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	<title>leCorbeau.Blanc</title>
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		<title>Eschato</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 Apr 2026 06:51:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Récemment, un ami m’a envoyé un article intéressant. En substance, son auteur avait posé à l’agent conversationnel d’intelligence artificielle ChatGPT de la société OpenAI la question suivante […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Récemment, un ami m’a envoyé un article intéressant. En substance, son auteur avait posé à l’agent conversationnel d’intelligence artificielle ChatGPT de la société OpenAI la question suivante: “<em>si tu étais le diable, comment t’y prendrais tu pour contrôler sans violence les hommes ?”</em> Sincèrement, je ne saurais dire s’il serait utile ou non de lire cet article avant de poursuivre mon texte. Probablement oui pour certains et clairement non pour d’autres. Alors je continuerai tel quel, partant du principe qu’autant les uns que les autres connaissent le sujet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’habitude a été prise de comparer l’émergence de l’intelligence artificielle (IA) à la maîtrise du feu et à celle de l’électricité et, tous comptes faits et bien pesé, cela devrait être assez juste. Si la première a dû prendre des siècles, la deuxième des décennies, alors que la troisième s’est installé en quelques mois à peine, ce n’est pourtant ni le thème ni le but de cet écrit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En soi, l’article en question n’est pas un oasis de fraîcheur dans un désert de cacophonies. Ce n’est pas un fier et brillant rocher solitaire qui émerge d’un océan d’adversité. Fondamentalement et pratiquement il n’apporte aucun élément nouveau ou inconnu. Pour ainsi dire on n’y découvre rien. De tels signaux ont été lancés sous différentes formes depuis trop longtemps – et ils sont nombreux. Sa seule particularité intéressante est que pour la première fois probablement, il ne présente pas le fruit de la réflexion individuelle d’un quelconque cerveau – disons – éclairé, ou visionnaire. Non. En se basant sur le fondement même de l’IA, il fournit une réponse algorithmique – on ne sait pas trop selon quels paramètres ou critères – suite à la consultation, l’analyse et la statistique en quelques nanosecondes de milliards d’articles forcément différents. Bluffant déjà par cette vitesse de réaction, le résultat l’est encore plus par la force persuasive sans appel de cette méthode: en effet, dans ces conditions, comment pouvoir opposer une vision différente ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’ai donc posé mot-à-mot la même question et voici la réponse.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>“Si j’étais le diable et que je voulais contrôler les hommes sans violence, je me concentrerais sur la manipulation subtile des désirs et des faiblesses humaines. Voici quelques stratégies.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>1. Séduction de la connaissance. Promouvoir des idées qui semblent séduisantes mais qui détournent l’attention des valeurs essentielles. Cela pourrait inclure des philosophies ou des théories qui encouragent l’égoïsme ou la désillusion.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>2. Création de dépendances. Introduire des plaisirs ou des divertissements qui deviennent essentiels à la vie quotidienne, comme des technologies addictives ou des réseaux sociaux qui renforcent l’isolement et la comparaison.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>3. Semée de la discorde. Exploiter les peurs et les divisions au sein des communautés pour créer des conflits internes, encourageant la méfiance et la paranoïa.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>4. Habitude de la désinformation. Diffuser des informations trompeuses pour semer la confusion et le doute, rendant les gens incapables de distinguer le vrai du faux.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>5. Promotion de l’indifférence. Encourager les gens à se concentrer sur leurs propres préoccupations au détriment des autres, créant une société où l’empathie est affaiblie.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>6. Valorisation des plaisirs immédiats. Inciter à privilégier la gratification instantanée sur les objectifs à long terme, poussant les individus à négliger leurs véritables aspirations.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ces méthodes reposeraient sur des émotions humaines fondamentales comme la peur, le désir et l’avidité, tout en évitant la violence directe.”</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais bon, qu’est-ce qu’à la fin cette IA sinon des milliards d’opinions de gens amalgamées, analysées et structurées à la vitesse de la lumière par des algorithmes de plus en plus ahurissants qui donnent des réponses entre deux clignements d’œils?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant, regardant autour, est-ce qu’une seule de ces stratégies paraitrait-elle inadéquate, déplacée, non pertinente ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">[12 décembre 2021-23 janvier 2022, 21 mars 2026]</p>
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		<title>Catastrophe cycliste</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Jul 2025 18:26:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce matin j’ai découvert à la page des faits divers de mon quotidien détesté un article qui m’a rempli d’effroi. Je le reproduis ici […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><br>Ce matin j’ai découvert à la page des faits divers de mon quotidien détesté un article qui m’a rempli d’effroi. Je le reproduis ici.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>“Lausanne, 30 octobre 2024</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Hier vers midi, à l’intersection entre les avenues de la Gare et Juste-Olivier, s’est produit un terrible accident qui s’est soldé avec cinq morts ! Le temps était beau après la pluie qui venait de cesser.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="694" height="1024" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2025/07/catastrophe-cycliste-694x1024.png" alt class="wp-image-31988" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2025/07/catastrophe-cycliste-694x1024.png 694w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2025/07/catastrophe-cycliste-203x300.png 203w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2025/07/catastrophe-cycliste-768x1133.png 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2025/07/catastrophe-cycliste-1041x1536.png 1041w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2025/07/catastrophe-cycliste.png 1368w" sizes="(max-width: 694px) 100vw, 694px"></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Au moyen des caméras de surveillance du trafic, la police a pu reconstituer le déroulement des faits.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un cycliste (n<sup>o</sup> 1, en bleu sur l’infographie) dévalant l’Avenue Georgette en direction du giratoire de Montchoisi, a heurté de plein fouet un autre cycliste (n<sup>o</sup> 2, en vert) qui remontait l’Avenue de la Gare et venait de tourner sur l’Avenue Juste-Olivier dans la même direction que le précédent. Au même instant, une personne en chaise roulante (en rouge) s’était engagé sur le passage pour piétons de l’Avenue Juste-Olivier pour atteindre le trottoir de la synagogue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au moment du sinistre, la situation des avertisseurs lumineux était la suivante: les feux pour piétons étaient au vert sur l’avenue Juste-Olivier, tout comme sur l’Avenue de la Gare, avec clignotant orange pour les véhicules tournant à droite. Pour le surplus et par chance, aucune voiture ne roulait en ce moment précis vers la rue Belle-Fontaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le film montre que le cycliste n<sup>o</sup> 1 n’a pas respecté l’arrêt (au rouge) de l’avenue Georgette spécifiquement dédié aux deux roues et ensuite qu’il a traversé le carrefour en louvoyant à une vitesse de 52 km/h, pour – juste avant l’événement – lever la main droite en regardant son smartphone. Le cycliste n<sup>o</sup> 2 conduisait dans son vélo-cargo ses deux jumeaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Exactement 0.273 secondes avant l’impact n° 1, à une distance d’environ 3.48 m du cycliste n° 2, le cycliste n° 1 a aperçu avec sa vision périphérique le vélo-cargo du cycliste n° 2 devant lui. À cette seconde-là, sa vitesse étant de 53.6 km/h, il a aussitôt lâché son smartphone et actionné instantanément les freins avant et arrière. Comme le revêtement était encore glissant, par ce freinage violent il a perdu l’équilibre tout en culbutant dans l’air, ce qui l’a projeté le dos contre le réverbère installé à cet endroit-là, alors que son vélo heurta le cycliste n° 2 aussi dans le dos.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À partir de là, le ralenti du film montre clairement que le cycliste n° 1 s’est écrasé contre le sol, au bas du réverbère. Le cycliste n° 2 tomba lourdement à côté, avec son vélo-cargo, le cou contre la bordure du trottoir. Les deux enfants jaillirent de leurs places et vinrent buter, l’un après l’autre, contre la personne paraplégique, qui avait déjà parcouru presque la moitié du passage pour piétons. Le choc des enfants la jeta sur la chaussée, où 0.836 secondes plus tard la chaise lui tomba dessus.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’’événement, d’une extrême violence, se déroula pendant 3.81 secondes. L’issue de la catastrophe fut épouvantable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cycliste n<sup>o</sup> 1, Fabien G., 22 ans, de Cugy, auteur de l’enchaînement d’événements, est mort sur les lieux, suite à la fracture de la colonne vertébrale, sans qu’une contravention ne lui soit dressée pour non-respect aggravé de la signalisation routière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cycliste n<sup>o</sup> 2, Yves-Alain M., 39 ans, de Saint-Sulpice, est mort sur le coup par l’éclatement de la carotide interne gauche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Brian, 3 ans, de Saint-Sulpice, est mort d’hémorragie cérébrale à l’hôpital.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Igor, 3 ans, de Saint-Sulpice, est mort dans l’ambulance suite à la perforation des poumons par une manche de la chaise roulante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sylvie T., 53 ans, de Lausanne, paraplégique, est morte d’un arrêt cardiaque après réanimation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cinq vies fauchées d’un coup en une infime fraction de temps. Le bilan terrible de ce drame est là pour rappeler encore et toujours l’importance de respecter les règles les plus élémentaire de circulation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Philippe Testaz, avec les agences)”</p>



<p class="wp-block-paragraph">[30 octobre 2024]</p>
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		<title>L’ŒIL et le SABRE (15/15)</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-15-15/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Apr 2025 17:08:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’engin ralentit, remonte, s’arrête, on sort, on court, on s’engouffre dans le Boeing CH-47 Chinook1 par dessous les pales qui tournent déjà. […]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><strong><strong><strong><strong><strong><strong><strong><br><strong><br><strong>«STOOOP!!!»</strong></strong></strong></strong></strong></strong></strong></strong></strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au siège du SABRE, notamment dans le C3, le protocole de combat d’une opération sous code MODIS est construit de telle sorte que les vingt dernières minutes du compte à rebours sont marquées par des signaux acoustiques et visuels continus, ce qui surprend tous ceux présents sous la coupole, nul ne se rappelant de cette mesure jamais appliquée, car jamais ce seuil atteint. Il est 14h47’48”. Les sirènes se mettent à gueuler, les projecteurs à flasher. C’est l’allumette qui fait exploser le chaos, tout le monde essaie de se sauver (aveuglement, bien sûr, puisque s’abriter lors d’une attaque nucléaire générale c’est… disons…), on hurle, on crie, on court dans tous les sens, on renverse les meubles, on arrache qui un portable, qui un sac, qui une photo.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au milieu de ce paysage eschatologique, le regard d’un jeune programmateur effleure involontairement le tableau d’affichage des pertes, où le score a changé. Cible: ¹. Unité: 2. Dans la folie ambiante, le jeune homme ne réalise ni ce qu’il voit, ni ce que cette information pourrait signifier, et continue sur sa lancée de boulet vers l’issue de service. Ce n’est qu’une fois arrivé à la sortie que ses synapses font le contact permettant de lui arracher le cri de guerre «STOOOP!!! STOOOP!!!» et que ses bras se plantent d’un côté et de l’autre du cadre de porte pour ne pas se faire écraser par la meute derrière lui. Malheureusement, ce geste inspiré ne lui épargne pourtant pas la masse d’une dizaine de collègues lui rentrant dessus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le remue-ménage ne s’arrête pas pour autant, le délire se poursuit, l’homme répète machinalement ses appels, une fois, cinq fois, puis le vacarme commence à se raréfier, puis baisse d’intensité, puis des voix éparses jaillissent ci et là, «Regardez! Regardez!» «Le score! L’écran!» «Quoi?» «Regarde!» «Où ça?» pour finir dans un mélange général de consternation, d’incertitude et d’inquiétude. Le chrono montre -00j00h16’36”. En effet, sur l’écran géant clignotent les indications cible ¹, unité 2. Comme à son habitude dans de tels moments, W s’écroule dans sa chaise à moitié inconscient, mais il atterrit dans les bras du Directeur du renseignement qui s’y trouve déjà.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le mucus: cauchemar de l’humanité</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bref regard au chrono: -00j00h16’02”. Quoi!? Avec le récent détournement de concentration et le bref relâchement qui lui a suivi, l’imminence et l’inéluctabilité du second volet du plan B lui sont totalement échappées. Bref regard vers sa déesse: toujours aussi belle. Côtoyer le midget ne lui a enlevé ni pureté ni splendeur. Surtout, elle semble dans un état convenable. Bref regard enfin vers le midget même. L’ŒIL, le héros du jour, le roi du monde, l’aspirant-vainqueur de Wegener, lève péniblement un regard boueux, transi d’horreur. Apparence glauque, tout en lui implore. Comme il est là, pas plus grand qu’une grosse poupée, barbotant dans sa bave laiteuse, il crèverait le cœur du plus endurci mercenaire, sauf que l’acteur évolue dans une toute autre ligue psychologique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Chérie!» Elle tressaute. Il lui fait un signe intrigué vers le fond de la boîte, loin derrière elle. Instinctivement la fille pivote pour suivre la direction du geste. Lui n’a qu’à baisser légèrement l’index. ‘Fffsssst’: un faisceau de plasma à 2000°C transforme le cauchemar de l’humanité en mucus. Le bruit du jet la fait se retourner et, à la vue du résultat, elle… enfin… comme à son habitude… Mais lui avait anticipé et la saisit avant qu’elle ne s’affaisse. «Moonna! Chérie! Bébé! Moonna!» Il la secoue délicatement, l’embrasse. Elle ouvre les yeux. «Bébé, nous devons immédiatement nous extraire d’ici, tu comprends? Maintenant!» Ses yeux l’interrogent. «Je t’expliquerai après.<span id="easy-footnote-1-31939" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-15-15/#easy-footnote-bottom-1-31939" title=" Le 2e volet du plan B prévoit de capter le rayonnement solaire par la Station spatiale Dragon Rouge, de le condenser et de l’envoyer vers la cible choisie sous la forme d’un faisceau laser de 8 Tw-h. L’ordre une fois donné, impossible de l’annuler."><sup>1</sup></a></span> Viens. Dépêche. Il faut qu’on se sauve de suite.» La fille se redresse, la tenue un peu gauche. ∞8 prend sa main et, tout en évitant de patiner sur les mille charognes de Kling Klong, les deux se précipitent vers l’un des côtés de la boîte, repéré lorsqu’il était revenu à lui-même. Stop trois mètres avant la paroi. Un court moment de concentration et juste devant eux c’est comme si l’obstacle se mettait à valser, à se tordre. Quelques instants encore et plusieurs plaques se détachent, découvrant une toile d’araignée métallique comme celle qu’ils avaient déjà connu quelques heures avant. La voie est libre pour l’ascension de la dernière chance. -00j00h15’31”. Il faut faire très, très vite, mais alors ra-pi-dos.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur la montre de l’acteur, tout aussi bien que sur l’immense écran de la coupole, le score indique irrévocablement cible 0 (zéro), unité 2 (deux). Il est 14h51’59” UTC en ce 24 mars 1999. Cela se passe à Bruges, au siège du Service, seulement qu’un visiteur non averti pourrait également se croire sur les Champs-Élysée de Paris au soir du 8 mai 1944, jour de la capitulation du IIIe Reich, tout comme dans les gradins du stade international de Yokohama le 30 juin 2002, au moment de la 5e victoire du Brésil dans une Coupe du monde de football. 15h02’31”: les identités complètes et les portraits des deux rescapés apparaissent sur un autre écran. L’on comprend l’atmosphère sous la coupole et l’on a vu que c’est bien en ce genre de moments que les extrêmes – rire et pleurer – se rejoignent.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La fin de l’holocène est dans un peu moins de 4 minutes</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus de dix minutes d’escalade pénible à travers les intestins métalliques de la station, désormais déserte à part les cadavres. Enfin l’azur du ciel! Mieux: une impulsion du nanoprocesseur signale que la communication avec le Service est rétablie. Pas le temps: le chrono dit -00j00h03’58”. «ON.» Sans un apport extérieur, il faut environ quatre minutes aux moteurs-fusées fessiers pour atteindre leur puissance maximale et permettre un décollage réussi, surtout avec du surpoids. Trop long. En hypercode, ∞8 demande le maximum au Service. O se tourne vers W. Béni soit le dernier moment où il a pu obtenir l’autorisation de l’ex futur Premier ministre, paix à son âme! C’est un oui immédiat. Instantanément, chacun appuie son bouton pour synchroniser – toujours en hypercode – l’inverseur de protons pendant 6 ms, permettant ainsi de produire l’antimatière et, partant, de diminuer d’un tiers le temps exigé par la précombustion. En dessous, le va-et-vient des flots remue le corps de Ross, encore fixé entre les câbles d’acier, hélas! parti des suites de sa blessure. -00j00h01’43”. Allumage. Position. Les yeux fermés, le cœur en fanfare à lui faire exploser sa poitrine harmonieuse, Moonna est solidement emmaillotée avec des sangles en polypropylène au dos de l’acteur volant. Les deux font on boulet unique. …5, 4, 3, 2, 1: vers l’infini et au-delàààà, comme si bien disait le populaire héros d’un film animé!</p>


<span id="easy-footnote-2-31939" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-15-15/#easy-footnote-bottom-2-31939" title=" <i>Buzz Lightyear</i> (en français Buzz l’Éclair) dans ‘Toy Story’ (Pixar, 1995) du réalisateur américain John Lasseter."><sup>2</sup></a></span>



<p class="wp-block-paragraph">-00j00h00’04”: un colossal jet de lumière irréelle déchire le ciel, s’abattant sur la station, au moment où l’altimètre indique 1273 m et la montre 15h07’53”. La station fut.</p>



<p class="wp-block-paragraph">-00j00h00’02”: très loin dans l’espace, les deux stations furent également.</p>



<p class="wp-block-paragraph">-00j00h00’00”: enfin, le compte à rebours infernal fut aussi.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Bienvenue au SABRE!</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Struisbaai est un petit village de marins à la pointe de l’Afrique du Sud. Il n’y a pas de vraie plage, encore moins de vocation balnéaire, et on ne vient pas ici pour des vacances, passer le week-end ou prendre sa retraite. La vie est dure, la pêche est rare, les hommes sont gringes, les femmes davantage, les alcools sont forts et il n’y a que deux ou trois pubs. Les moyens de communication sont limités: peu de voitures, bien moins de taxis, quelques courses de bus en semaine. Quant au réseau de téléphonie mobile, il est souvent défaillant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant ce bled offre une des plus fantastiques visions sur la mer qui soit. La mystérieuse Afrique noire toute entière est derrière, la blanche et pure Antarctique juste devant, à peine un jet de missile balistique sol-sol. Entre les deux, sur 7 km de profondeur bleue, l’Océan Austral. C’est le lieu parfait pour juste un peu de repos après un effort d’une intensité telle que celle vécue ces derniers jours. Jacques et Moonna louent une jolie petite maison toute simple, pieds dans l’eau. À longueur de journée, assis l’un à côté de l’autre, chacun dans sa chaise-longue, ils adorent compter et approximer les glaciers qui flottent à l’horizon.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce sont là des moments profonds de paix et d’intimité dont l’élégance dicte à ne pas lever le voile sur le contenu. Les corps et les esprits s’offrent à la douceur du soleil couchant. La vue est grandiose. La main bronzée de l’espion joue avec les doigts délicats de sa déesse. Les yeux entre-ouverts et encore perdue dans les souvenirs de ses récentes aventures, elle sent quelque chose glisser sur son annulaire. Elle se redresse, intriguée, pour regarder sa main: une chevalière gravée, toute fine! Jacques lui prend ses doigts, dépose un baiser et sourit: «Maintenant c’est un doigt en or. Bienvenue au SABRE!»</p>



<p class="wp-block-paragraph">À côté, sur une petite table en rotin, posé entre la boîte de Lonsdales<span id="easy-footnote-3-31939" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-15-15/#easy-footnote-bottom-3-31939" title=" Nom donné à un format de cigare d’après le 5e conte de Lonsdale."><sup>3</sup></a></span> et les verres de Campari-orange et de Mojito, le téléphone n’arrête de vibrer. C’est W. Mais on avait bien dit que le réseau est approximatif.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est +02j11h23’06”.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>* * *</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Annonce d’avertissement officiel, exhaustif et authentique de revendication, rejet, désistement et dénégation relatif au texte ‹ L’ŒIL et le SABRE (ou On ne vit que de foi) ›</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le précédent texte, conçu et destiné uniquement à des fins de divertissement, constitue entièrement une fiction issue de l’imagination de son auteur, dont soit le nom en son entier figure sur la couverture d’un ouvrage, soit un pseudonyme traçable pouvant identifier le nom entier de l’auteur réel figure dans tout autre matériel publié par tout moyen à disposition au moment respectif. Il exprime exclusivement les opinions et les idées de l’auteur en question . De par ce fait, le texte n’entretient pas nécessairement un quelconque rapport avec la position officielle, les desseins ou l’activité de tout organisme – révolu, existant ou envisagé – pouvant s’y reconnaître ou revendiquer. La présente déclaration s’applique également et intégralement à toute personne décédée, vivante ou en gestation, ainsi qu’à ses héritiers. Les opinions et les idées exprimées dans ce texte par son auteur ne visent d’aucune manière – notamment dans un prétendu but de heurter, de nuire ou de provoquer un quelconque dommage ou préjudice – toute religion, ethnie, organisation, société, individu ou symbole. En aucun cas l’auteur ne s’engage ni ne donne une quelconque garantie quant à l’exhaustivité, l’exactitude, la fiabilité et la convenance de toute opinion ou idée exprimée dans ce texte. Toute confiance que la lectrice ou le lecteur pourrait être tenté(e) de placer dans ce texte le serait à ses propres risques et périls. En aucun cas l’auteur ne saurait être tenu pour responsable de toute perte ou dommage, matériel(le), intellectuel(le), affective ou spirituel(le), y compris et sans aucune limitation, survenu(e) comme conséquence de la lecture ou de l’audition du présent texte, ainsi que de toute œuvre ou activité de toute nature qui en serait dérivée ou inspirée.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>En revanche, toute similitude ouvertement déclarée, suggérée, sous-entendue, soupçonnée ou imaginée avec un (ou plusieurs) personnage(s) (plus ou moins) célèbre(s) d’une quelconque série de romans (d’espionnage), œuvre de n’importe quel(le) auteur(e) décédé(e) ou vivant(e), réalisée à tout moment dans l’histoire de la littérature écrite ou orale, ou de la production théâtrale et cinématographique universelles, aussi bien que toute possible ou prétendue analogie avec des faits, objets, idées, institutions, citations, noms, descriptions, opinions, localités et autres divers aspects de toute nature dont il en est question, mais encore toute éventuelle ressemblance avec une (ou plusieurs) création(s) littéraires, théâtrales ou cinématographique(s) ayant comme base, s’inspirant (de près ou de loin) ou attestant un quelconque rapport, direct ou indirect, volontaire ou involontaire, avec dite œuvre littéraire, ainsi que, enfin, toute éventuelle allusion apparente au titre donné à l’une ou l’autre de ces œuvres ou de ces créations, est absolument, purement et simplement tout sauf fortuite.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Subsidiairement, il est affirmé ici par l’auteur du texte portant le titre ‹ L’ŒIL et le SABRE › suivi par le sous-titre ‹ On ne vit que de foi ›, qu’en réalité ce récit reçut initialement, au moment de l’achèvement de la création par l’auteur sus-mentionné – à savoir le 17 février 2016 – le sous-titre ‹ On ne meurt qu’une fois ›, conformément au fichier informatique ‹ 11 On ne meurt qu’une fois A4.indd › qui est conservé dans les archives dudit auteur; que dit sous-titre originel avait été choisi pour son possible rapprochement avec le titre d’une création artistique de renom traitant d’un thème dont la nature appartient à la même famille, aussi qu’en référence, reconnaissance et hommage à dite création artistique; que suite au décès – survenu le 23 mai 2017 – d’une personne ayant ouvertement entretenu, de près et de loin, divers rapports à l’intérieur de l’univers de dite création artistique de renom; que notamment suite à la publication en langue anglaise – intervenue le 7 septembre 2017 – d’un livre portant le titre originel en langue française ‹ À bientôt… ›, dont l’auteur unique est la personne décédée référée ci-dessus; que particulièrement comme conséquence de la publication en langue française – qui est s’est produite le 9 novembre 2017 – de la traduction dudit livre dont le titre devînt ‹ On ne meurt qu’une fois ›; que même si l’adoption par dite traduction française d’un titre différent de l’original en langue anglaise n’est pas en rapport avec une quelconque production artistique intrinsèquement liée à la personne décédée; que pour venir à l’encontre de tout éventuel litige de nature créative ou autre et par gain de paix avec la succession de dite personne dans un tel possible conflit futur, cela sans obligation aucune étant donné que l’antériorité substantielle de son choix initial est une réalité vérifiable; – l’auteur du présent texte a pris par anticipation, en totale liberté et sans subir aucune contrainte ou pression, l’initiative volontaire et personnelle ci-exposée et a décidé de supprimer le sous-titre originel ‹ On ne meurt qu’une fois › de son texte, en le remplaçant par le sous-titre ‹ On ne vit que de foi ›, tout en relevant que dite décision pour ce choix de substitution constitue un signe de révérence envers la personne décédée, et qu’en même temps la référence, la reconnaissance et l’hommage par rapport à dite création artistique de renom sont maintenues.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">[17 octobre 2017]</p>
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		<title>L’ŒIL et le SABRE (14/15)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 26 Mar 2025 12:38:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>-00j11h08’26”. Sous les eaux l’ambiance reste tendue. Quelqu’un essaie un gag. On le regarde de travers. Il se tait et se serre […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><strong><strong><strong><strong><strong><strong><strong><br><strong>Blonde, Jacques Blonde</strong></strong></strong></strong></strong></strong></strong></strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Et tout à coup: «Ah, ah, ah… monsieur… monsieur comment déjà, là…?» «Blonde, mon nom est Blonde, Jacques Blonde. Et toi, au fait t’es…?» «Ah, ah, ah.. c’est ça, monsieur n’importe quoi, là…» reprend la voix languissante et lascive, qui s’ajoute à la musique «mais qu’est-ce que vous croyez? franchement, vous croyez que vous débarquez avec vos petites babioles au milieu d’une colonie de pignoufs, que vous nous faites paf-paf et que vous nous écrasez comme des mouches?» (Soit le blob<span id="easy-footnote-4-31928" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-14-15/#easy-footnote-bottom-4-31928" title=" Volume de forme imprécise rappelant celle d’une goutte de matière visqueuse."><sup>4</sup></a></span> ne sait pas que depuis plusieurs heures déjà il a irrémédiablement perdu la partie, ce qui serait à vrai dire assez étonnant, soit il feint ne pas s’en soucier, ce qui serait parfaitement comique). «Ici vous êtes chez nous, monsieur truc-là, vous êtes chez moi, vous êtes – disons – mon invité, ah, ah, ah, ici c’est ma patrie! (“Il doit être barjo grave, il ne sait pas qu’il est resté absolument seul?! “) Et maintenant j’ai hâte de vous confier aux soins de monsieur Klong, Kling Klong, mon envoyé spécial pour les situations spéciales. (“Oups!”) Monsieur Klong, à vous.» C’est aux harmonies de <em>Læta Dies</em> qu’une apparition sans fin et sans nom apporte le brouillard. (“Quelle horreur! Ça aussi c’était donc vrai: le sinistre lieutenant de l’ŒIL, que W soupçonnait, est en réalité une espèce de chose innommable… En plus, indécelable par le système…”) Un nombre infini de créatures, sorte de petits singes volants blancs avec de petites dents blanches, qu’on dirait clonés et reliés entre eux par leurs queues, remplissent l’espace tel un nuage de sauterelles. «Ah, ah, ah… monsieur Klong, je vous présente… enfin». Et tandis que le nuage, alerte, se fraye un chemin à travers le gel qui commence à se dissiper, on entend l’acteur «Hei, Micki Mousse, ton baratin patriotique me rappelle une bonne, veux-tu l’entendre?» «J’adore toouuujours les bonnes histoires.» «Écoute. Par un beau jour d’été, deux ascarides – mère et fils – tombent d’un cul au milieu d’un pré.» «Ah, ah, ah… magnifique.» «Complètement aveuglés, ils se frottent les yeux. Le petit, émerveillé, plus sensible à toutes ces nouvelles splendeurs, s’écrie de sa petite voix aiguë: ‘Maman, maman, qu’est ce que c’est que cette chose énorme, ronde et jaune là-haut?’ D’une voix grave, la mère lui répond lentement, doucement: ‘Là, mon petit, c’est le soleil, il donne de la lumière et de la chaleur’. ‘Mais maman, qu’est ce que c’est que toutes ces choses vertes qui nous entourent et sentent si bon?’ ‘Ça, mon chéri, c’est l’herbe et les fleurs, elles poussent partout et font que les champs sont si beaux’. ‘Eh maman, c’est quoi ces choses là-dessus qui tournent en rond et chantent?’ ‘Ah, mon amour, ce sont les oiseaux. Ils volent et gazouillent, c’est à dire qu’ils parlent entre eux dans leur langue, comme nous dans la nôtre.’ ‘Alors maman, tout ceci est si beau!… Le soleil, l’herbe, les oiseaux… Toutes ces merveilles sont tellement belles que je me demande pourquoi nous avons dû passer si longtemps serrés dans ce cul-là, noir et puant?’ ‘Eh bien, mon fils adoré, parce que – vois-tu – là, là c’est notre patrie!’.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Ah, ah, ah… elle est bonne, ah ce qu’elle est bonne celle-là!… bravo, bravissimo, ah, ah, ah…». D’ouvertement allègre, la voix métal de l’ectoplasme devient plus hésitante, plus faible. «D’ailleurs cela me rappelle ma sainte mère… C’était une sainte… Je lui dois tout… Mes soucis, mes succès… Encore aujourd’hui nous en avons parlé… Je garde toujours…» Il semble gagné par le chagrin. «…je garde toujours ces vidéos d’elle et nous discutons beaucoup, elle est irremplaçable… ma mère…» Il se rattrape. «Enfin… elle est excellente, cette blague, d’autant plus qu’elle est tout à fait appropriée à votre situation, imbécile, puisque le moment est venu où vous allez nous quitter pour gagner votre future patrie, enfin… votre terre d’accueil… bref, l’obscurité éternelle… ou la puanteur éternelle, c’est selon, mais… les dames d’abord, n’est-ce pas monsieur Klong?» Couinant sur quatre octaves, les mille têtes de monsieur Klong acquiescent. «J’étais sûr. Commençons donc par libérer délicatement la gentille demoiselle du fardeau qu’elle porte entre ses gracieuses épaules». Moonna s’évanouit. «Oh, la pauvre, monsieur Klong, soyez gentil, réveillez la dame.» Les mille voix siphonnent joyeusement. «Mais attendez, avant de la délester, j’ai un mot à dire.» Se tournant vers ∞8: «Vous savez quel est le sens ultime de ma démarche? Disons, mon credo?… Non, vous ne le savez pas. Coincé comme vous l’êtes dans votre monde exigu, embrouillé, dénaturé et sans lendemain, enfin, vous ne pouvez pas le savoir… Le sens ultime n’est pas le gain. Le sens ultime n’est pas le pouvoir. Le sens ultime est le jeu. Le pouvoir je l’ai déjà et il m’ennuie. Je n’ai pas… je n’ai plus à qui me confronter. Je n’ai plus d’adversaire. Dans le jeu non plus, je n’ai plus de concurrent. Alors le sens ultime de ma démarche raffinée est le jeu absolu, c’est-à-dire avec moi-même. Je me suis le seul challenger valable qui me reste… Snif! Oui, je sais, c’est un peu triste ça, que voulez-vous? C’est le sort des grandes destinées et je dois dire que j’en suis assez fier. Si, un peu triste également mais assez fier quand même. Maintenant, monsieur Klong, réveillez la petite dame et procédez s’il vous plaît au délestage.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Attends! Attends! Monsieur Mousse! Monsieur…» «Ouii…» Le souvenir de l’opprobre universel qui aurait tant convenu à l’acteur est loin derrière lui. «Je ne vous cache pas que tout au long de mes riches états de service, je n’ai encore jamais eu le privilège d’affronter une organisation aussi bien structurée que la vôtre.» «Mmm… mmm…» Les macarons s’évaporent dans la bouche de l’immense blob albinos à un rythme de métronome uniquement interrompu par des grognement d’authentique volupté, produits soit par les macarons eux-mêmes, soit par les flagorneries qu’il entend. «Je vois que vous avez retrouvé votre éducation.» «Eh, oui… et dans ce sens je serais vivement honoré de connaître – uniquement à titre professionnel, bien sûr – comment avez-vous envisagé techniquement et concrètement de mettre en œuvre votre plan que nous avons eu tant de mal à combattre.» «Ah, ah, ah… elle est bonne celle-là!… mmm… mmm… ah, ah, ah… Je salue la manière exquise dont on vous a préparé à la servilité, néanmoins je suis un peu vexé, monsieur truc, j’ai comme une vague impression que vous me prenez pour un demeuré, mais je ne vous cache pas non plus que vous commencez vraiment à me plaire et je regrette presque de devoir supprimer vos tracas (d’ailleurs j’espère que vous êtes célibataire sans enfants), alors…» «Absolument, le mariage est démodé.» «…alors… exactement… Comme je disais, je me résumerai aux quatre éléments essentiels, dont une partie a échappé à vos éminents scientifiques, enfin, ceux qui vous restent. Cela commence par l’installation d’une première unité de commande à Pittsburgh, en Transylvanie, qui avait comme mi…» «Vous voulez certainement parler de la Pennsylvanie.» «Pennsylvanie, oui, en effet… l’autre c’était le fief de mon collègue… vous savez… ah, ah, ah… enfin, oui, donc sa mission était de…»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ∞8 ne l’écoute déjà plus. Par un effort de concentration sans précédent, sacrifiant toutes les fonctions simultanées du nanoprocesseur, il s’évertue à canaliser et à ranger l’ensemble de ses ressources au service d’une seule action éclair: la création du plus puissant flux ondulatoire métaperceptif dont il aura jamais été capable, surtout que la forme reste désespérément invisible. -00j 00h 24’ 37”. L’air est à nouveau dense. Aux fourneaux, les irréductibles y mettent du leur. Sous la coupole, soixante femmes et hommes sont au bord de l’explosion. Idem à Moscou, Langley et Londres pour des centaines d’autres. Et partout ailleurs sur Terre, l’humanité est composée de plusieurs milliers qui exultent, de plusieurs millions qui se résignent, chacun comme il peut, et de plusieurs milliards qui n’en savent que dal. «…voilà, j’espère avoir pu assouvir votre soif scientifique, quant à moi j’ai grande soif de liquider cette comédie, afin de pouvoir vaquer à d’autres tâches plus excitantes, vous comprenez… Monsieur Klong, s’il vous plaît, exécution!»</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le hologramme n’est qu’une bouse de vache</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les mots sont à nouveau vains face à la vitesse où certaines actions ont lieu, ce qui oblige à passer au ralenti le processus qui suit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La circulation sanguine atteint 0.5 m/s • Le calcul mental atteint 1.75 Pflop/s • L’échange de données avec les irréductibles atteint 4 Pbit/s • Une sphère vitale est formée 1 m autour de Moonna • Le flux ondulatoire directionnel de 0.18 T/s/m est émis • La pression de l’air est ramenée jusqu’à 0.25 ATM • Les mille nez des singes blancs Kling Klong saignent • Les mille gueules des singes blancs Kling Klong s’entre-dévorent<span id="easy-footnote-5-31928" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-14-15/#easy-footnote-bottom-5-31928" title=" Par déformation cognitive."><sup>5</sup></a></span> • Une émission de rayons X de 37 ev<span id="easy-footnote-6-31928" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-14-15/#easy-footnote-bottom-6-31928" title=" Les symboles sont: T = tesla, ATM = atmosphère, ev = électron-volt."><sup>6</sup></a></span> localise l’ŒIL • Les dépouilles des singes blancs implosent<span id="easy-footnote-7-31928" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-14-15/#easy-footnote-bottom-7-31928" title=" Par effet de succion."><sup>7</sup></a></span> • L’hologramme du borgne regagne la boîte à travers le plafond<span id="easy-footnote-8-31928" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-14-15/#easy-footnote-bottom-8-31928" title=" Idem."><sup>8</sup></a></span> • Flasque, l’ectoplasme implose et tombe, se collant au plancher immaculé dans des onomatopées visqueuses, comme un torchon crade. Commencée à 14h47’42”109/1000 UTC, l’action de ∞8 et de ses Ali Baba s’éteint à 14h47’42”783/1000 UTC. Pour être précis, elle se sera donc étalée sur un total de 674 millièmes de seconde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui reste de l’hologramme ressemble en son centre à une énorme et fraîche bouse de vache, épaisse, blanchâtre, visqueuse, avec les éclaboussures éparpillées des mètres à la ronde, de dimensions diverses mais d’égale consistance. Le spectacle est assez répugnant pour utiliser un euphémisme, surtout qu’en son milieu la bouse frémit, puis bouge et, enfin, laisse éclore le vrai maître de ce rite grotesque: un <em>midget</em></p>


