n’ont en revanche pas de valeur:<span id="easy-footnote-45-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-45-30450" title="Des critères d’appréciation réservés au travail artistique (par exemple la pure notoriété du créateur ou certaines particularités de l’œuvre) ne sont expressément considérés dans cette section du texte, qui a un but uniquement comparatif. Par ailleurs, ces critères obéissent le plus souvent à des intérêts d’investissement spéculatif."><sup>45</sup></a></span> on ne considère pas une sculpture d’après son poids, ou un roman d’après son épaisseur. Elle est créée ex nihilo, à partir de rien, si ce n’est au moyen des facultés mentales, de l’acquis intellectuel et de la sensibilité du créateur.<span id="easy-footnote-46-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-46-30450" title="Par rapport à la définition ci-dessus, en omettant volontairement le temps qu’un auteur veut bien consacrer à la réalisation de son œuvre, on observe que la valeur ajoutée d’une création artistique frise l’infini."><sup>46</sup></a></span> Dans le monde que nous vivons, ceci est justement impossible pour le fabriquant de la plaque de chocolat ou de la paire de chaussures. Alors comment procède-t-on lorsqu’on se trouve devant un produit artistique fait à partir de rien, donc même pas de zéro ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Pour simplifier, ce qui se pratique pour les besoins des transactions avec des produits de l’esprit, c’est de chiffrer – ou d’imaginer – la résonance que l’œuvre en question a, ou aurait, chez l’usager. Ceci vaut autant pour la première étape, où l’œuvre devient marchandise, que pour la seconde, lors de sa distribution dans le public. Sans égard aux natures radicalement différentes de ces deux univers, esprit et matière, nous voyons que les méthodes d’évaluation d’une création sensible et d’un produit physique se rejoignent ici en un point unique appelé rentabilité. Ce phénomène est possible uniquement parce que le créateur de l’œuvre artistique aura préalablement alloué à sa création un statut commercial négociable, une réalité marchande.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Cependant, encore une fois : de par leur nature même, ces deux plans ne peuvent coïncider en aucun de leurs points. Nous traitons ici – d’une part – du domaine matériel, brut, et – d’autre part – de celui sensible de l’esprit. Dans ce cas, comme nous l’avons vu, il s’agit plus particulièrement de son volet purement émotionnel, seul paramètre possible et couramment utilisé pour chiffrer ou estimer la valeur d’une telle création. Alors rapprochons-nous encore une fois et observons quelques créations significatives: ‹Des souris et des hommes›,<span id="easy-footnote-47-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-47-30450" title="Roman de l’écrivain américain John Steinbeck, 1937."><sup>47</sup></a></span> ‹Le cri›,<span id="easy-footnote-48-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-48-30450" title="Tableau du peintre norvégien Edvard Munch, 1893."><sup>48</sup></a></span> ‹Still loving you›,<span id="easy-footnote-49-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-49-30450" title="Chanson du groupe de hard rock allemand ‹Scorpions›, 1984."><sup>49</sup></a></span> ‹Forrest Gump›,<span id="easy-footnote-50-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-50-30450" title="Film du metteur en scène américain Robert Zemeckis, 1986."><sup>50</sup></a></span> ‹La Grande Arche de la Défense›,<span id="easy-footnote-51-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-51-30450" title="Bâtiment de l’architecte danois Johan Otto von Spreckelsen, 1989."><sup>51</sup></a></span> ‹Les bas-fonds›,<span id="easy-footnote-52-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-52-30450" title="Pièce de théâtre de l’écrivain russe Maxime Gorki, 1901."><sup>52</sup></a></span> ‹L’oiseau dans l’espace›<span id="easy-footnote-53-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-53-30450" title="Bronze du sculpteur roumain Constantin Brâncuși, 1926. (voir aussi la note en fin de texte)"><sup>53</sup></a></span>. Les explications sont superflues : chacune de ces œuvres est à juste titre suffisamment fameuse de par sa force d’évocation et sa clarté suggestive. Entre autres. Chaque auteur l’imprègne de sa vision et de son esprit, et l’accompagne d’un certain message. Vision, esprit et message prennent ensuite le chemin immatériel du client final.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Une fois atteint l’univers sensible de ce dernier, les trois vecteurs évoqués – la vision, l’esprit et le message – sont censés engendrer un ensemble de réponses intérieures qui leur sont identiques, ou au moins apparentées. Au travers et au gré de ses ressources émotionnelles, de sa capacité à vibrer, le consommateur réagit plus ou moins à ces stimuli. Nous touchons ici au cœur même de l’exposé. Car en fin de compte et fondamentalement parlant, les réactions de l’usager ne sont en rien structurellement différentes de celles qui sont suscitées par une foule de manifestations naturelles et humaines qui ont lieu directement, sans intermédiaire donc. Rappelons-nous au hasard, sans prétendre à aucun classement sur l’échelle de l’émotion : la tendresse, une tornade, une injustice, un ciel étoilé, une menace, une coccinelle escaladant une goutte de rosée sur la feuille d’un nénuphar, un deuil, l’envie, une clairière fleurie, une récompense, un baobab solitaire au milieu d’une prairie, une déception, un lever de soleil, une crainte, une mer plate, la pitié, un arc-en-ciel, la jalousie, un tremblement de terre, l’indifférence, la colère, etc…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Dans les rapports réciproques entre les hommes, comme dans ceux entre les hommes et la nature, ces manifestations émanent du – et touchent le – côté émotionnel, celui-là même qui nous fait vibrer au contact avec une œuvre d’art, une création artistique. Pensons-y bien. Rien ne différencie – attention ! fondamentalement et structurellement – ces deux situations. Si l’on est ému jusqu’aux larmes en lisant l’histoire de ‹La petite fille aux allumettes›,<span id="easy-footnote-54-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-54-30450" title="Conte de 1845 par l’écrivain danois Hans-Christian Andersen, racontant l’histoire d’une fillette qui vend des allumettes aux passants. Elle cherche à se réchauffer en les brûlant, mais meurt de froid dans la nuit du Jour de l’An après avoir eu des visions ineffables, dont celle du seul être humain qui l’ait jamais aimée, sa grand-mère morte récemment. (https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Petite_Fille_aux_allumettes)"><sup>54</sup></a></span> on le serait tout autant, sinon davantage, en découvrant ce 29 janvier 2015 dans un quartier de Toronto (Canada), le corps recroquevillé et sans vie du petit Elijah Marsh, 3 ans, sorti faire tout seul le tour de son pâté de maisons par un froid de canard, muni rien que d’une couche, d’un T-shirt et de ses chaussures.<span id="easy-footnote-55-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-55-30450" title="Paris Match› du 21 février 2015."><sup>55</sup></a></span> Si l’on trouve l’art du peintre hollandais Vincent Van Gogh exaltant, contempler un champ de blé au mois de juillet sous le vent et le soleil, et admirer son tableau ‹Champ de blé aux corbeaux›,<span id="easy-footnote-56-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-56-30450" title="1890, Musée Van Gogh, Amsterdam."><sup>56</sup></a></span> produirait le même genre émotion. Celui qui serait glacé d’horreur par la métamorphose satanique de Regan MacNeil,<span id="easy-footnote-57-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-57-30450" title="Dans le film américain ‹The Exorcist› (1973) de William Friedkin."><sup>57</sup></a></span> on pourrait se dire qu’il en serait de même s’il se réveillait au milieu d’un glissement de terrain emportant sa maison. Enfin, quelqu’un serait frappé tout autant par le déferlement de fureur d’un prochain que par le formidable assaut du ‹Dies irӕ›.<span id="easy-footnote-58-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-58-30450" title="Premier mouvement de la troisième partie (Sequentia) du ‹Requiem en ré mineur› KV 626 (1791) du compositeur autrichien Wolfgang Amadeus Mozart."><sup>58</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>En conclusion, ces deux types distincts de relations, qui déclenchent des phénomènes émotionnels identiques, sont différentes en un seul point, artificiel et technique: l’une est parfaitement directe, d’homme à homme et de la nature à l’homme; l’autre a nécessairement lieu par l’intermédiaire d’un objet fait par un tiers – son créateur, qui, dans ce but, l’aura préalablement transformé en produit, en autorisant du coup son entrée dans le circuit de l’échange. Comme nous l’avons vu, cette mutation est implicitement liée à l’existence d’un entremetteur. Et cette unique différence entraîne aussi une autre : le coût, ou le prix, puisque ipso facto le produit en question est assorti d’une certaine valeur marchande. Résultat contradictoire : alors que ce rapport sensible d’homme à homme et de la nature à l’homme a lieu librement, sans contrepartie pécuniaire donc, le même rapport sensible entre l’homme et cette fois la création artistique est soumis au monnayage.<span id="easy-footnote-59-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-59-30450" title=" Notons au passage qu’un objet pratique manufacturé n&amp;rsquo;est pas en mesure de susciter ce genre d&amp;rsquo;émotions. Le sujet, controversé (par exemple en raison de l’engouement déferlant enregistré pratiquement à chaque lancement d’une nouvelle version d’iPhone), ferait l’objet d’une réflexion qui se situe en dehors du cadre de ce texte."><sup>59</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Nous sommes arrivés à présent au stade où nous pouvons identifier le tiercé perdant. En fait, deux tiers – et non pas trois – composent ce tiercé, chacun d’eux étant perdant pour des raisons qui lui sont propres. Conceptuellement parlant, perdant est l’homme de l’art, qui au cours du processus de création doit tenir compte de – et passer par – un commerçant entremetteur pour faire connaître son œuvre aux plus nombreux. Financièrement parlant, perdant est le client final, le consommateur, en un mot : le public, qui doit payer<span id="easy-footnote-60-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-60-30450" title="Monnaie à part, cela peut partir à 10 pour un billet d’exposition, monter à 20 pour un livre, 200 pour le billet à un concert, et finir à 200’000’000 pour un tableau. "><sup>60</sup></a></span> pour pouvoir recevoir en échange et vivre une émotion au contact de cette œuvre, contact qui est soit occasionnel et unique, soit répétitif, soit plus ou moins définitif par l’acquisition de l’œuvre.<br>Cette procédure s’est profilée à l’aube de la Renaissance, soit quelques huit siècles en arrière, lorsque l’art profane a commencé à se détacher de l’art sacré. Évidemment, c’est difficile d’accepter aujourd’hui qu’en réalité elle constitue une altération durablement incrustée dans la société. D’autant plus qu’elle met en évidence aussi un tiercé gagnant. Financièrement parlant, gagnant peut être d’une part et dans certains cas l’homme de l’art<span id="easy-footnote-61-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-61-30450" title="Ou tout autre individu qui contribue à l’accomplissement de l’œuvre. (revoir la note 4)"><sup>61</sup></a></span> même, qui vit confortablement par la vente de son œuvre,<span id="easy-footnote-62-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-62-30450" title="Chaque domaine de l’art contemporain compte des pointes en ce sens : la romancière britannique Joanne K. Rowling, le rappeur américain Curtis James Jackson III (dit ‹50 cent›), le peintre allemand Gerhard Richter, entre autres."><sup>62</sup></a></span> et d’autre part l’entremetteur, qui vit confortablement par le commerce qu’il en fait. Intellectuellement ou culturellement parlant, gagnant peut être le client final, le consommateur, en un mot le public, qui accède ainsi à la connaissance de l’œuvre, chose inexistante huit siècles en arrière. Pour le surplus, lorsqu’on prend en compte le poids économique atteint – ne serait-ce-qu’en termes financiers et sociaux – par les industries du spectacle, des ars graphiques et de la musique, qui n’existent qu’au travers de cette procédure, la remettre en question s’avère encore moins évident et encore plus difficile.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Il n’empêche que, fondamentalement parlant, le degré de liberté créatrice, la sincérité (ou la pureté) de l’acte artistique dans le domaine profane sont influençables, donc influencées, soumises au prix et monnayées, alors que par définition la sincérité (ou la pureté) de l’acte créateur dans l’art sacré est en dehors du domaine de l’influençable,<span id="easy-footnote-63-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-63-30450" title="Il est volontairement fait abstraction ici du volet lié à la source inspiration, ou à l’origine (voire à la motivation) de l’acte créateur, comme d’ailleurs, par conséquent, au rôle, ou à la qualité de celui qui l’accomplit. Dans l’art profane, celui-ci est nommé auteur, tandis que dans l’art sacré la personne en question se considère le plus souvent un simple exécutant chargé de transmettre un message, ou de remplir une mission de nature supérieure. Observons aussi que dans ce cas, la notion même de liberté créatrice est pratiquement caduque, car le phénomène qui génère l’acte créateur est d’une nature complètement différente."><sup>63</sup></a></span> est non monnayable, et reste ainsi hors prix. Il s’agit d’une différence primordiale, de substance. Le créateur artistique profane qui ne suit pas cette procédure altérée, s’affranchit tacitement des influences inéluctables qui affectent l’authenticité de son œuvre et peut ainsi la préserver du tiers toujours gagnant qu’est l’entremetteur, tout en acceptant de restreindre de manière drastique la connaissance de son art par le public. Là est l’autre sens de la rentabilité, créatrice.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><br>*</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Passé, le temps de la révolution industrielle, celui du colonialisme et même celui de la globalisation. L’essor de l’écologie, la prise de conscience grandissante de l’homme concernant sa place sur cette Terre et dans l’Univers, la poussée du développement durable, la requalification des rapports inter-humains, sont autant d’éléments importants et récents, et autant de signaux encourageants sur le fait que rien dans la sphère humaine n’est irréversible. Il est en revanche probablement très peu vraisemblable qu’un phénomène créateur généralisé tel qu’exposé ici – de retour à la source, de remise en ordre, de revue des valeurs – puisse aussi voir le jour à grande échelle. Et pourtant, rien n’empêche d’adapter l’enseignement de Térence:<span id="easy-footnote-64-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-64-30450" title="Publius Terentius Afer, dramaturge latin (190-159 av. J.C.) Le vers référé est ‘Homo sum, humani nihil a me alienum puto’ (en ‘Heautontimoroumenos’),‘Je suis un homme ; je considère que rien de ce qui est humain ne m’est étranger’."><sup>64</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>‘Nihil quod est homo est impossibile.’<span id="easy-footnote-65-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-65-30450" title="Rien de ce qui est humain n&amp;rsquo;est impossible."><sup>65</sup></a></span></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><br>*</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>(Relatif à la note 14.) Le célèbre cas de cette œuvre est particulièrement intéressant sous l’angle traité ici. En octobre 1926, ‹Oiseau dans l’espace› et 19 autres sculptures de Constantin Brâncuși arrivent à New York à bord du navire Paris2. En théorie, les œuvres d’art ne sont pas sujets aux droits de douane, mais les douaniers refusent de croire que l’objet de bronze effilé en est une. Ils lui imposent donc le tarif douanier pour les objets en métal manufacturés&nbsp;: 40&nbsp;% du prix de vente, soit environ 230 $ (un peu plus de 3000 en dollars d’aujourd’hui). L’artiste Marcel Duchamp, qui accompagne les sculptures depuis l’Europe, le photographe américain Edward Steichen, qui doit prendre possession de la sculpture après son exposition, et Brâncuşi lui-même protestent&nbsp;: les sculptures doivent apparaître à la Brummer Gallery de New York et ensuite à l’Arts Club de Chicago. Sous la pression de la presse et des artistes, les douanes américaines acceptent de revoir leur classement, mais en attendant libèrent les œuvres sous la mention «&nbsp;ustensiles de cuisine et matériels hospitaliers&nbsp;». Cependant, l’expert douanier F. J. H. Kracke, après consultation d’artistes américains sceptiques, finit par confirmer le classement initial et déclare que les œuvres sont sujet aux droits de douane. Le mois suivant, Steichen fait appel de la décision. Sous le régime de la loi douanière de 1922, pour que ‹Oiseau dans l’espace› puisse passer la douane sans droits, il doit s’agit d’une œuvre originale, dépourvue d’un but pratique et réalisée par un sculpteur professionnel. Personne ne conteste que l’objet n’a aucun but pratique, mais la qualification d’art de la sculpture est fortement contestée. Le cas de 1916 ‹United States vs Olivotti› avait établi que les sculptures ne sont de l’art que s’il s’agit de représentations gravées ou ciselées d’objets naturels «&nbsp;dans leurs vraies proportions&nbsp;». Une succession d’artistes et d’experts d’art témoignent dans le sens de la défense, tandis que les plaignants se concentrent sur la définition de l’art et de qui décide de ce qu’est l’art. La déclaration sous serment de Brâncuşi au consulat américain explique le processus de création de l’objet, établissant son originalité. Malgré les opinions contradictoires présentées à la cour, les juges Young et Waite se déclarent en novembre 1928 en faveur de l’artiste. Selon leur conclusion: ‘&nbsp;L’objet considéré (…) est symétrique et beau dans sa forme, et bien que l’on puisse avoir quelque difficulté à l’associer à un oiseau, il est néanmoins plaisant et très ornemental et, comme nous tenons la preuve que c’est la production originale d’un sculpteur professionnel et que c’est en fait une sculpture et une œuvre d’art selon les autorités auxquelles nous avons référé ci-avant, nous soutenons la réclamation et trouvons qu’il a le droit d’entrer sans payer de droits.&nbsp;‘ Il s’est agi de la première décision de justice américaine qui ait accepté la sculpture non représentative comme art. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Oiseau_dans_l%27espace)</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>[11 décembre 2015]</p>
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		<title>La communication ? Mais pourquoi faire ?!</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 May 2021 17:11:49 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un jour, au XXème siècle, près de trente ans de çà, soit à l’âge paléo du postmoderne, un fabricant d’appareils téléphoniques inventa un slogan vite devenu célèbre. [...]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Un jour, au XXème siècle, près de trente ans de çà, soit à l’âge paléo du postmoderne, un fabricant d’appareils téléphoniques inventa un slogan vite devenu célèbre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>A cette époque, lorsqu’il s’agissait de téléphonie ambulatoire, les gens traînaient encore avec eux des espèces de machines en fer ayant la taille d’une boîte de cigares et le poids d’un six-pack de bières. Appeler en plein air était un luxe, car les tarifs étaient prohibitifs, tout comme ces machines. Fait nouveau, elles étaient tout au moins pourvues d’un écran noir-blanc, vert-blanc ou jaune-vert de la taille d’un petit timbre-poste. N’empêche, c’était le Pérou puisque l’on pouvait envoyer des messages écrits à 160 caractères maximum, de préférence sur le territoire national.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Pendant ce temps-là, les gens plus fortunés s’offraient déjà des appareils vraiment portables, encore qu’ils gardaient la taille et le poids d’une bouteille de Bordeaux, alors que les plus frimeurs se payaient le luxe insensé de s’afficher avec des merveilles bien plus étonnantes: les <em>handy</em>. Ces gadgets pas plus grands qu’un paquet de clopes et que les braves possesseurs pouvaient en première les sortir de leur poches, affichaient aussi leur prix: un bon salaire de cadre. Pourtant la taille des écrans, toujours monocolores, n’avait que peu évolué tandis que les tarifs n’avaient que peu diminué.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>C’est ce moment précis que le fabricant-vedette choisit pour lancer sa formule commerciale. Ecrits en dessous de son nom, <em>Connecting People</em>® (ce qui veut dire connectant ou mettant en contact des gens), ces deux mots allaient devenir emblématiques pour la marque. Deux mots. Simple. Facile. Basique. Presque banal, puisque mettre en contact deux personnes à distance, cela se pratiquait déjà depuis passé un siècle. Si, mais pas au marché, en voiture ou à la pèche. Bref: carrément magistral. Tellement, que le fabricant en tira parti pendant presque deux décennies.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Entre temps la firme devint <em>leader</em> mondial, pour y rester une bonne quinzaine. Grâce à cette trouvaille publicitaire ? Quelle importance ?! En réalité, durant un certain temps, peu de choses essentielles évoluèrent dans ce domaine: on agrandit et colora les écrans, allégea les gadgets et baissa les tarifs. C’étaient les années où d’entente avec les amis, les gens faisaient sonner le handy en pleine séance juste pour épater la galerie. Appeler hors de la maison, du bureau ou du chalet restait néanmoins assez rare.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>L’heure de gloire des messages avait sonné. C’est vrai qu’ajouté à la pression concurrentielle, l’effet de masse faisait que les jougs tarifaires nationaux se mettaient à céder, et même que ces chats de l’époque étaient limités à ces textes sommaires, les factures refusaient de baisser. Se forma ainsi le réflexe de communiquer autrement. La messagerie instantanée se substitua graduellement à la téléphonie classique et surtout à celle mobile, alors qu’une énorme vague toute fraîche, faite de réseaux sociaux, plateformes d’échange et autres micro-blogues était en train de se dresser.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Comme toute pub géniale, ces deux vieux mots-là eurent la peau dure et au tournant du millénaire la firme franchit le seuil décisif, faisant le pas suivant, <em>The Next Step</em>. Arriva le <em>smartphone</em> qui “réinventa le téléphone”. Désormais aucun souci que d’autres malins se fouraient dans cette nouvelle caverne d’Ali-Baba, en devançant même ce vieux <em>leader</em> qui n’était plus <em>cool</em>. D’ailleurs son slogan avait tristement réussi à se faire moquer par va savoir quel gai luron créatif qui en avait détourné le sens: <em>Connecting People</em>® s’était mué en <em>Correcting People</em>. Et il en demeura ainsi.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Au fait, ce n’était plus important car trop tard. Désormais tout allait changer. L’objet ne comptait plus. Derrière le portail de la grotte, le <em>smartphone</em> attendait au fond d’une boîte de Pandore inédite. Pas enfouie, pas cachée, mais non ! bien en vue elle, et d’un volume appréciable, un vrai coffre en bois massif, brillant et dodu comme dans les histoires de pirates. Dieu que cet appât était alléchant !… Recherche et développement se donnèrent la main fermement. A présent il ne restait plus que l’embarras du choix pour se ruer le plus vite à la chasse de ce nouveau trésor.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>A présent nous voilà dix petite années en arrière. Les barrières politiques tombent, les taxes chutent, les vitesses de transmission et débits décollent. Les appareils, mille fois plus performants et tentants que ceux de l’âge paléo du postmoderne sont offerts. L’<em>e-mail</em> itinérant est une routine. Sur terre, des <em>tsunamis</em> de messages déferlent chaque jour. Les réseaux sociaux explosent, et avec eux, les volumes de données. Textes, sons, images et vidéos se courent après et dans tous les sens le long des câbles, mais surtout dans les airs. La communication continue, 24/24, touche au zénith.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Non. Erreur. Grave. La boîte de Pandore est intemporelle. Elle mérite sa légende, ne ment pas et ne fait pas de quartiers. Car dans toutes choses, le cœur de l’intérêt somnole en nous, enfermé qu’il est dans l’aspiration farouche de l’humain vers le stade suprême. Il s’allume à l’appel de la convoitise, pour rester en éveil tant que dure l’ascension et tant que ce niveau n’est pas encore atteint. Eh bien maintenant que nous sommes enfin arrivés dix ans plus tard, c’est-à-dire aujourd’hui même, nous découvrons que tout cela s’applique au même titre à nos communications.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Les temps ont donc passablement évolué. Plusieurs milliards de gadgets légers, donc portables, se baladent sur la planète. On les appèle encore <em>smartphones</em>, même qu’en réalité ce sont de vrais et puissants ordinateurs de poche que tout le monde a. Au moins un. Même dans des endroits où la faim, la pauvreté, la guerre et la désolation font des ravages. Ailleurs, c’est par excentricité, snobisme ou rejet technologique que l’on reste fidèle aux vieux appareils au look primitif, les vintage phones. Le monde à l’envers, dirait-on. Le plus important: téléphoner est devenu marginal.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>En effet, qu’il s’agisse d’images kitch, de gags ringards bourrés d’<em>emoticons</em> ou de clips cochons, afin de contrecarrer le déluge d’envois ineptes, aujourd’hui déjà il n’y a plus un autre choix que celui de bloquer pubs et interlocuteurs indésirables. Laisser sans réponse un appel ou un message – fut-il sérieux et urgent – est monnaie courante depuis des années. Parfois, tout au plus, tandis que l’instantanéité est la propriété de base de ces moyens de communication, on répond des heures ou même des jours après, lorsque l’urgence et l’importance sont déjà devenues caduques.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Pourquoi ? Simple: par effet de trop plein. Par saturation, qui entraine l’indifférence, puis le désintérêt. Par frivolité et par manque de discernement. On arrive au point où l’on coupe la sonnerie. Pire: on éteint carrément l’appareil. La plupart des services disposent de fonctions automatiques pour répondre aux appels, sauf qu’en avoir recours est un autre type de dépendance dont on se passe volontiers. Réseaux sociaux ? Les <em>millenials</em> s’en détournent déjà; pour eux, le Graal auquel ils se sont abreuvés il y a dix ans se réduit de plus en plus au seul chapitre des news.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Cela étant, à quoi bon exactement sous le seul angle technique, de pouvoir échanger instantanément tout et n’importe quoi sur terre, sur mer et dans les airs entre Dubai et Kiev, Hanoi et Oslo, Riga et Lima ? Les limites de l’inutilité primordiale sont-elles déjà atteintes ? Oui et non. Comme chaque fois, devraient entrer en scène le discernement, l’esprit sélectif, l’esprit de mesure et le sens des priorités, à même de dompter l’<em>homo ludens</em>, l’homme joueur, l’homme enfant que nous sommes lorsqu’en chassant les petits monstres virtuels nous nous heurtons les uns aux autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Hélas, ce dur combat est trop souvent perdu d’avance.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>[3 mars 2020]</p>
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		<title>Made by the USA (II/II)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 May 2021 21:24:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>[...] La quatrième moins-value exportée est l’auto-attribution de la liberté absolue relative au moi, au prochain, à la société et à la Divinité. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Chaque fois que l’on essaye de se rappeler ce qui fait la spécificité de la vie américaine, ce qui vient à l’esprit, ce sont les gangsters ou les racketteurs, ou au moins les banquiers, ce qui ne fait pas une grande différence.»</em></p><cite>(Ilia Ilf et Evguéni Petrov,<br>‹ L’Amérique de plein-pied : Roman-reportage ›, 1936)</cite></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">La quatrième moins-value exportée est l’auto-attribution de la liberté absolue relative au moi, au prochain, à la société et à la Divinité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me dis qu’on pourrait retrouver ici certaines explications déjà répertoriées. Par exemple la surestimation de soi-même. Celui qui a réussi à (sur)vivre dans un tel milieu, au départ sauvage et hostile, n’a dès lors plus de comptes à rendre à personne, fût-il Dieu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bémol n° 1 : je ne crois pas qu’au départ le Brésil ou l’Australie étaient des havres plus hospitaliers pour les colons. Et, de nouveau, le piège d’oublier que si tel critère de rudesse pourrait à la rigueur marcher un temps, quelques siècles plus tard il aurait logiquement dû se façonner suivant l’évolution de la société vers un état plus civilisé. Bémol n° 2 : d’accord peut-être pour le moi, le prochain ou encore la société. Mais alors Dieu ?! Car l’Américain est quelqu’un de foncièrement croyant ! Là, ça se complique donc un peu, et je pense qu’il faudrait faire un tri.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’abord, en considérant qu’il reste tout de même une quantité d’Américains qui ne sont pas croyants. Mais je n’irais pas – encore ! – jusqu’à dénoncer ceux-là sous prétexte qu’ils diffusent leur libertinage à l’échelle planétaire. Ensuite, il serait intéressant de voir comment se fait-il que des chrétiens vivant dans la crainte de Dieu puissent développer un tel degré de liberté par rapport en tout cas aux choses de ce bas monde (qui est, lui aussi, un objet de la Création) ? Enfin, nous avons tout de même la catégorie des potes du Christ, dont les idées se portent peut-être le mieux, et qu’il conviendrait donc d’observer à part.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si l’on ne saurait éviter l’explication faisant appel à l’émancipation engendrée par le culte protestant, elle est ici inadéquate et réductrice : les États-Unis n’ont pas produit la Réforme. Par ailleurs, tout en étant la principale religion du pays, le protestantisme (toutes formes confondues) jouit proportionnellement d’une position moins affirmée qu’en Grande-Bretagne. Ainsi, ce culte de souche saxonne n’explique pas les coutumes affranchies des Latinos de Santa Fe, des Juifs de New York, des Grecs d’Indianapolis, ou des Chinois de Seattle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je cherche alors la raison de cet esprit libertaire dans le sillage de la <em>Magna Carta Libertatum</em> de 1215. En effet, pour aboutir à une si large application de ces grandes avancées des droits de la personne, il leur a fallu d’abord être affermies par le <em>Habeas Corpus</em> de 1679, ensuite par la constitution de 1787 (première du monde moderne et la plus vieille en pratique, celle de la Sérénissime république de San Marino exceptée) et par <em>The Bill of Rights</em> de 1791, avec ses amendements sur les droits civiques. Mais surtout, ces droits ont pu s’épanouir sur une terre vierge d’acquis historiques et sociaux. Le fait est que ces mêmes principes ont eu beaucoup plus de mal à s’imposer en Angleterre (où ils ont vu le jour) et en France (où l’on se targue d’avoir inventé les droits de l’homme).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Suivit un enchaînement assez logique. D’abord, une certaine immigration sélective faite de gens quittant leur pays non seulement (ou pas forcément) pour des motifs économiques, mais pour jouir de libertés qu’ils n’avaient pas chez eux ou ailleurs. Et aussi, la consolidation – génération après génération – du sens donné à la notion de liberté dans toute son étendue, source évidente des plus dangereux dérapages, dont le recours stéréotypé aux règlements devant la justice n’est pas le moindre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je reviens aux potes du Christ, dont je disais que les idées (pas du Messie, mais de ces copains) se portent à merveille. C’est un des aspects les plus troublants de cette dérive et en même temps l’un de ceux qui nuisent le plus au christianisme : le copinage avec Jésus et la prolifération de cette tendance. Vient-il du début des années 1970, avec le retour aux sources, le renouveau de l’amour sur fond de guerre, la découverte de la spiritualité orientale ? Possible. Toujours est-il que cette bizarrerie a essaimé parallèlement à la transformation de l’image de l’Église, vécue de moins en moins comme création du Seigneur et de plus en plus comme un repaire de prélats félons. À force de proliférer en toute liberté sur les tee-shirts, les tasses de café et les pare-chocs des voitures, le Messie fut ainsi réduit à la hauteur de ses potes. Pas l’inverse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, que ce pays se trouve aujourd’hui à un stade tel, que chaque mouvement de la vie quotidienne soit déterminé par un réflexe mental qui mesure spontanément le potentiel juridique du geste en question – passe. Qu’il soit arrivé à un point où son drapeau, symbole banalisé de fierté nationale, puisse être impunément brûlé n’importe où et n’importe quand par n’importe qui pour n’importe quoi – passe. Qu’il dispose du plus grand nombre de sectes des plus diverses et saugrenues, de harangueurs, de prophètes et des foules qui leur sont soumises – passe. En fin de compte, même dans la patrie de toutes les libertés, qui sème le vent récolte la tempête. Tant que le linge sale est lavé dans la famille, normalement tout devrait bien aller.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais l’aspect qui est de loin le plus troublant, le plus délicat et le plus difficile à comprendre reste justement l’universalisation de ces symptômes. Victimes de leur immense succès, se hâteraient d’aucuns de conclure. Faute d’une meilleure contre-offre, s’exclameraient vite d’autres, comme Jean-François Revel dans son panégyrique ‹ L’Obsession anti-américaine › (Plon, 2002), où j’ai fini par me demander, perplexe, si je ne serais pas en présence d’un ouvrage réalisé sur commande, ce qui, sachant la réputation de son auteur, serait bien dommage. Parce qu’ils sont devenus un modèle, se presseraient enfin d’ajouter certains. Hmm…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je partagerais plutôt l’avis de Mgr Godfried Danneels, actuel primat de Belgique, qui dit se méfier du <em>‘God Bless America’ </em>martelé tous azimuts, surtout <em>« quand on l’utilise à la fin d’un discours militaire, puisque cela peut signifier que Dieu nous bénisse nous, mais pas les autres »</em>. Et le cardinal d’ajouter que <em>« Accaparer Dieu pour sa propre cause, ce n’est pas la première fois que cela se produit dans l’histoire de l’humanité, mais il faut savoir que ça ne se fait pas »</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, j’ai tendance à croire, encore que le sujet me semble dépasser le cadre de ce texte, que pour interpréter convenablement la généralisation des symptômes évoqués ici, il faut emprunter une voie beaucoup plus malaisée, qui passe par l’examen général de la civilisation contemporaine. Dans toute sa diversité. Et – surprise ?! – dans toute sa dissolution. Ce qui, d’un coup, ferait des États-Unis d’Amérique non plus le meilleur de la course, ni le champion de l’offre, encore moins le seul modèle en place, mais – hélas ! – le premier maillon (car le plus faible) et le plus durement atteint par ce fléau de la liberté arrogante et insensée qui nous menace tous.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">La cinquième moins-value exportée est la référence invariable au matériel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je m’explique. Par cela, je ne dis pas qu’aux États-Unis c’est le désert en termes de personnes, d’associations ou de courants d’idées prônant la méditation. Non seulement ce serait impossible, tant le pays est grand et multicolore, mais en plus c’est faux, car de telles personnes ou associations sont effectivement légion, ne fût-ce qu’en application de la moins-value antérieure ! Je dis en revanche que cette référence au concret est un des ferments de l’identité américaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je continue de m’expliquer. Je ne dis pas non plus que le renvoi invariable au matériel est le monopole de l’Amérique, ni son œuvre. Personnellement, je crois que la Réforme est pour beaucoup dans cet état de choses, mais je ne veux pas me répéter. J’admets aussi que dans cet incessant match entre le matériel et le spirituel dont l’homme est le terrain, il existe tout au long de l’histoire des étapes où, pour toutes sortes de raisons, l’un tend à dominer l’autre. Ainsi, je considère que l’Amérique est aujourd’hui l’endroit où cette emprise matérielle est la plus évidente.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je finis de m’expliquer. Je ne privilégie pas l’état méditatif, pas plus que je ne prêche un tel État. Le concret et le pratique ne m’horripilent pas, mais je dis tout simplement qu’ils ne me semblent pas à leur place en tant que fondements d’une société.</p>



<p class="wp-block-paragraph">1<sup>e</sup> question :</p>



<p class="wp-block-paragraph">En quoi le matérialisme quotidien est-il plus influent aux États-Unis qu’ailleurs ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour essayer d’y répondre convenablement, je commence par un constat : ce que l’homme réalisa physiquement en 500 ans sur le sol américain fut sans équivalent connu dans l’histoire : un État de brousse devenu l’État le plus foisonnant qui soit. Mais ça, je le répète, ce sont des gens taillés sur mesure qui l’ont fait. Ou plutôt des gens qui étaient à la mesure de la tâche qu’ils avaient endossée. (Contrairement peut-être aux apparences, ceci n’est pas un jugement de valeur, mais seulement un constat de correspondance nécessaire entre un contexte donné et certaines facultés d’adaptation qui sont requises ou, justement, qui se sont adaptées à ce contexte.) D’accord, les Néo-Zélandais ont réussi la même chose en 200 ans seulement, mais admettons tout de même qu’il y a là, comparativement, une question d’ampleur et de complexité impossible à éluder.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au gré du savoir et des moyens actuels, rêvons alors d’une découverte extraordinaire. Imaginons que, sur notre petite planète que l’on connaît à la loupe, on repérerait un fabuleux territoire, accueillant, inexploré et inexploité. Et puisqu’on sait bien qu’il ne saurait se trouver ni au milieu de l’Atlantique, ni du Pacifique, ni même en Amazonie, disons qu’il serait au centre de la Terre ! En clair, qu’il serait le centre d’une planète-ballon et non pas d’une planète-bille comme appris à l’école. Une autre Terre, avec de petites étoiles dedans et le soleil au centre. Et les deux Terres de communiquer pleinement par les pôles </p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, en 1492, il a fallu à Colomb plus de deux mois pour toucher le Nouveau Monde. Aujourd’hui, quelques heures par l’air ou quelques jours sur terre suffiraient pour atteindre cet autre Nouveau Monde. Qui seraient les colons ? Les aventuriers, ainsi que les rescapés des dictatures, de la pauvreté ou du «système». J’ai ainsi l’intime conviction qu’ils auraient la même trempe que les Anglais, Portugais, Espagnols et Italiens qui peuplèrent l’Amérique il y a de cela quatre siècles, et que pour quelques bonnes générations encore à venir, leur première préoccupation continuerait à ne pas être l’au-delà, mais bien l’éclosion de leur nouvel univers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À présent, ce que l’homme mystique gagna en quelques dizaines de siècles sur la terre eurasiatique fut aussi sans pareil dans l’histoire connue. On ne s’y attardera pas. On retiendra en revanche que ce processus fut une composante inhérente de l’interminable édification des civilisations chinoise, hindoue, judaïque, européenne, arabe. Cultes et cultures grandirent et mûrirent ensemble. Et pour cela, ils disposèrent de 4000 ans pour les plus anciennes, de 1500 ans pour les plus récentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, si le matérialisme quotidien s’impose davantage aux États-Unis qu’ailleurs, ce n’est pas une question de faute ou de culpabilité. Tous les éléments énumérés plus haut – sélectivité, nature de l’homme, priorités, survie, âges – en font un sujet tout simplement historique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">2<sup>e</sup> question :</p>



<p class="wp-block-paragraph">En quoi cette situation serait-elle tellement blâmable ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">En rien. Tant que ça reste confiné à l’endroit dont le phénomène dépend de façon naturelle. Pourtant, nous traitons ici d’exportation. Et justement, le problème est que, <em>nolens volens</em>, les États-Unis exportent la (ou leur) matérialité. Alors, à la vue du franc succès rencontré même dans les pays les plus férus de leurs propres traditions, on ne peut éviter de se questionner à nouveau sur la dégradation dont nous sommes de piètres acteurs et de pauvres voyeuristes, et sur le chèque en blanc remis ipso facto aux États-Unis pour convertir l’exportation en domination.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dommage que je n’aie décidément pas la possibilité de dresser un constat de la spiritualité américaine en l’an 5000, ou au moins 3000. Je suis persuadé que j’aurais eu assez de matière pour mon récit. Mathématiquement, c’est absolument impossible autrement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">En fin de compte, les cinq moins-values traitées ici n’ont rien de vraiment étonnant en soi. Chaque société, chaque homme aussi, en possède. Mais comment jugerait-on l’adolescent qui, usant de son autorité, donc de son influence, s’appliquerait à implanter autour de lui sa superbe, son jargon, ses fantaisies ? Ce qui revient à dire que le seul grand et vrai problème est qu’en exportant ses moins-values au nom et du haut de sa suprématie, la jeune Amérique tend à les imposer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qu’elle n’eût pas été la première à le faire ne me convainc guère. C’est vrai que tout au long de l’ère coloniale, l’Angleterre, la France, l’Espagne et bien d’autres encore ont diffusé à travers le monde de l’époque leur culture, leur savoir-faire, mais certainement leurs mœurs et leurs vices aussi. La différence, la toute grande différence, est que ce monde-là était plus jeune de quelques siècles, que souvent il s’agissait de contrées sauvages (selon la terminologie des colonisateurs) et surtout qu’il était loin d’être structuré, cimenté et complexe comme il le fut, de plus en plus, depuis la révolution industrielle, du moins en Europe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En plus, à quelques exceptions près (non concluantes, récentes, éphémères et conflictuelles – l’invasion japonaise en Chine, la domination de l’Europe de l’Ouest par le III<sup>e</sup> Reich, la soumission de l’Europe de l’Est à l’urss), le puissant n’a jamais implanté – dans les sociétés fortement structurées – les concepts et les règles propres à son système de valeurs. À ce que je sache, il n’y a ainsi pas eu de japonisation de la Chine, de germanisation de la France ou de soviétisation de la Pologne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, toutes les anciennes puissances étaient adossées à un <em>curriculum vitæ</em> sinon millénaire, pour le moins séculaire. Avec, l’on m’excusera du peu, tout ce que cela comporte. Je veux dire par là (en quelque sorte à leur décharge, sans toutefois vouloir cautionner ni leurs anciens penchants impérialistes, ni le mal qu’ils auront provoqué au cours de leurs conquêtes) que, par conséquent et à la rigueur, il était possible d’au moins leur prêter la conviction qu’elles avaient quelque chose à diffuser. Peut-être pas quelque chose de forcément valable, mais en tout cas quelque chose d’homologué par le temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chose que cette nouvelle Amérique, qui se cherche toujours, n’a pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[1<sup>e</sup> novembre 2004]</p>



<p class="wp-block-paragraph">P.S. Le tout dernier objectif que je pourrais me fixer serait de paraître (ou passer pour) <em>“anti-américain“</em>. Alors, par précaution, je prends comme un devoir le fait de rappeler ici au moins un produit américain d’exportation qui se range résolument dans la catégorie opposée – celle des vraies valeurs, catégorie dans laquelle les Américains eux-mêmes sont passés maîtres : c’est l’esprit d’audace dans l’insouciance, de confiance absolue en la chance et en soi-même, l’esprit du <em>No limits !</em>, celui-là qui est justement à la base de la <em>success-story</em> américaine. Il fallait le dire. Quant à me pencher sur cette catégorie, ce sera peut-être pour une prochaine fois.</p>
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		<title>Made by the USA (I/II)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Apr 2021 08:00:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L'Amérique, j’en ai pourtant rêvé et j’y ai cru. Comme, je pense, tout jeune homme non américain normalement constitué. À 9000 km de distance, j’ai rêvé de cow-boys, de gratte-ciel, de cinéma, de liberté, d’argent et de tant d’autres trucs dont je ne me souviens plus. […]</p>
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<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Chaque fois que l’on essaye de se rappeler ce qui fait la spécificité de la vie américaine, ce qui vient à l’esprit, ce sont les gangsters ou les racketteurs, ou au moins les banquiers, ce qui ne fait pas une grande différence.»</em></p></blockquote>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Ilia Ilf et Evguéni Petrov,<br>‹ L’Amérique de plein-pied : Roman-reportage ›, 1936)</p>



<p class="has-text-align-left wp-block-paragraph">L’Amérique<span id="easy-footnote-66-30423" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/made-by-the-usa-i-ii/#easy-footnote-bottom-66-30423" title=" À l’origine, le titre du texte fut ‘L’Amérique’, mais le thème de l’exportation, dont je voulais m’occuper, le rendait à mes yeux assez vague. Et comme la citation était inévitable, il y avait voisinage gênant avec le titre du roman-reportage russe. Il fallait changer. Ce fut ‘Made in America’. C’était bien, car il se dégageait une consonance créative (Fait en Amérique), mais comme l’Amérique n’est pas un nom déposé par les États-Unis d’Amérique, il pouvait tout aussi bien faire référence aux trois sous-continents américains ou, si l’on y tient absolument, au continent de l’Amérique du Nord avec les trois pays qui le composent. Ce n’était donc pas ça non plus. Vint ‘Made in USA’, mais il me sembla trop galvaudé par les vignettes de blue-jeans et par un usage tel qu’il est rangé depuis longtemps au rayon des clichés. C’est ainsi que j’en suis arrivé à ce mélange insolite, sûrement perfectible."><sup>66</sup></a></span>, j’en ai pourtant rêvé et j’y ai cru. Comme, je pense, tout jeune homme non américain normalement constitué. À 9000 km de distance, j’ai rêvé de cow-boys, de gratte-ciel, de cinéma, de liberté, d’argent et de tant d’autres trucs dont je ne me souviens plus. Et puis, après mes 40 ans, ça s’est arrêté. Comme pour confirmer – dans un autre registre – la boutade de W. L. Wilkie ‘ne pas être socialiste avant 40 ans c’est ne pas avoir de cœur, et l’être après 40 ans c’est ne pas avoir de raison’.<br>Ainsi, ce n’est pas présomptueux d’affirmer que les États-Unis d’Amérique, aujourd’hui premier pays exportateur de biens et de services au monde, exportent aussi plusieurs non-valeurs, immatérielles, ce qui les rend encore plus redoutables. Cinq me semblent primordiales.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><br>*</p>



<p class="has-text-align-left wp-block-paragraph"><br>Il y a d’abord l’indifférence pour l’esprit de mesure.<br>Outre-Atlantique, elle est présente urbi et orbi. Si de nombreux aspects permettent de la comprendre, ils ne sauraient la cautionner, encore moins la faire admettre, et surtout accepter son exportation. Si le pays est vaste, d’autres le sont autant, ou encore plus. Mais nulle part ailleurs qu’en Amérique la démesure n’a imprégné à ce point la société et les individus qui la composent.<br>Comment interpréter autrement que par l’abandon mimétique de l’esprit de mesure les défis que se lancent des pays pris dans la spirale de la globalisation et qui, du haut de leur fragilité économique, ambitionnent de concourir avec les plus grands sur leur propre terrain ?<br>En termes temporels, la forme que prend ce manque d’intérêt est la perte de la patience.<span id="easy-footnote-67-30423" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/made-by-the-usa-i-ii/#easy-footnote-bottom-67-30423" title=" Un des domaines où le vice de l’impatience sévit le plus est celui de la pratique du langage en général (termes raccourcis, topique simplifiée) et des noms (Maximilian devient Max, Alexander &amp;#8211; Al, Sebastian &amp;#8211; Seb, Jonathan &amp;#8211; Jo, etc). Préférences de grammaire et d’orthographe de Microsoft Word, rubrique des paramètres de syntaxe : le réglage par défaut conseillé pour les phrases dites normales indique le nombre maximum de 35 mots, soit 7 de moins que celle que vous venez de terminer."><sup>67</sup></a></span> Mais là encore, si le pays est jeune, d’autres le sont autant, ou encore plus. Pourtant, cette quête effrénée de l’efficacité la plus élevée conformément à la règle du RMMmTmSm (Résultat maximum, avec un minimum de Moyens, en un minimum de Temps et pour un Salaire minimum.) exportée tous azimuts, elle vient d’Amérique, et pas d’Australie.<br>Relativisons tout de même. Historiquement parlant, l’Amérique est un grand adolescent insouciant et nerveux, forcément inexpérimenté mais bosseur, plein de ressources et qui pète la santé. Nombriliste par la force des choses, il s’imagine que tout le monde autour doit être et agir comme lui. Mais encore une fois, d’autres adolescents, grands ou moins grands, pourraient se voir dresser le même cliché-robot. Pourtant, ce n’est qu’à l’Amérique qu’il s’applique.<br>L’explication est qu’en ce moment, c’est le seul pays à la fois adolescent et pédagogue.<br>À ce stade, quelque chose m’invite à faire un saut de 1800 ans en arrière et à tenter une comparaison avec la Rome antique. En tenant compte du monde connu à l’époque, l’empire de Marc Aurèle était, certes, plus jeune que celui des Reagan, Clinton et Bush, mais sûrement plus vaste. Et, comme l’Amérique de nos jours, il était l’unique puissance en position de dicter sa loi sur l’étendue de son espace d’influence.<br>Je crois en l’adage disant que ceux qui ignorent l’histoire sont destinés à la revivre. Les États-Unis risqueront-ils pour autant l’avènement de la barbarie?</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><br>*</p>



<p class="has-text-align-left wp-block-paragraph"><br>La deuxième moins-value exportée est justement cette indifférence pour l’histoire et la tradition.<br>On peut aussi la comprendre, même si l’on a de la peine à le faire. Et pour cause. Dans ma nouvelle patrie, j’ai connu des gens qui – à l’aide de documents – se sont amusés à remonter aux origines de leurs familles. Certains, sans aucune ascendance aristocratique, ont ainsi abouti au XIIIe siècle, c’est-à-dire aux temps de la création de la Confœderatio Helvetica ! Moi, j’avoue qu’un truc pareil me laisse coi. Pourtant, l’exploit en soi me touche moins que ne m’impressionne le niveau d’organisation, de discipline et – j’ose le mot – d’une certaine forme de civilisation atteint par les gens de cette contrée depuis l’époque de la quatrième croisade, de sorte que la conservation et la transmission purent se passer dans de telles conditions. En Amérique, une telle fantaisie deviendrait vite comique autant par son côté tellement impensable que par sa nature purement gratuite, car son utilité serait assimilée à la tenue de l’extrait du registre d’état civil de l’australopithecus afarensis, affectueusement appelée Lucy.<br>Mais je me dis que cette mésestime a peut-être d’autres causes encore. Et je pense à un certain agacement (gratuit) qui jaillit lorsque l’Américain doit se mesurer sur ce terrain même à une civilisation riche de traditions, un peu comme le bourgeois prospère qui essaye furieusement de (se) convaincre que l’air subtilement fané et adorablement suave de la noblesse n’a rien de précieux. À ce propos, les belles paroles de Friedrich von Schiller : « Les natures ordinaires paient avec ce qu’elles font, les nobles avec ce qu’elles sont », qui nous ramènent à la même conclusion que l’on est ce que l’on fait, sans perdre de vue que celui qui a eu (ou s’est créé) plus de temps pour faire aura à disposition plus de substance pour être. D’où l’inopportunité de l’agacement.<br>Et puis, on peut avoir beau rechercher les destinations touristiques les plus exotiques car également les plus imbibées du folklore local, soi-disant dans le but de joindre l’utile à l’agréable en se leurrant avec un vernis de culture; en réalité, le transfert se fait en sens inverse, car ce sont en effet ces cultures-là qui s’américanisent beaucoup plus tôt que ne s’enrichissent culturellement les vacanciers rentrant dans leur Texas natal après dix jours de dépaysement passés de tours guidés en séances de photos. Pour deux motifs complémentaires : les sociétés locales sont souvent trop démunies pour ne pas vite céder aux sirènes de l’arsenal consumériste, et en même temps les voyages ne sont pas plus des révélations que les vrais objectifs des touristes ne sont de s’imbiber de ces cultures. La plupart du temps, l’échange se résume donc (pour l’indigène) à faire dépenser le plus d’argent possible au visiteur et (pour celui-ci) à enrichir sa collection vidéo montrant Mamie en tenue estivale s’amusant aux côtés d’un bonze à Katmandou, ou Sonny en short, pomper du Sprite devant l’antre de saint Basile le Grand en Cappadoce.<br>Et puis vous êtes au Nouveau Monde, en venant de la bonne vieille Europe. Vous vous recueillez dans la maison de tel héros du XVIIIe siècle, vous visitez tel monument du XIXe, telle industrie du début du XXe, telle infrastructure d’avant la guerre. Partout, vous surprenez la déférence – normale d’ailleurs – du guide local. Normal, le fait qu’une décennie pour l’Américain soit un siècle pour le Grec ou l’Italien. Et là, instinctivement, vos pensées volent vers le Parthénon (Ve siècle av. J.-C.) ou le Colisée (Ie siècle ap. J.-C.), un irrépressible petit sourire au coin des lèvres. Normal encore, car le vieux marin de haute mer ferait de même devant le môme exhibant fièrement sa première sardine attrapée à la ligne. Tout ceci pour dire qu’en fait cette indifférence n’est qu’à la mesure de la jeunesse de l’histoire et des traditions américaines. Qu’elle n’est qu’une sorte de moyen simple permettant d’esquiver une réalité dont, encore une fois, normalement l’on ne devrait pas se préoccuper. Alors pourquoi y aurait-il problème ?<br>Je ne vois qu’une réponse, fût-elle douteuse et décevante : parce que le pays est fait d’immigrés d’Europe, du Proche-Orient, de Chine, d’Inde, et qu’avec les années, tout en contribuant pleinement à la création de l’identité américaine, peut-être ces gens furent-ils rattrapés par un sentiment alambiqué de frustration nostalgique par rapport à la densité de leur cadre de vie d’origine, tout ceci dans un contexte nouveau, vaste et informe qu’ils se devaient de structurer, mais dont ils n’avaient pas la maîtrise absolue des règles, comme c’était le cas dans leur ancienne patrie. Comment expliquer autrement leur engouement notoire pour la production européenne ou orientale (voitures, horlogerie, beaux-arts, artisanat, mode, gastronomie) ? À ce titre, l’exemple des châteaux écossais ou français, achetés aux enchères, listés, démontés pierre par pierre, emballés, transportés par bateau, déballés et reconstruits dans le Middle West est, je pense, le plus caricatural.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><br>*</p>