<span id="easy-footnote-9-31928" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-14-15/#easy-footnote-bottom-9-31928" title=" Mot anglo-saxon provenant du terme ‘<i>midge</i>’ (mouche des sables) et qui désigne une personne de très petite taille, éventuellement atteinte de nanisme."><sup>9</sup></a></span>



<p class="wp-block-paragraph">! Probablement mâle, mais peu importe. Éprouvé par l’effort, l’acteur se laisse glisser par terre à la hauteur du nain qui émerge péniblement de ce vomi blanc. Moonna l’imite, sinon elle risque encore de défaillir, cette fois pour une toute autre raison, évidente. À peine dressé sur ses jambes instables de bébé, l’ex futur maître du monde retombe dans sa mare gluante, d’où il tente de s’en sortir en couinant pour s’éloigner (s’échapper?!), dépité, démarche incertaine à quatre pattes. À une deuxième réflexion, il s’arrête pourtant, se retourne et s’assied. Visiblement il est à bout.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«En fin de compte, t’es qui, toi?» demande-t-il d’une voix éteinte. «Hé, ducon, tu permets le langage un peu libre, d’accord? Eh bien je suis quelqu’un au service secret de sa majesté le peuple de la Terre. Sache que t’as tout foiré, qu’il y aura bien un demain et qu’il ne finira jamais. Je m’exprime en métaphores, pigé? Par contre toi, tu ne meures qu’une fois, pauvre crétin, et c’est pile maintenant, mais avant ça, au nom et pour le compte de mon maître, le peuple donc, par pure pitié pour ton état de vomi lamentable, je prends sur moi de t’offrir un petit bout de consolation sous la forme de ce morceau émouvant.» La commande mentale part: (“S’il vous plaît, <em>Sequentia</em>.”) Le torrent divin submerge et transcende l’espace: <em>Dies iræ, dies illa, Solvet sæclum in favilla, Teste David cum Sybilla</em>.</p>


<span id="easy-footnote-10-31928" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-14-15/#easy-footnote-bottom-10-31928" title=" Jour de colère que ce jour-là, Où le monde sera réduit en cendres, Selon les oracles de David et de la Sibylle. (lat.) 2<span class=&quot;s1&quot;><sup>e</sup></span> séquence de la 2<span class=&quot;s1&quot;><sup>e</sup></span> partie du Requiem de Mozart."><sup>10</sup></a></span>



<p class="wp-block-paragraph">Le nain crotté ferme lentement son œil murmurant avec un délice éteint: «Merci.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…][…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">«En fin de compte, t’es qui, toi?» demande-t-il d’une voix éteinte. «Hé, ducon, tu permets le langage un peu libre, d’accord? Eh bien je suis quelqu’un au service secret de sa majesté le peuple de la Terre. Sache que t’as tout foiré, qu’il y aura bien un demain et qu’il ne finira jamais. Je m’exprime en métaphores, pigé? Par contre toi, tu ne meures qu’une fois, pauvre crétin, et c’est pile maintenant, mais avant ça, au nom et pour le compte de mon maître, le peuple donc, par pure pitié pour ton état de vomi lamentable, je prends sur moi de t’offrir un petit bout de consolation sous la forme de ce morceau émouvant.» La commande mentale part: (“S’il vous plaît, <em>Sequentia</em>.”) Le torrent divin submerge et transcende l’espace: <em>Dies iræ, dies illa, Solvet sæclum in favilla, Teste David cum Sybilla</em>.</p>


<span id="easy-footnote-11-31928" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-14-15/#easy-footnote-bottom-11-31928" title=" Jour de colère que ce jour-là, Où le monde sera réduit en cendres, Selon les oracles de David et de la Sibylle. (lat.) 2<span class=&quot;s1&quot;><sup>e</sup></span> séquence de la 2<span class=&quot;s1&quot;><sup>e</sup></span> partie du Requiem de Mozart."><sup>11</sup></a></span>



<p class="wp-block-paragraph">Le nain crotté ferme lentement son œil murmurant avec un délice éteint: «Merci.»</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>L’ŒIL et le SABRE (13/15)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Mar 2025 17:12:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le retour n’est pas vraiment différent du voyage aller: somnifère, cagoule, pince-nez, casque antibruit durant la première étape - elle connaît déjà et s’y soumet.[…]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><strong><strong><strong><strong><strong><strong><br><strong>Tout serait vraiment perdu?</strong></strong></strong></strong></strong></strong></strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">W est dans tous ses états. L’immense écran d’affichage a beau montrer cible 4, unité 2+¹ (les indices supérieurs montrant les éléments hors combat, non éliminés), par contre toutes les horloges murales indiquent la même chose: 14h23’07”. Les chronos aussi: -00j00h44’40”. Quand quelqu’un de constamment plat, sec, carré comme W est confronté à une situation limite, dans la plupart des cas pour lui cela ne fait que la rendre encore plus complexe, puisque ce n’est qu’en oubliant les carcans du problème, qui souvent gèlent la raison, ce n’est qu’en s’évadant donc du contexte que l’on a une chance d’avancer. Dans ces moments-là, il faut libérer au maximum l’esprit, faire appel à beaucoup de fantaisie, si ce n’est à la folie créatrice, échafauder les scénarios les plus extravagants, pousser la fiction dans ses derniers retranchements en espérant qu’ainsi vidé de toute contrainte, jaillira enfin la solution miracle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aux côtés de W, le Directeur des services de renseignements n’est pas mieux armé pour la trouver. Au fait, personne de l’équipe de soutien – en comptant T, O et Al – n’est en mesure de comprendre ce qui est exactement arrivé à l’acteur. Pour cette raison, personne n’a une quelconque proposition en remplacement de la deuxième phase du plan B, imminente et par conséquent possiblement fatale pour lui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le panorama sous la coupole n’est qu’à l’image du paysage mental qui meuble l’esprit de tout ce monde, pourtant calé en la matière. Un visiteur se croirait dans une décharge publique et alors que depuis des années fumer est strictement interdit à l’intérieur aussi que près des édifices, à présent la plupart de ces gens chargent une clope après l’autre, s’ils ne s’oublient pas mégot au coin de la bouche. Pareil pour Redbull, café, bouffe et aussi bibine, probablement tapie dans les casiers. Climatisation saturée, fumée, chaleur, déchets, odeurs, désordre, vacarme: une tannerie du XIXe siècle serait un lieu plus sain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ici aussi on semble avoir négligé les progrès réels de ces toutes dernières heures, obtenus grâce notamment à l’excellence des six samouraïs mais en même temps à celle de l’équipe sur place. La réalité est cependant un peu différente. D’une part, elle renseigne dans une large mesure sur l’ambiance délétère qui y règne. D’autre part, elle s’explique par la conjonction impérative des deux volets du plan en cours. En clair, l’absence de certitude absolue que tout élément humain, animal, végétal et minéral n’ayant pas été réduit à néant, autoriserait à n’importe quel moment une action à distance depuis le centre vers les silos nucléaires. C’est donc bien le spectre de cette éventualité qui est source du niveau de tension jamais atteint aussi bien par l’homme du terrain que par l’effectif du Service. Cette terrible appréhension vise évidemment et peut-être en première instance l’ŒIL même. Chance colossale, l’architecture radiale du système mis en place par le monstre ne permet pas aux différents points de son réseau un fonctionnement autonome, c’est à dire qu’une fois le cerveau central liquidé, la catastrophe l’est aussi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans toute histoire, aussi incroyable soit-elle, il existe toujours un point – ou un moment – charnière. Ainsi va la vie et le monde, et ceci vaut aussi pour les agents. Dans cette affaire, il se place dans la caverne d’Ali Baba, où les fidèles font preuve de bien plus de sang-froid, de ressources techniques, psychologiques et de savoir-faire pour parer à de telles situations que les institutions les mieux dotées au monde. En clair, ils ne l’ont jamais perdu de vue pour ainsi dire, ce qui signifie que même situés à une distance de plus de 11000 km, ils sont bien présents dans l’espace de la boîte blanche.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>On ne vit que de foi</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant tout ce temps, ce qui semble tenir d’un hologramme s’accentue, tend à se rapprocher. ∞8 commence à deviner plutôt et d’abord une espèce de silhouette… qui prend lentement du volume… flotte, tourne dans l’air… on distingue à peine… elle parait aussi blanche ou plutôt semi-transparente, comme du petit-lait. Ensuite il voit que cette forme est en position de lotus, sauf que les jambes ne sont pas croisées, mais les deux pieds se fondent l’un dans l’autre. Finalement l’hologramme se fige à quelques mètres de là et dans ce cocon brumeux se distingue une créature clairement pas créée par le Créateur, croisement entre quelque chose qui ressemble à un énorme crapaud albinos et un africain sûrement hermaphrodite, plus albinos encore: peau, tissus, poils, iris, même les pupilles – tout est blanc comme du papier blanchi sans clore. Un micro canari blanc picore affectueusement son crâne. (“C’est donc vrai!”) La forme est en train d’éructer des borborygmes apparemment incohérents, pendant qu’elle mâchonne sans arrêt des macarons – blancs – qu’elle râtelle d’un air absent depuis une espèce d’auge en porcelaine. (“Donc c’est vrai aussi!”) Dans sa main droite il tient comme une espèce d’étrange bâton, qu’on dirait un sceptre en cristal. Un iris blanc tourne dans tous les sens au milieu d’un immense œil basedowien logé au milieu du… front, dirions-nous. En ajoutant la magnificence de ‹L’Homme armé›<span id="easy-footnote-11-31924" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-13-15/#easy-footnote-bottom-11-31924" title=" Messe de Josquin des Prés (1450-1521), compositeur français de la Renaissance."><sup>11</sup></a></span> qui occupe maintenant l’air, l’ensemble est à glacer le sang d’un reptile. Pourtant, ce qui vraiment fige – pour un instant seulement – la circulation sanguine de l’acteur, c’est une tout autre découverte: dans le magma vaporeux qui se dissipe, en réalité se dessine une espèce de… forme humaine… de femme…ça a l’air vaguement familier… (“Mmais… c’est… mais c’est Blanche-Beige!!!”).</p>



<p class="wp-block-paragraph">En effet, mais plutôt genre <em>Catwoman</em>,<span id="easy-footnote-12-31924" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-13-15/#easy-footnote-bottom-12-31924" title=" Personnage de bande dessinée créé en 1940."><sup>12</sup></a></span> avec un peu d’indulgence cependant, puisque le gros mollusque dont elle se tient fièrement aux côtés ne saurait être <em>Batman</em>.<span id="easy-footnote-13-31924" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-13-15/#easy-footnote-bottom-13-31924" title=" Personnage de bande dessinée créé en 1939."><sup>13</sup></a></span> Encore moins Prince-Barbant. Toute de blanc vêtue dans sa combinaison moulée en latex qui réveillerait toujours un eunuque, crinière blanche cette fois, elle affiche la pose martiale d’un chef d’armée. Les deux tomates-cerises bougent à peine pour lâcher dans l’air un petit baiser moqueur qu’elle souffle langoureusement en direction de l’acteur. Qui, lui, reprend vite ses esprits, au moment où le mollusque laiteux semble vouloir s’exprimer mais se ravise aussitôt et, levant mollement l’avant-bras (l’avant-patte?), lance un petit geste vers… semble-t-il personne et nulle part, sauf qu’à l’instant la Blanche-Beige en latex tombe, fauchée par une rafale venue de nulle part! (“Ça encore c’est la meilleure! Dommage, c’est une vrai perte.”) L’avant-patte descend tout aussi mollement et l’énorme grenouille albinos éructe enfin: «Je ne tolère pas les erreurs. Une telle organisation ne saurait être bâtie sur des erreurs. Vraiment désolé pour vous, mais je suis certain que vous comprenez ma démarche. D’ailleurs je crois que notre Lolita Bloom sera beaucoup plus appréciée là-bas, ah, ah, ah, n’est-ce pas?» Une mimique un brin légère de l’acteur, en signe de ‘c’est toi qui sais‘ et, du coup, une pensée se profile. (“Tout n’est peut-être pas si noir!…”) Il sourit à peine. (“…si blanc.”) «Cela vous amuse?! Très bien, car ce qui suivra ne sera plus tout aussi comique, mon cher.» La réponse de ∞8 est toute préparée, mais l’hybride laiteux, d’un petit geste de sa patte, lui fait signe de se taire. Les choses sérieuses semblent commencer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Ce n’est pas donné à n’importe qui de connaître mon apparence» articule-t-il par sa voix lascive de robot émasculé «mais comme la faveur de côtoyer un acteur du SABRE ne m’est pas donnée tous les jours, c’est juste non? Vous et vos confrères vous vous dites ‘acteurs’.» s’esclaffe avec volupté la vapeur blanche. «…» Et il continue de bagouler, cette fois d’un ton réfléchi: «Bien. Je regrette beaucoup à l’idée que vous vous ennuierez ferme là où mon fidèle Façons vous enverra tout à l’heure, et j’espère vivement que vous arriverez à trouver quelques occupations à votre mesure, alors je me dis qu’avant de vous soulager définitivement de tous vos soucis quotidiens, que vous devez supporter à cause de votre profession de foi, et pour embellir vos dernières minutes de vie sur cette terre…» «On ne vit que de foi, vous savez?» Interloqué, le mollusque arrête un instant son discours. Pas vraiment habitué à être interrompu, il est ouvertement contrarié. «Vous disiez?» «On ne vit… non, rien.» «Bien alors. Vous pourriez donc jouir aussi du privilège de me connaître, à l’image de votre illustre et regretté collègue Ω69 et même de ∂4, la femme aux pistolets en or rose… ah, ah, ah… cela dit, vous êtes vraiment mal inspiré mon cher, vous savez bien que la carrière de Blonde, alias ∞8, a tourné court dans la carrière de basalte dont on a extraits les pavés pour mon palais d’été,<span id="easy-footnote-14-31924" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-13-15/#easy-footnote-bottom-14-31924" title=" Même avec les moyens d’information apparemment illimités à disposition, l’ŒIL ne peut savoir qu’en réalité l’événement évoqué avait été le résultat d’une tragique méprise. Par transphysionomie ainsi que par erreur et méconnaissance du risque, deux ans en arrière une recrue en formation avait pris l’apparence du célèbre acteur dans le cadre d’une vaste opération coordonnée (et ratée) visant la tête du réseau. Par la suite, le Service avait profité pour faire accréditer la thèse de la mort de ∞8."><sup>14</sup></a></span> n’est-ce pas? Mais en plus vous êtes délicieusement mal élevé, et dans ce cas permettez-moi d’introduire votre auguste entourage» L’œil basedowien cligne enfin, par pur plaisir. «À votre gauche, je vous présente Dicq, Mobbee Dicq, que l’on ne devrait d’ailleurs plus présenter, ensuite à votre droite, (“D’où est-ce qu’ils sont sortis ceux-là?!…”) pour vous servir, se tient Start, Gringo Start, enfin derrière vous veille l’unique Façons, Mille Façons, parce que, comme je viens de vous l’annoncer (ce qui n’empêche pas qu’il est toujours utile de le répéter) lui ne vous dit jamais au revoir, en revanche il connaît mille façons pour vous dire adieu. Ah, ah, ah… Et pour ne pas m’oublier moi-même, vous pouvez m’appeler tout simplement Mousse, Micki Mousse. Pigé?»</p>



<p class="wp-block-paragraph">La prophétie de McKinley<span id="easy-footnote-15-31924" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-13-15/#easy-footnote-bottom-15-31924" title=" William McKinley Jr. (1843-1901), 25e président des États-Unis et 3e assassiné."><sup>15</sup></a></span> transperce l’acteur: (“Lors de la plus noire défaite, la victoire peut être proche.”) Bingo! «Moi j’ai très bien pigé, mon petit dodu borgnot, mais toi t’es pigé, pardon, piégé!» Pour la parole écrite, il est absolument impossible de reproduire avec un tant soit peu de réalisme des actions qui se succèdent avec une telle rapidité, que ni le regard, ni même le cerveau ne peuvent suivre. Autant raconter ce qu’un projectile découvrirait tout au long de son trajet s’il possédait la vue. En conclusion, ce qui suit se déroule le temps des cinq derniers mots du dialogue, alors que l’hologramme cligne lascivement à nouveau et que les irréductibles Ali Baba gélifient l’atmosphère autour. À l’intérieur de la boule d’oxygène que sa montre créé autour de lui et de Moonna, ∞8 s’accroupit, pivote, le plasma digital fend ses trois sentinelles engluées, fond les autres vigiles apparus autour et lorsqu’il se tourne pour atomiser l’albinos, plus rien. Le vide. Plus de grenouille, plus de petit lait, plus de fumée, plus de couï-couï, plus de macarons. Uniquement les accords exaltants, sublimes, du Kyrie liturgique. Consolation: Moonna retrouve ses esprits,&nbsp; tandis que le compteur de la visière passe au vert: en première, les indicateurs lui sont nettement favorables – cible 1, unité 2.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…][…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’intérieur de la boule d’oxygène que sa montre créé autour de lui et de Moonna, ∞8 s’accroupit, pivote, le plasma digital fend ses trois sentinelles engluées, fond les autres vigiles apparus autour et lorsqu’il se tourne pour atomiser l’albinos, plus rien. Le vide. Plus de grenouille, plus de petit lait, plus de fumée, plus de couï-couï, plus de macarons. Uniquement les accords exaltants, sublimes, du Kyrie liturgique. Consolation: Moonna retrouve ses esprits,&nbsp; tandis que le compteur de la visière passe au vert: en première, les indicateurs lui sont nettement favorables – cible 1, unité 2.</p>
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		<title>L’ŒIL et le SABRE (12/15)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Feb 2025 20:00:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Nul, vraiment nul au monde ne sait où l’acteur se retire, loin, au delà de nulle part, dans un lieu qu’il appelle tendrement son trou, et l’on compte sur les doigts d’une main de menuisier les personnes qui savent que ce lieu existe.[…]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><strong><strong><strong><strong><strong><br><strong>Plan B</strong></strong></strong></strong></strong></strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En réalité augmentée,<span id="easy-footnote-16-31920" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-12-15/#easy-footnote-bottom-16-31920" title=" Technique de superposition en temps réel d’informations ou d’un modèle virtuel à la perception naturelle de la réalité."><sup>16</sup></a></span> l’état affiché dans les visières est plutôt bon. D’une part la cible: effectif initial total 155, dont effectif total en mouvement 154, dont avec armes 25, sans armes 122, extra 7 (les sentinelles); entité stable 1; effectif total hors état de nuire 73, dont effectif total en mouvement 73, dont avec armes 11, sans armes 56, extra 6 (les sentinelles); solde actif total 82, dont en mouvement 81, dont avec armes 14, sans armes 66, extra 1 (les sentinelles); solde stable 1. À présent d’autre part l’unité: effectif initial total 15, dont effectif total en mouvement 15, dont avec armes 6, sans armes 9; effectif total hors état de nuire 4, dont effectif total en mouvement 0, dont avec armes 0, sans armes 4; solde actif total 11, dont en mouvement 11, dont avec armes 6, sans armes 5. Pas mal en effet, néanmoins, c’est le compte à rebours qui fait le plus souci, puisqu’il ne reste que -00j09h06’04” jusqu’à l’échéance, alors que la partie n’est de loin pas finie. Et tandis que les trois éclaireurs rejoignent leur groupe, le compteur n’arrête de tourner. Cible: … solde actif total avec armes 12, sans armes 65… Unité: …solde actif total 9, dont en mouvement 9, dont avec armes 5, sans armes 4. Un Italien est touché au cou, le IT à la nuque. Il devient clair désormais que poursuivre le plan initial n’est malheureusement plus possible. C’est ∞8 qui transmet immédiatement l’information au Service.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le plan B est beaucoup plus sommaire, direct et, en fin de compte, radical, dévastateur. En résumé, il porte sur la paralysie accélérée <em>in situ</em><span id="easy-footnote-17-31920" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-12-15/#easy-footnote-bottom-17-31920" title=" Sur place, en ce lieu même (lat.)"><sup>17</sup></a></span> de tout moyen portatif capable de faire circuler des données, codées ou non. En d’autres termes, plus aucun des trois objectifs d’origine ne peut être atteint. Cela veut encore dire que, <em>ipso facto</em>,<span id="easy-footnote-18-31920" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-12-15/#easy-footnote-bottom-18-31920" title=" Par ce fait-là même, de manière intrinsèque (lat.)"><sup>18</sup></a></span> ces trois objectifs sont tous fondus en un seul: la destruction complète de la station, de ses équipements et du personnel. Épargner les captifs non armés devient dès lors impossible. La mise en œuvre de cette option comporte deux volets successifs et impératifs: l’action sur place (extermination de toute forme de vie) doit être suivie par l’action extérieure, par l’air (anéantissement de toute structure inerte).</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Plan B. Phase 1. Go!». Les neuf passent en mode ‘terminateur’. Pour changer de méthode, ils changent de moyens. Armes classiques rangées, les mini lances-flammes à polyéthylbenzène-nanothermite sont distribuées et chargées. C’est le moment pour mettre à pleine épreuve les réserves de dioxygène-diazote. À un contre huit, la situation rappelle dans les grandes lignes la bataille qui avait eu lieu à Milan pas si longtemps en arrière, ou celle de tout à l’heure, dans le ciel, avec à peu près le même résultat: préparation, équipement d’attaque plus système de protection font la différence. C’est l’hécatombe dans les rangs ennemis. L’affichage dans les visières ressemble à celui des compteurs de machines à sous: actifs 68, 56, 44, 35, 21… Hélas, l’équipe se réduit aussi: le physicien nucléaire, Kamil, le IT, le second nageur (touché par une mouche) et un tireur tombent. Dévastée, prostrée, Moonna n’arrive pas à pleurer. Les trois autres survivants s’accordent un instant de répit, chacun dans son coin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La tension est à son comble à la centrale, particulièrement sous la coupole du SABRE. Bien qu’un tel plan B ait été analysé sous toutes les coutures et qu’il ait obtenu sans aucune remarque les autorisations nécessaires, sa mise en œuvre est une première. L’impact sur l’environnement et les dommages collatéraux n’ont pu être vérifiés, donc à plus forte raison les retombées politiques. Cela sans faire mention du sort qui serait réservé aux rescapés de l’unité sur place…</p>



<p class="wp-block-paragraph">…où l’Holocalypse reprend. 17, 9, 4… On touche au but! Mais le géophysicien doit recharger. Pour ça, il pivote. Une rrrrrrafale le fauche. Aaaahhh! Tout repose à présent sur un trio. Coup d’œil vers le coin où est… Moonna… pas là! Le Mossad? Où est-il? Faut la retrouve… sauver… où est… seul… meille…&nbsp; mmais… pas bouge… jambe lourd… qu’est-ce…gaz?… peut plus… aaahhh…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>…et il tourne, il tourne toujours, le compte à rebours…</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Moins de neuf heures jusqu’à l’échéance, plus exactement -00j08h54’57” car il est bien 06h14’00” UTC. Le soleil monte sur l’océan à travers une flopée de cumulus diaphanes tels de gigantesques flocons de neige, tandis que le désarroi descend sur le Service parmi une foule de spécialistes tendus tels les immenses ressorts d’un ascenseur sous charge. Le reste de ces deux tableaux se ressemble plus ou moins. D’une part un cimetière flottant, d’autre part un ramassis de feuilles de papier, de gobelets de café, de journaux, de bouteilles en PET. D’un côté un enchevêtrement saisissant de poutrelles, passerelles et parois, de l’autre côté un désordre pathétique de consoles, écrans et meubles. À la fin, un constat terrifiant: aucun signal du Mossad, de Moonna et – notamment – de l’acteur. Pourtant rien de plus normal: l’Israélien est DAC, c’est-à dire qu’il est mort écrasé par une colonne d’acier; Moonna et son chéri sont dans le noir. La langue italienne a une très belle expression pour nommer une certaine variété de granite: <em>nero assoluto</em>. Noir absolu. Les deux sont désormais dans le noir le plus absolu que l’homme peut créer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui d’une certaine façon échappe aux services de renseignement, c’est que la station ne flotte pas. Sa structure émergée a bien une base, forcément immergée et même d’avantage, puisque cette fondation est profondément ancrée dans le sol sablonneux. Les deux derniers membres vivants du commando sont enfermés trente mètres en dessous de la surface de l’eau, vingt mètres sous le fonds marin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pas un son ni un atome de lumière, aucune odeur. Comme dans le vide astral, ici les sens sont vains. Par chance, la visière est relevée, il serait donc possible d’apprécier l’espace environnant par l’écho. «Allô! Moonna.» Aucune réponse. «Allô! Moonna. Allô! Moonna» répond l’écho. Difficile d’apprécier. ∞8 refait l’essai. Peut-être une pièce d’une centaine de mètres carrés. Peut-être cinq mètres de haut. Peut-être. Un immense caisson vide, en béton? En métal? Mais à la fin, quelle importance! Reste à ménager une pensée pieuse pour Q car – génie oblige – parmi d’autres performances époustouflantes, son fameux nanoprocesseur peut aussi modifier le cybome de sorte à se mettre de lui-même en circuit fermé avec les divers instruments et dispositifs embarqués. D’abord l’heure. 13h 23’ 08” UTC. Incroyable: cela fait plus de sept heures d’état inconscient! Drogué? Bref… Ensuite explorer. Ah! Inutile. Son corps est bloqué par – semble-t-il – un champ électrostatique qui exclut le moindre geste. Savoir de quoi sont faits le plancher, les parois et le plafond de sa prison s’avère impossible. D’ailleurs l’impression est de planer, d’être suspendu dans l’air. Aucune transmission ne passe, aucun échange ondulatoire avec l’extérieur, le <em>black-out</em> complet. Il se voit 100% inopérant, à peine deux heures avant… la… Reconsidérer est impératif. En vain. Rageant. Tout serait vraiment perdu?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des mythes et de l’imaginaire public, n’importe quel espion reste à jamais un être humain. Même si sa constitution physique et mentale est poussée au superlatif, il garde des vertus et des carences, des atouts et des points faibles, qui sait? des espoirs, des regrets, des doutes. Le fait est que dans de tels instants, le passé revient en fanfare. Comme au seuil du trépas, des flashes étonnants se croisent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Flash: le climat insoutenable avant la saisie de Rodriguez Orejuela.<span id="easy-footnote-19-31920" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-12-15/#easy-footnote-bottom-19-31920" title=" Trafiquant de drogue colombien (1943 -), cofondateur du cartel de Cali."><sup>19</sup></a></span> Flash: le délire de la foule s’approchant de la Pierre noire à la Mecque. Flash: la main de son oncle à la section des vétérans de l’hôpital Carlos van Buren de Valparaiso. Flash: le stress marquant sa première nuit avec Anne-Élise à Göteborg. Flash: les sirènes d’Oslo à l’explosion du dernier bombardier ennemi. Flash: le rire franc du Président français sur les Champs-Élysée. Flash: l’étrange sensation à la remise de son Glock par W (quel type!…) Flash: la cravate à fleurs de son maître de thèse lors de sa soutenance à Porto. Flash: la blague avec les deux blondes séparées par une rivière. Flash: la nervosité au moment de l’assaut final contre le MORPIONEX.<span id="easy-footnote-20-31920" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-12-15/#easy-footnote-bottom-20-31920" title=" Abréviation de MORPION et rEX: le titre donné au chef de l’organisation MORPION."><sup>20</sup></a></span> Flash: le refrain du garçon traversant les dunes de Socotra, au Yémen.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’échec a le goût du sable</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">∞8 est sur le point de s’assoupir quand soudain une lumière l’aveugle. L’iris humain a besoin d’un minimum de temps pour suivre le changement de la luminosité ambiante, mais ici on passe brusquement du noir absolu à l’autre extrême, soit de 0 lux à un éclairement de 106 lux. Un tel saut peut faire un homme vomir. Ou carrément l’aveugler. Mais pas l’acteur. Sauf que ce qu’il découvre par la fente des yeux est très loin de ses calculs: une pièce, une salle, une boîte plutôt, un espace vide carré, plus grand qu’un terrain de base-ball et plus haut qu’un terrain de basket.</p>


<span id="easy-footnote-21-31920" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-12-15/#easy-footnote-bottom-21-31920" title=" Soit apparemment une surface d’environ 1000 m<span class=&quot;s1&quot;><sup>2</sup></span> et une hauteur d’environ 10 m."><sup>21</sup></a></span>



<p class="wp-block-paragraph">L’espace est tellement inerte, éclairé, grand, nu, ses surfaces sont tellement blanches, lisses, qu’il peine à situer les bords, les angles, les matériaux. La vue, l’ouïe, l’odorat restent donc superflus, car il ne sent ni entend toujours rien, à part le sifflement dans ses oreilles. Avec l’effet de sustention, l’impression est de se trouver dans une autre dimension.</p>



<p class="wp-block-paragraph">-00j00h56’13”! (“Hallucinant. C’est fini… Il est fort cet abruti, fort, fort. Plus fort que nous, que moi.”) Pour la première fois, le plus prodigieux des espions sur Terre est tenté – si ce n’est: obligé – de respecter l’adversaire auquel il est opposé. Pour la première fois, il n’est pas du côté de la victoire, alors pourquoi la forcer? Pour la première et peut-être dernière fois de sa vie, disparaître semble l’arranger. Ne plus exister. Mourir et laisser vivre Moonna, si seulement… Tout ce que l’équipe a réussi ces dernières neuf heures durant, avec toutes les pertes déplorées, lui semble dérisoire. Il a honte. L’échec a le goût du sable. Et encore… Qui parlait de temps biologique et psychologique? Il ne se rappelle plus. Ce qui compte pour lui maintenant c’est le temps eschatologique, car il se sent déjà derrière le temps. Mais même ce temps-là, il a de la peine à se concrétiser, il traîne, il traîne…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chiche! Quelque part en dessous, une portion du grand blanc passe imperceptiblement au gris. Non-non, il ne rêve pas: une grande ouverture se dessine au sol, un genre de trappe par laquelle monte (“…mais… comment ça? en plus il y a encore un sous-sol?! …”)… en effet remonte Moonna, elle-même (“Ooohhh!… Ouf… Moonna!…”), dans un splendide négligé vaporeux (“…cccomment…d’où sort-elle… ce…?!”). Non, il ne rêve pas, pourtant il s’y croirait presque, à ce point cela semble irréel. Une fois le sol redevenu blanc sous ses pieds mignons et nus, ce qui s’avance là, très lentement, fragile et léthargique (“elle est certainement aussi droguée, la pauvre!…quel chacal!”), c’est l’icône même de la femme, la déesse de la beauté dans toute sa pureté et tout son éclat. Elle est Vénus-Aphrodite,<span id="easy-footnote-22-31920" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-12-15/#easy-footnote-bottom-22-31920" title=" Dans la mythologie gréco-romaine, déesse de la beauté."><sup>22</sup></a></span> Pallas-Athènes-Minerve,<span id="easy-footnote-23-31920" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-12-15/#easy-footnote-bottom-23-31920" title=" Idem, déesse de la sagesse."><sup>23</sup></a></span> Nike-Victoria,<span id="easy-footnote-24-31920" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-12-15/#easy-footnote-bottom-24-31920" title=" Idem, déesse de la victoire."><sup>24</sup></a></span> Hélène de Troie,<span id="easy-footnote-25-31920" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-12-15/#easy-footnote-bottom-25-31920" title=" Idem, fille du dieu suprême Zeus et de la mortelle Léda, reine de Sparte. Tenue pour la plus belle femme sur Terre, elle fut à l’origine de la guerre de Troie."><sup>25</sup></a></span> Maria Sharapova<span id="easy-footnote-26-31920" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-12-15/#easy-footnote-bottom-26-31920" title=" Joueuse de tennis russe (1987 -)"><sup>26</sup></a></span> réunies pour être battues à plate couture, sauf qu’elle à l’air hypnotisé. Les yeux grands ouverts, sa démarche est rigide. Elle se déplace tel un robot démineur puis se fige. Il enrage, tente un mouvement, un autre: son corps est verrouillé. Il voudrait crier. À quoi bon?… Si seulement il pouvait hurler par dépit. La fin du holocène est (en théorie) dans cinquante minutes, Moonna est – disons – une statue (encore) vivante, tandis que lui est perché là, soutenu par une impondérabilité calculée, dans sa combinaison sophistiquée et pour cause devenue ridicule, tel un quartier de bœuf dans le crochet d’un boucher. Franchement, l’opprobre universel serait un soulagement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis tout à coup ∞8 croit entendre des tonalités, comme des voix… extrêmement faibles pourtant… et puis il lui semble… quelque chose se met a bouger… et ce n’est pas Moonna, elle est toujours prostrée là, au milieu… les sons augmentent… ce sont bien des voix… et ce qui bouge ce n’est pas sa déesse, et il n’y a rien et personne d’autre dans ce local… c’est bien lui qui bouge!… et les voix sont plus distinctes… les sons s’amplifient, c’est un chant… et lui sent qu’il descend lentement, le verrouillage se desserre peu à peu… comme la force d’un aimant qui s’essouffle… oui-oui, c’est bien un chant… c’est un chœur… <em>Agnus Dei… qui tollis peccata mundi… miserere nobis… Agnus Dei qui tollis peccata mundi… dona nobis pacem</em><span id="easy-footnote-27-31920" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-12-15/#easy-footnote-bottom-27-31920" title=" Agneau de Dieu, toi qui enlèves les pêchés du monde, aies pitié de nous, Agneau de Dieu, toi qui enlèves les pêchés du monde, donne nous la paix. (lat., liturgie catholique et protestante)"><sup>27</sup></a></span> …et il touche enfin le sol. (“Moonna d’abord!”) mais il est stoppé dans son élan par le chant qui inonde l’espace comme un liquide qui remplit un vase, alors qu’en haut l’air devient légèrement trouble. Ce n’est pas exactement de la vapeur, non, non, ni un nuage (on est à l’intérieur!), ni une fumée, c’est… impossible à dire ce que c’est, pour certes ce n’est pas rien… cela rappelle plutôt un hologramme, serait-ce possible?! Il se rassure vite: ici absolument tout est possible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…][…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis tout à coup ∞8 croit entendre des tonalités, comme des voix… extrêmement faibles pourtant… et puis il lui semble… quelque chose se met a bouger… et ce n’est pas Moonna, elle est toujours prostrée là, au milieu… les sons augmentent… ce sont bien des voix… et ce qui bouge ce n’est pas sa déesse, et il n’y a rien et personne d’autre dans ce local… c’est bien lui qui bouge!… et les voix sont plus distinctes… les sons s’amplifient, c’est un chant… et lui sent qu’il descend lentement, le verrouillage se desserre peu à peu… comme la force d’un aimant qui s’essouffle… oui-oui, c’est bien un chant… c’est un chœur… <em>Agnus Dei… qui tollis peccata mundi… miserere nobis… Agnus Dei qui tollis peccata mundi… dona nobis pacem</em><span id="easy-footnote-28-31920" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-12-15/#easy-footnote-bottom-28-31920" title=" Agneau de Dieu, toi qui enlèves les pêchés du monde, aies pitié de nous, Agneau de Dieu, toi qui enlèves les pêchés du monde, donne nous la paix. (lat., liturgie catholique et protestante)"><sup>28</sup></a></span> …et il touche enfin le sol. (“Moonna d’abord!”) mais il est stoppé dans son élan par le chant qui inonde l’espace comme un liquide qui remplit un vase, alors qu’en haut l’air devient légèrement trouble. Ce n’est pas exactement de la vapeur, non, non, ni un nuage (on est à l’intérieur!), ni une fumée, c’est… impossible à dire ce que c’est, pour certes ce n’est pas rien… cela rappelle plutôt un hologramme, serait-ce possible?! Il se rassure vite: ici absolument tout est possible.</p>
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		<title>L’ŒIL et le SABRE (11/15)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 16 Feb 2025 06:52:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le temps du trajet, ∞8 change visiblement. Non seulement qu’il n’est pas bavard de nature, mais là il ne sort presque pas un mot, puisqu’il ne sort presque pas les yeux du carnet.[…]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><strong><strong><strong><br><strong>Ne jamais, au grand jamais crier victoire trop vite</strong></strong></strong></strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La phase 5B est totalement à la charge d’une demi douzaine de hackers<span id="easy-footnote-28-31917" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-11-15/#easy-footnote-bottom-28-31917" title=" Spécialiste pouvant intervenir dans différents domaines de l’informatique."><sup>28</sup></a></span> et de crackers[/note] Expert dans le piratage de systèmes informatiques et des protections de sécurité.[/note] dont le Service s’est entouré pour l’occasion en échange d’une impunité totale en plus d’une rémunération conséquente. Casser, bloquer, brouiller n’importe quel système informatique et de sécurité est leur dada. Un local adiabatique est expressément mis à disposition de ces virtuoses, qui ont minutieusement préparé leur entrée en lice 17 heures durant. Les deux phases 5 sont déclenchées simultanément. Ainsi, pendant qu’au moyen des mini-caméras embarquées, sous la coupole on suit souffle coupé les treize grimpeurs qui progressent comme des chats sur l’immense toile d’araignée métallique, les braves pirates envoient la première salve de leur attaque DoS</p>


<span id="easy-footnote-29-31917" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-11-15/#easy-footnote-bottom-29-31917" title=" Abréviation anglaise de l’expression <i>Denial of Service Attack</i> (ou attaque par déni de service) qui désigne un assaut informatique ayant pour but de rendre indisponible un service ou d’empêcher ses utilisateurs légitimes de l’utiliser."><sup>29</sup></a></span>



<p class="wp-block-paragraph">envers le <em>cluster</em><span id="easy-footnote-30-31917" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-11-15/#easy-footnote-bottom-30-31917" title=" Ce terme anglais (qui peut être traduit comme grappe de serveurs) se réfère à un réseau de plusieurs dizaines ou centaines de milliers, voire millions ordinateurs indépendants appelés nœuds, reliés pour une gestion rapide et globale des informations."><sup>30</sup></a></span> visé. Des courriels et des messages par dizaines de milliards bombardent simultanément le réseau, suivis par autant d’alertes, de fausses alertes et d’anomalies qui déferlent sur le système, le submergent, le saturent. Dans la salle de coordination du QG les écrans de certains terminaux passent en mode veille, d’autres déroulent un tapis sans fin de lignes aléatoires codées, quelques uns se mettent à fumer, certains explosent, peu restent actifs. L’affolement étant total, la phase 5B se dessine donc comme un succès de bon augure car la mise à mort du réseau informatique signifierait que le danger serait – du moins en partie – écarté. Au C3 on exulte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Moins cependant sur les armatures glissantes de la station, où K, dans un flash d’inattention sous la fatigue, perd l’équilibre et, se redressant, laisse lui échapper une bonbonne d’oxygène qui, elle, ne choisit pas de se faufiler habilement entre les mailles de la poutraison pour tomber directement et discrètement dans la mer, en revanche (“La salope!”) elle préfère cogner tel une boule de billard chaque tirant, chaque diagonale, chaque poutrelle rencontrée, dans un tapage métallique surpassé seulement par la belle explosion finale, qui secoue le pylône et créé une gerbe digne des artésiennes de Versailles. Heureusement, rien ni personne ne suit l’objet dans sa chute, mais c’est aussi l’occasion pour les méchants hôtes de découvrir leurs visiteur indésirables. À quelques mètres seulement du premier plancher, par une fichue inadvertance, la phase 5A est subitement en train de se gripper.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au dessus, sur les plateformes comme à l’intérieur des locaux, à présent c’est déjà la pagaille généralisée. Il y a de quoi. D’une part, les ballons loufoques ne cessent de se multiplier, cernent la station, bourrent le ciel, filtrent le soleil levant, brillent de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, reflètent mille images différentes et grotesques par leurs effets de miroirs sphériques. D’autre part, le crash du cluster fait entrer système, programme et planification dans la nuit informatique. Les IT employés par l’organisation se démènent comme de beaux diables – en vain d’ailleurs – pour rafistoler ce qui pourrait l’être: les bons pirates d’Internet restent les maîtres du jeu. Jamais deux sans trois: même que secoués par les épreuves subies en l’air, sur l’eau et durant leur escalade, les invités inattendus mettent au profit l’arsenal sophistiqué embarqué. Ainsi, alors que, taux d’adrénaline au sommet, l’équipe gagne la plate-forme inférieure et se disperse aussitôt suivant les consignes, les premiers gardiens sont éliminés dans l’indifférence générale. Avec un peu de retard, la phase 5A se termine enfin. La montre indique 05h44’28”.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une certaine ambiance survoltée remplace cette tension-là trop longuement accumulée dans les locaux du SABRE, comme d’ailleurs à Moscou, Langley,<span id="easy-footnote-31-31917" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-11-15/#easy-footnote-bottom-31-31917" title=" Territoire situé dans l’état de Virginie, aux États-Unis, où se situe le siège de la CIA."><sup>31</sup></a></span> Berlin, Londres, Paris, Tokyo et Beijing, lorsqu’à travers les craquements et les parasites d’une transmission à l’agonie, une voix aiguë, hachée et visqueuse brame à tire larigots: «…avez entendu, microbe…? t’as entendu, virus? Je veux avoir ça dan… ça tout de suite… …out-de-sui-te!!! Et les perdus qui ont fait ça… morts, ils sont mor… vous… vous me…&nbsp; é-cor-chez!!! Tu me fais…&nbsp; …refait la liais… non?» Coup de feu. «Toi, tu me… qu’est-ce que j’ai dit?! Voilà, mainte… …montres le silo 4 avec les… voilà, fait voir le comm… le co… j’ai dit, tu m’ente… oui… déclenche-moi… …clenche-moi les charge… entends? mainte…» De dizaines d’yeux écarquillés se tournent vers la parois derrière laquelle sont censés s’activer les six champions de l’ombre qu’on venait d’applaudir à tout va. C’est quoi ce délire? A-t-on crié victoire trop vite?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pratiquement pas. En fait, derrière la paroi, les cinq (entre temps un s’est endormi) s’amusent comme des fous. Leurrer est une partie essentielle de ce business très particulier. Paralyser l’effroyable réseau nucléaire en quelques minutes, contribuer ainsi grandement au succès de l’opération, toucher le gros lot, humilier le monstre invisible – tout ça ne leur suffit pas. Alors, pour boucler la boucle et pour la bonne bouche, ils choisissent de se payer la tête même du SABRE, c’est-à-dire leur propre employeur! Car si les braillements que l’on entend sous la coupole au point de faire péter les haut-parleurs sortent bien de la gorge cathodique de l’ŒIL, cela ne veut point dire que ses tentatives désespérées de redevenir opérationnel valent quelque chose. Les braves corsaires se payent le luxe de faire croire – et à l’ ŒIL et au Service – que le fonctionnement du système informatique ciblé peut encore être remis en état par l’ennemi. En réalité, il était mort de la plus belle des morts possibles quelques minutes auparavant. Chaque image ou son qu’ils autorisent à faire voir ou entendre des deux côtés n’est qu’un enchaînement d’illusions. Les cinq plus un samouraïs-lurons sont effectivement et définitivement maîtres du jeu. Il faut l’irruption de W – tout rouge et hors de lui – dans leur cocon autarcique pour mettre fin au canular.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La géhenne des grands jours</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La meilleure preuve est ce qui subit réellement le QG. Il y a déjà le dévastateur effet triangulaire provoqué, d’un côté, par l’ankylose informatique dont l’impact moral est désastreux, d’un autre côté par les gigantesques molécules savonneuses qui étouffent de plus en plus la station, et enfin par l’attaque subite du commando qui terrorise le personnel non militarisé. À tout cela s’ajoute – cerise sur le gâteau – le… cadeau inattendu de O! Six charges explosives prédisposées à différentes profondeurs et distances autour de l’île Bouvet, sont actionnées en cascade à partir de 05h32’48”. Comme ces charges sont orientées vers la même cible, les ondes de choc des explosions se rencontrent et touchent l’île (aussi bien que la station voisine) à 05h47’12” précises. La vision est dantesque. Les structures en acier se tordent, grincent, miaulent, des boulons sautent, des soudures pètent, des poutrelles plient, des passerelles cassent, des vitrages se brisent, des parois s’écroulent, des câbles tombent, des récipients explosent, des feux éclatent, des sirènes hurlent. Des gens se jettent par dessus les balustrades (25 m plus bas l’eau est à 6°C) tandis que des vigiles n’hésitent pas un instant pour les tirer comme des cailles. L’ensemble tient encore, mais les ravages dépassent les attentes des uns (qui s’affolent) et des autres (qui exultent). Au Service, la comédie de tout à l’heure est déjà oubliée et l’on s’offre au complet le luxe de savourer les images transmises par les caméras. Au QG de l’ ŒIL c’est carrément la géhenne des grands jours.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant ce temps, les treize du commando progressent: qui seul, qui par groupes de deux. ∞8 a deux ombres: la sienne et Moonna. Les nageurs du TMR italien et les tireurs du Mossad israélien prennent des positions stratégiques d’où ils jouent au <em>paintball</em></p>


<span id="easy-footnote-32-31917" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-11-15/#easy-footnote-bottom-32-31917" title=" Jeu ou sport dans lequel les joueurs éliminent leurs adversaires en les touchant avec des billes de peinture lancées par des marqueurs<span class=&quot;Apple-converted-space&quot;>&amp;nbsp; </span>généralement actionnés par air comprimé ou par CO2."><sup>32</sup></a></span>



<p class="wp-block-paragraph">létal. Le score est 104 à 2 si l’on ajoute les victimes de l’imprécision notoire de plusieurs gardiens, en tant qu’autogoals à la rubrique succès, et le hors-jeu de Ross à la rubrique pertes. Démarre par conséquent la phase 6.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les renseignements préalables à disposition pour l’équipe sur l’organisation des locaux, le fonctionnement des installations et les divers codes utilisés sont en partie inutiles suite au désastre produit par le mini-tremblement de terre sous l’effet conjugué des ondes de choc. La progression se fait donc plutôt à vue et à l’instinct, dans un environnement très différent de celui présenté aux entraînements. En fin de compte, entre le désavantage d’un besoin accru de vigilance pour cause de décor modifié et l’avantage créé par la déroute dans laquelle est plongé le QG et ses occupants, les treize s’en sortent gagnants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pas tous cependant, et pas tout à fait. Avec 85 ennemis restants – les quatre mercenaires fonctionnant à plein régime et à vrai dire l’acteur n’étant non plus à la traîne – le compteur tourne en leur faveur. N’empêche, le bilan des pertes dans leurs rangs commence à se faire sentir, et il ne s’agit pas des blessés. Mais dans le fond, puisque le souci du cluster (hors service) n’est plus désormais un, quels sont encore leurs objectifs? Il y en a trois. Premièrement, annihiler le réseau de secours qui permet à l’ennemi de passer <em>in extremis</em> de brefs ordres codés directement aux responsables situés sur chaque site nucléaire. Le problème est que les algorithmes utilisés combinent des paramètres et des ressources propres à plusieurs domaines, ce qui met à l’épreuve les compétences réunies de toute l’équipe du CERN. De surcroît, ces gens doivent se débrouiller sans Ross. D’une part. D’autre part, la mise hors circuit de ce réseau secondaire doit être assurée et certifiée concrètement comme physiquement, ce dont s’occupe le IT du SABRE. Deuxièmement, s’assurer que nul autre source de risque potentiel important et d’aucune nature subsiste dans la station, ou peut y être commandée. C’est le rôle de ∞8 et de Moonna. Troisièmement, si possible neutraliser le dieu succédané et ses sbires en essayant d’épargner les sujets captifs. Cette tâche revient aussi à ∞8, épaulé par les hommes du Mossad et du TMR, qui s’occupent parallèlement de protéger toute l’équipe. Guider les uns et les autres aux divers emplacements est du devoir de la transfuge de l’ŒIL et sa charge se révèle plus compliquée depuis que la configuration des lieux a complètement changé après les chocs encaissés par le QG.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En conséquence, le bilan des pertes commence à peser, puisque l’équipe de Kamil vient justement de perdre deux membres supplémentaires: l’astrophysicienne et la climatologue. Le peu de temps à disposition pour préparer ces chercheurs à la sauvagerie qui se déroule en est la principale et triste cause. Ils sont retrouvés gisant non loin l’un de l’autre, enchevêtrés dans la ferraille tordue et les débris de toute nature, rictus de surprise sur leurs visages, mais sans aucune blessure apparente. Ce qui se passe est en effet particulièrement étrange, remarquent à l’unisson les cinq hommes d’armes: le plus grand danger semble ne pas venir des 25 gardiens (au fait plus que 18), qui en réalité ont prouvé ne pas être très bons ni au tir, ni au combat rapproché, mais de toutes autres… choses. Par moments, on aperçoit en effet, comme des flashes, de petites ombres noires qui disparaissent aussitôt. Des singes? Hmm, non… Il faut toute l’expérience et la ruse de l’acteur pour percer le mystère, de même que… une de ces créatures, et il lui faut aussi puiser au plus profond de ses connaissances d’anthropologie pour enfin identifier ces combattants apparemment redoutables: des sentinelles!<span id="easy-footnote-33-31917" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-11-15/#easy-footnote-bottom-33-31917" title=" Nom donné aux membre d’une communauté d’environ 200 Négritos, extrêmement hostiles, vivant coupés du monde sur l’île de North Sentinel, dans archipel Andaman, qui fait partie de l’Inde."><sup>33</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il passe le mot: ce sont de féroces chasseurs-guetteurs-nés, armés uniquement de leur petite taille, d’une agilité de ouistiti, d’un savoir-se-cacher unique et de leurs minuscules sarbacanes, qui crachent d’atroces mouches-tigres, évidemment vivantes et affamées pour l’occasion. Dès lors que le principal ennemi est connu, les trois objectifs sont mis entre parenthèses au profit d’un quatrième, subitement devenu prioritaire: s’en débarrasser sans délai. Mais où les trouver? Combien seraient-ils? Les consignent se transmettent vite parmi les onze. La transfuge, ∞8, un tireur et un nageur s’occupent des sentinelles, tous les autres se mettent à l’abri; l’autre tireur et l’autre nageur assurent. Il est 05h52’14”. L’impitoyable chrono signale -00j09h18’43”, et ça canarde de partout, même dans le vide. Les combinaisons en tri-sandwich néoprène-téflon-kevlar encaissent bien, que ce soit les tirs directs ou les balles perdues, voire celles ricochées. Tapi sous un amas de tôles, la visière collée à sa lunette, immobile, un nageur lâche entre les dents, dépité: «Un reale casino!<span id="easy-footnote-34-31917" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-11-15/#easy-footnote-bottom-34-31917" title=" «Un vrai bordel!» (it.)"><sup>34</sup></a></span>» Et pan! Et pan! Et voilà: et deux gardiens de moins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est par un gros conduit horizontal désaffecté – parcours si pénible mais en tout cas plus sûr – que la transfuge se propose de mener les autres éclaireurs vers l’endroit où elle flaire les sentinelles. Ramper en silence, tel une larve, le long de ce tube qui est seulement un chouïa plus large que le gabarit habituel d’un homme normal, est déjà passablement compliqué. Là, en plus, l’on est emmailloté dans ces harnais, l’air est rare, des bestioles partout, des toiles d’araignées collantes et que l’on traîne avec, de la suie, des pointes de tôle tordue qu’il vaut mieux éviter. L’on comprend que c’est à déconseiller aux personnes sensibles, dont la guide elle-même, qui perd connaissance à peine quelques mètres avant la sortie. Pour tout couronner donc, ∞8, qui la suit, doit à présent faire avec, et la pousser tant bien que mal jusqu’au point de chute. La phase 6 s’annonce encore plus complexe que la précédente mais bon, ils arrivent enfin au bout.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La femme tombe comme un sac de patates. Son choix s’avère juste: accroupis dans une cage, quatre petits bonhommes à poil (torchons cache-sexe exceptés) semblent attendre leur tour. Pas de chance pour autant: c’est aussi son ultime choix, car le bruit de sa chute les fait bondir et accueillir les intrus – dont la guide –&nbsp; par leurs mouches mortelles. Avec des feintes habiles, l’acteur, l’Italien et le Mossad parviennent à éviter les points sensibles de leurs combinaisons. Ils trompent la première salve meurtrière. En revanche, le vigile gardant les sentinelles tombe à la deuxième, piqué par erreur. L’échange qui suit est bref: il faut plus de temps aux primitifs – nus – pour charger les sarbacanes, qu’aux éclaireurs pour dégainer et tirer, sans parler de leurs moyens de protection. Une fois l’endroit complètement sécurisé, retour au groupe par un autre chemin, évidemment.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…][…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">La femme tombe comme un sac de patates. Son choix s’avère juste: accroupis dans une cage, quatre petits bonhommes à poil (torchons cache-sexe exceptés) semblent attendre leur tour. Pas de chance pour autant: c’est aussi son ultime choix, car le bruit de sa chute les fait bondir et accueillir les intrus – dont la guide –&nbsp; par leurs mouches mortelles. Avec des feintes habiles, l’acteur, l’Italien et le Mossad parviennent à éviter les points sensibles de leurs combinaisons. Ils trompent la première salve meurtrière. En revanche, le vigile gardant les sentinelles tombe à la deuxième, piqué par erreur. L’échange qui suit est bref: il faut plus de temps aux primitifs – nus – pour charger les sarbacanes, qu’aux éclaireurs pour dégainer et tirer, sans parler de leurs moyens de protection. Une fois l’endroit complètement sécurisé, retour au groupe par un autre chemin, évidemment.</p>
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		<title>L’ŒIL et le SABRE (10/15)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Feb 2025 06:44:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au fond du local passent sur un grand écran les derniers exploits de l’ŒIL. Difficile de ne pas regarder, heureusement les boissons arrivent, on se désaltère un peu. ∞8 étale point par point toute l’affaire […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><strong><strong><strong><br><strong>L’impitoyable compte à rebours tourne</strong></strong></strong></strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">-00j11h08’26”. Sous les eaux l’ambiance reste tendue. Quelqu’un essaie un gag. On le regarde de travers. Il se tait et se serre. L’espace est prévu pour douze. Ils sont quinze: les gens de Kamil, finalement ceux indispensables – un physicien nucléaire, une astrophysicienne, un géophysicien, un climatologue, une biologiste, qui nerveux, qui absent, qui se signe; deux tireurs d’élite du Mossad, en renfort, air narquois; deux nageurs de combat du TMR</p>


<span id="easy-footnote-35-31914" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-10-15/#easy-footnote-bottom-35-31914" title=" Abréviation de <i>Terra-Mare-aRia</i> (it., terre-mer-air), unité de commando de la marine de guerre dont les membres sont entraînés pour mener des opérations de reconnaissance spéciale, de guerre non conventionnelle, de prise d’otages et de contre-terrorisme."><sup>35</sup></a></span>



<p class="wp-block-paragraph">italien, inexpressifs; une transfuge de l’ŒIL, crispée, s’essuie; un IT</p>


<span id="easy-footnote-36-31914" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-10-15/#easy-footnote-bottom-36-31914" title=" Abréviation de <i>Information Technology</i> (ang.) &amp;#8211; technologie de l’information: domaine du traitement de l’information. ‘un IT’: un spécialiste actif dans ce domaine."><sup>36</sup></a></span>



<p class="wp-block-paragraph">du SABRE, zen, les yeux clos; Kamil lui-même, grave, concentré; Ross, regard baissé, sombre; Moonna, jamais plus belle; l’acteur, inchangé. L’équipe fait économie de chef: chaque membre est préparé en vue d’une autonomie totale et d’une coordination millimétrée avec les autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux cent quarante secondes encore pour les quinze à faire tourner leurs pensées. (“… et alors franchement, qui va payer les cent vingt mille d’arriérés pour la maison, sans parler de ce qu’il faut…?…”) (“…sais pas, mais cette engueulade avec elle, c’est exactement ce qu’il me manquait mainte…”) (“ …détourne ton regard de mes péchés, efface toutes mes iniquités…”) (“…que j’ai été, imbécile que j’ai été, parfois je me demande comment est-il possible d’être…”) (“<em>When I find myself in times of trouble, Mother Mary comes…”</em>) (“…mais j’espère qu’il réussira son diplôme, et après… tout sera derrière…”) (“…זה לא יאומן. כל פעם שאני מסתכל עליהן, יש לי את אותו רושם….”)<span id="easy-footnote-37-31914" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-10-15/#easy-footnote-bottom-37-31914" title=" (“&amp;#8230;c’est incroyable, je les regarde chaque fois et chaque fois j’ai cette impression”…)"><sup>37</sup></a></span> (“…<em>gratia plena, Dominus tecum, benedicta tu in mulieribus.</em>..”) (“…et je peux vraiment pas m’imaginer ce monstre, quand je me rappelle le…”) (“…je te demande pardon, s’il faudra qu’on se revoit pas, sache…”) (“…lement je m’en fous, il n’a qu’à aller se faire…”) (“…a été crucifié, est mort, a été enseveli, est descendu aux enfers…”).</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Dans l’ŒIL du cyclope</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’engin ralentit, remonte, s’arrête, on sort, on court, on s’engouffre dans le Boeing CH-47 Chinook<span id="easy-footnote-38-31914" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-10-15/#easy-footnote-bottom-38-31914" title=" Hélicoptère militaire américain lourd de manœuvre et d’assaut."><sup>38</sup></a></span> par dessous les pales qui tournent déjà. Après neuf minutes on se rue dans le ventre du C-5 Galaxy<span id="easy-footnote-39-31914" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-10-15/#easy-footnote-bottom-39-31914" title=" Lockheed C-5 Galaxy: avion militaire américain de transport de grande capacité."><sup>39</sup></a></span> et on reprend une Ne fois les consignes, les plans, les tâches, encore une fois les consignes, les plans… Trente deux minutes plus tard, le repaire de l’ŒIL est en vue. Il reste -00j10h12’45”.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien localiser le quartier général de l’organisation parmi plusieurs Fata Morgana <span id="easy-footnote-40-31914" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-10-15/#easy-footnote-bottom-40-31914" title=" Mirage (phénomène optique) créé par des perturbations de rayons lumineux au passage à travers un gradient thermique dans l’atmosphère."><sup>40</sup></a></span> qu’elle utilise n’est pas chose aisée, d’autant plus que la présence de ce dieu invisible doit rester un impératif. Par conséquent, six services de renseignements – indien, sud-africain, américain, allemand, brésilien et français – se donnent la main pour identifier la cible selon les coordonnées 54°25’9.84”S par 3°22’0.77”E dans l’Atlantique sud, à quelques encablures de l’île Bouvet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa constitution et surtout son “comportement” sont plus terrifiants encore que le folklore qui l’enveloppe. Le lieu concentre une variété de manifestations optiques, électromagnétiques et climatiques permettant à ces structures de présenter ou de projeter vers l’extérieur une succession d’illusions alternativement contrôlées par les deux stations spatiales du système. Ainsi, les équipements du quartier général, construits à partir d’une plate-forme pétrolière mobile modifiée et dont le volume global théorique hors d’eau dépasse 100’000 m3 peuvent, à choix: “disparaître” ponctuellement par maniement de l’effet Vavilov-Tcherenkov<span id="easy-footnote-41-31914" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-10-15/#easy-footnote-bottom-41-31914" title=" Phénomène créant un flash de lumière lorsqu’une particule chargée se déplace dans un milieu diélectrique à une vitesse supérieure à celle de la lumière dans ce milieu."><sup>41</sup></a></span>; être “noyés” dans un nuage de brume suite à la création d’un état polyphasique environnant; simuler une autre forme d’organisation physique, naturelle ou artificielle (par exemple une île exotique, un volcan, une petite colonie urbaine, etc) par excitation extrême des atomes d’hydrogène. En parallèle à ces effets, le centre dispose aussi de moyens capables de projeter des images de structures complexes et diversifiées, sortes de gigantesques leurres, à des dizaines de kilomètres à la ronde. C’est là tout ce dont les divers services ont comme informations au sujet de ce lieu, sans parler d’autres capacités et fonctionnalités restées au stade d’hypothèses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dire alors que le repaire de l’ŒIL est en vue revient plutôt à le considérer – par rapport à la position de l’avion – à proximité. Il y a pourtant bien plus que ça. On peut le ‘sentir’, d’une certaine façon, c’est comme lorsque l’air devient plus ‘dense’, surtout plus… désordonné. Dans la cabine on ressent nettement de fortes perturbations, des secousses, des craquements. Les appareils se manifestent en mode incohérent, probablement dû à un fort magnétisme induit. Vient après un court moment où ce qui entoure le poste de pilotage – les réacteurs et les quinze passagers compris – entre dans une euphorie au goût de catastrophe. La panique est de mise. Par bonheur, elle ne dure qu’une quinzaine de secondes (autrement dit quinze siècles), puis, du coup, le silence s’installe. La matière retrouve l’ordre, réacteurs compris, qui ronronnent de nouveau à leur régime normal. Les passagers un peu moins, mais les turbulences sont passées et l’on vole maintenant à 3000 m d’altitude environ. Quelques uns soufflent, puis tout le monde se lève et se prépare au lancement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La bataille animale d’Angleterre</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le ventre du cargo aérien s’ouvre, signe que l’opération entre dans sa deuxième phase. L’équipe s’élance et se disperse dans l’air au milieu de ses effets. De loin, hommes comme objets ressemblent à des moucherons excrétés par un éléphant céleste. Le trajet dans l’air est compliqué. L’attirail aux dos fait que – si chaque moucheron était mis sur une balance – les onze hommes et quatre femmes pèseraient au bas mot environ le double de leur poids ‘à vide’, ce qui rend leur manœuvres aériennes difficiles et délicates. En revanche, les jet packs air-mer<span id="easy-footnote-42-31914" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-10-15/#easy-footnote-bottom-42-31914" title=" Engin personnel mixte muni de moteurs-fusée permettant de conduire et d’accélérer le déplacement aussi bien aérien que sur &amp;#8211; et sous &amp;#8211; l’eau."><sup>42</sup></a></span> leur facilitent grandement ces mêmes manœuvres, les rendant plus rapides et précises. Autour, au dessus, une pluie de caisses et de paquets divers se déverse des entrailles du gros porteur qui pendant ce temps s’éloigne, dessinant de grands cercles d’une fumée laiteuse qui se dispersent lentement sur l’infini fond bleu foncé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La descente se déroule comme prévu. Tout est bien joli, lorsque soudait surgit un gros problème: vers quoi se diriger? En effet, ce que l’on perçoit au dessous n’est qu’un brouillard infini qui s’amuse en créant des formes comme sorties de la fantaisie enfantine. Ils sont déjà plongés dans ce brouillard et – justement – ce n’est pas joli du tout, car les paquets volants, eux, n’ont pas été préparés pour manœuvrer et alors que la visibilité est pour ainsi dire quasi nulle, l’on entend quelques coups secs, des bruits, un petit cri. Suivent des plouf!, plouf!, plouf!, plouf! à côté, autour, au loin, des dizaines et des dizaines de fois, hommes et objets dans le désordre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À égale distance entre l’Amérique du Sud, l’Antarctique et l’Afrique, l’océan, calme, est déjà assez froid pour qu’un frisson puisse percer le néoprène expansé de la combinaison, chatouillant le corps. Le brouillard stagne même à la surface de l’eau, mais au moins sa densité semble plus permissive. L’obscurité s’atténue très lentement, l’aube avance. On devine le début d’une belle journée s’il n’y avait le risque qu’elle soit la dernière du holocène.<span id="easy-footnote-43-31914" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-10-15/#easy-footnote-bottom-43-31914" title=" L’époque géologique actuelle."><sup>43</sup></a></span> L’acteur regarde sa montre: 05h18’24”, soit -00j10h04’13”. Des messages circulent entre les quinze. On fait l’appel. La biologiste ne répond pas. On le refait. Idem. (“C’était donc ça, ah, non, meeerde!”) Un court silence. Le protocole de la mission tient compte des pertes. Après, c’est le plan B. Quant au plan C, mieux vaudrait ne plus se le remémorer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Camouflé dans l’épais brouillard seulement quelques brassées plus loin, le QG de l’ŒIL fourmille de tout son effectif, chacun occupé à son poste. <em>Business as usual</em>,<span id="easy-footnote-44-31914" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-10-15/#easy-footnote-bottom-44-31914" title=" Les affaires courantes, habituelles ou routinières. (ang.)"><sup>44</sup></a></span> comme on dit. Les ordres sont brefs, les mouvements aussi, on parle peu ou presque pas. Que pourrait-on dire au comble d’un tel enjeu? Environ cent vingt scientifiques, techniciens, hommes de main, mécaniciens ou simples fidèles disciplinés s’affairent à régler les dernier détails, à vérifier le rituel, l’enchaînement, les routines, les circuits, la transmission, la coordination, les charges, l’armement. Plus d’une vingtaine de gardiens épie chaque geste. Tout à l’air normal, à part peut-être quelques signaux disparates sur les radars, mais à cette période de l’année la zone est traversée souvent par de nombreuses vagues d’oiseaux migrateurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au C3, le Centre de Commande et de Contrôle du SABRE, l’unité qui supervise l’opération est également réunie au complet sous ‘la coupole’, lieu hautement sensible et stratégique où convergent les liaisons par satellite aussi bien que les communications terrestres, où sont analysées les données qui circulent entre les différents services de renseignements affiliés au réseau. Une bonne soixantaine de spécialistes en tous genres réagissent en direct sur encore plus d’écrans à chaque mouvement de l’équipe qui se trouve au front.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Phase 3A. La commande part: «Dispersion.». Des pressions aux poignets font ouvrir la première partie des caisses qui flottent. En quelques secondes la nuit revient: un nuage compact de coléoptères noires dites “Titan” (<em>Titanus giganteus</em>) remplit l’atmosphère. Des millions d’insectes de la taille d’un poulet errent dans tous les sens par groupes de plusieurs milliers, dans un chahut d’enfer. En moins d’une minute le brouillard commence à céder. Phase 3B. La deuxième partie des caisses libère d’innombrables petits-ducs scieurs (<em>Otus insularis</em>)<span id="easy-footnote-45-31914" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-10-15/#easy-footnote-bottom-45-31914" title=" Petit oiseau rapace rougeâtre de la famille des strigidés (hiboux et chouettes)."><sup>45</sup></a></span> dans un essaim qui déclenche une sorte de courte bataille aérienne – mais animale – d’Angleterre,<span id="easy-footnote-46-31914" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-10-15/#easy-footnote-bottom-46-31914" title=" Le terme désigne ce qui passe souvent comme la plus grande bataille aérienne de l’histoire, soit la succession de combats qui a opposé la Luftwaffe du IIIe Reich allemand à la Royal Air Force et à la défense antiaérienne britanniques de juillet 1940 à juin 1941."><sup>46</sup></a></span> donc en maquette.</p>