<p class="has-text-align-left wp-block-paragraph"><br>La troisième moins-value exportée est la dissolution de la considération envers la personne, via la réduction des formes d’appellation. Mais qu’est-ce que cela veut bien dire ?<br>Si je réprouve le fait qu’en Amérique tout le monde est Jim et Bob avec tout le monde, ce n’est de loin pas l’excès de politesse qui me domine, mais le regret que vlan !, comme ça, tout un pan du système relationnel humain vieux comme le monde est en train de disparaître.<br>J’essaye une motivation sociologiquement acceptable, pas pour valider le phénomène, mais pour l’expliquer. L’absence de distinction en anglais entre les 2es personnes du singulier et du pluriel ne me paraît pas suffisante : tous les mécanismes liés à la communication font que l’idiome originel pratique très bien cette différence. Je pense alors que l’explication doit être historique, sociale et culturelle.<br>Imaginons un bateau s’échouant sur une île déserte avec, à son bord, une foule bigarrée que je limite à quelques archétypes du mental collectif : un vieux magistrat respecté, une jeune prostituée, un industriel dynamique, un policier sobre et avisé, une grand-mère avec son petit-fils, un drogué en phase terminale, un journaliste ambitieux, un cheminot syndiqué et une étoile de ballet. Avant le naufrage, ces personnages occupaient des positions distinctes sur des échelles aussi variées que celles de l’honorabilité sociale, du bien-être matériel, du prestige, de l’éducation, etc. Cela les aurait amenés à envisager des approches bien précises entre les uns et les autres. Seulement, avant le voyage, ils ne s’étaient jamais rencontrés ; pendant, ils ne se sont jamais croisés.<br>Et tout à coup, la catastrophe. Et les voilà qui luttent au mieux pour essayer de survivre dans une mer glaciale et déchaînée, en espérant toucher la côte. Et ils y arrivent, certains portant sur leur dos les plus faibles. Et une fois évanouis sur la terre ferme, d’autres épreuves les attendent, plus âpres encore : manger, boire, habiter, se défendre. Et là, chacun fera démocratiquement don de ses aptitudes et de son savoir-faire à ses autres amis d’infortune. Dans ces conditions, est-ce qu’un seul instant l’un des rescapés songerait à regarder ses consorts à travers les filtres de la respectabilité, de l’aisance, de la célébrité ou de l’instruction, en soupesant la manière la plus appropriée d’entrer en relation ?<br>Voilà une lecture de l’histoire des hommes de l’Amérique, réunis de partout dans la dure épreuve de survivre en situation extrême. Mais ces temps-là sont bien révolus. Aussi probante que cette explication puisse être, s’y référer exclusivement, aujourd’hui, en Europe, reviendrait à remonter à l’Exode, balayant ainsi les acquis de tant de rapports humains stratifiés, échangés, adaptés et interprétés pendant des milliers d’années. Ce ne serait pas sérieux et ce n’est pas le but. Voyons donc plus loin.<br>Le fait est que ces conditions premières ont réellement façonné outre-Atlantique une certaine manière a priori égalitaire d’envisager son prochain. Bien sûr, en théorie nous sommes tous égaux devant les chances de la vie, et sûrement devant l’absolu de la mort. Mais il ne nous arrive que très rarement d’être égaux dans justement tous ces domaines-là qui déterminent en mode pratique nos rapports réciproques courants. Et même si nous l’étions, il est dans l’ordre des choses que le rapprochement ait lieu doucement, par une connaissance réciproque croissante, par l’accumulation d’expériences communes, par le partage du bien et du mal, et par tant d’autres choses.<br>Ce qui s’est passé au fil du temps sur le Nouveau Continent ne fut qu’une application de ces habitudes originelles extrêmes. Et la complexité toujours croissante des rapports interhumains de cette société en pleine formation ne put en changer un iota. Raison pour laquelle on pratique, dans l’Amérique actuelle, en tous cas en dehors du cadre de fonctionnement officiel de chacun, entre le vieux magistrat respecté et la jeune prostituée, ou l’industriel dynamique et le cheminot syndiqué, une familiarité d’opérette qui peut s’évanouir de facto à la moindre anicroche.<br>Comme toutes les choses brusques ou infondées, il reste que pour moi il y a malaise lorsque deux types qui ont dépassé l’adolescence font Brüderschaft à l’instant où ils se serrent la main pour la première fois.<br>C’est pourquoi la scène du merveilleux film ‹ Being There › (réalisé par Hal Ashby en 1979) où Bob, président des États-Unis (Jack Warden) prend congé du bobet Chancey Gardener (Peter Sellers) – dont il vient de faire la connaissance – avec un « Chauncey… » très yankee et reste ahuri devant le plat « Bobby… » que le niais lui retourne, cette escène est pour moi un vrai exorcisme. Bravo Monsieur Ashby !<br>La quatrième moins-value exportée est l’auto-attribution de la liberté absolue relative au moi, au prochain, à la société et à la Divinité.<br>Je me dis qu’on pourrait retrouver ici certaines explications déjà répertoriées. Par exemple la surestimation de soi-même. Celui qui a réussi à (sur)vivre dans un tel milieu, au départ sauvage et hostile, n’a dès lors plus de comptes à rendre à personne, fût-il Dieu.<br>[…]<br>[1e novembre 2004]</p>
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		<title>Il était une fois…</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 20 Feb 2021 15:07:19 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Mesdames, messieurs, chers invités, bonsoir à tous et merci de votre intérêt pour ce symposium que j’ai le plaisir d’animer et qui fait partie des “Journées de la Mémoire” organisées ici par le ICSIH. [...]</p>
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<p class="has-text-align-left wp-block-paragraph">…l’actrice de cinéma. Et l’acteur de cinéma. Ou inversement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Bonsoir!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mesdames, messieurs, chers invités, bonsoir à tous et merci de votre intérêt pour ce symposium que j’ai le plaisir d’animer et qui fait partie des “Journées de la Mémoire” organisées ici par le ICSIH<span id="easy-footnote-68-29923" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/il-etait-une-fois/#easy-footnote-bottom-68-29923" title=" Inter-racial Center for the Safeguarding of the Intangible Heritage &amp;#8211; Centre Inter-racial pour la Sauvegarde du Patrimoine Immatériel."><sup>68</sup></a></span> Comme vous avez pu le découvrir sur le programme affiché, dans le cadre de la section consacrée à l’historique de la cinématographie, le thème de ce jour est “Il était une fois… l’actrice et l’acteur de cinéma”.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Permettez-moi de commencer par une petite anecdote qui en dit long sur ce sujet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une des singularités de ma famille est qu’autant du côté de ma mère que de mon père, mes ancêtres étaient encore assez jeunes lorsqu’ils se sont mariés. En ce temps-là, le mariage était la règle. De surcroît, ils vécurent longtemps: sur huit arrière-arrière grands parents, j’ai eu le privilège d’en connaître trois, dont notamment la grand-mère maternelle de mon père qui n’a juste pas atteint le siècle alors que j’approchais mes vingt ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Arrivé maintenant pas si loin de son âge de l’époque, je me rappelle que Mémé, qui était une adorable personne passionnée de cinématographie, me racontait parfois certaines scènes – pour moi étranges – où, au tomber du rideau d’une projection, des femmes et des hommes qui tenaient des rôles dans le film s’avançaient sur scène pour s’incliner à n’en plus finir devant un public qui applaudissait à tire-larigot. Evidemment, cela se passait à l’aube de ce que l’on appelait le septième art, à la fin du XIX<sup>e</sup> siècle donc. Je me souviens aussi que ces récits ardents trouvaient dans le jeune homme que j’étais un écho assez relatif car en effet, comment pouvais-je imaginer cela ?! Mais mon affection pour Mémé collée à la politesse triomphaient sans faute, de sorte qu’elle terminait toujours ses récits toute soulagée d’avoir pu me faire vivre un instant la fascination de sa jeunesse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec cette anecdote-là nous voici à l’aube d’une époque très lointaine où l’image qui bouge tâchait péniblement de se frayer le chemin dans un paysage culturel qui depuis l’antiquité avait été dominé dans ce secteur par le théâtre, sous toutes ses formes. Pendant ce temps, les hommes déambulaient déjà sur deux ou quatre roues plus vite qu’une calèche à cheval et un char à bœufs; de plus en plus de téméraires se lançaient dans le vide avec des appareils en bois à ailes fixes, plus lourds que l’air, qu’ils venaient de nommer “avions” en souvenir du latin <em>avis</em> (oiseau); les gens se mettaient a parler entre eux à distance; l’éclairage des places et des rues passait du gaz à l’ampoule électrique, etc. Dans tous ces domaines, et bien d’autres encore, c’était le temps des héros.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Revenons à présent à l’image en mouvement. Lorsque l’on parle de héros, l’essor de la plus formidable pépinière du genre prit très rapidement dans les salles obscures éclairées par des lanternes magiques, remplacées par des kinétoscopes puis par des caméras de projection. Quant aux courbettes en fin de séance, elles furent vite rendues caduques par la multiplication exponentielle de ces salles. Déjà à la fin de la Première Guerre mondiale, une élite d’idoles s’était ainsi formée aux Etats-Unis, près de Los Angeles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le reste ne fut qu’une conséquence logique de la fascination – si ce n’est de la magie, justement – que le film, ce dernier venu dans l’univers imaginaire de l’homme, exerça depuis son invention. Et alors que les premières créations étaient – logiquement d’ailleurs – encore tributaire du théâtre, avec des costumes, décors et une mise en scène qui sentaient le carton et la poussière, à peine cinq décennies plus tard l’on déroulait des milliers de chars, figurants, doublures et cascadeurs dans des épopées cinématographiques démesurées et désormais oubliées. C’était le triomphe du réel et de la quantité plein les yeux et à grande échelle sur des toiles blanches, les plus larges possibles. Par conséquent, les coûts de production suivirent cette direction.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est là, et c’est en partie pour cela, qu’entra en lice la technologie, et avec elle les premiers “effets spéciaux”, comme on les appela au début. L’intérêt y était double. D’une part, à travers des procédés optiques et autres machinations, on obtenait des résultats que – physiquement – l’on ne pouvait demander aux acteurs. D’autre part, on pouvait ainsi contenir le budget. Ce fut donc le début de la révolution technique qui s’installa durablement à partir des années 1960-1970 pour arriver à la maturité vingt ans plus tard avec l’intervention de l’ordinateur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est probable que dans l’ensemble, les années 1980-1990 ont marqué le sommet du “cycle de vie” du cinématographe tel qu’il fut conçu au tout début par ses éclaireurs. C’est au long de cette période-là que les actrices et les acteurs on atteint des statuts de “stars”. En réalité, ces stars étaient de vraies déités vivantes, touchant plus de vingt millions de dollars pour chaque film, aussi médiocre fut-il. Le prix d’un avion moyen-porteur de l’époque. De ses débuts timides, l’arsenal technique s’étoffa avec le IMAX, la 3D (D pour dimension) et la holographie. C’est aussi durant cette période-là que, encore logiquement, l’on a commencé à compter des budgets à trois chiffres, 100, 200… Toujours en dollars. Cette spirale vertigineuse ne pouvait continuer. Au fait, une mort rapide la guettait, et certains d’entre vous se rappellent encore le nom du bourreau: c’est la piraterie informatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A présent voyons ceci de plus près. Cent ans après les premiers films où des acteurs grimés déclamaient leurs tirades dans un univers noir et blanc de décors carton-pâte, le cinéma recevait en pleine figure la déferlante Internet, qui – ne l’oublions pas – était encore en son enfance. Enfant terrible cependant, car les effets du réseau des réseau commencèrent à se faire vite sentir. Et terribles ils furent, car les cachets des demi-dieux fondirent comme neige au soleil. D’une part. Mais d’autre part, depuis une petite vingtaine d’année, l’informatique avait fait son chemin, aussi bien dans les appareils que dans les logiciels, de telle sorte qu’au tout début du millénaire le monde put s’extasier près de dix heures devant une trilogie pseudo-médiévale mettant en scène des forêts mouvantes, des milliers de chevaux, de créatures de toutes sortes et de guerriers. Sauf que rien de tout ceci n’était réel. Les recettes de ce trio dont le coût n’avait pas atteint les 300 millions avaient en revanche dépassé dix fois le budget consenti.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce fut là une tournante. Dans une logique similaire à celle qui avait eu cours plus de trente années en arrière, l’industrie du film comprit que la riposte à la piraterie et, quelque part, sa propre survie, passaient nécessairement par l’ordinateur, les logiciels et les techniques de communication. Grâce à ces outils nouveaux, le consommateur d’images allait pouvoir découvrir, affalé dans son lit, pop-corn et bière à portée du bras, des faits et de choses non seulement absurdes physiquement, mais carrément impensables.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le spectacle fictif que nous consommons à grandes doses déjà depuis un certain temps a vu le jour ces années-là. D’abord avec une actrice virtuelle qui reçut en 2002 un rôle principal dans “S1møne”, ensuite en créant un casting d’acteurs et actrices 100% factices pour “Beowulf” en 2007 partant d’une pléiade de déités du cinéma, puis deux ans plus tard, avec “Avatar”, en réalisant des créatures imaginaires dans un monde tout aussi irréel. Il ne faut pas oublier le royaume animal fabuleux de la franchise “Jurassic”, celui fantastique des productions mettant en scène les super-héros, etc. Côté recettes, entre temps l’industrie avait enfin trouvé les moyens de fortune lui permettant de s’en sortir, du moins provisoirement: la réalité augmentée et le “streaming”.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, nombre d’entre vous savent à présent que le vrai changement de paradigme a eu lieu bien plus près de nos jours, avec l’abandon progressif, puis total, des rôles attribués aux humains. Comme tant de métiers balayés au cours de l’histoire par cette chose relative que l’on appelle “progrès”, petit à petit l’actrice et l’acteur de jadis – qualifiés désormais de réerôleur et réerôleuse – se réfugia dans des domaines parfois très éloignés de leur profession de base. Il y eut qui choisirent le sport, certains la communication, d’autres l’immobilier ou encore, pour les plus chanceux, la production. En effet et en gros, sur l’ensemble des métiers du cinéma, ce sont bien les producteurs qui semblent sauver encore la face du 7<sup>ème</sup> art d’origine, car si pour l’instant les metteurs en scène comme les scénaristes gardent encore leurs emplois, des exemples existent déjà où l’intelligence artificielle dirige les films et réalise les scripts à force d’immersion sensorielle totale, comme dans le récent “Droocky revient” que vous êtes certainement nombreux à avoir applaudi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi va la vie, réelle et virtuelle. Evidemment, bien d’entre vous regrettant l’évaporation de ce métier, avec tout son côté naturel mais – il est vrai, aléatoire – s’en sont déjà résigné depuis un long moment. Certains s’en sont à peine aperçu. D’autres, en revanche, saluent le surplus considérable de gestes, expressions, mouvements et attitudes amenés par le tout virtuel. Comment imaginer autrement que “Le Journal d’Anne Frank”, ce poignant témoignage signé par le grand George Stevens près de huit décennies en arrière, ait pu revivre dernièrement dans le bouleversant et triomphal remake “Le récit d’un fœtus” ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ici prend fin cette incursion rapide dans l’histoire du cinéma, vue à travers ses héros et héroïnes d’autrefois. Pourtant je ne la terminerai pas sans vous adresser une invitation. Celles et ceux qui sont intéressé(e)s à se procurer comme souvenir de cette conférence une liste que j’ai dressée en ce sens, la trouveront à l’entrée de l’aula. Cette liste est bien sûr totalement subjective quand à la valeur artistique, mais aussi totalement objective – même que certainement incomplète – quand au statut mythique des noms qui en font partie et auxquels elle rend hommage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Merci beaucoup de votre aimable attention et bonne rentrée!</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ah, et quant à moi, j’ai prévu de revoir l’inoubliable Charlton Heston dans l’inégalable “Ben-Hur” réalisé en 1959 par l’unique William Wyler.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">[5 février 2020]</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Le mystère américain</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 Jan 2021 07:26:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Je me déclare absolument impuissant pour trouver une autre explication à cet épais mystère: les États Unis d’Amérique - ceci ne peut être rien d’autre qu’un de ces nombreux miracles totalement impénétrables de la Providence. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>«Le violent assaut de ce jour contre notre Capitole, dans un effort de subjuguer la démocratie américaine par la loi de la foule, a été fomenté par le roi même, qui a utilisé la position la plus élevée dans le gouvernement de la nation pour détruire la confiance dans les élections et empoisonner le respect pour les camarades citoyens. Notre Constitution et notre pays vont surmonter cette tache et Nous, le Peuple, nous serons à nouveau de retour dans nos efforts de créer une meilleure Union, alors qu’à raison ce roi finira en homme sans pays.»</em></p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Général**** américain retraité, ancien Secrétaire à la Défense)</p>
</div></div>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>«Si seulement les États Unis voyaient ce que les États Unis font aux États Unis, alors les États Unis envahiraient illico les États Unis pour délivrer les États Unis de la tyranie infligée aux États Unis par les États Unis, restaurant ainsi immédiatement la démocratie aux États Unis.»</em></p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Anonyme, Internet)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">Je me déclare absolument impuissant pour trouver une autre explication à cet épais mystère: les États Unis d’Amérique – ceci ne peut être rien d’autre qu’un de ces nombreux miracles totalement impénétrables de la Providence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des territoires envahis durant trois siècles par les européens, puis colonisés, occupés, conquis, abritant de vieilles populations autochtones soumises, terrorisées, exterminées – tout ça on en connaît trop bien. Il y en a pléthore: l’Australie et la Nouvelle Zélande, le Canada, le Caucase avec une bonne partie de l’Asie centrale, toute l’Amérique du Sud et presque toute l’Afrique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, nulle part ailleurs l’essor de l’homme blanc, avec sa conception sur la civilisation fourrée dans la besace, ne fut si foudroyant et si extraordinaire qu’aux États Unis d’Amérique. Et de loin. À se demander comment, puisque les trois premiers exemples ci-dessus attestent d’une même prééminence anglo-saxonne qui a pris rapidement pied et définitivement le dessus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Peu importe finalement, les faits sont là et le XX<sup>e</sup> siècle a sacré cette fédération comme première force motrice mondiale, en tous les cas pour ce qui est de l’économie, du politique et du militaire, et ce au détriment des puissances d’autrefois qu’ont été le Royaume Uni, la France ou l’Espagne. Parmi d’autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Malheureusement sans qu’avec ça l’on puisse élucider la moindre tranche du mystère évoqué au début, force est-il d’admettre que nous nous trouvons là devant le “côté brillant de la monnaie”, puisque les progrès matériels enregistrés par les femmes et les hommes de ce pays durant le bref intervalle des derniers deux cent ans sont sans équivalent connu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ce jour, en chiffres absolus, l’économie des États Unis “pèse” à elle seule autant que celles des sept “poids lourds” suivants réunis (à l’exception de la Chine): Japon, Allemagne, Inde, Royaume Uni, France, Italie et Brésil. Ou, si l’on veut, autant que l’ensemble des cinquante pays qui ferment ce même classement. Cerise sur le gâteau, la monnaie américaine est la première référence mondiale en la matière et domine – logiquement, j’imagine – les échanges internationaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le politique maintenant. Leur élite est la plus notoire au monde. À force de la voir défiler constamment dans les médias, on connaît par leurs noms et prénoms un nombre impressionnant de ministres, sénateurs, députés, directeurs d’agences-clé et militaires de ce pays qui en fait n’est pas le nôtre. Inutile d’essayer le même exercice dans le cas du Japon, de l’Allemagne ou du Brésil. Dans la foulée, leurs élections parlementaire et présidentielle, dont le rythme est aussi connu par cœur, n’ont rien à voir avec celle de l’Inde, du Canada ou de l’Italie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je choisis de sauter le militaire puisque avec environ 40% des dépenses mondiales dans le domaine, équivalant ceux cumulés des dix pays qui lui suivent dans la liste, le sujet est consommé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nul doute possible: sur tous ces aspects, les États Unis d’Amérique sont le chef d’orchestre d’une bonne partie de la vie de la planète; c’est sa baguette qui donne le <em>LA</em>. En face, seule la Chine s’oppose dans ce qui peu à peu est devenu un duopole mondial de puissance. Mais cette dernière a de quoi, puisqu’elle a les moyens, et il s’agit ici d’un autre miracle impénétrable bondi du Moyen Âge directement dans le post-industriel en à peine une génération, au rythme des congrès du parti communiste, unique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À présent roulez tambours ! Forts de ce rôle, les États Unis se sont progressivement proclamés modèle universel pour la démocratie et les libertés, premier et ultime bastion devant toute convulsion totalitaire dans le monde. Je dis bien <em>forts de cette position</em>, puisque d’autre pays majeurs se targuent d’occuper la même place et qu’en réalité c’est bien l’Inde qui devrait porter le titre de première démocratie mondiale, si ce n’est qu’eu égard le nombre d’habitants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’était donc là le côté brillant de la monnaie. Mais trêve de rêves. Le revers – sombre, sale et gluant – est lui tout aussi fourni.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’évoquais le Moyen Âge dans le cas de la Chine. Néanmoins c’est également valable pour les États Unis d’Amérique. À cela, plein de raisons dans plein de domaines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Revenons au politique. Depuis cent cinquante ans, seules deux monarchies se disputent – à forces relativement égales – la hégémonie sur le pays. Même qu’État dit parlementaire, les gouvernements – successifs, alternatifs – ne reflètent en rien cette réalité puisqu’ils sont nommés en totalité par le roi. Dans les faits, il s’agit de la version mise à jour de la “<em>curia regis</em>”, soit le conseil royal ou la cour du roi, une institution qui vient de fêter ses mille ans d’âge.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et le roi ? Eh bien, lui, il est l’État. L’État c’est lui. Ses prérogatives sont totales. Ou presque. Il est le Chef de l’État, le Premier Ministre et le Commandant Suprême des Armées. En tant que tel, son doigt repose sur le bouton rouge qui peut éteindre la vie sur le globe. Et il a aussi un lieutenant symbolique comme chef du Sénat. Seul bémol: son règne est limité à huit ans. En revanche, pendant cette période, non seulement qu’il peut promouvoir ou bloquer ce qui bon lui semble: il peut s’opposer et rendre caduque toute décision du parlement. Mais surtout, en pratique, il est indéboulonnable. <span id="easy-footnote-69-948" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-mystere-americain/#easy-footnote-bottom-69-948" title=" J’ai choisi à dessein de ne pas m’attarder ici sur les particularités uniques qui propulsent un citoyen lambda sur le trône royal. Elles sont incroyables, incompréhensibles, invraisemblables, inconcevables, inimaginables, insuppo&amp;#8230;"><sup>69</sup></a></span>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, comparé à la démagogie, le politique passe encore. Car il faut savoir, ou se souvenir, que les États Unis d’Amérique furent le théâtre de cet extraordinaire et tant controversé moment d’il y a bientôt vingt ans en arrière; qu’elles sont la source de globalisation arbitraire du terrorisme en tant qu’étiquette et concept, le terrain des plus nombreux massacres par et entre les civils, les apôtres de la désinformation, le laboratoire de la torture au nom de la sécurité nationale, le berceau des lois répressives dites “Patriot”, les champions des infiltrations et des coups d’état&nbsp; aléatoires destinés à instaurer ou maintenir leur propre définition de la démocratie, les auteurs de ce “politiquement correct” si inepte, comme des plus halucinantes platitudes qui se diffusent à la vitesse de la lumière à travers leurs réseaux sociaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pour retourner au Moyen Âge américain, nous avons ici à profusion le racisme, l’exclusion sociale, <s>l’allocation de chômage</s>,&nbsp; <s>l’accès à l’éducation,</s> <s>l’accès aux soins</s>, le sexisme, la homophobie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout cela est connu. Plus ou moins. Au moins on le soupçonnait. Au plus on s’en accommodait. Tout cela jusqu’au soir (en Europe) du 6 janvier 2021. Celui de l’Épiphanie…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hier soir, les États Unis d’Amérique ont brusquement tourné la page de leur quasi suprématie et en à peine quelques heures ont effectué le plus hardi bond en arrière depuis le grandiose bond en avant sur la Lune du légendaire Neil Armstrong.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hier soir, par son porte-drapeau royal, à la lumière du jour, à celle des téléphones portables et pour finir à celle des réverbères, le pays a dévoilé toute sa nullité inutilement cachée: son acrimonie, sa lâcheté, sa perversité, son obscurantisme, sa stupidité, son arrogance, sa petitesse, son cynisme, son primitivisme, son…, sa…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hier soir, le monde tétanisé aurait voulu revoir à l’ouvrage la Garde Nationale calmement mais fermement déployée sur les marches du Capitole, comme elle l’avait fait à peine six mois plus tôt face au protestataires de Black Lives Matter suite au meurtre de George Floyd. Mais à la place… Enfin, tout un chacun a vu les vraies images de ce soir-là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De hier soir, 13 soirs avant de s’éteindre dans la nuit de l’histoire, le 45<sup>e</sup> roi des États Unis d’Amérique en fit le point d’orgue de sa domination au mieux incohérente, clairement lunatique, au pire criminelle. Criminelle pour avoir – je dirais – parachevé une fracture de la nation dont ses prédécesseurs s’en sont occupés. Pour avoir, chaque jour de ses 1500 de règne sans partage, sistématiquement et ostensiblement mis ses lubies avant le bien du peuple.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hier soir, durant seulement quelques heures suivies de seulement quelques autres heures qui s’étaleront sur des années, porté à bouts de bras par son roi et ses sujets, le moteur économique, politique et militaire de la planète, l’État démocratiquement velléitaire et en même temps vigoureusement discriminatoire se grippa, pour ensuite s’effondrer à l’état tribal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ce n’est pas fini. Une fois l’ordre élémentaire rétabli, les scènes de chaos seront suivies par des questions, puis – probablement – par des investigations. Qui a été le meneur ? Qui a fait quoi ? Et pourquoi ? Qui n’a pas fait ce qu’il aurait dû faire ? Qui a donné tel ordre ? Qui s’est esquivé ? Et pourquoi ? Etc…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puis, petit à petit, à force d’auditions et d’interrogatoires, de comités et de commissions, tout ou presque s’estompera. Et les États Unis continueront comme avant de faire tourner la machine économique, politique et militaire de la planète en tant qu’État démocratiquement velléitaire et toujours vigoureusement discriminatoire, cette fois sous l’égide d’un autre ancien maraudeur baroudeur et nouveau roi.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme je le disais donc: les États Unis d’Amérique – clairement ça ne peut être autre chose qu’un de ces nombreux miracles totalement impénétrables de la Providence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[7 janvier 2021]</p>
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		<title>Savoir et connaissances</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 Jan 2021 00:27:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À vol d’oiseau, le savoir se vulgarise. Il est le fruit toujours plus de la curiosité et toujours moins de la soif d’apprendre, du désir de se sublimer par l’initiation. Ce savoir-là est à présent au bout d’un seul clic. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-normal-font-size wp-block-paragraph"><em>« Un homme va au Savoir comme il part pour la guerre.<br>Bien réveillé, avec de la peur, du respect et une assurance absolue. »</em></p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="font-size:15px">(Carlos Castaneda, 1925 – 1998)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">À vol d’oiseau, le savoir se vulgarise. Il est le fruit toujours plus de la curiosité et toujours moins de la soif d’apprendre, du désir de se sublimer par l’initiation. Ce savoir-là est à présent au bout d’un seul clic. Les cénacles ont disparu. En Occident, n’importe qui sait aujourd’hui presque rien sur à peu près tout. Si dans le monde des foyers de réflexion demeurent, ce n’est pas au mont Athos qu’on va volontiers s’y abreuver. Pour cela il y a une foule de substituts : colloques, séminaires, clubs, symposiums, congrès, stages, cercles, forums, téléconférences, thérapies collectives, sans oublier le chat. Les temps sont au savoir partagé. Peu importe ce savoir, qui le reçoit et qu’est-ce qu’on en fait. Les temps sont aussi à la spontanéité. Des groupes volatils de réflexion se font et se défont au gré des situations. Le temps du sage est passé, comme, forcément, celui du disciple. Le cas de Jiddu Krishnamurti est isolé, et il n’y aura vraisemblablement plus un autre Aristote.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>L’accès au savoir se généralise aussi, s’accélère et se simplifie. Une aire de plus en plus vaste se laisse découvrir, tandis qu’il est possible de sonder de plus en plus facilement les profondeurs de l’histoire. Depuis l’invention de l’imprimerie, le saut de l’homme vers la connaissance n’a jamais été si vertigineux. Du temps de Gutenberg, il fut linéaire. De nos jours, grâce à Internet, aux télécoms et aux moyens de transport, il est fulgurant. J’imagine l’enthousiasme d’un Ulysse, d’un Marco Polo ou d’un David Livingstone si, de leurs temps respectifs, pour les besoins de leurs voyages, ils avaient pu avoir recours au GPS et s’ils avaient pu recevoir des réactions à leurs découvertes en direct via GPRS.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Mais tous ces avantages, ces gains formidables, sont mal gérés, mal apprivoisés, mal utilisés.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>À l’heure actuelle, il semblerait que dans le pays technologiquement le plus avancé du monde « quarante-quatre millions de personnes ne savent pratiquement pas lire, et près de deux cents millions savent lire, mais ne lisent probablement jamais ».<span id="easy-footnote-70-938" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/savoir-et-connaissances/#easy-footnote-bottom-70-938" title=" C’est l’Américain Michael Moore qui le dit dans ‹ Mike contre-attaque ! Bienvenue aux États Stupides d’Amérique ›, La Découverte, Paris, 2002."><sup>70</sup></a></span> Si c’est vrai, il s’agit de 87 % de la population du pays, enfants de moins de 7 ans compris, ce que je trouve un peu exagéré, mais vrais ou pas, ces propos ont la qualité de souligner un autre aspect, beaucoup plus important : savoir et connaissances ne se confondent pas. Au contraire, leurs cheminements, leurs natures et leurs attributs sont bien distincts. Intéressant : c’est une distinction d’une nature similaire que Vladimir Volkoff observe entre les notions de royauté et de monarchie.<span id="easy-footnote-71-938" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/savoir-et-connaissances/#easy-footnote-bottom-71-938" title="‹ Du Roi›, Julliard/L’Âge d’Homme, 1987."><sup>71</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>La première notion est totalement indépendante de l’outillage disponible. Unique, elle dépend en revanche d’un acquis certain, stable et d’un certain niveau. Elle s’obtient, mais seulement en allant la chercher avec ténacité, sincérité et – surtout – humilité. Et rien n’est moins sûr que de l’obtenir, car elle se mérite. La plupart du temps, cette quête est solitaire. En général, elle passe par l’écoute du maître, la méditation, la contemplation, mais aussi par la lecture. L’écoulement du temps n’a pas grande influence sur celui qui s’y soumet. Souvent, elle n’aboutit pas, ce qui veut dire que, du moins en principe, elle est réservée à quelques-uns.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>La deuxième notion dépend des moyens mis en œuvre. Multiple, elle ne se fait pas trop de bile pour sa propre substance et pour la constance de ce qu’elle véhicule. L’incertitude fait partie de sa nature. Avec elle, tout peut être remis en cause. Ainsi, ce qu’elle dispense, c’est plutôt un ordonnancement mental. Bon ou mauvais, à prendre ou à laisser. C’est ce que fait l’école. L’exercice est impératif dans ce secteur. Apprendre n’est pas comprendre, et comme la performance joue un rôle essentiel, tous les procédés sont bons – audiovisuels, pédagogiques, ludiques, etc. Ce qui signifie qu’elle s’adresse à la multitude.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Les rapports entre les deux ne sont pas évidents. Celui qui aura accédé au savoir sera peut-être dans l’ignorance la plus totale sur une quantité de choses constituant le b.a.-ba de la culture générale pour celui qui aura appris beaucoup de connaissances dans un domaine précis, et à plus forte raison dans plusieurs domaines des plus divers. Inversement, celui qui aura appris un certain nombre de choses n’aura peut-être pas la moindre idée de la distance qui le sépare du vrai savoir. Mais aussi, peut-être que toutes ces connaissances ne sont que des broutilles aux yeux du sage. De même que, pour le spécialiste ou le généraliste, la possession des connaissances ne fournit certes pas un visa pour le savoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Sous cette lumière, l’histoire du devenir de l’homme se relativise. Tout comme les critères de jugement sur l’état de réveil et le degré d’élévation d’une société quelconque. Lorsqu’on distingue entre ces deux parcours – c’est-à-dire quand on sépare la voie verticale du savoir (vers le soi intérieur et vers l’absolu extérieur) et la marche horizontale en avant des connaissances (vers l’acquisition, le stockage et l’exploitation de données diverses) -, les conclusions sont surprenantes. À partir de là, pour prendre deux exemples que presque tout oppose (les États-Unis et l’Inde), peu importe que, théoriquement, le rapport des taux d’alphabétisation et celui des taux de scolarisation soit d’environ 2 pour 1.<span id="easy-footnote-72-938" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/savoir-et-connaissances/#easy-footnote-bottom-72-938" title=" ‹ Annuaire économique géopolitique mondial ›, La Découverte, 2002."><sup>72</sup></a></span> Peu importe aussi que les rapports des nombres de postes de télévision et de connexions Internet soient de 13 pour 1 et respectivement de 60 pour 1.<span id="easy-footnote-73-938" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/savoir-et-connaissances/#easy-footnote-bottom-73-938" title=" cia.gov/cia/publications/factbook/index.html."><sup>73</sup></a></span> En réalité, la quête du Savoir sur la voie de la sublimation n’a cure de ces paramètres statistiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Dieu merci !</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>[24 novembre 2003]</p>
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		<title>Bouleversations (2/2)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Nov 2020 17:19:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le travail</p>
<p>Longtemps, le sens du mot fut lié à la notion de peine, ou de souffrance. Vision passéiste que tout cela ! Depuis près de deux siècles, on s’applique à rendre le travail de moins en moins pénible et de plus en plus commode. [...]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>« En révolution, le premier de tous les principes<br>est de diriger le mal qu’on ne saurait empêcher’ »</em></p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Honoré de Balzac, 1799 – 1850)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors franchement, cette cause des minorités, quel gâchis incalculable !…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le travail</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">(Voltaire, 1694 – 1778, ‹ Candide ou l’optimisme › Cramer, 1759,&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Longtemps, le sens du mot fut lié à la notion de peine, ou de souffrance. Vision passéiste que tout cela ! Depuis près de deux siècles, on s’applique à rendre le travail de moins en moins pénible et de plus en plus commode. J’avoue qu’il serait quand même exagéré d’en vouloir à cette tendance. Pour autant que le résultat soit au rendez-vous, ou que le but soit atteint. En revanche, depuis peu, à nos risques et périls, consciemment ou non (qui pourrait le certifier ?), c’est le travail même que nous nous occupons à éloigner de nous. De multiples façons, par différentes voies, systématiquement. En passant, relevons là une première victoire de l’<em>hedonêos</em> (l’homme hédoniste) et de l’<em>homo ludens</em> (l’homme joueur) sur l’<em>homo faber</em> (l’homme créateur). En fait, un certain courage a depuis toujours fait partie de tout acte en soi. Aujourd’hui, la dilution progressive de la responsabilité amorce cet éloignement. Comme conséquence, ce phénomène modifie d’un coup tout un versant des relations humaines. D’une part, à l’intérieur du processus du travail déjà, il y a d’abord désertion à tous les échelons. Dans le cas d’une équipe pluridisciplinaire, s’il y a erreur, manquement ou confusion, le coupable est le partenaire, dans celui d’un collectif unitaire et stable, le collègue, voir (cas plus classique, plus facile mais plus abject aussi) le subalterne. Surtout, jamais moi. Ensuite, c’est le report des compétences, entendez le recours (devenu routinier) à l’expert et au conseiller, ces spécialistes plus qualifiés que tous, payés très cher et dont on ne peut ni veut se séparer, aussi vain soit leur apport.<span id="easy-footnote-74-908" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-2-2/#easy-footnote-bottom-74-908" title=" Là-haut sur la montagne, un berger gardait son troupeau quand, soudain, une super 4&amp;#215;4 rutilante freine devant lui dans un nuage de poussière. Jovial, un type bronzé descend, sapé comme un prince. ‘Salut, mon vieux !’, lance le type. ‘Mmm’, marmonne le berger, qui le scrute, méfiant. ‘Belle journée, hein ?’ ‘Mmm’. ‘Dis-moi, mon brave, tu dois t’ennuyer grave par ici, alors je te propose un jeu, hein ?’ ‘Mmm’. ‘Si j’te dis combien t’en as de ces moutons, tu m’en donnes un ?’ Confus, le berger balaie le type d’un long regard bourru. ‘Eh bien, l’ami ?’ Le berger, enfin : ‘Mmm’. ‘Oookay !’ s’écrie le type. Et il se rue dans sa 4&amp;#215;4, ouvre le portable, sort le mobile, allume le gps, capte le satellite Znyrck, détecte la zone, zoome sur le troupeau, lance le compilateur statistique de recensement QznX42 et, deux minutes plus tard, radieux, vers le berger qui le fixe d’un regard vide : ‘Eh, mon grand, t’as 2758 moutons, pas vrai ?!’ ‘Mmm’. ‘Bon, alors, tu me le donnes, ce mouton ?’ ‘Mmm’. Et le type se tourne vers le troupeau de moutons, en choisit un et s’en va, lorsque le berger l’arrête : « Hé, m’sieur, si j’vous dis quel est votre métier, vous me rendez l’animal ?’ ‘OK !’ s’exclama le type, amusé. ‘Dès fois, vous ne seriez pas consultant ?’ Le type, perplexe : ‘Mmais, ccomment tu l’as su ?!’ ‘Ben, c’est assez facile : d’abord, vous êtes venu chez moi sans que je vous le demande ; ensuite, vous m’avez appris quelque chose que je savais déjà ; et à la fin, pour preuve que vous n’y connaissez rien de mon boulot, vous avez emporté mon chien.’"><sup>74</sup></a></span> D’autre part, au cours du processus de valorisation vers l’extérieur du produit du travail, d’abord les rôles sont souvent inversés. Il n’est ainsi pas rare de voir le client se tasser devant le marchand. Ensuite, il y a la conjoncture, les aléas, les situations impersonnelles et diffuses. Aussi, la cause d’un retard est – au choix et selon les circonstances – la météo, un accident, une grève, une panne, l’indisponibilité (pour cause de maladie) d’un collaborateur, la défaillance d’un moyen de transport, etc. À tel point qu’aujourd’hui, le bon déroulement d’une activité et sa bonne finalité appartiennent à la catégorie des manifestations révolues. Ou des miracles. Quant à ce que nous réserve l’avenir, rien ne préfigure l’arrêt de ce processus d’auto-déresponsabilisation personnelle. Au contraire, tout laisse à penser qu’il s’accentuera. Et si c’était au profit de l’intelligence artificielle ? Mais peu importe ! Quand la dilution de la responsabilité aura bien mûri, rien ne sera plus comme avant, et le travail sera derrière. Et tant pis pour Jules Renard qui clamait que…</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘…le travail pense, la paresse songe.’</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Internet</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">iDVD+iMovie+iPhoto+iTunes = iLife</p>



<p class="wp-block-paragraph">i comme internet. Sincèrement, je ne vois pas quelle autre révolution plus importante l’humanité aura connue dans l’histoire. D’accord, je vais probablement un peu trop vite en besogne. Néanmoins, faire le compte me semble valoir la peine. Mais d’abord, et en ce sens, qu’est-ce qu’une révolution ? Quelque chose qui change durablement tout. Or, des révolutions techniques comparables je n’en vois qu’une : celle de l’électricité. À partir des premiers balbutiements axés sur la question et jusqu’à la toute première application majeure de ses principes, 180 ans passèrent. Cela dit, lorsqu’un fabricant de software et de hardware réunit quatre logiciels en assimilant le nom de ce groupage à la notion même de vie (voir le texte en exergue ci-dessus), c’est que cela a l’air de devenir sérieux. L’existence serait ainsi une espèce de concentré d’audition musicale, de photos numériques, de montage vidéo et de stockage de données. Il n’en est rien, bien sûr, car pour l’instant ce n’est là qu’un moyen de marketing. Mais il n’en reste pas moins qu’internet pourra devenir bientôt le creuset de tout un tas d’ingrédients représentant la quintessence d’une nouvelle forme de vie humaine, de plus en plus impersonnelle et numérique, abstraite et virtuelle, codée et solitaire. Et qui primera peut-être sur la forme actuelle. Pourtant, pour reprendre Lénine qui disait que le communisme n’est pas plus sorcier que simplement ‘le pouvoir des Soviets plus l’électrification (encore elle !) de tout le pays’, internet n’est <em>“que“</em> (sic !) la puissance des ordinateurs plus les télécommunications à l’échelle de la planète. Ça n’a pas l’air si terrible, mais tout en n’oubliant pas que l’électricité a demandé bien plus de deux siècles pour s’installer solidement dans notre quotidien, nous observons qu’en vingt ans la puissance des ordinateurs a été multipliée par 1 000 et l’étendue du réseau par 200 000. Aussi, je crois que, s’agissant d’internet, entre routine, confort, facilité, isolement, performance, tentation, jeu, criminalité, besoin et savoir, à partir de maintenant les hommes sont exposés à l’une des plus dures épreuves existentielles qu’il furent jamais amenés à connaître.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais Dieu leur a tout de même laissé la liberté du choix, n’est-ce pas ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’enseignement</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Étudier ? Apprendre ? Mais pourqui faire ?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Steve Jobs a commencé à 20 ans dans un garage et voilà ce qu’il est devenu !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi loin que je me souvienne, ma vision sur la qualité des différents systèmes d’enseignement établis fut, je dirais, assez particulière. De surcroît, cette vision étant pas mal imagée (probablement à cause d’une déformation professionnelle), avec le temps je n’ai pu m’empêcher de lui flanquer même un graphique, celui de gauche, comme pour mieux la représenter. C’est ainsi ! Pourtant, je viens de réviser mon dessin : il ne reflète plus l’actualité. Le résultat est le dessin de droite. Un puissant mouvement de nivellement de la connaissance par le bas s’empare des systèmes européens, à l’Est comme à l’Ouest, telle une ample lame de fond qui gronde sur son chemin. En roulant, elle entraîne des masses énormes. Et quand elle frappe, elle n’épargne rien ni personne. Une fois passée, il ne reste que le désert – celui du savoir, voyons, et cet amas d’organismes anthropomorphes prêts pour une longue carrière d’électeurs disciplinés et de sages consommateurs. Cette hydre de la médiocrisation est tricéphale. Elle aplatit le degré de connaissance. Malheur à ceux qui aspirent. Elle inculque l’égalitarisme artificiel. Malheur aux doués. Elle fissure les familles. Malheur à nous. Mais la nouvelle école va encore au-delà de tout ça. Son credo chamboule les acquis professionnels des enseignants. Dans ces conditions, malheur à leur lucidité. Et aussi à leurs acquis pédagogiques. Et à leur autorité, ou à ce qu’il en reste. Elle brouille le système classique d’évaluation, simple et clair. Malheur à tout le monde, car plus personne ne s’y retrouve. Enfin, l’horaire journalier qu’elle inflige écrase l’enfance. Malheur aux enfants. C’est ainsi que l’école prépare les futurs usagers, ceux-là mêmes qui, à la fin du gymnase, croient qu’une walkyrie est un vieux modèle particulier de walkman et ne reconnaissent pas le plus grand pays du monde sur un planisphère. Alors, que les enseignements primaire et secondaire nord-américains soient notoirement nuls, passe encore. De toute manière, on s’y était habitué. Et puis, ne l’oublions quand même pas : là-bas, ce handicap est comblé aussitôt, il n’y a qu’à regarder mes graphiques ! Mais que le cycle général européen rejoigne le plancher de son pendant nord-américain, sans que pour autant l’instruction supérieure atteigne le plafond où l’autre se situe depuis des lustres, c’est ça qui fait vraiment mal. Quant à ce bouleversement au potentiel encore difficilement envisageable aujourd’hui, il ne resterait qu’à découvrir qui a pu en avoir l’idée. Comment. Quand. Mais, surtout, pourquoi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Là est toute la question. Et qui saurait la bonne réponse sinon son initiateur ? Ah, si au moins j’avais pu faire partie du cercle de ces initiés !</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La foi</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">« Le XXI<sup>e</sup> siècle sera spirituel ou ne sera pas. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a, comme ça, des pensées qui vous marquent toute une époque. Ce fut le cas de ces mots lâchés par André Malraux (ou bien par Paul Claudel ?). Gloire méritée, car la formule avait de la tenue. Par son prophétisme, elle avait aussi de quoi interpeller, bien qu’elle laissât en suspens la question des temps à venir et contînt une vision hardie très immédiate de la fin du monde. C’est probablement ce qui lui valut d’être galvaudée par un emploi à toutes les sauces. Cependant, en observant les choses à l’aube du nouveau millénaire, on pourrait dire que Malraux rata l’alternative envisagée. Tandis qu’une deuxième lui échappa. Regardons de plus près. Observation n° 1 : je ne vois pas les signes avant-coureurs d’un revirement religieux symptomatique. Évidemment, les pèlerinages de Saint-Jacques-de-Compostelle et de Lourdes, les rencontres de Taizé, les Journées mondiales de la jeunesse attestent une dévotion indiscutable, mais ils ne datent pas d’aujourd’hui, certains même pas d’hier. De plus, leur portée est limitée à une population certes assez large, mais néanmoins bien déterminée. En clair, ces appréciables actes de foi ne sont – hélas ! – pas suffisants pour ébranler cette autre réalité, pour le moins aussi incontestable, d’un monde (chrétien occidental, mais oriental aussi) dont l’esprit religieux dans lequel il fut immergé durant des siècles a cessé d’être le moule. Observation n° 2 : si, nonobstant mes réserves quant au potentiel réellement prémonitoire des propos cités, la fin du monde est pour bientôt, je lui en vois actuellement d’autres causes, plus saisissantes que le recul de la foi. En effet, d’autres phénomènes, sans connotation religieuse directe, pourraient bientôt provoquer la perte de l’homme. Tiens, par exemple l’accès de plus en plus inégal au savoir et au bien-être (si ce n’est carrément à une vie digne, voire même à la vie tout simplement) reconverti par les plus mal lotis en désespoir, dans un monde que la circulation de l’information rend de plus en plus transparent. Et aussi les rapports téméraires de l’homme soit avec la Terre et sa nature (à travers les questions énergétiques, de l’eau, des forêts, du sol, qui forment l’environnement connexe), soit avec l’Espace (à travers la question de l’effet de serre ou de la couche d’ozone, c’est-à-dire l’environnement intégral). Enfin, la question démographique. Observation n° 3 : il est tout à fait possible que le XXI<sup>e</sup> siècle soit bien religieux, mais apparemment dans un tout autre registre. Ontologiquement doué – comme nous l’avons vu – de la liberté du choix, l’homme entend désormais prolonger cet avantage à l’extrême. Dès lors, il affirme de plus en plus posséder, cultiver et invoquer son propre Dieu. Ou plutôt dieu. (Par ailleurs, selon le Département du commerce des États-Unis, 91 % des Américains se déclarent adeptes d’une religion.) Dès lors, certains vont même jusqu’à se revendiquer de la famille du Créateur. En réalité, cet affranchissement va de pair justement avec la dilution de la foi, qui dévoile simultanément une perte de repères. Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, l’Église et la société éliminaient les hérétiques. C’était incontestablement violent, sûrement cruel, mais c’était au moins radical dans l’idée de préserver une certaine santé spirituelle et mentale de la société, ainsi qu’une certaine cohésion. Aujourd’hui, tout en les désavouant, l’Église est réduite à la portion congrue, tandis que la communauté accepte pratiquement toutes les hérésies, voire les encourage au nom de la richesse impliquée par la diversité. C’est là une attitude sûrement plus douce, nettement plus indulgente, mais on lui doit aussi la formidable déroute spirituelle et mentale actuelle. Par exemple, elle donne au révérend Sun Myung Moon, chef de l’Église de l’Unification, la possibilité prodigieuse de célébrer, du haut des gradins et en simultanée, des milliers de mariages dans le même stade.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Impressionnant, le chemin parcouru par la société depuis le temps où le simple fait de pouvoir embrasser la carrière ecclésiale était un privilège !</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les loisirs</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">‘Être capable d’occuper intelligemment ses loisirs, tel est l’ultime produit de la civilisation.’</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Bertrand Russell, 1872 – 1970, ‹ La conquête du bonheur ›, Payot, 2001)</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’un côté, la théologie dit qu’au début de tout Dieu travailla six jours pour créer le monde et que, le septième, fatigué mais satisfait, il se reposa. Les Écritures ne précisent pas son emploi du temps ce jour-là, et c’est dommage. J’y reviendrai. Depuis, toujours est-il que les prophètes et autres patriarches suivirent tel quel l’exemple de Dieu. De l’autre côté, l’évolutionnisme fait savoir que, vraisemblablement déjà au début du pliocène avec l’<em>australopithecus annamensis</em> (-5 millions d’années), les ancêtres de l’homme se sont crevés à la tâche sept jours sur sept, ne serait-ce que pour échapper aux prédateurs.<span id="easy-footnote-75-908" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-2-2/#easy-footnote-bottom-75-908" title=" Si ce n’est avec le <em>Paranthropus robustus</em> (l’homme robuste d’à côté, -2.5000 millions d’années), l’<em>Homo ergaster</em> (l’homme travailleur, -1.5000) ou sa filiation directe l’<em>Homo habilis</em> (l’homme habile, -1.5000) et l’<em>Homo erectus</em> (l’homme debout, -1.0000), plus probablement avec l’<em>Homo sapiens</em> (l’homme sage, -0.1000) ou encore l’<em>Homo sapiens sapiens </em>(l’homme très sage, H<sup>s</sup><sub>2</sub> , -0.0200), et sûrement dès l’époque de l’<em>Homo sapiens sapiens sapiens</em> (l’homme extrêmement sage), c’est-à-dire celle de l’<em>Homo faber</em> (l’homme créateur, H<sup>s</sup><sub>3</sub> = Hf , -0.0050)."><sup>75</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme les indices sont rares et peu concluants en ce sens, on admettra le bénéfice du doute. Mais dans un cas comme dans l’autre, une chose est claire : à l’époque, l’activité primait sur le repos ou les loisirs qui en découlèrent. (Composante du passe-temps, lui-même produit du repos, les loisirs se rangèrent aux côtés de la contemplation et de la méditation. Font exception l’arbitrage sportif, l’activité des croupiers, des forains et quelques autres occupations lucratives liées au divertissement.) Mais pour revenir à Dieu, c’est dommage pour deux raisons : si tel avait été le cas, nous aurions pu nous en inspirer durablement pour passer comme il se doit le septième jour de la semaine ; et aussi nous aurions pu savoir comment Il avait préparé la semaine suivante. Dans ces conditions, les vieux admirent que Dieu s’était simplement reposé de Son labeur et décrétèrent que le septième jour ne devait être rien d’autre qu’un jour de repos, ou jour chômé. Par la même occasion, ils décidèrent d’en faire un saint jour. La filiation des australopithèques suivit une autre voie – celle du besoin, qui ne connaît pas le repos. Ainsi, les siècles s’écoulèrent et nous voilà droit devant l’<em>homo unicus </em>(l’homme uni, vers +0.0018), créateur des premières trade-unions, appelées syndicats dans les pays latins. C’est lui l’élément charnière qui généra le spécimen exponentiellement multiplié ces derniers temps : l’<em>homo ludens</em> (l’homme joueur, +0.0020). Le but de l’homme qui joue est triple : tout en maintenant son revenu, il vise à travailler moins pour se reposer (ou jouer) plus. Certains pays sont actuellement en bonne voie dans ce processus : on y travaille généralement 35, voire 32 heures par semaine. Cela fait 4 jours sur 7, soit, à raison de 8 heures par jour, 19 % sur la semaine, pourcentage qui tombe à moins de 14 % sur l’année, en tenant compte des vacances et des jours fériés. C’est-à-dire 1 jour sur 7. À la surprise générale donc, là où, à l’intérieur du temps divin, Dieu aura peiné 6 fois plus qu’il ne se serait reposé, l’homme tend aujourd’hui à réussir l’exploit d’inverser le rapport, en se reposant 6 fois plus qu’il ne travaille ! Pour prodigieux qu’il soit, ce résultat soulève néanmoins une question d’une autre nature : la méditation accaparant de moins en moins l’intérêt de l’homme et la contemplation ayant pratiquement disparu de ses préoccupations,</p>