<p class="wp-block-paragraph">S’agissant seulement du nombre, les insectes submergent les prédateurs par un multiple de cent, si ce n’est mille, mais ces derniers ont l’avantage indéniable de leur instinct agressif qui les rend autrement plus efficaces dans les attaques. Le clash aérien est hallucinant. L’aurore pointe et ses fines lueurs éclairent des hordes de mini Spitfire<span id="easy-footnote-47-31914" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-10-15/#easy-footnote-bottom-47-31914" title=" Un des chasseurs le plus utilisés par les Britanniques pendant la IIe Guerre mondiale."><sup>47</sup></a></span> et des meutes de mini Junkers Stuka<span id="easy-footnote-48-31914" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-10-15/#easy-footnote-bottom-48-31914" title=" Célèbre bombardier en piqué allemand fabriqué à partir de 1935."><sup>48</sup></a></span> qui se heurtent et se déciment aveuglement partout autour. À l’évidence, les oiseaux suivent une tactique précise alors que les insectes, aussi massifs soient-ils, tournoient anarchiquement, se cognant même violemment entre eux. Les piqués et les coups des rapaces sont foudroyants. Ils ne ratent jamais. Les cris, les bruits et les vrombissements se mélangent dans un vacarme assourdissant. En dessous, pour se mettre à l’abri de la pluie de volatiles qui leur tombe sur les têtes, les quatorze venus du ciel sont de nouveau redescendus un mètre sous l’eau. Ce qui se passe en surface c’est le bombardement de Dresde en miniature. Comme planifié, le chaos aérien détruit complètement la brume artificielle qui cache l’objectif. Ce qui reste du nuage noir se disperse aussi tous azimuts. À la surface, l’eau est recouverte par un matelas noir de cadavres, avec quelques pointes brun-rouge. Le soleil se lève, il est 05h26’53” heure locale. La cible se dresse à deux minutes de jet-pack. Depuis un moment déjà, rien qu’à un mètre sous l’eau on entend les sirènes hurlant. «OK. Phase 4. Moteur». On fonce.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur les plate-formes de la station, dans les cabines, les salles, les postes de commande, partout, se créé maintenant le même désordre que tout à l’heure dans les airs. On court dans tous les sens. Quatre immenses phares balayent l’eau par mouvements circulaires, quatre autres tournent dans le ciel. Une pluie de projectiles commence à perforer l’eau, faisant quelques victimes innocentes parmi les bancs de poissons du coin. Les premières visées et touchées sont pourtant les dizaines d’autres caisses fermées qui flottent paisiblement au milieu du tapis de cadavres. Pour elles, c’est pile le moment calculé pour éclater, et ce qui en ressort déclenche la féerie escomptée: le ciel est rempli de ballons tels les boules de savon dont raffolent les enfants, sauf qu’immenses celles-ci, et pas en savon, mais en… latex? silicone? polyéthylène? Impossible de savoir. L’effet est cependant identique: le même spectre coloré des taches d’essence, les mêmes capacités réfléchissantes, la même transparence. Quant au gabarit, les plus petits font dans les trois mètres de rayon, les plus grands ont en tous cas la taille d’une grosse montgolfière. Les formes enfin? Sur ce point, on retrouve la fantaisie débridée du “cerveau” morphologique qui fait à la fois et les délices et les cauchemars du Service, monsieur T: des lapins, des nounours, des vaches, des chiots, des clowns, des cochons, et même quelques formes un peu plus inhabituelles et osées. Mais le plus fou est qu’alors qu’ils gonflent et que les rafales les font aussitôt péter, en éclatant ils engendrent d’autres formes, et en plus grand nombre encore. C’est en plein déroulement de ce spectacle ahurissant que les plongeurs atteignent la station et remontent à la surface. On refait l’appel. Personne ne manque. Ross est cependant sérieusement touché au thorax. Il râle. Pour lui, continuer est hors de question, et comme il risque de se noyer, il est extrait de l’eau, puis solidement coincé entre les membrures d’acier d’un pylône. Ça commence à bien faire, et ∞8 ne peut s’empêcher d’avoir déjà une idée pour le plan B. L’impitoyable compte à rebours indique -00j09h52’34”. Tant qu’à faire, on lance pourtant la phase 5A, et l’équipe entame furtivement l’escalade des structures de soutien au travers d’un dédale fuyant de poutres, piliers et tirants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…][…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est en plein déroulement de ce spectacle ahurissant que les plongeurs atteignent la station et remontent à la surface. On refait l’appel. Personne ne manque. Ross est cependant sérieusement touché au thorax. Il râle. Pour lui, continuer est hors de question, et comme il risque de se noyer, il est extrait de l’eau, puis solidement coincé entre les membrures d’acier d’un pylône. Ça commence à bien faire, et ∞8 ne peut s’empêcher d’avoir déjà une idée pour le plan B. L’impitoyable compte à rebours indique -00j09h52’34”. Tant qu’à faire, on lance pourtant la phase 5A, et l’équipe entame furtivement l’escalade des structures de soutien au travers d’un dédale fuyant de poutres, piliers et tirants.</p>
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		<title>L’ŒIL et le SABRE (9/15)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Jan 2025 19:23:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La semaine du défilé d’automne commence à Somerset House.[note] Grand bâtiment néoclassique de la fin du XVIIIe siècle situé au centre de Londres.[/note] Si elle devait dîner en tête-à-tête avec la Reine, Moonna ne serait pas plus excitée et pour couronner sa frénésie […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><br><strong>Dans l’antre de l’acteur</strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Nul, vraiment nul au monde ne sait où l’acteur se retire, loin, au delà de nulle part, dans un lieu qu’il appelle tendrement son trou, et l’on compte sur les doigts d’une main de menuisier les personnes qui savent que ce lieu existe. Moonna est l’une de ces élues, mais pour y être conduite, elle doit accepter un somnifère, la cagoule, le pince-nez et le casque antibruit. À son réveil, ce qu’elle voit est… comment décrire? Ce pourrait être une énorme grotte naturelle, comme tout aussi bien une ancienne mine, un lac souterrain, un centre de contrôle, des catacombes restaurées, un silo pour missiles reconverti, une cavité artificielle, une station orbitale, le centre de la Terre, va savoir! Une chose semble acquise: ce lieu n’a jamais vu le soleil.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«J’y viens très rarement, et les invités encore moins. T’es privilégiée.» Il parait de nouveau à l’aise, rit, l’écho aussi, pas elle. Expliquer son regard serait impossible: sa beauté est éblouie, consternée, farouche. C’est comme si le ciel était tombé sur sa tête. «Sérieusement» il baisse la voix «si tu es ici, c’est uniquement parce que la situation l’impose. Ce fut aussi le cas pour les autres. Allons manger, j’ai faim, pas toi?» «?!…» «Viens, viens, t’en fais pas, on a ce qu’il faut. Et plus encore.» Il rit de nouveau et prend sa main. Elle le suit, mollement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’endroit est vaste et fascinant. Il est évidemment abondamment éclairé, puisqu’elle n’a aucune peine à bien distinguer autour; quant à savoir d’où vient la lumière… L’atmosphère y est aussi agréable, aucune odeur ne stagne, pourtant il y a nulle ouverture. Les parois sont… voyons… ciment? pierre? fausse pierre? mousse? plastique? faux bois? résine? Et le sol? Et cet étang? Un mélange compliqué et uniforme de naturel et d’artificiel domine, difficile de les séparer. Quelques jolis meubles, pourtant bien intégrés, quelques lianes, peu de décor. Un équipement audio-vidéo impressionnant est logé dans une grande niche. «Mon poste de pilotage» s’amuse-t-il. «Viens.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au fait, ce qui pourrait s’apparenter à la salle à manger est encore une autre sorte de niche, plus haute que la précédente. Au milieu, une grande table design, ronde, quatre chaises. «Je suis – disons – assez feng shui.<span id="easy-footnote-49-31909" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-9-15/#easy-footnote-bottom-49-31909" title=" Art millénaire chinois qui a pour but d’harmoniser l’énergie environnementale d’un lieu pour favoriser la santé, le bien-être et la prospérité des occupants."><sup>49</sup></a></span> Assieds- toi.» La jeune femme est dépassée: ils viennent d’arriver, comment se fait-il que la table soit déjà dressée?! «Tu… je veux dire… quelqu’un vit ici?» «Bien sûr, je vis ici avec mon amant!» Il rit fort et de bon cœur. «Allez, bon appétit, j’espère que tu aimes.» Le menu est assez simple, naturel et franchement très goûteux. Les légumes, la viande, les fruits, la cuisson – tout semble frais et sain. Lui fait le service. (“Il doit bien y avoir une cuisine…”) Tant qu’à faire, Moonna décide d’arrêter de poser – et de se poser – des questions, et prend l’option de se laisser simplement savourer et envoûter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Repas fini, ils vaquent chacun à ses occupations. Elle doit sans faute abattre du travail sur son portable et s’invite dans un canapé fait pour, avec vue sur le “poste de pilotage” où l’autre s’est retiré, allumant d’une main un Corona et une douzaine d’écrans, et d’une autre main divers appareils en veille. Au dessus, des horloges affichent les heures de Lyon, Moscou, Mumbai, Osaka, Palo Alto, Recife. Une paroi de verre sortie de nulle part ferme entièrement la fumée, les sons et les bruits dans la niche. Sur les écrans défilent des images d’endroits et de personnes qu’en partie elle connaît – le bureau de W, les collègues de K au travail, une paillote pieds dans l’eau, Ross assoupi dans sa caravane, Al parlant au téléphone, sa caverne d’Ali Baba, l’intérieur d’une pharmacie, l’atelier de Tournesol, K lui-même devant un terminal. Un écran montre la mire, un autre les infos de CNN avec un compte à rebours qui affiche -02j 10h 46’ 51”, un dernier le poste de pilotage lui-même. D’amples volutes commencent à monter du fauteuil ministériel où est affaissé son espion chéri, pour aussitôt disparaitre, sûrement aspirées par une autre astuce, sans intérêt pour elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les images s’animent peu à peu, bougent, changent, d’autres hommes et femmes apparaissent puis disparaissent, reviennent. Les débats du multiplex s’embrasent très vite, à tel point que Moonna ne peut décoller ses yeux du spectacle. Ça gesticule, ça vient, ça discourt, ça part, ça montre des choses – diagrammes, photos. Par moments, ∞8 se redresse, s’agite, tourne, retourne, s’assied. Il semble avoir complètement oublié qu’il n’est pas seul lorsqu’il fait pivoter son fauteuil, croisant le regard accaparé de la belle. Le sien est d’une telle force, qu’elle ne peut retenir un frisson. Il la dévisage quelques secondes interminables, puis pivote à nouveau. L’instant d’après, un épais rideau de velours noir l’isole définitivement. Tant mieux, à présent elle peut enfin se vouer à son travail. Mais quand même, une heure que cela dure et rien ne sort de ce bunker improvisé, si ce n’est des changements rapides d’intensité lumineuse, preuve que les images bougent et changent, rarement des vibrations, preuve de certaines violences sonores. Puis tout remous s’arrête. La paroi de verre et le rideau noir s’ouvrent. Un acteur méconnaissable s’avance le pas lent, la dégaine hésitante, le visage congestionné, l’air hagard, la tenue débraillée. Du fond de son canapé, Moonna le pare de toute sa tendresse. Lui s’arrête et récupère gentiment un état normal. «Il faut que je me repose un peu», murmure-t-il en s’éloignant. Elle sourit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au réveil, c’est le lendemain, sans que le temps puisse trop compter dans cette autarcie. Toujours sur le canapé, elle est plongée dans son travail. L’homme est redevenu lui-même. «J’ai faim. Mangeons. Après on part.» La démarche féline, elle l’embrasse langoureusement. «Tu es très belle, tu sais?» Il sourit, elle rit. «C’est vrai?» Sans baguette magique, elle illumine l’antre comme ferait la bonne fée du conte. Il la soulève d’un geste alerte et la dépose doucement sur une des chaises de la table à manger. Elle fait la moue coquine. «J’ai dit ‘mangeons’» rit-il, «chaque chose en son temps, d’accord?» Elle doit se résigner. (“D’où sortent encore toutes ces friandises?! Pourtant il vient de se réveiller…”) Il regarde sa Breguet Marine.<span id="easy-footnote-50-31909" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-9-15/#easy-footnote-bottom-50-31909" title=" Modèle d’une manufacture suisse de montres haut de gamme fondée en 1775."><sup>50</sup></a></span> «On n’a plus le temps. Il nous reste moins de deux jours. On a des choses à faire.» «D’accord, mais dis-moi…» Elle hésite, se pince un peu la lèvre. «Quoi?» «Dis-mois… tu as déjà tué dans ta vie? sauf Paraguay, bien sûr…?» Pfff, dire s’il l’attendait, celle-là. «Tu veux dire quoi, des hommes?» Le visage de Moonna dit “Pour qui tu me prends?” Lui: «Non, parce que je viens d’aplatir cette mouche qui m’agaçait.» «…» «Écoute, c’est pas le mo…» «Dis!» Là, c’est lui qui hésite un instant. «Oui. Pour me défendre.» Elle doute. «Et pour défendre les autres. Allez, on y va.»</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Opération Holocalypse</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le retour n’est pas vraiment différent du voyage aller: somnifère, cagoule, pince-nez, casque antibruit durant la première étape – elle connaît déjà et s’y soumet. Au fond, après les bizarreries qu’elle a pu découvrir, à présent tout cela lui semble la moindre. Pour cette fois la destination est Brest, seule indication qu’il lui autorise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est toujours par une nuit sans lune, dans un sous-marin de poche, qu’ils rejoignent l’unité à labour dans la Mer Celtique. Une quinzaine, toutes compétences réunies, dont quelques chercheurs de l’équipe à K. Mais surtout K et Ross! Ensemble à la même table, en train de discuter! «Comment t’as fait?!» Moonna n’en revient pas. Lui, joueur: «Eh…» «Tu sais que t’es insupportable?» «On me l’a déjà dit.» Il rigole. Puis il enchaîne: «Le bon Aloïs.» «Quoi, le bon Aloïs? Parle!» Elle s’énerve. On les regarde. Il cherche un coin plus discret. «Écoute, Aloïs n’était pas le vilain dont m’avait parlé Al. Tu te souviens le petit carnet de notes que j’avais trouvé.» «Évidemment.» «Eh bien cela porte à…» En un flot continu, il lui résume ses découvertes: trajectoire, rôle, exploits, mariage, Kamil, Ross. À la fin il l’embrasse, la laisse à ses pensées et s’en va retrouver l’équipe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les dernières heures de préparation s’écoulent dans la concentration. On répète, encore et encore, cette fois-ci dans leur ensemble, les consignes, les tâches, jusqu’aux moindres gestes. On refait le plan B, puis C, on introduit au dernier moment des variables aléatoires, on analyse les réactions, on corrige. À la fin, on donne un repos d’une heure que chacun est libre de consumer à sa guise. Moonna la passe avec son père. L’acteur, seul. Le délai écoulé, tout le monde se retrouve réuni en formation. Derniers voyages aux toilettes. Visages serrés, barbouillés de vert, ocre, noir. Une contrôle encore des sangles, un autre serre le velcro de sa combinaison gris type astronaute, un autre compte ses chargeurs, qui mâche une boule de gomme, qui envoie un SMS, bref. Un spot clignote: cette fois ça y est. Des regards entendus fusent. Un court message d’Al: ‘Courage. Tu vas le faire. J’ai confiance en toi. A bientôt.’ Magnifique personne! On s’empresse d’embarquer, en silence. L’opération Holocalypse démarre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En fait, elle était déjà en cours. Avant de quitter sa tanière surréaliste, ∞8 avait pris soin de contacter l’équipe d’irréductibles au sujet de Schabble. Pour lui, laisser les choses couler était exclu, et son réseau occulte s’y donna à cœur joie. Ainsi, un peu avant le lancement officiel des actions, il apprit que le cas était réglé. Comment? Simplement parce que moins de 30 heures avaient suffi à ses clandestins pour percer un des secrets les mieux gardés de l’État. L’homme avait un point faible, qui plus est un d’énorme. Ce que le brave Leo dissimulait depuis près de quinze ans avec soin, c’est le culte qu’il portait à ses parents. Et alors?! Oui, mais du haut de ses 68 ans passés, cela posait problème, puisqu’il les avait perdu lorsqu’il était âgé de 51, puis de 56 ans. Et alors?! Oui, mais le problème était qu’il n’avait pas vraiment supporté leurs décès et comme il les adorait tellement et qu’il ne s’était jamais consolé de leur absence, après la seconde perte il les avait remplacé, les deux. Ouais, c’est clair, ça commençait à faire un peu bizarre, surtout de la part d’un potentiel Premier ministre. Et par qui les avait-il remplacés? La question était plutôt par ‘quoi’. Eh bien, par deux grosses poupées en chiffon qu’un sans domicile fixe payé à la pièce avait dérobées dans un bric-à-brac, et qui lui tenaient compagnie toutes les nuits depuis douze ans. Cela voulait dire que le petit Leo, célibataire endurci de 1 m 56, l’homme qui, aux côtés du chef de l’État, gardait un doigt sur le bouton censé libérer le feu de l’enfer, ce Leo-là était en son intimité un minable psychopathe qui, durant toutes ces années, aurait été plus adapté aux spectacles forains qu’aux plus hautes fonctions publiques, culminant, selon les notes si précises d’Aloïs, dans le rôle unique de plus grand traître de la nation. Dès lors, tout avait été un jeu d’enfant, au point que le concierge de la tour V.I.P. dont il occupait l’attique retrouva au petit matin son corps aplati sur l’asphalte reliant l’édifice aux bennes d’ordures. Sur l’écran de son ordinateur portable, le texte ‘Poliment vôtre. Bons baisers d’Aloïs Schwertz’. Les tabloïds, les news télévisées et Internet s’occupèrent du reste.<span id="easy-footnote-51-31909" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-9-15/#easy-footnote-bottom-51-31909" title=" En revanche, encore aujourd’hui l’on ne sait pas si ce fut un suicide ou un meurtre."><sup>51</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…][…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela voulait dire que le petit Leo, célibataire endurci de 1 m 56, l’homme qui, aux côtés du chef de l’État, gardait un doigt sur le bouton censé libérer le feu de l’enfer, ce Leo-là était en son intimité un minable psychopathe qui, durant toutes ces années, aurait été plus adapté aux spectacles forains qu’aux plus hautes fonctions publiques, culminant, selon les notes si précises d’Aloïs, dans le rôle unique de plus grand traître de la nation. Dès lors, tout avait été un jeu d’enfant, au point que le concierge de la tour V.I.P. dont il occupait l’attique retrouva au petit matin son corps aplati sur l’asphalte reliant l’édifice aux bennes d’ordures. Sur l’écran de son ordinateur portable, le texte ‘Poliment vôtre. Bons baisers d’Aloïs Schwertz’. Les tabloïds, les news télévisées et Internet s’occupèrent du reste.<span id="easy-footnote-52-31909" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-9-15/#easy-footnote-bottom-52-31909" title=" En revanche, encore aujourd’hui l’on ne sait pas si ce fut un suicide ou un meurtre."><sup>52</sup></a></span></p>
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		<title>L’ŒIL et le SABRE (8/15)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Jan 2025 08:28:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au SABRE, c’est le branle-bas de combat. Déjà qu’exfiltrer K et ses collègues en trois coups de cuillère à pot depuis le fin fond de l’Asie centrale en court-circuitant les Anglais […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><br><strong>Un agenda unique en son genre</strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au fond du local passent sur un grand écran les derniers exploits de l’ŒIL. Difficile de ne pas regarder, heureusement les boissons arrivent, on se désaltère un peu. ∞8 étale point par point toute l’affaire. À mesure que le faux Sánchez commence à saisir ses tenants et aboutissants, son teint s’essaie à toutes les nuances de l’arc-en-ciel, plus le gris. En fin d’exposé, après une autre tournée où le Tequila sec remplace l’eau, il est blanc. «Je vois, et vous devez sûrement être du SABRE.» Pas de réaction. «Ce que vous me demandez est très compliqué, est… c’est… je dirais exclu. Il est vrai… K… donc votre père (il regarde Moonna)… K… lui il me doit une fière chandelle, cela remonte à… je me souviens plus… enfin… c’est une histoire dont je veux même pas me souvenir… ça ne sert plus à rien… vous savez? des putains d’histoires de bonnes femmes, comme souvent… bah… et puis l’ami Ross, lui, la meilleure c’est que lui aussi… lui il a une grosse ardoise envers moi, mais bon, les choses ont évolué ainsi, on s’est séparés après la guerre, chacun son truc, quoi?» Soudain, il sursaute: «Et vous dites que ça bougeait en dessus, à l’étage?… Oh, quelle horreur… quelle horreur… ma pauvre…» Il se tait un moment. «Le problème… pourquoi je dis que c’est exclu? Le problème est que ce Schabble est un bandit de première classe…» Regard rapide autour. «Pourtant je ne l’ai pas croisé souvent!» s’amuse l’espion. «…il me tient en joue depuis je ne sais plus quand, j’ai fait une fois une connerie, enfin, qu’importe, ce salaud était là au mauvais moment… pour moi!» Il sourit, amer. «Même là, ce cirque de charlots à plumes, vous croyez que j’y étais parce qu’à mon âge je m’intéresse aux caches-sexe Swarovski?» «Aloïs, faisons court. Schabble, on va s’en occuper, cool, c’est pas ma priorité. Ma priorité est à présent de sortir Ross de son wagon du désert, le plonger sous l’eau, lui faire serrer la main à K pour les voir collaborer. Vite. Ça fait beaucoup et le temps presse. Pour ça, tu dois te concentrer, m’avancer quelque chose.» «Mais oui, je sais bien… j’ai compris… sais pas… bon…» Il se penche vers l’acteur. «…il y aurait une sol…» Pan! La vitrine éclate, la clavicule du Sánchez aussi. Il tombe à la renverse sur le damier de marbre. C’est le délire dans le salon, les femmes crient, les hommes hurlent, on se fiche au sol, les tables fauchent les chaises, les assiettes pètent, les boissons giclent, quelqu’un gueule «La luce, la luce!»<span id="easy-footnote-52-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-52-31905" title=" «La lumière, la lumière!» (it.)"><sup>52</sup></a></span> et pan! une seconde balle se loge dans le bois de la table à côté, mais le blessé est à l’abri derrière un amas de meubles. Personne d’autre n’est touché; un peu de sang par ci par là sur un lit d’objets divers, de bois cassé, d’éclats, de mangeaille et de liqueurs. La denture de Moonna claque comme une machine à écrire. ∞8 est déjà dehors.</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Ah, j’étais sûr, j’étais sûr, putain de bordel, mais quel imbécile, j’aurais dû…”) Une arme et un sac jetés sur le trottoir. Il accélère. Par dessus les têtes des gens il aperçoit l’individu, un gringalet chauve, démarche normale si ce n’était un bref coup d’œil en arrière, sans raison apparente, ce qui le fait décoller et faucher les gens style moissonneuse-batteuse, et juste après avoir couché toute une récolte de passants, il s’écroule sec en plein milieu comme frappé par la foudre. «Merde!» Consternation dans la rue. Les gens autour reculent, parlent, gesticulent, s’excitent, se contredisent. L’acteur s’accroupit, brandit un badge quelconque,&nbsp; fouille l’individu qui bave et convulse. (“Soman…<span id="easy-footnote-53-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-53-31905" title=" Violent gaz neurotoxique dont l’effet mortel est presque instantané après absorption par voie orale à l’état liquide."><sup>53</sup></a></span> Merde!”) L’on s’affaire. «Ambulance, quelqu’un appelle une ambulance!» «Un docteur, vite un docteur!» L’homme est raide. La fouille est vaine. Lui dégage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’intérieur du café, les choses reprennent péniblement leurs cours, mais la clientèle a évidemment quitté les lieux. Il ne reste qu’une poignée d’aguerris. Le patron offre la tournée. Le personnel est au labour. Encore choqué, Aloïs se remet. Un docteur de passage le soigne sur place avec les moyens du bord. Par chance, la balle avait ricoché, ce qui ne l’a pas empêché de casser l’os, et l’endroit fait évidemment très mal. Plaie nettoyée et pansement terminé, ils rentrent à l’hôtel. Il y a bien assez de moyens au Prince of Wales pour loger royalement une troisième personne sans trop s’encombrer, néanmoins ∞8 choisit de passer la nuit sur un canapé, regard rivé sur le blessé qui, lui, à peine allongé, rejoint le sommeil du juste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au matin, en meilleure forme, celui-ci poursuit son idée devant le somptueux plateau garni bien posé sur le duvet bleu bermuda. Entre croissants frais du four, œuf à la coque et oranges pressées, son parler est hésitant, il cherche ses mots, tout en essayant de cacher ses douleurs. La stratégie qu’il voit semble maigre. Sa seule qualité est qu’elle existe et, après réflexion, il n’y a visiblement rien de mieux à lui opposer. Petit déjeuner consommé, Aloïs retourne à son repos. Moonna n’entend pas laisser passer une si belle occasion de tester la gamme de parfums et pommades à disposition, alors elle prend son temps dans la salle de bains. C’est donc le bon moment pour allumer un Churchill et faire un point complet avec le Service. Il se retire et ferme la porte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les nouvelles sont mélangées. Les programmes avancent plutôt bien. Les échanges de Ross avec l’antenne d’Adélaïde et retour fonctionnent à plein régime, l’homme est à nouveau motivé. Théoriquement, à ce rythme il pourrait rejoindre le gros de l’effectif sous les quarante-huit heures pour participer à la finalisation de l’entraînement. Théoriquement. Au large du Finistère, les efforts conjoints de la cellule d’action et des onze de Mongolie payent aussi, le douzième et – malheureusement – seul vrai spécialiste en biologie nucléaire ayant dû être évacué et hospitalisé d’urgence à Quimper dans un état critique pour cause de pancréatite aiguë. Des sous-plans dérivés B et C existent, de telle manière que son absence ne périclite ni l’entraînement, ni la préparation du programme. En revanche, par une fuite étrange restée inexpliquée, l’équipe de K, et K en premier, commence à se douter que la présence de Ross est imminente. Comme il semble impossible d’arracher à ces gens le moindre élément sur l’origine de la fuite, le personnel du Service s’emploie à noyer le poisson (c’est le cas de le dire) dans un nuage de conjectures. À son tour, ∞8 présente par le détail son séjour londonien (en passant bien sûr outre l’épisode Schabble) et la stratégie envisagée. À l’autre bout, l’enthousiasme ne déborde pas, cela s’entend. Lui, il y croit. O le soutient. Soudain, une hurlée d’horreur coupe l’entretien. Il se précipite dans la chambre à coucher. Au milieu de la pièce, Moonna vient de finir sa toilette. Sur le duvet gît Aloïs, la bouche grande ouverte, comme les yeux, comme la fenêtre à côte du lit. Vite, le pouls est zéro, certainement arrêt cardiaque. Coup d’œil dehors, en bas, en haut, à droite, à gauche… si, à droite, vers le bas, sur la terrasse voisine, une silhouette s’accroche à un câble lancé depuis un hélicoptère qui vient d’arriver, qui l’arrache et qui prend son élan. Il est déjà trop loin, pas pour sa vision, mais pour la portée de son Glock. L’envie lui prend soudain de le tourner contre lui-même, tellement il est frappé par la rage de l’impuissance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le téléphone sonne, sonne, sonne. Ah, c’est celui de Moonna. Revenue à elle, un collègue du CERN lui verse un torrent dans l’oreille: le centre vient d’être occupé par les unités blanches de l’ŒIL, il n’y a pas eu de victimes, quelques blessés, lui a pu s’extirper par une gaine de ventilation, il est plein de bleus et de griffures, heureusement il n’y avait plus qu’une poignée d’éléments-clé mais quand même, ah oui, et puis le centre de Los Alamos est aussi tombé deux jours en arrière dans les… Il raccroche. Elle s’écroule à plat ventre sur le lit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La seconde fouille en douze heures est fructueuse. Dans la poche intérieure de sa veste, un petit carnet de notes, épais, ouvert et referme mille fois, rempli d’une écriture minuscule, au début régulière, rigoureuse. Avec les pages, elle devient de plus en plus débridée, hâtive, bâclée. C’est un aide-mémoire, un agenda, une narration, un guide, un compte-rendu, un calendrier, un compendium, c’est tout ça à la fois. C’est en allemand, espagnol, russe, anglais, français, plus des codes inintelligibles. Il y a des dates dans un ordre chronologique strict. Surtout il y a des noms, et aussi des croquis, dessins, collages, photos. Il brasse soigneusement les pages comme un paquet de cartes de jeu. «Il me faut absolument remettre un peu mes idées en place» articule-t-il monotone. Une heure quarante plus tard les deux sont de nouveau à l’aéroport et quarante minutes après ils s’envolent.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Mais qui est cet Antonio Sánchez?!</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le temps du trajet, ∞8 change visiblement. Non seulement qu’il n’est pas bavard de nature, mais là il ne sort presque pas un mot, puisqu’il ne sort presque pas les yeux du carnet. Par moments il s’arrête, regard perdu, inerte, revient en arrière, hoche la tête, puis reprend. C’est vrai qu’une importante dose de fantaisie est indispensable pour gober ce capharnaüm écrit, tellement c’est au delà du croyable. Si pratiquement chaque mention et date ne collait pas rigoureusement à la réalité des événements passés, l’on pourrait se dire qu’il s’agit d’un schizophrène particulièrement créatif qui occupe son temps et son énergie à débiter des scénarios mirobolants. Bref survol.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La première note est du 13 avril 1953. Elle est autobiographique. Aloïs se dit fils de Günther et de Calista. À l’âge de 14 ans il est coopté pour quelques semaines aux jeunesses hitlériennes. Le père, ancien Standartenführer<span id="easy-footnote-54-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-54-31905" title=" Colonel (all.)"><sup>54</sup></a></span> de l’Abwehr,<span id="easy-footnote-55-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-55-31905" title=" Service de renseignement de l’état-major allemand de 1921 à 1945."><sup>55</sup></a></span> est déporté par les soviétiques à Vorkoutlag,<span id="easy-footnote-56-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-56-31905" title=" Complexe de camps de travail du Goulag fonctionnant de 1932 à 1962 près de la ville minière de Vorkouta, dans le Grand Nord soviétique, et surnommé “la guillotine glacée”."><sup>56</sup></a></span> près du cercle polaire, en marge de la Sibérie. Il meurt probablement vers la fin des années ‘50. La mère, une nationaliste espagnole née Salgado, femme au foyer, est emportée par la variole en 1946. En 1949 il s’inscrit à l’école de métiers de Vienne. Suivent des pages avec des esquisses: moteurs, diagrammes, quelques portraits et caricatures: l’homme avait du talent. Le 8 avril 1957 il revient avec un résumé: juin 1953, il participe au soulèvement de Berlin; janvier 1954, il est à Mexico pour devenir Antonio Sánchez (il écrit ‘j’avais 22 ans mais déjà tellement marre de traîner après moi un nom plus dangereux qu’une roulette russe’) et aussi pour se marier; novembre 1956, il fuit l’insurrection hongroise. Quelques pages manquent après, de sorte qu’il passe directement à 1959 lorsqu’il conspue Khrouchtchev à New York. Durant été et automne 1962, il est à Port-au-Prince d’où il est bien placé pour suivre la crise de Cuba.<span id="easy-footnote-57-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-57-31905" title=" Suite d’événements survenus en octobre 1962 et opposant les États-Unis et l’Union soviétique à cause des missiles nucléaires soviétiques visant les États-Unis depuis l’île de Cuba."><sup>57</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis le 5 octobre 1962 il écrit d’une main nerveuse: ‘Aujourd’hui c’est le grand jour. -odl–, -c—bl- (les noms sont grattés, mal) et moi nous allons enfin réaliser ce à –oi nou- –vrons depuis bie–ôt dix ans: nous mettons les bases de la —-été Auto—- — —age et de —saignements —-rieurs. D’abord nous nous ré—sso-s les trois, pour prêter serment de fidélité, engagement et courage. Le tout sans limites. Les temps l’exigent. Nous allons faire cela sol–nel–me–, comme les Suiss-s à l’époque.<span id="easy-footnote-58-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-58-31905" title=" Probablement référence au serment du Grütli, censé avoir eu lieu en 1307, mythe fondateur de la Suisse, dont la première trace écrite se trouve dans le livre blanc de Sarnen datant d’environ 1470. Ce mythe est souvent associé au pacte fédéral d’alliance perpétuelle de 1291 entre les communautés de Uri, Schwytz et Unterwald. L’événement rassembla sur la prairie du même nom les hommes libres de ces trois vallées, représentés par les trois confédérés Arnold de Melchtal, Walter Fürst et Werner Stauffacher. Cet accord entre les trois communautés est considéré depuis le XIXe siècle comme l’acte fondateur de la Confédération suisse."><sup>58</sup></a></span> Ensuite nous nous rendrons à la -all- de -ch—id– et nous allons signer le pacte devant tous les compagnons. Je suis fier que mes col—ues et frères ont accepté de nommer l’organisation en souvenir et en honneur de mon père.’ (“Quoi?!?!”) Il relit. ‘…la —-été Auto—- — —age et de —saignements —-rieurs.’ Serait-ce…‘ …nous mettons les bases de la Société Autonome de Blocage et de Renseignements Extérieurs. D’abord nous …’? (“Impossible! Eh oui, SABRE<span id="easy-footnote-59-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-59-31905" title=" Schwert signifie épée en Allemand."><sup>59</sup></a></span>!!! In-cro-ya-ble!!!”) Aloïs serait-il, plutôt aurait-il été, le fondateur de l’organisation qui l’emploie? Mais après tout, la ‹ Société Autonome de Blocage et de Renseignements Extérieurs › (si c’est bien ça) n’est peut-être pas le ‹ Service Anonyme de Brouillage, de Reconnaissance et d’Espionnage ›! Il commence à dévorer les pages.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">À peine trois semaines plus tard, la crise cubaine est résolue sur intervention secrète de la ‹Société›. Treize mois après, Kennedy est assassiné. C’est un de ses plus gros fiascos, elle n’est pas encore bien rodée. Remaniement, disgrâce, passage à vide et aussi période de recrutement et de renforcement. Le rachat vient en juillet 1965, lorsque l’attentat contre de Gaulle est déjoué. Désormais, les actions se relayent avec des résultats divers. Pointage: 1967 Che Guevarra<span id="easy-footnote-60-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-60-31905" title=" Ernesto Rafael “Che” Guevara (1928 &amp;#8211; 1967), révolutionnaire argentin tué en Bolivie."><sup>60</sup></a></span> en Bolivie, 1968 Dubček<span id="easy-footnote-61-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-61-31905" title=" Alexander Dubček (1921 &amp;#8211; 1992), premier secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque durant les événements de 1968 dans son pays."><sup>61</sup></a></span> à Prague, 1970 Salazar<span id="easy-footnote-62-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-62-31905" title=" António de Oliveira Salazar (1889 &amp;#8211; 1970), homme d’État portugais, président du Conseil des ministres de 1932 à 1968."><sup>62</sup></a></span> au Portugal, 1972 Bloody Sunday<span id="easy-footnote-63-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-63-31905" title=" Tuerie survenue le dimanche 30 janvier 1972 à Derry, dans laquelle vingt-sept manifestants pacifistes des droits civils et passants ont été pris pour cible par des soldats de l’armée britannique."><sup>63</sup></a></span> en Irlande du Nord, 1973 Pinochet<span id="easy-footnote-64-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-64-31905" title=" Augusto José Ramón Pinochet Ugarte (1915 &amp;#8211; 2006), général, homme d’État chilien, dirigeant du coup d’État de septembre 1973, président du Chili (1974 &amp;#8211; 1990)."><sup>64</sup></a></span> au Chili, 1974 le Watergate de Nixon<span id="easy-footnote-65-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-65-31905" title=" Affaire d’espionnage politique qui aboutit en 1974 à la démission de Richard Nixon, alors président des États-Unis."><sup>65</sup></a></span>, 1975 chute de Saïgon,<span id="easy-footnote-66-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-66-31905" title=" Le 30 avril, marquant en même temps la fin effective de la guerre du Viêt Nam."><sup>66</sup></a></span> 1976 Soweto<span id="easy-footnote-67-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-67-31905" title=" À l’occasion de manifestations massives soldées avec la mort de 23 personnes."><sup>67</sup></a></span> en Afrique du Sud, 1978 Jean-Paul II pape polonais, 1980 référendum pour la souveraineté du Québec canadien. La suite, évidemment ∞8 la connaît trop bien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En marge des récits, agrémentés par endroits de ratures, croquis, signes, renvois et autres marques, il y a des notes verticales, ou même tête en bas. On lit: ‘19 Dez. 1977 Phnom Penh – <em>Schwarzer Tag. Nichts und niemand kann -la-s N-dlon ersetzen. Wir sind verwaist, ein aussergewöhnlicher Bruder ist von uns gegangen. Es ist ungerecht. Unser Bedauern wird ewig sein, aber wir werden stärker sein als der Tod</em>.<span id="easy-footnote-68-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-68-31905" title=" Jour noir. Rien et personne ne peut remplacer -la-s N-dlon. Nous sommes orphelins d’un frère d’exception. C’est injuste. Nos regrets seront éternels mais nous serons plus forts que la mort.(all.)"><sup>68</sup></a></span> ‘ Et plus loin: ‘22 janv. 1979 -ux—o–g: J’étais pas convaincu, seulement je n’ai pu inverser le trend. Et je veux pas m’imposer, alors la ‹Société› est morte, vive le ‹ Service Anonyme de Brouillage, de Reconnaissance et d’Espionnage ›, alias le ‹ Service ›! Mais je suis content d’avoir pu garder la mémoire de père.’ (“Boum! C’est donc ça. Mon chef suprême, que je connaissais même pas, est bêtement mort ce matin sous mes yeux d’imbécile…”) C’en est un peu trop. Il tourne distraitement les pages. À côté, bercée par le ronron des réacteurs, Moonna entre dans la dernière phase, paradoxale, du sommeil.</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘…juillet 1979… ne peut pas durer indéfiniment… déjà quatre acteurs… aucune explication qui… ‘ puis plus loin ‘… bre 1979… convoquer la réunion de tous… démontrer noir sur bl…’ et une note en caractères gras, soulignée: ‘S—-b— a trahi. Éliminer.’ Un petit vide d’air le fait sursauter. (“-c—bl-? S—-b—? Ce ne serait pas… Sc–bbl-? Schabble?! Quoi?! Schabble… membre fondateur du SABRE?! Non mais… y a-t-il une limite?! “) Pourtant il doit admettre qu’en ajoutant ces invraisemblables découvertes aux diverses autres observations de ces dernières années commence par payer, avoir un certain sens. Un puzzle – sinistre, il est vrai – prend forme sous ses yeux qui… se ferment lentement. Un espion, fut-il première classe, finit aussi de temps en temps par devoir se reposer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pas longtemps. Un autre vide d’air. Il reprend fébrilement sa lecture dans tous les sens. Page 83: tout s’explique. Schabble n’est qu’une sale taupe. Tant de pertes parmi les acteurs lui seraient imputables. Ce n’est que par des complices qu’il peut rester accroché à son poste. Et par du chantage. Tiens, une note. ‘…et je lui parle de mon idée mais lui c’est non et non… c’est docteur non… et la descente… Gaza… personne sauf lui…’ Il avale les pages comme des cacahuètes. ‘…pourquoi en faire… charogne…’ L’écriture est appuyée, débridée, comme s’il écrivait avec un clou. Partout des taches d’encre, de sueur, de saleté, des mots effacés. Page 85: ‘16 mai 1980 (“Ha! Quatre mois avant mon admission!”)… Adieu ‹ Service ›! Adieu mon bébé! <em>It’s a wild world out there. A world of wolves and for the wolves.</em>’<span id="easy-footnote-69-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-69-31905" title=" C’est un monde sauvage là-bas. Un monde de loups et pour les loups. (ang.)"><sup>69</sup></a></span> Tiens, page suivante: ‘…semble qu’ils ont reç… lémen… ptionnel… onde’ Il sourit. Puis: ‘Alfred S.<span id="easy-footnote-70-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-70-31905" title=" Alfredo Stroessner, président (1954 &amp;#8211; 1989) de la République du Paraguay."><sup>70</sup></a></span> m’accueille à bras ouverts. Au moins ça. Père, où que tu sois, accepte mon salut.’ Page 91: ‘…ça devient intenable… marier une zapothèque<span id="easy-footnote-71-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-71-31905" title=" Vieille population indigène présente principalement au sud du Mexique."><sup>71</sup></a></span>… ‘ Et encore: ‘9 juin 1984: Ce soir je vois Kamil. Il est anéanti. L’imbécile… sœur de sa femme… vieux satyre… sa propre belle sœur… Que veut-il?’ Une caricature suggestive, et deux pages après: ‘On voit maintenant à quoi sert la diplomatie en privé! Ha-ha-ha!’ ‘28 avril 1985: Je ne comprends pas… W—– jure… non plus… inexplicable… …botage?!’ Collé, un petit découpage du champignon atomique de Bikini sur lequel il a écrit ‘horreur’. Page 98: ‘…encore… comment est-q… réussit? Pauvre Ross! Je vais voir.’ Page 99: ‘Bon, si ça con… pour toute la vie… …ais à quoi servirait un ami?’ Deux pages manquent. ‘…tement ce qui me manquait maintenant! Et …mil, qui est blin… …x as, lui il… Quel sal…’ Allez, un dernier effort: ‘3… …let 1987: Victoire! Vive le d i v o r c e! Endlich!<span id="easy-footnote-72-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-72-31905" title=" Enfin! (all.)"><sup>72</sup></a></span>’ ∞8 bascule son fauteuil et en moins d’une minute rejoint Moonna au pays des rêves.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…][…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Collé, un petit découpage du champignon atomique de Bikini sur lequel il a écrit ‘horreur’. Page 98: ‘…encore… comment est-q… réussit? Pauvre Ross! Je vais voir.’ Page 99: ‘Bon, si ça con… pour toute la vie… …ais à quoi servirait un ami?’ Deux pages manquent. ‘…tement ce qui me manquait maintenant! Et …mil, qui est blin… …x as, lui il… Quel sal…’ Allez, un dernier effort: ‘3… …let 1987: Victoire! Vive le d i v o r c e! Endlich!<span id="easy-footnote-73-31905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-8-15/#easy-footnote-bottom-73-31905" title=" Enfin! (all.)"><sup>73</sup></a></span>’ ∞8 bascule son fauteuil et en moins d’une minute rejoint Moonna au pays des rêves.</p>
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		<title>L’ŒIL et le SABRE (7/15)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 23 Dec 2024 06:49:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au tomber de nuit, le MI6 attend de pied ferme dans le parking de l’hôtel. Passées les premières politesses, un contact de l’Anglais les guide vers K. Vers l’avatar de K serait plus correct. […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><br><strong><br><strong>Protocoles MODIS2 et 4</strong></strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au SABRE, c’est le branle-bas de combat. Déjà qu’exfiltrer K et ses collègues en trois coups de cuillère à pot depuis le fin fond de l’Asie centrale en court-circuitant les Anglais, n’est certes pas censé figurer dans les annales du Service, mais n’est non plus une sinécure: le plus dur est devant. Une fois dégagée, l’équipe (baptisée «mécanique» pour la circonstance) doit être cachée et protégée le temps qu’il faut pour la «réparer», puis la «remettre en état de fonctionnement». Les ravages des mois passés dans la steppe mongole sont sérieux, et faire revenir la mécanique à son plein régime après un tel séjour exige patience et tact. Sauf que le temps est la denrée rare du moment, ce qui explique la crispation des thérapeutes, psychologues, logopédistes, mnémotechniciens et autres secouristes spécialisés affectés à la tâche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le pouvoir d’infiltration et d’interception de l’ŒIL est depuis longtemps une certitude. La consigne qui entoure l’opération s’oriente donc vers la stricte limitation aussi bien des transmissions externes et internes, même en code ∑, que de tout déplacement, et en général de toute activité pouvant rendre un être visible ou identifiable. Pour ce faire, est enclenché le fonctionnement en MODIS4<span id="easy-footnote-73-31895" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-7-15/#easy-footnote-bottom-73-31895" title=" Abréviation de MOde DIScret: protocole spécial, occasionnel, partiel ou total, de fonctionnement des structures du Service, réparti sur une échelle de 1 à 5 et utilisé dans les situations où l’organisation tombe sous le coup d’une surveillance particulière. Les noms de code des différents niveaux sont: caméléon (1, minimum), escargot (2, strict minimum), hérisson (3, strict minimum autorisé), huître (4, strict minimum absolument indispensable) et chimère (5, néant)."><sup>73</sup></a></span> à tous les échelons liés à l’affaire. Ces éléments réunis font pourtant que pour la mécanique et pour la cellule responsable de ce programme, héberger, protéger, remettre et entraîner ne peuvent surtout pas avoir lieu sur terre ou dans l’air, bref à tout endroit visible de l’espace. Décision est donc prise d’utiliser la partie disponible des structures sous-marines de la Mer Celtique, placée au large du Finistère à 80 m de profondeur. La logistique qu’exige l’installation se fait au pas de charge à la faveur d’une éclipse totale de lune qui a lieu sur un ciel fortement nuageux. Un programme acharné débute une fois les quartiers investis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aux antipodes, la situation n’est pas exactement meilleure. Après le départ de l’acteur, le brillant théoricien, mis au parfum par ses deux sentinelles, se paye le luxe d’une solide dépression dans sa caravane de Maria. Un transfert aux structures immergées où se trouve la mécanique de K est pour l’instant exclu pour des raisons désormais connues. Non seulement que le temps ne joue pas en faveur de tout ce petit monde, mais si l’activité autour des gens du CERN avance tant bien que mal comme prévu, avec des progrès réels, à l’évidence un travail similaire – fut-il moins assidu et partiellement différent – doit avoir lieu en parallèle avec lui. Partant, une antenne est dépêchée dans les faubourgs d’Adélaïde. Un équipement d’émission en spectre électromagnétique est mis en place aussitôt. Là aussi, tenant compte du contexte, la directive vient de passer en situation ‹MODIS2› à l’intérieur d’un cylindre de brouillage à son tour revêtu par un halo de leurres. Un pont informationnel s’établit entre les deux sites, avec à peu près des objectifs identiques à ceux fixés pour la mécanique: rémission et entraînement, la protection étant déjà assurée, aussi que – par la force des choses – l’hébergement, encore qu’il reste précaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le programme se déroule plus ou moins du même pas avec une évolution palpable, en dépit des milliers de kilomètres qui séparent la Mer Celtique du désert austral. L’opération bénéficie du degré de priorité zéro parmi les autres activités du Service. Mieux: les cellules impliquées sont appuyées par des unités spécifiques appartenant à la Brigade des opérations spéciales du Ministère de l’intérieur. Seule petite fausse note: la retenue du Secrétaire à la défense qui, manifestement, ne tient pas à trop s’impliquer, lui-même comme les structures qu’il dirige. Les arguments avancés – une exposition politique trop marquée et un dialogue difficile avec l’opposition – sont certainement non négligeables, mais ne semblent pas suffire et, surtout, convaincre. De surcroît, l’obligation qui s’imposerait d’élargir le système de fonctionnement MODIS à l’ensemble des activités et du personnel subordonné lui pose problème. Pour ne rien arranger, il s’absente très souvent, tantôt en visite officielle, tantôt sans raison déclarée, tantôt en déplacement privé. Comme c’est le cas actuellement, à Londres. Tiens…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Herr Schwertz, je présume…</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La semaine du défilé d’automne commence à Somerset House.<span id="easy-footnote-74-31895" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-7-15/#easy-footnote-bottom-74-31895" title=" Grand bâtiment néoclassique de la fin du XVIIIe siècle situé au centre de Londres."><sup>74</sup></a></span> Si elle devait dîner en tête-à-tête avec la Reine, Moonna ne serait pas plus excitée et pour couronner sa frénésie, une bonne partie du Ritz est occupée par le gotha international des deux sexes et de tous âges: comédiens anglais, sportifs africains, politiciens russes, rock-stars américains, hommes d’affaires chinois, qu’elle croise au petit-déjeuner, sur les corridors et dans l’ascenseur. Pourtant, ce n’est encore rien comparé à l’excitation qui envahit les salons néoclassiques où ont lieu les défilés, preuve qu’en vérité la mode est la nouvelle religion, car la jeune femme n’est de loin pas la seule ‘novice’ dans ce monde cosmopolite de connaisseurs. Autour de ces mandarins et mandarines bourdonne toute une nuée de starlettes, escortes, aspirants et apprentis sorciers en quête d’occasions Instagram ou carrément les provoquant. N’empêche, ce soir-là, à sa descente du taxi, lorsque d’un geste calculé elle prend le bras de son fier espion, sapé lui comme un prince dans son smoking nacre, nœud lilas assorti à ses chaussures blanches laquées, Moonna, longue et simple robe moulée en soie jade, généreusement fendue sur la poitrine et dans le dos,&nbsp; rayonne comme une orchidée solitaire dans une mare. Sa splendeur rayonne, sa pureté illumine l’obscurité et son léger sourire distrait ferait tomber n’importe quel bastion phallocrate.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En quelques secondes, elle est sur toutes les lèvres. Les commentaires se ressemblent: «Qui est cette fée sublime au bras du premier séducteur de la planète?», «Le célibataire le plus convoité de l’univers a-t-il enfin trouvé princesse à son goût?», «Le surprenant couple qui embrase la semaine londonienne de la mode». Dans le lobby, puis dans la salle, le spectacle offert par le public ne cède en rien à celui des collections. Gardes de corps sans cou, crâne rasé et tirés au pochoir, avocats d’affaires emprisonnés dans leurs uniformes gris 50%, femmes fatales fatiguées en négligés recherchés, athlètes déférents et fiers de leurs chignons, vieilles matrones fardées à la truelle – la majeure partie de ce monde bigarré essaie autant que faire se peut d’être en concordance avec le niveau du carnaval sur scène. C’est presque pathétique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est presque pathétique puisqu’en réalité et finalement rien ne saurait égaler le déluge onirique qui, à chaque fois, se succède religieusement, en marche forcée, sur l’interminable allée centrale. Des modèles, hommes comme femmes, ressemblant à des clones arrivés directement du ‹Meilleur des mondes›: même taille, même mensurations, même démarche, même âge, même regard horizontal, même facies vide. Si des mannequins en celluloïd blanc – mécanisés – défilaient à leur place, on se rendrait compte à peine. En revanche, l’objet de l’intérêt – l’accoutrement qu’ils présentent – défie l’imagination.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela débute avec les parades de plusieurs espoirs de l’industrie, jeunes stylistes androgynes poliment applaudis. L’heure a presque sonné pour chacun d’entre eux. Afin de se démarquer et en même temps confirmer la confiance qui leur a été accordée par les divers investisseurs asiatiques, ils font défiler qui des gibbons, qui des vaches, qui encore des canards. En attendant la consécration, chacun de ces épigones choisit de s’appuyer sur le style abracadabrant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À la pause, toute cette faune se serre dans le foyer, entre coupes de Dom Pérignon et mignardises drapées d’un léger matelas truffé, avec quelques pointes de caviar blanc. L’acteur est aux aguets, tandis que Moonna prend déjà visiblement du plaisir rien qu’à saluer gracieusement chaque habitué qui s’empresse comme pas hasard autour, dans un tohu-bohu de «Oh, toi ici, vieux frère?!», «Comment vas tu?», «Mais ça fait un bail!» «Permettez-moi de vous pré…» Elle est resplendissante, renversante. On jurerait qu’à longueur de journées elle ne fait que remplir de bonheur tous les admirateurs qui retournent comblés après lui avoir présenté invariablement la même gamme d’éloges.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les éloges, ∞8 n’en a pas plus cure que les sourires de complaisance, surtout qu’au loin il vient d’apercevoir… mais oui!… le Secrétaire à la défense Schabble en personne, manifestement happé par un vif débat au milieu d’un groupe compact d’inconnus. Il attrape la main de sa princesse, se fraye un chemin à travers la foule et s’arrête bien en vue de l’homme d’État, à quelques pas de ce groupe. Les échanges sont animés, presque trop, et ce n’est qu’après quelques bons moments qu’il se fait remarquer. Les regards se croisent; l’un a le visage de cire, l’autre change de couleur, s’excuse subitement auprès de ses interlocuteurs, tourne les talons et, profitant du remue-ménage crée par sa majesté le Kaiser qui serre à la chaîne des dizaines de mains juste à côté, se fond dans l’océan bigarré. Tout essai de ne pas le perdre de vue s’avère vain puisque les haut-parleurs annoncent pour la seconde fois la reprise du défilé, et c’est la ruée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’industrie du style est une religion globale qui, par ailleurs comme toute autre religion, se compose du noyau clérical, auquel s’ajoute la masse des fidèles. Ce monde est animé par un dogme: la mode. Contrairement à la vocation pastorale universelle du Souverain Pontife, la mode n’a pas de pape. Comme dans l’Église de Rome, elle à toutefois nombre de cardinaux, et le Kaiser en est un, à moins qu’il ne soit <em>primus inter pares</em><span id="easy-footnote-75-31895" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-7-15/#easy-footnote-bottom-75-31895" title=" Expression latine signifiant littéralement ‹premier parmi ses pairs (ou ses égaux)›."><sup>75</sup></a></span>. Alors, à l’instant où sa messe est sur le point de débuter, comme un seul homme l’assistance arrête son souffle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et ça éclate sur des airs de Parsifal, dans un ballet croisé de faisceaux bleu-blanc-rouge, avec des scènes de Métropolis en toile de fond. Le spectacle est sidérant. Passent en marche militaire ininterrompue des nymphes en plumes de paon coiffées de casques perses, des naïades anorexiques pieds nus en combinaisons tricolores de latex, des éphèbes en chaussettes et patchworks de peaux de yak, des grâces en mono soutiens-gorge, jupes en papier gaufré, chevelure électrocutée, des bonzes vêtus d’une feuille de vigne sertie de cristaux Swarovski, blouses en cottes de mailles et bottes en skaï noir, des apollons portant des masques vénitiens, blazers en feuilles de palmier, revers en aluminium, chapeaux melon crochetés. Les dévots ovationnent crescendo à chaque passage. Depuis le coup d’envoi, Moonna est aspirée au septième ciel, pendant qu’à force de scruter le public, ∞8 réussit enfin derrière lui à localiser le Secrétaire à la défense, légèrement affaissé sur sa chaise, l’air perdu. Découvrant en revanche que le plus intéressant est encore derrière celui-ci, il souffle à l’oreille de la fille «Attends-moi ici, surtout ne bouges pas.» Elle est transie. «Moonna, t’entends? T’as compris?» Elle fait un signe muet. Il s’arrache.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La parade touche à sa fin. Des feux d’artifices projetés sur un immense écran qui fait le tour de l’enceinte remplacent le chef-d’œuvre de Fritz Lang. Côté musique, Rammstein remplace Wagner. S’installe une semi-obscurité dosée. Les derniers adonis en <em>body-painting</em>,<span id="easy-footnote-76-31895" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-7-15/#easy-footnote-bottom-76-31895" title=" Peinture corporelle (ang.): art éphémère qui utilise le corps nu comme support."><sup>76</sup></a></span> tongs semelles bois, collants noirs et capes en chinchilla synthétique quittent le podium central et rejoignent le reste des mannequins réunis sur scène pour le salut final. L’exaltation atteint des sommets. On n’attend plus que le cardinal de la mode en personne. Le spectateur Schabble est toujours immobile, on dirait prostré. Derrière lui, un type bien bâti, la soixantaine alerte largement entamée, veste de chasseur à manches longues, chignon grisonnant, moustache épaisse de gaucho. Il suit attentivement et le spectacle et l’assistance et l’homme devant, et alors qu’il se tourne pour observer la scène, un visage souriant l’interpelle: «Herr Schwertz, je présume…» D’un geste vif, il glisse la main droite dans une des poches du veston, mais l’acteur sait le persuader d’y renoncer. «Venez.» Il s’exécute. Les deux quittent la salle pendant que le Kaiser, pur, tunique et lavallière blanches, s’avance tirant modestement sa première petite révérence dans une apothéose mystique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le foyer serait désert s’il n’y avait pas le personnel qui nettoie, ramasse, range. Ça tombe bien. «Qui êtes vous?» «Un ami, et vous êtes Aloïs Schwertz, alias Antonio Sánchez.» L’homme ne réagit pas. Il n’est clairement pas à l’aise, conscient aussi que ce n’est guère l’endroit ni le moment pour jouer au plus malin. «Vous pensez bien que je connais mes amis. Vous n’en êtes pas un.» «Vrai, mais je le serai bientôt.» «En plus, l’on ne tient pas un ami sous la menace.» «Vrai également, sauf que pour l’instant vous m’y forcez. Changer cela ne dépend que de vous. Dans l’immédiat, il faut absolument qu’on change d’endroit, qu’on quitte ce lieu. Nous verrons ça plus tard.» Dans la salle, c’est l’orgie des applaudissements, des ovations et des sifflements. Le brouhaha est total. Il appelle un employé, lui expliquant comment localiser la jeune femme en robe jade. La messe est finie, les premiers zélotes se sauvent. Quelques minutes plus tard, Moonna, toute excitée, essoufflée, les joues rouges, un peu désorientée, les retrouve assis dans un coin.«T’as fait qu…» «Rien, c’est bon, je t’expliquerai après, maintenant dépêche, on y va.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Trouver au Ritz, à toute heure de la journée ou de la nuit un endroit tranquille pour s’entretenir, c’est l’embarras du choix, cependant ils choisissent le Café de Pierre, vis-à-vis. L’endroit est agréable et il faut attendre quelques minutes la première table de libre. A.S. est visiblement nerveux, il tourne, se retourne, va, vient, garde la distance, ne tient pas en place. Moonna chuchote: «Tu peux me dire qui c’est?» Il mime des lèvres: «Sánchez. Schwertz.» Amusé, il voit ses yeux se muer en balles de ping-pong. «Mais comment l’as tu chopé?! Comment tu sais que c’est lui?!» Lui guigne vers A.S., qui est de dos, ouvre légèrement son smoking, ventilant du bout des doigts un épais paquet de photos. Elle mime aussi: «Quoi! C’est quoi?! Comment t’as fait?!» Distrait, il lui mime la soupe, la maison, l’explosion (le bruit ambiant aide, A.S. se retourne, regarde ailleurs), une épée, le cerveau. Elle est fascinée. Une table se libère près de la fenêtre. A.S., regard noir, est devant eux. Ils s’installent. «Un Campari orange pour moi, sans glace, merci. Tu prends…?» «Un Mojito<span id="easy-footnote-77-31895" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-7-15/#easy-footnote-bottom-77-31895" title=" Cocktail traditionnel cubain à base de rhum, citron vert, soda et feuilles de menthe."><sup>77</sup></a></span>, s’il vous plaît, avec glace», elle sourit. «Et monsieur?» demande le garçon. La tablette de la dame en face livre le pugilat de Roger Moore<span id="easy-footnote-78-31895" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-7-15/#easy-footnote-bottom-78-31895" title=" Acteur britannique (1927 &amp;#8211; 2017)."><sup>78</sup></a></span> avec le colosse aux dents d’acier, sur la télécabine.<span id="easy-footnote-79-31895" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-7-15/#easy-footnote-bottom-79-31895" title=" Dans le film ‹Moonraker› (1979) du metteur en scène britannique Lewis Gilbert."><sup>79</sup></a></span> Elle y est transportée. «Rien.» «Bien monsieur.» «Non, attendez, apportez-moi une eau plate, Évian, ça ira.» «Très bien monsieur.» On économise les politesses. «Je serai direct.» «J’attends que ça.» «Je crois que vous jouez un rôle crucial dans des événements majeurs imminents.» «Ah.» «Pour l’humanité.» «Tiens.» «Vous n’êtes au courant de rien, je présume.» «Je vous sens perspicace, à propos, quand même, à qui ai-je l’honneur?» «Un ami, je vous l’ai déjà dit. Mon nom importe peu. Celui qui compte maintenant c’est vous.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…][…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une table se libère près de la fenêtre. A.S., regard noir, est devant eux. Ils s’installent. «Un Campari orange pour moi, sans glace, merci. Tu prends…?» «Un Mojito<span id="easy-footnote-80-31895" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-7-15/#easy-footnote-bottom-80-31895" title=" Cocktail traditionnel cubain à base de rhum, citron vert, soda et feuilles de menthe."><sup>80</sup></a></span>, s’il vous plaît, avec glace», elle sourit. «Et monsieur?» demande le garçon. La tablette de la dame en face livre le pugilat de Roger Moore<span id="easy-footnote-81-31895" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-7-15/#easy-footnote-bottom-81-31895" title=" Acteur britannique (1927 &amp;#8211; 2017)."><sup>81</sup></a></span> avec le colosse aux dents d’acier, sur la télécabine.<span id="easy-footnote-82-31895" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-7-15/#easy-footnote-bottom-82-31895" title=" Dans le film ‹Moonraker› (1979) du metteur en scène britannique Lewis Gilbert."><sup>82</sup></a></span> Elle y est transportée. «Rien.» «Bien monsieur.» «Non, attendez, apportez-moi une eau plate, Évian, ça ira.» «Très bien monsieur.» On économise les politesses. «Je serai direct.» «J’attends que ça.» «Je crois que vous jouez un rôle crucial dans des événements majeurs imminents.» «Ah.» «Pour l’humanité.» «Tiens.» «Vous n’êtes au courant de rien, je présume.» «Je vous sens perspicace, à propos, quand même, à qui ai-je l’honneur?» «Un ami, je vous l’ai déjà dit. Mon nom importe peu. Celui qui compte maintenant c’est vous.»</p>
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		<title>L’ŒIL et le SABRE (6/15)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 30 Nov 2024 07:25:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au tomber de nuit, le MI6 attend de pied ferme dans le parking de l’hôtel. Passées les premières politesses, un contact de l’Anglais les guide vers K. Vers l’avatar de K serait plus correct. […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><br><strong>…<em>guten tag, nicht mein schuld, guten tag</em>…</strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Douillettement installés en première classe, ils savourent enfin un cadre plus agréable que l’hôtel, le bac à sable, sans parler de la demeure de K. Tant que faire se peut, on essaye de se vider les mémoires, alors que le cadre – il faut l’avouer – s’y prête. Champagne? Bien sûr. Caviar? Mais avec plaisir. Foie gras? Un tout petit peu. Truffes? Pourquoi pas. Repos bien mérité. Avec le bourdonnement des moteurs, on rêve bien à 11000 mètres. (“Ah, ce fichu airag cogne, il avait oublié. Et la loupiote au dessus de la porte des toilettes est rouge. Tant pis, c’est urgent. Tiens, Moonna n’est pas là. Il frappe doucement: Moonna? C’est qui? Moi. C’est ouvert. Elle se pomponne devant la glace. Mmmm, ciel, ce qu’elle est parfaite, cette nana. Et il en connait un bout dans ce secteur, par contre là c’est vraiment du domaine de l’exceptionnel. L’effet de l’airag s’envole: sous le regard tendre d’Aphrodite (ou serait-ce Blanche-Beige?!…), ce n’est vraiment pas le moment. Et voilà comment une cabine de 1 m<sup>2</sup> peut devenir la salle du bal de l’opéra. Il s’assied sur le trône et lorsqu’elle se moule à califourchon sur ses genoux, la trappe de l’orchestre s’ouvre, ils sont aspirés tous les deux, enlacés, ils tombent, ils planent, ils piquent, ils culbutent, nooooon…”) «Ah, tu me fais mal!» Amusée, Moonna se couvre la joue. Quoi?! «Coucou, réveilles-toi soldat, tu frappes dans tous les sens.» Elle se marre. Ah, quel dommage… «Viens, le steward est occupé!» Elle le prend par la main et ils s’infiltrent dans la cabine. Cette fois le 1 m<sup>2</sup> est pour de vrai. Il ne rêve plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sauter de Bulgan à Nueva Germanía c’est comme tomber de la poêle sur la braise, surtout avec une donzelle sur les bras et surtout avec une humidité à 80%. Ça suinte jusqu’au polyamide des valises. Heureusement, le téléphone a vu pire. Il vibre. Le troisième message de Al, retardé par le décalage horaire – il fait déjà nuit mais c’est le même jour – dit: (3. Confirmé A.S. transfiguré. Queue de cheval. Attention L.I.S. Bonne chance. Al.) Le message se termine avec quelques secondes d’une étrange musique ethno, sorte de jérémiade monodique. (“Ah, la mignonne Al, toujours avec ses petites blagues à elle!…”)</p>