<p class="wp-block-paragraph">quel niveau devra atteindre le volume de ses loisirs pour que tout le temps libre dont il disposera bientôt puisse être utilisé ?</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tu vois, grand-mère, le monde est vraiment devenu fou, fou, fou. Mais ce qui le rend fou, ce ne sont pas des choses comme les salons de beauté pour animaux domestiques ou les magnifiques caveaux en onyx qui leur serviront de dernières demeures, ni les blörks gluants et roses à l’arôme latexoïde que les gamins béats mâchonnent, ni les restaurants très <em>“in“</em> où les clients mangent, boivent et causent dans une obscurité utérine, ni les championnats internationaux du cracher de noyaux de cerise, ni les concours féminins de lutte dans la gelée mauve, ni le <em>Jerry Springer Show,</em> ni même les épreuves de saut à l’élastique. Car des bouffons et des bouffonneries ont toujours existé, et ce n’est de loin pas pour autant que le monde, qui est trop fort, aura perdu sa tête.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non. Le monde d’aujourd’hui est devenu fou parce qu’il a généré quelques spécimens qui ont la faculté de nous rendre tous fous. Ils nous font miroiter des facultés icariennes qui ne sont pas les nôtres. Ils repensent l’ignorance et veulent que l’on se l’approprie pour qu’elle devienne la référence. Ils renversent l’ordre naturel causal des devoirs et des droits, car l’on ne devrait avoir des droits qu’à partir de l’instant où l’on aura accompli nos devoirs. Ils font tout pour nous éloigner de notre point d’arrivée, qui depuis toujours est resté le même : la joie du labeur, comme premier et plus commun petit pas vers une rédemption possible.. Ils nous mettent en rogne contre notre propre berceau en œuvrant pour notre conversion d’hommes en consommateurs. Ils nous entraînent dans des altérations auxquelles nous aurons largement contribué et qui nous magnétisent. Ils ? Ils sont là où il faut, aujourd’hui : dans l’économie, la politique, les finances, le spectacle, les jeux, peut-être encore ailleurs. Je ne saurais dire s’ils sont comme vous et moi, ou bien s’ils sont petits, verts, ont des yeux rouges et de grandes oreilles, ou alors s’ils sont carrément invisibles pour nous. Mais est-ce vraiment important ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutes ces mutations se font donc sous nos yeux, autour de nous et en nous-mêmes : nous en faisons partie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous sommes ces mutations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[9 janvier 2004]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-2-2/">Bouleversations (2/2)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
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		<title>Bouleversations (1/2)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Nov 2020 21:13:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les deux dernières décennies du XXe siècle ont rivalisé en conséquences conjoncturelles avec les années postérieures au traité de Versailles et à la conférence de Potsdam. En 1919 était tournée la page du Moyen Âge et entériné l’avènement du capitalisme, tandis que le colonialisme touchait à son apogée. En 1945, le monde tel que nous le vivons encore aujourd’hui venait tout simplement d’être redessiné, avec tout le côté profondément traumatique - car artificiel - que cela comporte. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Les deux dernières décennies du XX<sup>e</sup> siècle ont rivalisé en conséquences conjoncturelles avec les années postérieures au traité de Versailles et à la conférence de Potsdam. En 1919 était tournée la page du Moyen Âge et entériné l’avènement du capitalisme, tandis que le colonialisme touchait à son apogée. En 1945, le monde tel que nous le vivons encore aujourd’hui venait tout simplement d’être redessiné, avec tout le côté profondément traumatique – car artificiel – que cela comporte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, comme je le disais, tout a changé ces derniers vingt ans. Et c’est intéressant que cela n’ait pas eu lieu de la façon qu’avait imaginée la science-fiction – les vertus prémonitoires de l’homme étant décidément lamentables. Pas de croisières intergalactiques régulières en ridicules combinaisons moulées de skaï, pas de maisons en plastique, aseptisées et robotisées, pas de biscuits immondes ou de pâtes infâmes en tubes, pas de fourmilières humaines autophages dans les mégalopoles gore, pseudo-gothiques, du monde occidental, pas de retour grotesque aux rites barbares après un long hiver atomique et toujours pas de trace d’invasion de cyborgs venus de l’espace.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, ou du moins pas encore.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les vols orbitaux et habités sont encore rares (bien qu’en passe de se banaliser), à travers le monde on construit encore en brique, à Berne on mange encore une excellente soupe à l’oignon, à Munich on boit encore une très bonne bière, à New York on peut encore se donner rendez-vous devant le Bloomingdale’s sur la 59<sup>e</sup> rue, le 1<sup>e</sup> janvier on peut encore rêver au <em>Staatsopernball</em> de Vienne, et pas encore d’extraterrestres parmi nous !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout au plus, nous avons la confirmation relative des intuitions d’un Huxley et d’un Orwell. Pourtant, l’énorme changement est là, sous nos yeux, autour de nous, en nous-mêmes.<span id="easy-footnote-76-904" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-1-2/#easy-footnote-bottom-76-904" title="D’où le titre de cet essai, que j’ai voulu le plus évocateur possible, comme pour souligner l’importance de ces mutations. Alors, en dépit d’une certaine redondance des termes, j’ai opté pour bouleversements + révolutions = bouleversations."><sup>76</sup></a></span> À notre insu peut-être, nous en faisons partie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous sommes ce changement.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui suit n’a rien d’un inventaire exhaustif et hiérarchisé ; ce n’est qu’un survol guidé par des critères subjectifs. Dès lors, jugeons plutôt à travers ces quelques brèves réflexions sur …</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La descendance</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">Grand-mère disait  vrai :<em> ‘On ne reconnaît plus nos petits-enfants’.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’époque de grand-mère, il n’y avait pas de Play, ni de Game, ni de XBOX, même pas de Walkman, encore moins de lecteur MP3. Le VHS n’existait pas encore, le PC non plus. Que dire alors du PDA ou du DVD ? Et certainement pas de HDTV, car c’est à peine si on venait de découvrir le miracle de la télévision. Si, si, c’était il y a 50 ans à peine. Donc, du temps de grand-mère, les petits-enfants étaient en vérité encore des gamins, puisque le matin ils avalaient leur lait avec du pain beurré tartiné à la confiture de fraises ; à la récré, ils couraient sous le préau de l’école, ou bien ils troquaient leurs collections de timbres-poste, l’après-midi, ils jouaient aux gendarmes et aux voleurs sur les terrains vagues du quartier, et très rarement, samedi, dimanche, ils prenaient papa-maman par la main et allaient savourer Cendrillon au cinéma, l’histoire tout échafaudée dans la tête à force de l’avoir tellement lue et relue. Et tout ça était bon. C’était aussi quelque chose que grand-mère connaissait, elle qui avait scrupuleusement suivi ce même rituel dans son enfance, les séances de cinéma en moins. Bien sûr, elle n’avait pas expérimenté le chewing-gum. Mais à l’occasion, ce n’était pas ça qui l’empêchait de veiller en famille sur les devoirs du bambin, sur ses fréquentations et sur son emploi du temps. Plus maintenant. D’abord, parce que, reléguée dans sa chambre d’ems, grand-mère et ses petits-enfants n’entretiennent plus que des rapports anniversaires (‘C’est – encore !… – l’anniversaire de grand-mère !’ ‘Devine, grand-mère : nous sommes là, c’est l<em>’”anni”</em> de Kevin !’, etc.). Ensuite, parce que même quand on lui laissa le contact familial, elle ne put jamais saisir pourquoi à présent les gosses se gavaient de Rice Krispies<sup>®</sup>, pourquoi ils troquaient des DragonballZ ou bien des Pokémon, pourquoi leurs résultats scolaires se déclinaient en NA, PA, A, AA et LA, pourquoi ils chérissaient tant les Tamagotschi, mais, surtout, qu’est-ce qu’ils pouvaient trouver de si attirant dans Tomb Raider. De toute façon, on lui aurait vite fait comprendre que son époque était passée, mais ceci l’aurait laissée sur sa faim. Car depuis toujours son univers a joué naturellement un rôle crucial et complexe : d’un côté, nous faire savoir d’où l’on vient, et que l’on ne peut agir entièrement à sa guise ; d’un autre côté, par sa façon d’être, préfigurer notre propre rôle, une fois son âge venu. Et ce rôle, c’est le même que le sien. J’appelle ça la merveilleuse chaîne de la passation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et je crois que, beaucoup plus qu’autrefois, nous vivons des temps de très grand risque, où cette chaîne pourrait facilement se rompre, si elle n’est pas déjà fissurée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’économie</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">De minisecousses en mégacrash, on ne compte plus les cahots boursiers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La spéculation sur les instruments et produits les plus divers (souvent nébuleux et insolites, voire carrément hermétiques pour le péquin) est devenue la principale occupation d’une élite d’initiés qui font la loi dans un domaine désormais exclusif. Vis-à-vis, il y a le boursicoteur classique, soucieux de placer minutieusement et judicieusement son argent dans une entreprise choisie selon des critères de créativité, de potentiel, de gestion rigoureuse, etc. Il est à présent l’archétype du ringard. D’ailleurs, bientôt il sera appelé à disparaître, car les temps sont à l’argent facile et aux coups d’éclat. Tel ténor monte à la tribune et affirme que le rouble russe est quatre fois surévalué. Le lendemain, le rouble perd 75 % de sa valeur face au dollar sur le marché des devises. Et le tribun d’affirmer qu’il s’était exprimé en son nom personnel. Ailleurs, on s’emballe sur l’avenir des communications et on lui trouve aussi un nom ésotérique : umts. Il permettra, dit-on, de véhiculer tout ce dont l’homme peut rêver : du son bien sûr, des données, mais surtout des images, partout et vite. Alors, on s’arrache les différentes concessions nationales d’utilisation de ces réseaux. Et l’on dépense pour cela des montants <em>“mammouth“</em>. Rien que pour être certain de se voir octroyer ces droits d’exploitation, sans compter les coûts imposés par la mise en œuvre des technologies de transmission. Et soudain, tout s’arrête. Et plus personne ne souffle mot de tout cela. Parce que, disait-on, ce n’était pas prouvé que ces réseaux étaient sans danger pour la santé des gens. Mais, dans l’intervalle, les taxes colossales fixées pour l’attribution des parts de marché auront déjà été englouties par les budgets courants des administrations publiques concernées. Tandis que les adjudicataires qui n’ont pas eu les reins assez solides auront fait faillite suite à l’effort financier trop facilement consenti. Et puis, dans d’autres paddocks, l’on s’échauffe sur le potentiel des <em>dotcom</em>. Les analystes ne jurent que par leur fabuleuse réserve de croissance uniquement parce que l’on veut croire qu’Internet, à peine mis en place, est déjà la panacée, un peu comme les grands canaux maritimes ou l’électricité à la fin du XIX<sup>e</sup> siècle. Alors les investissements dans le secteur ne connaissent plus de limites, de sorte que la capitalisation boursière de certains de ses acteurs – signe de la confiance du marché – n’a plus rien en commun avec les critères sensés du boursicoteur classique (chiffre d’affaires, bénéfice, <em>cash-flow</em>). Et là aussi, du jour au lendemain, tout s’écroule, tel un château de cartes, simplement parce qu’à force d’investir dans du rêve, les anachronismes, les inadéquations, les antagonismes, les déphasages qui sont inhérents à la précocité du domaine arrivent ipso facto à un point d’autorévélation où il n’est plus possible de les éluder. D’aucuns appellent ça l’effet autorégulateur des mécanismes du marché. Je n’y souscris pas. Au contraire, je pense que ce sont là des signes évidents de la débilité du raisonnement qui a cours de nos jours, et que ce mince raisonnement est un des éléments, et pas des moindres, de la mutation psychologique de ces vingt dernières années.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je pense enfin que jamais autant que ces temps-ci, la technique, la commodité, les loisirs, l’hypothèse de Dieu n’ont poussé les hommes aussi loin vers la futilité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le climat</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph"><em>« Mais où sont les neiges d’antan ? »</em></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">(François Villon, 1431 – 1463, ‹ Ballade des dames du temps jadis ›, 1460)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jamais auparavant cette exclamation n’avait atteint une pertinence aussi littérale ! Pourtant, alors que je n’ai pas spécialement la fibre écologiste, que je trie modérément mes ordures et que je ne chasse pas les produits bio dans les supermarchés (d’autant plus qu’ils sont plus chers que les aliments contaminés), je ne puis rester indifférent aux désordres climatiques évidents et majeurs de ces dernières années. Je ne sais pas s’ils proviennent vraiment de la quantité considérable de bonbonnes de spray utilisées tous azimuts pour diffuser de la colle, du parfum, de la peinture, des médicaments ou de la crème fouettée. Comme je ne sais pas non plus si blanchir le papier sans recourir au chlore peut vraiment résoudre ce problème. J’ai peut-être tort, mais les Zodiac de Greenpeace qui harcèlent (souvent naïvement, me dis-je) tel ou tel thonier, pétrolier ou bateau-poubelle transportant des déchets nucléaires, au lieu d’illustrer l’acharnement de ces jeunes militants barbus et trempés jusqu’aux os qui tiennent la barre, me font plutôt penser aux mouches que les vaches chassent placidement d’un mouvement de queue. N’empêche : il y a mutation dans ce domaine. On dit que l’année où je suis né, les gens ne pouvaient plus sortir de leurs maisons, tellement il avait neigé cet hiver-là. Et c’est vrai : depuis fin novembre et jusqu’à fin février, les hivers étaient des hivers, c’est-à-dire qu’il faisait froid et qu’il y avait de la neige. Et l’on sait que la neige est bonne pour l’agriculture. Les étés étaient aussi des étés, car en juillet et août on fondait, et chaque fois qu’il pleuvait l’après-midi on s’attendait au déluge biblique. Et puis, au printemps (avril, mai), il faisait doux. Parfois il faisait doux aussi en automne, surtout en septembre, mais le plus souvent il pleuvait dru des jours durant, et c’est là que – logiquement – arrivait la grippe. Avec ce mécanisme, tout le monde était habitué ; c’était le rituel immuable du climat qui faisait partie de l’ordre des choses. Aujourd’hui la grippe tombe n’importe quand. Elle tombe à mi-janvier, lorsque la température chute de 20°C après des semaines de douceur printanière. Elle tombe début avril, lors des grandes chutes de neige qui gèlent les bourgeons et tuent les cultures. Elle tombe en juin, quand le corps humain cède à la folle alternance de longues périodes de pluie battante et de brèves éclaircies pointant à 30°C. Elle tombe en août, quand, le matin, on part au travail en sandales, blouse et short, et qu’à midi on s’énerve parce qu’on a encoooore oublié de prendre avec soi les bottes, les jeans, un pull et la doudoune. Enfin, elle tombe en octobre, lorsque les baigneurs nostalgiques (pour ne pas citer ces automobilistes naïfs qui roulent toujours avec leurs pneus d’été) sont les plus exposés aux bourrasques glaciales qui peuvent se lever à tout instant et les clouer au lit. Une seule certitude : le temps a vraiment perdu la tête !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me demande alors de quoi auraient bien pu avoir l’air les si fameuses saisons que François Villon déplorait six siècles en arrière ?!…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’éthique</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">L’humiliation du pauvre d’être pauvre n’a aujourd’hui plus la cote. Ce qui intéresse à présent, c’est le malaise du riche d’être riche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je dis qu’il ne s’agit pas ici de formuler des jugements de valeur. Je ne dis pas qu’il est bon ou mauvais d’être pauvre, ni d’être riche, encore moins qu’il convient de s’en féliciter ou, au contraire, de se repentir. Le sujet est ailleurs : dans l’hypocrisie qui nourrit et guide l’attitude du fort envers le faible. Mais la réciproque est également valable. Car dans ce monde où le fossé entre les uns et les autres (individus, entreprises ou nations) est devenu abyssal, les temps sont aujourd’hui au jeu de l’éthique sereine, dont les règles simples se résument ainsi : <em>« Tu n’as qu’à me dire combien tu souffres, et hop ! moi je te soulage illico, et voilà ! comme ça, non seulement je soulage aussi ma conscience et mes impôts en espérant gagner du coup une place au paradis des puissants, mais surtout je dispose désormais de ta gratitude, qui te créera vite des obligations à long terme envers moi, et ces obligations m’autoriseront à te dicter mes conditions selon lesquelles je continuerai à exploiter à mon avantage ta dépendance envers moi »</em>. Entre œuvres de charité, institutions de bienfaisance, forums d’entraide, organisations non gouvernementales, assistances économique et logistique, coopérations tiers-mondistes, années de la malaria, de la déforestation, de la faim, organismes d’entraide, actions de solidarité, associations Nord-Sud, campagnes de récolte de dons, délocalisations, aides humanitaires, l’éventail sophistiqué des modes d’intrusion dans l’espace de souveraineté des nations (et forcément des individus) a pris des formes et des dimensions inconnues jusqu’à présent. Il est clair que, vue par le nanti, l’agression reste théorique tant qu’on ne la subit pas ; pure logique, puisque c’est le monde industriel qui la produit. Vis-à-vis en revanche, l’on subit, faute de mieux, même si pour les dirigeants des États ou des organismes receveurs, parfois c’est le moment et le moyen idéals pour gonfler exponentiellement leurs fortunes personnelles. Le résultat est qu’en moins de 30 ans, la dette (donc la subordination) des pays en voie de développement – bel euphémisme ! – a augmenté de 3500 %. Mais au fond, ne l’a-t-on pas si bien dit depuis toujours ‘Reculer pour mieux sauter’ ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et à vrai dire, Jean de La Fontaine dans ‹ Le loup et l’agneau › et Nicolas de Pergame dans ‹ Le renard et le chapon › ne dénonçaient-ils pas la même chose ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les minorités</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">La bonne vieille boutade ‘Plutôt jeune, riche et bien portant, que vieux, pauvre et mal foutu’ est périmée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est l’époque du ‘Plutôt célibataire, lesbienne et noire, que chef de famille, hétérosexuel et blanc’. L’âge, la fortune et la santé ne constituent plus des repères : le premier est relatif, la deuxième variable, la troisième aléatoire. On leur préfère le sexe, l’état civil, la sexualité, la race. En se rappelant la fin des années soixante, force est de rester abasourdi devant tout ce que les minorités ont acquis depuis. Je suis attaché à mes racines, aux valeurs de la culture (est-)européenne et je crois en la Sainte Trinité, mais je ne suis ni raciste, ni puritain. Pourtant, ma perplexité s’étend aussi à l’usage de ces acquis. Mon ami, si tu es un homme marié, n’essaie pas de concurrencer une femme célibataire pour un poste dans l’enseignement ou dans l’administration en général : tu perdrais ton temps. Puisses-tu être fort en thème, surtout ne te vexe pas : au mieux, par quelque fuite habilement orchestrée, on te fera savoir que ce n’est pas la peine ; au pire, tu n’en sauras rien. Si, par contre, tu cherches à engager quelqu’un, fais très attention avant de refuser qui que ce soit : il se pourrait que, par malheur, tu renvoies un candidat qui, certes, n’avait pas plus de qualifications qu’il n’avait d’expérience, mais voilà, il s’est trouvé qu’il était gay. Et alors, gare aux associations !<span id="easy-footnote-77-904" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-1-2/#easy-footnote-bottom-77-904" title=" Europe de l’Est postcommuniste : longue file d’attente dans un Service d’émigration. Des gens de tous les âges, mais surtout des jeunes. Un couple âgé, mais alors très, très âgé, fait aussi la queue. Intrigué, un jeune voisin ose : ‘Madame, s’il vous plaît, vous aussi vous êtes là pour l’émigration ?’ ‘Bien sûr !’, s’exclame fermement la petite vieille. ‘Mais, excusez-moi, vous voulez émigrer à votre âge ?!’ ‘Absolument’, s’indigne le vieillard. ‘Puis-je vous demander pourquoi ?’ ‘Écoutez jeune-homme, c’est très simple. C’est à cause des homosexuels. Au temps des nazis, on les tuait. Au temps des communistes, on les bouclait. Aujourd’hui, on les encourage et on les pousse en avant. Alors, le problème est que si ça continue comme ça, nous avons très peur que ça ne devienne franchement obligatoire !’"><sup>77</sup></a></span> Enfin, si par hasard tu n’étais pas touché par ces problèmes, un beau jour tu voudras certainement faire avancer ta carrière et tenter une promotion. Là, tu auras toutes les chances de te casser la figure devant la nouvelle et sympathique égérie africaine du chef de département. Un conseil : réprime ta colère, sinon tu risqueras beaucoup d’être traité de sale raciste. Et ton avenir pourrait en dépendre. Tout cela pour dire, d’une façon plus générale, que je n’ai pas encore entendu parler des devoirs de ces minorités, en marge de leurs droits. Quels devoirs ? Voyons, ne serait-ce que celui de réflexion : sur ce que les jeunes pourraient tirer du fourmillement de chairs mauves-jaunes-vertes dont ils sont les spectateurs involontaires à l’occasion de chaque défilé homosexuel ; réflexion sur la vénérable place soi-disant traditionnelle de la femme et sur l’immense valeur du vrai rôle de la famille, tout comme sur les résultats qui en découlent ; réflexion sur un certain type, si largement répandu, d’existence opulente et aboulique, où le vide du vécu sombre rapidement au chant des sirènes d’une échappée exotique éphémère. Ce serait déjà ça, non ? Eh bien non, visiblement, ce n’est pas ça !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors franchement, cette cause des minorités, quel gâchis incalculable !…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le travail</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph"><em>« Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin. »</em></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">(Voltaire, 1694 – 1778, ‹ Candide ou l’optimisme › Cramer, 1759,&nbsp; […]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[9 janvier 2004]</p>
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		<title>Papa, dessine-moi une Suisse (2/2)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 04 Oct 2020 21:49:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>[…] « Le Suisse (et, bien sûr et au même titre, la Suissesse, la forme masculine étant ici utilisée uniquement par souci de commodité et de fluidité) se rend au travail comme nos aïeuls se rendaient à la messe du dimanche : calmement, sobrement, rigoureusement, religieusement. Le travail lui est au-delà du besoin, de l’argent, […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Le Suisse (et, bien sûr et au même titre, la Suissesse, la forme masculine étant ici utilisée uniquement par souci de commodité et de fluidité) se rend au travail comme nos aïeuls se rendaient à la messe du dimanche : calmement, sobrement, rigoureusement, religieusement. Le travail lui est au-delà du besoin, de l’argent, de la carrière, encore que ce sont là des éléments essentiels de la vie. Il est logé dans sa nature. Il est même au-delà du faux dilemme ‘travailler pour vivre ou vivre pour travailler ?’ De bon gré, le Suisse fait une toute autre lecture de l’épouvantable slogan nazi. Pour lui, carrément ‘Arbeit bringt Glück’. Le travail est au rayon de l’évidence. À le voir au travail, on dirait qu’il y est né pour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puisque c’est ainsi, autant travailler bien. Car au plus profond de lui-même, la nature du Suisse se retrouve en réalité dans le travail bien fait. Et comme de travail bien fait à travail de qualité – ou excellence – il n’y a qu’un seul et tout petit pas, il l’a franchi allègrement depuis des lustres. Aussi, on se trouve au niveau où l’expression travail de qualité a carrément remplacé la notion de base – travail. Intégré aussi au domaine de l’évidence, le travail de qualité s’est donc hissé à la place de concept-cadre implicite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Atteint par les premières étincelles de l’ère industrielle, c’est peut-être l’intérêt précoce de l’artisan du lieu envers la mesure du temps qui l’a amené au début du XVIII<sup>e</sup> siècle à façonner davantage ce syntagme pour déboucher sur un autre, encore plus poussé : le travail de précision. Ce concept-frère s’est donc forgé au fil des ans via le même processus qui a fondu les termes travail et qualité en un seul concept, et a pris place peu à peu dans la conscience collective au point d’en faire un pléonasme : la précision helvétique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Excellence et précision étant par nature hautement exigeantes, donc contraignantes, qui dit contrainte dit règle, avec ses bons et mauvais côtés. En l’espèce, cela s’est traduit par le culte d’une certaine conformité, absolue. Un besoin viscéral pour qu’à tout moment l’on puisse disposer de repères établis. Pour juger, agir éclairé, comparer. Ainsi, l’adage <em>« Une chose est une chose, pas ce que l’on dit de cette chose »</em><span id="easy-footnote-78-889" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/papa-dessine-moi-une-suisse-2-2/#easy-footnote-bottom-78-889" title=" J’ai été heureux de retrouver cette formule dans le film ‹ Birdman › du metteur en scène mexicain Alejandro González Iñárritu, 2014 "><sup>78</sup></a></span>prit une place de choix dans l’instinct du Suisse, qui l’érigea au rang de norme. Pour sûr, quelque part cela eut un impact sur la désinvolture inventive, l’exubérance créative…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette règle de base agit au-delà des relations de l’individu à l’acte, à l’événement, à l’affaire, à l’objet : il gouverne les relations entre les individus et le contraire serait pour le moins surprenant, voire impossible. La formule ‘Un homme n’a qu’une parole’ <span id="easy-footnote-79-889" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/papa-dessine-moi-une-suisse-2-2/#easy-footnote-bottom-79-889" title=" L’expression consacrée est en allemand : <em>Ein Mann, ein Wort</em>."><sup>79</sup></a></span> décrit un truisme car il s’agit d’un principe ancré dans le subconscient. Pouvoir compter dessus est à double sens et ce n’est que logique : on en demande autant qu’on en donne. Bien que des entorses à ce dogme existent, elles sont perçues comme des accidents isolés, sont mal reçues et souvent aussitôt condamnées.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Pouvoir compter dessus »</em> est une expression qui se réduit au seul mot confiance. En Suisse elle habite du premier au dernier étage de la société sans distinction quant à la région linguistique. Un chapeau oublié dans un magasin est retrouvé le lendemain par son possesseur. Un portefeuille épais trouvé sur le trottoir est remis à un poste de police.<span id="easy-footnote-80-889" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/papa-dessine-moi-une-suisse-2-2/#easy-footnote-bottom-80-889" title=" Le geste valant tout de même une récompense officielle à hauteur de 10% du montant qui s’y trouverait."><sup>80</sup></a></span> Un rendez-vous est convenu et bien-sûr respecté. Même chose pour une échéance. Une promesse orale vaut contrat et un contrat oral vaut son pendant écrit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rien de tout cela ne serait possible sans le respect primordial et absolu de la personne. Tout aussi omniprésent, il est un des carburants circulant dans les veines de la société. Il permet l’efficacité parfaite des rapports État⟷individu. Il autorise, techniquement et humainement, une médecine-modèle. Il est à la base de l’abondance d’institutions de coopération, entraide et assistance, ici et ailleurs. Il assure au pays éclat et renom mondial, car via l’individu, unité de base de toute société, il sert tout ce pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme dans toute forme d’organisation humaine complexe, cette efficacité présuppose certaines disponibilités actives supplémentaires : par exemple pour la rigueur et la discipline. C’est aussi grâce à ces deux paramètres de fonctionnement que ce <em>minestrone</em> multi-séculaire que représente la société suisse dans son ensemble s’est transformé au fil des ans en un mécanisme huilé unitaire et unique tel que nous le connaissons aujourd’hui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Longtemps territoire à vocation guerrière, pourvoyeur de mercenaires et peuplé d’hommes téméraires, ce petit pays fut gagné par l’aversion du risque et par le rejet de l’esprit d’aventure, lui préférant celui de la prudence et de la prévision. Vînt ensuite s’y greffer cet autre instrument de rayonnement aux quatre coins du monde – la neutralité, qui lui fit éviter deux embrasements planétaires, entre autres missions de pacification et de médiation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Suisse n’est pas peuplée de clones. Sur huit millions d’habitants il y a autant d’opinions diverses, comme un peu partout. Mais il y a là une quête permanente de la modération (ou la conquête du compromis pour atteindre un objectif supérieur) qui pointe vers cette autre déité suisse qu’est l’attitude consensuelle. C’est un art. Un autre carburant qui fait tourner la société autant au niveaux social – par la paix du travail employeurs⟷employés, que politique – par le gouvernement collégial, unique au monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Stabilité : politique, sociale, économique, financière. Encore un axiome dont les racines se trouvent en bonne partie dans cet esprit de juste mesure. Les gens de ce pays se sont habitués à ne pas aimer les extrêmes, du coup ils n’en sont pas les champions. Il sont en revanche des champions reconnus et respectés de cette stabilité-là, qui se prend de main avec la tranquillité. Ensemble, elles portent sur les bras la solidité, et à trois, elles déroulent le tapis de la prospérité pour le plus grand nombre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tous ces facteurs s’appliquent à ce peuple qui, avant le verbe être et même le verbe avoir, d’abord jure fidélité au verbe faire. Et celui-ci vit par le réalisme, tête sur les épaules et pieds sur terre. Ce verbe déteste la naïveté et les utopies, comme il tourne le dos aux excentricités. Lorsque sur son économie se déposent la conviction, la minutie, la méthode, la perfection, il n’est plus surprenant que la Suisse exporte par tête d’habitant vingt fois plus que la Chine, sept fois plus que les États-Unis et deuxx fois plus que l’Allemagne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et qu’en est-il de ce thème si aimé de nos jours et si galvaudé partout : la démocratie ? De la cohésion nationale dans un pays tri-, voire quadri- si ce n’est quintilingue ? De ce tiers d’étrangers sur le total de la population ? De l’unité nationale avec vingt-six petits États indépendants et deux mille communes avec leurs propres lois et règlements ? Du civisme ? Du pouvoir populaire avec cette armée de milice où le citoyen garde son cher fusil d’assaut dans l’armoire à balai ? Visiblement aucun souci, c’est pourquoi a été donné au peuple ce surnom pompeux : <em>“Le Souverain”</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce portrait serait incomplet si le bon sens, la discrétion, l’aversion pour le verbe paraître étaient absents. L’esprit protestant veille, mais quelle importance finalement ? L’importance se trouve dans le nombre d’individus à hauts revenus qui choisissent la Suisse comme domicile ; dans le nombre réduit de <em>paparazzi per capita </em>; dans le nombre de sociétés étrangères par mètre carré qui installent leurs sièges, d’ailleurs pour plein d’autres raisons que la sobriété ; dans le nombre d’institutions internationales qui font de même.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout serait alors pour le mieux dans le meilleur des pays possibles ? Hélas, excusez du peu : clairement NON. D’ailleurs j’entends ces voix outrées qui se lèvent déjà. Bien sûr, il y a toujours un prix à payer, on n’a jamais rien sans rien. Le coût s’appelle – il fallait s’y attendre – une justice laxiste, la torpeur politique, la couardise et son double langage, la crainte d’assumer, le mouchardage, le nanisme culturel, la rigidité, l’esprit carré, la supériorité, l’absence du second degré, de l’humour, de l’autodérision… Non, ce pays n’est pas le Paradis, l’El Dorado ou la Terre Promise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sont mis en évidence ici des attributs et un état d’esprit dominants, que l’anglais exprime peut-être plus correctement au travers du syntagme <em>state of mind</em>. Aussi, tout n’est bien sûr pas exception, réservé ou propre uniquement à la Suisse et à ses braves citoyens. Loin s’en faut. En revanche, c’est l’ensemble harmonieux de tous ces éléments qui donne naissance à son portrait si spécial. Un peintre esquisse un nez, un autre un œil, un autre une oreille, un autre des cheveux. Mais il n’y a qu’une seule Mona Lisa. »</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand j’ai fini, j’ai montré à mon fils l’image de ma Suisse, que voici. Mais lui – tête sur la table – il dormait déjà comme un petit ange qu’il est pour moi, je ne saurais pas dire depuis quand. Il se faisait déjà tard et je ne m’étais rendu compte le moins du monde. Avec l’application qu’on me dit au dessin, cette fois j’étais parti à fond dans les choux. Au moins, je me suis vite consolé en apercevant devant lui un tout petit dessin qu’il avait griffonné alors que je pérorais dans le vent : le drapeau suisse. Correct, cette fois-ci.</p>



<figure class="wp-block-gallery columns-1 is-cropped wp-block-gallery-3 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="710" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2020/10/Papa-dessine-moi-une-Suisse-22-1024x710.jpg" alt data-id="891" class="wp-image-891" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2020/10/Papa-dessine-moi-une-Suisse-22-1024x710.jpg 1024w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2020/10/Papa-dessine-moi-une-Suisse-22-300x208.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2020/10/Papa-dessine-moi-une-Suisse-22-768x533.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2020/10/Papa-dessine-moi-une-Suisse-22.jpg 1152w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px"></figure></li></ul></figure>



<p class="wp-block-paragraph">[11 septembre 2018]</p>



<p class="wp-block-paragraph">P.-S. Ce dessin écrit s’adresse aux personnes de plus en plus nombreuses qui se construisent une habitude à regarder la moitié du verre qui est vide, tandis que déjà la moitié pleine leur ferait pas mal l’affaire et que tout autour vivent tant d’autres personnes qui ne peuvent que rêver de cette moitié pleine pour calmer leur soif.</p>
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		<title>Papa, dessine-moi une Suisse! (1/2)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Sep 2020 15:22:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les Alpes, on ne les voit point depuis le rez-de-chaussée, et à vrai dire pas beaucoup plus depuis le premier étage de la maison que ma famille a occupé 28 ans durant sur les hauts de Lausanne. En revanche, depuis le deuxième si, et encore bien, et on voit même un bout de ce cher lac Léman. Il faut savoir que le rideau d’arbres qui embrasse notre jardin fait barrage, comme le mur de paix qui y règne, percé seulement par les trilles des oiseaux moqueurs. [...]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Les Alpes, on ne les voit point depuis le rez-de-chaussée, et à vrai dire pas beaucoup plus depuis le premier étage de la maison que ma famille a occupé 28 ans durant sur les hauts de Lausanne. En revanche, depuis le deuxième si, et encore bien, et on voit même un bout de ce cher lac Léman. Il faut savoir que le rideau d’arbres qui embrasse notre jardin fait barrage, comme le mur de paix qui y règne, percé seulement par les trilles des oiseaux moqueurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au fait, les Alpes, le Mont Blanc, le lac Léman, ce sont des stéréotypes de l’imaginaire collectif, tels les criques écossais, le Fuji ou le Nil. Parce qu’il y a tant à se régaler en deçà, autour et au-delà ! Tiens, lors de ma première année d’université, un des sujets fut l’étude d’une maison pour un photographe sur un site réel dominant les environs. Dans leurs concepts, les étudiants choisirent par instinct comme direction de vue le lac Léman et sa toile de fond alpine, peut-être aussi célèbre que le <em>skyline</em> de New-York. Alors le professeur dit : ‘Bien. C’est un objectif qui vaut l’attention. Mais pensez aussi qu’à 2o km de distance, c’est uniquement un décor. Ça l’a été et ça le restera à jamais. Alors qu’à quelques pas autour de votre projet il y a ce beau jardin avec ses superbes arbres que l’on peut vivre en plein chaque jour à longueur d’année : le printemps lorsque frémissent les perce-neige et l’été quand vrombissent les bourdons, sans oublier le spectacle impressionniste de l’automne et le blanc tenace de l’hiver.’</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela m’a marqué, la preuve est que je m’en souviens encore comme si c’était hier. Et ces paroles me reviennent presque chaque fois que mon regard balaye l’allée de gravier, ou qu’en poussant la tondeuse à gazon – pas assez souvent qu’il le faudrait – je me demande combien de fourmis, de moucherons et autres micro insectes je suis en train de tuer involontairement sous mes pas de géant. Je m’en souviens aussi dans la douceur de cette fin d’après-midi, à mes côtés mon fils happé par l’œuvre que tout enfant a dessiné passionnément un jour : son univers à lui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je jette un coup d’œil furtif, histoire de ne pas casser la magie du moment et je découvre tout en haut un soleil énorme et furieux, probablement le résultat subconscient d’un manque rendu obsessif par ce climat durablement capricieux qui nous agace. Puis des oiseaux, petits, grands, plein d’oiseaux, sans doute ceux qui nous concertent du matin au soir, si ce ne sont alors des mouches, celles qui gâchent tant nos repas dehors, la représentation est ambiguë. En dessous je devine notre chienne Lulu, car nous n’élevons ni chevaux ni zèbres. Et pour lui, elle est vraiment massive, la chienne, même si ce n’est qu’une bâtarde moyenne, et sûrement qu’elle est calibrée selon l’affection qu’il lui porte. Suivent deux-trois petits sapins (rouges !), un peu de gazon par ci, ma voiture par là, plus petite que Lulu et qu’on dirait plutôt une brouette. Un zeste de ciel bleu. Maman, grand-mère et moi, nous sommes là aussi, tous – hélas ! – des nains de jardin. À l’instant il achève la moto Lego reçue pour Noël, trois fois la taille de ma voiture. Au fond, il y a encore la maison : une fenêtre, une porte. Ça suffit et je sais bien pourquoi : bâtir n’est pas son fort.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je le regarde avec une infinie tendresse et tout en essayant de ne pas freiner son élan expressif, lui fait remarquer habilement qu’il a omis certaines choses importantes. Contrarié, il ronge son crayon violet qui avait donné naissance à la chienne. « Quoi ? » « Réfléchis bien. » Mais à son âge, la pétulance est reine, donc je lui concède en souriant : « Et les framboises du potager alors ?! » Il rit vite, un brin gêné, et s’y remet tout de suite mais… s’arrête aussitôt : « Papa, c’est comment les framboises ? » <em>˝Quelle mauvaise idée˝</em>, me dis-je. En effet, on est en septembre et les framboises sont loin derrière, autrement je l’aurais invité à cueillir quelques unes comme modèle. Puisqu’on me dit relativement doué au dessin, j’essaye de réparer ce décalage saisonnier par une représentation graphique qui ressemble malheureusement plus à une grappe de raisins, mais bon, il est satisfait et c’est ce qui compte. Sur ce, je retourne à mes affaires. Peu après il finit le travail et me brandit son dessin avec l’air du chef de guerre victorieux. À part une sorte de piscine (inexistante) et quelques fioritures, oh stupeur !, sur notre maison flotte le drapeau de la Croix Rouge.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« C’est bien, c’est bien… mais qu’est ce que c’est que ça ? » je lui demande et lui montre la fameuse bannière blanche. Les yeux plient, et d’un air luron je reçois la réponse, évidente : « Mais quoi, papa ?! le drapeau suisse ! » <em>(˝Oh-là, drôle d’embarras maintenant, que dois-je faire ? Simplement lui en montrer un de bien correct ? Lui en dessiner un moi-même ? Lui expliquer les comment et les pourquoi ? Et par quel cheminement mental a-t-il pu faire sortir de son mini cerveau le symbole de cette ONG, certes si fameuse, mais bon, tout de même…˝)</em>. Les secondes passent et il se tient là devant moi, suspendu à ma validation, même que pour lui et dans le cas présent, cela reviendrait à une formalité tant il est sûr de son <em>design</em>. Pourtant, à cet âge-là et par nature, les enfants ont un besoin irrépressible de consécration qu’ils n’acceptent que de la part des adultes, papa-maman en tête. Sur ce, la jubilation s’aplatit sur son visage. Cela me devient intenable et sans plus tarder je me dois d’agir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Écoute… comment dire ?» Ses petites mains baissent pour poser le dessin sur la table et ses yeux collent à mes lèvres. «Ce que t’as fait là est très bien… » (infime rictus de soulagement) « mais… » (infime rictus d’abattement) « c’est à dire… vois-tu ? en fait ton dessin est très beau et il est aussi très compliqué » (voyant que le soleil tend à se lever, je souffle un peu, encore que le mot qui aurait convenu et que j’avais remplacé après les cinq premières lettres était ´complEXE´, car je risquais là le peu de marge que j’avais dans l’exposé qui me guettait sur un thème déjà pas simple).&nbsp; J’enchaîne donc : « Tu as très bien dessiné toutes ces choses qui sont ici, enfin, les principales choses » (le visage fleurit) « mais tiens ! la fourrure de Lulu n’est pas mauve, elle est noire » (petit sourire: il le sait bien, le crayon noir est presqu’à bout, mais bon, il sait aussi qu’on le lui passe, Lulu aussi) « le reste tu l’as très bien dessiné et… » (exclu de tromper sa vigilance : il attend le moment où je vais tuer ce “mais”) « … ce drapeau suisse… en fait c’est une croix blanche sur fond rouge, c’est l’inverse de ce que t’as fait, mais c’est pas grave» (chose confirmée par sa grimace genre <em>˝Ah, si c’est que ça…˝</em>). Et alors qu’en me retournant je croyais l’avoir échappé belle, j’entends : « Papa, dessine-moi une Suisse !… »</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>(˝Hyperluberlandox ! Goulp ! Que fais-je ?! Trop beaux sont les draps, c’est pour ça que j’y suis en plein dedans. Voyons si je vaux quelque chose.˝)</em> Je prends donc ma pose docte, je roule les yeux côté ciel et j’articule d’un ton grave : « Ce que tu demandes est très difficile, mais j’essayerai de faire encore mieux… » (le visage refleurit) « …j’essayerai de te faire rêver d’une Suisse ! » (le soleil est au zénith).</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Un drapeau est le symbole d’un pays, et ce drapeau-là, que tu viens de me montrer, c’est le symbole de la Suisse. Un symbole est quelque chose de très, très spécial. Par exemple quand tu veux dessiner l’amour, admettons que tu veux dessiner maman et papa qui s’aiment, tu dessines papa et maman et entre les deux tu dessines un cœur rouge, mais ce cœur-là, ce n’est ni celui de papa, ni celui de maman, puisque personne ne peut vivre sans son cœur dedans. Donc ce cœur, que tu dessines entre nous deux, représente l’amour. C’est le symbole de l’amour. Bien sûr, ce n’est juste qu’un symbole dessiné, mais il est très-très important. Parce que l’amour aussi est très important. Eh bien, un drapeau c’est aussi très important, puisqu’il représente tout un pays, il est son symbole. Et un pays c’est aussi quelque chose de très important. Par exemple, pour toi la Suisse est quelque chose de très important parce que c’est déjà le lieu et le pays où tu es né il y a de ça sept ans. Mais ce pays, la Suisse, il est important pour tant de garçons et de filles qui sont né(e)s ici, et si tu veux tout savoir, il est important pour bien plus de raisons que le simple fait de naître ici.</p>



<p class="wp-block-paragraph">As-tu compté combien de fois il a utilisé papa le mot ´important´ ? Eh bien, ce n’est pas un hasard : Lulu, le pays, l’amour, le drapeau, maman, papa, ce sont – toutes – des choses importantes. Important c’est ce qui compte pour toi, ou pour quelqu’un d’autre, nos voisins par exemple, ou pour les gens de cette ville, ou alors pour tout un pays, la Suisse ou un autre. C’est ce que tu aimes, ou tu préfères, toi ou quelqu’un d’autre, ou plusieurs personnes à la fois. Et comme tu sais, chacun est unique, donc différent d’un autre, alors la plupart du temps ce qui est important pour toi ne le sera peut-être pas pour ton voisin. Prends Lulu : elle est très importante pour toi, mais pas tellement pour ton voisin. Pour lui, c’est son chat Löschat qui compte. Et ainsi de suite. Maintenant autre chose : le lac. Nous l’aimons probablement tous, je veux dire la plupart de ceux qui habitons dans cette ville. Mais tous les autres, qui ne font que nous rendre visite, les touristes, les voyageurs, les gens de passage, il y en a beaucoup qui l’aiment aussi. On ne sait pas trop pourquoi toutes ces personnes aiment cette grande flaque d’eau, mais c’est ainsi. Et plein d’autres autour du monde qui habitent près d’un lac, aiment bien aussi le leur. Et les touristes qui vont par là-bas également. Attends : il y encore plus drôle. Quand nous nous rendons en vacances au bord de la mer, qu’est-ce que nous l’aimons, cette mer !!! Pas vrai ? Pourtant c’est toujours une flaque d’eau, sauf que mille fois plus grande que notre petit lac, hein ? Pense alors ce que les habitants de ces pays-là doivent aimer leurs mers. Et nous, qu’est-ce qu’on fait quand on retourne de ces vacances-là ? On crie à tout va ‘Rasez-moi ces Alpes, qu’on voit la mer !’ Voilà donc de quoi on pourrait être capables, alors qu’il y a tant de gens partout dans le monde qui sont fous de nos montagnes. Nous compris !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout ça veut dire deux choses : d’abord que chacun de nous décide de ce qui est important pour lui et ensuite qu’il arrive souvent à une même chose d’être importante pour tant de gens qui ne se connaissent même pas. C’est aussi le cas du drapeau d’un pays et du pays lui-même. Par exemple la Suisse. À présent je suis certain que tu te demandes – à juste titre d’ailleurs – pourquoi ce pays est-il si important, aussi bien pour les habitants d’ici que pour plein d’autres. Arrivés en ce point, il est clair qu’en t’expliquant ces choses assez compliquées, ce sera selon ma façon de les voir. Je te dessinerai donc et te ferai rêver d’une certaine Suisse, ma Suisse à moi. Si je dis cela, c’est parce qu’à coup sûr, un jour ou un autre, tu entendras ou tu liras d’autres histoires sur ce pays, de la part d’autres personnes, et la plupart de ces histoires seront sans doute assez différentes de celle que je te raconterai à présent. Et ça mon garçon, il serait bon que tu le saches déjà. »</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Chaque jour le Suisse (et, bien sûr et au même titre, la Suissesse, la forme masculine étant ici utilisée uniquement par souci de commodité et de fluidité) se rend à son travail comme nos aïeuls prenaient le chemin de l’église dimanche de bonne heure : calmement, sobrement, rigoureusement, religieusement. Le travail lui est au-delà du besoin, de l’envie, de l’argent, de la carrière, encore que ce sont là des éléments essentiels de la vie. Il est logé dans sa nature. Il est même au-delà du pseudo-dilemme ‘travailler pour vivre ou vivre pour travailler ?’ De bon gré, le Suisse fait une toute autre lecture de l’épouvantable slogan nazi. Pour lui, c’est carrément ‘Arbeit bringt Glück’.&nbsp; Le travail est au rayon de l’évidence. À le voir au travail, on dirait qu’il y est né pour. […]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[11 septembre 2018]</p>
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		<title>Ar_chitecte</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 21 Jun 2020 18:14:19 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En fait, je suis un architecte, donc pas n’importe qui. C’est dire. Archi-tecte. Comme cet autre qui peut bien être archi-mandrite, archi-duc, arch-evêque, archi-viste ou arch-éopteryx. C’est un terme composé de arch-i et de tecte.[...]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">En fait, je suis un architecte, donc pas n’importe qui. C’est dire. Archi-tecte. Comme cet autre qui peut bien être archi-mandrite, archi-duc, arch-evêque, archi-viste ou arch-éopteryx. C’est un terme composé de arch-i et de tecte. Le premier, <em>archi</em>, vient du Grec Ancien <em>arkhi</em>– qui signifie «&nbsp;chef&nbsp;», qui, lui, vient d’un autre mot grec, <em>archon,</em> qui désigne un des neuf chefs magistrats ou commandants de l’ancienne cité d’Athènes, lui-même participe présent de <em>arkhein</em> c’est-à-dire «&nbsp;être le premier&nbsp;» et par conséquent «&nbsp;commencer (avec ou depuis), se préparer pour&nbsp;» mais aussi «&nbsp;conduire, montrer le chemin, diriger, dominer&nbsp;». Le second, <em>tecte</em>, vient aussi du Grec Ancien <em>tekton </em>qui signifie «&nbsp;bâtisseur, charpentier&nbsp;», mais en réalité il est encore plus vieux car il vient du Proto-Indo-Européen <em>teks-</em>, une racine dont le sens est de «&nbsp;tisser&nbsp;», comme de ”créer, fabriquer&nbsp;» notamment avec une hache. Cette origine est appuyée par une présence à peu près synonyme dans diverses autres langues : <em>taksati</em> «&nbsp;il modèle, construit&nbsp;» et <em>taksan</em> “charpentier” en Sanskrite, <em>taša</em> «&nbsp;hache&nbsp;» et <em>thwaxš-</em> «&nbsp;être occupé&nbsp;» en Avestique, <em>taxš</em>– «&nbsp;être actif&nbsp;» en Vieux Persan, <em>texere</em> “tisser, créer” et <em>tela</em> “toile, réseau” en Latin, <em>tesla</em> “hache” en Vieux Slavon ecclésiastique, <em>tašau</em> et <em>tašyti</em> “sculpter” en Lithuanien, <em>tal</em> “hache du tonnelier” en Vieux Irlandais, <em>dahs</em> en Vieux Allemand et <em>Dachs</em> en Allemand pour “constructeur” et enfin <em>taksh</em>– “unir, mettre ensemble, construire” en Hittite. Nous voyons donc le large spectre d’acceptions couvert par ce terme, mais avant tout nous retiendrons sa caractéristique première : être premier, être chef, devant et au dessus des autres. Conduire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En fait, je suis un architecte raté, du moins c’est ainsi que je me perçois, mais en même temps je me dis que mieux vaut être un pauvre chef totalement raté qu’un brillant servant accompli et totalement écrasé par le succès. Et si je suis un architecte raté c’est parce que je n’ai construit aucune gare, aucun hôpital, aucune université, aucun gratte-ciel, aucun stade, aucun musée, aucun supermaché, aucun aéroport, aucun tribunal, aucun cinéma, aucune cathédrale, aucun hôtel et même pas une caserne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais comme de toute façon je reste un architecte, j’assume volontiers le truisme populaire qui met côte-à-côte architectes brillants et ratés, disant simplement “Puisque je suis architecte, mes idées sont meilleures que les tiennes et parce que toi tu n’es qu’un simple ingénieur, je suis plus sympathique que toi.”</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce terme – architecte – comme d’ailleurs tout le secteur qu’il désigne, est très important déjà de par le fait qu’il est à l’origine d’un nombre important d’autres termes, tout aussi importants. C’est une source de grande fierté que ces termes se soient confortablement installés dans la langue, loin de leur domaine d’origine qui est le bâtiment. Il y a par exemple l’architecture de la carte-mère d’un ordinateur, le chef architecte d’une société de logiciels, l’architecture des systèmes d’information, architecturer un ensemble hétérogène d’idées. En réalité, architecte est perçu comme une notion organisatrice dans la vastitude du chaos, c’est devenu synonyme de créateur de rapports harmonieux entre éléments disparates, et l’architecte – source constante d’équilibre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ce terme – architecte – est important aussi parce qu’il est à la base de ce qui a été reconnu depuis toujours comme un des trois arts de base. L’architecture comme art, de surcroît classique : quel mystère épais ! La création de délicats porcelaines n’est point considérée comme un art, pas plus que celle d’élégants souliers, ni celle de gracieux vêtements, encore moins celle de brillants joyaux, faits de perles rares et de métaux précieux. Que dire alors de la fine broderie, des magnifiques goélettes, des suaves macramés, des fascinants pots minoens, des somptueux masques vénitiens, des splendides tapis persans ou de l’exquise confiserie belge ? Rien. Aucune. Mais voilà que l’architecture est considérée comme un art. Qui plus est, pleinement. Ainsi, un triste silo de blé, tout de ciment gris fait, est une œuvre d’art. Un ziggourat babylonien c’est de l’art. Une tour en fer rouillé, un hangar d’avions, un vulgaire refuge de montagne en bois, un hyperboloïde de refroidissement, un abri anti-aérien, un habitat troglodyte, une halle industrielle, une centrale thermique – aussi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me retourne donc vers l’étymologie et m’obstine à trouver pour ce terme une référence, ou au moins une signification évoquant l’art dans n’importe quelle langue prédominante ou périphérique, actuelle ou ancienne, vivante ou morte. En vain. Fort de ce constat troublant, je tire alors ma conclusion, ma sanction en fait, la seule possible d’ailleurs : quelque part, quelqu’un, au tout début du temps, a dû être à ce point-là futé(e) pour réussir l’exploit de persuader quelques-uns de ses voisin(e)s les plus demeuré(e)s que par rapport à leurs emmêlements de branches où ils (ou elles) se cachaient pour essayer tant bien que mal de fuir pluie et neige, la misérable hutte faite de limon et de glaise qu’il (ou elle) venait fièrement d’achever était quelque chose d’absolument exceptionnel, et qu’à ce titre il convenait de conférer à cet objet un statut spécial qui soit en mesure de le mettre en évidence par rapport aux autres vulgaires abris tout autour. Et sur ce, il (ou elle) inventa le mot art. Et appela sa cabane DOMVS. Et tout partit de là. Et ses descendant(e)s prirent grand soin de faire en sorte que ce stratagème puisse s’installer dans la durée et se perpétuer jusqu’à aujourd’hui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Subsidiairement, la chaîne étymologique le prouve : <em>art</em> vient du Latin <em>artem</em>, c’est-à-dire “habileté pratique” et la notion est appuyée par ses significations en Proto-Indo-Européen <em>ar(ə)-ti-</em> et en Sanskrite, <em>rtih</em> signifiant «&nbsp;manière, mode&nbsp;», comme en Grec, car <em>artizein</em> veut dire «&nbsp;préparer&nbsp;», lui-même suffixe de la racine <em>ar</em> «&nbsp;adapter ensemble&nbsp;» et apparenté au terme Latin <em>arma</em> «&nbsp;armes&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puisqu’au mépris du nombre abondant d’exemples contraires il ne reste plus un autre choix que celui de considérer l’architecture comme un art, je reviens à la langue, où les termes architecte et architecture ont été déclinés et ont fleuri dans la multitude d’acceptions différentes déjà énumérée. Pour commencer je m’étonne devant l’utilisation du syntagme architecte d’intérieur et l’inexistence de son frère symétrique – l’architecte d’extérieur. Mais restant sur ces dérivés, je cherche – à ma stupeur, sans succès – d’autres variétés qui trouveraient leurs places légitimes aux côtés des précédentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des substantifs par exemple :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecturiste</em> (s.f./m.) – personne qui s’occupe à architecturer, spécialiste de toute structure d’architecture;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecturisme</em> (s.m.) – activité de l’architecturiste;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecturisation</em> (s.f.) – champ d’activité ou résultat du travail de l’architecturiste;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecturalisation</em> (s.f.) – ensemble des rapports sensibles entre l’environnement naturel et l’activité d’architecturisation;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecturistication</em> (s.f.) – chaîne de phénomènes complexes et de natures distinctes conduisant simultanément à la globalisation et à la densification conceptuelle d’une œuvre d’architecture;</p>



<p class="wp-block-paragraph">des verbes aussi :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecter</em> (v.t./r.) – (s’)activer préalablement à toute recherche de solution entreprise par&nbsp; un(e) architecte;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecturiser</em> (v.t.) – coordonner et vérifier les concepts relevant de l’architecture et ceux relatifs à la sécurité en général;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecturaliser</em> (v.t.) – aménager le cadre de vie en harmonie avec les caractéristiques du lieu;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecturistiquer</em> – adapter un système donné de moustiquaires à une construction;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architek</em><strong><em>ė</em></strong><em>r</em> – aller au fond des choses lors de l’étude d’un concept;</p>



<p class="wp-block-paragraph">des adjectifs enfin :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architectisé(e) – </em>qui subit ou a subi la domination d’un(e) architecte, ou qui est ou a été manifestement sous son influence;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecté</em> – qui correspond au projet ou à la vision d’un(e) architecte;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architectant</em> – qui présente des signes d’architecte embryonnaire;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecturesque</em> – qui contient ou exprime des éléments ou des traits caractéristiques de l’architecture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour parachever cette analyse il reste à s’occuper des rapports de l’architecture avec la langue, à la lumière de l’énigme – entre temps résolue – qui classe l’architecture dans la catégorie des arts, plus exactement des beaux-arts. Recourant une dernière fois à l’étymologie, sur ce point s’impose le parallèle avec la notion d’artéfact. Comme toute intervention de l’architecte (i.e. comme toute architecturalisation), l’artéfact résulte de l’altération ou de la modification par l’homme – dans le cadre d’un processus artificiel donc – d’une situation naturelle existante. Nous avons ici un terme venu droit du Latin <em>arte</em> «&nbsp;par métier&nbsp;» (qui est l’ablatif de <em>ars</em> «&nbsp;art&nbsp;») auquel s’ajoute l’autre terme latin <em>factum</em> «&nbsp;chose faite&nbsp;», de <em>facere</em> «&nbsp;faire&nbsp;», là encore dérivé du radical Proto-Indo-Européen <em>dhe</em>– pour «&nbsp;mettre en place&nbsp;».</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">La conclusion vient toute seule, car se retrouvent à présent réunis sous nos yeux tous les composants nécessaires et suffisants pour synthétiser le sens vrai et profond de ce terme complexe : l’<em>ar</em><strong><em>t</em></strong><em>chitecte</em> (s.f./m.) est un chef charpentier muni d’une hache, occupé activement à mettre en place de manière habile, à organiser et à diriger l’harmonie dans son domaine – les beaux-arts.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En fait, je suis un artchitecte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[2 décembre 2018]</p>
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		<title>Le temps ? Mais pourquoi faire ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Apr 2020 19:44:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Parfois je me surprends regard perdu: soit sur notre chien étalé tel un cadavre à même le carrelage du salon, yeux fermés; soit sur la corneille qui semble veiller solennellement et minutieusement sur nous, perchée comme elle est en haut du sapin planté dans notre jardin; soit sur le ballet magique, continu, itératif, des micro-poissons colorés dans l’aquarium. [...]</p>
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<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«Alors Jésus lui dit: “En vérité Je te le dis: Aujourd’hui même tu seras avec Moi au Paradis.”»</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Luc, 23,43)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">Parfois je me surprends regard perdu: soit sur notre chien étalé tel un cadavre à même le carrelage du salon, yeux fermés; soit sur la corneille qui semble veiller solennellement et minutieusement sur nous, perchée comme elle est en haut du sapin planté dans notre jardin; soit sur le ballet magique, continu, itératif, des micro-poissons colorés dans l’aquarium. Et là je ne parle même pas de mon pommier chéri qui fêtera bientôt vingt sept ans d’âge.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ses 14 ans, on dit que notre chien est centenaire. S’il n’est pas occupé à quémander, bouffer ou inspecter le jardin entre autres pour se soulager, il peut rester de longues minutes immobiles sur le canapé, devant la porte d’entrée, à côté de la cheminée, devant la porte du jardin, ou sur l’autre canapé. Il ne dort pas, il est juste là. Et c’est un peu tout. Quand on revient à la maison, il montre invariablement et ouvertement sa joie. On peut s’absenter un mois entier comme sortir de la maison et rentrer toutes les dix minutes: la joie du chien a été, est et sera toujours la même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De longs moments immobiles la corneille surveille en silence, seule la tête scrute à gauche et à droite. On dirait une sentinelle en miniature, sombre, sobre et vigilante, assignée à son poste. Des voitures passent bruyamment, des motos pètent, la sirène de la police hurle: rien ne la perturbe. Puis, bien des minutes plus tard, du coup elle s’envole. Pas qu’elle ait vu ou senti un danger – pas moi en tout cas – ou que durant son guet elle ait attrapé des mouches pour les lâcher ensuite dans les gosiers béants de ses supposés poussins. Non, elle s’envole juste comme ça. Parce que.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les poissons ? Puisqu’ils baignent depuis toujours dans le liquide de la vie, les poissons n’ont à rendre des comptes à personne. Je crois que se suffisant à eux-mêmes, ils n’ont même pas besoin de s’exprimer, sauf exceptionnellement, par exemple quand ils meurent. Au contraire de notre chien aplati et de la corneille qui vole, ils remuent dans un même va-et-vient sans fin, à se demander quand et comment se reposent-ils pour refaire leurs forces, sinon il faudrait conclure que dès l’origine et à notre insu, on est témoins d’un vrai <em>perpetuum mobile</em> biologique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Notre chien, la corneille, nos poissons, mon pommier, les gros cailloux de mon jardin et la terre sur laquelle ils reposent, tout ce monde vivant ou inerte ne connait pas le temps. Le chien des Baskerville, les corneilles de l’époque de Corneille, les petits et gros poissons de Pieter Bruegel l’Ancien, le pommier du Jardin d’Eden, les gros cailloux des pyramides et la Terre entière ont été toujours les mêmes que tout ce qui nous entoure aujourd’hui. Peu importe que la Terre a tourné sans arrêt et tourne sur elle même des milliards de fois et des millions de fois autour du Soleil.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est bien l’homme qui s’est inventé le temps. Pour lui même, à son propre et unique usage. Pour le meilleur comme pour le pire dirions-nous ? Peut-être ni l’un ni l’autre, mais plutôt parce que n’étant pas chien, pommier ou caillou et ayant inventé des choses à faire et à défaire, l’homme s’est tôt rendu compte qu’il lui manquait un rythme et un plan d’action. Au lieu de pleinement se suffire – comme le reste de la Création – dans la simple essence de l’être pour être, emporté par son agitation inhérente l’homme a donc vite saisi qu’il ne pouvait progresser sur la voie qu’il avait choisie sans un guide censé l’ordonner dans ses gestes et desseins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À partir de là, tout se déroula assez vite. Après quelques essais balbutiants et infructueux pour définir un rythme et des durées, il finit par se rendre à l’évidence que la succession relativement régulière de la lumière et de l’obscurité, ensuite de la chaleur, de l’humidité, du froid et de la sècheresse, paraissait être le repère le plus fiable, même si guère parfait. L’année sidérale était née; tout ce qui lui suivit – nanosecondes, siècles, jours – ne fut que banale arithmétique. Certes, comme chaque fois lorsqu’un sujet majeur est en jeu, il y eut des disputes sur quel système adopter, mais finalement tout le monde se mit plus ou moins d’accord.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La plupart d’entre nous sommes encore aujourd’hui soumis à cette même invention immémoriale et notre descendance le sera aussi. De guide, le temps s’est petit à petit mû en régulateur, pour finir en dictateur. Ces peu nombreux-là qui lui échappent de par leur propre volonté, nous, la majorité, sommes tentés de les voir comme d’étranges parias vivant en dehors de ce monde que nous nous sommes d’ailleurs fabriqué. En réalité ils sont en dehors du temps. Moines, reclus, alternatifs, ermites, libre-penseurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À fuir. Ou alors, fait plus rare, à observer avec une admiration mêlée d’incompréhension, incrédulité et de perplexité. Parce que pour eux – comme pour le chien, la corneille, les poissons, le pommier, les cailloux du jardin, la terre sur laquelle ils reposent, et opposé à nous autres avec nos mondes multi-dimensionnels – pour ces peu nombreux-là donc, le monde, la vie, n’a (si l’on tient absolument) qu’une dimension, où il n’existe ni temps ni espace, l’autre artifice de l’<em>homo faber</em>. Mais si l’on veut être plus près de la vérité, nous verrons que c’est un monde sans dimension, si ce n’est celle qui mène à l’essence primaire du propre et unique moi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’un côté donc, pied à fond sur la pédale de l’accélérateur, on fait du mieux que l’on peut pour nous débrouiller à l’intérieur de cette construction espace-temps que nous avons héritée mais qui nous sied si mal. Pas assez cependant, puisque nous venons de découvrir comment mélanger espace et temps dans une sorte de magma virtuel d’où je me demande comme on s’en sortira. Alors que de l’autre côté, ces peu nombreux-là montrent que la voie qui libère de la terrible sentence de Virgile <span id="easy-footnote-81-764" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-temps-mais-pourquoi-faire/#easy-footnote-bottom-81-764" title="<em>“Fugit inreparabile tempus”.</em> (Publius Vergilius Maro, Georgica, Liber III, 284)"><sup>81</sup></a></span> existe, et que pour l’emprunter il faut prendre la voie du chien, de la corneille et des autres: sortir du temps pour entrer dans l’aujourd’hui éternel.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">P.S. Inutile de m’avertir: je sais bien que ces pensées n’ont pas inventé l’eau chaude. Pourtant, parfois, on aimerait le croire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[21 avril 2019]</p>
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		<title>La fourmissette</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Jan 2020 20:19:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>J’étais juste occupé aux toilettes lorsqu’en jetant un coup d’œil distrait sur le carrelage du sol je découvris un amour de fourmissette qui s’affairait toute seule à gauche et à droite. Poids ? Probablement autour du nanogramme. Taille ? Environ 0.1803 par 0.0647, mm. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>“Dieu les bénit en disant: «Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre, rendez-vous en maîtres et dominez les poissons des mers, les oiseaux du ciel et tous les reptiles et les insectes.»”</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">[Genèse 1, 28]</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">J’étais juste occupé aux toilettes lorsqu’en jetant un coup d’œil distrait sur le carrelage du sol je découvris un amour de fourmissette qui s’affairait toute seule à gauche et à droite. Poids ? Probablement autour du nanogramme. Taille ? Environ 0.1803 par 0.0647, mm. Pour dire. Vingt comme elle se loveraient dans un grain de riz. Je me dis: je dois être un milliard de fois plus grand. Ça donnerait quoi s’il y avait d’autres un milliard de fois plus grands que moi ? Les verrais-je ? Me voit-elle ? Et déjà: a-t-elle des yeux ? Pourtant, si elle est là, à vaquer comme ça, c’est qu’elle doit aussi avoir un cerveau, même que je m’étonne ce qu’elle pourrait bien chercher sur ce carrelage brillant comme un miroir, sûrement pas de la nourriture. Bref, ce cerveau devrait forcément être environ un milliard de fois plus petit que le mien, avec – ou non, va savoir – tous ses boudins blanchâtres qui tournent dans tous les sens autour d’eux mêmes, tous ces filins et toutes ces cellules, tous et toutes un milliard de fois plus micro, si ce n’est davantage. Et – voyons ! – elle doit bien boire et manger. Donc elle a une bouche, gueule, enfin, on a compris. Des dents peut-être pas, mais elles a certainement un estomac. Donc, sans qu’elle ait nul besoin de toilettes comme moi, un derrière pour faire le gros besoin et une espèce de zézette pour le petit. (Sur ce, j’avoue qu’un instant je ne pus m’empêcher d’envisager celle de ces autres-là un milliard de fois plus grands que moi…) Pourtant, vu sa taille, je ne pus voir si la fourmissette était garçon ou fille. Mais je suis sûr qu’elle a (ou a eu) une mère et un père qui ont dû faire zouc-zouc, comme d’ailleurs elle (ou il) aussi, car je ne pus estimer son âge, donc si la maturité sexuelle a été atteinte. À ce stade, ayant achevé mes tâches, je me suis lavé les mains en prenant grand soin de ne pas l’écraser, j’ai éteint la lumière et suis sorti. J’oubliais: lorsque j’ai pensé qu’elle était un milliard de fois plus petite que moi, j’ai aussi pensé qu’il devrait bien y avoir d’autres zeptofourmissettes peut être tout de même pas un milliard de fois plus petites que celle-là, mais en tout cas cent ou mille fois plus petites. Sauf qu’elles je ne peux les voir, donc je ne peux dégager une quelconque réflexion là-dessus. En revanche, eh bien, je me suis rappelé le verset biblique de l’en-tête et pus constater que nous l’avons suivi à la lettre depuis le début. Bon, pour ce qui est des bêtes qui vivent sur terre ferme, nous avons donné un sens plus large à l’ordre divin en y incluant la classe des mammifères. Par la suite et en suivant des raisons strictement pratiques, nous nous somme approchés ou appropriés certains de ces mammifères pour en créer ce que nous avons convenu d’appeler des <em>animaux domestiques</em> (de <em>domus</em> [lat.]: maison), reliés donc – de près ou de loin – à l’habitation. Ceci a permis de les distinguer net des mammifères, poissons, oiseaux, reptiles et autres insectes perdu(e)s dans la nature. Et pour cause, à ces derniers nous avons attribué le nom générique de <em>bêtes sauvages</em>. Enfin, partant de chacune de ces deux catégories, nous avons trié certains spécimens pour en établir à mi-chemin une troisième que nous avons dû confiner dans des enclos ou enfermer dans des box ou des récipients, systématiquement et spécifiquement conçus et organisés. Nous avons donné à ces animaux les noms de <em>bêtes de zoo</em>, <em>espèces d’aquarium</em>, <em>poissons rouges</em> et <em>bêtes de cirque.</em> Parfait, mais quel pourrait être le rapport avec cet amour de fourmissette qui m’a tant ému ? Eh bien, de nombreux pays disposent de lois qui interdisent de maltraiter des créatures appartenant à l’une ou l’autre de ces catégories. Par conséquent, interdiction implique punition si l’on ne respecte pas certaines règles. Bien sûr, des exceptions notables en font partie. C’est le cas de tout ce qui a trait au manger. Omnivore par nature et ayant reçu autorisation de dominer sans distinction les bêtes, l’homme a dressé des endroits, puis des industries, où il tue des animaux domestiques pour se nourrir. D’accord, pas seulement domestiques, car depuis toujours les hommes chassent les bêtes sauvages. Mais dominer sans distinction ne sous-entend pas aussi sans restriction, puisque le droit de mort de l’homme sur l’animal s’arrête net au chapitre du besoin qui lui est imposé par sa propre subsistance. En réalité, loin s’en faut. Loin des situations d’autodéfense, l’homme a pris habitude de tuer ou de torturer l’animal pour et par le spectacle, par la corvée, par indolence, mégarde, dépit ou plaisir. Impunément. D’où lesdites lois, dont l’arrivée à point nommé serait méritoire à plus d’un titre si elles n’étaient pas étonnamment… sélectives. Suivant les pays, tu es d’une façon ou d’une autre en violation de la loi si tu attaches un chien qui aboie (ou non), attrapes une barre de fer et le frappes à mort; si tu saisis un chat qui t’a griffé (ou non), l’accroches par la queue au plafonnier de la cave et le laisses là jusqu’à ce qu’il ne peut plus miauler; si tu arraches le plumage d’un perroquet pour voir s’il résiste au froid nu comme un ver; si tu bloques une chèvre et la sodomises; si tu remplis d’eau froide un aquarium pour observer si les poissons tropicaux s’en sortent; si tu fiches un manche de balai dans un serpent (venimeux ou non), etc… Certes, à moins d’être rongé par les remords au point de te livrer à la police, la loi ne saurait s’appliquer que dans la mesure où chacune de ces barbaries serait au préalable découverte par ou dénoncée à l’autorité, ce qui souvent peut ne pas être le cas. Mais restons-en là. Car en effet de la sélection il y en a. Suivant les pays, ce n’est pas de la cruauté si t’as envie de couper la queue d’un shih tzu style tendance, le coiffer style Louis XV ou punk, ou le mettre à poil; si tu coupes les moustaches d’un chat; si dans les champs tu inondes une galerie de taupes; si tu broies sous les roues de ta voiture un blaireau que tu as ébloui; si tu balayes une mouche sur le pare-brise; si tu fais boire de la vodka 96% à un lapin; si tu mets le feu à un nid d’abeilles sauvages; si tu jettes un scorpion dans un bassin; si tu tires un merle à l’arbalète dans le jardin. Et dans ce cas, si tu écrabouillais une fourmissette sous la semelle ?</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au juste, jour après jour j’en écrase des milliards. Impunément.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[17 mars 2019]</p>
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		<title>Justice fut faite</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Oct 2019 09:17:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le devenir universel de l’humanité, au temps glorieux du célèbre chef d’État que fut Péricles d'Athènes et bien connu autant par Platon que par Aristote, vécut un autre grand homme, Hypoclaste, initiateur de la démocratie associée à l’hypocrisie. Une fois la démocratie hypocrite découverte, il a vite fait d’adopter pour le restant de ses jours l’alias raccourci qui allait rappeler son rôle: Démocrite, dit d’Abdère. […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<h2 class="has-text-align-center has-normal-font-size wp-block-heading">(ou: Comment faire s’attirer les pôles identiques de deux aimants)</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le devenir universel de l’humanité, au temps glorieux du célèbre chef d’État que fut Péricles d’Athènes et bien connu autant par Platon que par Aristote, vécut un autre grand homme: Hypoclaste. Né en 460 av. J.-C. en Thrace orientale au cours des 80<sup>èmes</sup> Jeux Olympiques et mort en 370 av. J.-C. en Grèce, l’on ne le confondra pas avec son autre contemporain Hippocrate de Cos, considéré comme “père de la médecine”. Sa figure est tout à fait singulière, sauf que depuis vingt-cinq siècles, curieusement et injustement, ce remarquable philosophe ne fut – hélas ! – jamais considéré à sa réelle valeur. Car cette place à part ne lui est pas réservée tant en sa qualité d’inventeur, à la fois et de l’atome et du vide, ce qui est déjà suffisamment prodigieux. Non. S’il occupe cette place, c’est parce qu’il fut l’initiateur d’un alliage d’avant-garde, subtil et absolument fondamental pour assurer l’admirable équilibre des sociétés les plus avancées, et que bien après le temps rendit d’ailleurs incontournable: la démocratie associée à l’hypocrisie. C’est ainsi qu’à bon droit et de bon gré, la démocratie hypocrite une fois découverte, il a vite fait d’adopter pour le restant de ses jours l’alias raccourci qui, défiant les âges, allait rappeler son rôle: Démocrite, dit d’Abdère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un grand courage fut nécessaire à notre Démocrite pour oser verser dans une même marmite des ingrédients aussi douteux: pouvoir populaire apparent et intoxication élitaire occulte. Par la suite, il fit preuve d’un vrai génie pour réussir d’installer ce mélange des contraires, où le premier est en pratique rendu caduc par le second. Mais plus étrange encore est de voir que ces deux composants, chacun avec son spécifique, sont pleinement interdépendants: un ne peut exister sans l’autre. Au siècle d’or de la Grèce antique, il s’était écoulé assez de temps depuis que l’homme avait quitté le cocon tribal. Avec ce recul, Démocrite put ainsi observer l’esprit utopique de la démocratie pure. Et de là, conclure que l’homme est de nature trop égoïste pour se la permettre. D’autre part, le long de ses années de recherches, il put lorgner les tyrannies variées de l’époque, avec leurs despotes et les couches d’initiés qui les influençaient en coulisses, au dépens justement des plus nombreux. Ainsi, il en conclut à la variété infinie de genres et d’intérêts propre à l’homme, surtout quand il s’agit de viser certains buts. Alors il mit dos à dos ces deux conclusions et dégagea aussitôt le corollaire: aucune n’allait. Aucune ne pouvait arranger – en même temps – la masse et l’élite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur ce, Démocrite tenta le coup invraisemblable, avec ni plus ni moins que ces deux ingrédients que tout oppose: créer un amalgame unitaire qui, comme tout amalgame, ne peut exister que par la présence de ses deux composants. Dans sa démocratie hypocrite donc, le peuple demande: et des chefs, et des modèles, et qu’on lui dise ce qu’il doit faire, et ne pas l’embêter avec les problèmes de tous les jours, mais le laisser vivre sa vie le plus tranquillement possible. Vice-versa, dans sa même démocratie hypocrite, les dirigeants, élites et initiés qui exercent le pouvoir demandent au peuple: qu’il soit et tranquille, et docile, et assez satisfait de sa condition, et suffisamment ignorant pour ne pas risquer de poser les questions qui dérangent. Par conséquent, la masse est globalement rassurée d’encaisser en toute conscience ce que vis-à-vis la couche éclairée estime qu’il est ou non dans son propre intérêt à elle de faire savoir ou croire au peuple. Il faut donc admettre que le génie de Démocrite se trouve justement dans la vision audacieuse selon laquelle ces antagonismes pourraient en réalité non seulement se compléter, se servir l’un l’autre, mais surtout aboutir main dans la main à un résultat en tous points meilleur qu’en faisant – pour ainsi dire – cavalier seul.</p>



<p class="wp-block-paragraph">CQFD. De la théorie à la pratique, par la suite le génial savant a mis toute son énergie au service de cette idée qui le consommait, pour la faire diffuser – le plus largement possible – et ensuite la voir installée – le plus solidement possible – au point G même de la civilisation de l’époque. Mieux encore, en plus de réussir à combiner deux formules foireuses pour obtenir le miracle d’un étalon performant et stable, le polymath Démocrite eut soin d’habiller cet exploit avec de la matérialité, du concret. Pari gagné. Dans un monde dominé par toutes sortes de petits dieux célestes et invisibles et conduit aveuglement par des tyrans terrestres bien trop présents eux, il orienta les gens vers ce qu’en réalité il y avait de plus important dans leurs vies: eux mêmes. Et la nature autour. Deux quelques-choses que le peuple pouvait toucher, sentir et ressentir. Ainsi, c’est à Démocrite que nous devons aujourd’hui, peut-être même sans nous rendre compte, la montée violente des extrêmes, les fausses vraies nouvelles, l’idée fixe de croissance économique, le blâme des grands prêtres, la solitude au milieu du village global, l’obsession de l’égalitarisme, la folle poussée du sexe, l’expansion du vide artistique, le chant de sirène de l’apostat, la prosternation béate devant la personne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant… Pourtant, malgré cette avancée notable dans l’histoire du fonctionnement de la société, il en a fallu du temps pour que ce concept s’installe et prévaut: plus de vingt siècles ! Au bas mot. Plus de deux milles ans durant et tout en disposant de ce canon idéal offert par Démocrite, les hommes ont pourtant continué à se torturer au sein des autocraties et dévotions les plus diverses, extrêmes et injustes. Et même lorsque cette vision commença à s’affirmer, ce ne fut que par à-coups, timidement, difficilement, lentement, de sorte qu’il fallut attendre le XX<sup>ème</sup> siècle pour la voir devenir réalité. Cent ans plus tard, elle pénètre profondément les sociétés et embrasse la plupart des pays du globe, sans compter bien sûr les régimes autoritaires qui, ci et là, tôt ou tard, seront entraînés par ce mécanisme dans un même mouvement inexorable. Au point que de nos jours, quantité d’aspects propres au modèle optimal de cet immense Démocrite sont devenus si visibles et omniprésents qu’on ne les observe plus: ils sont fondus dans la virtualité quotidienne, désormais sont naturels et font partie de l’évidence. Très probablement c’est ce qui explique pourquoi son inventeur demeure si inconnu. Pour rappeler un exemple, saurait-on qui a conçu la musique ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au fait, l’union de son “volet scientifique” avec sa pensée socio-politique révèle l’impact exercé – de près ou de loin sur pratiquement tout ce qui est lié à l’homme et à l’histoire de la vie sur notre planète – par cet esprit universel aussi appelé “père de la science”. Sans Démocrite, des Eucleides, Leonardo, Galileo, Newton, Darwin, Mendeleev, Curie, Einstein, Gagarin, Lem, seraient restés d’illustres inconnus comme tant d’autres et comme tant d’entre nous, depuis toujours et à l’avenir. Il aura mis à mal les Écritures. Il fut le socle lointain des Machiavel, Robespierre, Marx, Goebbels, Roosevelt et Mao. Sans lui, pas de télescope, ADN, produits dérivés, train, Twitter. Il se peut que nul homme n’ait influencé à tel point, durablement, directement et indirectement le tracé de l’humanité comme il l’a fait. En bien ? En mal ? Comment imaginer le monde sans la vision démocrite ? Un monde où tout ne serait pas uniquement chimie, où tout ce qui est vie ne serait pas réduit à ce cortège de fils et filles de l’atome que sont les particules de plus en plus infinitésimales. Et quel visage pour nos sociétés les plus avancées sans le carnage silencieux au sommet de la pyramide des pouvoirs, mais fondé sur l’alliance conviviale, collective et complète de leurs citoyens ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutefois il y a un sujet discret à réfléchir, encore plus trouble. Brave champion du matériel, de l’évident et du concret d’un côté et féroce pourfendeur de la crédulité, de l’idéal et du vague d’un autre, ces temps Démocrite affronterait un défi énorme. Depuis plusieurs décennies, l’univers rapproché de l’homme – celui-là où il surgit, existe et disparaît – se volatilise. De la virtualisation, la réalité augmentée, l’intelligence artificielle, <em>Second Life</em> digitale au cyberespace qui rend tout possible, cet univers se dématérialise à une vitesse où l’on n’ose plus imaginer le futur. Mais attention: il ne s’idéalise pas pour un pouce, puisqu’il est toujours et à 100% soumis au remous physique, c’est-à-dire matériel, de l’électron – frère de l’atome – le long d’un câble ou via l’espace, réel, lui. Gros dilemme de conscience <em>post mortem</em> donc pour l’érudit Démocrite: à travers une solide matérialité fièrement opposée à l’idéalité classique, aura-t-il mis les bases d’une idéalité matérielle, dont 25 siècles ont dû passer pour qu’elle éclot ? Et dans la foulée de cette révélation, une invention d’égal impact dans son autre domaine favori sera-t-elle bientôt là ? Autrement dit, quelles seraient les chances pour que dans un avenir prévisible l’on puisse assister à la genèse et à l’épanouissement d’une l’hypocrisie démocratique ?</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">En fin de compte une chose est cependant certaine: nul homme dont l’influence a atteint de telles proportions ne fut si méconnu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À présent et au travers de ces lignes, justice fut faite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[19 mars 2019]<br></p>
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		<title>Couax americana</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 25 Aug 2019 04:57:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>1945 fut un moment charnière dans l’histoire des hommes sur la terre, un jalon établi encore plus largement et solidement que l’année révolutionnaire 1848. Pour faire simple, disons que selon une règle étrange ces dates se trouvent au beau milieu de deux siècles particulièrement chargés en événements politico-sociaux, dont l’image la plus marquante est sans doute celle des guerres. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">1945 fut un moment charnière dans l’histoire des hommes sur la terre, un jalon établi encore plus largement et solidement que l’année révolutionnaire 1848. Pour faire simple, disons que selon une règle étrange ces dates se trouvent au beau milieu de deux siècles particulièrement chargés en événements politico-sociaux, dont l’image la plus marquante est sans doute celle des guerres. Sur ces entrefaites et à partir de 1950, le seul acteur stable qui compte dans ce paysage ravagé sont les États-Unis d’Amérique. Un regard rapide et cru sur le sujet montre que depuis 25 ans ce pays aloue au chapitre militaire autant de moyens et d’argent que le reste du monde et que 70 ans durant il a été sans cesse occupé aux quatre coins du globe dans une quarantaine de conflits de diverses natures, d’envergures, durées et aux résultats variables.</p>



<figure class="wp-block-gallery columns-1 is-cropped wp-block-gallery-4 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="960" height="1024" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Couax-americana-Dépenses-militaires-2018-960x1024.jpg" alt data-id="572" class="wp-image-572" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Couax-americana-Dépenses-militaires-2018-960x1024.jpg 960w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Couax-americana-Dépenses-militaires-2018-281x300.jpg 281w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Couax-americana-Dépenses-militaires-2018-768x819.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Couax-americana-Dépenses-militaires-2018.jpg 1000w" sizes="(max-width: 960px) 100vw, 960px"></figure></li></ul></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Nul individu, formation ou État ne lance un combat, ne s’en laisse entraîner ou n’y participe de quelque façon que ce soit sans avoir de près ou de loin un intérêt direct ou indirect, y compris d’assurer sa propre défense. Cela vaut aussi pour les États-Unis d’Amérique. Toutefois, il existe dans ce cas une singularité de taille et systématique. De surcroît, si les lieux, durées, ampleurs et issues des conflits varient toujours comme déjà montré, en revanche cette singularité constitue le dénominateur commun invariable qui les unit tous. Lorsque ce pays entre dans n’importe quelle guerre, c’est en qualité de chevalier blanc auto-proclamé qu’il le fait, éclaireur et porteur de la bannière pacificatrice, gage de stabilité, pionnier des libertés dont il est le gardien des clés, facteur de prospérité à l’aube d’une démocratie tant attendue.</p>



<figure class="wp-block-gallery columns-1 is-cropped wp-block-gallery-5 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="466" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Couax-americana-Dépenses-militaires-par-pays.jpg" alt data-id="574" class="wp-image-574" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Couax-americana-Dépenses-militaires-par-pays.jpg 1000w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Couax-americana-Dépenses-militaires-par-pays-300x140.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Couax-americana-Dépenses-militaires-par-pays-768x358.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"></figure></li></ul></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Peu importe les frais sacrifiés, aussi démesurés soient-ils, tout comme les moyens engagés, aussi effrayants soient-ils, ainsi que le prix humain et matériel envisagé au départ et constaté à la fin. Peu importe les slogans déclamés, aussi ineptes soient-ils. Peu importe les entorses aux règles de conduite entre les États, aussi flagrantes soient-elles. Idem pour les incohérences diplomatiques et politiques, aussi criantes soient-elles. Peu importe l’ignorance du contexte local, aussi ridicule soit-elle. Et la méconnaissance des leçons de l’histoire, aussi pénalisante soit-elle. Idem pour les mystifications visant à créer une réalité parallèle de circonstance, aussi aberrante soit-elle. Peu importe les justifications après une défaite, aussi pénibles soient-elles. Ce sera rebelote à la première occasion qui se présentera, voire, à défaut, qui y sera provoquée.</p>



<figure class="wp-block-gallery columns-1 is-cropped wp-block-gallery-6 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="627" height="750" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Couax-americana-Guerres-des-États-Unis.jpg" alt data-id="589" class="wp-image-589" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Couax-americana-Guerres-des-États-Unis.jpg 627w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Couax-americana-Guerres-des-États-Unis-251x300.jpg 251w" sizes="(max-width: 627px) 100vw, 627px"></figure></li></ul></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, même devant ce panorama hallucinant de bassesses, le plus important, c’est-à-dire le plus terrible, n’est encore pas là. J’y suis à présent. En dépit d’un déroulement financier, militaire, logistique et politique cauchemardesque, d’un battage effréné des médias et d’une propagande tous azimuts, forts de promesses bafouées tout comme du mépris pour toute sanction réellement impossible à l’encontre de la seule super-puissance mondiale, les États-Unis d’Amérique n’ont jamais réussi (ou alors cru bon) de vendre la démocratie durable tant glorifiée et d’apporter la paix tant prônée. Loin de là, puisque leurs soldats dupés, déçus et heureux de rentrer au foyer ont en fait décampé laissant derrière eux sans faute un chaos politique et humanitaire pire que celui rencontré en arrivant tel de braves chevaliers blancs libérateurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Revenons au début. Il n’y a pas de guerre sans qu’il y ait des intérêts opposés, qui sont toujours bons (lire: légitimes) pour les uns et forcément mauvais (lire: illégitimes) pour les autres. Et vice-versa. L’idée n’est pas ici de dresser des jugements de valeur sur la validité des intérêts de tel ou tel, ni d’estimer si telle partie a ou n’a pas la qualité de poursuivre un certain but, voire d’agir d’une certaine manière. Sous cette lumière, les choses sont en réalité plus simples et le jeu d’échecs en est le brillant exemple. Le blanc et le noir se confrontant, fut-ce en mode extrêmement violent, cela donne soit un vainqueur et un vaincu par mat, soit alors aucun des deux car il y a armistice, c’est-à-dire remise ou pat. Dans le cas présent, le vainqueur (qui reçoit le prix) domine le vaincu (dont il ne reste que les yeux pour pleurer). Très bien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sauf qu’ici nous ne sommes pas du tout dans ce cas de figure. Car aujourd’hui il n’est plus possible d’envahir un pays parce que simplement il est plus faible, que l’envahisseur se croit supérieur, qu’il en a les moyens ou qu’il a besoin de terrains agricoles, de carburants, de minerais, ou d’accès à la mer. Dès lors, l’attaquant cherche et trouve (sinon provoque) chez le faible ces défauts-là par rapport à ses propres règles de base qu’il peut dénoncer en criant au loup du haut du clocher, ensuite de quoi il les déclare odieux et s’engage à les éradiquer presto. Le comble: il clame se douter et craindre que ces anomalies ne nuisent (in)directement à ses propres intérêts vitaux, ce qui lui donne illico l’occasion de renverser la situation à son avantage, le plaçant en position de faiblesse, lui qui dès lors est contraint d’assurer son autodéfense.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est donc fort de cette faiblesse qu’à présent l’attaquant peut frapper pour se défendre vis-à-vis d’un scénario menaçant qu’il a lui même pris soin de dresser. Un dernier détail: ce faisant, pour s’assurer qu’une telle situation ne puisse se reproduire, il offrira au faible la démocratie et les libertés nécessaires. La morale de l’histoire ? Voici un attaquant qui aura écrasé le faible au nom des principes ci-énoncés, mis la main sur les objectifs matériels qu’il s’était fixés au départ, installé aux commandes les instruments démocratiques de décision (sic!) préparés à cet effet et disparu après avoir chamboulé un pays qu’il retrouvera vite pour lui prodiguer aide et conseil, mais surtout lui vendre tout ce que la réparation exige après un tel gâchis. La <em>“Pax Americana”</em> en bref ? Infamie du processus et ruine des espérances.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certes, par ci par là, de temps en temps et sans trop y croire, certaines autres vénérables grandes puissances – éteintes depuis – se réclament volontiers aussi de cette méthodologie fondée sur l’abjection et porteuse de désillusion. Sauf que la crédibilité fait défaut. Pour preuve, l’impact des conséquences est loin derrière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parce qu’aujourd’hui il n’y a qu’un seul type de <em>“Pax”</em>, car dans ce paysage ravagé il n’y a qu’un seul acteur stable qui compte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[27 mars 2019]</p>
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		<item>
		<title>A guerra dos Alpes (4/4)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jul 2019 20:03:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>[...] À l’heure à laquelle je clos cette fable, les hostilités sont entrées dans leur 8e journée. Sachant que mon but n’est pas de tenir un journal fictif de guerre, et pour ne pas lasser davantage le lecteur, je m’arrête ici. [...]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Eu tive um sonho… » (« J’ai fait un rêve… »)</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Abdias do Nascimento, leader noir brésilien)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le programme onusien Tampons encreurs contre aliments est aussitôt bloqué. Le conflit à peine engagé, l’on craint déjà le désastre humanitaire. Le cicr (Comité international de la Croix-Rouge) dresse des milliers de tentes en Slovaquie, Suisse et Tchéquie. Ainsi débute la seconde guerre des Alpes, dite Liberdade para a Áustria (Liberté pour l’Autriche). À la différence de la première, elle se livre aussi sur la Toile, à coups de blocages et de piratages de sites internet. Cinq cents journalistes triés sur le volet suivent les troupes alliées, pour distiller les nouvelles. Et tout le monde s’assoit devant les postes de télévision.”</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’heure à laquelle je clos cette fable, les hostilités sont entrées dans leur 8<sup>e</sup> journée. Sachant que mon but n’est pas de tenir un journal fictif de guerre, et pour ne pas lasser davantage le lecteur, je m’arrête ici.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi ardu serait le retour à la réalité, pensons maintenant que le Brésil de cette fable n’est pas le Brésil, mais les États-Unis, que le Portugal n’est pas le Portugal, mais le Royaume-Uni, et ainsi de suite. D’accord, déjà que l’exercice de placer le Brésil dans la peau d’une superpuissance arrogante et guerrière n’est pas évident à pratiquer ! Mais c’est justement là que se trouvent les particularités qui mettent en évidence le fossé qui sépare les deux cas. Un fossé ? Non, un vrai abysse ! En effet, tel que le monde se présente de nos jours, personne ne peut douter que ce scénario de la Guerre des Alpes I et II est une pure utopie, à tel point qu’il pourrait être facilement traité de loufoque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si grand que fût le passé impérial de l’Autriche contemporaine, comment l’imaginer transformée en une dictature sanguinaire ? Et même lors d’une pareille éventualité, ses partenaires continentaux n’auraient-ils pas vite raison d’une telle métamorphose ? Un début de réponse se trouve dans les sanctions de l’Union européenne après les élections de l’an 2000.<span id="easy-footnote-82-336" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-4-4/#easy-footnote-bottom-82-336" title=" Cette année-là, le Parti populaire d’Autriche (öVP) de Wolfgang Schüssel et le Parti libéral d’Autriche (öfp) de Jörg Haider ont formé une coalition gouvernementale qui a fait réagir certaines chancelleries."><sup>82</sup></a></span> Aussi riche fût le passé colonial du Portugal d’aujourd’hui, comment croire à l’idée qu’il puisse vassaliser à tel point sa politique étrangère au profit de son plus jeune, plus fort et plus grand frère ? Rien qu’en vertu d’une communauté de langue et de certaines affinités culturelles ? Même dans cette hypothèse, n’assisterait-on pas à une prompte correction d’une telle tentative, venant de ces mêmes partenaires de l’ue ? Si prometteur que soit l’avenir du Kazakhstan en termes de richesses, de développement économique et de rôle stratégique, comment concevoir cette ancienne république soviétique en tant que moyenne puissance régionale, ou encore mondiale ? La Russie et ses frères au sein de la cei ne se dépêcheraient-ils pas de la rappeler à l’ordre ? Suprême ineptie : si vivace que soit le grand Brésil, avec ses ressources infinies et son potentiel élevé, comment le prendre pour le gendarme mondial  même en lui prêtant, pour la circonstance, un goût planétaire du pouvoir ? Toute possible velléité de ce genre ne serait-elle pas réprimée au moindre geste par l’Organisation des États Américains, États-Unis en tête ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certainement, puisque le bon vieux dicton <em>Quod licet Iovis, non licet bovis</em> (Ce qui est permis à Jupiter, ne l’est pas au bœuf) ne s’applique pas qu’aux individus, mais aussi aux nations (qui sont des multiplications d’individus) et aux États (qui sont des récipients pour les nations). Alors que les lois de la nature font que se prend pour le Jupiter de notre proverbe celui qui en a les moyens, force nous est de constater que dans le monde unipolaire qui nous entoure, ce sont les États-Unis qui font, seuls, le jeu politique mondial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce jeu, ils endossent à la fois le rôle du mécène (pour le financement des institutions internationales), du président du club (pour les décisions stratégiques), du coach (pour l’approvisionnement en technologie, d’armement et de savoir-faire), du joueur (pour les interventions concrètes comme en ex-Yougoslavie, en Afghanistan, dans le Golfe, en Somalie), de l’idole (côté aspirations et image) et enfin de l’arbitre (pour ce qui est du droit international).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette omnipotence est réelle. Elle dérange à coup sûr et à plus d’un titre l’orgueil des anciennes puissances. Elle gêne, certes, les ambitions d’autres puissances en devenir. Il n’en reste pas moins que ce résultat s’est bâti en bonne partie sur toute une série d’échecs des premières, et que pendant ce temps les secondes s’empressaient de frapper à la porte de l’ère moderne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aucun gouvernement ne se permet aujourd’hui ce que l’administration américaine s’autorise librement :</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De décréter, sans preuve, que tel régime est nocif au point de devoir être éliminé par une action extérieure. Et de se trouver un auditoire acquis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• D’envahir “au cas où“ des États indépendants situés à des milliers de milles de ses frontières, sans être menacé. Et de clamer son droit (unilatéral) de le faire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De dresser une liste noire – toujours croissante – de pays qui ne remplissent pas toutes sortes de critères. Et d’agir en conséquence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De demander à un tiers des pays du monde d’expulser les légats d’un autre pays qui n’a pas trouvé grâce à ses yeux. Et d’obtenir satisfaction, ou du moins en partie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De ne pas entériner des conventions internationales vitales pour l’avenir de l’homme, au nom d’intérêts de cartel. Et là-dessus, de pouvoir accuser ceux qui les ratifient.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De prétendre exporter sa démocratie malgré l’absence de tout exemple réussi en la matière. Et d’y croire, en faisant aussi croire d’autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De dépenser en armement plus que les vingt-deux États suivants réunis, tout en affirmant à tout va que son seul but est l’autodéfense. Et de penser vendre cette optique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• D’utiliser pour ses propres objectifs expéditionnaires le sol, les eaux et le ciel d’un pays, sans son accord, afin de frapper un autre pays. Et de ne pas s’en soucier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De surveiller en permanence – du ciel – les États du globe, tel un véritable voyeur. Et sans justification particulière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• D’espionner l’intimité des gens à travers le monde, leurs conversations, leur correspondance, leurs déplacements. Et sans le sentiment de violer leurs droits élémentaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">• De défier ouvertement la seule organisation mondiale des États, en créant ainsi les prémices de son autodissolution. Et en estimant que ce n’est que justice.<span id="easy-footnote-83-336" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-4-4/#easy-footnote-bottom-83-336" title=" En vertu de l’adage (‘Tant pis si tout le monde autour de moi n’est pas capable d’être de mon avis’.)"><sup>83</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">• D’invoquer la raison d’État chaque fois que, à l’évidence, la raison – tout simplement – ne suffisait pas, ou plus.&nbsp; Et de croire cela juste et légitime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un jour, je pique-niquais avec des amis. On parlait de tout et de rien, de politique, des choses du jour. Soudain, quelqu’un a eu ces mots qui ne sauraient mieux résumer le fond des choses : ‘ Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi les Yankees n’ont pas le courage de dire ouvertement ‘Voilà, on fait la guerre car on en a tout simplement envie“, et ils cafouillent avec tous ces prétextes, tous plus ineptes les uns que les autres.’</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au faîte de la gloire, Alexandre le Grand essaya aussi d’exporter en Mésopotamie les valeurs hellénistiques. Son ambition prit fin à l’âge de 33 ans, à Babylone, à 90 km au sud de Bagdad.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’était en 323 av. J.-C.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Note.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Idéalement, le but de cet exercice serait atteint plus vite sans recours à la légende. Mais, pour le lecteur fainéant (j’en suis un), voici à tout de même le générique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les allégories sont en <em>italiques</em>.</p>



<figure class="wp-block-table"><table><tbody><tr><td>
États et États autoproclamés
</td></tr><tr><td>
<em>Albanie</em>
</td><td>
Israël
</td></tr><tr><td>
<em>Angola</em>
</td><td>
Canada
</td></tr><tr><td>
<em>Autriche</em>
</td><td>
Irak
</td></tr><tr><td>
<em>Belgique</em>
</td><td>
Azerbaïdjan
</td></tr><tr><td>
<em>Brésil</em>
</td><td>
USA
</td></tr><tr><td>
<em>Chine</em>
</td><td>
Russie
</td></tr><tr><td>
<em>Congo</em>
</td><td>
Bangladesh
</td></tr><tr><td>
<em>Daghestan</em>
</td><td>
Bosnie
</td></tr><tr><td>
<em>Danemark</em>
</td><td>
Géorgie
</td></tr><tr><td>
<em>Estonie</em>
</td><td>
Afghanistan
</td></tr><tr><td>
<em>Finlande</em>
</td><td>
Maroc
</td></tr><tr><td>
<em>Groenland</em>
</td><td>
Libye
</td></tr><tr><td>
<em>Hongrie</em>
</td><td>
Syrie
</td></tr><tr><td>
<em>Ingouchie</em>
</td><td>
Croatie
</td></tr><tr><td>
<em>Italie</em>
</td><td>
Iran
</td></tr><tr><td>
<em>Japon</em>
</td><td>
Inde
</td></tr><tr><td>
<em>Kabardino-Balkarie&nbsp;</em>
</td><td>
Kosovo
</td></tr><tr><td>
<em>Kazakhstan</em>
</td><td>
France
</td></tr><tr><td>
<em>Kenya</em>
</td><td>
Myanmar
</td></tr><tr><td>
<em>Lettonie</em>
</td><td>
Pakistan
</td></tr><tr><td>
<em>Liechtenstein</em>
</td><td>
Koweït
</td></tr><tr><td>
<em>Lituanie</em>
</td><td>
Palestine
</td></tr><tr><td>
<em>Macao</em>
</td><td>
Honduras
</td></tr><tr><td>
<em>Mongolie</em>
</td><td>
Allemagne
</td></tr><tr><td>
<em>Mozambique</em>
</td><td>
Australie
</td></tr><tr><td>
<em>Népal</em>
</td><td>
Corée-du-Nord
</td></tr><tr><td>
<em>Nigeria</em>
</td><td>
Espagne
</td></tr><tr><td>
<em>Norvège</em>
</td><td>
Qatar
</td></tr><tr><td>
<em>Ossétie-du-Nord</em>
</td><td>
Slovénie
</td></tr><tr><td>
<em>Pays-Bas</em>
</td><td>
Somalie
</td></tr><tr><td>
<em>Pologne</em>
</td><td>
Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Portugal</em>
</td><td>
Grande-Bretagne
</td></tr><tr><td>
<em>São Tomé-et-Principe</em>
</td><td>
Nouvelle-Zélande
</td></tr><tr><td>
<em>Slovaquie</em>
</td><td>
Kurdistan
</td></tr><tr><td>
<em>Suède</em>
</td><td>
Mali
</td></tr><tr><td>
<em>Suisse</em>
</td><td>
Arabie Saoudite
</td></tr><tr><td>
<em>Tchéquie</em>
</td><td>
Turquie
</td></tr><tr><td>
<em>Tchétchénie</em>
</td><td>
Yougoslavie
</td></tr><tr><td>
<em>Trinité-et -Tobago</em>
</td><td>
Cuba
</td></tr><tr><td>
<em>Tunisie</em>
</td><td>
Estonie
</td></tr><tr><td>
<em>Ukraine</em>
</td><td>
Égypte
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Regions et divers
</td></tr><tr><td>
<em>Caucase</em>
</td><td>
Balkans
</td></tr><tr><td>
<em>Europe de l’Est</em>
</td><td>
Proche-Orient
</td></tr><tr><td> <em>CPLP</em> </td><td> OCDE </td></tr><tr><td>
<em>Mer Adriatique</em>
</td><td>
Golfe Persique
</td></tr><tr><td> <em>OPNA</em> </td><td> OTAN </td></tr><tr><td>
<em>Pacte andin</em>
</td><td>
Union européenne
</td></tr><tr><td>
<em>Serra do Mar</em>
</td><td>
Monts Alleghanys
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Villes
</td></tr><tr><td>
<em>Astana</em>
</td><td>
Paris
</td></tr><tr><td>
<em>Beira</em>
</td><td>
Melbourne
</td></tr><tr><td>
<em>Belo Horizonte</em>
</td><td>
Los Angeles (ca)
</td></tr><tr><td>
<em>Brasilia</em>
</td><td>
Washington (dc)
</td></tr><tr><td>
<em>Curitiba</em>
</td><td>
Boston (ms)
</td></tr><tr><td>
<em>Gdánsk</em>
</td><td>
Port-Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Grozny</em>
</td><td>
Belgrade
</td></tr><tr><td>
<em>Karachaganak</em>
</td><td>
Toulouse
</td></tr><tr><td>
<em>Klagenfurt</em>
</td><td>
Bassora
</td></tr><tr><td>
<em>Lagos</em>
</td><td>
Madrid
</td></tr><tr><td>
<em>Lisbonne</em>
</td><td>
Londres
</td></tr><tr><td>
<em>Maputo</em>
</td><td>
Canberra
</td></tr><tr><td>
<em>Mogadiscio</em>
</td><td>
La Haye
</td></tr><tr><td>
<em>Oulan-Bator</em>
</td><td>
Berlin
</td></tr><tr><td>
<em>Pärnu</em>
</td><td>
Kandahar
</td></tr><tr><td>
<em>Pôrto Alegre</em>
</td><td>
Chicago (il)
</td></tr><tr><td>
<em>Recife</em>
</td><td>
Miami (fl)
</td></tr><tr><td>
<em>Rio de Janeiro</em>
</td><td>
Philadelphie (pa)
</td></tr><tr><td>
<em>Riyad</em>
</td><td>
Genève
</td></tr><tr><td>
<em>Santarém</em>
</td><td>
Lockerbie
</td></tr><tr><td>
<em>São Paulo</em>
</td><td>
New York (ny)
</td></tr><tr><td>
<em>Vitòria</em>
</td><td>
Newark (nj)
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Acteurs
</td></tr><tr><td>
<em>Francisco de Albuquerque</em>
</td><td>
Tommy Francks
</td></tr><tr><td>
<em>Caspar Baader</em>
</td><td>
Chalid Mohammed
</td></tr><tr><td>
<em>Chamil Bassaev</em>
</td><td>
Zoran Đinđić ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Nadji Bensoussan (fictif)</em>
</td><td>
Gro Harlem Brundtland
</td></tr><tr><td>
<em>Christoph Blocher</em>
</td><td>
Oussama Ben Laden
</td></tr><tr><td>
<em>Oumar Botassé (fictif)</em>
</td><td>
Hans Blix
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando H. Cardoso</em>
</td><td>
George W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando Collor de Mello</em>
</td><td>
George H. W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>José M. Durão Barroso</em>
</td><td>
Tony Blair
</td></tr><tr><td>
<em>João B. Figueiredo</em>
</td><td>
Norman Schwarzkopf
</td></tr><tr><td>
<em>Thomas Klestil</em>
</td><td>
Saddam Hussein
</td></tr><tr><td>
<em>Mart Laar</em>
</td><td>
Mohamed Omar
</td></tr><tr><td>
<em>Paulo Lacerda I</em><em><sup>er</sup></em>
</td><td>
Robert S. Mueller III
</td></tr><tr><td>
<em>Celso Lafer</em>
</td><td>
Colin Powell
</td></tr><tr><td>
<em>Vello Leito</em>
</td><td>
Ahmed Massoud ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Marco A. Marciel</em>
</td><td>
Richard B. Cheney
</td></tr><tr><td>
<em>Aslan Maskhadov</em>
</td><td>
Slobodan Milošević
</td></tr><tr><td>
<em>Ueli Maurer</em>
</td><td>
Abdelkarim Al-Nasser
</td></tr><tr><td>
<em>Abdias do Nascimento</em>
</td><td>
Martin Luther King
</td></tr><tr><td>
<em>Noursultan Nazarbaïev</em>
</td><td>
Jacques Chirac
</td></tr><tr><td>
<em>Olusegun Obasanjo</em>
</td><td>
José Maria Aznar
</td></tr><tr><td>
<em>Alfons Piller</em>
</td><td>
Mohamed Atta ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Ricardo C. Redi (fictif)</em>
</td><td>
Richard C. Reid
</td></tr><tr><td>
<em>Adrian Risi</em>
</td><td>
Abdulaziz Alomari ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Rubens da Silva (fictif)</em>
</td><td>
Ridley Scott
</td></tr><tr><td>
<em>Jiang Zemin</em>
</td><td>
Vladimir Poutine
</td></tr></tbody></table></figure>



<p class="wp-block-paragraph">[7 juin 2004]</p>
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		<title>A guerra dos Alpes (3/4)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 30 Jun 2019 07:11:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>[...]  Ce travail est à présent achevé. Le jour est venu pour la récente hyperpuissance de définir l’axe de sa nouvelle stratégie. L’heure est à la mondialisation économique effrénée. Aussi la globalisation politique, stratégique et militaire doit-elle forcément suivre. Ce sont les facteurs nécessaires et suffisants de la globalisation du pouvoir. Et pour mettre en place les règles de la partie, il vaut mieux s’y prendre tôt. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Eu tive um sonho… » (« J’ai fait un rêve… »)</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Abdias do Nascimento, leader noir brésilien)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>O eixo do mal (L’axe du mal)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ce travail est à présent achevé. Le jour est venu pour la récente hyperpuissance de définir l’axe de sa nouvelle stratégie. L’heure est à la mondialisation économique effrénée. Aussi la globalisation politique, stratégique et militaire doit-elle forcément suivre. Ce sont les facteurs nécessaires et suffisants de la globalisation du pouvoir. Et pour mettre en place les règles de la partie, il vaut mieux s’y prendre tôt. En arrière-plan, le terrorisme reste donc une menace pour cette nouvelle donne. C’est le contexte choisi par l’administration Cardoso pour matérialiser cette stratégie. Elle est préventive, offensive, voire – même – combative. Car il faut dénicher, combattre et tuer dans l’œuf les nouvelles forces obscures qui désormais hantent le monde. Les pays qui incarnent cette menace sont réunis dans ce qui est intitulé O eixo do mal. En font partie notamment l’Autriche, le Groenland, l’Italie, le Népal, la Pologne et Trinité-et-Tobago. Les voies d’action choisies sont multiples.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Primo, le Departamento de Polícia Federal met à prix les têtes de plus d’une vingtaine de terroristes dont il veut se débarrasser. Leurs noms et photos sont diffusés tous azimuts. Selon le DPF, chacun vaut 50 millions de réis. Soit environ € 35 millions. En tous les cas, il est incontestable que le DPF met en œuvre de grands moyens, puisqu’il est prêt à débourser ainsi plus de BRL 1000000000 en cas de capture de tous les terroristes qu’il recherche. Pourtant, 18 mois après les attentats, le bilan est décevant : seul Caspar Baader est arrêté en Lettonie. En parallèle, son chef, Paulo Lacerda I</em><em><sup>e</sup></em><em>, s’active. Il intensifie les voyages à l’étranger. Les contacts avec les responsables locaux lui permettent de plaider sa cause.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Secundo, simultanément au fameux Ato Patriotico, l’exploitation des ressources provenant de Comedor do carne et de Nível (noms de code : Carnivore et Échelon) passe à la vitesse supérieure. Ces systèmes de surveillance, saisie et analyse des communications sont essentiels pour son nouveau combat. Ils sont alimentés par une multitude de satellites-espions largués ces dernières années. L’informatique n’est pas à la traîne. En 12 ans, la capacité de calcul est multipliée par 1000, celle de stockage des données par plus de 10000.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Tertio, l’éventail de la propagande est impressionnant, à la mesure des moyens employés, du reste. Mais Cardoso réussit l’exploit de rallier à sa cause la majorité des élus des deux Chambres, opposition comprise, tout en maintenant un semblant d’État de droit. Au fait, il réussit là où bien d’autres démocraties notoires échouent. En réalité, la campagne d’endoctrinement bat son plein, et tous les moyens sont bons pour former à la pensée unique un peuple pourtant réputé vigilant.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Quarto, le Brésil estime qu’il faut donner à présent des exemples dans le sens qui l’intéresse. Nous l’avons cependant bien vu : l’Italie était rentrée dans le rang, bien que clairement hostile aux Sud-Américains, le Groenland est discret depuis la tragédie de Santarém. (Un appareil de la LAB – Linhas Aéreas Brasileiras – explose en plein vol au-dessus de la ville portugaise de Santarém. Les deux pirates de l’air sont des Esquimaux. 259 passagers et membres de l’équipage ainsi que 11 habitants de la ville sont tués. Un des pirates est reconnu coupable par la cour portugaise siégeant à Mogadiscio, tandis que l’autre est libéré de toute charge.) Trinité-et-Tobago se trouve déjà sous embargo total depuis plus de 40 ans. La Pologne, tout en ayant des catholiques bigots à sa tête, est trop pauvre. Mais il reste quand même le Népal.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>C’est un pays étrange et méconnu. 24 millions de Népalais y vivent, coupés du monde par la chaîne de l’Himalaya et par une monarchie absolue. On lui prête les desseins les plus fous, comme d’utiliser contre l’Inde une arme atomique que nul n’a vue. Mais son maoïsme, si dépassé en ces temps de globalisation, effraie. Même les Chinois, ces vieux alliés, se tiennent à distance.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Il n’y a pour ainsi dire plus que l’Autriche, l’enfant terrible. Curieusement, depuis la précédente guerre, le pays ne fait plus recette. Les sanctions de l’ONU y sont bien sûr pour quelque chose. L’Autriche a reculé dans le temps et ne menace plus. Pourtant, c’est le mauvais exemple, le dernier de la classe. Et puis, surtout, elle est riche. Disons, virtuellement riche : en bois et en tampons encreurs, mais aussi en cuivre, fer et lignite. Elle a aussi une main-d’œuvre versée dans la fonderie et la petite mécanique.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le choix est alors fait. Décision est prise d’en découdre avec le trublion. C’est l’occasion pour noyer le dépit de la première campagne, causé par l’échec du renversement de régime à Vienne. Cela permet aussi aux pays du monde entier de savoir à quel Brésil ils ont affaire.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Revoici donc au grand jour le vieil ami Thomas, toujours aussi déterminé. Son discours et ses habitudes ne changent pas. Sa calvitie progresse, mais le Kaiser reste fidèle à lui-même. En revanche, c’est autour de lui que le paysage change. D’abord, il décime et remplace le cercle prétorien qui l’avait appuyé durant son aventure au Liechtenstein. Ensuite, ses rejetons sont installés à des postes clés du régime. Il inaugure ainsi la dynastie autrichienne moderne. Enfin, l’action humanitaire onusienne Tampons encreurs contre aliments est détournée à son avantage. Il en profite pour se refaire une santé militaire.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>De son côté, le président brésilien prépare le parcours. L’heure est venue. Son discours devant le plénum des Nations Unies annonce la couleur. Le Brésil est conscient que l’Autriche recèle des terroristes de tous bords. L’État voyou aspire à frapper ses voisins, pour une primauté régionale. Le Brésil sait aussi que Thomas fomente en cachette le plan d’attaquer la RFB. Comble de l’horreur, il a les moyens de ses ambitions, sous la forme d’un stock de moyens de rémission minime. Il constitue donc un danger économique réel, pas seulement pour le Brésil, mais aussi pour l’Europe de l’Est et pour le monde. Et Cardoso d’exiger de l’Autriche qu’elle élimine cette provision illégale. Il ajoute : si Thomas Klestil ne s’y soumet pas, le Brésil et ses alliés l’obligeront à le faire, si besoin par la force.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Il est pourtant des faits que le président brésilien n’expose pas devant l’Assemblée générale comme, par exemple, l’implication massive de terroristes suisses dans les attaques du 09/11. Cette situation est en passe de vicier les rapports helvético-brésiliens, traditionnellement amicaux. Mais surtout, elle altère la livraison régulière de produits microtechniques. Ces composants sont vitaux pour son industrie militaire en plein essor. Une fois mise au pas, l’Autriche pourrait en revanche devenir une alternative porteuse en ce sens. Et puis, on ne le répétera jamais assez : la République fédérative du Brésil a besoin de s’affirmer, d’être confirmée par ses anciens alliés et auxiliairement par tout le monde, d’asseoir son autorité, incontestée de fait, mais pas assez reconnue par le public. C’est décidé : la guerre en Autriche sera un coup d’éclat.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>De fait, on ne parle pas encore de guerre. L’ONU adopte la résolution 4111, qui entérine la récente injonction du président Cardoso. Les tournées d’inspection des équipes nommées par les Nations Unies reprennent. Ce sont des experts des armes bactériologiques, chimiques et nucléaires. La mission est composée de 120 personnes. Elle est codirigée par Oumar Botassé du Mali et par la Qatariote Nadji Bensoussan, directrice générale de l’Organisation mondiale de la Santé à Riyad.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les experts se déploient à travers le pays. Au départ, les Autrichiens se montrent réfractaires. C’est normal : ils répètent à qui veut les entendre qu’ils ne possèdent aucun de ces remèdes extraordinaires. Mais, petit à petit, ils se laissent faire. Dès lors, les inspections se suivent et se ressemblent. On ne trouve rien, ou alors, rien de réellement probant. En tout cas, dans les hôpitaux contrôlés, on ne fabrique pas en cachette de l’acide citrique. Quant aux quelques boîtes de seringues dont la capacité dépasse de 2 ml celle que l’ONU autorise, l’Autriche consent à leur destruction. Elle ne peut toutefois s’empêcher de crier au scandale. En effet, cette mesure équivaut à une autoprivation avant la lettre. Ne vient-on pas justement de prédire que l’option militaire est de plus en plus probable ?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Car au-delà du processus d’inspection qui bat son plein, le Brésil et son fidèle allié le Portugal perdent manifestement patience. Au fil des semaines, il n’est plus tellement question du dépouillement de l’Autriche. À cet argument, qui semble désormais désuet, même si les deux veulent le faire passer seulement pour insuffisant, s’ajoute un nouveau slogan qui prône le renversement nécessaire du régime autrichien, la libération du peuple de la tyrannie de Thomas et l’instauration de la démocratie dans le pays et dans la zone, autant d’éléments indispensables (disent-ils) pour favoriser la paix dans le monde et un règlement pacifique du conflit lituano-albanais.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Cet acharnement latin est ouvertement appuyé par le Nigeria. En face, l’Azerbaïdjan, la Mongolie, le Kazakhstan, la Russie et la Chine manifestent clairement leur désaccord. Ils considèrent que les missions d’inspection donnent des résultats, que l’Autriche coopère, même si elle pourrait faire plus, et qu’en définitive il faut laisser aux experts le temps nécessaire pour mener à terme le mandat de l’ONU. Pour ces pays, quitter cette voie ouvrirait la porte à l’arbitraire et à l’instabilité.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La tension monte dans les deux camps. Les États membres de l’OPNA sont divisés sur le sujet. Ceux du Pacte andin encore plus : il y a comme un malaise au sein d’un for qui peine à trouver sa véritable identité. Aux Nations unies se livre la bataille des couloirs. En aparté, chaque équipe tente d’étoffer ses rangs en vue d’un vote décisif au Conseil de sécurité. Résigné, le secrétaire général est réduit à multiplier les déclarations. Il appelle à la raison et avertit du risque de voir l’ONU se liquéfier. Mais il ne trouve pas un vrai auditoire du côté des va-t-en- guerre. Finalement, faute de consensus, le vote est abandonné.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Simultanément, c’est le coup d’envoi de l’opération militaire. Cardoso, Durão Barroso et Obasanjo se rencontrent sur l’île britannique d’Ascension. Le Premier ministre Tony Blair participe au sommet en tant que hôte. Le président lance l’ultimatum : Thomas Klestil a 48 heures top chrono pour quitter ses fonctions et son pays. Sinon, c’est la guerre. La réponse du maître de Vienne ne tarde pas : gros cigare au bec, il rigole sur les ondes d’ORF (Österrechisches Rundfunk). Il traite les Latins de paranos et appelle son peuple à résister jusqu’au dernier. Le ton est donné.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les pacifistes montent au créneau. Les manifestations s’amplifient tous azimuts. Des milliers de jeunes descendent dans les rues de Maputo et de Beira, d’Oulan-Bator, d’Antana et même de Lagos. Des centaines de boucliers humains venus du monde entier débarquent à l’aéroport de Wien-Schwechat. Pendant ce temps, le ballet diplomatique se poursuit. Mais l’issue paraît inéluctable, et personne ne se fait plus d’illusions.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>50 heures plus tard, le Brésil lance en effet sa guerre. Le dispositif carioca basé au Liechtenstein se lève. Ces 240000 Brésiliens sont appuyés par 40000 Portugais et 2000 Mozambicains. L’armada bigarrée du temps de Tempestade de Neve est révolue. Le Nigeria ne fournit pas de troupes. Le Mozambique, l’Iran, la Géorgie, São Tomé-et-Principe se rangent encore plus sobrement aux côtés des Latins. Celso Lafer, qui au départ se vante d’une coalition de plus de cent pays, est à l’instant obligé d’avouer une trentaine seulement, dont quinze tiennent à rester anonymes et douze ne font qu’adhérer à la déclaration de principes de la RFB.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le programme onusien Tampons encreurs contre aliments est aussitôt bloqué. Le conflit à peine engagé, l’on craint déjà le désastre humanitaire. Le CICR (Comité international de la Croix-Rouge) dresse des milliers de tentes en Slovaquie, Suisse et Tchéquie. Ainsi débute la seconde guerre des Alpes, dite Liberdade para a Áustria (Liberté pour l’Autriche). À la différence de la première, elle se livre aussi sur la Toile, à coups de blocages et de piratages de sites internet. Cinq cents journalistes triés sur le volet suivent les troupes alliées, pour distiller les nouvelles. Et tout le monde s’assoit devant les postes de télévision.”</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’heure à laquelle je clos cette fable, les hostilités sont entrées dans leur 8<sup>e</sup> journée. Sachant que mon but n’est pas de tenir un journal fictif de guerre, et pour ne pas lasser davantage le lecteur, je m’arrête ici.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Note.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Idéalement, le but de cet exercice serait atteint plus vite sans recours à la légende. Mais, pour le lecteur fainéant (j’en suis un), voici à tout de même le générique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les allégories sont en <em>italiques</em>.</p>