<p class="wp-block-paragraph">En plein combat acharné avec la transpiration, le lendemain passe inaperçu. Finalement le corps s’habitue tant bien que mal. En réalité on ne fait plus tellement attention. Pour la circonstance, lui doit brièvement troquer son complet gris fer pour un short hawaïen et une chemise blanche, tandis qu’elle est tout aussi flamboyante en sa jupe jaune marguerite et son large t-shirt turquoise qu’elle était la veille, dans la robe de velours bleu nuit. Mais ici le climat reste hostile. Les hommes, les femmes, les chats, les chiens, la végétation, l’ambiance toute entière est hostile. Cependant ils s’acharnent pour le début d’une piste, un indice, quelque chose, n’importe quoi pour remonter à l’homme. Bientôt, le soir revient après une journée vide. En ajoutant la fatigue et l’inimitié des lieux, cela devient rageant. De surcroît – s’étonner? – elle couve une fièvre. S’héberger s’avère une gageure: l’aubergiste du coin, un malabar rongé par la variole, s’affirme complet. Tu parles… Le Glock 77 posé sur le zinc semble aussi sans effet pour le type qui leur montre – sec – la porte: le local ferme pour la nuit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dehors il fait chaud; au-dessus, mille milliards d’étoiles brillent et presque autant d’idée tournent dans la tête de ∞8. C’est un village sans passé, sans futur. De temps à autre on entend au loin des voix, des bruits, des grognements, des… va savoir. Quelques fenêtres sont encore éclairées, puis elles disparaissent dans le noir, l’une après l’autre. Il en reste deux, une ici, une là-bas. Soudain, une porte s’ouvre. La voix rauque d’une femme ordonne: «¡Ven!»<span id="easy-footnote-80-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-80-31879" title=" «Viens!» (es.)"><sup>80</sup></a></span> Ils obéissent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En fonction des besoins, la pièce, étriquée et basse, semble servir de hall d’entrée, de séjour, cuisine, débarras – qui sait? – de chambre à coucher aussi. Un imposant porte-manteaux cache à moitié un escalier en bois qui laisse deviner l’étage et peut-être aussi la cave. Au début, c’est dur de se bouger sans heurter les meubles ou – quand on fait 1 m 88 – le plafonnier. La présence de ces deux ‘touristes’ dans leur accoutrement pastel crie au milieu de ce bazar suranné fait de casseroles en fonte, photos délavées, perruques, bottes encrassées, coussins à modèles, masques, caisses de légumes et bouteilles de vin. Un fusil pend au mur. «<em>Mi esposa y yo mismo, se nos afecta muy de su generosa recepción y le agradecen mucho, la querida Señora.</em>»<span id="easy-footnote-81-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-81-31879" title=" «Mon épouse et moi-même, nous sommes très touchés de votre généreux accueil et vous remercions beaucoup, chère madame.» (es.)"><sup>81</sup></a></span> Silence. «<em>Es usted de verdad muy amable.</em>»<span id="easy-footnote-82-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-82-31879" title=" «Vous êtes vraiment très aimable.» (es.)"><sup>82</sup></a></span> Madame est seule, même lorsqu’elle ne l’est pas; on dirait une paysanne hirsute, bourrue et baraquée à l’âge incertain, 1 m 50 max, des bras bûcherons, air de catcheur. Une marmite d’argile cuit à petit feu. Madame s’y dévoue. Moonna, le regard absent, brûle un peu. «…<em>guten tag, nicht mein schuld, guten tag</em>…»</p>


<span id="easy-footnote-83-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-83-31879" title=" Correct: «<i>Guten Tag. Es ist nicht meine Schuld. Guten Tag</i>» «Bonjour. Ce n’est pas ma faute. Bonjour» (all.)"><sup>83</sup></a></span>



<p class="wp-block-paragraph">Il sursaute. Un perroquet. Il l’avait pris pour un pantin en étoupe. «<em>¡Cállate, Aloïs!</em>»<span id="easy-footnote-84-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-84-31879" title=" «Tais-toi, Aloïs!» (es.)"><sup>84</sup></a></span> (<em>“Guten Tag?!</em>… Aloïs?!… Hm…”) L’atmosphère est moite, il fait chaud, ça sent le cuir et la terre. Le plafonnier tremble, quelque chose bouge dessus, un bruit comme des pas et il a l’impression d’entendre les tonalités étranges concluant le troisième message d’Al. La cuisson est enfin achevée. Madame envoie sur la table deux bols de soupe. Le pain est devant. «<em>¡Coma!</em>»<span id="easy-footnote-85-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-85-31879" title=" «Mange!» (es.)"><sup>85</sup></a></span> «<em>Muchas gracias.</em>»<span id="easy-footnote-86-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-86-31879" title=" «Merci beaucoup.» (es.)"><sup>86</sup></a></span> C’est une sorte de gaspacho chaud, pas mal, à faire arracher les poils du nez. Moonna tousse, hoquette, s’étouffe: ce n’est pas pour elle. Le pain reste bon. Pour lui, ce potage arrive à point nommé, il a vraiment faim et il s’en dédie. À leur droite, assise à côté du four, madame les scrute. Entre deux gorgées, il lance, l’air distrait: «<em>¿Tendrá usted por casualidad una idea de dónde podría encontrar a mi amigo Antonio? Antonio Sánchez?</em>»<span id="easy-footnote-87-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-87-31879" title=" «Dites, est-ce que par hasard vous n’auriez pas une idée où je pourrais trouver mon ami Antonio? Antonio Sánchez?» (es.)"><sup>87</sup></a></span> Silence. Encore une gorgée, et une autre. Quelque chose bouge. Il se redresse juste à temps pour choper la pirouette de la femme en train d’arracher le fusil du mur, mais avant qu’elle s’y retourne, le couteau à pain la pique sous le menton. «<em>Tranquila, guapa.</em>»<span id="easy-footnote-88-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-88-31879" title=" «Doucement, ma petite dame.» (es.)"><sup>88</sup></a></span> Elle ravale son dépit. «<em>Creo que tendrías algo que decirme pero tienes alguna pena a expresarte.</em>»<span id="easy-footnote-89-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-89-31879" title=" «Je crois que tu aurais quelque chose à me dire mais tu rencontres une certaine peine à t’exprimer.» (es.)"><sup>89</sup></a></span> Silence. Elle remue un peu, mais la pointe monte d’un cran. Il murmure à l’oreille: «<em>No seas tímido, estoy aquí para escucharte.</em>»<span id="easy-footnote-90-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-90-31879" title=" «Ne sois pas timide, je suis là pour t’écouter.» (es.) "><sup>90</sup></a></span> «<em>No sé.</em>»<span id="easy-footnote-91-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-91-31879" title=" «Je ne sais pas.» (es.)"><sup>91</sup></a></span> «<em>Eso, reconozco que tengo pena a creérmelo.</em>»<span id="easy-footnote-92-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-92-31879" title=" «Ça, j’avoue que j’ai de la peine à croire.» (es.)"><sup>92</sup></a></span> «<em>Se murió.</em>»<span id="easy-footnote-93-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-93-31879" title=" «Il est mort.» (es.)"><sup>93</sup></a></span> La pointe monte encore un peu: la sueur dilue la goutte de sang qui suinte. Moonna est sans voix. «<em>Eso también, tengo pena a creerlo.</em>»<span id="easy-footnote-94-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-94-31879" title=" «Ça aussi, j’ai de la peine à croire.» (es.)"><sup>94</sup></a></span> «<em>Está en Londres.</em>»<span id="easy-footnote-95-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-95-31879" title=" «Il est à Londres.» (es.)"><sup>95</sup></a></span> «<em>Oí hablar de este pueblo. ¿Podrías ser más preciso?</em>»<span id="easy-footnote-96-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-96-31879" title=" «J’ai entendu parler de ce village. Peux-tu être plus précise?» (es.)"><sup>96</sup></a></span> Elle ravale de nouveau. «<em>Emperador.</em>»<span id="easy-footnote-97-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-97-31879" title=" «Empereur.» (es.)"><sup>97</sup></a></span> «<em>Emperador?!</em>…» L’acteur se concentre. Requête envoyée à O, qui la distribue dans les bureaux. Quelques instants après, l’information arrive. Il sourit: «<em>Muy bien. ¿Ves? Cuándo quieres, sabes.</em><span id="easy-footnote-98-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-98-31879" title=" «Très bien. Tu vois? Quand tu veux, tu peux.» (es.)"><sup>98</sup></a></span> Moonna, viens.» «Où ça?!» «Viens je te dis. On y va.» Il repousse la bonne femme. Du bout du canon récupéré, il lui fait signe de monter. Visiblement furieuse, elle s’exécute lourdement et disparaît à l’étage, tandis que Moonna se sauve en courant. Il saisit son sac et la suit, après avoir fait un dernier tour dans la pièce.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une fois dehors, ils retrouvent la route et se fondent dans le noir. La maison de madame est déjà loin derrière, lorsqu’un long éclat blanc, rouge, orange, jaune illumine le ciel, suivi d’une détonation assourdissante. Ils se retournent, regardent, se regardent. À l’horizon la forêt brûle autour de ce qui semble avoir été la maison de leur soupe. «C’est toi?» Son visage a changé d’un coup; même splendeur, mais avec la fièvre les yeux d’acier et les reflets dorés de l’incendie qui enflamment sa silhouette, c’est une érinye,<span id="easy-footnote-99-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-99-31879" title=" Dans la mythologie grecque."><sup>99</sup></a></span> déesse de la mort. Il se reprend, se retourne, repart muet. Finalement elle le suit à distance et la sublime furie ne lâche pas, au contraire, ce silence coriace ne fait qu’alimenter sa rage, transformant ses interrogations en insinuations, puis en accusations et finalement en sentence. Lui n’écoute que le rythme de ses pas. Brusquement le torrent d’anathèmes s’arrête sec et l’on entend un bruit tout aussi sec. Vidée par la colère, l’effort inutile, la chaleur extérieure comme celle intérieure, elle tombe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils passent la nuit à la belle étoile, elle à coups de frissons et de délires, lui veillant et s’employant à la soulager autant que faire se peut tenant compte des conditions. À leur réveil dans après-midi, ils sont gratifiés par un ciel sans nuages. Aidée par sa jeunesse, elle s’est nettement remise, mais boude: le dépit est solide, et ce n’est peut-être pas sans raison. Une camionnette les amène 100 km plus loin à San Estanislao, d’où la course régulière les dépose au Crowne Plaza d’Asunción après trois heures de voyage sans le mot. La meilleure suite étant disponible, les deux époux Hobbel prennent leurs quartiers pour la nuit, en attendant le vol du lendemain. Il y a évidemment l’air conditionné, à part que ce n’est pas cet élément qui nourrit le froid qui les sépare. Pourtant tout a une limite. «Essaies de comprendre Moonna, la bonne femme voulait me buter, peut-être toi aussi. Pour moi c’était comme de la légitime défense.» «Comme! C’était comme! T’es un monstre! Elle voulait nous liquider… bien sûr… c’est ça… peut-être toi, pas moi! T’étais prêt à l’égorger sous mes yeux! Montre-moi le danger alors que la maison était à trois kilomètres? Hein?!» Elle crie, déchaînée. «Ce n’est pas une question de kilomètres, tu comprendras plus tard. Je suis sûr, Moonna, positif, fais-moi confiance. Essaies.» Sa tonalité sérieuse, réfléchie, contenue, plus une bonne dose de charme, plus une autre dose, infime – 0.017‰ – de son flux ondulatoire, aussi bien qu’une fatigue évidente de la fille, tous ces facteurs produisent un certain effet. Finalement elle cède et s’endort dans le doute, pour rebondir vingt minutes après et l’interrompre dans son travail de communication avec le Service et de recherche sur le web profond</p>


<span id="easy-footnote-100-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-100-31879" title=" <i>Dark Net</i> (angl.): le terme désigne la partie d’Internet non indexée par les moteurs de recherche."><sup>100</sup></a></span>