<figure class="wp-block-table"><table><tbody><tr><td>
États et États autoproclamés
</td></tr><tr><td>
<em>Albanie</em>
</td><td>
Israël
</td></tr><tr><td>
<em>Angola</em>
</td><td>
Canada
</td></tr><tr><td>
<em>Autriche</em>
</td><td>
Irak
</td></tr><tr><td>
<em>Belgique</em>
</td><td>
Azerbaïdjan
</td></tr><tr><td>
<em>Brésil</em>
</td><td>
USA
</td></tr><tr><td>
<em>Chine</em>
</td><td>
Russie
</td></tr><tr><td>
<em>Congo</em>
</td><td>
Bangladesh
</td></tr><tr><td>
<em>Daghestan</em>
</td><td>
Bosnie
</td></tr><tr><td>
<em>Danemark</em>
</td><td>
Géorgie
</td></tr><tr><td>
<em>Estonie</em>
</td><td>
Afghanistan
</td></tr><tr><td>
<em>Finlande</em>
</td><td>
Maroc
</td></tr><tr><td>
<em>Groenland</em>
</td><td>
Libye
</td></tr><tr><td>
<em>Hongrie</em>
</td><td>
Syrie
</td></tr><tr><td>
<em>Ingouchie</em>
</td><td>
Croatie
</td></tr><tr><td>
<em>Italie</em>
</td><td>
Iran
</td></tr><tr><td>
<em>Japon</em>
</td><td>
Inde
</td></tr><tr><td>
<em>Kabardino-Balkarie&nbsp;</em>
</td><td>
Kosovo
</td></tr><tr><td>
<em>Kazakhstan</em>
</td><td>
France
</td></tr><tr><td>
<em>Kenya</em>
</td><td>
Myanmar
</td></tr><tr><td>
<em>Lettonie</em>
</td><td>
Pakistan
</td></tr><tr><td>
<em>Liechtenstein</em>
</td><td>
Koweït
</td></tr><tr><td>
<em>Lituanie</em>
</td><td>
Palestine
</td></tr><tr><td>
<em>Macao</em>
</td><td>
Honduras
</td></tr><tr><td>
<em>Mongolie</em>
</td><td>
Allemagne
</td></tr><tr><td>
<em>Mozambique</em>
</td><td>
Australie
</td></tr><tr><td>
<em>Népal</em>
</td><td>
Corée-du-Nord
</td></tr><tr><td>
<em>Nigeria</em>
</td><td>
Espagne
</td></tr><tr><td>
<em>Norvège</em>
</td><td>
Qatar
</td></tr><tr><td>
<em>Ossétie-du-Nord</em>
</td><td>
Slovénie
</td></tr><tr><td>
<em>Pays-Bas</em>
</td><td>
Somalie
</td></tr><tr><td>
<em>Pologne</em>
</td><td>
Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Portugal</em>
</td><td>
Grande-Bretagne
</td></tr><tr><td>
<em>São Tomé-et-Principe</em>
</td><td>
Nouvelle-Zélande
</td></tr><tr><td>
<em>Slovaquie</em>
</td><td>
Kurdistan
</td></tr><tr><td>
<em>Suède</em>
</td><td>
Mali
</td></tr><tr><td>
<em>Suisse</em>
</td><td>
Arabie Saoudite
</td></tr><tr><td>
<em>Tchéquie</em>
</td><td>
Turquie
</td></tr><tr><td>
<em>Tchétchénie</em>
</td><td>
Yougoslavie
</td></tr><tr><td>
<em>Trinité-et -Tobago</em>
</td><td>
Cuba
</td></tr><tr><td>
<em>Tunisie</em>
</td><td>
Estonie
</td></tr><tr><td>
<em>Ukraine</em>
</td><td>
Égypte
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Regions et divers
</td></tr><tr><td>
<em>Caucase</em>
</td><td>
Balkans
</td></tr><tr><td>
<em>Europe de l’Est</em>
</td><td>
Proche-Orient
</td></tr><tr><td>
<em>CPLP</em>
</td><td>
OCDE
</td></tr><tr><td>
<em>Mer Adriatique</em>
</td><td>
Golfe Persique
</td></tr><tr><td>
<em>OPNA</em>
</td><td>
OTAN
</td></tr><tr><td>
<em>Pacte andin</em>
</td><td>
Union européenne
</td></tr><tr><td>
<em>Serra do Mar</em>
</td><td>
Monts Alleghanys
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Villes
</td></tr><tr><td>
<em>Astana</em>
</td><td>
Paris
</td></tr><tr><td>
<em>Beira</em>
</td><td>
Melbourne
</td></tr><tr><td>
<em>Belo Horizonte</em>
</td><td>
Los Angeles (CA)
</td></tr><tr><td>
<em>Brasilia</em>
</td><td>
Washington (DC)
</td></tr><tr><td>
<em>Curitiba</em>
</td><td>
Boston (MS)
</td></tr><tr><td>
<em>Gdánsk</em>
</td><td>
Port-Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Grozny</em>
</td><td>
Belgrade
</td></tr><tr><td>
<em>Karachaganak</em>
</td><td>
Toulouse
</td></tr><tr><td>
<em>Klagenfurt</em>
</td><td>
Bassora
</td></tr><tr><td>
<em>Lagos</em>
</td><td>
Madrid
</td></tr><tr><td>
<em>Lisbonne</em>
</td><td>
Londres
</td></tr><tr><td>
<em>Maputo</em>
</td><td>
Canberra
</td></tr><tr><td>
<em>Mogadiscio</em>
</td><td>
La Haye
</td></tr><tr><td>
<em>Oulan-Bator</em>
</td><td>
Berlin
</td></tr><tr><td>
<em>Pärnu</em>
</td><td>
Kandahar
</td></tr><tr><td>
<em>Pôrto Alegre</em>
</td><td>
Chicago (IL)
</td></tr><tr><td>
<em>Recife</em>
</td><td>
Miami (FL)
</td></tr><tr><td>
<em>Rio de Janeiro</em>
</td><td>
Philadelphie (PA)
</td></tr><tr><td>
<em>Riyad</em>
</td><td>
Genève
</td></tr><tr><td>
<em>Santarém</em>
</td><td>
Lockerbie
</td></tr><tr><td>
<em>São Paulo</em>
</td><td>
New York (NY)
</td></tr><tr><td>
<em>Vitòria</em>
</td><td>
Newark (NJ)
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Acteurs
</td></tr><tr><td>
<em>Francisco de Albuquerque</em>
</td><td>
Tommy Francks
</td></tr><tr><td>
<em>Caspar Baader</em>
</td><td>
Chalid Mohammed
</td></tr><tr><td>
<em>Chamil Bassaev</em>
</td><td>
Zoran Đinđić ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Nadji Bensoussan (fictif)</em>
</td><td>
Gro Harlem Brundtland
</td></tr><tr><td>
<em>Christoph Blocher</em>
</td><td>
Oussama Ben Laden
</td></tr><tr><td>
<em>Oumar Botassé (fictif)</em>
</td><td>
Hans Blix
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando H. Cardoso</em>
</td><td>
George W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando Collor de Mello</em>
</td><td>
George H. W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>José M. Durão Barroso</em>
</td><td>
Tony Blair
</td></tr><tr><td>
<em>João B. Figueiredo</em>
</td><td>
Norman Schwarzkopf
</td></tr><tr><td>
<em>Thomas Klestil</em>
</td><td>
Saddam Hussein
</td></tr><tr><td>
<em>Mart Laar</em>
</td><td>
Mohamed Omar
</td></tr><tr><td>
<em>Paulo Lacerda I</em><em><sup>er</sup></em>
</td><td>
Robert S. Mueller III
</td></tr><tr><td>
<em>Celso Lafer</em>
</td><td>
Colin Powell
</td></tr><tr><td>
<em>Vello Leito</em>
</td><td>
Ahmed Massoud ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Marco A. Marciel</em>
</td><td>
Richard B. Cheney
</td></tr><tr><td>
<em>Aslan Maskhadov</em>
</td><td>
Slobodan Milošević
</td></tr><tr><td>
<em>Ueli Maurer</em>
</td><td>
Abdelkarim Al-Nasser
</td></tr><tr><td>
<em>Abdias do Nascimento</em>
</td><td>
Martin Luther King
</td></tr><tr><td>
<em>Noursultan Nazarbaïev</em>
</td><td>
Jacques Chirac
</td></tr><tr><td>
<em>Olusegun Obasanjo</em>
</td><td>
José Maria Aznar
</td></tr><tr><td>
<em>Alfons Piller</em>
</td><td>
Mohamed Atta ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Ricardo C. Redi (fictif)</em>
</td><td>
Richard C. Reid
</td></tr><tr><td>
<em>Adrian Risi</em>
</td><td>
Abdulaziz Alomari ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Rubens da Silva (fictif)</em>
</td><td>
Ridley Scott
</td></tr><tr><td>
<em>Jiang Zemin</em>
</td><td>
Vladimir Poutine
</td></tr></tbody></table></figure>



<p class="wp-block-paragraph">[7 juin 2004]</p>
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			</item>
		<item>
		<title>A guerra dos Alpes (2/4)</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-2-4/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Jun 2019 20:14:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>[…] Dans ce climat trouble, l’impensable se produit le matin du 09/11. À 08h46, l’avion md-11 du vol rg 3008 de la compagnie Varig, assurant la liaison entre Curitiba et Belo Horizonte, change sa route et percute l’édifice Conde Pereira Carneiro à Rio de Janeiro. À 09h03, un Airbus A319 de la TAM, venant de Curitiba, frappe le Palácio Zarzur Kogan de São Paulo et explose. […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Eu tive um sonho…» (« J’ai fait un rêve…»)</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Abdias do Nascimento, leader noir brésilien)</p>
</div></div>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">[…] <em>‘Dia de terror para o Brazil e para o mundo’ (‘Jour de terreur pour le Brésil et pour le monde’)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Dans ce climat trouble, l’impensable se produit le matin du 09/11. À 08h46, l’avion MD-11 du vol rg 3008 de la compagnie Varig, assurant la liaison entre Curitiba et Belo Horizonte, change sa route et percute l’édifice Conde Pereira Carneiro à Rio de Janeiro. À 09h03, un Airbus A319 de la TAM, venant de Curitiba, frappe le Palácio Zarzur Kogan de São Paulo et explose. À 09h45, un autre Airbus (A320) de la TAM, partant de Brasilia vers Belo Horizonte, s’abat sur le Palais du Congrès national de Brasilia et détruit le Sénat. À 10h05, l’immeuble Kogan, haut de 170 mètres, tombe. À 10h10, un 2e appareil de Varig, un MD-88 en vol vers Vitória, s’écrase dans une forêt située près de la Serra do Mar. À 10h28, le Conde Pereira – le plus haut gratte-ciel du Brésil – s’écroule. Enfin, le lendemain soir, l’affalement d’un autre édifice du complexe Kogan met un terme à l’impensable. Le monde entier s’arrête.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les attentats font près de 3000 victimes et de nombreux blessés. Paradoxalement peut-être, ce sont les pompiers de São Paulo qui payent le plus lourd tribut en vies humaines. ‘ Le Brésil frappé, le monde saisi d’effroi ‘ titre le quotidien kazakh The Almaty Herald au lendemain des attentats. On ne sait pas très bien comment les choses se sont passées concrètement, surtout à l’intérieur des appareils. Mais l’identité des suicidaires est connue déjà depuis la veille : il s’agit d’un commando de 19 personnes, en majorité des Suisses. Leur motivation n’est pas établie. On sait en revanche qu’il s’agit de terroristes appartenant pour la plupart à l’Union démocratique du centre (UDC). Ils sont organisés et dirigés par deux professionnels, Alfons Piller et son adjoint Adrian Risi. Mais on trouve aussi des militants du Parti des Vrais Finlandais (PVF) et du parti lituanien Mūsu Zeme (Notre terre). En faisant des recherches sur ces monstrueux kamikazes, on remonte vite à l’origine du mal. Son nom est connu : Christoph Blocher. C’est la figure de proue du nationalisme suisse. Richissime, redoutable démagogue et brillant rassembleur, il est un pourfendeur féroce du métissage.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La volonté, le sang-froid et le professionnalisme des attaques laissent perplexe. Il est vrai que ce leader n’en est pas à son coup d’essai. Depuis longtemps, Blocher clame ses penchants pro-lituaniens. Par ailleurs, il est le suspect n° 1 pour le financement du parti Notre Terre. Et lorsqu’un croiseur portugais est piégé à Rangoon par une faction du PVF, il est clair que “Chris“ cautionne le sabotage. Mais avec les carnages du 09/11, ce fou se surpasse et atteint le comble de l’horreur.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ses cibles ne sont pas aléatoires. Blocher s’en prend aux édifices cariocas les plus majestueux, ainsi qu’au cœur du pouvoir démocratique. Par miracle, le Palácio do Planalto, siège de la présidence, échappe au pire : le 4</em><em><sup>e</sup></em><em> avion lui était destiné. Ce fondamentaliste frappe donc les symboles de la fierté nationale et d’une démocratie ethniquement consensuelle. Le constat prend toute sa valeur dans cet immense creuset harmonieusement formé de Portugais, d’Italiens, d’Allemands, d’Espagnols, de Polonais, de Noirs, de Juifs, de Japonais, d’Arabes et de Chinois.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Mais, au-delà du modèle brésilien et à travers lui, ces exaltés visent le pluriethnisme en général. Le succès d’autres sociétés (celle américaine par exemple) qui fonctionnent sur ce même principe les agresse. Selon eux, il est intolérable d’ainsi dilapider les acquis nationaux, sacrés. Et il faut dire qu’ils réussissent à installer une psychose durable d’un bout à l’autre du Brésil.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les portraits des malfaiteurs font le tour de la planète. Tout le monde connaît désormais ces figures, avec leurs noms imprononçables. Bientôt, on commence aussi à connaître les détails du forfait. Depuis les forêts d’Estonie où il s’est réfugié, Blocher fait parvenir une cassette vidéo à la chaîne d’information Euronews. Il déclare, notamment  : ‘Üsi Hüser si vo Bluet überfluetet, u dr Tyrann louft unghinderet derdür. Üsi Widerständ wärde nit ufhöre, bevor nid Ländereie befreit si’. (‘Nos maisons sont inondées de sang et, pendant ce temps, le tyran se promène calmement parmi elles. Nous ne cesserons pas les attaques, tant que nos terres ne seront pas libres.’</em><span id="easy-footnote-84-321" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-2-4/#easy-footnote-bottom-84-321" title=" Traduction : Brigitte von Bourg)"><sup>84</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Malgré ces faits, au moins trois questions troublantes se posent.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>D’abord, piloter des jumbos n’est pas donné au premier venu. Or, avant le 09/11, les mieux préparés de ces illuminés n’avaient conduit que des biplaces. D’où vient alors cette habileté rare, en vol rasant à 600 km/h (un instant d’absence et la cible est ratée), dans un centre-ville truffé de gratte-ciel et à la barbe du contrôle aérien ?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Et puis ces noms ne figurent pas sur la liste des victimes, dressée par le DPF (Departamento da Polícia Federal). Serait-ce par mépris absolu envers les criminels, ou par pudeur quant aux autres victimes, passives ? Peut-être bien. Toujours est-il que l’authentification des restes de ces terroristes lors de la pénible reconstitution de tous les corps s’avère, autant qu’on le sache, impossible.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Enfin, ces attentats ne sont jamais clairement revendiqués. Pour un tel chef-d’œuvre de l’épouvante, c’est étrange. Certes, il y a les enregistrements attribués à Blocher, rendus publics. Certes, le “fou de nation” lance des menaces, en costume trois pièces, fusil chinois AK-47 à la main. Tout cela reste toutefois assez ambigu. Et sur cet aspect, il n’y a pas d’enquête digne de ce nom. C’est regrettable, car des fous, il y en a légion dans le monde pour récupérer à bon compte une telle aubaine.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Nobre estrela (Étoile noble)<span id="easy-footnote-85-321" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-2-4/#easy-footnote-bottom-85-321" title=" En référence au symbole des forces armées brésiliennes)."><sup>85</sup></a></span></em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Alors non, déjà à partir du lendemain des attentats, les Brésiliens tiennent leurs hommes. C’est l’opération Nobre estrela. Surprenant, avec si peu d’indices concrets. Nervosité latine ? Impatience hautaine d’un pouvoir en quelque sorte humilié par une bande de voyous ? Besoin immédiat de fournir des solutions préfabriquées – donc des coupables – à une nation meurtrie ? Décisions maladroites prises à chaud ? Admettons. Il n’empêche que, devant l’histoire, chacune de ces suppositions trouverait une meilleure réponse dans la recherche longue et laborieuse des vrais fautifs que dans l’homologation précipitée d’auteurs hypothétiques.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ainsi, par la bouche du président Cardoso, le monde apprend très tôt plusieurs directives : que la République fédérative du Brésil est décidée à traquer ces terroristes où qu’ils soient, que tous les pays qui les abritent sont mis dans le même sac, que depuis la fin de la guerre humide,</em><span id="easy-footnote-86-321" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-2-4/#easy-footnote-bottom-86-321" title=" De 1945 à 1990, état de tension entre le Brésil et la Chine portant sur l’hégémonie dans l’Atlantique, le Pacifique et l’Antarctique, le principal enjeu étant la question de l’eau potable et des voies maritimes. L’ouverture économique et politique de la Chine à partir de 1990 a permis d’enterrer la hache de guerre entre les deux supergrands."><sup>86</sup></a></span> <em>la planète fait face à un nouvel ennemi, le terrorisme. Repaire de Blocher et de ses lieutenants, l’Estonie entre dans la ligne de mire.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Pendant ce temps, le Premier ministre portugais Durão Barroso annonce la découverte de preuves irréfutables. Leur présentation serait imminente. Le ministre brésilien des Relations extérieures, Lafer, se fait l’écho de ces nouvelles. Les preuves démontreraient la responsabilité du réseau nationaliste dans les attentats du 09/11. Il y a cependant malaise, car le temps passe et ces preuves sont toujours introuvables.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Qu’à cela ne tienne ! Dans l’intervalle, d’autres preuves arrivent. Le terroriste portugais Ricardo C. Redi se glisse sur un vol Varig reliant Astana à Recife. Il veut se faire sauter grâce à un explosif dissimulé dans le col de sa chemise ! Heureusement il est maîtrisé à temps. À Ispahan, un retraité iranien percute avec son aéronef la Mosquée du Shah, par miracle sans faire d’autres victimes que lui-même. À Karachaganak, l’explosion de l’usine chimique FAZ appartenant à Lukoil fait 30 victimes et plus de 2000 blessés dans la population civile.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Dans ce contexte, Cardoso fait adopter par les deux chambres d’un Congrès unanime le terrible Ato Patriotico (Acte patriotique). Cette loi édictée pour la circonstance choque un grand nombre de Brésiliens. Elle réduit sensiblement les droits civiques. La présomption de culpabilité devient la référence de fait. Des mesures de sécurité sans précédent sont mises en place. À São Paulo, Pôrto Alegre ou Rio de Janeiro, les temps où il faisait bon d’être Suisse, Lituanien, Polonais ou Finlandais sont révolus.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Suportar Liberdade (Soutenir la liberté)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Et puis, surtout, le président Cardoso lance – cette fois-ci sur l’Estonie – l’opération Suportar Liberdade, annoncée d’avance. Son principal objectif est de déloger, capturer ou tuer Christoph. Implicitement, il est aussi de neutraliser son réseau hors-la-loi. Les Cariocas débarquent à nouveau dans une contrée dont quelques jours avant ils ignoraient jusqu’à l’existence même. Les forces angolaises et portugaises participent aussi à l’opération. Le tout est piloté par la 3</em><em><sup>e</sup></em><em> flotte brésilienne basée à Gdańsk.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le rapport des forces est extrêmement inégal. Depuis l’assassinat de Vello Leito, chef historique du Parti Estonien de l’Indépendance, le pays, déjà faible, est miné par les faucons de l’Union pour la Patrie de Mart Laar. Dans la région, ce personnage mystérieux est une légende, au point qu’on doute de son existence réelle. Mais son influence est énorme, comme son aversion pour le Brésil. En fait, c’est pour cela qu’il se trouve sur la liste des ennemis publics de Cardoso et Marciel, ce dernier étant d’ailleurs vu comme le cerveau de la nouvelle stratégie.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>À la maison, l’état fédéral panse ses plaies, tandis qu’à 12 000 km de là, les meninos traquent les bandits entre Pärnu et Tartu.&nbsp; C’est le général d’armée Francisco Ricardo de Albuquerque qui dirige l’expédition alliée. Elle finit à peine deux mois plus tard. L’Union pour la Patrie n’existe plus. Ses militants sont morts ou capturés. Certains choisissent la clandestinité en Lettonie voisine. Mais les objectifs ne sont atteints qu’en partie, comme lors de la première campagne des Alpes. Mart Laar, Ueli Maurer et surtout Christoph Blocher courent toujours.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>O eixo do mal (L’axe du mal)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ce travail est à présent achevé. Le jour est venu pour la récente hyperpuissance de définir l’axe de sa nouvelle stratégie. L’heure est à la mondialisation économique effrénée. Aussi la globalisation politique, stratégique et militaire doit-elle forcément suivre. Ce sont les facteurs nécessaires et suffisants de la globalisation du pouvoir. Et pour mettre en place les règles de la partie, il vaut mieux s’y prendre tôt. En arrière-plan, le terrorisme reste donc une menace pour cette nouvelle donne.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Note.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Idéalement, le but de cet exercice serait atteint plus vite sans recours à la légende. Mais, pour le lecteur fainéant (j’en suis un), voici à tout de même le générique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les allégories sont en <em>italiques</em>.</p>



<figure class="wp-block-table"><table><tbody><tr><td>
États et États autoproclamés
</td></tr><tr><td>
<em>Albanie</em>
</td><td>
Israël
</td></tr><tr><td>
<em>Angola</em>
</td><td>
Canada
</td></tr><tr><td>
<em>Autriche</em>
</td><td>
Irak
</td></tr><tr><td>
<em>Belgique</em>
</td><td>
Azerbaïdjan
</td></tr><tr><td>
<em>Brésil</em>
</td><td>
USA
</td></tr><tr><td>
<em>Chine</em>
</td><td>
Russie
</td></tr><tr><td>
<em>Congo</em>
</td><td>
Bangladesh
</td></tr><tr><td>
<em>Daghestan</em>
</td><td>
Bosnie
</td></tr><tr><td>
<em>Danemark</em>
</td><td>
Géorgie
</td></tr><tr><td>
<em>Estonie</em>
</td><td>
Afghanistan
</td></tr><tr><td>
<em>Finlande</em>
</td><td>
Maroc
</td></tr><tr><td>
<em>Groenland</em>
</td><td>
Libye
</td></tr><tr><td>
<em>Hongrie</em>
</td><td>
Syrie
</td></tr><tr><td>
<em>Ingouchie</em>
</td><td>
Croatie
</td></tr><tr><td>
<em>Italie</em>
</td><td>
Iran
</td></tr><tr><td>
<em>Japon</em>
</td><td>
Inde
</td></tr><tr><td>
<em>Kabardino-Balkarie&nbsp;</em>
</td><td>
Kosovo
</td></tr><tr><td>
<em>Kazakhstan</em>
</td><td>
France
</td></tr><tr><td>
<em>Kenya</em>
</td><td>
Myanmar
</td></tr><tr><td>
<em>Lettonie</em>
</td><td>
Pakistan
</td></tr><tr><td>
<em>Liechtenstein</em>
</td><td>
Koweït
</td></tr><tr><td>
<em>Lituanie</em>
</td><td>
Palestine
</td></tr><tr><td>
<em>Macao</em>
</td><td>
Honduras
</td></tr><tr><td>
<em>Mongolie</em>
</td><td>
Allemagne
</td></tr><tr><td>
<em>Mozambique</em>
</td><td>
Australie
</td></tr><tr><td>
<em>Népal</em>
</td><td>
Corée-du-Nord
</td></tr><tr><td>
<em>Nigeria</em>
</td><td>
Espagne
</td></tr><tr><td>
<em>Norvège</em>
</td><td>
Qatar
</td></tr><tr><td>
<em>Ossétie-du-Nord</em>
</td><td>
Slovénie
</td></tr><tr><td>
<em>Pays-Bas</em>
</td><td>
Somalie
</td></tr><tr><td>
<em>Pologne</em>
</td><td>
Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Portugal</em>
</td><td>
Grande-Bretagne
</td></tr><tr><td>
<em>São Tomé-et-Principe</em>
</td><td>
Nouvelle-Zélande
</td></tr><tr><td>
<em>Slovaquie</em>
</td><td>
Kurdistan
</td></tr><tr><td>
<em>Suède</em>
</td><td>
Mali
</td></tr><tr><td>
<em>Suisse</em>
</td><td>
Arabie Saoudite
</td></tr><tr><td>
<em>Tchéquie</em>
</td><td>
Turquie
</td></tr><tr><td>
<em>Tchétchénie</em>
</td><td>
Yougoslavie
</td></tr><tr><td>
<em>Trinité-et -Tobago</em>
</td><td>
Cuba
</td></tr><tr><td>
<em>Tunisie</em>
</td><td>
Estonie
</td></tr><tr><td>
<em>Ukraine</em>
</td><td>
Égypte
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Regions et divers
</td></tr><tr><td>
<em>Caucase</em>
</td><td>
Balkans
</td></tr><tr><td>
<em>Europe de l’Est</em>
</td><td>
Proche-Orient
</td></tr><tr><td> <em>CPLP</em> </td><td> OCDE </td></tr><tr><td>
<em>Mer Adriatique</em>
</td><td>
Golfe Persique
</td></tr><tr><td> <em>OPNA</em> </td><td> OTAN </td></tr><tr><td>
<em>Pacte andin</em>
</td><td>
Union européenne
</td></tr><tr><td>
<em>Serra do Mar</em>
</td><td>
Monts Alleghanys
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Villes
</td></tr><tr><td>
<em>Astana</em>
</td><td>
Paris
</td></tr><tr><td>
<em>Beira</em>
</td><td>
Melbourne
</td></tr><tr><td>
<em>Belo Horizonte</em>
</td><td>
Los Angeles (ca)
</td></tr><tr><td>
<em>Brasilia</em>
</td><td>
Washington (dc)
</td></tr><tr><td>
<em>Curitiba</em>
</td><td>
Boston (ms)
</td></tr><tr><td>
<em>Gdánsk</em>
</td><td>
Port-Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Grozny</em>
</td><td>
Belgrade
</td></tr><tr><td>
<em>Karachaganak</em>
</td><td>
Toulouse
</td></tr><tr><td>
<em>Klagenfurt</em>
</td><td>
Bassora
</td></tr><tr><td>
<em>Lagos</em>
</td><td>
Madrid
</td></tr><tr><td>
<em>Lisbonne</em>
</td><td>
Londres
</td></tr><tr><td>
<em>Maputo</em>
</td><td>
Canberra
</td></tr><tr><td>
<em>Mogadiscio</em>
</td><td>
La Haye
</td></tr><tr><td>
<em>Oulan-Bator</em>
</td><td>
Berlin
</td></tr><tr><td>
<em>Pärnu</em>
</td><td>
Kandahar
</td></tr><tr><td>
<em>Pôrto Alegre</em>
</td><td>
Chicago (il)
</td></tr><tr><td>
<em>Recife</em>
</td><td>
Miami (fl)
</td></tr><tr><td>
<em>Rio de Janeiro</em>
</td><td>
Philadelphie (pa)
</td></tr><tr><td>
<em>Riyad</em>
</td><td>
Genève
</td></tr><tr><td>
<em>Santarém</em>
</td><td>
Lockerbie
</td></tr><tr><td>
<em>São Paulo</em>
</td><td>
New York (ny)
</td></tr><tr><td>
<em>Vitòria</em>
</td><td>
Newark (nj)
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Acteurs
</td></tr><tr><td>
<em>Francisco de Albuquerque</em>
</td><td>
Tommy Francks
</td></tr><tr><td>
<em>Caspar Baader</em>
</td><td>
Chalid Mohammed
</td></tr><tr><td>
<em>Chamil Bassaev</em>
</td><td>
Zoran Đinđić ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Nadji Bensoussan (fictif)</em>
</td><td>
Gro Harlem Brundtland
</td></tr><tr><td>
<em>Christoph Blocher</em>
</td><td>
Oussama Ben Laden
</td></tr><tr><td>
<em>Oumar Botassé (fictif)</em>
</td><td>
Hans Blix
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando H. Cardoso</em>
</td><td>
George W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando Collor de Mello</em>
</td><td>
George H. W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>José M. Durão Barroso</em>
</td><td>
Tony Blair
</td></tr><tr><td>
<em>João B. Figueiredo</em>
</td><td>
Norman Schwarzkopf
</td></tr><tr><td>
<em>Thomas Klestil</em>
</td><td>
Saddam Hussein
</td></tr><tr><td>
<em>Mart Laar</em>
</td><td>
Mohamed Omar
</td></tr><tr><td>
<em>Paulo Lacerda I</em><em><sup>er</sup></em>
</td><td>
Robert S. Mueller III
</td></tr><tr><td>
<em>Celso Lafer</em>
</td><td>
Colin Powell
</td></tr><tr><td>
<em>Vello Leito</em>
</td><td>
Ahmed Massoud ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Marco A. Marciel</em>
</td><td>
Richard B. Cheney
</td></tr><tr><td>
<em>Aslan Maskhadov</em>
</td><td>
Slobodan Milošević
</td></tr><tr><td>
<em>Ueli Maurer</em>
</td><td>
Abdelkarim Al-Nasser
</td></tr><tr><td>
<em>Abdias do Nascimento</em>
</td><td>
Martin Luther King
</td></tr><tr><td>
<em>Noursultan Nazarbaïev</em>
</td><td>
Jacques Chirac
</td></tr><tr><td>
<em>Olusegun Obasanjo</em>
</td><td>
José Maria Aznar
</td></tr><tr><td>
<em>Alfons Piller</em>
</td><td>
Mohamed Atta ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Ricardo C. Redi (fictif)</em>
</td><td>
Richard C. Reid
</td></tr><tr><td>
<em>Adrian Risi</em>
</td><td>
Abdulaziz Alomari ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Rubens da Silva (fictif)</em>
</td><td>
Ridley Scott
</td></tr><tr><td>
<em>Jiang Zemin</em>
</td><td>
Vladimir Poutine
</td></tr></tbody></table></figure>



<p class="wp-block-paragraph">[7 juin 2004]</p>
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		<title>A guerra dos Alpes (¼)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 May 2019 09:17:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On a envie de dire que cette deuxième guerre contre l’Irak est tout simplement irréelle. Pour preuve, il suffit de se livrer à un exercice simple : intervertir toutes les situations et composantes de ce délire, examiner le résultat obtenu et conclure sur l’état des faits tel qu’il se présente en réalité. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Eu tive um sonho…». (« J’ai fait un rêve…»)</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Abdias do Nascimento, leader noir brésilien)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">On a envie de dire que cette deuxième guerre contre l’Irak est tout simplement irréelle.<span id="easy-footnote-87-310" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-%c2%bc/#easy-footnote-bottom-87-310" title=" Rien que cette concise plaisanterie douteuse, peut-être d’origine européenne, résume de manière acide une certaine optique sur des civilisations pourtant fières d’une histoire bien plus longue et riche: ‘On dit comment, Iran ou Irak ?’"><sup>87</sup></a></span> Pour preuve, il suffit de se livrer à un exercice simple : intervertir toutes les situations et composantes de ce délire, examiner le résultat obtenu et conclure sur l’état des faits tel qu’il se présente en réalité. Essayons donc d’imaginer un autre film des événements qui ont lieu au Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. (Voir aussi la légende à la fin de ce texte.)</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Les origines</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>“1980. L’Italie et l’Autriche s’affrontent sans merci. Prétexte : le Sud du Tyrol, que l’Autriche revendique. C’est la Chine et le Kazakhstan qui fournissent l’armement aux Italiens. Les Autrichiens se servent au Brésil. Le conflit finit en queue de poisson. Il fait un million de victimes et laisse les deux pays exsangues. Complaisante, l’ONU baisse les bras. En secret, elle sympathise toutefois avec l’État le plus docile. Pourtant, c’est bien en Autriche que cette rivalité vient de provoquer le renversement de l’état de droit. Une terrible dictature s’installe. Finalement, les anciens ennemis commencent une reconstruction lente et difficile.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Des années plus tard, le tyran de Vienne procède en toute impunité à l’extermination de milliers de Slovaques. En bonne partie, ce sont des militants du PTGS (le Parti des Travailleurs de la Grande Slovaquie, interdit en Autriche). Au grand dam de l’Europe, la République tchèque voisine ne se prive d’ailleurs pas de saluer cet acte.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les années passent. Tout en confortant son assise, le régime fait valoir des penchants de plus en plus douteux. Par exemple, il s’abstient de condamner l’explosion en plein vol d’un avion de ligne soudanais au large de la Tunisie. Cet exploit d’un commando belge fait 289 victimes. Ou alors il salue l’attentat suicide d’un groupe d’extrémistes danois contre une base militaire portugaise en Angola. Résultat : 134 morts et blessés.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>En même temps, l’Italie se rachète une conduite. Au gouvernement belliqueux de l’époque se substitue une équipe plus sage. Celle-ci soumet au peuple une réforme de la Constitution autorisant le prince Victor-Emmanuel à rentrer d’exil. Le retour du pays à un système monarchique constitutionnel devient ainsi possible. Assagi, le royaume transalpin retrouve ainsi les feux de la rampe. Fort de sa diaspora, il commence même à être loué par les grands du moment, Brésil en tête.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>L’Anschluss (L’Annexion)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Et puis, un jour d’été, comme pris par la folie, le satrape viennois attaque sans crier gare la principauté du Liechtenstein. Ce minuscule voisin, 250 fois plus petit pour la population et 2 x 250 fois pour la surface, est écrasé. Le prince Hans-Adam II se réfugie en Suisse. Bon nombre de ses concitoyens aussi. Stupéfait, le monde entier somme Thomas Klestil de se retirer du Liechtenstein, annexé en 10 heures et sans résistance. En vain.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Au fil des semaines, les témoignages en provenance de Vaduz percent la censure autrichienne. On parle de sévices et de pillages systématiques. Le pays, naguère l’un des plus riches de la région, est détruit. Fiduciaires et banques ferment, études d’avocats et d’experts, firmes de courtage et sociétés off-shore aussi. Même l’exportation de timbres-poste cesse. La valeur des exemplaires déjà en circulation explose donc artificiellement, car la demande du marché n’arrête pas d’augmenter depuis l’invasion. C’est l’unique “bénéfice“ de l’occupation.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les nations libres ont ainsi toute raison de s’alarmer. En effet, si l’Autriche n’obtempère pas, quelle sera la face du monde demain ? Quel sera le prochain (petit) pays visé ? Serait-ce la fin d’une époque et de la démocratie tout court ? N’y aurait-il pas un moyen pour arrêter cela ?</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Si ! Et c’est le Brésil qui, le premier, monte aux avant-postes. Et c’est le président Collor de Mello qui avertit l’Autriche des répercussions de son acte irresponsable. Et d’autres pays lui emboîtent le pas : le Portugal d’abord, suivi du Mozambique, de l’Angola, de Macao, mais aussi de l’Ukraine, du Congo et de la Finlande. Et, bientôt, une coalition de trente-sept États se dresse contre la barbarie de Thomas. Et la volonté se concrétise lorsqu’une force de frappe sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale est déployée dans la région.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Mais le dictateur persiste et signe. Pour lui, la principauté est territoire autrichien. Son action est légitime. Et pas moyen de compter sur une révolte populaire, ni dans son pays, encore moins en territoire occupé : la terreur et la propagande sont telles qu’au moindre geste de fronde on risque sa peau. D’ailleurs, le tyran nargue le monde libre : il se fait plébisciter à la tête de l’Autriche lors d’élections à candidat unique.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Tempestade de neve</em> (<em>Tempête de neige)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>L’ultimatum devient alors inévitable. Le bruit de bottes se fait concret. Une énorme flotte alliée est dépêchée au nord de l’Adriatique. Les bases militaires de OPNA en Tchéquie et en Suisse décuplent leur capacité. 300000 soldats (dont 165 Liechtensteinois) attendent le signal du général João Baptista Figueiredo, qui dirige la coalition. Ils sont armés jusqu’aux dents. Eh bien non, en dépit de tout ça, Klestil s’obstine.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>C’est alors qu’une colossale armada s’abat sur cette Autriche déjà affaiblie par le conflit avec l’Italie. La guerre est rapide. Son nom est symbolique : Tempestade de neve, dite aussi A Guerra dos Alpes. (La Guerre des Alpes) Les attaquants sont en surnombre, suréquipés et surentraînés. Ils sont dotés des moyens les plus sophistiqués. Ils disposent d’une puissance aérienne terrible, et ils en font usage jour et nuit. En face, les Autrichiens n’opposent que des troupes à vélo, des deltaplanes, la cavalerie, des unités de chasseurs de montagne et du matériel de combat datant de la dernière guerre.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Pourtant, on les redoute toujours, et peut-être à juste titre. En effet, des rumeurs circulent sur d’éventuels projectiles capables d’atteindre l’Albanie, l’ennemi de toujours. On craint l’existence d’un super-canon dissimulé du côté de Klagenfurt. D’ailleurs, l’Albanie est ouvertement sur le qui-vive. De Shkodër à Vlorë, la population reçoit des masques à gaz et des fusils à grenaille. Le lobby albanais s’active à Brasilia. Puis, un jour, la menace se matérialise : une vingtaine de missiles chinois Som sont tirés sur Tirana. Par chance, des missiles antimissiles Herói interceptent la plupart d’entre eux, le reste faisant peu de dégâts.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Un mois plus tard, l’Autriche est vaincue. Les alliés – les deux compagnies du Liechtenstein en tête – libèrent la capitale et les 15 autres villes et villages du pays. Le prince revient à Vaduz. Les bureaux de poste sont déminés. Le peuple est en liesse. Soulagés, les Albanais peuvent enfin souffler aussi. Figueiredo et ses marinheiros rentrent triomphalement à Rio. De partout, les témoignages de sympathie fusent. Discrètement haïe hier pour sa richesse insolente, cette Lilliputie est maintenant un pays chéri. Enfin, tout le monde respire : l’exportation des timbres peut reprendre, les banques et les fiduciaires recommencent à fonctionner normalement. La première Guerre des Alpes est terminée.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>L’agresseur en revanche est puni. Il ne l’aura pas volé. Il reçoit des sanctions sévères. Première source de devises, l’industrie des tampons encreurs est mise sous embargo. L’ONU décrète une large zone d’exclusion aérienne entre le 12</em><em><sup>e</sup></em><em> et le 16</em><em><sup>e</sup></em><em> méridien. Le pays – en ruine – décline. La population s’enfonce dans la maladie et la misère. Toutefois, Thomas Klestil réussit à se maintenir à la tête de l’État. Lors des dernières élections, il est même reconduit à son poste par 100% des votants !</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Restaurar a esperança</em> (<em>Restaurer l’espoir)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le temps passe et l’écho de Tempestade de Neve s’éteint. Le Brésil vit un essor considérable. La croissance touche des sommets insoupçonnés. Voilà dix ans que ça dure, malgré quelques chahuts boursiers. Le pays exploite des ressources naturelles impressionnantes. Il pratique une politique industrielle et commerciale agressive. L’inflation est maîtrisée, la valeur du real</em> <em>contrôlée ; par conséquent les exportations s’envolent. La nation s’enrichit et devient forte, trop forte peut-être. Ce n’est pas le cas des membres de la CPL (Communauté des pays lusophones) qui se chamaillent depuis des années au sein d’un organisme toujours bègue.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Vient l’opération désastreuse aux Pays-Bas. Baptisée Restaurar a Esperança, cette initiative unilatérale brésilienne est mal inspirée et mal préparée. Décidée en dehors du cadre de l’ONU, elle tourne au fiasco : 17 meninos sont tués et 106 blessés dans les quartiers louches de La Haye. Deux avions espions EMB-145 SA sont détruits. L’objectif initial – capturer un mafieux local – est abandonné. Le monde réprouve et le Brésil encaisse le coup. Pour un temps, le président adopte le profil bas. La débâcle et le choc sont tels que Rubens da Silva choisit de porter le sujet à l’écran : ce sera le poignant ‹ Rouxinol branco no ar › (‹ Rossignol blanc par terre ›).</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>Força aliada (Force alliée)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Il y a ensuite le conflit du Caucase. Le Brésil et d’autres pays du Pacte andin interviennent ici pour rétablir l’ordre. La Mongolie participe aussi à sa première incursion hors frontières. L’opération s’appelle Força aliada. En effet, la région est déchirée par les conflits ethniques. Les Tchétchènes attaquent sans cesse le Daghestan, l’Ingouchie et l’Ossétie du Nord. Finalement c’est l’annexion forcée de la Kabardino-Balkarie par la Tchétchénie qui provoque l’intervention alliée, qui est presque exclusivement aérienne. Les frappes sont destinées à démanteler l’appareil militaire tchétchène. Pourtant, beaucoup d’objectifs civils sont aussi détruits. Les chasseurs-bombardiers pilonnent Grozny nuit et jour. Deux mois plus tard, le régime d’Aslan Maskhadov capitule.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Dix ans de guerre l’ont rendu impopulaire. Mais il faut aussi compter avec un Shamil Bassaev dont l’acharnement est légendaire. De surcroît, le Tribunal pénal international (TPI) de Mogadiscio lance un mandat en son nom. Il y est accusé de génocide et de crimes contre l’humanité. Pressé de toutes parts, Maskhadov démissionne. Deux ans après, le tout nouveau gouvernement tchétchène, issu des élections qui viennent d’avoir lieu, le livre au procureur général du TPI. En échange, le pays reçoit € 1400000000.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>‘Dia de terror para o Brazil e para o mundo’ (Jour de terreur pour le Brésil et pour le monde’)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Dans ce climat trouble, l’impensable se produit le matin du 09/11. À 08h46, l’avion MD-11 du vol RG 3008 de la compagnie Varig, assurant la liaison entre Curitiba et Belo Horizonte, change sa route et percute l’édifice Conde Pereira Carneiro à Rio de Janeiro. À 09h03, un Airbus A319 de la TAM, venant de Curitiba, frappe le Palácio Zarzur Kogan de São Paulo et explose. À 09h45, un autre Airbus (A320) de la TAM, partant de Brasilia vers Belo Horizonte, s’abat sur le Palais du Congrès national de Brasilia et détruit le Sénat. À 10h05, l’immeuble Kogan, haut de 170 mètres, tombe. À 10h10, un 2e appareil de Varig, un MD-88 en vol vers Vitória, s’écrase dans une forêt située près de la Serra do Mar. À 10h28, le Conde Pereira – le plus haut gratte-ciel du Brésil – s’écroule. Enfin, le lendemain soir, l’affalement d’un autre édifice du complexe Kogan met un terme à l’impensable. Le monde entier s’arrête.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Note.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Idéalement, le but de cet exercice serait atteint plus vite sans recours à la légende. Mais, pour le lecteur fainéant (j’en suis un), voici à tout de même le générique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les allégories sont en <em>italiques</em>.</p>



<figure class="wp-block-table"><table><tbody><tr><td>
États et États autoproclamés
</td></tr><tr><td>
<em>Albanie</em>
</td><td>
Israël
</td></tr><tr><td>
<em>Angola</em>
</td><td>
Canada
</td></tr><tr><td>
<em>Autriche</em>
</td><td>
Irak
</td></tr><tr><td>
<em>Belgique</em>
</td><td>
Azerbaïdjan
</td></tr><tr><td>
<em>Brésil</em>
</td><td>
États-Unis d’Amérique
</td></tr><tr><td>
<em>Chine</em>
</td><td>
Russie
</td></tr><tr><td>
<em>Congo</em>
</td><td>
Bangladesh
</td></tr><tr><td>
<em>Daghestan</em>
</td><td>
Bosnie
</td></tr><tr><td>
<em>Danemark</em>
</td><td>
Géorgie
</td></tr><tr><td>
<em>Estonie</em>
</td><td>
Afghanistan
</td></tr><tr><td>
<em>Finlande</em>
</td><td>
Maroc
</td></tr><tr><td>
<em>Groenland</em>
</td><td>
Libye
</td></tr><tr><td>
<em>Hongrie</em>
</td><td>
Syrie
</td></tr><tr><td>
<em>Ingouchie</em>
</td><td>
Croatie
</td></tr><tr><td>
<em>Italie</em>
</td><td>
Iran
</td></tr><tr><td>
<em>Japon</em>
</td><td>
Inde
</td></tr><tr><td>
<em>Kabardino-Balkarie&nbsp;</em>
</td><td>
Kosovo
</td></tr><tr><td>
<em>Kazakhstan</em>
</td><td>
France
</td></tr><tr><td>
<em>Kenya</em>
</td><td>
Myanmar
</td></tr><tr><td>
<em>Lettonie</em>
</td><td>
Pakistan
</td></tr><tr><td>
<em>Liechtenstein</em>
</td><td>
Koweït
</td></tr><tr><td>
<em>Lituanie</em>
</td><td>
Palestine
</td></tr><tr><td>
<em>Macao</em>
</td><td>
Honduras
</td></tr><tr><td>
<em>Mongolie</em>
</td><td>
Allemagne
</td></tr><tr><td>
<em>Mozambique</em>
</td><td>
Australie
</td></tr><tr><td>
<em>Népal</em>
</td><td>
Corée-du-Nord
</td></tr><tr><td>
<em>Nigeria</em>
</td><td>
Espagne
</td></tr><tr><td>
<em>Norvège</em>
</td><td>
Qatar
</td></tr><tr><td>
<em>Ossétie-du-Nord</em>
</td><td>
Slovénie
</td></tr><tr><td>
<em>Pays-Bas</em>
</td><td>
Somalie
</td></tr><tr><td>
<em>Pologne</em>
</td><td>
Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Portugal</em>
</td><td>
Grande-Bretagne
</td></tr><tr><td>
<em>São Tomé-et-Principe</em>
</td><td>
Nouvelle-Zélande
</td></tr><tr><td>
<em>Slovaquie</em>
</td><td>
Kurdistan
</td></tr><tr><td>
<em>Suède</em>
</td><td>
Mali
</td></tr><tr><td>
<em>Suisse</em>
</td><td>
Arabie Saoudite
</td></tr><tr><td>
<em>Tchéquie</em>
</td><td>
Turquie
</td></tr><tr><td>
<em>Tchétchénie</em>
</td><td>
Yougoslavie
</td></tr><tr><td>
<em>Trinité-et -Tobago</em>
</td><td>
Cuba
</td></tr><tr><td>
<em>Tunisie</em>
</td><td>
Estonie
</td></tr><tr><td>
<em>Ukraine</em>
</td><td>
Égypte
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Regions et divers
</td></tr><tr><td>
<em>Caucase</em>
</td><td>
Balkans
</td></tr><tr><td>
<em>Europe de l’Est</em>
</td><td>
Proche-Orient
</td></tr><tr><td>
<em>CPLP</em>
</td><td>
OCDE
</td></tr><tr><td>
<em>Mer Adriatique</em>
</td><td>
Golfe Persique
</td></tr><tr><td>
<em>OPNA</em>
</td><td>
OTAN
</td></tr><tr><td>
<em>Pacte andin</em>
</td><td>
Union européenne
</td></tr><tr><td>
<em>Serra do Mar</em>
</td><td>
Monts Alleghanys
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Villes
</td></tr><tr><td>
<em>Astana</em>
</td><td>
Paris
</td></tr><tr><td>
<em>Beira</em>
</td><td>
Melbourne
</td></tr><tr><td>
<em>Belo Horizonte</em>
</td><td>
Los Angeles (CA)
</td></tr><tr><td>
<em>Brasilia</em>
</td><td>
Washington (DC)
</td></tr><tr><td>
<em>Curitiba</em>
</td><td>
Boston (MS)
</td></tr><tr><td>
<em>Gdánsk</em>
</td><td>
Port-Soudan
</td></tr><tr><td>
<em>Grozny</em>
</td><td>
Belgrade
</td></tr><tr><td>
<em>Karachaganak</em>
</td><td>
Toulouse
</td></tr><tr><td>
<em>Klagenfurt</em>
</td><td>
Bassora
</td></tr><tr><td>
<em>Lagos</em>
</td><td>
Madrid
</td></tr><tr><td>
<em>Lisbonne</em>
</td><td>
Londres
</td></tr><tr><td>
<em>Maputo</em>
</td><td>
Canberra
</td></tr><tr><td>
<em>Mogadiscio</em>
</td><td>
La Haye
</td></tr><tr><td>
<em>Oulan-Bator</em>
</td><td>
Berlin
</td></tr><tr><td>
<em>Pärnu</em>
</td><td>
Kandahar
</td></tr><tr><td>
<em>Pôrto Alegre</em>
</td><td>
Chicago (IL)
</td></tr><tr><td>
<em>Recife</em>
</td><td>
Miami (FL)
</td></tr><tr><td>
<em>Rio de Janeiro</em>
</td><td>
Philadelphie (PA)
</td></tr><tr><td>
<em>Riyad</em>
</td><td>
Genève
</td></tr><tr><td>
<em>Santarém</em>
</td><td>
Lockerbie
</td></tr><tr><td>
<em>São Paulo</em>
</td><td>
New York (NY)
</td></tr><tr><td>
<em>Vitòria</em>
</td><td>
Newark (NJ)
</td></tr><tr><td>
<br>
</td><td>
<br>
</td></tr><tr><td>
Acteurs
</td></tr><tr><td>
<em>Francisco de Albuquerque</em>
</td><td>
Tommy Francks
</td></tr><tr><td>
<em>Caspar Baader</em>
</td><td>
Chalid Mohammed
</td></tr><tr><td>
<em>Chamil Bassaev</em>
</td><td>
Zoran Đinđić ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Nadji Bensoussan (fictif)</em>
</td><td>
Gro Harlem Brundtland
</td></tr><tr><td>
<em>Christoph Blocher</em>
</td><td>
Oussama Ben Laden
</td></tr><tr><td>
<em>Oumar Botassé (fictif)</em>
</td><td>
Hans Blix
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando H. Cardoso</em>
</td><td>
George W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>Fernando Collor de Mello</em>
</td><td>
George H. W. Bush
</td></tr><tr><td>
<em>José M. Durão Barroso</em>
</td><td>
Tony Blair
</td></tr><tr><td>
<em>João B. Figueiredo</em>
</td><td>
Norman Schwarzkopf
</td></tr><tr><td>
<em>Thomas Klestil</em>
</td><td>
Saddam Hussein
</td></tr><tr><td>
<em>Mart Laar</em>
</td><td>
Mohamed Omar
</td></tr><tr><td>
<em>Paulo Lacerda I</em><em><sup>er</sup></em>
</td><td>
Robert S. Mueller III
</td></tr><tr><td>
<em>Celso Lafer</em>
</td><td>
Colin Powell
</td></tr><tr><td>
<em>Vello Leito</em>
</td><td>
Ahmed Massoud ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Marco A. Marciel</em>
</td><td>
Richard B. Cheney
</td></tr><tr><td>
<em>Aslan Maskhadov</em>
</td><td>
Slobodan Milošević
</td></tr><tr><td>
<em>Ueli Maurer</em>
</td><td>
Abdelkarim Al-Nasser
</td></tr><tr><td>
<em>Abdias do Nascimento</em>
</td><td>
Martin Luther King
</td></tr><tr><td>
<em>Noursultan Nazarbaïev</em>
</td><td>
Jacques Chirac
</td></tr><tr><td>
<em>Olusegun Obasanjo</em>
</td><td>
José Maria Aznar
</td></tr><tr><td>
<em>Alfons Piller</em>
</td><td>
Mohamed Atta ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Ricardo C. Redi (fictif)</em>
</td><td>
Richard C. Reid
</td></tr><tr><td>
<em>Adrian Risi</em>
</td><td>
Abdulaziz Alomari ✝
</td></tr><tr><td>
<em>Rubens da Silva (fictif)</em>
</td><td>
Ridley Scott
</td></tr><tr><td>
<em>Jiang Zemin</em>
</td><td>
Vladimir Poutine
</td></tr></tbody></table></figure>



<p class="wp-block-paragraph">[7 juin 2004]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/a-guerra-dos-alpes-%c2%bc/">A guerra dos Alpes (¼)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
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		<title>Entre A et Z</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 Apr 2019 08:22:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>J’ai été largué dans ce monde à mon point A et - va savoir dans combien de temps - je serai repris à mon point Z. Au point A, entrer en possession d’une automobile neuve à 3 vitesses et peut-être 70 chevaux était souvent un événement qui se fêtait comme il se devait dans le cercle de la famille, voire même au-delà [...]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">J’ai été largué dans ce monde à mon point A et – va savoir dans combien de temps – je serai repris à mon point Z.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au point A, entrer en possession d’une automobile neuve à 3 vitesses et peut-être 70 chevaux était souvent un événement qui se fêtait comme il se devait dans le cercle de la famille, voire même au-delà, et qui avait lieu à un certain âge, car pour se l’accorder il fallait économiser fermement, mais acheter une première occasion était non moins souvent source d’une fierté et d’une célébration à peu près équivalentes. Dans les deux cas, l’heureux possesseur lui réservait un soin unique et la bichonnait assidûment, et pas seulement parce que la garantie d’usine était de 12 mois, par conséquent il la gardait durant de longues années.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au point Z, entrer en possession d’une automobile neuve au double de vitesses (voire plus), au triple de chevaux (voire plus) et bourrée de gadgets économiseurs d’effort jamais imaginés non seulement au point A mais même après, sera une banalité non seulement par suite de leur multiplication et de la sensible réduction du rapport entre le prix de vente et le revenu personnel, mais aussi par la multiplication des formules parallèles de financement, alors qu’acquérir une première occasion ne sera plus source d’émotion pour personne, aussi jeune fut l’acheteur. Dans les deux cas, l’entretien aussi ne présentera déjà plus le moindre intérêt, les garanties s’étalant à l’heure actuelle de 36 à 60 mois, voire 84 ou même 144 mois concernant la carrosserie, soit le double ou le triple du rythme moyen de changement de l’objet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au point A, faire rentrer dans son foyer un premier poste neuf de télévision était souvent un événement qui se fêtait comme il se devait dans le cercle de la famille, voire même au-delà, et qui avait lieu à un certain âge, car pour se le permettre il fallait bien économiser, tandis que la question d’acheter en première un appareil d’occasion en principe ne se posait même pas, car l’acheter signifiait le garder le plus possible, donc des appareils disponibles sur le marché il n’y en avait pas tellement. Pour ce qui est de la diffusion des deux ou trois programmes de l’époque, elle avait lieu à des heures précises, d’habitude plutôt le soir, à travers des écrans bombés noir-blanc pas plus grands qu’une feuille de papier, logés dans des boîtes boursouflées en bois, livrant des images de piètre qualité, mais très souvent c’était l’occasion pour toute la famille de se retrouver transie d’émotion devant le <em>“petit écran”</em>. On savourait ainsi des nouvelles, des émissions d’information ou de culture générale, des films.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au point Z, faire rentrer dans son foyer un premier poste neuf de télévision n’est depuis déjà un moment pratiquement plus possible, car au moins un autre poste y existe déjà, et souvent l’on ne sait même plus depuis quand. Cette situation n’est pas seulement la conséquence de leur multiplication et de la réduction phénoménale du rapport entre le prix de vente de l’appareil et le revenu personnel, mais aussi de la multiplication tout aussi extraordinaire des sources et des moyens de divertissement et d’information. Dès lors, la question de l’éventuelle acquisition d’un appareil d’occasion revêt une importance comparable à celle de l’achat d’une bière. Pour ce qui est de la diffusion des centaines de chaînes disponibles, elle a lieu 365/7/24 sur des écrans ayant la surface d’un lit individuel et l’épaisseur d’un magazine, avec des images en haute définition et en couleur, ainsi que des fonctions annexes jamais imaginées au point A. En revanche, celle de rassemblement de la famille n’existe plus, car dans la règle chacun de ses membres utilise son propre appareil ou gadget équivalent. Pour ce qui est de la nature et du contenu des émissions diffusées, j’ai retenu cette opinion de René de Obaldia (1918 – ) de l’Académie Française : <em>« (…) les crétins ont beau avoir toujours existé, mais avec la télévision – ce chewing-gum de l’œil – ils se sont multipliés »</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au point A, faire rentrer dans son foyer un premier appareil neuf de radio était souvent un événement qui se fêtait comme il se devait dans le cercle de la famille, voire même au-delà, car pour se le permettre il fallait lui donner la priorité parmi tant d’autres objets nécessaires, dont tout d’abord le réfrigérateur. Dans la plupart des cas, il s’apparentait à une sorte de meuble ayant les dimensions d’une valise moyenne et était souvent posé sur une table qui lui était dédiée. Généralement, les émissions étaient diffusées sur les ondes longues, moyennes et courtes. Pour rechercher le poste désiré, une certaine habilité était nécessaire, car il fallait tourner à la main, très lentement et attentivement, le gros bouton circulaire de sélection. S’agissant de la diffusion de programmes de musique classique ou de jazz, tout comme les émissions culturelles et d’information, elle avait également lieu à certains moments de la journée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au point Z, faire rentrer dans son foyer un premier appareil neuf de radio n’est déjà aujourd’hui pratiquement plus possible, car à vrai dire cet objet en lui même ne se fabrique guère. Pour être plus précis, après avoir graduellement atteint physiquement la taille d’un paquet de cigarettes puis d’une carte de crédit, l’objet décrit au point A est devenu immatériel, étant remplacé par les mêmes fonctions au sein d’autres gadgets, jamais imaginés au point A. Quant à la diffusion des programmes (typiquement de la musique rock, un peu de classique, avec quelques postes d’information) en pratique elle a lieu sur les ondes ultracourtes uniquement, 365/7/24. Recherchés pour leur aspect désuet par quelques nostalgiques, les objets décrits au point A (suivis par ceux des points B, C…) se retrouvent parfois dans les magasins de troc, d’antiquités ou dans les marchés aux puces.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au point A, faire rentrer dans son foyer un premier appareil neuf de téléphone était souvent une réussite qui se fêtait comme il se devait dans le cercle de la famille, voire même au-delà, car pour en arriver là il fallait déjà bénéficier d’un raccordement, si possible individuel, ce qui n’était pas évident alors que le nombre de lignes disponibles à l’échelle nationale était encore assez réduit. Mieux valait être médecin, pompier, homme d’affaires ou policier. L’objet en soi était gros, lourd, cassant, laid et noir. En règle générale, il disposait d’un meuble dédié recouvert d’un macramé. Placé dans la pièce de jour du logement, il comportait la même fonction unique qu’il avait eu lorsqu’il avait été inventé environ un siècle plus tôt : relier à distance deux personnes, par la parole. Tenant compte des tarifs élevés – voire prohibitifs – des communications, il était utilisé parcimonieusement et presque exclusivement pour les appels à l’intérieur de la localité de résidence. La communication se faisait en mettant l’index dans les trous d’un disque rotatif de l’appareil, ensuite en le tournant afin de composer le numéro d’une centrale où une personne était payée pour établir la liaison entre les deux raccordements.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au point Z, faire rentrer dans son foyer un premier appareil neuf de téléphone n’est en pratique plus une réalité depuis déjà un certain temps. Primo, parce que les appareils fixes sont en voie d’extinction, si ce n’est physiquement, en tous cas pour ce qui est de l’utilisation. Donc une telle acquisition relèverait de l’excentricité. Secundo, ces objets fixes ont été remplacés par des appareils mobiles, certains de la taille d’un briquet, le poids d’une balle de golf, résistants, élégants et multicolores. Ils ont gagné l’ubiquité absolue, surtout depuis qu’ils comportent, au-delà d’une fonction basique de communication entre deux ou plusieurs personnes situées n’importe où sur la planète, un nombre sans cesse plus grand de fonctions annexes, jamais imaginées au point A (suivi par les points B, C…). On les retrouve surtout dans les sacs des dames et dans les poches des hommes, tous âges confondus, lorsqu’ils – ces gens, yeux et doigts rivés dessus – ne sont pas en train de se cogner contre un poteau.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au point A, faire rentrer dans son foyer une machine à écrire&nbsp; neuve signifiait éventuellement soit que l’un des membres de la famille gagnait sa vie en tant qu’écrivain accompli, soit qu’il occupait une fonction d’une certaine importance. Dans les deux cas, il n’était pas rare que la présence d’une personne spécialement formée soit impérative pour avoir l’utilité de l’appareil, mécanique. Quelle qu’en soit l’explication, le coût élevé était un défi pour le propriétaire. Son emploi supposait certains produits annexes, tels le papier carbone, les rubans encreurs et les lames de rasoir pour d’inévitables corrections. Quant aux caractéristiques physiques, ces machines – la plupart du temps recouvertes d’une housse – avaient à peu près les mêmes dimensions et poids qu’un poste de radio de la même époque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au point Z, faire rentrer dans son foyer une machine à écrire neuve n’est même plus une excentricité, et cela déjà depuis maintenant très longtemps. Ayant passé par différentes phases de perfectionnement (électrique, électronique, hybride), les modèles que l’on peut encore – et éventuellement – trouver sur un rayon perdu au fond de certains – très rares – magasins sont surtout assez petits, assez légers, mécaniques et pas très chers. Ils sont destinés aux joies de certains fantaisistes irréductibles pour un emploi occasionnel, surtout lors de voyages.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au point A, parlant de la communication écrite à distance, les hommes utilisaient surtout la vieille poste, s’envoyant l’un l’autre certains textes. Ce mode d’acheminement était la seule différence concrète avec la manière dont les hommes entraient en contact à distance déjà bien avant le temps des sumériens, où les coursiers et les messagers endossaient cette fonction moderne de la poste. On peut donc apprécier avec une marge d’erreur relativement faible qu’au point A la lettre reposait sur une histoire de 5000 ans ou plus. Une des particularités de ce mode de communication spécifique était qu’il offrait l’occasion à certains de briller dans l’art de l’écriture. L’histoire regorge ainsi d’exemples de correspondances célèbres par leur style ou leur substance. Il faut relever aussi qu’autant la rédaction d’une lettre par l’expéditeur que sa lecture par le destinataire constituaient souvent des moments d’intense émotion et que la réponse était attendue en général avec une grande fébrilité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au point Z, parlant de la communication à distance, l’objet lettre aura totalement disparu, car envoyer aux antipodes par les ondes même des documents originaux dûment signés sera déjà courant. Quant aux contacts fréquents, d’autre moyens sont déjà depuis un moment à l’œuvre. Ils permettent des échanges instantanés de toutes sortes aux quatre coins de la planète et même avec l’espace. Cette prolifération – voire explosion – de messages coïncide avec la réduction équivalente de leur qualité, que ce soit par rapport au style ou à la substance. Les exemples de textes ineptes, de rédactions inintelligibles et de langages agrammaticaux et asyntaxiques sont légion. Pour ce qui est de leur nature et de leur contenu, j’ai retenu cette opinion de l’auteur italien Umberto Eco (1932 – 2016) : <em>« Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bar, après un verre de vin, et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite, alors qu’aujourd’hui ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. »</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au point A, pour ce qui est de la communication rapprochée, le moyen le plus répandu, le plus commode et – quelque part – le plus personnel, était le petit bout de papier écrit à la main, ensuite plié, replié, et qui se transmettait de main en main. Il était en mesure de transporter une dose relativement élevée de son “soi”, par exemple sous la forme de petits dessins, de minuscules objets glissés dedans, ou d’autres marques particulières à haute valeur émotionnelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au point Z, pour ce qui est de la communication rapprochée, le billet personnel plié aura depuis longtemps disparu au détriment des mêmes vecteurs de transmission ci-dessus, puisqu’en effet, s’ils sont en mesure de faire communiquer instantanément des entités séparées par des milliers, voire des millions de kilomètres, il est clair que cette même capacité ne peut qu’opérer encore beaucoup mieux à quelques mètres de distance. Certes, oubliés les petits objets à haute valeur émotionnelle furtivement à glisser dedans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au point A, quant au contacts sociaux, en majeure partie ils étaient constitués par les réunions de famille, les beuveries entre amis, les bavardages de mères promenant leurs bambins et les facéties échangées à la récréation. Ces moyens perpétuaient une habitude qui avait vu le jour lorsque les premiers hommes purent articuler les premiers mots. Il serait donc difficile d’apprécier leur histoire avec une marge d’erreur acceptable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au point Z, quant aux contacts sociaux, deux phénomènes très importants sont à relever. Le premier est leur explosion au-delà non seulement de l’imaginable au point A, mais aussi – et c’est là le plus intéressant – au-delà du besoin, puisque de même qu’on parle de l’art pour l’art, on parle de contact pour l’amour du contact. Le second est leur complète immatérialité. Par l’installation de réseaux planétaires de transmission de données, ils relient n’importe qui avec n’importe qui et maintient chacun de ces quidams dans une solitude absolue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au point A et à propos de ce qu’on mangeait, cela dépendait en grande partie des revenus de chacun, surtout quant à la qualité et au choix, mais la routine se retrouvait un peu partout la même : le matin un petit-déjeuner quelconque, par exemple café, lait, café au lait, tartine, miel, confiture, à midi un repas à trois plats, par exemple soupe, ragoût, compote, le soir un dîner variable et plus ou moins léger, par exemple soufflé ou gratin, thé. Sans le savoir, on était les cobayes du <em>slow-food</em>, tout en étant aussi ceux du <em>good-food</em>. Mais le plus important était qu’à chaque fois la famille profitait de l’occasion pour se retrouver autour de la table, dans la salle à manger ou même à la cuisine. Hormis le temps passé devant le poste de télévision, c’était surtout en ces moments-là que la vie sociale de la famille était la plus intense.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au point Z et à propos de ce qu’on mangera, on ne fera que poursuivre sur la voie de ce qui fut lancé avant même que l’on arrive au point B. Il sera fait impasse sur le petit-déjeuner du matin, un café maximum. Le temps fera défaut, comme à midi d’ailleurs, où le <em>junk-food</em> du <em>fast-food</em> sera avalé soit en voiture, soit sur un coin de la table de conférence ou assis sur un tas de briques. Le soir, le temps pour les courses ayant encore fait défaut et vu que dans l’immense réfrigérateur on ne trouvera toujours rien d’autre qu’un léger frisson glacial faisant frémir les quelques bouteilles de bière, ce sera plus ou moins le même menu <em>fast-food</em> qu’à midi, tout au plus le plat pré-cuisiné réchauffé aux micro-ondes. L’un ou l’autre sera avalé machinalement les yeux rivés sur les dernières frivolités des réseaux sociaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au point A, pour ce qui est de quoi et comment on achetait, cela faisait aussi partie des contacts sociaux et se passait à peu près de la même manière qu’en Mésopotamie au temps d’Uruk, il y a de ça environ 6000 ans. Lorsqu’on manquait de pain, lait, sucre et café, on allait chez l’épicier, l’ami du coin. Lorsqu’on n’avait plus de viande, on visitait l’ami boucher dans sa petite échoppe ou l’air était souvent humide, et ainsi de suite pour le fromage, les fruits, les légumes et le vin. Quand on devait acheter de l’encre, c’était plus bas à la papeterie. Pour les habits, le magasin d’habits, pour les chaussures, les chaussures. Bien sûr, toutes ces choses avaient leur prix, car elles étaient soigneusement choisies par le marchand respectif, du moment que c’était en fonction de la santé de son commerce qu’il vivait bien ou moins bien. Faire les courses, cela revenait donc à un rituel bien rôdé, où l’achat en soi était en même temps support pour échanger des nouvelles sur le voisin, l’enseignant, le maire, le résultat du match de foot et le reste du monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au point Z, pour ce qui est de quoi et comment on achètera, le futur aura commencé bien avant la lettre Z. Dans d’immenses halles de banlieue, aseptiques et uniformément éclairées, on s’aventurera deux à trois fois par mois, en essayant d’éviter le samedi, où le quota d’inconnus par mètre carré dépassera celui des voyageurs dans le métro. Dans de grandes caisses en treillis métal sur roulettes on jettera pèle-mêle pain, lait, sucre, café, viande, fromage, fruits, légumes, vin, encre, habits, chaussures, plus une quantité indéfinie d’objets inutiles. Bien contents d’avoir évité tout accident de circulation avec d’autres caisses sur roulettes, on se propulsera pour payer vers les robots encaisseurs, où l’on pourra constater avec un mélange de satisfaction et de dépit d’une part avoir réussi d’acheter du café sud-américain au même prix du temps de la lettre F, et d’autre part avoir dépensé un huitième du salaire pour l’amas de produits achetés en grande partie sans en avoir besoin, cela sans avoir salué un seul individu. Certainement, ceci en supposant que nous n’avions pas déjà fait l’ensemble de nos achats en quelques clics sur le clavier –&nbsp; tout en conduisant l’automobile à 250 chevaux.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis, il y a tous ceux soutenant qu’ils suent avec ardeur pour un monde meilleur, ou qu’ils l’ont déjà rendu ainsi. Certes, au point Z il y aura d’autres produits, services, merveilles et gadgets – utiles ou non – jamais imaginés pas seulement au point A, mais encore longtemps après, comme il est clair que plein de bonnes choses dont on se satisfaisait si bien au point A n’existeront plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela reste que résolument partis sur cette voie, il est tout à fait prévisible que les gens ne marcheront toujours pas sur l’eau.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[15 octobre 2017]</p>
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		<title>L&#039;arthrose de la poly tique (2/2)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 24 Mar 2019 07:58:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La période de consolidation du politique est probablement la plus cruelle de l’histoire. Les deux guerres mondiales réunies auraient fait plus de victimes que toutes les violences engendrées par d’autres formes de confrontation durant cette seconde période. Au total, plus de 100 millions d’hommes seraient morts ainsi. Avec un bilan à peine plus élevé qu’un cinquième de ce total, l’ultime période de l’époque industrielle constituerait ainsi une phase d’accalmie... [...]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">La période de consolidation du politique est probablement la plus cruelle de l’histoire. Les deux guerres mondiales réunies auraient fait plus de victimes que toutes les violences engendrées par d’autres formes de confrontation durant cette seconde période. Au total, plus de 100 millions d’hommes seraient morts ainsi. Avec un bilan à peine plus élevé qu’un cinquième de ce total, l’ultime période de l’époque industrielle constituerait ainsi une phase d’accalmie… Il serait pourtant audacieux de soutenir que ce constat grave ne tiendrait qu’au transfert de pouvoir évoqué : en effet, le passé est riche en exemples témoignant du vieux penchant des hommes à s’entretuer. Ce serait aussi présomptueux d’affirmer que les promoteurs (comme les exécutants) de ces désastres auraient été dotés d’une cruauté proportionnelle à ce terrible inventaire : ceci négligerait les progrès techniques des moyens de destruction. (Les attaques américaines contre les villes de Hiroshima et Nagasaki ont fait, en quelques minutes, autant de victimes que la guerre russo-japonaise en deux ans. Est-ce que, pour autant, le président Truman occuperait la première place au palmarès de la barbarie, au détriment par exemple du tsar Nicolas II et de l’empereur Mutsuhito, ou de tant d’autres ?) Enfin, je crois que l’émotion surgie à l’ombre de ces réflexions ne devrait pas estomper le principal constat digne d’intérêt au sens de cette étude : politiquement, l’empreinte de cette période est faible. Certes, c’est le moment des plus grandes entreprises doctrinaires de l’ère industrielle : le capitalisme fordiste, le taylorisme, le keynésianisme, le bolchevisme, le maoïsme, les nationalismes allemand et italien, auxquels on pourrait ajouter le colonialisme et le sionisme. Mais, foncièrement, pour l’électeur du monde occidental, l’offre politique reste la même. Comment ça ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Eh bien, le colonialisme ne fait partie que subsidiairement de la vie des métropoles. Les échanges sont bien sûr vifs, la dépendance aussi, souvent dans les deux sens. Mais politiquement, vus depuis l’Occident, les colonies et autres protectorats comptent peu. Avec la dictature du prolétariat, le communisme a vite fait d’éliminer les notions de contre-offre et d’option. Ainsi, pendant 50 ans, il s’entoure d’un nuage de satellites politiquement factices. Vraies innovations et résultats d’un réel processus géopolitique, les nationalismes allemand et italien rejettent également toute contre-offre, travaillant en monopartisme. Mais leur vie est trop courte pour jeter les bases d’une alternative fiable, et leur parcours les sort de l’histoire. Enfin, le trajet du sionisme est aussi national, et en même temps diffus et répandu. Et à vrai dire, son but ne se décline pas en termes de choix de concepts. Ainsi, de toutes ces formules plus ou moins récentes, une seul émerge, compte et se maintient : la toujours bonne vieille politique bivalente gauche-droite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant et au sortir de la Seconde Guerre mondiale, à l’exclusion des dictatures (le communisme, le fascisme, le nazisme, le franquisme, le maoïsme, le pétainisme, le salazarisme, le stalinisme, le titisme), cette vieille politique glisse sur les mêmes rails qui l’ont toujours guidée. D’un côté, une gauche à présent dogmatiquement affermie par la grande crise et par l’appui sino-soviétique. De l’autre, une droite en partie affaiblie par le conflit qui vient de s’achever, accusant les coups portés par l’occupant, mais soutenue par l’Amérique dans ce qui sera bientôt la guerre froide. Donc, concrètement et à l’inverse de l’économique et du social, le politique rate les enseignements de cette terrible épreuve et amorce maladroitement le virage décisif de l’après-guerre. Les effets de cette inertie singulière ne tardent pas à se manifester, mais c’est avec le temps et les événements qu’ils se renforcent et marquent de leur empreinte le final de l’ère industrielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si elle continue d’être élaborée avant tout à droite et à gauche, la politique de la 3<sup>e</sup> période ne bouillonne plus à droite dans les clubs et les salons, et encore moins à gauche dans les ateliers et les cantines. Preuve, si besoin il en était encore, la désormais fameuse 3<sup>e</sup> voie du Premier ministre britannique, reprise par d’autres dirigeants socialistes, comme tentative d’enrayer l’enlisement de la gauche en lui donnant une direction médiane. Pourtant, les partis centristes existent depuis toujours… En revanche, elle vibre au rythme des festivals en plein air ; est secouée lors de chaque arrivée d’immigrés clandestins ; mobilise la rue pour les G7 ; s’expose dans les parades canines ; hurle à chaque nouveau carnage dans une école ; explose après Seveso, Amoco Cadiz, Bhopal, Tchernobyl ; s’anime pour les débats télévisés sur l’euthanasie ; crie contre la guerre ; s’épand sur les sites de tchatche ; se scande durant les rallyes de Cox, Deuches et autres Harleys. Avec le temps, l’instruction et l’information, et à travers les changements qui ont eu lieu dans la vie de tous les jours, la politique devient réellement l’affaire de tout le monde. Pas à pas, elle entre dans les chaumières et se prépare dans la cuisine, les salles de gym et devant la télé. Ceci, droite et gauche ne semblent pas encore le comprendre, ou l’admettre, ou l’assimiler – elles qui persistent à privilégier des préceptes chers aux patriarches du capitalisme-impérialiste et du marxisme-léninisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans quelle droite conservatrice classique de quel pays se reconnaîtrait à présent ce pdg danois, régnant à la tête d’une multinationale à capitaux espagnols, russes et américains, obligé de composer avec des dimensions géopolitiques, écologiques et culturelles inexistantes jusqu’alors ? Et l’ouvrier spécialisé qui jouit d’un niveau de vie confortable, comment pourrait-il s’approprier le vibrant et historique slogan ‘Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !’ – lui qui n’a qu’une angoisse quotidienne : la sécurité de sa fille de 9 ans sur le chemin de l’école ? Et vers quelle droite, ou vers quelle gauche, se dirigeraient le petit fermier bousculé par la transgénose, la femme harcelée par des réflexes sociaux machistes, l’automobiliste accablé par les interdits, ou le tout jeune citadin déboussolé qui vient de tuer ses parents ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les thèmes changent donc, mais pas le politique. Le plus direct et naturel effet de ce paradoxe, qui n’en est pas un, est l’apparition de mouvements qui reniflent les propriétés de ces changements et s’en revendiquent aussitôt. Et pendant que la droite poursuit sur la voie libérale habituelle de la société industrielle, dans un contexte complètement restructuré ; pendant que la gauche croit toujours dur comme fer à la lutte de classe au sein d’une civilisation saturée ; pendant ce temps-là, une nouvelle politique surgit, s’installe et se renforce.<span id="easy-footnote-88-302" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique-2-2/#easy-footnote-bottom-88-302" title=" Une blague des années soixante-dix décrit bien le mental de l’époque. Nous avons, aux États-Unis, John, ouvrier à la chaîne d’assemblage chez Ford, qui se lève à 7 heures du matin, fait son jogging, se prend une petite douche, ouvre le frigo, se prépare un petit-déjeuner copieux avec bacon, œufs, confiture et flocons, saute dans sa <em>“Chevy”</em> décapotable et, vers 9 heures, arrive tout frais à l’usine où depuis toujours il se fait exploiter à longueur d’année. En Italie par contre, Gino, chef d’équipe chez fiat, se lève à 6 heures, nourrit les petits, n’a pas envie de se raser, ouvre le frigo, se farcit les spaghettis refroidis de la veille, s’enfile dans sa <em>“Topolino”</em> et, vers 8 heures, rejoint ses camarades dans l’atelier où sa famille se fait spolier depuis trois générations. Enfin, en urss, il y a Boris, ingénieur-chef chez lada, qui se lève à 5 heures, va au magasin, fait la queue pour acheter du yaourt et du pain, revient bredouille car tout était vendu avant que son tour n’arrive, va à la salle de bains, ouvre le robinet pour se raser, le referme car il n’y a pas d’eau, ouvre le frigo, le referme car il est vide, court à la station de bus, s’y engouffre et, à 7 heures pile, arrive, les yeux collés, à l’usine dont, depuis 1925, il est propriétaire."><sup>88</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"> La diversité et, souvent, le pittoresque de ces groupes ne sont qu’à l’image de l’éventail et du caractère parfois insolite des crises du monde actuel. Certains se sont déjà taillé des places distinctes sur l’échiquier politique, d’autres sont en train de les chercher, et il y en a qui en sont encore à un stade primitif. Mais ils partagent tous une même propriété : le rejet ferme des stéréotypes droite-gauche. Et chaque nouveau vote ou chaque nouvelle élection qui marque la percée, brève ou non, de telle ou telle nouvelle tendance (qu’invariablement l’establishment politique traite, avec condescendance, d’énigme accidentelle) confirme la dichotomie croissante entre la réalité de la rue et la politique traditionnelle.
</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a d’abord les écologistes. Cela fait plus de 30 ans qu’ils gagnent des galons sur une planète de plus en plus violée. Leur ligne distincte de combat n’est plus à expliquer, même si, de temps à autre, la gauche (modérée) les courtise. Et si l’attitude générale face à la nature a évolué, c’est en bonne partie grâce à leur action.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Réagissant à toutes sortes d’alliances, à la pan-régionalisation et à l’internationalisation, il y a les nationalistes. Par ces temps syncrétiques, la défense des spécificités nationales est évidemment légitime, malgré des maladresses répétées qui ruinent leur activité. Utilisés à mauvais escient par la droite et la gauche, les maux de la dernière guerre piègent une doctrine qui est le plus souvent étrangère aux excès d’autrefois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les pacifistes, ensuite. Pas forcément asservis aux écologistes, même s’ils leur sont souvent assimilés, leur credo est des plus louables. En effet, qui défendrait une idéologie guerrière ? Formés il y a longtemps sur les pelouses du <em>flower-power</em>, ils peinent pourtant à se dégager de certains clichés formés à leur insu par la classe politique traditionnelle, comme celui d’amateurisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Suivent les antimondialistes, anciennement alternatifs devenus altermondialistes comme pour mieux évoquer le désir d’un autre monde, et pas nécessairement le rejet de celui, global, en construction. Benjamins des précédents, leur lutte ne vise pourtant pas uniquement la guerre. En plus, ils défendent aussi bien les cultures locales face aux conglomérats, que la production naturelle face au rendement à tout prix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puis, il y a les mouvements citoyens, approximativement dans la même lignée. Penchant plutôt vers la gauche classique, ils tentent néanmoins de ramener la conscience décisionnelle au niveau de l’individu. Ce sont les déçus du socialisme qui les composent, mais pas seulement, et leurs succès relatifs leur font espérer des jours meilleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les formations pour une Europe conçue à travers ses régions et ses différences regroupent des sensibilités qui ont beaucoup de choses à partager avec celles qui ont déjà été évoquées ici. Cette vision exprime principalement le rejet d’une politique classique considérée par trop conventionnelle, embourbée dans de vieux schémas anachroniques et vulnérable aux défis du monde contemporain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette mouvance compte aussi sur les défenseurs des valeurs ancestrales. Pour un monde toujours plus uniformément représenté par le virtuel et le tout-plastique, ce réflexe ne saurait surprendre. Il est intéressant que ces courants d’idées ne soient pas spécialement et maladivement passéistes. C’est, à nouveau, un type de réaction à un état en cours de généralisation, que la droite et la gauche classiques sont incapables de gérer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un autre registre, il y a les groupes pour la défense des intérêts de la famille, ou contre les différentes formes de violence (au travail, à la maison, routière, envers les enfants, les femmes, les animaux – encore que ceux-ci fassent souvent cause commune avec l’écologie). Selon les pays, leur pouvoir et leur influence, ils peuvent être redoutables, preuve de leur popularité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette revue des tendances est certainement incomplète. Elle le serait encore plus, si d’autres formations représentatives des préoccupations de l’homme d’aujourd’hui étaient omises. Par exemple les automobilistes, les usagers d’internet, les minorités (culturelles, homosexuelles, religieuses). Leur particularité ? Avant d’être conservateurs ou socialistes, si d’aventure ils l’étaient, ils sont automobilistes, surfeurs sur internet, occitans, homosexuels, bouddhistes. Bien sûr, hormis les inconditionnels du surf virtuel, ils l’étaient aussi cent ans en arrière, mais les temps ont changé. Et voilà qu’à cette mutation, la vieille politique, figée dans ses stéréotypes désormais vidés de substance, n’arrive pas à faire face. À l’exception du remodelage relatif de certains partis communistes, en réaction au naufrage de cette idéologie vers la fin de la période, et de la “<em>3</em><em><sup>e</sup></em><em> voie</em>“ socialiste, tentée par cette mutation pour des raisons plus ou moins similaires et déjà mentionnée, je ne connais aucun exemple probant de refonte structurelle majeure des doctrines classiques. Et parce que tout cela ne suffit pas, le peuple emploie depuis des années ses moyens propres, privilégiés, de correction : l’absence aux urnes et, plus rarement, car plus violent, le vote-sanction. À bon entendeur, salut !</p>



<p class="wp-block-paragraph">En marge de ces constats, le cas des États-Unis mérite une attention à part. Avec un système idéologique en théorie dualiste, mais parfaitement monocolore en pratique, ce pays réussit d’un seul coup trois exploits interdépendants : triompher sur le podium de l’incongruité politique; forts de deux siècles de balancement continu d’un pied sur l’autre, enseigner pourtant la vraie démocratie à tout va, en louant les vertus de la stabilité d’un tel dualisme ; faire marcher un modèle oligarchique joyeusement assumé par les masses. À ces exploits directs, s’ajoutent leurs dérivés : asseoir la primauté de l’efficacité sur les principes ; déclasser les démocraties plurielles, dont la diversité les fait passer pour hystériques<span id="easy-footnote-89-302" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique-2-2/#easy-footnote-bottom-89-302" title=" Par exemple la Suisse, avec 54 formations politiques représentatives (dont 19 au niveau fédéral) pour 7 millions d’habitants, la Belgique, 30 pour 11 millions, la France, 21 pour 60 millions, l’Italie, 19 pour 58 millions, l’Espagne, 15 pour 40 millions, le Danemark, 14 pour 6 millions, la Pologne, 12 pour 39 millions, l’Irlande, 11 pour 4 millions, et &amp;#8211; record &amp;#8211; l’Islande, avec 7 formations pour 0.3 millions d’habitants. Face à ces cas <em>“pathologiques“</em>, «<em> (…) un pays de près de 300 millions d’habitants, [où ] les alternatives politiques ne sont définies que par 2 partis, entre lesquels il n’existe aucune différence politique digne de ce nom »</em> (extrait d’un discours de David North, secrétaire national du Parti de l’égalité socialiste des États-Unis, tenu en 1996 à l’Université de Michigan)."><sup>89</sup></a></span>; mais surtout, démontrer que fabriquer un autre type de stalinisme, avec des résultats pour le moins aussi concluants que les réalisations du modèle classique, c’est techniquement possible.<span id="easy-footnote-90-302" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique-2-2/#easy-footnote-bottom-90-302" title=" Ce dernier résultat est avant tout une leçon de professionnalisme donnée à tous les déchus du communisme, qui déplorent la manière dont il fut appliqué à l’Est, et qui attendent depuis longtemps de voir à l’œuvre un système opulent à pensée unique. (À ce titre voir aussi Jean-François Kahn dans ‹Tout était faux ›, Fayard, 1998 : <em>« Est intrinsèquement stalinienne toute tendance à juger d’un fait en fonction, non de sa réalité propre, mais du rôle qu’il joue dans un espace stratégique (etc) )»</em>."><sup>90</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">En résumé, sous la lumière triangulaire jetée ici, le profil du monde occidental en ce début de millénaire est composé d’un paysage économique nerveusement animé par la technologie de pointe (dans les communications, la sécurité, l’information, la biologie) d’un panorama social soufflant avec difficulté sous le poids de mutations successives, et présente un portrait politique qui affiche sereinement près de 200 ans de trop.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[10 janvier 2004]</p>
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		<title>L&#039;arthrose de la poly tique (1/2)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Mar 2019 21:48:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La face économique du monde occidental a totalement changé par rapport à celle du début de l’ère industrielle. La face sociale, un peu. La face politique, pas du tout. Je trouve que ce vif paradoxe mérite attention. [...]</p>
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<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«&nbsp;Le mot politique vient du mot poly, c’est-à-dire nombreux,</em> <em>et du mot tique, c’est-à-dire parasite suceur de&nbsp;sang.&nbsp;»</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(attribué à un certain Larry Hardiman,&nbsp;?&nbsp;–&nbsp;?)</p>
</div></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«&nbsp;On dit que la politique est la deuxième plus vieille profession.</em> <em>J’ai pu constater qu’elle ressemble beaucoup à la première…&nbsp;»</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Ronald Reagan, 1911 –&nbsp;2004)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">La face économique du monde occidental<span id="easy-footnote-91-289" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique/#easy-footnote-bottom-91-289" title=" Cette appellation réunit les pays occupant les 30 premières places au classement mondial du pib par habitant, dans une fourchette de usd 34000 à 20000, soit : Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Danemark, États-Unis d’Amérique, Finlande, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Singapour, Suède, Suisse. Je n’ai pas considéré les pays suivants, qui remplissent pourtant ce critère : Iles Bermudes, Iles Cayman, Islande, Liechtenstein, Luxembourg, Monaco, Qatar, Saint-Marin &amp;#8211; en raison de leur faible représentativité ; Chypre, Israël, Irlande &amp;#8211; en raison de facteurs politiques qui en font des cas à part ; Hong-Kong &amp;#8211; à cause de son statut politique et administratif particulier. Ces choix sont faits librement, mais ils sont motivés par des critères qui s’expliqueront, j’espère, en cours de lecture. Source : ‹ Annuaire économique géopolitique mondial 2003 ›, La Découverte, Paris, 2002."><sup>91</sup></a></span> a totalement changé par rapport à celle du début de l’ère industrielle. La face sociale, un peu. La face politique, pas du tout. Je trouve que ce vif paradoxe mérite attention.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les racines de ces trois piliers de la société postmoderne remontent au XVII<sup>e</sup> siècle, dans la Grande-Bretagne préindustrielle. À partir de la moitié du XIX<sup>e</sup> siècle, la nature indissociable – car interdépendante – de ces composants se généralise. Ainsi, d’une part, de nouveaux moyens de production remplacent l’économie féodale. D’autre part, cette révolution offre l’occasion à des pionniers de donner vie et conscience à la question sociale.<span id="easy-footnote-92-289" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique/#easy-footnote-bottom-92-289" title=" Robert Owen (1771-1858), homme d’affaires anglais, précurseur du mouvement social et Charles Fourier (1772-1837), théoricien social français."><sup>92</sup></a></span> Enfin, l’autorité des monarchies absolues s’estompe à mesure que le multipartisme se cristallise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est le temps de la création des premiers (grands) groupes industriels, syndicats et partis politiques. Pourtant, malgré leur coexistence, le parcours commun de ces trois composants corrélés fut bref. L’économique refléta chaque étape spécifique des 150 dernières années. Moins souple, le social essaya de s’y adapter bon gré mal gré, sur le tard. Le politique se pétrifia dès le départ.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur l’ensemble de l’ère dite moderne, la routine de l’étude historique observe les catégories suivantes : de 1720 à 1880, la 1<sup>e</sup> révolution industrielle ce sont la machine à vapeur, le tissage, le charbon ; de 1880 à 1960, la 2<sup>e</sup> ce sont l’électricité, les carburants, le téléphone ; de 1960 à 2000, la 3<sup>e</sup> ce sont l’informatique, les communications, les services. Pour cette analyse sur l’industriel, je préfère une subdivision différente, simplifiée : l’envol (1850-1900), l’essor (1900-1950), la fin (1950-2000).</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>L’économique</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est durant la période d’envol que sont inaugurés des domaines économiques et des moyens de production qui prévalent encore de nos jours. La plus importante mutation a lieu maintenant. La réalisation artisanale cède la place à la production industrielle. À grande échelle, les objets ne sont plus réalisés à la pièce, ou selon les besoins. Les machines permettent de produire des biens qui devancent les besoins, voire qui les créent. C’est absolument nouveau et c’est capital pour la suite. Aussi la production de masse est-elle seule capable de satisfaire une population dont le taux élevé de croissance et d’urbanisation était inconnu jusqu’alors. Depuis l’an zéro, il a fallu à la population mondiale plus de 1500 ans pour doubler son nombre. Le 2<sup>e</sup> doublement s’est fait 6 fois plus vite. Le 3<sup>e</sup>, 12 fois plus vite : c’était justement de 1800 à 1925. Le 4<sup>e</sup>, 30 fois. Quant au 5<sup>e</sup>, il semble annoncer la stagnation du processus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant sa période de développement, l’économie d’une part affermit son assise et d’autre part élargit et diversifie son emprise. C’est l’étape de la maturité. Un nombre impressionnant de conflits plus ou moins régionaux et – surtout – les deux conflagrations mondiales contribuent largement à ce développement. <span id="easy-footnote-93-289" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique/#easy-footnote-bottom-93-289" title=" Les guerres sino-japonaise (1894-1895), hispano-américaine (1898), Anglais-Bœrs (1899), russo-japonaise (1904-1905), italo-turque (1911), balkaniques (1912-1913), russo-polonaise (1920), gréco-turque (1920-1921), franco-espagnole (1921-1926), de Mandchourie (1931), d’Éthiopie (1935-1936)."><sup>93</sup></a></span> Des percées techniques et biologiques extraordinaires se produisent : le moteur électrique (1892), l’avion (1903), la diode (1906), la bakélite (1909), les vitamines (1912), les polymères (1922), la fusée (1926), la télévision et la pénicilline (1928), le nylon (1935), les insecticides (1940), le transistor (1948), parmi tant d’autres. La plupart des plus grandes banques, compagnies industrielles et d’assurances sont fondées durant ces années. <span id="easy-footnote-94-289" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique/#easy-footnote-bottom-94-289" title=" Philips (1891), Crédit Agricole (1894), Zurich Assurances (1894), Barclays Bank (1896), Renault (1898), FIAT (1899), Pacific, Gas &amp;amp; Electric (1905), Royal Dutch Shell (1907), General Motors (1908), Olivetti (1908), International Telegraph &amp;amp; Telephone (ITT, 1910), IBM (1911), Boeing (1916), Daimler Benz (1926), etc. "><sup>94</sup></a></span>&nbsp; L’influence du tertiaire commence à se faire sentir, annonçant le pas suivant. Un déplacement suburbain rapide a lieu dans certains pays à la pointe de ce phénomène, surtout en Grande-Bretagne, mais aussi aux États-Unis et en Australie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’économie de la période finale est différente. La décolonisation achevée, le nombre d’États indépendants se multiplie. Les États membres de l’ONU étaient 60 en 1950 et 189 en l’an 2000. L’intérêt pour les nouveaux marchés explose. Naguère réduit, le cercle des pays industriels s’élargit. Exemples : Brésil, Chine, Corée du Sud, Irlande, Taiwan. En Occident, le choc de la Seconde Guerre mondiale bannit désormais le recours aux armes pour des motifs historiques, doctrinaires ou ethniques. La guerre du Viêt-nam est le dernier affrontement doctrinaire majeur de l’ère industrielle. D’autre part, dans le contexte politique du début du XXI<sup>e</sup> siècle, la tension créée à partir du mois de février 2003 au sujet de la question irakienne entre les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Espagne d’une part, et la France, l’Allemagne et la Russie d’autre part, aurait représenté un <em>casus belli</em> des plus classiques. La guerre devient économique et – déclarée ou&nbsp; larvée – permanente. Les lieux de croissance et le savoir-faire se déplacent. Le tourisme, le cosmos et le corps humain s’industrialisent. Et, pour la première fois, une chaîne de magasins s’installe à la tête du classement des plus grandes entreprises mondiales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Conclusion économique : chaque étape est bien marquée, inconfondable. En effet, c’est ridicule de croire, car fatalement impossible, que la globalisation aurait pu précéder la sidérurgie du XIX<sup>e</sup> siècle, et c’est impensable d’imaginer que l’invention de l’électricité aurait pu suivre la généralisation de l’automatisation, apparue pourtant durant la 2<sup>e</sup> période industrielle. La relation de cause à effet est inhérente à la succession logique des facteurs économiques, et rend ce processus logique et cohérent.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Le social</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout cela change avec l’aspect social. Pourtant, au début de l’industriel, les mécanismes de la société sont structurellement modifiés. Les grands chantiers du charbon, de l’acier, de la navigation et du rail emploient une force de travail énorme. Par rapport au passé, la qualité de vie de la majorité ne chute pas pour autant : le niveau est déjà très bas. Le phénomène démographique s’impose par son ampleur. Une nouvelle tribune s’affirme : la presse. Le syndicalisme se place dans le sillage du ‹ Manifeste du parti communiste › des Allemands Karl Marx et Friedrich Engels s’accroît par la création de l’Association internationale des travailleurs, aussi appelée la “<em>1</em><em><sup>e</sup></em><em> Internationale</em>” (Londres, 1864). Les <em>clashs</em> – au départ inégaux – entre le prolétariat moderne et le grand patronat s’amorcent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au cours de la 2<sup>e</sup> période, la société occidentale s’articule autour de ces deux pôles. La classe moyenne, de plus en plus fournie, s’y ajoute, au détriment de la paysannerie. Pour le prolétariat, la grève devient l’outil préféré de combat. En 1920, l’Italie, la Grande-Bretagne et l’Allemagne comptent un million de grévistes, respectivement 30 et 54 millions de journées de grève. En général et malgré la récession, la productivité et le niveau de vie progressent, le temps de travail diminue, mais le chômage s’installe comme une donnée majeure. En 1932, le taux de chômage est de 22% en Grande-Bretagne, 29% en Autriche et pointe à 43% en Allemagne, où il frôlera 0% en 1939). Les femmes gagnent les droits civiques de base et les droits sociaux percent dans de nombreux pays. Fortement politisés, les syndicats sont au zénith.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La déchéance provoquée par la guerre et le massif appui <em>yankee</em>&nbsp; modifient le climat social durant les <em>“trente glorieuses“</em>. L’envie de travailler s’ajoute à celle d’un meilleur destin. Un des signes de cette nouvelle vigueur est le baby-boom. Les mœurs changent : les choses sont plus désirées que nécessaires. L’espérance de vie s’accroît et la sécurité sociale se généralise, sauf aux États-Unis, qui sont pourtant à la pointe de ce phénomène. L’importance des loisirs égale celle du travail, mais la lutte pour le plein emploi reste prioritaire. L’indice occidental de développement humain bat des records, tandis que le mouvement ouvrier s’essouffle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Conclusion sociale : rien à voir entre les images de la société au début et à la fin de l’ère industrielle. Cadre et conditions de vie, accès au savoir et aux soins, protection de l’enfance et de la vieillesse, égalité des chances : voilà quelques jalons d’un parcours remarquable. Rares, bien qu’importantes, les fausses notes (dilution familiale, jeunesse déboussolée, chômage chronique, contrastes extrêmes, etc) n’arrivent pas à salir ce tableau globalement positif. Par rapport à un volet économique bien défini, le social est peut-être plus nuancé, mais son évolution est clairement quantifiable.</p>



<figure class="wp-block-gallery columns-1 is-cropped wp-block-gallery-7 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="439" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Larthrose-du-Poly-Tique-1_2-Schémas.jpg" alt data-id="583" class="wp-image-583" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Larthrose-du-Poly-Tique-1_2-Schémas.jpg 1000w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Larthrose-du-Poly-Tique-1_2-Schémas-300x132.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Larthrose-du-Poly-Tique-1_2-Schémas-768x337.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"></figure></li></ul></figure>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Le politique</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La composante politique navigue à l’opposé de ces trajectoires. Indifférente, elle traverse les années et les étapes. Son parcours est constant au point de lui valoir des vertus de stabilisation qu’elle n’a pas, car le politique nouveau engendre tout sauf l’équilibre, la constance étant plutôt l’apanage du mode seigneurial de gouvernement ; dès que l’on se dispute le pouvoir, c’est le consensus ou l’alternance, et comme le consensus est fort rare… Face à l’économique et au social, le politique est donc juste figé : c’est l’étrangeté relevée en ouverture de l’écrit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’aube de l’industriel, face à de nouveaux horizons de plus en plus attrayants, ce sont de nouvelles relations humaines de plus en plus engagées, provoquées par de nouveaux intérêts de plus en plus pointus, au sein de (nouvelles) communautés de plus en plus denses et complexes, qui imposent la reconversion du politique. Jusqu’au XIX<sup>e</sup> siècle, ce domaine était réservé au souverain et le plus souvent l’institution monarchique était polycéphale. Il s’agit de la politique avant le XIX<sup>e</sup> siècle, vue dans son ensemble. Les systèmes développés aux États-Unis et au Royaume-Uni depuis le XVII<sup>e</sup> siècle, ainsi qu’en Suisse depuis le XIII<sup>e</sup> siècle sont exclus, car déjà très proches de la formule actuelle. L’empereur, le roi, le prince, le duc cumulaient les autorités de droit et de fait, auxquelles venaient s’ajouter d’autres prérogatives, comme l’exercice de la loi, le pouvoir moral, ou bien la tutelle religieuse (et non pas spirituelle, qui est propre à l’évêque). Ce cumul n’était pas lettre morte ; en général, le suzerain en disposait en mode discrétionnaire. Plus que de la pratiquer, le souverain fabriquait la politique à sa manière. Au point qu’il l’incarnait. Et si, dans son activité, il créait des fonctions annexes réservées à des élus de son choix, ce n’était que pour des raisons techniques. Pour appliquer ses pouvoirs, le chef de l’État devait bien s’entourer d’éléments de son appareil<span id="easy-footnote-95-289" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique/#easy-footnote-bottom-95-289" title=" Le (grand) chambellan, le (Premier) ministre, le chancelier, le bailli, le surintendant. "><sup>95</sup></a></span>&nbsp; D’une portée variable, l’influence des hauts fonctionnaires sur les citoyens et les affaires du pays n’était que rarement déterminante. Mais le plus important est que l’exercice politique dans sa totalité passait forcément, autant pour les pauvres hères que pour les dignitaires, par la reconnaissance du rapport de vassalité envers le monarque. Du haut de son hérédité, celui-ci dispensait son art de la gouverne en régnant (on pourrait presque dire : en flottant) sur les choses et les hommes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les paris de la révolution industrielle accélèrent l’émancipation politique du peuple. Les affaires royales deviennent publiques, touchant de plus en plus l’individu affranchi. Ainsi s’organisent les partis traditionnels, dans la lignée de structures sociales ou corporatistes bien établies. En gros, les nantis (les propriétaires terriens, l’aristocratie, la haute bourgeoisie, les grands exploitants et les producteurs, les seigneurs de l’ex-<em>Curia Regis</em> se retrouvent dans des formations génériquement qualifiées de conservatrices. Ils ont la volonté fondamentale de maintenir leurs privilèges, de perpétuer ou de développer l’état des choses à leur avantage. Les démunis, issus de la gent ouvrière, agraire, de l’immigration, donnent naissance aux formations usuellement appelées populaires. Ils sont déterminés à obtenir ne serait-ce que certains des avantages jusque-là réservés aux nantis, quitte à ébranler l’ordre des choses. Entre ces pôles, la classe moyenne (intellectuels, artisans, petits-bourgeois) se range dans des formations couramment intitulées libérales. Son principal but est de préserver son identité en gardant la distance par rapport aux deux autres orientations. Plus tard, ce sera par rapport à l’État.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur ces bases, de nombreux partis majeurs sont créés durant cette période foisonnante : Democratic Party (États-Unis d’Amérique) 1829, Liberal Party (ex-Whig, Grande-Bretagne) 1832, Conservative Party (ex-Tory, Grande-Bretagne) 1834, Republican Party (États-Unis d’Amérique) 1854, Sozialdemokratische Partei Deutschlands (SPD, Allemagne) 1871, Partido Socialista Obrero Español (PSOE, Espagne) 1879, Sozialdemokratische Partei Österreichs (SPÖ, Autriche) 1874, Independent Labour Party (ILP, Grande-Bretagne) 1893, etc. Ils sont aisément identifiables selon le modèle exposé ci-dessus, même si, au fil des ans, au gré des besoins et en fonction de certaines spécificités, ils changent de nom, fusionnent ou se remanient. Par exemple, le courant dit conservateur se retrouve sous des appellations aussi variées que républicain, chrétien, national, radical ; le courant dit populaire sous celles de progressiste, socialiste, travailleur, démocratique, communiste ; le courant libéral restant lié – que je sache – à la terminologie de base, c’est-à-dire – concrètement – en dehors de tout autre dérivé terminologique représentatif. En revanche, leurs postulats ne changent pas. C’est normal : les éléments dont ils s’alimentent sont inchangés. Ces partis remplacent le souverain dans un jeu qui a de nouvelles règles. Désormais, le contrôle des affaires de la cité (c’est la vraie origine du mot politique : <em>politikos,</em> qui signifie ‘de la cité’) dépend du scrutin, et rien (sauf des idées valables, une réelle force de persuasion et certains moyens financiers) ne garantit cette maîtrise au candidat.<span id="easy-footnote-96-289" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/larthrose-du-poly-tique/#easy-footnote-bottom-96-289" title=" Cela dit, j’apprécie la franchise d’un routard expérimenté de la politique française, lorsqu’il affirme que ‘Les partis politiques, c’est quand même l’art d’occuper le pouvoir quel que soit le programme et de piquer les idées des autres pour les appliquer, si on voit qu’elles marchent.’ (Brice Lalonde, ex-président de Génération Écologie, qui a montré aussi de l’intérêt pour le Parti socialiste unifié, le Mouvement des radicaux de gauche, l’Union démocratique du centre, la Démocratie libérale et le Rassemblement pour la République.)"><sup>96</sup></a></span> Le XIX<sup>e</sup> siècle voit le transfert du pouvoir – depuis le singulier vers le pluriel – consommé dans l’ensemble de l’Occident.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La période de consolidation du politique est probablement la plus cruelle de l’histoire. Les deux guerres mondiales réunies auraient fait plus de victimes que toutes les violences engendrées par d’autres formes de confrontation durant cette seconde période. Au total, plus de 100 millions d’hommes seraient morts ainsi. Avec un bilan à peine plus élevé qu’un cinquième de ce total, l’ultime période de l’époque industrielle constituerait ainsi une phase d’accalmie… Il serait pourtant audacieux de soutenir que ce constat grave ne tiendrait qu’au transfert de pouvoir évoqué : en effet, le passé est riche en exemples témoignant du vieux penchant des hommes à s’entretuer. Ce serait aussi présomptueux d’affirmer que les promoteurs (comme les exécutants) de ces désastres auraient été dotés d’une cruauté proportionnelle à ce terrible inventaire : ceci négligerait les progrès techniques des moyens de destruction. (Les attaques américaines contre les villes de Hiroshima et Nagasaki ont fait, en quelques minutes, autant de victimes que la guerre russo-japonaise en deux ans. Est-ce que, pour autant, le président Truman occuperait la première place au palmarès de la barbarie, au détriment par exemple du tsar Nicolas II et de l’empereur Mutsuhito, ou de tant d’autres ?) Enfin, je crois que l’émotion surgie à l’ombre de ces réflexions ne devrait pas estomper le principal constat digne d’intérêt au sens de cette étude : politiquement, l’empreinte de cette période est faible. Certes, c’est le moment des plus grandes entreprises doctrinaires de l’ère industrielle : le capitalisme fordiste, le taylorisme, le keynésianisme, le bolchevisme, le maoïsme, les nationalismes allemand et italien, auxquels on pourrait ajouter le colonialisme et le sionisme. Mais, foncièrement, pour l’électeur du monde occidental, l’offre politique reste la même. Comment ça ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[10 janvier 2004]</p>
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		<title>Les Etats-Unis d’Europe</title>
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		<pubDate>Sat, 16 Feb 2019 18:11:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les États-Unis d’Europe, je n’y crois pas. Non pas que ce pays ne verra jamais le jour (dans ce monde, tout peut arriver, n’est-ce pas ?), mais que, s’il le voit, ce sera vraiment une bonne chose, durable et viable, une chose dont il conviendra d’être intimement et réellement fier. Et si je doute, c’est pour deux raisons. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« L’Europe cherche, avec raison, à se donner une politique et une monnaie communes, mais elle a surtout besoin d’une âme. »</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(André Frossard, ‹ Le Monde de Jean-Paul II<em> ›</em>, Fayard, 1991)</p>
</div></div>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">Les États-Unis d’Europe, je n’y crois pas. Non pas que ce pays ne verra jamais le jour (dans ce monde, tout peut arriver, n’est-ce pas ?), mais que, s’il le voit, ce sera vraiment une bonne chose, durable et viable, une chose dont il conviendra d’être intimement et réellement fier. Et si je doute, c’est pour deux raisons.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La première est qu’en réalité le principe écrasant installé à la base de cette union est avant tout économique, très subsidiairement politique et stratégique. L’idée du grand et unique État européen naît au début de l’après-guerre et au lendemain du plan Marshall, en pleine guerre froide. À l’époque, on pouvait donc lui trouver un éventuel sens stratégique, disais-je, fondé sur l’expérience catastrophique de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, il prit forme sous le nom de Communauté européenne du charbon et de l’acier (ceca) et ensuite de Communauté économique européenne (cee). Il faut reconnaître que les deux sont loin d’être métaphysiques. Mais peu à peu, l’affaire s’enlisa, même si l’effectif passa d’abord de cinq à douze, et ensuite à quinze pays. En réalité, l’on tournait drôlement en rond.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jusqu’à ce désormais fameux 7 février 1992, quand tout repartit à Maastricht, bourgade hollandaise chic et paisible. Il est vrai que le Rideau de fer venait de tomber et que les États-Unis&nbsp; post-reaganiens montraient leurs biceps. Alors on se mit à rêver d’une monnaie unique, de la libre circulation des biens et des personnes, de plaques minéralogiques unifiées pour les véhicules, de l’encodage des aliments selon les directives de la cee, de normes industrielles communes, de la standardisation des systèmes de mesure, de la réciprocité des diplômes, d’une force armée unique et même – hardiesse suprême – de la mise à niveau des taxes. Rien que du culturel, quoi ! En effet, le Traité de Rome de 1957 stipule que <em>« La Communauté a pour mission, par l’établissement d’un marché commun, d’une Union économique et monétaire et par la mise en œuvre des politiques ou des actions communes visées aux articles suivants, de promouvoir un développement harmonieux et équilibré des activités économiques dans l’ensemble de la Communauté, une croissance durable et non inflationniste respectant l’environnement, un haut degré de convergence des performances économiques, un niveau d’emploi et de protection sociale élevé, le relèvement du niveau et de la qualité de vie, la cohésion économique et sociale et la solidarité entre les États membres. »</em> Étonnant ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr que non ! La culture ? Nul n’en souffla mot. Et, franchement, comment cela aurait-il été possible ? Car, lorsque je parle de culture, il me semble évident que je ne vise ni le poste de commissaire en charge de ce domaine, ni le commissariat qu’il dirige, ni les fonds y relatifs, ni les échanges ou les événements qui sont organisés afin de stimuler la connaissance mutuelle et le rapprochement entre cultures nécessairement distinctes. Non, je vise quelque chose de différent et de bien plus important.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je vise tout ce que les pays (membres) ont de plus singulier, donc de plus intime, c’est-à-dire de plus précieux, tout ce que, volontairement ou non, ils traînent après eux dans la corbeille commune de l’union, et qui porte bien un nom : leur identité. Je trie : le Luxembourg – noble, richissime et polyglotte État-timbre ; l’Italie – immense passé, exubérance et insouciance chroniques, folle créativité ; l’Allemagne – un monolithe, en dessous la salle des machines, au-dessus la cathédrale du continent ; l’Espagne – fierté obscure ou obscurité fière (c’est selon !), grand passé aussi, grand avenir peut-être ; la Grèce – notre mère à tous, convertie à l’émigration car source désormais tarie ; la Grande-Bretagne – que j’allais oublier peut-être, car ce n’est que grâce à la poussée du Gulf Stream qu’elle reste tout de même attelée à l’Europe ; autrement, dans sa dérive, elle aurait depuis longtemps épousé l’ami américain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais Grand Dieu ! qu’est-ce que ces pays peuvent avoir en commun ?! Au fait, je crois que les seuls deux éléments que tous les Européens (membres ou non de la ce, cee, eee, oecd et autres organismes) partagent sans réserve sont une terre commune et la fierté de la partager. Tout le reste est une très longue histoire faite de rivalités secrètes, de luttes ouvertes, d’âpres conquêtes, de lourdes défaites, de frustrations étouffées, d’ambitions larvées, d’alliances tordues, d’hégémonies passées et présentes. Pourtant, comme dans les plus grandes sagas, pendant des millénaires, c’est un tel creuset qu’il a fallu pour forger cette entité admirablement diverse intitulée la civilisation européenne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, un seul pays, ces… États-Unis d’Europe ? Oui, qui sait ? Mais alors certainement et seulement en nivelant toutes ces identités. Et, en fin de compte, pour obtenir quoi ? L’<em>”homme européen”</em> ? (Se régaler à ce propos avec ‹ L’Europe expliquée aux Européens › de Pierre Antilogus, Benoît du Peloux et Philippe Trétiack, Vents d’Ouest, 2000.) Mais cet <em>”homme européen”</em>-là, avec les particularités que nous avons vues, se porte comme un charme depuis des lustres ! Un autre <em>”hommeeuropéen”</em> donc ? Peut-être bien, mais alors j’ai envie de me référer à Malraux et dire que cet <em>”hommeeuropéen”</em>-là sera culturellement trisomique ou ne sera pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’autre raison – ou évidence – qui me fait douter de la viabilité de ces États-Unis d’Europe est que la formule d’organisation envisagée est la singerie contre-nature d’un système fédéraliste qui a fait ses preuves à bien des égards et des endroits, à la mention près que les circonstances respectives étaient totalement différentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a quantité d’États fédéraux de par le monde. De ce que je sais, il y a l’Argentine, l’Australie, le Brésil, le Canada, les États-Unis d’Amérique, l’Inde, le Mexique, le Nigeria, le Pakistan ou encore la Russie. Dans beaucoup de cas ça fonctionne très bien, dans d’autres moins bien, pour toutes sortes de raisons ethniques, sociales, religieuses, politiques ou économiques. Néanmoins, dans aucun de ces cas les disparités entre les composantes du pays ne sont aussi structurelles, ni historiquement aussi enracinées, que dans celui d’un hypothétique pays nommé les États-Unis d’Europe. En revanche, si les États fédéraux sont ce qu’ils sont, je me demande pour quelle raison l’européanisme ne ferait pas recette ailleurs sur la Terre, dans une application à la sauce locale ? On sait que les régions offrant des conditions similaires ne manquent pas. Mais les pays concernés ont toujours eu la sagesse de limiter leurs ambitions à des alliances économiques ou stratégiques, et rien de plus. Le Commonwealth, l’ASEAN, la Ligue arabe, le Mercosur, l’Union africaine sont des exemples en ce sens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sérieusement, comment réunir en pratique et avantageusement sous un même chapiteau de vénérables petites monarchies (Belgique, Danemark, Luxembourg, Pays-Bas, Suède), un ancien grand empire protestant saxon devenu royaume (Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord) et qui chapeaute des formations étatiques (Angleterre, Écosse, Pays de Galles, Irlande du Nord), un jeune et grand royaume catholique latin, autrefois immense empire, passé par la dictature républicaine (Espagne), des républiques avec de vieilles traditions monarchiques (Grèce, Italie, Portugal), une grande république ex-monarchie-phare (France), des possessions devenues républiques (Finlande, Irlande), une république bâtie sur les ruines d’un empire démembré (Autriche) et, pour couronner le tout, la seule république réellement fédérale (Allemagne) ?! La vue se brouille encore plus lorsqu’on pense aux aspirants : les pays orthodoxes, ex-vassaux communistes, ou alors ce pays fort, laïque et musulman à la fois, issu de l’Empire ottoman… Et que dire de l’ancienne patrie des tsars ?!…</p>