<p class="wp-block-paragraph">: «Parce que… t’as dit quoi? Quand plus tard? Et où?!» «Chuuut. À Londres.» Il se replonge dans son échange triangulaire car il vient de recevoir des informations complémentaires cruciales sur la cible, Sánchez.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voler en première classe, c’est l’opium abordable du riche et c’est aussi propre à l’espion(ne) de première classe. Pour celui – et celle – subissant volontiers, en plus, l’agrément des toilettes qui y sont réservées, c’est également l’occasion subtile et piquante de s’offrir quelques moments épicuriens. Comme les passagers sont habituellement peu nombreux dans cet univers douillet, et comme leur âge est assez respectable, pour celui (et celle) qui en exprime l’intention, il y a souvent moyen de jouir dans une large mesure de ces lieux privilégiés, les divertissements n’étant pas vraiment limités, ni dans la durée, ni dans la fréquence. Vers la fin du trajet, dans un tel contexte haletant, Moonna s’interroge donc à voix basse: «Mais-Emperador-ça-veut-dire-quoi?» Et poursuit: «Parce-qu’il… oui… oui… à-ce-que-je… oui… sache… oui, il-n’y-a-pas-d’hô-tel-Emperador-à… ouiiii! – Londres…» Lui est trop occupé pour répondre. Elle insiste: «Dis.» «Bien-sûr-qu’il-n’y-a-pas-d’hôtel-Empe… Chut!» Dehors on parle et on distingue une légère agitation, alors on remet la discussion à plus tard. Ce n’est donc qu’une fois bien vautrés dans les satins de la suite Prince of Wales du Ritz<span id="easy-footnote-101-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-101-31879" title=" Prestigieux hôtel ***** situé dans un immeuble historique au centre de Londres."><sup>101</sup></a></span> que le sujet ressort. «Je trouve qu’on est mieux ici qu’à ton Emperador», plaisante elle, radieuse. «Moonna… je t’ai dis que ce n’est pas un hôtel.» «Non, tu m’as pas dit.» «D’accord, je t’ai pas dit. Voilà: c’est pas un hôtel.» «Mais dis-moi qu’est-ce que c’est!» «C’est un homme.» «Un homme?!» «Oui.» «Tu veux dire qu’on aura affaire à un empereur?! Du Japon?! Wow!» Elle rit de bon cœur. «Non, pas tout à fait.» «Alors quoi, dis, tu me fatigues…» «On ira chez le Kaiser.<span id="easy-footnote-102-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-102-31879" title=" Empereur (all.)"><sup>102</sup></a></span>» Elle ouvre grands les yeux: «Quoi?! Le… le qui?…le footballeur?!» «Comment ça, le foot…?! Ah, tu veux dire Kaiser Franz.<span id="easy-footnote-103-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-103-31879" title=" Franz Anton Beckenbauer (1945 -), footballeur international allemand, ensuite entraîneur puis finalement dirigeant club du Bayern München."><sup>103</sup></a></span> Non.» Il s’arrête. «Kaiser Karl.<span id="easy-footnote-104-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-104-31879" title=" Karl Otto Lagerfeld (1933 -), grand couturier allemand."><sup>104</sup></a></span>» Et il l’embrasse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…][…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Moonna… je t’ai dis que ce n’est pas un hôtel.» «Non, tu m’as pas dit.» «D’accord, je t’ai pas dit. Voilà: c’est pas un hôtel.» «Mais dis-moi qu’est-ce que c’est!» «C’est un homme.» «Un homme?!» «Oui.» «Tu veux dire qu’on aura affaire à un empereur?! Du Japon?! Wow!» Elle rit de bon cœur. «Non, pas tout à fait.» «Alors quoi, dis, tu me fatigues…» «On ira chez le Kaiser.<span id="easy-footnote-105-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-105-31879" title=" Empereur (all.)"><sup>105</sup></a></span>» Elle ouvre grands les yeux: «Quoi?! Le… le qui?…le footballeur?!» «Comment ça, le foot…?! Ah, tu veux dire Kaiser Franz.<span id="easy-footnote-106-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-106-31879" title=" Franz Anton Beckenbauer (1945 -), footballeur international allemand, ensuite entraîneur puis finalement dirigeant club du Bayern München."><sup>106</sup></a></span> Non.» Il s’arrête. «Kaiser Karl.<span id="easy-footnote-107-31879" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-6-15/#easy-footnote-bottom-107-31879" title=" Karl Otto Lagerfeld (1933 -), grand couturier allemand."><sup>107</sup></a></span>» Et il l’embrasse.</p>
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		<title>L’ŒIL et le SABRE (5/15)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 09 Nov 2024 08:26:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Sur le point de s’assoupir dans le bus parti à midi d’Oulan-Bator, son regard tombe sur la phablette de son voisin, un jeune branché du pays. […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><br><strong>Moonna Lißah</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le point de s’assoupir dans le bus parti à midi d’Oulan-Bator, son regard tombe sur la phablette<span id="easy-footnote-105-31874" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-5-15/#easy-footnote-bottom-105-31874" title=" Smartphone dont l’écran est d’une taille intermédiaire entre celui des smartphones stricto sensu et celui des tablettes tactiles."><sup>105</sup></a></span> de son voisin, un jeune branché du pays. Ce qu’il voit donne un coup de fouet à ses plans. Le garçon suit en direct sur CNN une transmission de l’ŒIL. Certes, on n’entend qu’une voix déformée, pour autant la tirade reste compréhensible. L’essentiel tient en une échéance: le psychopathe révèle que sa double action, qui ‘améliorera radicalement et définitivement le sort de l’humanité’, aura lieu précisément dans dix jours à 15h07’57” UTC<span id="easy-footnote-106-31874" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-5-15/#easy-footnote-bottom-106-31874" title=" Universal Coordinated Time (angl.): Temps Universel Coordonné."><sup>106</sup></a></span>. Et pour les images? Sans fournir de coordonnées ou autres précisions, elles montrent – dans une rafale de flashes – le quartier général de l’organisation, du personnel cagoulé s’affairant qui en combinaisons blanches, qui – les vigiles – en uniformes ocre, et nombre de silos nucléaires sur terre et sous l’eau. Le tout se termine en apothéose avec un éclatant «BRAVO POUR LES BRAVES!» blanc sur fond noir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">∞8 sait qu’en ce moment les amis du SABRE sont déjà au travail. Arrivé à destination, il se concentre sur son objectif immédiat: sans faute et vite trouver monsieur K. Aux dires du CERN, si le savant du désert australien est l’autorité absolue en matière théorique, K est le maillon pratique indispensable. Sachant qu’à Bulgan les hôtels d’un certain standard ne sont pas légion, comme par hasard revoilà le vieil ami du MI6!… (“À la guerre comme à la guerre”) et il salue son collègue. «Whisky? Vodka?» sourit le MI6. (Au-delà d’antipathies durablement gravées dans les us et coutumes des services, parfois le stress vécu à des milliers de kilomètres du foyer peut opérer d’étonnantes alchimies. Dans l’ensemble, les deux compères ne sont pas plus avancés l’un que l’autre. Alors pourquoi s’éviter? Pourquoi se tirer dans les pattes? Tant que le but est le même, mieux vaut s’entre-aider, ensuite laisser faire les choses.) «Merci, j’essaierai un airbag.» «!!!» «Mais non, je voulais dire un airag.<span id="easy-footnote-107-31874" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-5-15/#easy-footnote-bottom-107-31874" title=" Boisson traditionnelle d’Asie centrale, à base de lait fermenté de jument."><sup>107</sup></a></span>» «Oh, j’admire ton courage. À propos, tu connais les nouvelles?» Ce n’est pas vraiment une question. «Bien sûr, le flash du commun…» «Oui, le communiqué… de quel flash tu parles?!» «Eh bien, dans l’autocar j’ai suivi sur CNN un discours d’une dizaine de minutes sur un fondu-enchaîné d’images assez suggestives.» «Oui, sauf que depuis midi ça tourne en boucle!» «Ah… sur CNN…» «Oui, et sur BBC, Euronews, Fox, Jazeera, ABC et – devine – CBS!» L’information laisse ∞8 légèrement confus… Les amis auraient dû déjà l’en informer… Il finit sa boisson, s’excuse, rejoint sa chambre, se lance dans un long tour en ville… (“… mais nom d’un… c’est pas… c’est pas la nana du CERN?! “) En effet, repliée sur le téléphone d’une cabine, à deux pas de lui, il n’hallucine pas: c’est bien la jeune scientifique par trop insistante remarquée à Genève.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«…là je ne peux vraiment pas te parler, il faut que…» «Je crois qu’on se connaît, non?» lui glisse-t-il dans le dos. Pour la belle, pas le temps de dire ‘Oups’: gant sur la bouche, discret et ferme tour de bras, l’affaire est vite bouclée. «Maintenant t’es sage et nous allons quelque part pour causer tranquillement.» Pourtant, alors qu’il s’empresse de la faire traverser la rue, quelques mètres plus loin et trois mouvements de capoeira<span id="easy-footnote-108-31874" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-5-15/#easy-footnote-bottom-108-31874" title=" Art martial ludique et acrobatique d’origine afro-brésilienne."><sup>108</sup></a></span> plus tard, une Moskvitch<span id="easy-footnote-109-31874" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-5-15/#easy-footnote-bottom-109-31874" title=" Marque soviétique d’automobiles de taille moyenne inférieure."><sup>109</sup></a></span> freine in extremis. Le bel homme est par terre. La belle femme est déjà loin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Douze écrans de télévision bien rangés dans la vitrine du magasin d’appareils électroniques et ménagers d’en face roulent les images de midi. Le chauffeur baragouine tout excité, l’acteur est un peu sonné, des curieux approchent. Il regarde autour, se décolle du bitume et décampe. Trop tard. Où courir?! Ciel, une MZ<span id="easy-footnote-110-31874" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-5-15/#easy-footnote-bottom-110-31874" title=" Marque est-allemande de motocyclettes de petite cylindrée."><sup>110</sup></a></span>! Halt! Halt! Il arrache le type et démarre sur une roue. Pour l’éclairage urbain, ce n’est certes pas Las Vegas, mais il a déjà pu prendre la signature ADN de la jeune femme, l’envoyer à O et recevoir la géobalise de la belle cible. La fille est à peine au bout de quelques rues, à nouveau en train de téléphoner. Cette fois l’homme s’ajoute à sa moto, et les deux sont plus forts que la cabine ajoutée à la fille. En plus, comme à présent c’est krav-maga<span id="easy-footnote-111-31874" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-5-15/#easy-footnote-bottom-111-31874" title=" Méthode combinée d’autodéfense et de combat rapproché d’origine israélienne."><sup>111</sup></a></span> contre capoeira, ça va très, très vite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lames pointées contre les reins et même qu’un peu amochée, la beauté conduit sagement la MZ à l’hôtel, avec le ∞8 en son dos. Dans la pièce, lui prend ses aises, elle – toujours aux aguets – moins. «Café? Rhum? Airag?» Silence hostile. Après plusieurs essais aimables d’engager la discussion, coupées par des chichis qu’il connaît si bien, il va au direct. «Écoute poupée, je ne sais pas si t’es au courant, mais tuer n’est pas jouer, et moi je dois savoir à quoi tu joues. Donc c’est simple: tu peux m’expliquer pourquoi t’es là, pourquoi tu me suis, après t’as peut-être une petite chance pour que l’on soit amis, ou tu peux choisir de rester dans ton petit cinéma débile, et à la fin du show même toi tu ne sauras plus où tu en es, que dire alors de ton copain au téléphone?» L’argumentaire semble faire son effet, car elle quitte peu à peu l’air martial tout en déroulant son histoire tel un tapis mongol.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Ma spécialité est la physique des particules. J’étudie la dégénérescence des bosons.» «C’est ça, oui… à tes heures j’imagine et pour le reste du temps ça doit être la flûte et le hindi.» Elle ne fait pas attention. «Je me suis formé à Uppsala et Zürich, j’ai bossé chez Stratorius puis chez Länikon-Schürhle et l’hiver passé j’ai rejoint le CERN. En fait, j’ai plus ou moins suivi mon père dans ses mandats. Mes parents ont divorcé quand j’avais 16 ans.» «Il fait quoi ton père?» «Il faisait… Il a dirigé des équipes interdisciplinaires de recherche dans la dynamique des plaques… mais là… à présent…» «Attends, mais là , quoi? à présent quoi?» Elle s’arrête, clairement elle peine à continuer. «Pourquoi tu me suis, hein?» Elle esquive. «Je ne me sens pas bien.» «Oui, moi non plus. Tu disais donc?» N’empêche qu’en réalité elle a encaissé quelques jolis coups, sauf qu’en ce moment ∞8 n’est pas d’humeur médicale. Les secondes passent. «Le temps m’est compté, chérie. J’écoute.» À l’évidence il n’y a pas d’issue. Tête baissée, sa voix est au seuil audible. «Une nuit, au mois de mai, mon père a disparu. Depuis, je ne sais rien de lui, s’il est mort ou vivant, dans quel état, où est-il, qu’est-ce qu’il fait». Elle pleure doucement. «Et pourquoi tu me suis jusqu’ici?» Il lui donne un mouchoir. Les secondes passent. «À Genève j’avais compris que vous partez à la recherche de monsieur K.» «Peut-être, et puis?» Le téléphone sonne. C’est le MI6. «Oui.» «Alors, on se bouge?» «Si. Je te rappelle.» «OK. Tu fais vite.» Il raccroche. «Et puis?» «Eh bien, moi aussi je veux le trouver, votre monsieur K c’est… c’est probablement… c’est… c’est sûrement aussi mon père! Je le sais. Je le sens.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà pour une situation. Doit-il croire cette fille? Et même si cela était vrai, pourquoi s’en encombrer? Clairement pas pour quelques mouvements acrobatiques afro-brésiliens, fussent-ils utiles à l’occasion. D’accord, elle à des atouts physiques hors du commun, cela n’en fait pas pour autant un must. Douteux. Difficile. Délicat… Entre temps elle s’est calmée un peu. Tant mieux. «Qu’est-ce qui te dit que c’est bien ton père? T’as fait tout ce voyage sur un coup de tête!» «Vrai, en fait oui et non. Non, parce que je l’ai entendu plusieurs fois parler du désert de Gobi, du Roi du Monde, alors qu’il n’a pratiquement aucun intérêt scientifique ici. C’est pour ça. Et comme je n’ai pas une meilleure idée où le chercher, je n’ai rien à perdre. Voilà pourquoi. Et je n’ai pas peur.» «Formidable, en voilà un critère. Tu sais, je travaille toujours seul. Eh bien là, vraiment, tu me poses un problème.» «J’apporte peut-être aussi une solution. Que savez vous de lui? Pouvez vous au moins le reconnaître?» «Ne t’en fais pas, j’ai des photos.» «Bien sûr, mais êtes vous certain qu’il n’a pas changé? Et puis, c’est quelqu’un de très difficile.» Honnêtement, à ces éventualités ∞8 sait trop bien qu’il n’est pas vraiment préparé. O a eu beau lui confectionner différents portraits-robot de K sur la base des images se trouvant dans les archives, pourtant comment envisager tous les changements qu’un homme peut subir dans un tel environnement? Alors que c’est vrai, la voix du sang ne trompe jamais. Si seulement c’était son père… «OK, prépare-toi, on y va. Attends, avant, encore une chose: à qui parlais-tu au téléphone?» Le visage de la fille s’éclaire. «Un passeur d’ici, j’ai eu son numéro par un ami, artiste à Genève. Ce n’est rien de sûr, toutefois c’est la seule piste que j’ai… Bon, à présent que monsieur sait ce qui l’intéresse, je me dis que peut être monsieur m’accordera la grâce de me faire aussi comprendre à qui j’ai vraiment l’honneur.» «Chaque chose en son temps, mon petit lapinou.» «Ah, je vois… puisque c’est comme ça, moi c’est Lißah, Moonna Lißah.»</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le père de Cro-Magnon</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au tomber de nuit, le MI6 attend de pied ferme dans le parking de l’hôtel. Passées les premières politesses, un contact de l’Anglais les guide vers K. Vers l’avatar de K serait plus correct. Après une heure de marche sous les étoiles, ce qu’ils découvrent fait plus penser aux hommes de Cro-Magnon.<span id="easy-footnote-112-31874" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-5-15/#easy-footnote-bottom-112-31874" title=" Espèce de homo sapiens ayant vécu en Europe au paléolithique supérieur, environ 45 000 ans en arrière."><sup>112</sup></a></span> Déjà l’endroit: un abri troglodyte d’à peine 20 m<sup>2</sup> creusé dans le sol éruptif. Une douzaine s’y terrent. Personne ne peut vraiment tenir debout. Ensuite, les hommes eux-mêmes semblent encore plus troglodytes que leur logis. Et les femmes ce n’est pas mieux. Sans le guide local, la cause serait perdue d’avance. Et K, serait-il vraiment parmi ces gens? Moonna est dépassée. Au risque de glisser à chaque pas sur un lit d’ordures, elle trouve une bûche pour s’asseoir, tête entre les mains. Tout est écœurant. L’endroit empeste la charogne. Hormis le guide qui s’efforce d’y voir un peu plus clair, personne ne parle, surtout pas les primates: marmonner leur suffit. À moitié voûtés, l’acteur, smoking blanc, nœud papillon noir, rose rouge au revers, et le MI6, cardigan en jersey sombre, pantalon sel et poivre, béret du Surrey, attendent incrédules. Mais les minutes passent en vain. Il fait froid, il fait bon noir, on s’éclaire au Zippo<span id="easy-footnote-113-31874" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-5-15/#easy-footnote-bottom-113-31874" title=" Marque de briquets américains à essence."><sup>113</sup></a></span>. Moonna pleure doucement, encore. Elle se lève et sort de la grotte. Les trois hommes la suivent pour bientôt la dépasser, et alors qu’ils s’éloignent tous en silence, un bruit de pas indécis les arrête. Un zombie s’approche à tâtons de la fille, tourne autour, la renifle longuement, tâte ses épaules, son dos. La jeune femme est pétrifiée, ∞8 est prêt à sauter. Inutile, car le danger recule, se retourne et s’estompe. Ils reprennent leur marche. À peine quelques pas encore et le zombie revient, résolu. Il s’arrête. Les quatre aussi, et ils entendent tous, clairement, comme un gémissement: «Moo… n… na?». Eh bien, y a des moments où rire et pleurs ne font qu’un, et celui-là en est justement un. Père et fille aussi ne font donc qu’un: exclu de les séparer. Pourtant le temps presse. Les deux espions ont de quoi être inquiets. Le MI6 tente une approche, ce à quoi le revenant bondit, mugit, se cabre. «Papa, non! ce sont des amis». Le guide et la fille doivent faire un solide effort de persuasion pour le modérer quelque peu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On retrouve le chemin et on augmente la cadence. Les deux ne se quittent pas de mains. Personne ne parle. Que dire? De toute façon, une armada de criquets l’interdit. Enfin la ville. Pas question de rentrer à l’hôtel. Le guide prend son chemin et sa paye. Un petit parc. Une aire de jeu, par chance mal éclairée. Parfait: le bac à sable est la salle de conférence idéale, bien qu’envers et contre toutes insistances de la fille, le père reste muet, inerte. Les minutes passent. Soudain, il aperçoit le sceau sur la chevalière de l’acteur et il tressaille. Il se lève, s’éloigne lentement, manifestement interpellé par la découverte, revient, repart, revient… Il reprend sa place aux côtés de sa fille qui, elle, reprend son argumentaire. Peu à peu la confiance se profile, s’installe, la mémoire refait surface, le langage articulé revient dans un torrent de propos souvent embrouillés par l’émotion.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il a eu de la chance, trop de chance, il a pu échapper aux vigiles de l’ŒIL, lui et certains de ses collègues, pas tous hélas! quand même parmi des plus solides, ils ont eu vent de la descente, certains, c’était en pleine nuit, c’est pour ça qu’il n’a pas pu réveiller Moonna, qu’il n’a pas eu le temps de prendre ses affaires, juste un peu d’argent, puis ils ont tous disparu, séparés, seuls ou par groupes de deux, après avoir décidé en vitesse de s’enquérir l’un l’autre par des messagers fiables ou par des pigeons voyageurs, pas d’appels, pas de cartes de crédit, rien, et comme ça, après avoir erré de bled en bled pendant des semaines, auto-stop, passeurs, etc, ils ont pu se retrouver ici, personne, enfin! presque personne ne sait qu’ils sont tous ici, ha! comment pourrait-ils savoir alors qu’ils vivent comme des rats d’égout? mais sans lui et ses hommes, ce monstre-là a perdu six mois, MI-NI-MUM six mois dans ses recherches de fou, voilà, s’ils les avaient capturé là, maintenant les quatre seraient assis sur une banquise en train de naviguer vers le Congo, au moins là, dans leurs tanière, ils peuvent dormir tranquille, manger tranquille, enfin, quand ce ne sont pas les scolopendres, les mygales du désert et les scorpions qui les mangent, eh, ils se sont habitués à les attraper, ça en fait de bons repas, pleins de protéines… C’en est de trop pour la jeune femme, qui éclate dans une hurlée de fauve que les deux hommes peinent à maîtriser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et le père continue, pas prévu de s’arrêter. Il se répand en détails techniques, expériences, échecs, performances, équipements, risques, records. Sa fille s’emballe aussi et bientôt les agents se retrouvent au milieu d’un vrai symposium. À l’évidence, ils tiennent leurs hommes. C’est le grand succès de la nuit, ou plutôt du matin, car le jour se profile. Un plan est vite dressé: K retournera à l’abri, le MI6 fera venir un moyen de transport discret pour les évacuer, tandis que ∞8 montera la logistique accélérée des futures étapes. Bien, mais Moonna leur apprend la mauvaise nouvelle: son père et le théoricien austral, c’est l’histoire d’une longue rivalité, c’est l’amour-haine, ou plutôt l’inverse. Mais il y a aussi une bonne: un troisième homme (véreux, pense-t-elle) pourrait les réunir. En fait, ce serait le seul qui aurait une chance de réussir ce miracle. Car autant le pouvoir créateur conjugué des deux savants est absolument sans pareil, autant chacun seul est largement moins efficace. (“Décidément rien n’est simple.”)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils se séparent, chacun pour un peu de repos. À l’hôtel, Moonna devient madame Martin, le temps du bref séjour. Ses informations sont transmises de suite au Service. L’homme devrait s’appeler Aloïs Schwertz, du moins c’est ce qu’elle a comme souvenir. Allemand ou Autrichien. 65 ou 70 ans environ, assez grand. C’est tout. Rideau. Dodo. Le mari de circonstance aimerait aussi dormir un peu, si le MI6 ne lui soufflerait pas dans la nuque. Un peu de son rhum préféré serait le bienvenu. Et du bien il lui fait: le Service lui apprend que le voisin est donné pour convalescent, après deux mois d’une obscure maladie. Tiens! Bulgan ne semble pas un sanatorium adéquat pour un Britannique. Mais l’effet du rhum se prolonge, et il rejoint vite la fille dans la douceur de ses occupations oniriques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors qu’un rayon de soleil l’emporte sur le rideau de la chambre, le téléphone vibre, un message arrive. Il sursaute et lit: (1. A.S. = Antonio Sánchez, 1931 – Passau, 1952 – Nueva Germanía, Paraguay, 23°54’42”S, 56°41’57”W. Import-export. Divorcé. W.) (“Tiens, tiens… ça devient vraiment…”) La fille dort le sommeil de la juste. Lui, il essaie de l’imiter. “Ahh, ces rideaux mongols…” Rien à faire, un autre message: (2. Photo ci-joint. Possible transplant facial. D3.8.<span id="easy-footnote-114-31874" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-5-15/#easy-footnote-bottom-114-31874" title=" Code interne indiquant &amp;#8211; sur une échelle de 0.0 à 5.0 &amp;#8211; le degré de danger présumé d’une personne ou d’une situation."><sup>114</sup></a></span> Billets AsiAir AZ3127, 16h45 UTC. Message 3 à 16h00 UTC. …Al<span id="easy-footnote-115-31874" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-5-15/#easy-footnote-bottom-115-31874" title=" De: Argenliquide, Josette Argenliquide, la fidèle secrétaire personnelle de l’acteur."><sup>115</sup></a></span>)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ciel: presque 12h15! Il arrache du lit une madame Martin nase, règle l’hôtel, détourne cette fois une vieille Volga,<span id="easy-footnote-116-31874" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-5-15/#easy-footnote-bottom-116-31874" title=" Marque soviétique d’automobiles de taille moyenne supérieure."><sup>116</sup></a></span> tombe en panne de carburant au milieu de nulle part, s’empare d’un camion. Enfin, pour abréger, vers 15h30 il arrive à l’aéroport. En route, il s’occupe. Avec le concours de Al et de O, il court-circuite le MI6: le soir même, l’équipe de K est évacuée au grand dam du perfide Albion. Destination: <em>terra incognita</em>.<span id="easy-footnote-117-31874" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-5-15/#easy-footnote-bottom-117-31874" title=" Terre (dans le sens de région) inconnue (lat.)."><sup>117</sup></a></span> Aussi, il dépêche auprès du vieil Australien deux tireurs d’élite associés au Service, pour un minimum de sécurité. Enfin, à force de harceler Leo I. Schabble, l’ambigu, l’inquiétant, l’indéboulonnable Secrétaire à la Défense et pressenti futur Premier ministre, W obtient pour l’acteur la permission expresse, exceptionnelle, de pouvoir utiliser l’inverseur de protons, sur demande en hypercode sous les 60 s et sans faute pour une durée ne dépassant pas 10 ms. (Soit dit en passant, l’absence d’un autre rara avis pour efficacement se charger de l’opération, ajoutée à l’ampleur croissante du danger et aux progrès rapides de ∞8, avaient finalement contraint W d’admettre l’évidence: son homme sur place connaissait son travail.)</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’enregistrement à l’aéroport lui offre l’occasion inattendue de saluer – à distance – son collègue qui, enragé car dupé, fait appel à la vieille tactique de la fausse alerte à la bombe. À l’aéroport international Gengis Khan ça marche encore. N’empêche: en combinant de manière équilibrée jogging ultra-rapide, billets de 20 dollars, Ninebots,<span id="easy-footnote-118-31874" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-5-15/#easy-footnote-bottom-118-31874" title=" Marque chinoise de véhicules électriques monoplaces se conduisant debout."><sup>118</sup></a></span> chariots électriques, couloirs des employés, sourires complices et accusations de discrimination envers une personnes handicapée (en son dos, Moonna se fait trisomique durant plus de trois minutes), les deux fugitifs réussissent à gagner leur sièges pour décoller au nez et à la barbe du brave agent et des bredouilles armés de l’aéroport.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…][…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’enregistrement à l’aéroport lui offre l’occasion inattendue de saluer – à distance – son collègue qui, enragé car dupé, fait appel à la vieille tactique de la fausse alerte à la bombe. À l’aéroport international Gengis Khan ça marche encore. N’empêche: en combinant de manière équilibrée jogging ultra-rapide, billets de 20 dollars, Ninebots,<span id="easy-footnote-119-31874" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-5-15/#easy-footnote-bottom-119-31874" title=" Marque chinoise de véhicules électriques monoplaces se conduisant debout."><sup>119</sup></a></span> chariots électriques, couloirs des employés, sourires complices et accusations de discrimination envers une personnes handicapée (en son dos, Moonna se fait trisomique durant plus de trois minutes), les deux fugitifs réussissent à gagner leur sièges pour décoller au nez et à la barbe du brave agent et des bredouilles armés de l’aéroport.</p>
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		<title>L’ŒIL et le SABRE (4/15)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 26 Oct 2024 08:18:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Tout a commencé le jour où les Blonde - papa Ami et maman Ima - déjà comblés, ont vécu un nouvel instant d’émotion lorsqu’ils ont pu s’assurer que la chevelure de leur Jacques chéri allait rester à jamais blonde. […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><br><strong><br><strong>l’ŒIL et le SABRE: mode d’emploi</strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au zénith de son potentiel, ∞8 (car le justicier de Milan c’était bien lui) défie donc l’ŒIL et sa structure tentaculaire. L’ ŒIL, ce n’est pas Dieu, c’est un ersatz monoculaire de Dieu qui se prend pour Dieu, vu et vécu tel Dieu par ses fidèles, environ 1400, en fait de purs sujets de ce dieu succédané. Au contraire du pouvoir absolu qu’il a sur ces gens (mais pareil à Dieu), nul ne connaît son vrai visage, nul ne connaît sa vraie voix (soigneusement modifiée par ordinateur), donc nul ne connaît son âge, ni si c’est un homme ou une femme, ni s’il<span id="easy-footnote-119-31871" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-4-15/#easy-footnote-bottom-119-31871" title=" Par simplicité et courtoisie pour le genre féminin, dans le doute et aucunement par préférence, il est admis que cette entité est de genre masculin."><sup>119</sup></a></span> a une famille.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour la partie immergée de cette ample horreur, côté personnage on le dit fou de canaris nains, de macarons et de musique sacrée pré-baroque, aussi que totalement paranoïaque, voire pédophage,<span id="easy-footnote-120-31871" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-4-15/#easy-footnote-bottom-120-31871" title=" Ou chronophage, de Chronos, dieu de la mythologie grecque, père de Zeus. Pour conjurer la prophétie de ses parents selon laquelle il allait être détrôné par un de ses propres enfants, il les mange au fur et à mesure que son épouse les met au monde."><sup>120</sup></a></span> dévorant systématiquement la progéniture que ses nombreuses vestales se disputent de lui enfanter, en s’offrant à sa gloire divinoïde. Côté ressources, la porte des hypothèses est grande ouverte: industries d’extorsion, commerce illégal de matières rares, contrôle du marché de l’art, viols d’embargos. On le soupçonne de soutenir en secret le mouvement hacktiviste Anonymous<span id="easy-footnote-121-31871" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-4-15/#easy-footnote-bottom-121-31871" title=" D’aucuns se plaisant à l’idée que ce serait une œuvre des services secrets chinois&amp;#8230;"><sup>121</sup></a></span> et – le comble! – d’avoir initié le mouvement opposé Nominous, qui réunit de par le monde ses nombreux adorateurs et supporteurs. Le tout indémontrable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour la partie émergée de la sinistre mascarade, ce que l’organisation offre à l’ovation publique, ce sont des fondations culturelles, de nombreux parrainages sociaux ou scientifiques, des œuvres de charité et des programmes de développement en Afrique, une campagne massive de donations. En réalité, dans nombre de régions, pour de plus en plus de gens, l’ ŒIL est la star qui monte. Son slogan, que l’on retrouve tous azimuts, est ‹Bravo pour les braves!›. Mais ce qui compte vraiment, ce que l’on connaît trop bien, ce sont ses desseins. L’ ŒIL veut faire revenir le vrai âge de glace sur Terre. Il veut aussi se mesurer à Wegener<span id="easy-footnote-122-31871" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-4-15/#easy-footnote-bottom-122-31871" title=" Alfred Lothar Wegener (1880-1930) astronome et climatologue allemand, auteur de la théorie de la dérive des continents."><sup>122</sup></a></span> en recréant Vaalbara.<span id="easy-footnote-123-31871" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-4-15/#easy-footnote-bottom-123-31871" title=" Nom d’un “supercontinent” censé avoir existé il y a environ 3 milliards d’années et réunissant toutes les surfaces émergées."><sup>123</sup></a></span> Enfin et surtout, il veut régner seul sur les sept continents fusionnés et, par la suite, comme le monde ne lui suffit pas, contrôler aussi l’Espace. Pour accomplir son délire, l’ ŒIL s’est assuré deux types d’arguments non négligeables. D’une part, l’arsenal persuasif: allégeance des principaux réseaux d’information et des plus grands centres mondiaux de géo-, bio- et astrophysique avec leurs chefs de file. D’autre part, l’arsenal punitif: un tissu fin de missiles balistiques à têtes nucléaires dispersés dans le monde entier et pilotées en mode furtif depuis deux centres jumeaux relayés en permanence dans l’espace.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le SABRE se doit donc de crever au plus vite cette pieuvrerie de l’ ŒIL – organisation, ressources, réseau et dieu. ∞8 commence par prendre un peu de repos à Essouk, un village du Mali logé à un jour de bus, suivi par un autre de marche de la capitale Bamako. Ordonner les idées, réunir les données, chercher des failles et, avec un peu de chance, bâtir un début de plan d’action. Sur place il trouve des collègues du Mossad israélien, de la CIA américaine, du BND allemand et du MI6 britannique. Une heureuse occasion qui lui permet d’envisager sa stratégie le conduisant d’abord à Maria.<span id="easy-footnote-124-31871" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-4-15/#easy-footnote-bottom-124-31871" title=" Relais de 70 habitants dans le désert Victoria, en l’Australie du Sud, comprenant un magasin, un bistro, un motel, un parking pour caravanes, une piscine et un atelier."><sup>124</sup></a></span> C’est là qu’après moult efforts, il réussit à dénicher et finalement gagner la confiance de la première capacité mondiale en sciences de la terre. Reclus dans sa roulotte, affaibli, laconique, le savant est incapable de se rappeler depuis quand a-t-il coupé tout contact avec le monde extérieur. Sur les parois, des images lumineuses de ce qui est sans doute sa famille laissent penser qu’il est victime d’un terrible chantage. Alternant patience et insistance, son visiteur le persuade finalement de s’ouvrir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Vous savez, même l’esprit le plus tordu, le plus dérangé ne… ne peut échafauder un tel truc. Pour en arriver là, il faut… une composante satanique… j’en suis persuadé. Ils sont malades… malades… Oh, mon Dieu…» Il chuchote presque, par petites phrases, s’interrompt souvent, essoufflé, hésitant, comme s’il veut mettre en place sa pensée. «Je n’ai plus… plus personne… ils m’ont tout pris… tout… c’est comme… comme si je n’existe plus… vous pouvez comprendre ça, monsieur?… pouvez vous?… mort-vivant?» En fait le professeur n’est pas censé de savoir que ∞8 a zéro mal à saisir cela, parce que lui-même est dans un sursis continu et que dès comme lui, il en a déjà croisé. «Je peux.» Le professeur le regarde sceptique, soupire doucement. «Mais on n’y peut rien… ils ont tous les moyens… vous savez? En plus ils ont toute ma famille… toute… dans ces conditions… que voulez vous faire?» Il dévisage son interlocuteur d’un air abasourdi. Air malin: «Les détruire. Pour ça, j’ai besoin de vous.» Ahuri, le prof se tait et pour la première fois son visage prostré se détend un peu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Il me faut trois choses: l’agenda de l’institut avec la liste des collaborateurs et des contacts dans le métier, m’expliquer comment, techniquement parlant, cette chose pense pouvoir mener sa petite besogne, à savoir ressources, méthodes, chronologie, coûts, et enfin me faire des expériences grandeur réduite en milieu ouvert, prouvant que tout cela est effectivement réalisable à grande échelle. Pour l’instant, c’est à peu près ça. Pouvez vous le faire?» L’homme sourit à peine. «Et bien plus encore, cher ami… je sais, ce n’est pas ton domaine… c’est normal que… tu sois un peu perdu… cela dit, n’oublies pas à qui tu parles… je suis bien mort-vivant, mais vivant quand même…». «Ouf! Parfait.» S’installent alors des jours d’intenses dissertations, car au début le savant ne sait non plus à qui il parle. De colloques, ces débats passent donc en échanges nourris. Une semaine après, l’acteur a bien avancé dans ses plans. Il remercie son hôte, transmet illico au Service à °∑8Ω°∂ƒ¬¢<span id="easy-footnote-125-31871" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-4-15/#easy-footnote-bottom-125-31871" title=" Nom de code."><sup>125</sup></a></span> les instructions pour le sauvetage du savant, embrasse en vitesse la caissière du supermarché qui a pu lui offrir quelques bons moments et s’en va droit au CERN<span id="easy-footnote-126-31871" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-4-15/#easy-footnote-bottom-126-31871" title=" Conseil Européen pour la Recherche Nucléaire: plus important organisme mondial dédié à la physique des particules."><sup>126</sup></a></span>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Blanche-Beige</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Genève, rive droite, Hôtel Kempinski. «Bienvenue monsieur. Ou plutôt… bien revenue!», sourit à la réception un visage agréablement entraîné. «Bonjour. Vous êtes nouveau…» «Six semaines, monsieur». «Je vois. Odile?» Visage poliment déçu: «Je suis navré, monsieur, elle a congé aujourd’hui.» «Ah.» «Souhaitez-vous vous installer, monsieur?» «Bien sûr.» «Souhaiteriez-vous la suite exécutive comme d’habitude? Elle est libre.» «Merci». Etrange personnage, étranges manières. Enfin, un cocktail colonel au bar FloorTwo pour se rafraîchir et bien se fixer les idées. «Et un cappuccino.» «Tout à fait, monsieur.» «Pardon, et un verre d’eau glacée. Avec une fine tranche de citron vert.» «Certainement monsieur, cela va de soi.» «Merci.» (“Genève, ça reste Genève…”) Et il se laisse séduire par l’hospitalité du canapé en alcantara mauve. En plus, droit devant, le fameux jet d’eau joue les couleurs d’un magnifique éclairage pastel. Entre ordonner des idées et s’assoupir un instant, le choix est difficile. Ça peut attendre ce soir, ou demain matin… «Le cocktail de monsieur.» «Ah, oui, merci, merci…» «Service, monsieur.» (“Bon, au travail. Je disais donc…Tiens, pourquoi elle me regarde, celle-là?!”) ‘Celle-là’, on dirait BB, Blanche-Beige dans sa première jeunesse: teint blanc éclatant, joues pourpre, crinière frisée d’ébène, la bouche – deux tomates-cerise, formes à réveiller un eunuque et des yeux laser qui le perforent d’une lumière noire. (“C’est pas pos…”) Il se ressaisit et feint rejoindre distraitement ses idées sur fond de jet d’eau pastel. Las: en dépit de tout effort, l’énergie des lasers étant plus intense que celle exigée pour la structuration de son plan, d’un air vaguement amusé il finit par lever légèrement le verre. La panthère des neiges sourit. La suite se déduit aisément.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son mari, un commerçant oriental respecté, est ici pour rencontrer de nouveaux clients. À cet instant-même, il est en réunion à l’hôtel des Bergues, et ce soir ils sont invités pour un dîner d’affaires à… Sourire un brin gêné: elle a oublié l’endroit. (“Joli accent…”) Étant pour la première fois de passage, elle s’ennuie un peu. (“Le planning peut clairement attendre…”) Une petite promenade le long de la rue du Rhône ça irait? Bien volontiers. Et c’est parti. Cependant, sous de tels auspices, deux adultes dans la fleur de l’âge et normalement constitués ne cherchent ni à profiter d’une mousse au chocolat chez Auer, ni guigner dans les vitrines de Bucherer, non plus s’offrir – selon les possibilités – quelques autres petites gâteries. La promenade fait donc une boucle et se finalise très logiquement pendant un certain temps au Kempinski, sous le plumard aérien de la suite exécutive de notre espion.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si c’était d’après lui, le fichu planning pourrait bien attendre jusqu’au matin. Mais pas pour elle, dîner oblige. Elle doit se sauver, et vite, il se fait déjà tard. Objectif: salle de bains pour une remise en état. Pour ∞8, c’est le moment idéal d’un <em>pure malt</em><span id="easy-footnote-127-31871" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-4-15/#easy-footnote-bottom-127-31871" title=" Un whisky composé d’un mélange de boissons issues de plusieurs distilleries."><sup>127</sup></a></span> et d’un Perfecto<span id="easy-footnote-128-31871" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-4-15/#easy-footnote-bottom-128-31871" title=" Petit format de cigare."><sup>128</sup></a></span> sur le balcon. La vue est somptueuse. L’eau apaise et la superbe de la montagne inspire. Avec ce mélange, soutenu par les volutes de fumée, les idées commencent peu à peu à se mettre en ordre. Au point de s’en perdre dedans… Soudain: le Perfecto est déjà à moitié!… (“Mais qu’est-ce qu’elle fa…”) Pirouette, retour dans la chambre et… glissade de dauphin sous la table pour éviter les balles qui se logent dans le rideau encore tremblant, dans le mur, puis celle qui explose le vase Daume-Nancy posé par terre pour la circonstance. De là, saut de mangouste pour attraper une jambe et faucher la Blanche-Beige orientale. Pari avorté devant le nuage brûlant et asphyxiant qui l’enveloppe. Lorsqu’il retrouva ses esprits quelques… secondes?… minutes?… plus tard, Blanche-Beige avait disparu. «Mon cher Jacques, difficile d’aligner plus d’imbécillité en si peu de temps, Prince-Barbant a eu raison de l’emporter avec lui!», se lança-t-il rageant. Un rapide contrôle à l’hôtel des Bergues confirme ses doutes: aucune trace de réservation ce jour-là par un commerçant oriental. À présent il peut au moins aborder comme il faut son planning. Sauf que, perdu sous un guéridon au coin de la chambre, un portefeuille Effrontée<span id="easy-footnote-129-31871" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-4-15/#easy-footnote-bottom-129-31871" title=" Nom d’un produit de la maison française de maroquinerie Longchamp."><sup>129</sup></a></span> améthyste l’intrigue. À l’intérieur, parmi diverses affaires usuelles tout aussi petites qu’insignifiantes, quelques cartes de crédit aux noms imprononçables, un couteau pliant Perceval T45 (“Tiens!…”), deux cartes de visite de son ‘mari’, manifestement sans le moindre&nbsp; intérêt, il découvre un étrange badge électronique juste marqué du signe &nbsp; &nbsp; &nbsp; . «Aaa, eh bien voilà enfin notre Prince-Barbant!».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le CERN est un des rares hauts-lieux du monde des sciences à ne pas encore être tombé dans le sinistre giron de l’ŒIL. ∞8, soi-disant (et pour l’occasion) envoyé spécial du ministère de l’air, consulte les chercheurs, examine différentes méthodes avec les ingénieurs, soupèse les possibilités pratiques avec les analystes. Soudain, un doute: une jeune et superbe scientifique est un peu trop mêlée à ces entretiens, même lorsque son avis n’est pas utile. Mais le temps manque et l’envoyé poursuit les pourparlers au pas de charge. Sa stratégie semble se confirmer et, le plus important, il apprend que sa prochaine étape ne peut être ailleurs qu’à Bulgan<span id="easy-footnote-130-31871" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-4-15/#easy-footnote-bottom-130-31871" title=" Petite ville située au nord du pays, à environ 120 km de la frontière avec la Russie."><sup>130</sup></a></span>, en Mongolie. Et il doit vite s’estomper dans la nature, car ce n’est que sa vigilance 24/7 qui le sauve du guet-apens tendu par deux employés du 5 étoiles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…][…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le CERN est un des rares hauts-lieux du monde des sciences à ne pas encore être tombé dans le sinistre giron de l’ŒIL. ∞8, soi-disant (et pour l’occasion) envoyé spécial du ministère de l’air, consulte les chercheurs, examine différentes méthodes avec les ingénieurs, soupèse les possibilités pratiques avec les analystes. Soudain, un doute: une jeune et superbe scientifique est un peu trop mêlée à ces entretiens, même lorsque son avis n’est pas utile. Mais le temps manque et l’envoyé poursuit les pourparlers au pas de charge. Sa stratégie semble se confirmer et, le plus important, il apprend que sa prochaine étape ne peut être ailleurs qu’à Bulgan<span id="easy-footnote-131-31871" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-4-15/#easy-footnote-bottom-131-31871" title=" Petite ville située au nord du pays, à environ 120 km de la frontière avec la Russie."><sup>131</sup></a></span>, en Mongolie. Et il doit vite s’estomper dans la nature, car ce n’est que sa vigilance 24/7 qui le sauve du guet-apens tendu par deux employés du 5 étoiles.</p>
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		<title>L’ŒIL et le SABRE (3/15)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 29 Sep 2024 06:50:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le temps de plusieurs whiskys, les révélations du justicier remontent au plus haut niveau de l’État. Une réunion du cabinet est organisée en fin d’après-midi.[…]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><br><strong>Reclus sur l’île aux Ours</strong><span id="easy-footnote-131-31866" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-3-15/#easy-footnote-bottom-131-31866" title=" Île norvégienne située dans la partie occidentale de la mer de Barents, dans l’archipel du Svalbard."><sup>131</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le temps de plusieurs whiskys, les révélations du justicier remontent au plus haut niveau de l’État. Une réunion du cabinet est organisée en fin d’après-midi. On rembobine le film des événements, on réécoute son témoignage, on retrace le parcours de la poursuite, on refait les calculs et les comptes, on repense la stratégie et on se replace. À minuit passé, la nouvelle position officielle du gouvernement est entérinée. Il n’en reste pas moins que l’auteur – direct ou indirect – du forfait s’en tire avec un blâme sévère. Tous comptes faits, le prix à payer par le pays reste très lourd, que ce soit en termes d’image, de crédibilité ou de relations internationales. Le mal est fait, il est profond et vraisemblablement durable. Dans le langage euphémique de tous les jours il est courant d’appeler cela «trouver un bouc émissaire»: le lendemain, l’homme reçoit ordre rien que de s’effacer pendant quelque temps, garder profil bas, déposer arsenal et plaque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les mois passent. L’affaire s’émousse, puis tombe dans l’oubli collectif à l’heure où une menace d’une autre envergure et d’une autre complexité se précise. Dans sa retraite sur l’île aux Ours, le protagoniste de l’aventure milanaise ronge son frein. Par quelques informateurs internes restés fidèles, il est au courant des difficultés rencontrées par son département à trouver une solution définitive adéquate. Son heure est venue se dit-il, et retournant impromptu au travail, le revoilà assis devant son chef. «Je vous croyais à l’abri.» «J’y ressors.» «Puis-je savoir pourquoi? On ne vous a pas autorisé.» «Je sais bien…» «…» «…mais vous savez aussi que je suis l’homme de la situation.» «…» Silence. «Situation?» Le “retraité” sourit et dessine une forme dans l’air avec l’index. «!!!» Silence. Ses lèvres miment un mot. «Vous n’êtes pas sérieux… Après tout ce qui s’est pas…» Sur quoi les nerfs lâchent un peu. «Eh bien qu’est-ce qui s’est passé, qu’est-ce qui s’est passé? Je vais vous dire, moi, ce qui s’est passé. Depuis des mois je suis comme mort, traité comme si j’étais pestiféré, volatilisé. Je vis reclus, surveillé par des pingouins et des phoques. Et pourquoi? Parce que j’encaisse à tort une espèce de punition à ce qu’on m’a dit, d’accord?» «…» «Ce n’est pas une première pour le département – et pour vous même en passant – de défiler avec les lauriers d’opérations que je mène et conclus pratiquement seul. Voilà ce qui se passe.» «Écoutez, il.…» «Je n’ai pas terminé. Donc pour revenir, dans ce cas vous savez trop bien que vous n’avez point d’éléments capables de liquider une telle affaire qui a toutes les chances de nous péter à tous et bientôt à la gueule, correct?» «…» «Évidemment, à moins que vous n’ayez trouvé hier matin votre <em>rara avis</em>,<span id="easy-footnote-132-31866" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-3-15/#easy-footnote-bottom-132-31866" title=" Oiseau rare (lat.)"><sup>132</sup></a></span> pendant que je me les gelais et j’alimentais les mouettes. J’ai fini.» «Écoutez, il n’est pas question de reprendre du service… pour l’instant… enfin, pour un certain temps encore… D’ailleurs je viens justement d’en parler au directeur, on a aussi évoqué votre cas, c’est non… c’est sans appel… on verra… on trouvera une solution.» Silence encore. Sans crier gare, le reclus se lève pour sortir. «Où allez vous comme ça?!» L’autre, de dos: «Prendre une douche.» Et il sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au fait, ce ne sont pas tant les soins du corps qui le préoccupent. Il passe au stade du forcing et se fait éconduire partout: «le Premier ministre est en voyage privé avec des hommes d’affaires», «le Secrétaire à la Défense a eu un léger malaise, il récupère», le Secrétaire adjoint vient d’être remplacé, donc inutile de s’énerver avec le nouveau, qui forcément doit tomber des nues, «le Conseiller à la Sécurité est en conférence prolongée avec ses homologues», «le Ministre de l’Intérieur et le Directeur des services de renseignements assistent aux manœuvres conjointes de leurs troupes», et enfin «le Chef des opérations spéciales est indisponible, il est très, très occupé, désolée».</p>