<p class="wp-block-paragraph">À présent : les États-Unis d’Europe seront-ils un jour une monarchie ? Dans ce cas, laquelle des dynasties sera retenue et sur la base de quels critères les autres rois abdiqueront-ils ? Ou bien trouvera-t-on, <em>ex nihilo</em>, une nouvelle monarchie européenne, à la hauteur d’un Charlemagne, d’un Charles Quint ou d’un Bonaparte ? Au contraire, seront-ils – ces eue – une république, et tous les souverains renonceront-ils à leur trône respectif ? Si la création d’un parlement et d’un gouvernement uniques européens serait à la rigueur concevable et si – dans la foulée – l’on pouvait encore imaginer l’octroi des fonctions exécutives suprêmes (le président européen, le Premier ministre européen, le président du Conseil européen, le chancelier européen, etc.) à tour de rôle sur la base d’une certaine pratique collégiale, je crois en revanche que le choix de la capitale de l’Europe devrait poser quelques problèmes. Berlin ? Londres ? Madrid ? Paris ? Rome ? Et puis, pendant qu’on y est, pourquoi pas Bruxelles, Helsinki ou même Vienne, à moins que, pour calmer tout le monde, n’est-ce pas ?, on choisisse finalement Maastricht !</p>



<figure class="wp-block-gallery columns-1 is-cropped wp-block-gallery-8 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="1000" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Les-Etats-Unis-dEurope-Le-Royaume-des-États-Unis-dEurope-1.jpg" alt data-id="586" class="wp-image-586" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Les-Etats-Unis-dEurope-Le-Royaume-des-États-Unis-dEurope-1.jpg 1000w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Les-Etats-Unis-dEurope-Le-Royaume-des-États-Unis-dEurope-1-300x300.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Les-Etats-Unis-dEurope-Le-Royaume-des-États-Unis-dEurope-1-150x150.jpg 150w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Les-Etats-Unis-dEurope-Le-Royaume-des-États-Unis-dEurope-1-768x768.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"></figure></li></ul></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, en effet, le Royaume des États-Unis d’Europe, monarchie constitutionnelle héréditaire, disposant – en vertu des principes de la diversité, de la décentralisation, du respect des petites entités et de l’égalité des chances – d’un <em>Kaiser</em> réélu tous les 10 ans au suffrage universel et abrité sur la plate-forme maritime de Sealand, d’un parlement bicaméral multiethnique basé à Maastricht, d’un quartier général de l’état-major de l’armée stratégiquement positionné sur le rocher de Gibraltar, d’une banque centrale installée au Liechtenstein et d’un cabinet agissant depuis Monaco : voilà une formule parfaite pour rassembler 400 millions d’ <em>“hommeseuropéens“</em> dans le cadre d’une vraie offensive contre la suprématie économique japonaise et contre l’hégémonie politique américaine.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« L’Europe est trop grande pour être unie.</em><br> <em>Mais elle est trop petite pour être divisée.</em><br> <em>Son double destin est là. »</em><br></p><cite> (Daniel Faucher, 1882-1970)</cite></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>
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		<title>L’âge des monarques</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Jan 2019 16:31:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À l'heure où l'on ne jure que par la démocratie, le soi-disant "pouvoir du peuple", en réalité on vit des temps clairement contradictoires si l’on juge d’après le nombre et la diversité des "souverain(e)s" que l'on découvre jour après jour : la très garnie famille des rois de la chanson (le roi du rock, du blues, du pop, du folk), le roi de la magie, de la finance, de la drogue, la reine de la glace, des courts, des casinos, de la danse. [...]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">À l’heure où l’on ne jure que par la démocratie, le soi-disant <em>«&nbsp;pouvoir du peuple&nbsp;»</em>, en réalité on vit des temps clairement contradictoires si l’on juge d’après le nombre et la diversité des <em>«&nbsp;souverain(e)s</em>&nbsp;» que l’on découvre jour après jour : la très garnie famille des rois de la chanson (le roi du rock, du blues, du pop, du folk), le roi de la magie, de la finance, de la drogue, la reine de la glace, des courts, des casinos, de la danse. Comme de tous les passer en revue serait trop ennuyeux, place donc uniquement à la reine des reines, la seule, l’unique reine de la route et des deux-roues, curieusement mais si affectueusement appelée <em>«&nbsp;la petite reine&nbsp;»</em> : la bicyclette, alors qu’à vrai dire l’on ne connaît ni la grande ni la moyenne. Si gratifier un chanteur ou un autre, un trafiquant ou un autre, une patineuse ou une autre, d’une des qualités respectives, pourrait éventuellement susciter une certaine controverse, il est certain qu’à travers la personne qui la conduit, la bicyclette – plus répandu véhicule sur terre – règne sans conteste et sans partage sur toute la surface du monde, goudronnée ou non.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Grand Dieu comme c’est logique ! Et mérité. En matière de motricité, elle offre de loin le meilleur rapport qualité/prix du complexe de facteurs qui comptent : vitesse, confort, écologie, manœuvrabilité, efficience. Elle n’impose ni plaques d’immatriculation, ni taxes, ni permis, ni examen théorique, encore moins pratique, donc nul besoin de connaître la signalisation routière. Ses besoins sont notoirement modestes, voire inexistants, que cela soit en termes de places de stationnement, de services, de frais d’entretien, de pneus d’hiver ou de pièces de rechange. Sa fiabilité et sa durée de vie sont tout le contraire – glorieuses : sans tenir compte de l’inéluctable progrès technique, une bicyclette peut braver les générations. Et puis il y a le facteur <em>cool</em>. Une voiture automobile c’est gros, arrogant, agressif, cher, victime de l’obsolescence, ça salit et ça pollue. Une motocyclette c’est brutal, violent, sale, et plus c’est petit, plus c’est bruyant, et ça pollue aussi, quand même. Comme le scooter, d’ailleurs. Une bicyclette, c’est innocent, propre, léger, discret, pratique, sympa et pas cher, encore que dans bien des cas de personnes SDF (sans difficultés financières) ce n’est pas ce critère dernier qui commande. Mais il y a beaucoup plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le (ou la) cycliste roule tout simplement et tout aussi naturellement où il (ou elle) en a envie, sur les routes, les trottoirs, les allées, les chemins forestiers, les sentiers, à travers les zones piétonnes, les passages souterrains, les champs, les campus, les préaux d’école, les ponts des bateaux. Il (ou elle) traverse les passages pour piétons et les passages cloutés, fait du slalom à travers les obstacles provisoires ou définitifs, fixes ou mobiles, est instinctivement évité(e) par les piétons et par les poussettes, n’a pas besoin de connaître les sémaphores, ni les lignes continues. Passer de l’état piéton à l’état cycliste et vice-versa, avec tous les avantages de chacun ? Un simple saut d’enfant. Signaler des mains les changements – souvent instantanés – de direction ? En règle générale, une option à bien plaire. L’essentiel reste que le (ou la) cycliste est en mesure de faire corps commun avec son engin (ou au moins de l’avoir à proximité) partout, dehors comme dedans, dans l’ascenseur, dans sa chambre, dans le bus, dans le train et même dans l’avion. Et la meilleure: sans plaques, le (ou la) cycliste est partout un(e) parfait(e) incognito, qui plus est de nuit, en déboulant les pentes à 20 m/s tout de noir vêtu(e), en mode missile furtif.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec ça, la liste des avantages n’est de loin pas close. À l’occasion des escapades collectives, les bicyclettes offrent généreusement la possibilité à des familles entières – parents, enfants et bébés – voire à toute une colonie d’amis, de profiter à la fois et de la mobilité et du plein air, quitte à ce que cela dérange éventuellement, légèrement et momentanément, le trafic. Comme la liberté individuelle est sans prix, elles permettent aux conducteurs – écouteurs sur la tête – de rouler en épargnant leurs deux mains, ou en leur octroyant d’autres tâches, plus en rapport avec la situation. Et ne l’oublions pas : en plein été, par +30°C, elles permettent à ces messieurs d’offrir leurs torses nus à la brise chaude de l’après-midi et aux dames leurs blouses diaphanes ondulant en mode désinvolte sur les poitrines, tandis qu’en plein hiver, par -15°C, les lames acérées mais bienvenues d’un air si pur sont la joie de poumons lassés par de trop longues journées de pollution. C’est que le nez dans le vent, le (ou la)&nbsp; cycliste a le privilège de pouvoir humer en permanence l’air frais tout en pédalant à son rythme, et tant pis pour la file de voitures qui s’allonge derrière, elles n’ont qu’à attendre l’instant où elle pourront dépasser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, le (ou la) cycliste a maintes options quant à la tendance exacte de mobilité douce dans laquelle il (ou elle) entend s’engager. Pour ce qui est des grandes catégories et sans rentrer dans les détails, il y a le vélo pliable, à cacher dans le sac à dos, pour une indépendance de mouvement totale ; le vélo électrique, qui évite en montée aux moins déterminés de peiner comme Tantale, pouvant ainsi affronter les plus fortes pentes, alors qu’en descente lui permet d’atteindre des vitesses insoupçonnées ; le tandem à un guidon et quatre pédales, pour elle et lui, ainsi que sa déclinaison familiale, toujours à un seul guidon mais à multiples rangées de pédales ; le vélo double (deux vélos identiques disposés en parallèle et reliés par une barre rigide) ; le vélo pourvu de siège à l’arrière pour bébé ou enfant, et la variante plus confortable avec remorque, toujours pour bébé(s) ou enfant(s) ; le vélolit qui permet de rouler en position de repos, allongé sur le dos, à contempler le ciel ; le carvélo, grand suppositoire ovoïdal à pédales et sur trois roues, qui garde à l’abri du mauvais temps et donne la possibilité par exemple d’aller à une réunion ou au concert sans devoir s’équiper comme pour la Route du Rhum ; il y a le vélotruck, qui permet de transporter des colis encombrants et des charges considérables ; l’unicycle, qui est un vélo – évidemment – à une roue, dont il n’a pas été trouvé une utilité spécifique à part peut-être celle liée à sa taille réduite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il convient aussi de savoir que cette famille royale compte en réalité moult princes, princesses et autres nobles engins non (ou très faiblement) motorisés, à une roue ou à deux. Ce sont les rollers, les skateboards (électriques ou non), les vélomoteurs, les trottinettes (électriques ou non), les gyropodes, les gyroskates, les gyroroues. Chaque membre de la famille bénéficie des mêmes avantages déjà énumérés. Célibataire (il n’y a pas de roi), la petite reine demeure cependant et incontestablement la souveraine absolue de son monde, rien que pour être en mesure de couvrir la majorité des besoins et des cas auxquels est confrontée la personne qui l’enfourche. De surcroît, elle porte fièrement une riche histoire qui manque à sa parenté, histoire bâtie sur l’édifice foisonnant des légendes, érigé – lui – sur toute une série d’exploits empilés les uns au dessus des autres et qui ont marqué les temps : Fausto Coppi, Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault, Miguel Indurain, Lance Armstrong… non-non, tout de même, pas Lance Armstrong. Et tant pis pour ces esprits bassement cyniques qui s’en moquent (tel ce comique français disant à propos du <em>“Saint Graal”</em> de la bicyclette – le Tour de France – qu’en fait il s’agirait d’une bande d’ivrognes regardant passer une bande de drogués !).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parlant de riche histoire, comment serait-il alors possible d’omettre la fonction de magnifique vecteur de mémoire attachée aux roues de cet objet hors pair ?! Ne porterait-il pas fièrement la vertu de nous replonger exactement et directement deux cents ans en arrière, soit en plein exil de Napoléon I<sup>e</sup> sur l’île de Sainte-Hélène ? Essayons d-imaginer : en ces temps-là, les voitures automobiles telles que nous les connaissons depuis un peu plus d’un siècle n’étaient encore que des machineries infernales à vapeur en état de gestation prolongée, sortes de centrales thermiques sur quatre roues de chariot. La motocyclette ? Oh, s’étalait devant elle bien plus qu’un demi-siècle avant que deux Allemands ne proposent un tel machin approximatif, qui plus est en bois.</p>



<figure class="wp-block-gallery aligncenter has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-9 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex">
<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="698" data-id="591" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Lâge-des-monarques-Draisine-1.jpg" alt class="wp-image-591" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Lâge-des-monarques-Draisine-1.jpg 1000w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Lâge-des-monarques-Draisine-1-300x209.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Lâge-des-monarques-Draisine-1-768x536.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"></figure>
</figure>



<p class="wp-block-paragraph">Maintenant il faut néanmoins reconnaître pour la personne sur la bicyclette un certain nombre d’accommodements impératifs : relier un point à un autre (maison-travail, travail-maison, etc) souvent à une vitesse moindre par rapport à celle des véhicules autour, ce qui implique prendre son temps, même qu’à la fin et à force de s’y faufiler partout, n’importe où et en totale impunité, ou rouler entre les files, ou sur les trottoirs, ou à contre-sens, ou sur la partie qui lui est réservée sur le carrossable, le gain de temps en ville peut être considérable. D’accord, le (ou la) cycliste n’aime pas spécialement la pluie et la neige, mais franchement, qui les aime ? L’automobiliste et le motard savent bien que lorsque la saison froide approche, c’est le portefeuille qui se met à maigrir. Le (ou la) cycliste en revanche doit simplement s’équiper – bien, il est vrai, mais une seule fois pour toutes : pèlerine imperméable, si possible à capuche, éventuellement doudoune, pull, sur-pantalons imperméables, bottes, éventuellement sur-bottes imperméables, gants, foulard, bonnet ou cagoule, éventuellement masque de ski. Ainsi préparé, il affronte le plus extrême des climats, avec – à la clé – les mêmes avantages déjà présentés. D’accord, rouler à bicyclette expose ; le cycliste est moins bien doté en cas de choc. Mais seulement en théorie, car en réalité, par une alchimie subtile, cette fragilité engendre un phénomène parfaitement opposé : elle le protège, à travers la crainte de tout conducteur de véhicule motorisé qui n’a qu’une obsession – veiller pour en aucun cas ne mettre le moins du monde en danger le (ou la) fragile cycliste, ne serait-ce que virtuellement, sous peine d’être sanctionné sur le champ et sans appel. De victime potentielle, voici donc le (ou la) cycliste mué (e) en générateur de vigilance, et sans le moindre effort de sa part. Il convient d’ajouter l’attention accrue que le (ou la) même cycliste génère en pédalant furtivement – comme nous l’avons vu – de jour comme de nuit, sans phare, stop, catadioptre et clignotant. Et la plupart du temps sans casque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Afin de ne pas perturber l’essor de cette autre autonomie qu’est la nouvelle vague de mobilité douce, certaines mesures s’imposent. Dans une ville comme Anvers, il est recommandé aux piétons de ne pas croiser par inadvertance le couloir réservé aux vélos, sous peine de se faire violemment éjecter par les usagers circulant dans leur droit. Dans une ville comme San Francisco, la plus extrême des prudences est de mise, au risque de se faire tamponner sans ménagement par des vélos qui déboulent à grande vitesse sur les trottoirs en forte pente.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Entourée par sa nombreuse famille et à travers ses multiples déclinaisons, la petite reine a conquis et règne donc sur tous les reliefs et toutes les surfaces plus ou moins dures et solides de la terre. C’était en faisant l’impolitesse d’oublier l’espace et le cher Eliott, 10 ans, envoyé dans les airs sur son vélo il y a 35 ans de ça, son petit ami E.T. installé sur le guidon, dans le film américain du même nom, œuvre du metteur en scène Steven Spielberg.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Seul absent et pour cause patiemment attendu : le véleau.</p>



<figure class="wp-block-video"><video autoplay controls poster="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/01/Lâge-des-monarques-Lousy-bicycle-2.jpg" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/01/Lâge-des-monarques-Lousy-bicycle.mp4"></video></figure>



<p class="wp-block-paragraph">[12 novembre 2017]</p>
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		<title>Féminisme et masculinisme</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 12 Dec 2018 10:04:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>[...] Tel le désormais historique premier pas d’Armstrong sur la Lune, d’une génération à l’autre la cause féministe a fait un bond de géant. Mais de côté, pas en avant. [...]</p>
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<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="1000" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Féminisme-et-masculinisme-Hedy-Lamarr-1940.jpg" alt class="wp-image-576" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Féminisme-et-masculinisme-Hedy-Lamarr-1940.jpg 1000w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Féminisme-et-masculinisme-Hedy-Lamarr-1940-300x300.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Féminisme-et-masculinisme-Hedy-Lamarr-1940-150x150.jpg 150w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2019/12/Féminisme-et-masculinisme-Hedy-Lamarr-1940-768x768.jpg 768w" sizes="(max-width: 1000px) 100vw, 1000px"></figure>
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<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:66.66%">
<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-left has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« N’importe quelle fille peut séduire.</em><br><em>Tout ce qu’elle doit faire,</em><br><em>c’est de se tenir tranquille</em><br><em>et d’avoir l’air idiot.»</em><br>&nbsp;(Hedy Lamarr, actrice et inventrice autrichienne,1913-2000)</p></blockquote>
</div></div>
</div>
</div>



<p class="wp-block-paragraph"><em><em></em></em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Forum de discussions en marge du Congrès mondial de la femme. Les déléguées sont censées échanger librement leurs expériences. C’est aussi le moment idéal pour mieux se connaître, en toute décontraction, autour d’un café.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La déléguée française : « Hé, les filles, pour moi, ce fut très simple. Un matin j’ai dit à mon Charlot : “Charlie, à partir d’aujourd’hui, finis le repassage, les courses, la vaisselle. Tu t’en occupes, ou je me casse“. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les filles : « Whouaou ! Coool. Et puis ? »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La déléguée française : « Et puis ? Ha-ha ! Au départ, il a râlé. Et comment qu’il a râlé ! Ensuite, le premier jour, j’ai rien vu. Le deuxième jour, j’ai rien vu non plus. Et le troisième jour, voilà que je le vois déjà acheter lui-même ses clopes, repasser les chemises et laver les assiettes. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les filles : « Ooooh ! Ç’arraaache !»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La déléguée américaine : « Chez moi, ça a été encore mieux. Du coup, j’ai dit à Joe : “J’en ai marre d’être ta bonne ; tu te crois au Moyen Âge ? Tu choisis : tu me remplaces au ménage ou tu crèves“. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les filles : « Ts-ts-ts-ts ! Abuuuse ! Et p’is ? »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La déléguée américaine : « Et p’is ? Vous croyez quoi ? Il a tiqué. Ha ! Et p’is, après, le premier jour, rien vu. Deuxième jour, encore rien vu. Et le troisième jour, quand je me réveille, devinez qui je vois, qui avait emmené le môme à la crèche et avait préparé le p’tit-dej’ ?… »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les filles : « Déchiiire, géniaaal ! »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La déléguée roumaine : « Eh ben, moi, les filles, ça a été plus compliqué. Parce que j’ai tourné en rond pendant des mois, et tourné, et tourné, et un jour, enfin, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai osé. J’ai dit à mon mari : “Tu sais, j’aimerais, si possible, que t’essayes aussi de m’aider un peu à la maison, au ménage, avec les enfants, tout ça quoi. Je te dis ça juste comme ça. Je sais, je sais, c’est difficile, mais tu comprends, j’ai vraiment de la peine toute seule, sans parler du travail de nuit à l’usine.“ »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les filles : « Aaaaa, pire bien ! Bra-vo ! Quand même… Et puis ? »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La déléguée roumaine : « Et puis rien. À vrai dire… non, pas tout à fait. Bien sûr qu’il a poussé une monstre gueulée. Ensuite, le premier jour, je n’ai absolument rien vu, mais alors vraiment rien. Le deuxième jour non plus. C’est seulement le troisième jour qu’enfin j’ai commencé à voir un tout petit peu de l’œil gauche. »</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tel le désormais historique premier pas d’Armstrong sur la Lune, d’une génération à l’autre la cause féministe a fait un bond de géant. Mais de côté, pas en avant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quoi que l’on veuille ou fasse, et même si la femme s’est toujours imposée furtivement dans la vie de famille, à la maison et jusque dans la vie professionnelle du mari, l’âge que nous vivons, que notre ascendance a vécu et que notre descendance vivra est celui d’une certaine forme de patriarcat. Modernisé certes, mais patriarcat quand même. Un système qui, depuis l’expulsion du Paradis, a confirmé la femme dans la position centrale mais repliée de foyer de vie et l’homme dans le rôle expansif de vigile et de pourvoyeur de ce foyer. (Ce jour-là, <em>« Dieu dit à la femme : ‘(…) C’est dans la douleur que tu mettras au monde tes enfants. Tes désirs se porteront vers ton mari, et il dominera sur toi’. Il dit ensuite à Adam : ‘(…) La terre sera maudite à cause de toi. Tu en tireras ta nourriture avec peine tous les jours de ta vie (…). Tu mangeras ton pain à la sueur de ton visage (…)’ »</em>, Gen. 3;16-19.)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, vu aussi hors de l’angle biblique, cet état-là reste simple et clair, procédant même de certaines facultés intrinsèques à chacun des sexes. Les unes après les autres, les civilisations des mondes occidental et oriental (qui intéressent ici) se sont organisées ainsi. Aujourd’hui, tant de siècles plus tard, tous les mécanismes de la société, jusqu’aux plus petits engrenages, fonctionnent ainsi. Et ce n’est pas rien, puisque ce système peut avoir, comme tout système, des bons et des mauvais côtés. Pour me faire une idée sur leur pertinence, je serais en revanche content de connaître la source de ces qualificatifs (bon et mauvais).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela étant, quel sens donner à l’acharnement soudain qui alimente les militantes du mouvement féministe ? La raison ne peut plus être la conquête d’une condition nouvelle (pour certaines) ou longtemps ignorée (pour d’autres), dès lors que l’essentiel est déjà acquis : l’accès au savoir, la qualité de la vie, l’accès aux soins, le droit d’expression et de vote, entre autres. Il est en revanche parfaitement compréhensible que ce mouvement de revendication puisse avoir été alimenté par des facteurs contraires autant aux valeurs ancestrales qu’au sens commun et qui, à force, ont depuis longtemps fini par casser ce magnifique équilibre des genres. Ceci pour caractériser en d’autres termes un trop longue et abusif joug appliqué par le mâle (ou plutôt l’<em>”animâle”</em>), avec souvent des pointes d’ignominie frisant l’inconcevable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À partir de là, selon le principe ‘l’action entraîne la réaction’, cela ne peut être qu’un forcing absurde et malsain, n’ambitionnant que de gripper cette mécanique machiste absurde, quitte à sombrer dans le ridicule. C’est la nouvelle morale en vertu de laquelle la femme se veut désormais marin, pilote, policier, pompier, soldat, officie comme prêtre, dirige des multinationales, fonctionne au sommet du pouvoir, souvent selon des procédures hors concours, où les postes à repourvoir – fussent-ils aussi importants – sont réservés au <em>“sexe faible“</em> en dehors des critères habituels de sélection tels que la compétence, la disponibilité, l’expérience, etc. (On comprend alors certaines voix qui s’élèvent au sein même du mouvement féministe pour réclamer des mesures équitables, afin d’éviter – à juste titre, dirions-nous – que tous les acquis ne soient discrédités.)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et tout cela pourquoi ? Parce que, nous dit-on, il n’y a aucune raison pour que la femme ne soit pas égale à l’homme. Mais quelle tristesse ! Comme si l’identité des sexes constituait à elle seule le passeport imposé et unique pour l’égalité, traduite exclusivement en termes de réciprocité. Comme si c’était ainsi qu’il fallait comprendre et appliquer une harmonie qui, de toute façon, fait partie de l’ordre des choses et qui se situe au-dessus de cette nouvelle morale. Car agissant de cette manière, sa première victime est l’un des plus précieux dons de l’être : la différence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par conséquent, tout pourrait être imaginé sur l’échelle du désordre, jusqu’à son expression ultime : l’éclatement de la famille. Mais que dis-je ?! Imaginer ? Il est déjà bien en route, pardi ! Et puis, en application du principe de la réciprocité, on pourrait aussi – n’est-ce pas ? – rêver d’un monde où les <em>“sages-hommes”</em> (pour son absurdité, je préfère cette formule saugrenue au ridicule du terme consacré qui est <em>“homme sage-femme”</em>) seraient a priori préférés aux sages-femmes, où les ambulanciers se substitueraient implacablement aux infirmières, où les nourrices seraient systématiquement remplacées par des <em>“nourreurs”</em> dopés à l’œstrogène, où les hommes au foyer détrôneraient le clan ringard des femmes au foyer, tandis que les Misters Univers seraient favorisés par rapport aux Miss Univers dans la course à la plus belle créature sur la terre. À ces occasions-là, la <em>“femme-féministe”</em> profiterait aussi de rendre ridicule cette appellation même, qui normalement devrait être remplacée par celle de <em>“femme-masculiniste”</em>, logiquement opposée à celle d’<em>”homme-féministe”</em>. Que comprendre dès lors ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et si un beau jour, pour forcer une réponse (sur le même diapason) au refrain de la femme-objet, la publicité, les cabarets et la cyberpornographie basculaient dans le registre masculin et que l’univers était envahi par les attributs phalliques de l’homme-objet, est-ce que cela changerait quelque chose à son avidité sexuelle naturelle ? Évidemment, <em>“De gustibus coloribusque non disputandum”</em>, mais combien de femmes seraient toujours séduites par des mâles œstrogénéisés, suaves et gracieux, et combien d’hommes seraient attirés par des femelles testostéronéisées, brutes de décoffrage ? Et si un autre jour, pour soi-disant s’affranchir une fois pour toutes de leur inféodation millénaire par rapport à l’homme, les femmes imposaient la féminisation à tout va des titres et des appellations, est-ce que cela ferait vraiment leur bonheur ? Ou bien ne réussiraient-elles qu’à se couvrir par elles-mêmes d’un surplus de ridicule qu’elles ne mériteraient en aucun cas ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et les enfants, les enfants deviendraient quoi dans tout ça ?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Eh bien, des réponses on en trouve : âgés d’à peine dix ans, certains violent leur frangine, certains tuent leurs parents, certains se suicident.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[22 novembre 2003]</p>
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		<title>IA vs BN (2/2)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Oct 2018 14:13:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>[...] À présent, pour faire le tour et répondre à la question de mon copain, je me tourne vers la bêtise naturelle, la BN, et je me rends compte que je prends immédiatement tout aussi peur. [...]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">À présent, pour faire le tour et répondre à la question de mon copain, je me tourne vers la bêtise naturelle, la BN, et je me rends compte que je prends immédiatement tout aussi peur. Même pas vrai, car en fait cette peur est vieille comme le monde.<span id="easy-footnote-97-222" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/ia-versus-bn-2-2/#easy-footnote-bottom-97-222" title=" En tout cas depuis au moins 3000 ans, puisque déjà Salomon, sage et vertueux roi d’Israël, s’inquiétait ouvertement dans son premier ‹ Livre des proverbes › : ‘Combien de temps encore, étourdis, allez-vous aimer l’étourderie ? Les insolents n’aspirent qu’à l’insolence, et les insensés refusent la connaissance !’ (22) et aussi ‘L’indocilité des étourdis leur sera fatale, et l’insouciance des insensés les perdra.’(32)"><sup>97</sup></a></span> Comme la bêtise naturelle. C’est la grande différence d’avec cette toute jeune diva qu’est l’intelligence artificielle. La seule d’ailleurs, je crois. Non, faux, il y en a encore une autre: au fil des siècles, la bêtise féroce a fait ses preuves en abondance, alors que pour cette intelligence fabriquée-là, certains espèrent encore trouver les moyens adéquats pour la contenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sauf erreur, il n’existe pas de statistiques ou d’études systématiques traitant de la sottise, ni d’ailleurs des graphiques de son évolution dans le temps, ni des cartes de sa répartition dans l’espace, ni les classements habituels par catégories (âge, sexe, race, religion, appartenance politique, etc), encore moins de comparatifs. Pour être précis, il ne s’agit pas ici d’inspecter un certain degré de stagnation culturelle, ou la difficulté d’intégration d’un individu dans son environnement humain. Il n’est pas question de la simplicité d’esprit prônée par le christianisme. Ce qui intéresse, ce n’est pas le niais, ce n’est pas l’idiot dostoïevskien. Pour reconnaître cette bêtise-là, non plus est-il question de la rapporter à une quelconque mesure des facultés mentales, à une échelle du si précieux quotient intellectuel (QI) : l’on peut y être pas si mal situé et néanmoins profondément bête.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ici, le sujet est la bêtise sincère et tenace, celle qui s’affiche. Si de surcroît elle s’accouple avec l’ignorance arrogante, solide et stable, le mélange est létal. Cette bêtise-là, si effroyable, dépasse la définition lexicale, qui ne fait que se concentrer sur le niveau intellectuel de l’individu. Elle est un ensemble de facteurs plutôt volatiles, parfois conjoncturels, où les ressources mentales jouent clairement un rôle, mais pas plus. Pour le reste, ce sont toutes sortes de clichés, de refus, d’automatismes, de certitudes, souvent mêlés à des traits douteux de caractère, à de profondes frustrations, qui opèrent et font des ravages.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si la bêtise est modestement promue au firmament médiatique, cela est dû probablement à des motifs aussi valables que le respect de la personne, son risque d’exposition sociale, ou bien le danger légal. En revanche, la culture populaire en raffole et, sur la question, les sentences attribuées aux esprits les plus brillants ne manquent pas.<span id="easy-footnote-98-222" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/ia-versus-bn-2-2/#easy-footnote-bottom-98-222" title=" Dont celles-là, délicieuses, au hasard: &amp;lsquo;Seulement deux choses sont infinies : l&amp;rsquo;univers et la bêtise de l&amp;rsquo;homme, et je ne suis pas sûr pour la première.&amp;rsquo; (Albert Einstein) et &amp;lsquo;Le problème avec le monde est que les sots sont auto-suffisants et les intelligents sont remplis de doutes.&amp;rsquo; (Bertrand Russell), ainsi que cette rime, tirée de la sagesse populaire &amp;lsquo;Si le sot n&amp;rsquo;est pas fiérot, il n&amp;rsquo;est pas tout à fait sot.&amp;rsquo;"><sup>98</sup></a></span> Pourtant – et justement – c’est une donnée fondamentalement scellée dans le genre humain. C’est la carence ou l’absence de raison – si fréquentes – par rapport à un événement, une série d’événements ou un fait quelconque, animé ou non, réel ou virtuel, sur une échelle sans degrés, mais pour ainsi dire sans fin. L’effet est dévastateur aussi bien au niveau individuel qu’à celui collectif.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les exemples <em>«&nbsp;historiques&nbsp;»</em> ne manquent bien sûr pas. Cependant, par commodité, on ne s’en occupera pas, car à notre époque et dans la vie de tous les jours, il y a assez de cas qui retiennent l’attention, très souvent par leur prodigieuse originalité. Certains glacent le sang.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et d’un. Cette retraitée irlandaise est délestée des économies d’une vie par des filous africains. À force de messages qui sentent le moisi à la ronde, ils se font passer pour les proches d’un ancien soit-disant ministre du pétrole au nom bien autochtone, lui. L’ex-ministre, vieux, droit, gentil, déchu, malade, incarcéré, voudrait léguer son avoir – rien que 28 millions de dollars américains – à sa famille, si ce n’était la dictature au pouvoir qui y lorgne aussi. L’argent se trouve dans une respectable banque à Londres. Évidemment, pas moyen pour le ministre d’en disposer, encore moins pour ses proches. Un tiers extérieur pourrait en revanche y accéder, moyennant une série de codes que lesdits proches au début et la banque ensuite lui transmettraient. Étant donné que son identité n’a pas été choisie au hasard, mais pour son intégrité bien connue et son grand cœur, ils lui demandent de les aider pour récupérer cet argent. Comme récompense pour ce dérangement, ils lui offrent une commission de 10% sur cet avoir. Seul petit détail: afin de se voir remettre ce pactole, la procédure de la banque veut que grand-mère s’acquitte d’une modeste taxe transactionnelle préalable de 0.025%. Ce sera le premier pas ; d’autres émoluments, taxes, commissions et pénalités de retard suivront pour un total de 148320 euros, jusqu’à ce que la cyberpolice bloque l’arnaque, sauvant ainsi les derniers 7552 euros de grand-mère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et de deux. L’heure est là pour cette <em>rock-star</em> planétaire. Il a beau avoir exalté trois générations de fans, à 70 ans passés n’importe qui peut bien être rappelé pour rendre les plaques. Sa disparition entraîne des effets en chaîne. L’incrédulité totale pour commencer. Admettre qu’un demi-dieu puisse être mortel, c’est impossible, puis impensable, puis très difficile, puis… Bon, après tout on l’admet, mais… Mais ça va quand même pas. Le vide est trop profond, l’injustice trop criante, personne n’a été prévenu, c’est insupportable, invivable. Plus de cinq décennies qu’on s’en nourrit, une vie d’homme. Dans de tels cas, ce qu’il faut faire c’est ne pas se laisser abattre. Résister, s’organiser. Croire. Alors les fans se mettent à prier. Quelques-uns au départ, puis, réseaux sociaux aidant, le cercle s’élargit considérablement. Ils prient autant pour le demi-dieu que pour eux-même. Et ça prie, ça prie, mais à l’évidence ça ne suffit pas. On ne prie pas assez ? On ne se concentre pas assez ? On le fait en ordre dispersé ? Le fait est que le résultat n’y est pas. Et le résultat ne peut être autre que restituer l’idole – vivant – à ses fans. Du coup, sur la lancée d’autres précédents fameux, la suite logique et de lancer en ce sens une énergique pétition à Dieu pour faire état de la détermination des fans. Chose dite, chose faite : des milliers s’y joignent, mais les fans sont toujours en attente du résultat, car le demi-dieu continue d’être mort.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et de trois. Avec plus de 200 sauts à l’élastique à son actif, l’aventurière n’a plus grand chose à prouver, à son entourage, à ses followers, et jusqu’à elle-même. Cela a commencé prudemment à 50 mètres, pour progresser à 100, jusqu’au plus récent saut à 171 mètres. Elle a presque tout fait : le saut normal, arrière, toucher l’eau, les yeux bandés. Plusieurs fois elle a eu l’honneur du <em>‹ Guiness Book of World Records ›</em> pour divers exploits. Mais à 28 ans, l’ennui la guette déjà. Puis un jour, au cours d’un repas entre amis, quelqu’un lui glisse l’idée lumineuse : laisser de côté de vaines prouesses, enrichir le vocabulaire de cette activité, explorer de nouvelles voies, ennoblir la discipline aussi qu’un geste devenu routinier. « Eurêka ! » Quelques semaines d’entraînement et une demi douzaine de plongeons plus tard, elle est fin prête. Notaire, envoyé spécial du Livre des Records, famille, amis, collègues du club, autorités locales, presse –&nbsp; l’excitation est à son comble autour de ce nouveau défi : munie d’une fourchette, plonger à 150 m, viser l’émincé de veau dans l’assiette posée par terre, et la vider au rythme du va-et-vient élastique, évidemment avant l’arrêt complet. Une première tentative rate, parasitée par l’envol inopiné d’une nuée de corneilles, indifférents aux exploits humains. À la seconde elle triomphe enfin, et son ultime challenge est aussitôt homologué. Comblée, elle se retire dans un buisson voisin pour rendre l’émincé à mère-nature.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et de quatre. Au comté, la MAN (Milice Armée Nationale) est aussi connue que redoutée par les habitants. Cette formation, chef en tête, fait régner l’ordre et fait pas de quartiers. Pour lui, c’est blanc sur noir: blanc égal bon, noir pas égal bon, le blanc, c’est la vie, le noir, c’est la mort. Alors cette nuit, ils sont trois – lui et deux barbouzes – à patrouiller comme à l’habitude. Soudain, une scène dans la rue. Au volant, une dame de couleur, cadre d’une banque de la région. Elle vient d’accrocher – sans gravité – un jeune touriste scandinave, genre hippie, clairement high. Entre milles excuses, la dame essaie de redresser le jeune, affalé. Rue vide, ville calme, aucun témoin. man se saisit du cas. Les barbouzes coincent la dame. Le chef au jeune: « Ça va ? Vous êtes blessé ? » Le jeune, confus: « J’ai fait pas exprès. » « Oui, mais êtes-vous blessé ? » « Oui, non, je m’excuse. » La dame: « Il a bondi et a buté contre… » Le chef: « Ta gueule, (au jeune) vous avez mal ? Allez, debout, doucement. » Le jeune: « Oui, monsieur, excusez-moi… » « Mais y a pas à s’excuser, allez… » Le jeune, effrayé: « Merci, vous allez m’arrêter ? me tuer ? » Le chef rit, puis sérieux : « Mais non, <em>cool</em>, ici on n’arrête que le négro, on ne… » « Ah…» «… oui, on ne tue que les bêtes de négros » « !! » « Mais oui, c’est comme les bêtes, ils n’ont pas d’âme, et les femelles n’ont que le quart du cerveau des mâles, alors voyez ? ». Le jeune, perplexe mais soulagé : « Ah. » Le chef: « Je vous assure. Allez, debout, vooiiilà, (au barbouzes) et embarquez-moi la cochonne. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’est pas très étonnant que la quantité, l’étendue et la <em>«&nbsp;richesse&nbsp;»</em> des cas affligeants qui sont liés aux abysses de la bêtise naturelle dépassent celles des exemples consternants d’intelligence artificielle. On l’a bien vu avant : pour celle-ci, ce n’est que le début.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et de cinq, un dernier. Deux personnes, inscrites en tant qu’artiste au registre d’état civil, sous la rubrique profession, et qui partagent la même singularité: elles ne se revendiquent d’aucun domaine de l’art, de sorte que chacune se confond avec son domaine respectif. La première est un homme. L’originalité de son expression créatrice s’exerce à travers l’anus, d’où le nom de sa passion : artanus. Nu comme un ver, il s’introduit donc dans le rectum divers produits agricoles, entiers ou pré-tranchés, crus ou semi-préparés : bananes, cornichons pelés, carottes cuites, aubergines naines, tomates San Marzano, tranches de pastèques, de melons, d’ananas, de pomélo, etc. Ainsi équipé et dos à un mur, avec des mouvements calculés il écrase le produit respectif contre le crépis vierge. Le choix de végétaux pour une création donnée dépend de l’inspiration du moment. Un voile semi-transparent sépare le créateur du public devant; il est ôté une fois l’œuvre achevée. Par ses productions, l’artiste est présent dans plusieurs haut-lieux des capitales occidentales. La seconde est une femme. Son originalité s’exprime au moyen d’excréments, d’où le nom de sa passion : scatart. Sa matière première sont les déjections animales et humaines. Lorsque le volume d’excréments (bouses, fientes, guano, fèces et autres crottins) qu’elle ramasse est suffisant, en permanence munie du masque à gaz elle mélange avec soin la gadoue aux urines récoltées durant ses aisances, pour obtenir cette espèce de pâte à modeler qui lui sert pour travailler. Les objectifs dépendent de l’inspiration du moment. Cela peut être des tirs nocturnes de scatoboules sur des murs, avec des résultats un peu façon artanus ; des miniatures séchées ; des objets décoratifs passés au four (vases, supports, plateaux) ; des accessoires urbains, etc. Ses œuvres se trouvent dans quelques unes des plus importantes collections.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Que dire ?!.. Peut-être juste se demander si la BN caractériserait seulement les principaux acteurs de ces histoires, ou alors, dans certains cas et au même titre, le cercle plus ou moins large de ceux avec qui ils interfèrent. Réponse: la bêtise naturelle simple, unitaire, est déjà hideuse, mais alors quand elle devient polycéphale, c’est carrément la hydre de Lerne. On pourrait encore se poser la question si, dans certains cas également, il ne s’agirait point de l’ânerie la plus crasse, mais plutôt d’extravagance, de loufoquerie… Autant alors penser qu’en plein concert, lancer <em>«&nbsp;pour rigoler&nbsp;»</em> un pétard depuis la galerie d’un auditorium comble pourrait passer pour une blague.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces quelques exemples de BN donnent le vertige, tout comme ceux d’IA. Dans les deux cas, on voit qu’il est parfaitement inutile de torturer le cerveau pour tenter de pénétrer ces extrêmes. Toutes les situations dépassent l’entendement commun, il suffit donc d’y rester prostré chocolat. Pourtant, ils procèdent de prémisses diamétralement opposées. Alors des analogies flagrantes font aussitôt penser à d’autres formes de manifestation de ce que l’on appelle <em>coincidentia oppositorum</em> (l’unité des contraires) : par exemple certains pans des idéologies politiques d’<em>«&nbsp;extrême-gauche&nbsp;»</em> et d’<em>«&nbsp;extrême droite&nbsp;»</em>, ou alors le cercle chromatique, qui voient les extrêmes – ou les contraires – se rejoindre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur la base de ces constats et conclusions, je peux enfin répondre avec une certaine assurance à l’interrogation apparemment anodine, candide, frivole, de mon copain Zoubïn: ‘IA est plus dangereuse que BN ??’ Non, définitivement non, l’IA et la BN sont tout aussi dangereuses l’une que l’autre. Sur une échelle sans fin. À la différence de la bêtise naturelle, produit de la… nature, voyons, contre laquelle – du moins en principe – l’homme n’y peut rien, l’intelligence artificielle est le pur produit de l’homme lui-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Retour donc au slogan de Lénine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[12 novembre 2017]</p>
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		<title>IA vs BN (1/2)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 Oct 2018 09:21:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>[...] L'intelligence artificielle, ou IA, on s'en prépare depuis en tout cas déjà deux siècles, avec la créature développée par le docteur Frankenstein, puis les choses se sont accélérées après la première guerre mondiale avec l'essor de la science-fiction, puis après la deuxième avec le progrès fulgurant de la puissance de calcul. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Il n’y a pas si longtemps, on pouvait lire dans certains journaux que l’ancien jeu de go, très répandu car très apprécié surtout en Extrême-Orient, autorise plus de mouvements qu’il n’y a d’atomes dans l’univers. Cela dit, le sujet est disputé, ce qui est assez logique, vu ce dans quoi les scientifiques se lancent, mais pour ne donner qu’un ordre de grandeur, on estime à 10<sup>82</sup> le nombre d’atomes d’hydrogène existants dans l’univers OBSERVABLE, dont on pense qu’il ne représente qu’environ la moitié de l’univers CONNU ! Pour ce qui est de l’univers tout ENTIER… <span id="easy-footnote-99-216" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/ia-versus-bn-1-2/#easy-footnote-bottom-99-216" title="(<a href=&quot;https://www.universetoday.com/36302/atoms-in-the-universe/&quot;>https://www.universetoday.com/36302/atoms-in-the-universe/</a>.) "><sup>99</sup></a></span> Bon. Évidemment, lorsque l’on prend connaissance d’une telle information, essayer de se fatiguer l’intellect en faisant l’exercice mental d’élever cette indication à la hauteur de la conscience clairvoyante n’est même pas nécessaire. Au niveau moyen de perspicacité, cela laisse 100% chocolat, et rester simplement prostré quelques instants convient amplement. Juste peu-être le temps pour ce pauvre amas de cellules molles qu’est le cerveau de saluer bien bas la performance du génie humain, car en créant ce jeu avec autant de possibilités, son inventeur a du coup réussi de battre à plate couture le Créateur lui-même, avec Sa performance bien connue de connaître par cœur le nombre de cheveux que tout quidam présente à n’importe quel moment sur sa tête. <span id="easy-footnote-100-216" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/ia-versus-bn-1-2/#easy-footnote-bottom-100-216" title=" «Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés.» Mat. 10,30."><sup>100</sup></a></span> Un ordre de grandeur aussi pour ce nombre ? En considérant, sur les derniers 12000 ans, une moyenne de 100 millions d’individus par génération, on n’obtient que le nombre estimatif de 5×10<sup>15</sup>… <span id="easy-footnote-101-216" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/ia-versus-bn-1-2/#easy-footnote-bottom-101-216" title="(<a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/World_population/&quot;>https://en.wikipedia.org/wiki/World_population/</a> et <a href=&quot;https://answers.yahoo.com/question/index?qid=1006011303909&quot;>https://answers.yahoo.com/question/index?qid=1006011303909</a>.) "><sup>101</sup></a></span>Ce qui, multiplié par le nombre de quidams et par celui des générations depuis Adam et Ève, donne quand même une sacrée idée de cet exploit. Finalement pourtant un piètre exploit, force est-il de l’admettre, puisqu’il demeure au stade de l’angström eu égard celui du nombre de coups dont est capable ce fichu jeu. Il va sans dire aussi que tâcher de se demander qui, en combien de temps et par quels moyens aura pu compter ne serait-ce qu’approximativement le nombre total de ces atomes (bien sûr en supposant qu’il soit stable), ceci en passant nécessairement par le nombre –&nbsp; déjà faramineux – de corps célestes, et en même temps disposer de la quantité nécessaire de chiffres pour le figurer et l’écrire – eh bien, on a vite deviné le caractère illusoire d’une telle démarche. En fait, pour boucler cette partie de l’histoire, ces articles racontaient la prouesse d’un programme pourvu de ce qu’on appelle intelligence artificielle, qui avait réussi pour la première fois d’écraser le champion absolu de la discipline. Tout dépités, en proie à ces réflexions barbantes, nous tournions les pages de ces journaux-là et passions à l’article suivant. Mais l’exploit avait de quoi marquer. En tout cas, je l’avais retenu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour preuve, quelques après-midi en arrière, en rencontrant Zoubïn, copain de longue date, assureur, ascendance iranienne et suisse, après avoir discuté affaires et avant de nous quitter, je lui parle de ce jeu de go et de sa particularité numérique ahurissante. À ma surprise, mon copain ne semble pas autrement ému par cette précision, visiblement nouvelle aussi pour lui, et fier de ses racines perses, il me rend aussitôt attentif au jeu d’échecs. (Au passage, il faut se rappeler qu’entre la Chine, le Japon, l’Inde, la Perse et le monde arabe, l’origine de ce jeu abstrait de stratégie reste également controversée. Et en effet, après vérification, je découvre l’inconcevable: 10<sup>120</sup> parties différentes sont possibles avec ce jeux !… Sacré Zoubïn, il devait en savoir lui quelque chose, par avance… Mais l’histoire ne s’arrête pas là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ni plus ni moins que le lendemain matin, je tombe sur un autre article de journal, avec le titre ‘Nouveau succès au jeu de go pour l’IA’. Et là, je lis quelque chose comme quoi après environ 5 millions de parties contre lui-même, une nouvelle version du logiciel qui avait battu le champion humain du monde par 4 à 1 il n’y a pas si longtemps, vient d’écraser justement cette ancienne version-là par 100 (cent) à 0 (zéro) , la nouvelle version étant capable d’apprendre par elle-même, donc sans apport humain. Totalement déstabilisé, je slalome sidéré sur internet et, au gré de cette trifouille, boum ! je découvre qu’encore un tout autre logiciel avait battu le champion du monde d’échecs il y a 20 ans déjà… Un jeu à plus de 10<sup>82</sup> coups dompté hier par un logiciel, un autre jeu à 10<sup>120</sup> parties apprivoisé 20 ans en arrière par un autre logiciel (on n’ose imaginer à quel point vétuste aujourd’hui) : cette intelligence-là, il faut vraiment s’arrêter dessus un instant, me dis-je.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais en attendant, je reprends un peu de mes forces, et j’envoie cette nouvelle toute fraîche concernant le jeu de go à mon copain, vous savez, histoire de. Et là, quelle n’est pas ma surprise en lisant quelques moments plus tard sa réaction interrogative : ‘IA est plus dangereuse que BN ??’. Au tout premier coup, je n’y comprends rien. <em>(«&nbsp;Quel rapport entre l’intelligence artificielle et la Banque Nationale ?!&nbsp;»)</em> Fort heureusement, il avait anticipé ma stupeur, en ajoutant plus bas : ‘BN = Bêtise Naturelle’. Mais bien sûr ! En un éclair tout devient limpide comme l’eau d’un glacier suisse fondu. Involontairement, Zoubïn vient de me servir sur un plateau, toute préemballée, l’idée de ma prochaine épouvante. La voilà, ci-après.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p>L’intelligence artificielle, ou IA, on s’en prépare depuis en tout cas déjà deux siècles, avec la créature développée par le docteur Frankenstein, puis les choses se sont accélérées après la première guerre mondiale avec l’essor de la science-fiction, puis après la deuxième avec le progrès fulgurant de la puissance de calcul. Petit à petit, alimentés par l’industrie cinématographique de masse, on a commencé à être charmés par l’efficacité des cyborgs, des humanoïdes et autres androïdes. Tant que cela demeurait du ressort de ‹ Terminator › et de ‹Robocop›, on pouvait encore s’amuser. Toutefois, c’est seulement au tournant du millénaire que la question est devenue vraiment sérieuse, par l’augmentation exponentielle des efforts, des moyens, des performances et enfin des résultats obtenus concrètement. En effet, si triompher dans des jeux aussi inimaginablement complexes n’est de loin pas négligeable, et si des alertes pertinentes venant de certains <em>“poids lourds“ </em>(Stephen Hawking, Elon Musk) sur des risques implicites et incontrôlables ne sauraient laisser indifférent, le point crucial semble atteint dès que l’on dote des machines, ou plutôt des logiciels, avec la capacité d’apprendre tout seuls. À partir de là, notre imagination s’empresse de prendre la relève. Rien n’empêche ainsi d’envisager un futur où des machines engendreront des machines, puis, en fin de compte, pourquoi pas ? des hommes. En effet, déjà dans son ouvrage ‘Speculations Concerning the First Ultra-intelligent Machine’ (‘Spéculations concernant la première machine ultra-intelligente’) écrit en 1965, Irving John Good (1916-2009), mathématicien et cryptologue anglais, écrivait : <em>« Supposons qu’existe une machine surpassant en intelligence tout ce dont est capable un homme, aussi brillant soit-il. La conception d’une telle machine faisant partie des activités intellectuelles, elle pourrait à son tour créer des machines meilleures qu’elle-même ; cela aurait sans nul doute pour effet une réaction en chaîne de développement de l’intelligence, pendant que l’intelligence humaine resterait presque sur place. Il en résulte que la machine ultra intelligente sera la dernière invention que l’homme aura besoin de faire, à condition que ladite machine soit assez docile pour constamment lui obéir.»</em> (<a href="https://en.wikipedia.org/wiki/I._J._Good">https://en.wikipedia.org/wiki/I._J._Good</a>) Notons qu’à l’époque, la puissance de calcul du plus performant superordinateur était, disons, de 1. Aujourd’hui elle est de 100000000000. Pour revenir,&nbsp; la question est : le voudraient-elles encore ? Et pour paraphraser un des plus fameux slogans attribué à Lénine <em>« Ils nous vendront la corde avec laquelle nous les pendrons »</em> (« Les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous [les communistes] les pendrons ».) Dans notre cas, nous fournirons aux machines le nécessaire avec lequel elles nous extermineront.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais rassurons-nous, pardon ! alarmons-nous : l’intelligence artificielle est déjà présente – au niveau de nos besognes devenues les plus communes – dans notre vie quotidienne. J’entends par là surtout celle virtuelle, celle-là qui est en train de prendre le pas sur les achats au marché, les pique-nique en famille et la tchatche au bistro. Pour l’instant nous en sommes au stade – disons – encore bénin. Ne dialoguons nous pas en toute confiance avec nos ordinateurs personnels, au travail, en vacances, en route, comme à la maison ? Notre confort ne s’appuie-t-il de plus en plus sur les réponses immanquablement aimables de l’assistant personnel intelligent qui est gravé dans notre téléphone mobile ? Notre navigation de tous les jours sur internet n’est-elle pas grandement influencée (souvent à notre insu) par une flopée d’algorithmes de plus en plus subtiles, à mesure qu’il apprennent à nous connaître ? Ne sommes nous pas progressivement gagnés par la multitude de services d’assistance embarqués dans notre voiture, au point de ne plus savoir signaliser, freiner ou regarder dans les rétroviseurs ? Inutile de continuer avec des exemples dans plein d’autres domaines comme la finance, la médecine, la circulation, le marketing, le commerce, l’enseignement, le militaire… Et attention ! ce n’est que le début.<span id="easy-footnote-102-216" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/ia-versus-bn-1-2/#easy-footnote-bottom-102-216" title=" Plus récemment, le robot-femelle Sophie repousse avec fracas les frontières de l&amp;rsquo;humanisation des appareils au point de se voir conférer le plus sérieusement du monde la citoyenneté saoudienne. (<a href=&quot;https://www.businessinsider.fr/uk/sophia-robot-citizenship-in-saudi-arabia-the-first-of-its-kind-2017-10&quot;>https://www.businessinsider.fr/uk/sophia-robot-citizenship-in-saudi-arabia-the-first-of-its-kind-2017-10</a>)"><sup>102</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette attaque du plus fort fabriqué par le (bientôt) plus faible se déroule donc sous nos yeux et sur deux fronts opposés : l’une a lieu depuis en bas, c’est-à-dire au niveau du four à micro-ondes, l’autre a lieu depuis en haut, au niveau des raisonnements les plus incroyablement tordus. Vient alors le moment des conclusions, avec une foule de questions portées par cette projection épouvantée au sujet de l’AI : dans un monde tel qu’il se construit à l’aune d’une métamorphose aussi radicale, un monde marqué par des appareils et des clones parfaits sous (presque ?) toutes les coutures, où trouvera encore sa place l’homme ?! L’homme moyen tel que je suis, tel que toi, lecteur, tu es, si imparfait, si plein d’ambiguïtés, si nul parfois, si imprévisible, si changeant, mais par là si fascinant, si brillant par moments, si merveilleux, si unique ?! Quelle place, quel rôle, quel sens se réservera-t-il ?! Ou bien devrait-on dire : quelle place, quel rôle, quel sens lui seront encore accordés ?! Est-ce qu’en fin de compte, ce sera tout de même l’âme qui fera la différence et par laquelle viendront les réponses ? Ou bien par l’esprit ?… Et si oui, comment alors, dans ce monde manifestement de plus en plus sécularisé ?</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">À présent, pour faire le tour et répondre à la question de mon copain, je me tourne vers la bêtise naturelle, la BN, et je me rends compte que je prends immédiatement tout aussi peur. Même pas vrai, car en fait cette peur est vieille comme le monde.<span id="easy-footnote-103-216" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/ia-versus-bn-1-2/#easy-footnote-bottom-103-216" title=" En tout cas depuis au moins 3000 ans, puisque déjà Salomon, sage et vertueux roi d’Israël, s’inquiétait ouvertement dans son premier ‹ Livre des proverbes › : ‘Combien de temps encore, étourdis, allez-vous aimer l’étourderie ? Les insolents n’aspirent qu’à l’insolence, et les insensés refusent la connaissance !’ (22) et aussi ‘L’indocilité des étourdis leur sera fatale, et l’insouciance des insensés les perdra.’(32)"><sup>103</sup></a></span> Comme la bêtise naturelle. C’est la grande différence d’avec cette toute jeune diva qu’est l’intelligence artificielle. La seule d’ailleurs, je crois. Non, faux, il y en a encore une autre: au fil des siècles, la bêtise féroce a fait ses preuves en abondance, alors que pour cette intelligence fabriquée-là, certains espèrent encore trouver les moyens adéquats pour la contenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[12 novembre 2017]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/ia-versus-bn-1-2/">IA vs BN (1/2)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
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		<title>Germanitude</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/germanitude/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Sep 2018 18:44:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans un sens général, une société est un ensemble de rapports humains stables constitués à l’intérieur d’un territoire distinct. C’est aussi l’ensemble des rapports que ces hommes ont avec la nature. C’est encore l’ensemble de leur production culturelle et matérielle, individuelle ou collective. Enfin, considérant également le folklore, les mœurs, les traditions, l’héritage, la pérennité, on parle désormais d’une civilisation. [...]</p>
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<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right has-small-font-size wp-block-paragraph"><em>« Les Allemands sont remarquables chez eux ; ailleurs, insupportables. »</em></p>



<p class="has-text-align-right has-small-font-size wp-block-paragraph">(Reynaldo Hahn, 1874 – 1947, ‹ Journal d’un musicien ›, Plon, 1933)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un sens général, une société est un ensemble de rapports humains stables constitués à l’intérieur d’un territoire distinct. C’est aussi l’ensemble des rapports que ces hommes ont avec la nature. C’est encore l’ensemble de leur production culturelle et matérielle, individuelle ou collective. Enfin, considérant également le folklore, les mœurs, les traditions, l’héritage, la pérennité, on parle désormais d’une civilisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La société est une entité reconnaissable et unique, à la façon d’un homme qui se distingue de son semblable, ou d’une famille qui ne ressemble pas à une autre. Pour être définie, elle présuppose un degré suffisant de développement, ce qui permet aussi de la caractériser. Ainsi, du point de vue spatial, il y a en gros des microsociétés de type tribal, des sociétés de type national, et des macrosociétés, qu’on appelle aussi mondes : les mondes grec, hispanique, occidental, arabe, islamique, slave.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Faute de mieux, on reconnaît une vaste plaine aride à l’uniformité de son étendue, mais seulement en l’absence – improbable – de tout accident de son relief. Dans le cas contraire, le plus probable donc, elle sera identifiée à partir de cette exception-là – une rivière, un arbre, une colline. De même, ce sont les sommets et pas les flancs qui représentent une chaîne montagneuse, tout comme les îles marquent les océans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tels les arbres d’une vaste plaine. les sommets d’une montagne et les îles d’un océan, ce sont des figures phare, souvent politiques, qui illustrent telle ou telle société. Pour la société tribale, c’est le vieux du village. Pour les sociétés nationales, les exemples abondent : de Gaulle, Hirohito, Mao, Nasser, pour en citer seulement quelques-uns. Pour les macro-sociétés, c’est un Bolívar, un Gandhi, un Khomeiny. Ces exceptions catalysent toujours le génie des populations qu’elles symbolisent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout au long de l’histoire, l’humanité a expérimenté un grand nombre de ces sociétés, dont certaines sont devenues des civilisations. Certaines ont laissé des traces plus profondes que les autres. Certaines ont disparu, d’autres existent toujours. Il y en a, bien sûr, qui ont duré plus que d’autres. Toutes les civilisations ont eu des heures de gloire et de décadence. Elles ont aussi eu, toutes, leur cortège de figures de proue qui traversent les temps et auxquelles se réfèrent les générations qui suivent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À leurs débuts, les grandes civilisations furent nationales. Parfois, ce besoin expansionniste qui est le propre de l’homme leur fit quitter leur cadre d’origine pour acquérir un caractère pluriethnique et une dimension plus ou moins globale. Certaines – anglaise, espagnole, russe – survécurent à un relatif retour aux conditions initiales. D’autres – romaine – s’éteignirent dans leur état de surdéveloppement. Pour la plupart, elles tentèrent de diffuser au maximum le modèle qu’elles avaient créé.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">La société allemande est de ce cercle d’exportateurs. Ne pouvant toutefois parler légitimement d’une civilisation allemande, il est question ici de la <em>“germanitude“</em>, telle que formée en Europe centrale (Autriche comprise) vers le XVI<sup>e</sup> siècle. Comme nous l’avons vu, la force d’impact d’une civilisation se concentre dans le noyau des figures phare qui la représentent, en précisant que, dans ce cas, il n’existe presque aucun domaine où elle n’ait rayonné par son lot de personnalités hors pair.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a tout d’abord la musique, où cette germanitude maîtrise la création dans le monde occidental ; ensuite la physique théorique et appliquée, où son excellence est confirmée ; et puis la standardisation, où elle a toujours <em>“donné le la“</em>, avant que le système iso ne lui soit imposé ; et aussi le sport, où elle domine dans un nombre croissant de disciplines ; il y a la philosophie, où elle fait autorité ; l’industrie, où elle est la référence de la qualité et de la rigueur ; les mathématiques, où elle brille ; il y a aussi l’architecture, où elle est l’un des symboles du mouvement moderne ; la poésie, où elle atteint des sommets ; l’art militaire, où elle a fait école ; enfin, la mécanique, où elle est pratiquement synonyme de perfection. Il y a également tous les autres domaines, qu’il serait trop long et trop ennuyeux de développer : biologie, chimie, cinéma, doctrines, histoire, imprimerie, médecine, mode, peinture, photographie, politique, prose, religion, théâtre. Il n’y a rien à dire : cela fait vraiment beaucoup, beaucoup de domaines !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cinq siècles plus tard, on aura pu constater que par leur nombre et leurs qualités, les sommités de cette civilisation furent parmi celles qui contribuèrent le plus à la grandeur et à l’épanouissement du genre humain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Seconde Guerre mondiale mit l’Allemagne à genoux et, pour un moment, la transforma en pays du tiers-monde. Le niveau du revenu national brut par habitant de 1938 ne fut retrouvé qu’en 1953. Son intelligence fut décimée ou exilée. Un plan Marshall plus tard et grâce à son génie de l’organisation et du travail, le pays rejoignit la tête du peloton mondial. En 1970, il occupait déjà la 3<sup>e</sup> place au monde en termes de produit intérieur brut, derrière les États-Unis d’Amérique et le Japon, également traumatisé par la guerre, mais devant la France et le Royaume-Uni, les autres deux vainqueurs. La confiance et le bien-être vite regagnés, les Allemands se tournèrent vers l’exportation, avec le succès que l’on connaît : en 1990, deuxième pays exportateur au monde en valeur absolue, juste derrière les États-Unis.&nbsp; D’abord ils exportèrent leurs produits, ensuite, au travers de la délocalisation, leur technologie et leurs méthodes de travail. Aujourd’hui, comme toute société épanouie, l’Allemagne exporte son modèle. Drôle de modèle ! Je m’explique.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sidé, sud de la Turquie, au bord de la Méditerranée. Je me rappelle des vacances en famille, l’année passée. Je logeais dans un 5* correct (valant un 4* standard européen), assez grand, pas tout à fait complet, mais bien rempli. Un de ces <em>“silos à touristes“</em> dont j’ai oublié le nom et où il y avait de nombreux Russes, quelques Belges et Hollandais, des Turcs, une poignée de Suisses. Pour le reste, ce n’étaient que des Allemands.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je n’ai bien sûr absolument rien contre le fait que, onze mois durant, les Allemands mettent de côté des sous pour se payer leurs vacances estivales. Franchement : ils triment assez à longueur d’année, ils ont leurs soucis (chômage, impôts, immigration, insécurité – que d’autres ont aussi, mais enfin, passons), ils ont continuellement du mauvais temps, alors je crois qu’ils sont en droit de profiter de leurs deux semaines de farniente au soleil. Donc, logiquement, je ne puis m’insurger contre le fait que, bon an mal an, des quantités indéfinies de divisions de cars, voitures, trains et avions déversent un nombre incalculable de touristes allemands sur les plages de la planète. L’ethnie n’a rien à voir dans tout cela. S’il y avait eu des armées de touristes chinois (ce sera certainement pour bientôt), nigérians ou iraniens (moins probable), cela n’aurait rien changé au problème.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sauf qu’en exportant à grande échelle son perfectionnisme, son rituel social, son système de planification et d’organisation, sa vision du confort, son cartésianisme, la germanitude finit par bâtir, <em>nolens volens</em>, hors frontières, son modèle de standardisation dans lequel elle excelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Où que l’on se trouve dans un de ces hôtels balnéaires, le scénario est à peu près identique, au point que s’il n’y avait pas les températures de l’air et de l’eau ainsi que la physionomie et la langue locales, on se croirait sans peine chez soi, à Köln, Lübeck ou Mainz.<span id="easy-footnote-103-203" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/germanitude/#easy-footnote-bottom-103-203" title=" Mon expérience s’est forgée &amp;#8211; avec des empreintes variables &amp;#8211; au Cap d’Agde (France, 1984), Héraklion (Crète, Grèce, 1985), Eilat (Israël, 1986), Mellieha (Malte, 1987), Venise (Italie, 1988), Hyères (France, 1989), Faro (Portugal, 1991), Saint-Raphaël (France, 1993), Marina di Massa (Italie, 1994, 1995), Lido di Dante (Italie, 1996), Playa del Inglés (Canaries, Espagne, 1997, 1998), Hammamet (Tunisie, 1999), Agia Napa (Chypre, 2000), Bugibba (Malte, 2000), Sharm-el-Sheikh (Égypte, 2001), Sidé (Turquie, 2002), Cos (Grèce, 2003)."><sup>103</sup></a></span> Tout cela culmine avec les ghettos-dortoirs que les Allemands ont dressés en Espagne, de sorte qu’après toute une vie de labeur sans joie et sous la pluie, ils puissent enfin s’étendre au soleil, anonymes, mais ayant échappé au rhumatisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les indications – excursions, menus, rencontres, manifestations – sont en allemand, exceptionnellement dans un anglais approximatif, comme d’ailleurs les factures et autres formulaires. Dans la rue, tous les noms des magasins sont en allemand, secondairement en anglais. Les conversations avec le personnel hôtelier (mais aussi avec les vendeurs, les policiers, les chauffeurs de taxi, les sauveteurs) ne peuvent se faire qu’en allemand, de manière très subsidiaire et primitive en anglais. Les jeux de club et les animations sont en allemand, doublés en anglais. Dans les kiosques, une gamme complète de journaux allemands (du très sérieux Frankfurter Allgemeine Zeitung à l’anecdotique Roman-Stunden en passant obligatoirement par le Bild) submerge les rares quotidiens majeurs anglophones, hollandais ou russes. La plupart des canaux de télévision offrent des postes en allemand, parmi lesquels on trouve les quelques chaînes à vocation internationale. Les bibliothèques de prêt étalent les séries roses et policières en allemand. L’art culinaire français, turc ou italien se met à l’heure du <em>Gemüse-Kartoffel-Auflauf mit Käse gratiniert</em>. Les cafés en plein air proposent, sur des écrans géants, le rituel des matchs de la <em>Bundesliga</em>, peut-être aussi celui des championnats de football anglais ou italiens. À des milliers de lieues de la mère patrie, les magasins proposent des <em>Spielhosen</em> et des chapeaux tyroliens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La fameuse couleur locale ? Il est vrai qu’à ce jour, que ce soit en Italie ou en Égypte, on perçoit toujours, plus ou moins, un certain spécifique (on ne peut plus parler de poids) culturel du lieu, sa marque d’identité, pourtant si gâchés par le tourisme de masse. Mais pour combien de temps encore ?</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout cela reste acceptable tant que l’on ne quitte pas le stade des faits et que l’on ne traite pas de la question des hommes, c’est-à-dire des légats du germanisme. Car celui-ci a bien sa diplomatie caractérisée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Contrairement aux Metternich et Ribbentrop, de nos jours les ambassadeurs germaniques ne sont plus des aristocrates. Indistinctement hommes ou femmes, ils sont techniciens du gaz dans l’administration, chefs d’équipe dans l’industrie, chauffeurs de trolleybus, contrôleurs fiscaux ou agents d’assurances, tandis qu’elles sont secrétaires, infirmières, vendeuses, assistantes sociales ou esthéticiennes. Et ce n’est pas dans les chancelleries des capitales que l’on retrouve aujourd’hui l’image de tel ou tel pays mais, grâce au tourisme, de manière beaucoup plus palpable, sur les routes et les plages du vaste monde. Il n’empêche, aux yeux du pays d’accueil et des autres confrères ès bronzage, qu’ils le veuillent ou non, ces émissaires portent bel et bien avec eux la Germanie contemporaine ou, plutôt, pour se référer à l’essentiel, l’actuelle Allemagne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces représentants portent avec eux leur pays car il est par nature fier et fort, et c’est donc tout naturellement qu’ils exposent ce modèle-là aux quatre coins de la mappemonde. Ou, du moins, ce qu’ils pensent être un modèle. Parce qu’en fin de compte, l’effet produit est surprenant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Prenez un habitant d’un quelconque pays vacancier important et interrogez-le sur le tourisme de nos jours. Vous aurez toutes les chances de recevoir trois avis standard, invariablement les mêmes : l’homme aura le ras-le-bol du tsunami des hommes-caméras japonais, des nuées d’Américains niais et obèses, mais peut-être surtout des divisions estivales allemandes, ces <em>“Ferienkorps“</em> <span id="easy-footnote-104-203" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/germanitude/#easy-footnote-bottom-104-203" title=" Par analogie avec l’<em>Afrikakorps</em> &amp;#8211; formations allemandes qui combattirent en Afrique du Nord durant la Seconde Guerre mondiale; <em>Ferien</em>: vacances (all.)."><sup>104</sup></a></span> qui, sciemment ou non, ont réussi là où Erwin Rommel a échoué : achever une certaine colonisation de la planète. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Surprenants en effet : cette candeur à inlassablement évoquer le <em>Vaterland</em>, en s’attendant à retrouver ses particularités (voire ses valeurs) là où elles sont soit inconnues, soit simplement inimaginables, cette désobligeance des <em>Walkyrie</em> à promener, par deux, fesses tatouées et seins nus, leurs strings blancs sur fond cuivré à travers quantité de fellahs écrasés par la pauvreté, qui n’ont qu’un rêve en tête – épouser n’importe quelle Allemande pour forcer l’émigration ; cette rage de perpétuer <em>Oktoberfest</em> à la plage et dans les bars des hôtels ; cet acharnement à vous parler à tout va en allemand, peut-être en toute innocence, comme si c’était une langue enracinée à l’échelle mondiale ; cette fausse modestie (étayée par le côté naturel et purement utilitaire de la chose) à rouler dans de grosses mécaniques rutilantes là où les indigènes s’arrachent encore de vieilles caisses de contrebande ; cette audace (peut-être instinctive) de ces familles ou de ces groupes à se croire parfaitement seuls au milieu d’un bazar, d’un monastère, ou même d’un restaurant, ce qui les autorise (tout naturellement) à pousser au paroxysme le niveau de leur enthousiasme vacancier, dans un souci d’optimiser le coût des vacances; cette déferlante du <em>alles inbegriffen</em> dans les buffets gastronomiques des restaurants hôteliers, qui fait penser à un état plutôt de disette que de bien-être. <em>Und so weiter</em>. Voilà la vraie actuelle diplomatie germanique. J’ajoute que ce panorama n’a rien d’une galerie de clichés. S’il est bien vrai qu’il y a et – espérons-le – qu’il y aura toujours de <em>“bons“</em> touristes japonais, américains et allemands, il n’en reste pas moins que l’image est déjà ancrée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En réalité, ces pays en quête de prospérité qui accueillent à bras ouverts des touristes dont ils pensent – à raison – qu’ils en sont porteurs, ont mieux à offrir. Une offre qui s’explique souvent uniquement par le fait qu’elle vient du haut de quarante siècles de civilisation, et dont le Teuton se désintéresse. Comme, par exemple, le sens du temps. Ce qui fait que le jour où la germanitude commencera à s’approprier ce sens, elle ne sera plus tout à fait elle-même, mais elle sera certainement quelque chose de plus que ça. Mais aura-t-elle envie de l’être ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Zum Wohl</em> !</p>



<p class="wp-block-paragraph">[21 novembre 2003]</p>
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		<title>Affaires</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 07 Sep 2018 15:08:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ces derniers temps, il devient évident que les grosses affaires ne sont plus vraies, tout comme les vraies affaires ne sont plus grosses. Alors, comme à l’époque du scoop, les petites affaires ne font pas recette, on s’intéresse aux grosses, donc aux fausses. En tous les cas, qu’il s’agisse de vraies ou de fausses affaires, en tant que plus précieux leviers de propagande depuis l’arsenal utilisé lors de la guerre froide, l’opinion publique et la communauté internationale doivent être nourries. [...]</p>
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<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« (…) on peut tromper une fois mille personnes (…),</em><br><em>mais on ne peut pas tromper mille fois mille personnes. »</em><br>(Émile, alias Sam Karmann, dans le film<br>d’Alain Berberian ‹ La Cité de la peur ›, 1994)<br></p></blockquote>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<h3 class="has-text-align-center wp-block-heading">Vieilles affaires</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il y eut l’affaire financière française de la Compagnie universelle du canal interocéanique du Panama, qui se solda par la faillite de celle-ci et par l’arrêt des travaux. Il y eut l’affaire politique Dreyfus, française aussi, qui se solda par l’acquittement de l’officier homonyme, accusé de collusion avec l’ennemi. Il y eut l’affaire américaine dite de Sacco et Vanzetti, sociale et politique, qui se solda par l’exécution de ces deux immigrés italiens, soupçonnés de meurtre. Il y eut les procès politiques soviétiques de Moscou, qui se soldèrent par l’élimination des dirigeants communistes Boukharine, Kamenev et Zinoviev. Il y eut l’affaire Rosenberg, américaine, économique et politique, qui – suite à la conviction d’espionnage des époux du même nom – se solda par leur électrocution. Il y eut l’affaire stratégique des missiles de Cuba, dite aussi de l’avion espion, affaire soviétique et américaine, qui faillit se solder par une guerre atomique. Il y eut l’affaire de Chappaquiddick, morale, politique et encore américaine, qui modifia la carrière du dernier des frères Kennedy. Il y eut l’affaire italienne des mani pulite, aussi financière et juridique que politique, qui se solda par l’assassinat de deux juges et par l’ascension politique d’un troisième.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Financières, politiques, morales, économiques, juridiques, sociales, américaines, françaises, italiennes, soviétiques – il y eut toutes sortes de grosses affaires. Mais là, si on pouvait dire, c’était le bon vieux temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sérieusement, au bon vieux temps, il y avait de vraies affaires, de vrais lésés, donc de vrais plaignants. Il y avait de vrais inculpés, de vrais soupçons, de vraies magouilles, de vraies menaces, de vraies accusations et de vrais arguments. Les dénouements – heureux ou pas – étaient donc nécessairement vrais. Tout le monde, bon ou mauvais, faisait son travail : les truands, les policiers, les financiers, les magistrats, les militaires. Et tout cela avait un grand avantage, car sous l’impact de sujets aussi forts, les sociétés créaient illico des camps pour ou contre (sauf en urss, où il n’y avait qu’un seul camp). Pour chaque camp donc, c’était noir et blanc, ou blanc et noir, ce qui attisait les passions et, souvent, permettait aux dirigeants de canaliser les préoccupations des gens vers ces événements, en les maîtrisant – les préoccupations, donc les gens. Mais, surtout, ceci était possible parce qu’on savait à quoi s’en tenir : les banquiers, les communistes, les patrons, les politiques (qui étaient tous des méchants), les immigrés, les juges, les Noirs, les policiers (qui étaient tous des bons), ne laissaient pas de place au doute. Les thèmes étaient aussi très nets : corruption, cupidité, meurtre, misère, trahison.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces derniers temps, il devient en revanche évident que les grosses affaires ne sont plus vraies, tout comme les vraies affaires ne sont plus grosses. Alors, comme à l’époque du <em>scoop</em>, les petites affaires ne font pas recette, on s’intéresse aux grosses, donc aux fausses. En tous les cas, qu’il s’agisse de vraies ou de fausses affaires, en tant que plus précieux leviers de propagande depuis l’arsenal utilisé lors de la guerre froide, l’opinion publique et la communauté internationale doivent être nourries. C’est ainsi qu’apparurent les affaires pharaoniques – et les procès inhérents – avec lesquelles les sociétés sont à notre époque tenues en éveil.</p>



<h3 class="has-text-align-center wp-block-heading">Nouvelles affaires</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a l’affaire dite du tabac aux États-Unis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À partir de 1994, 90% des États fédéraux – américains – menacèrent les cinq principaux fabricants – américains – de cigarettes d’ouvrir des actions devant la justice – américaine – en leur réclamant des dommages et intérêts au nom de tant de fumeurs – américains – lésés par cette routine nocive. Selon le compromis qui, en 1998, a mis fin à la procédure, les fabricants incriminés acceptèrent de verser à ces États une somme de 208 milliards de dollars, échelonnés sur 25 ans. Historiquement, ce fut la plus lourde sanction financière jamais édictée, appliquée et endossée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela dit, le fait que fumer n’est pas le produit d’un devoir ou d’une contrainte, mais résulte d’un libre choix fait par quelqu’un de consentant et capable de discerner, bien que souvent jeune et agissant par pure singerie, n’a pas pesé lourd dans cette affaire, pas plus que le fait que ce mal n’est pas le monopole des seuls citoyens américains des États fédéraux plaignants, ou encore que ce ne sont pas les Américains qui ont inventé ce vice, ou alors qui l’ont distribué, généralisé, promu. Du moins ne sont-ils pas les seuls. N’a pas pesé lourd non plus le fait que, de par le monde, tant d’autres fumeurs s’adonnent à cette habitude, que d’autres fabricants alimentent. Et il est certain que, du Laos au Maroc et de la Pologne au Chili, d’autres fumeurs meurent aussi des effets de leurs habitudes tabagiques, comme d’ailleurs, aux quatre coins du monde, tant d’alcooliques meurent des suites de leur vice liquide, sans que cela inquiète outre mesure les fabricants de spiritueux, et encore moins les États américains. C’est la même chose pour les boulimiques et les fabricants ou distributeurs d’aliments, ou bien pour les accros aux médicaments et l’industrie pharmaceutique, ou encore pour les chauffeurs et les fabricants de voitures. Quant à la finalité des sommes glanées en application de l’Attorney General’s Master Tobacco Settlement Agreement, selon certaines sources, elle servit souvent des intérêts opposés à ceux – officiels – d’origine.<span id="easy-footnote-105-150" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/affaires/#easy-footnote-bottom-105-150" title=" ‹ Mais où est passé l’argent du tabac ? ›, Courrier diplomatique n° 616, 22-28 août 2002."><sup>105</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Je crois donc qu’il est permis de s’interroger sur le vrai sens d’une telle affaire – financièrement astronomique. Au nom de la <em>political correctness</em> inventée par l’administration Clinton, à partir de la seconde moitié des années quatre-vingt-dix, les compagnies aériennes américaines réduisirent petit à petit la capacité des compartiments fumeurs sur leurs vols, jusqu’à leur élimination en 1997. Cette même trouvaille détermina la disparition du droit de fumer d’abord dans l’administration, ensuite dans les entreprises, et enfin dans tout établissement ou lieu public.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et si, à la fin, l’affaire du tabac n’avait rien été d’autre que le point d’orgue qui consacra deux mandats clintoniens politiquement corrects ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a l’affaire suisse des fonds en déshérence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1995, le Congrès juif mondial – basé à New York – menaça trois importantes banques – suisses – d’ouvrir une action devant la justice – américaine – en leur réclamant des dommages et intérêts. L’action, animée par un sénateur – américain – d’origine italienne, se déroula aux États-Unis, au nom et pour le compte des survivants et des héritiers des personnes - juives - mortes ou disparues dans les camps de concentration nazis. Les banques étaient accusées d’avoir utilisé à leur profit les sommes déposées par ces personnes avant ou pendant la Seconde Guerre mondiale. Elles étaient aussi accusées de ne pas avoir restitué ces montants, réclamés ou non.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Subsidiairement, l’action visait aussi la Suisse. Dans la foulée, ses rapports avec le III<sup>e</sup> Reich furent montrés du doigt. L’intrusion des facteurs politiques dans cette affaire risqua même de porter un coup sérieux aux relations helvético-américaines – traditionnellement amicales. Selon le compromis qui permit d’arrêter cette procédure, les banques incriminées acceptèrent de payer à diverses associations juives une somme de 1,25 milliard de dollars. Ce fut la plus lourde sanction financière jamais prononcée contre (et appliquée à) des entités helvétiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant, depuis des lustres, sans exception, la Suisse était parmi les meilleurs élèves de la classe internationale. Et pourtant, en 1946, la Suisse – sous la pression américaine – et les Alliés signèrent un accord normalisant leurs rapports, au terme duquel la Confédération s’acquitta d’une «rançon» (le terme est d’Angelo Codevilla)<span id="easy-footnote-106-150" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/affaires/#easy-footnote-bottom-106-150" title=" ‹ La Suisse, la guerre, les fonds en déshérence et la politique américaine ›, Slatkine, 2001"><sup>106</sup></a></span> de 58 millions de dollars, soit 150 millions d’euros aujourd’hui ; en échange, les Alliés passèrent l’éponge sur leurs critiques, aussi peu crédibles qu’elles fussent, car ce que les accusateurs reprochaient à la Suisse, ils pouvaient se le reprocher encore plus à eux-mêmes<span id="easy-footnote-107-150" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/affaires/#easy-footnote-bottom-107-150" title=" Idem. (Voir aussi : Historia n° 669, septembre 2002 ; ‹ Comment les firmes US ont travaillé pour le Reich › et subsidiairement aussi ‹ Oui, les Suisses ont fait de la résistance ›.)"><sup>107</sup></a></span>. Et pourtant, non seulement le réquisitoire qui s’abattit sur la Suisse et ses banques ne contenait aucun élément vraiment nouveau par rapport à cet accord, mais encore, et surtout, il ne contenait aucune preuve ou chef d’accusation dignes de ce nom.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En guise de conclusion à cette série non exhaustive de réflexions sur le sujet, je cite Angelo Codevilla : ‘Le 12 août 1998, (…) ubs, (…) sbs ainsi que le Crédit Suisse acceptèrent de verser 1,25 milliard de dollars pour être autorisées à poursuivre leurs opérations dans la capitale financière du monde, New York. Instantanément, les épineuses questions débattues par les comités d’historiens, ainsi que les affirmations des commissaires aux comptes (…) perdirent tout intérêt. Les vainqueurs oublièrent leur juste indignation pour faire main basse sur le butin’. Et qui sont ces vainqueurs ? Eh bien, ‘une coalition d’Américains puissants [qui] a orchestré une campagne nouvelle en se servant du pouvoir et du prestige du gouvernement des États-Unis pour faire main basse sur d’importantes sommes d’argent’<span id="easy-footnote-108-150" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/affaires/#easy-footnote-bottom-108-150" title=" Id."><sup>108</sup></a></span>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a l’affaire Milošević, l’ancien président yougoslave.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1999, le Tribunal pénal international de La Haye (tpi) l’inculpa de génocide et de crimes contre l’humanité dont il se serait rendu coupable lors des conflits à répétition qui ont détruit la région durant les années quatre-vingt-dix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À la suite d’intenses pressions venues de la part de l’onu et surtout des États-Unis, les autorités de Belgrade finirent par extrader l’ancien ennemi public n° 1 vers les Pays-Bas, au risque de déclencher une crise institutionnelle dans leur pays. Son emprisonnement a adouci l’appétit justicier de la communauté internationale à régler le sort des deux autres ennemis publics n° 2 et 3, le docteur Radovan Karadžić et le général Ratko Mladić.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une fois l’ancien dirigeant jugé, les rôles changèrent. D’abord, l’ex-président serbe refusa la comparution, déniant au tpi toute légitimité. Ensuite, tout en gardant cette ligne mais en assurant sa propre défense, Slobodan Milošević lança un sévère réquisitoire à l’adresse des puissances ayant – selon lui – créé les prémices de ces guerres, voire les ayant directement ou indirectement influencées ou encouragées. Et Milošević de dresser la liste de témoins capitaux qu’il entendait faire venir à son procès, comme Madeleine Albright, Kofi Annan, Tony Blair, Jacques Chirac, Bill Clinton, Helmut Kohl, Gerhard Schröder. Belle brochette, en effet ! Mais le TPI n’a cité aucun de ces dirigeants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En revanche, l’éclatement de la Yougoslavie et les conflits dans la région (dont les frappes de l’otan en Serbie-Monténégro furent le corollaire) ont permis d’imposer les États-Unis – plus que l’otan – en tant que principal interlocuteur, sinon décideur, au sein de l’espace stratégique de l’Europe du Sud-Est. Ils ont permis à l’Allemagne d’envoyer – une première depuis 1945 – des forces armées hors de ses frontières. Ils ont permis de discréditer un pays multiculturel et pluriethnique qui était jadis le plus vivant et le moins asservi de tous les satellites de l’ex-URSS. Ils ont permis de mettre sur les routes de l’Europe des centaines de milliers de réfugiés kosovars, avec les conséquences que l’on connaît. Ils ont permis à l’otan d’avancer – cette fois dans les Balkans – un nouveau pion en direction de la Russie. Enfin, ils ont permis qu’un pays prospère soit détruit, pour qu’il soit reconstruit à la façon des destructeurs.</p>



<h3 class="has-text-align-center wp-block-heading">Affaires futures</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a aussi les affaires en préparation ou à venir, dont deux méritent l’attention : celle de l’apartheid et celle du 11 septembre 2001.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le cadre de la première affaire, des études d’avocats – américains – préparent une plainte collective de la population – sud-africaine – de couleur à l’adresse de sociétés – suisses pour l’instant – ayant (selon les demandeurs) pactisé avant 1994 avec le régime blanc de ségrégation raciale. La nature des dédommagements et éventuellement le montant réclamé (si cette nature est financière) ne sont pas encore précisés, mais pour ce dernier le chiffre de USD 100 milliards a déjà circulé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La palme revient cependant à la seconde affaire. Ici, toujours les mêmes protagonistes – des études d’avocats américains – sont en train de mettre sur pied une action visant à démontrer la responsabilité du royaume d’Arabie Saoudite dans la tragédie du 11 septembre 2001. À la clé, un procès en dommages et intérêts dont le montant officieusement avancé par les médias dépasse l’entendement, car il s’agirait ni plus ni moins, mais exactement de… USD 100 000 milliards ! Environ 500 fois l’enjeu du procès du tabac. Ou 10 à la puissance 14 (10<sup>14</sup>). Ou, enfin, le produit national brut des États-Unis d’Amérique pour 2001, pendant dix ans.</p>



<h3 class="has-text-align-center wp-block-heading">Affaires envisageables</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, sur la base de ces acquis, il y aurait les affaires réalisables. J’essaye donc d’imaginer celles encore inexploitées et dans lesquelles l’opinion publique et la communauté internationale pourraient jouer un rôle déterminant. Ces affaires devraient être censées voir se dresser des groupements d’intérêts diversement structurés (selon la race, le statut social, la croyance, l’influence, la situation géographique, le nombre, etc.) contre des sociétés ou des États solides et fortunés. Ce dernier aspect est fondamental. Il explique pourquoi des actions similaires, portées par des associations citoyennes dans les anciens pays vassaux de l’ex-URSS (voire, même, dans la Russie d’aujourd’hui) contre l’actuel État russe, ne seraient pas envisageables. Soyons tout de même réalistes !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y aurait déjà les Noirs et les Peaux-Rouges d’Amérique du Nord se dressant contre l’administration fédérale, les premiers forts de 400 ans d’esclavage, les seconds pour avoir été pratiquement anéantis à la suite du plus long génocide de l’histoire, et réclamant ensemble une indemnité due, compte tenu de la ségrégation raciale subie. Et je ne crois sincèrement pas que les ténors du barreau américain refuseraient d’instrumenter ces procès contre leur propre gouvernement. Une preuve ? La voici : ‘Pourquoi reconnaît-on les réparations aux Juifs, aux Américains d’origine japonaise et non pas aux Afro-Américains et aux Africains ? Pourquoi deux poids et deux mesures ? Le message que nous emporterons signifie-t-il que les pays faibles et les peuples faibles n’ont pas de place sous le soleil ? Regardez-nous dans les yeux et répondez honnêtement à ces questions !’<span id="easy-footnote-109-150" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/affaires/#easy-footnote-bottom-109-150" title=" Extrait du discours de M. Patrick A. Chinamasa, ministre de la Justice du Zimbabwe, lors de la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée, Durban, Afrique du Sud, 3 septembre 2001 (dans : un.org/WCAR/statements/zimbE.htm)."><sup>109</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y aurait ensuite les indigènes d’Amérique centrale et du Sud, s’insurgeant contre les États espagnol et portugais, dans une réponse tardive à l’extermination perpétrée au XVI<sup>e</sup> siècle par les conquistadors.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y aurait aussi les pays de l’ex camp soviétique ouvrant action en dommages et intérêts de toutes sortes contre la Grande-Bretagne à cause du bout de papier furtivement glissé par Churchill à Staline dans l’après-midi du 9 octobre 1944 et sur lequel, à propos de bottes, il proposait le partage de l’Europe de l’Est en deux zones d’influence. Subsidiairement, l’action viserait aussi les États-Unis, pour avoir cautionné cette fantaisie tragique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y aurait, bien évidemment, les associations féministes des pays du monde occidental s’élevant contre leurs États respectifs pour dénoncer avec force tous les torts subis durant plusieurs millénaires d’un patriarcat variablement appliqué par leurs pères, frères, maris et oncles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y aurait enfin – pourtant il n’y a pas de raison de clore la liste – tous les travailleurs sans droits de la première révolution industrielle, tous les serfs ayant peiné sur les anciens <em>latifundia</em>. Leurs héritiers réclameraient une juste réparation aux compagnies occidentales qui les ont exploités et aux États qui ont favorisé ou tacitement gagé cette exploitation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans cette logique de l’hédonisme financier, il me semble que l’homme serait ainsi en train de découvrir la mécanique hallucinante du gain exponentiel le plus facile qui existe, surclassant tout profit imaginable obtenu de la spéculation boursière. Sa spirale infinie le rendrait ivre, comme Icare, mais lors d’une descente dans le maelström.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une seule question rhétorique peut-être : ceci étant dit, qui travaillerait encore, quoi, où, et comment, pour créer cette plus-value sans fin qu’un jour il faudra bien finir par payer sous forme de sanctions ? N’empêche : avec tout ça, l’essentiel ne serait encore pas touché.</p>



<h3 class="has-text-align-center wp-block-heading">L’affaire essentielle</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Car l’essentiel n’est pourtant pas là. Comme on l’a déjà vu, aujourd’hui (et probablement plus encore demain) l’avoir est important. Celui qui est fortuné est également puissant, et vice-versa. Ça, on le sait ! Voilà ainsi réunis tous les ingrédients de la gloire. Pour une simple question de rendement de l’affaire, il est donc capital, voire déterminant, que la cible ait la plus forte nature possible. Par contre, et de toute façon, l’opinion publique et la communauté internationale resteront toujours les plus puissantes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, dans sa fuite en avant, l’hédonisme spéculatif visera fatalement toujours plus haut sur l’échelle de la puissance, de la richesse, donc de la gloire. (Dès lors que le boxeur a frappé le cœur de l’adversaire, il cherche la tête, pas le ventre.) L’essentiel viendra dans cette logique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les chasseurs de primes auront beau ratisser le plus large et le plus haut possible, tout au plus réussiront-ils à juger l’Occident pour avoir progressivement asservi le reste de la planète. Au moins, ils se limiteront à le faire payer pour toutes les conséquences climatiques désastreuses de sa politique industrielle insensée. Dans le premier cas, ce serait un procès … allez ! disons de USD 1000000000 milliards, ou 10<sup>18</sup>. Dans le deuxième, probablement de USD 1000000 milliards seulement, ou 10<sup>15</sup>. Mais ces cas seraient des voies de garage, car entre-temps, à coups de telles affaires, l’Occident tout entier aura depuis longtemps sombré dans la condition bananière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Évidemment, quelqu’un pourrait alors vouloir sortir du carcan terrestre. Il penserait tout de suite au cosmos. Mais là-haut, en admettant que la quantité de calamités naturelles qui s’abattent régulièrement sur Terre a un potentiel juridique théoriquement incontestable, pour l’instant il n’y a personne à faire payer. Et, même s’il y avait quelqu’un, encore faudrait-il que les dollars ou les bons du Trésor aient cours officiel et soient en circulation généralisée au-delà de l’ionosphère. À moins que…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, il pourrait y avoir effectivement une vraie réponse au dilemme, une solution absolue, omnipotente, inépuisable, même si, à l’époque, on avait bien dit que le nom ne devrait même pas être prononcé, mais cela fait longtemps que nous ne sommes plus au temps de nos ancêtres.&nbsp;À présent nous sommes égaux à Lui, nous sommes Ses potes. Et entre potes, nous avons tous des responsabilités qu’il nous faut assumer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La seule vraie chose qui reste donc à régler est : pour toute la souffrance dans le monde, tous les morts innocents, toute cette famine, tout l’espoir qui manque, quand est-ce que quelqu’un se décidera enfin, au nom de l’opinion publique de la communauté internationale, à juger, inculper, condamner et, surtout, surtout, faire payer, à la hauteur qui convient, c’est-à-dire de USD 10<sup>∞</sup>, le Seigneur Dieu ?</p>



<figure class="wp-block-gallery columns-1 is-cropped wp-block-gallery-10 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="2303" height="1028" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2018/09/Affaires-Affaire-essentielle-1.jpg" alt data-id="182" class="wp-image-182" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2018/09/Affaires-Affaire-essentielle-1.jpg 2303w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2018/09/Affaires-Affaire-essentielle-1-300x134.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2018/09/Affaires-Affaire-essentielle-1-768x343.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2018/09/Affaires-Affaire-essentielle-1-1024x457.jpg 1024w" sizes="(max-width: 2303px) 100vw, 2303px"></figure></li></ul></figure>



<p class="wp-block-paragraph">P.S. Louis-Ambroise, vicomte de Bonald (1754-1840, de l’Académie française), prédisait déjà en 1802 que : <em>« La révolution a commencé par la Déclaration des droits de l’homme : elle ne finira que par la déclaration des droits de Dieu »</em>. Alors, lorsque l’on sait trop bien que là où existent des droits, existent implicitement des devoirs…</p>



<p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>
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		<title>L’opinion publique de la communauté internationale</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Aug 2018 05:43:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’opinion publique, c’est toi, c’est moi, c’est vous, c’est nous tous. Ce sont notre village, notre cité, notre pays, la planète entière, quoi ! C’est mon opinion plus celle de chacun d’entre nous, retentissant à l’unisson, dans une belle chorale universelle, sans fausse note, sans désaccord, sans altération, sans arythmie. Ce sont toutes nos personnes harmonieusement fondues dans une symphonie où chacun devient personne, s’il ne l’est déjà. [...]</p>
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<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«&nbsp;Tu veux connaître mon nom&nbsp;?…</em> <em>Eh bien, mon nom est Personne. »</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Ulysse dans l’Odyssée de Homère)</p>
</div></div>
</div></div>



<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«&nbsp;Jésus lui demanda&nbsp;: “Quel est ton nom“&nbsp;?</em> <em>Il répondit&nbsp;: “Légion&nbsp;!“&nbsp;»</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Luc 8;30)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">L’opinion publique s’émeut de la condition des détenus en Turquie. La communauté internationale sanctionne la politique d’apartheid du gouvernement blanc sud-africain. L’opinion publique dénonce les massacres perpétrés au Rwanda. La communauté internationale se dresse contre l’exploitation des enfants en Asie. L’opinion publique est choquée par la prolifération des mines antipersonnel. La communauté internationale approuve les conclusions du protocole de Kyoto sur la politique climatique mondiale et désapprouve l’attitude des États-Unis. Suite à l’invasion du Koweït par l’Irak, jugée inadmissible par l’opinion publique, la communauté internationale se range aux côtés de la coalition des États du monde libre dans une guerre contre l’agresseur. L’opinion publique, la communauté internationale…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais au fait, que sont-elles ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’opinion publique, c’est toi, c’est moi, c’est vous, c’est nous tous. Ce sont notre village, notre cité, notre pays, la planète entière, quoi ! C’est mon opinion plus celle de chacun d’entre nous, retentissant à l’unisson, dans une belle chorale universelle, sans fausse note, sans désaccord, sans altération, sans arythmie. Ce sont toutes nos personnes harmonieusement fondues dans une symphonie où chacun devient personne, s’il ne l’est déjà. Ainsi, l’opinion publique, c’est ce chœur de personne(s), réunie(s) au moment opportun pour un hymne unitaire et cohérent. L’opinion publique, on l’a compris, c’est Personne. Pourtant, à bien y réfléchir et sauf erreur, c’est la seule chose insaisissable qui semble pouvoir s’exprimer et, de surcroît, bénéficier des honneurs d’une diffusion tous azimuts de ses avis, qui font autorité<span id="easy-footnote-110-76" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lopinion-publique-de-la-communaute-internationale/#easy-footnote-bottom-110-76" title=" Effectivement, comment interviewer au même instant les millions de personnes dont les voix constituent pourtant le corps abstrait de l’opinion publique ? Car ce serait le seul moyen de tirer des conclusions probantes sur tel ou tel problème. Un peu comme si l’on extrapolait à l’échelle mondiale le résultat d’un sondage nécessairement local."><sup>110</sup></a></span>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En matière d’affaires<span id="easy-footnote-111-76" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lopinion-publique-de-la-communaute-internationale/#easy-footnote-bottom-111-76" title=" Au sens de l’essai du même nom contenu dans ce recueil."><sup>111</sup></a></span>, de nos jours, l’opinion publique, notre opinion (publique) à nous, orchestre tout. Elle prend possession de l’affaire qui a été créée pour elle suite à telle étude conjoncturelle, la soupèse et la range dans une catégorie. En quelque sorte, l’opinion publique est une forme primaire et encore quelque peu diffuse du futur parlement de la démocratie mondiale : aussi omniprésent qu’inexistant. Pour les grandes tendances, c’est elle le législateur. Mais, tout en étant Personne, elle ne serait encore rien sans l’apport impératif et, pour cause, déterminant de sa sœur jumelle : la communauté internationale. Car, en tant que forme à peine morulaire du futur gouvernement planétaire, c’est elle qui applique les lois de l’opinion publique. Pour les grandes tendances, c’est elle l’exécutif qui reprend une affaire en attaquant ou ripostant, la jugeant, acquittant ou condamnant, pour ensuite la ressusciter si besoin est, lui régler son compte et la classer. Inversement, sans l’apport essentiel – en termes de légitimité – de l’opinion publique, la communauté internationale n’aurait pas droit à plus d’égards que n’importe quelle bande d’ignares.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>A contrario</em> de la communauté internationale, l’opinion publique ne date pas d’hier. Pourtant si, à l’origine, le prince a bien besoin de la voix de la masse (Mat. 27;15) <span id="easy-footnote-112-76" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lopinion-publique-de-la-communaute-internationale/#easy-footnote-bottom-112-76" title="« À chaque fête de Pâques, le gouverneur avait coutume de relâcher un prisonnier, celui que le peuple désignait. »"><sup>112</sup></a></span>, à présent son accord tacite lui suffit, ou plutôt son silence, mieux, son absence. Au fait, c’est normal : Personne n’existe pas ; en conséquence, Personne ne parle pas ; en conséquence personne ne consulte Personne. Alors à qui suffirait cet accord tacite ? Ben, au prince, comme déjà dit. Et qui serait ce prince ? Pour le situer (retour aux Écritures – Ex. 3;14)<span id="easy-footnote-113-76" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lopinion-publique-de-la-communaute-internationale/#easy-footnote-bottom-113-76" title="Questionné par Moïse sur Son identité, Dieu Se définit ainsi : « Je suis Celui qui dit : “Je suis“ ». Selon d’autres traductions : « Je suis Celui qui est ». En revanche, conformément au dogme chrétien, la plus perfide des ruses du malin est d’induire la conviction de son inexistence."><sup>113</sup></a></span>, nous pouvons le considérer comme celui qui n’est pas, simplement par contraste, et puisque nous n’avons affaire qu’à des antinomies.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De toute façon, il faut bien admettre que les notions d’opinion publique et de communauté internationale sont soumises aussi à d’autres contradictions intrinsèques. Si, d’une part, elles revêtent un sens nécessairement généralisateur, d’autre part, lors de n’importe quelle prise de position ou action entreprise en leur nom, on doit forcément leur soustraire le soutien de la partie qui fait l’objet de l’action ou du jugement respectif. En effet, on ne peut imaginer les descendants des Boers d’Afrique du Sud sanctionnant l’apartheid, ou alors toutes ces forces paramilitaires et crypto-militaires du monde qui utilisent l’arme des lâches stigmatisant l’emploi abondant des mines antipersonnel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Finalement, tant que la balance pencherait manifestement du côté d’une majorité porteuse de cette opinion publique et largement représentative de la communauté internationale, cet aspect contradictoire pourrait rester marginal. Mais que dire d’une situation comme celle créée en 1991 lors du conflit dans le Golfe – plus vaste opération militaire que la Terre ait connue depuis la guerre du Viêt-nam et dont l’influence économique et politique sur l’histoire contemporaine n’a d’égale que celle de la Seconde Guerre mondiale sur la société de l’époque ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette année-là, les forces armées de trente-six pays s’allièrent, militairement ou financièrement, aux États-Unis, dans le conflit engagé contre l’Irak. En admettant que la totalité de la population de chacun de ces pays – enfants compris – cautionnait cette action, cela donnait à la coalition une légitimité étayée par un maximum théorique de 1 400 millions d’âmes. Pourtant, on le sait, cette intervention militaire fut loin de faire l’unanimité dans les pays concernés. À l’époque, la planète comptait 5 300 millions d’êtres « humains qui naissent libres et égaux », selon l’article 1 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Donc on ne saurait dire que la voix d’un Canadien pesait plus que celle d’un Togolais. D’autre part, on connaît des pays n’ayant pas participé à la coalition et qui ne pactisaient pas forcément et tacitement avec l’envahisseur irakien. Mais il y avait aussi les autres, comme Israël qui était sur le pied de guerre tout en se tenant à l’écart du conflit. Inversement, les partisans de l’Irak ne manquaient pas non plus, surtout parmi les populations arabes et musulmanes. Ne connaissant pas de statistique qui dresserait un tableau comparatif, global, exhaustif et précis du poids des anti-Irakiens d’une part, et des pro-Irakiens (plus les impartiaux) d’autre part, je me dis qu’on pourrait en rester – sans grand risque d’erreur – aux estimations déjà avancées. Dès lors, un calcul simple montre que les croisés du général Schwarzkopf, agissant sous la bannière de l’opinion publique et de la communauté internationale, ne bénéficiaient en fait du soutien – implicite ou explicite – que de 26 % de la population mondiale. Cela fait, tout de même, environ une voix pour et trois voix contre cette guerre. Il n’empêche, pendant ce temps, de Bonn à Londres et de Paris à Washington, les médias arguaient sans hésitation aucune au nom de ces deux nouveaux gages universels d’authenticité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est donc clair que, d’une part, ces notions sont très flexibles, couvrant, au gré des besoins, telle ou telle collectivité, tels ou tels intérêts. D’autre part, il est tout aussi clair qu’en tant qu’outils privilégiés d’une nouvelle forme de manipulation à grande échelle, l’opinion publique et la communauté internationale sont avant tout des outils du monde occidental. En effet, je peine à les imaginer utilisées par les médias péruviens, zaïrois ou népalais.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ces conditions, il reste à s’interroger sur la pertinence non pas de leur nature – inexistante -, mais des propos ou des actions qu’on leur prête, lorsqu’on voit qu’elles revêtent systématiquement des attributs généralisateurs. Nécessairement généralisateurs ! Car sauf erreur ou omission, je n’ai encore jamais entendu parler de ces trouvailles par rapport au point de vue des Touaregs sur la question des défilés orangistes à travers le quartier catholique de Portadown, en Irlande du Nord. Non, il faut bien admettre que l’opinion publique et la communauté internationale se réfèrent d’une façon ou d’une autre à la planète entière. C’est là qu’elles puisent leur légitimité, aussi arbitraire soit-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant à leur pertinence, elle n’est qu’à l’image de leur nature : illusoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[22 novembre 2003]</p>
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		<title>Prologue (Hello world !)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 Aug 2018 10:58:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
		<category><![CDATA[Fiction]]></category>
		<category><![CDATA[Humour]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’était donc quinze ans avant Internet.</p>
<p>Aussi, ce que pouvait affoler Joe Dassin n’était qu’une éventuelle inexistence de sa belle et pas celle du réseau des réseaux. […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Et si tu n’existais pas</em></p><p><em>Dis-moi pourquoi j’existerais »</em></p><p>et</p><p><em>« Et si tu n’existais pas</em></p><p><em>Je ne serais qu’un point de plus</em></p><p><em>Dans ce monde qui vient et qui va</em></p><p><em>Je me sentirais perdu »</em></p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">C’était donc quinze ans avant Internet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi, ce que pouvait affoler Joe Dassin n’était qu’une éventuelle inexistence de sa belle et pas celle du réseau des réseaux.<br>Tout change : trente ans après la naissance du web, on dit que faute d’un site, c’est simplement comme si l’on n’existait pas.<br>Vient à présent s’ajouter la grosse artillerie des comptes YouTube, Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat.<em>&nbsp;And countin</em>g…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dieu me garde, je n’en ai&nbsp;aucun.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et c’est drôle, puisque je n’ai point la sensation de mon inexistence ces trois dernières décennies<a href="https://cb.webconcept.ch/autre/hello-world/#easy-footnote-bottom-1-88"><sup>1</sup></a>. Bien au contraire.<br>J’ai échappé ainsi au plus effrayant (gas)pillage dont une personne peut être victime durant sa vie : celui du temps.<br>Ce qui put être sauvé, je l’ai cédé en partie pour satisfaire les besoins d’une révélation somme toute assez tardive&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’écriture, source d’une joie sans pareil.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutefois, nul ne saurait noircir une feuille blanche (ou un écran) avant d’avoir vu et revu son bébé cent fois, mille fois…<br>Et voilà comment j’ai pu découvrir la plus riche denrée pour l’intellect, peut-être encore plus substantielle que la lecture.<br>Car elle tire tout son meilleur de son propre moi pour nourrir en retour ce même intérieur-là. Sorte de circuit&nbsp;fermé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et c’est comme ça que l’on devient accro.<br>Vingt ans en arrière, j’ai composé le premier écrit plus ou moins cohérent et – je crois – digne de ce nom et que je redécouvre.<br>Dix ans après, au seuil de la publication d’un recueil d’essais, j’ai mis fin à une longue péripétie avec un éditeur français.<br>Enfin, l’année passée, plusieurs revues littéraires n’ont pas tenu à publier une collection de nouvelles et de courtes histoires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’édition, c’est dur lorsqu’on ne lit&nbsp;plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus dur encore est néanmoins de rester l’otage de son propre univers d’idées, comme aussi de joies, craintes et incertitudes.<br>Ces derniers temps et de plus en plus souvent, à ce point-là elles sont nombreuses, que l’on finit par plier sous leur charge.<br>Autant alors joindre l’utile à l’agréable et m’affranchir du statut de pixel déploré par Dassin en les offrant au monde entier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puisque c’est ainsi… “Hello World !”, n’est-ce pas&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">LECORBEAU.BLANC<a href="https://cb.webconcept.ch/autre/hello-world/#easy-footnote-bottom-2-88"><sup>2</sup></a></p>
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