<p class="wp-block-paragraph">On n’est pas de la dernière pluie lorsqu’on pratique dans un tel domaine, à fortiori si l’on compte une certaine ancienneté. À quelques centaines de mètres seulement du lieu de travail, se trouve ce qu’il appelle la caverne d’Ali Baba, qu’il a minutieusement créée avec le temps. Cet antre nébuleux n’est pas seulement un dépôt qui recueille tout ce que l’on peut imaginer en termes de matériel de surveillance, de désinformation, d’interception, d’armement tactique, de leurres, etc. Il fonctionne surtout comme point de rassemblement pour une poignée de clandestins irréductibles: le meilleur faussaire du pays est le boulanger du coin, le spécialiste en cryptographie tient une galerie d’art, l’armurier est un retraité, ancien préposé aux impôts, l’homme des communications est en réalité une femme, pharmacienne diplômée. Si chacun est disponible, leur réunion a lieu généralement sous l’heure. C’est le cas. Il en faut encore quarante-huit à l’équipe pour obtenir la totalité de l’attirail nécessaire. Quand au topo de l’affaire et au contact avec la base, les informateurs loyaux s’en chargent, comme à l’habitude.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des légendes et des frivolités folkloriques, n’importe quel espion reste toujours un homme, d’une constitution physique et psychique certes plus poussée, plus solide, mais un homme quand même, avec ses points forts et ses faiblesses, ses qualités et ses défauts. Peut-être aussi, dans une moindre mesure, avec ses aspirations, ses remords, ses incertitudes. Et en tous les cas son passé qui, dans des moments comme celui-ci, revient. Avant de se lancer, pour un bref moment l’espion est juste un homme ordinaire. Retour en arrière.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br><strong>Devenir ∞8</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout a commencé le jour où les Blonde – papa Ami et maman Ima – déjà comblés, ont vécu un nouvel instant d’émotion lorsqu’ils ont pu s’assurer que la chevelure de leur Jacques chéri allait rester à jamais blonde. Et blond, joyeux et vivace – quoiqu’assez retenu – le petit resta son enfance durant. Hélas! alors que le garçon quittait le bas âge, les parents furent emportés en un éclair par le tsunami ‘Alice’ sur la plage de l’Algue Rêche au Chili. Ce fut finalement le vieil oncle Charles – ancien légionnaire, homme à tout avoir fait, renfermé et dur à cuire – qui façonna son éducation beaucoup plus que l’école.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De collèges en internats et en universités, Jacques Blonde arriva au Portugal puis en Suède, où il se forma aux sciences de la vie avec comme à côté une maîtrise en latin-grec. C’était à présent un jeune homme charmant et stylé, pince sans rire cultivé, avec – c’est vrai – un certain faible pour les jupons, mais particulièrement déterminé. À l’opposé de W, un type plat, sec, carré, sorti droit de l’Académie de police, qui le remarqua lors d’une cosmopolite soirée portes ouvertes organisée par les anciens étudiants de Göteborg. Cet inhabituel voisinage de contraires fut clairement fertile puisqu’à peine un mois après Jacques était officiellement reçu au SABRE.<span id="easy-footnote-133-31866" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-3-15/#easy-footnote-bottom-133-31866" title=" Service Anonyme de Brouillage, de Reconnaissance et d’Espionnage (le Service)."><sup>133</sup></a></span> Dès lors, tout s’enchaîna: yoga, danse, cryptage, arts martiaux, hébreux, chinois, hindou, arabe, espagnol, russe, finances, tir, procédés d’anamorphose et de survie en milieu hostile, gastronomie, pilotage, anthropologie, histoire, jeux, parapsychologie, anatomie. Il brillait en tout. Un an plus tard il était prêt pour sa carrière d’exception.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Service était omniprésent et inexistant, sorte d’abstraction ubique. C’était juste une entité. Son simple nom était craint. Structure, moyens, histoire – mystère! Aussi bien pour W, son présumé chef, que pour ses membres. Que dire alors du public?… Le rituel de communication était inflexible et inviolable. Il n’existait qu’une finalité certaine, absolue: le salut de la patrie et – par extension – de l’humanité. Au Service, on n’avait pas de famille, on n’était pas marié&nbsp; mais on était bien payé et d’habitude on disparaissait assez vite dans l’inconnu, car entre putsch téléguidés, fous internationaux liquidés et structures occultes détruites, le pronostic vital – souvent engagé – des “acteurs”<span id="easy-footnote-134-31866" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-3-15/#easy-footnote-bottom-134-31866" title=" Appellation officielle des membres actifs du Service, en mission (sur le terrain)."><sup>134</sup></a></span> se transformait la plupart du temps en éloge funèbre. Pour le choix des méthodes et pour atteindre ses buts, le Service disposait d’une liberté d’appréciation et d’action totale, comme d’ailleurs chacun de ses membres, au bénéfice permanent d’un permis de tuer. Une opération achevée supposait impérativement un objectif atteint à cent pour cent et aucune limite de temps, de coût ou de toute autre nature ne pouvait faire obstacle à cet implacable diktat.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au sortir de son année de préparation, Jacques était un homme de vingt-cinq ans métamorphosé, excepté son humour cru, resté intact. La preuve: lors de la cérémonie finale qui avait eu lieu dans la cour d’honneur du centre de formation, à l’instant solennel où il venait de recevoir de W son Glock 17<span id="easy-footnote-135-31866" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-3-15/#easy-footnote-bottom-135-31866" title=" Pistolet semi-automatique autrichien."><sup>135</sup></a></span> fabrication spéciale en téflon-titane, une grosse mouche insolente se promenait sur le bord d’un verre de vin de la table de collation. La suite fait partie de la légende du Service: intrigué, le temps d’éclaircir sa voix, Jacques se retourna, chargea, visa à 30 m et la balle scia les ailes de l’insecte. Sur ce point les avis divergent, car certains jurent l’avoir vu suivre attentivement du regard la trajectoire du projectile se perdre dans la forêt voisine, pour se retourner ensuite vers un W interdit, cligner et lui souffler d’un air entendu «C’était rien que pour vos yeux, colonel.». Une chose est sûre: son geste accompli, il s’inclina à peine vers les membres de la commission et vers ses collègues, traversa calmement le jardin dans un silence mortuaire, l’air un rien amusé leva de la table dressée pour le banquet l’objet honteusement souillé par l’infecte diptère, nettoya méticuleusement son bord, remplit le verre et s’adressant à l’assemblée pétrifiée, toasta avec un fin sourire: «Elle mourra certainement un autre jour. Tchin». Grandiose.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De son père, Jacques avait gardé l’air toujours parfait, neutre, posé et racé dans ses complets et smokings parisiens. Du vieux Charles, ça avait été le goût des Coronas<span id="easy-footnote-136-31866" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-3-15/#easy-footnote-bottom-136-31866" title=" Format courant de cigare."><sup>136</sup></a></span> cubains, du rhum haïtien et du thé noir, ce qui n’était pas pour nuire à une impeccable image d’ensemble. Ses études finies <em>summa cum laude</em>,<span id="easy-footnote-137-31866" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-3-15/#easy-footnote-bottom-137-31866" title=" Mention honorifique signifiant avec la plus haute (ou grande) distinction (lat.)."><sup>137</sup></a></span> et au vu de la foi témoignée dans sa future profession, Jacques reçu directement le grade de capitaine et surtout le matricule ∞8, qui résumait tous les attributs de ses génome et cybome,<span id="easy-footnote-138-31866" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-3-15/#easy-footnote-bottom-138-31866" title=" Bagage cybernétique conçu pour un rapport mutuel avec celui inné de l’individu."><sup>138</sup></a></span> réunis à l’école dans le nanoprocesseur 256 bit de 12 GHz et 64 TB planté au bas de sa nuque pour un contact bilatéral permanent et complet avec le Service. Dès lors, son nom, bientôt mythe, devînt ∞8. Sa mutation allait cependant au delà de ce gadget. Pendant sa formation, l’acteur ∞8 avait suivi un programme soutenu de densification corporelle et mentale. Résultat: squelette quasi incassable, masse musculaire endurcie, circulation sanguine accélérée, acuité intensifiée et mécanismes cérébraux réorganisés en flux continus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ses performances mesurées à l’issue de cette formation sont restée depuis inégalées: résistance à la compression de 1 kN/cm<sup>2</sup>, vitesse de déplacement de 60 km/h sur terre et de 18 km/h dans l’eau, force de traction-propulsion de 350 kN, vitesse de calcul de 2 Pflop/s, nullité auditive de 0.001 dB (soit à partir de 100 m, imperception du son émis par l’impact d’une bille d’acier de 10 gr lâchée depuis une hauteur de 1 m sur une plaque de verre), sensibilité visuelle de 10-15 (soit la vision d’un corps noir de 1 mm de diamètre éclairé par une source de 1 lumen se déplaçant à 100 km/h sur un fond noir à une distance de 100 m) et, peut-être la plus importante de toutes, capacité d’émission d’un flux ondulatoire méta-perceptif (entraînant une déformation cognitive contrôlée du milieu) de 10 T pendant 50 ms sur un rayon de 10 m. S’il n’était pas encore le parfait surhomme, il n’en était pas très loin non plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son portrait resterait toutefois incomplet sans évoquer quelques merveilles de O, le «professeur Tournesol» du SABRE: canons plasma dans les index dirigés par le cortex, stylets dans les coudes, moteurs-fusées dans les fessiers, le tout en carbone; chronographe avec compteur Geiger plus réserve d’oxygène; stylo à rayons X et IR; sans oublier la Hispano-Suiza HS21<span id="easy-footnote-139-31866" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-3-15/#easy-footnote-bottom-139-31866" title=" Célèbre marque espagnole d’automobiles exclusives."><sup>139</sup></a></span> amphibie de 4000 ch avec mortiers à obus inductifs perforants, ailes rétractables et blindage polymère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La première mission, ∞8 dût la repousser de plusieurs jours, le temps de se rendre au chevet de son cher oncle agonisant, pour participer à son dernier combat. Désormais il était bien seul et à jamais, si l’on ignore toutes les demoiselles, secrétaires ou top-modèles sans arrêt séduites et abandonnées par cet espion qui aimait court et vite. Déjà une déformation professionnelle, probablement. Sans doute.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De retour au travail, le jeune homme élimina le souci majeur du MORPION.<span id="easy-footnote-140-31866" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-3-15/#easy-footnote-bottom-140-31866" title=" Abréviation de MORt aux esPIONs›, réseau criminel, subversif et ultra-secret."><sup>140</sup></a></span> Au rythme assidu de cinq à six missions par an, son emploi du temps était devenu drôlement dense, et son carnet d’adresses de plus en plus fourni. Parfois, une affaire entraînait ou&nbsp; menait à une autre, de sorte qu’en quelques années il était arrivé à connaître (en tous les cas de nom ou de notoriété, si ce n’est de vue, voire de plus près encore) toute la fine fleur de la pègre mondiale. Dans la plupart des cas, l’inverse était bien sûr valable. Il faut aussi savoir que l’homme a toujours été talonné par la chance. Sûrement plus que nombre de ses collègues – ∂9, ∆7, Ω88, π6, ∑√4, la liste est longue; tous formés à l’identique, et pourtant tous des DAC<span id="easy-footnote-141-31866" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-3-15/#easy-footnote-bottom-141-31866" title=" Disparu au combat."><sup>141</sup></a></span> avant l’heure. Comme la relève tardait, il fut de plus en plus sollicité, ce qui bien sûr ne manqua pas de mener à des ratés. Pas qu’une mission était bâclée, c’eut été insensé, c’est-à-dire impossible, seulement la solution demandait plus de temps, et parfois il fallait s’y prendre à nouveau.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plein d’histoires circulent sur lui, au point qu’il est impossible de séparer le vrai de la fiction, de situer le nombre de combats menés, rapprochés ou non, celui des tentatives d’assassinat déjouées, l’étendue de l’hécatombe qu’il traînait derrière, le compte des aventures gracieuses… Au fil des actions on le crut mort, altéré par la transgenèse, retiré chez les Kirghizes du Pamir ou purement inexistant. C’est par ses exploits solitaires que les gens se souvenaient de lui: libération d’Oslo, nettoyage des infiltrés martiens, paix au Proche-Orient, fin des cartels. Pourtant, la plus incroyable opération reste sans doute celle qui suit. Par conséquent, retour au «retraité» récalcitrant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…][…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plein d’histoires circulent sur lui, au point qu’il est impossible de séparer le vrai de la fiction, de situer le nombre de combats menés, rapprochés ou non, celui des tentatives d’assassinat déjouées, l’étendue de l’hécatombe qu’il traînait derrière, le compte des aventures gracieuses… Au fil des actions on le crut mort, altéré par la transgenèse, retiré chez les Kirghizes du Pamir ou purement inexistant. C’est par ses exploits solitaires que les gens se souvenaient de lui: libération d’Oslo, nettoyage des infiltrés martiens, paix au Proche-Orient, fin des cartels. Pourtant, la plus incroyable opération reste sans doute celle qui suit. Par conséquent, retour au «retraité» récalcitrant.</p>
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		<title>L’ŒIL et le SABRE (2/15)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 Sep 2024 06:11:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Prise en chasse, la Mowag est moins lourdaude qu’elle en a l’air. L’avantage considérable de sa masse multipliée par la vitesse fait qu’à cette heure les embouteillages de Milan lui importent peu: pour cette Eagle I […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pagani C12 Zonda</strong><span id="easy-footnote-142-31860" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-2-15/#easy-footnote-bottom-142-31860" title=" Marque italienne d’automobiles exclusives."><sup>142</sup></a></span><strong> contre Mowag Eagle I</strong><span id="easy-footnote-143-31860" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-2-15/#easy-footnote-bottom-143-31860" title=" Marque suisse de véhicules militaires."><sup>143</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Prise en chasse, la Mowag est moins lourdaude qu’elle en a l’air. L’avantage considérable de sa masse multipliée par la vitesse fait qu’à cette heure les embouteillages de Milan lui importent peu: pour cette Eagle I, les rues et les trottoirs sont vides, ou plutôt sont comme vides. À 100 km/h, la cinq tonnes d’acier blindé devient une boule de curling qui bute, gicle, brise et broie tout ce qu’elle rencontre, mobile ou immobile. La canaille derrière le volant carbure à l’adrénaline, tandis qu’à ses côtés un complice arrose avec son M16 par les cassures de la vitre arrière. Les deux grosses Aprilia<span id="easy-footnote-144-31860" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-2-15/#easy-footnote-bottom-144-31860" title=" Marque italienne de motocyclettes."><sup>144</sup></a></span> d’escorte complètent le feu d’artifices par des rétro tirs commandés au guidon. En revanche, pour la C12 Zonda à neuf cent mille euros qui les poursuit, slalomer à travers la jonchée de débris que sème le monstre mécanique est plus compliqué, mais elle se rattrape avec des pointes à 180 km/h. Sept véhicules des autorités font de leur mieux pour fermer ce vif cortège. Le jackpot se compose des terrasses de restaurants sur la via Dante, la fontaine Piermarini, une borne hydrante de la piazza Velasca, la statue de Marc-Aurèle, les arbres de la via Santa Sofia, les vitrines des galeries Victor Emmanuel II, la statue de saint François d’Assise, une autre borne sur le corso Europa et un certain nombre de piétons, vélos, scooters, voitures, kiosques, poteaux, étalages, gradins et barrières. Dommages collatéraux: trois voitures Alfa Roméo des carabiniers explosées, un fourgon Fiat Ducato des vigiles renversée, deux voitures Subaru de la police démolies, auxquelles il convient d’ajouter les deux Aprilia envolées comme des artésiennes. Victimes collatérales: neuf.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le rodéo du blindé se termine dans l’étang de sa mission diplomatique après avoir percé en dernier l’enceinte électrifiée du jardin qui cerne le bâtiment. La supercar suit quelques instants après et s’incruste en son dos dans un coûteux fracas. Inutiles, les sentinelles pomponnées décampent. En dépit des chocs, les deux plus un occupants des bolides s’en sortent tant bien que mal, sauf qu’un peu secoués. Débute une partie de cache-cache agrémentée par un feu nourri à travers arbustes et buissons taillés à la française. Le complice mitrailleur est le premier à toucher le sol, touché au front. Très vite, la sécurité de l’ambassade se joint à la partie, et sous les projecteurs qui balayent l’endroit on remarque même un lance-roquettes. Mieux vaut tard que jamais, arrive la dernière Subaru, cependant les policiers qui l’occupent se tiennent à bonne distance, conformément au principe d’inviolabilité du territoire. Ci et là dans le quartier, on aperçoit des explosions, probablement dues au gaz, puis des sirènes, des cris et des appels au calme. Une régie mobile de la Rette-Quattro s’arrête derrière la Subaru. D’autres postes de télévision suivent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À priori, seul contre une douzaine, le combat est inégal. Les tirs sont nourris, pourtant la situation tend à s’équilibrer, les extra dont l’ambassadeur a choisi de s’entourer ne ressemblant pas à des virtuoses dans la maîtrise des armes à feu. Le fait est qu’ils tombent l’un après l’autre, comme foudroyés par une grosse tapette à mouches. Reste que le lance-roquettes est toujours actif. Preuve: un premier tir maladroit embrase le troisième étage de l’immeuble locatif situé vis-à-vis. Dans l’intervalle, tapis sous un thuya, le truand de la Mowag s’emploie à canarder de plus belle son rival de la Pagani. Et il vise bien, lui: une fois la cuisse, une fois l’épaule gauche. Puis les coups cessent. On dirait qu’il n’y a plus âme qui vive. Le déluge de feu ayant mis hors service sept projecteurs sur huit, l’endroit est mal éclairé. Un silence pesant et durable s’installe. La nuit descend, l’air est plat et l’on entend seulement un léger frémissement de l’herbe. Puis de nouveau rien. Les policiers s’interrogent: «Lieutenant, qu’est-ce qu’on fait? Chef?» «Rien. On ne fait rien. La boucle. On attend.» «Oui chef, à vos ordres lieu…» Un éclair métallique déchire l’obscurité et un hurlement de bête égorgée brise le silence. Affalée sous le thuya, la canaille râle. Le projecteur lèche le coin, juste assez pour faire apparaître une ombre accroupie qui se jette à terre. Cette fois il est près, en ligne de mire, le lance-roquette ne saurait le rater. En tout cas, le projectile ne rate pas l’aile droite de l’ambassade, ce qui envoie une partie des employés de la mission à l’hôpital et une autre partie pour huit mois à l’hôtel, le temps de rebâtir la partie démolie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Enjeu: la paix mondiale</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La bavure, son écho et ses conséquences sont énormes. L’incident diplomatique est extrêmement grave. On parle de <em>casus belli</em>.<span id="easy-footnote-145-31860" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-2-15/#easy-footnote-bottom-145-31860" title=" Occasion ou situation de guerre (lat.); acte de nature à déclencher des hostilités entre deux États."><sup>145</sup></a></span> En tant que pays hôte, l’Italie est sur la sellette pour la gestion de l’affaire. Le Vatican et l’Autriche interviennent. Les pourparlers et conférences se suivent et se ressemblent, la nervosité générale baisse d’un cran, mais une tension palpable subsiste. Fait gênant, l’auteur du forfait est aux abonnés absents. Pire: son cadavre aussi, donc pas moyen de l’interroger – voire de l’autopsier – pour avoir une seconde version des faits, car n’ayant pas pris directement part aux événement, celle de la police locale est irrecevable. C’est l’impasse. Les autorités victimes du ravage sont inflexibles. En face, le gouvernement ayant commandité l’intervention est pris en tenaille entre, d’une part, l’opposition déchaînée qui crie au scandale, l’affuble de tous les noms d’animaux – pigeons, ânes, bécasses – et profitant du climat, envisage d’enquêter sur de possibles financements et liaisons louches et d’autre part une opinion publique indigène qui salue l’exploit et soutient la majorité dans les sondages pré-électoraux. En toile de fond, la voix ambiguë et contrastée de la communauté internationale, orchestrée par les différents trusts de presse. Du Premier ministre en passant par le Secrétaire adjoint à la défense, le Conseiller à la sécurité nationale, le Directeur des services de renseignements et jusqu’au Chef des opérations spéciales, tous les hauts responsables de l’administration touchés de près ou de loin par cette affaire sont sur le qui vive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Entre temps, le principal intéressé, bien vivant – car miraculeusement épargné par l’imprécision du tireur de roquettes – se remet anonymement de ses deux blessures à l’hôpital de Davos, en Suisse. En même temps, il s’assure la compagnie galante de l’infirmière de nuit. Un mois après l’incident, il regagne son lieu de travail. Costume Prince de Galles, cravate Hermès, chemise Huntsman en satin bleu lagune, borsalino, manteau Dunhill à doublure pourpre, chaussures Louboutin noires, le tout sur fond d’un léger sourire désinvolte – ce matin-là il est fidèle à lui même, si ce n’est qu’il boîte légèrement: la blessure à la cuisse lui fait encore mal. La consternation est générale, au point qu’une demi heure après il est appelé devant son chef direct.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Bien remis? En forme?» «Il y a mieux, mais ça va, je vous remercie.» Silence. «Franchement, vous savez? j’ai beau avoir quelque peine à me retenir, j’avoue être curieux de savoir ce que vous me sortirez cette fois.» «Je ne suis pas sûr de comprendre.» «Vraiment!» «Positif. L’opération Foudre a été une mission des plus délicates. Accomplie. Pour vous, c’est un succès. Que voulez vous dire?» Le chef cherche ses mots. «C’est juste, je vous l’accorde, attendez… (il saisit le rapport de l’opération) voilà, vingt-sept tués, soixante-quatre blessés, dix-huit véhicules divers détruits, dont un autocar avec des touristes japon…» «Pardon? De quoi par…» «…vous permettez? je disais un autocar japonais, huit immeubles endommagés, avec un nombre encore indéterminé de commerces provisoirement fermés, l’eau potable arrêtée plusieurs jours… oui, trois jours, sur un quart de la ville, deux conduites de gaz volatilisées, cinq incendies…» «Non, mais… monsieur…» «…je peux continuer?…» Debout, le chef est hors de lui. Il commence à débiter de plus en plus vite. «…je disais donc cinq incendies, des monuments, des postes de transformation, du mobilier urbain, arbres, luminaires, fontaines, parcs, places de jeux, câbles aériens… dois-je poursuivre?» «…» «C’est ce qui en fait un beau succès, n’est-ce pas?» «…» «Ah, excusez-moi, j’allais oublier! Oh, quelle gourde, bien sûr: une ambassade mise à terre, trois de ses fonctionnaires – dont l’attaché culturel – estropiés, et neuf membres du personnel annexe explosés, les relations diplomatiques gelées et on attend la déclaration de guerre. Oui, bon, j’en passe et des meilleures: je ne sais pas si vous êtes au courant, depuis des semaines ce succès est à la une des journaux, il passe régulièrement en <em>prime time</em><span id="easy-footnote-146-31860" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/loeil-et-le-sabre-2-15/#easy-footnote-bottom-146-31860" title=" Début de soirée (angl.)"><sup>146</sup></a></span> à la télévision, au parlement on hurle à l’incompétence, on nous traite de honte de la nation et on demande la démission des responsables.» «…» «Je ne puis donc que vous remercier infiniment pour l’accomplissement de votre mission si délicate et du succès qu’elle représente pour mon service.» «…» «Oui? J’écoute.» «…» «Pardon? Vous dites?» «Monsieur, sauf votre respect, vous faites erreur.» «Oh, bien sûr, je sais, justement, je m’attendais à cela, bien sûr que je fais erreur, nous faisons tous erreur, y compris les morts et les quelques dizaines – si ce n’est centaines – de millions que nous devrons bientôt débourser en réparations et indemnisations, tout ça c’est de l’erreur, c’est du rêve, c’est… vous n’en savez rien, ‘pas?» L’homme retombe sur sa chaise, épuisé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Si vous permettez…» «…» «Cela est certainement exact. Vous comprenez que je n’ai pas fait le compte. J’avais une mission. Elle était compliquée, urgente, et sur le point d’aboutir. C’était une question de minutes et le département était au courant.» «Ah oui… et aussi cette… caisse à un million de dollars et puis nous n’avions que deux exemplaires, mais pour vous quelle importance, au point où on en est… Quoi? qu’est-ce que vous dites? oui, ils étaient au courant, pas moi! Pas moi! Si, bon, j’étais au courant à part que je n’étais pas d’accord.» «Permettez… c’était une question de minutes. La balise mobile se trouvait dans cette voiture-là. Si elle arrivait sur le bureau de l’attaché militaire et si l’algorithme était composé en même temps par lui et par l’ambassadeur, les deux soupçonnés de collusion avec l’ŒIL, les charges de plutonium recevaient l’onde verte et vous connaissez la suite.» «…» «Vous la connaissiez?» «Quelle voiture-là?» «Le blindé noir.» «…» «La suite est…» «Épargnez-moi les détails, je connais la suite.» «Très bien. Donc j’ai terminé la mission.» «Excellent. En risquant la paix mondiale, n’est-ce pas? À propos, vous n’auriez pas dû rejoindre le cocktail au club diplomatique? Filer l’épouse de l’ambassadeur?» «Bien sûr. J’y suis allé. C’est ainsi que j’ai pu prendre en chasse le blindé.» «Encore ce machin?!» «Bien sûr, la dame avait fourgué la balise à un individu qui s’est sauvé avec la Mowag sans savoir que je les guettais depuis le début de la soirée, puis il a roulé et zigzagué comme un malade à travers la ville, écrasant tout sur son passage.» «Comment vous dites?! Ce n’est pas vous le… Alors qui a provoqué ce désastre?» «Sérieux, vous ne pensiez pas qu’à ce jeux de flipper géant une voiture de sport aurait pu marquer autant de points, non?» «Je ne comprends pas… Ici on vous donne… vous passez pour l’auteur de ces ravages.» «…» «C’est à peine croyable… c’est…» «Je vous avais pourtant dit que vous faites erreur. Aviez-vous au moins demandé aux Italiens les vidéos des webcams? La ville en regorge.» «…non…» Silence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Et l’ambassade, hein?» Le chef se dresse. «C’est toujours à cause de ce truc noir?!» «Pas exactement.» «!» «J’y ai juste contribué… un peu…» «…» «J’avais vu qu’un type avec son lance-roquettes se prenait pour le roi du bal mais qu’il ne visait pas un éléphant à dix mètres, dans ces conditions je me suis glissé entre lui et le corps de bâtiment et… j’ai fait en sorte qu’il me voit bien… juste un instant…» «!» «…et là j’ai eu un peu de chance, puisque… voilà, eh bien… il m’a raté.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>
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		<title>L’ŒIL et le SABRE (1/15)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 25 Aug 2024 19:51:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chère lectrice, cher lecteur,</p>
<p>Les événements dévoilés dans ce récit sont exceptionnels à plusieurs titres.</p>
<p>Pour le présent ouvrage, l’auteur s’estime un simple scribe chanceux, bénéficiant d’un concours unique de circonstances qu’il ne saurait divulguer […]</p>
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<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="720" height="1024" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2024/08/LOeil-et-le-sabre-blog-720x1024.jpg" alt class="wp-image-31851" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2024/08/LOeil-et-le-sabre-blog-720x1024.jpg 720w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2024/08/LOeil-et-le-sabre-blog-211x300.jpg 211w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2024/08/LOeil-et-le-sabre-blog-768x1092.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2024/08/LOeil-et-le-sabre-blog-1080x1536.jpg 1080w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2024/08/LOeil-et-le-sabre-blog-1440x2048.jpg 1440w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2024/08/LOeil-et-le-sabre-blog-scaled.jpg 1800w" sizes="(max-width: 720px) 100vw, 720px"></figure>



<div style="height:49px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>L’ŒIL et le SABRE</strong></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">ou</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>On ne vit que de foi</strong></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">ou encore</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Le plus extraordinaire, incroyable et inimaginable fait</strong></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>d’armes tel que dévoilé par l’espion auteur de cet exploit</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Avant propos</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Chère lectrice, cher lecteur,</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Les événements dévoilés dans ce récit sont exceptionnels à plusieurs titres.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Pour le présent ouvrage, l’auteur s’estime un simple scribe chanceux, bénéficiant d’un concours unique de circonstances qu’il ne saurait divulguer.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Il a eu le privilège tout aussi unique de voir ce texte visé par l’auteur réel des faits révélés, qui en a autorisé la publication, tout en décidant de rester anonyme.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Plusieurs entretiens déroulés dans divers endroits librement choisis et exigés par l’espion auteur des faits ci-révélés sont la seule source de ce texte.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Ces entretiens passionnants se sont étalés sur plusieurs mois, à des moments différents, de jour comme de nuit, pour un total effectif de 28 heures.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Sur ordre de l’auteur réel des faits, les séances ont été entièrement sécurisées, l’auteur-scribe ignorant donc tout de son identité physique et légale.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Par conséquent, des alias ont dû être systématiquement utilisés en référence aux noms et particularités de l’auteur des faits et de ses collaborateurs cités.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>L’apport de l’auteur-scribe s’est limité à la mise en forme – au mieux de ses compétences – des diverses composantes qui caractérisent ces événements.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Il a veillé à rendre l’intégralité des faits la plus compréhensible et fluide possible, tout en respectant scrupuleusement leur exactitude et authenticité.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>L’auteur des faits décide de les révéler pour avertir le public du danger extrême, actuel et réel constitué par des entités comme celle qu’il a affronté.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>En même temps, le texte est un hommage à ces femmes et hommes de valeur, le plus souvent occultes ou sciemment anonymes, dont la profession de foi est – au péril de leur vie – le bien du prochain et, par là même, de l’humanité.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>À la fin de ce recueil prendre aussi connaissance de l’Annonce d’avertissement officiel, exhaustif et authentique de revendication, rejet, désistement et dénégation relatif au texte ‹ L’ŒIL et le SABRE (ou On ne vit que de foi)›.</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>L’auteur-scribe</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>* * *</strong></p>



<div style="height:50px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Chapitres</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Avant propos</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>_________________________________________________</em></p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Pagani C12 Zonda contre Mowag Eagle I</li>



<li>Enjeu: la paix mondiale</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">_______________________________________________</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Reclus sur l’île aux Ours</li>



<li>Devenir ∞8.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">_______________________________________________</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>L’ŒIL et le SABRE: mode d’emploi</li>



<li>Blanche-Beige</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">_______________________________________________</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Moonna Lißah</li>



<li>Le père de Cro-Magnon</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">_______________________________________________</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>…<em>guten tag, nicht mein schuld, guten tag</em>…</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">_______________________________________________</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Protocoles MODIS2 et 4</li>



<li>Herr Schwertz, je présume…</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">_______________________________________________</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Un agenda unique en son genre</li>



<li>Mais qui est cet Antonio Sánchez?!</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">_______________________________________________</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Dans l’antre de l’acteur</li>



<li>Opération Holocalypse</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">_______________________________________________</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>L’impitoyable compte à rebours tourne</li>



<li>Dans l’œil du cyclope</li>



<li>La bataille animale d’Angleterre</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">_______________________________________________</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Ne jamais, au grand jamais crier victoire trop vite</li>



<li>La géhenne des grands jours</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">_______________________________________________</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Plan B</li>



<li>…et il tourne, il tourne toujours le compte à rebours…</li>



<li>L’échec a le goût du sable</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">_______________________________________________</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Tout serait vraiment perdu?</li>



<li>On ne vit que de foi</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">_______________________________________________</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Blonde, Jacques Blonde</li>



<li>Le hologramme n’est qu’une bouse de vache</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">_______________________________________________</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>«STOOOP!!!»</li>



<li>Le mucus: cauchemar de l’humanité</li>



<li>La fin de l’holocène c’est dans un peu moins de 4’</li>



<li>Bienvenue au SABRE!</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Annonce d’avertissement officiel, exhaustif et authentique de revendication, rejet, désistement et dénégation relatif au texte ‹ L’ŒIL et le SABRE (ou On ne vit que de foi)›</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>* * *</strong></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Que croire?</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/que-croire/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 11 Aug 2024 06:01:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Sept ans en arrière explosa aux États Unis d’’Amérique le mouvement #MeToo. Il se propagea rapidement au Royaume Uni et ensuite […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Sept ans en arrière explosa aux États Unis d’’Amérique le mouvement <em>#MeToo</em>. Il se propagea rapidement au Royaume Uni et ensuite à d’autres pays du monde occidental comme un tremblement de société dans le politique, les médias, les arts, l’enseignement, les affaires, le sport.<span id="easy-footnote-147-31845" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/que-croire/#easy-footnote-bottom-147-31845" title="Dieu merci, en Suisse cela reste encore relativement rare, mais point dans le monde."><sup>147</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis, on ne compte plus les filles et les femmes qui dénoncent régulièrement, une après l’autre, les violences les plus diverses – sexuelles, physiques, émotionnelles, sous différentes formes et aux degrés le plus variés, perpétrées toujours par des hommes et souvent plusieurs décennies en arrière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ce que je sache, très rares sont les filles et les femmes (très) célèbres et fortunées qui engagent ces actions civiles et tout aussi rares sont les accusés qui ne sont pas (très) célèbres et fortunés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, on observe qu’au passage et prenant de l’ampleur, ce mouvement a finalement atteint aussi les hommes. Envers les hommes. Pour les mêmes raisons. Il s’appelle <em>#HimToo.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Là aussi à ce que je sache, très rares sont les hommes (très) célèbres et fortunés qui engagent ces actions civiles en dommages et intérêts et tout aussi rares sont les accusés qui ne sont pas (très) célèbres et fortunés, et là aussi, les plaintes peuvent arriver bien des années après les faits dénoncés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si dans l’absolu tout acte de violence est par principe inadmissible et condamnable, sans vouloir préjuger d’aucune manière sur le bien-fondé de ces plaintes ni sur les raisons de si longues attentes, il convient d’admettre que ces coïncidences ont tout de même de quoi au moins surprendre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, nous ne sauront probablement jamais combien de ces accusés auront été innocentés par les tribunaux.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Soyons clairs: ces considérations ne remettent nullement en question les vraies tragédies vécues jadis ou aujourd’hui par nombre de vraies victimes connues ou inconnue de vraies monstruosités de toutes sortes perpétrées par de vrais agresseurs connus ou inconnus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[27 février 2024]</p>
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		<title>Edrich (II/II)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 27 Jul 2024 07:38:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>…Le prix est lourd, cher. Plus d’un an après ce chambardement unique entre tous, les extravagances de l’autocrate commencent furtivement à prendre le dessus, grignotant l’euphorie générale de ses sujets qui s’essouffle comme une piètre peau de baudruche […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">…Le prix est lourd, cher. Plus d’un an après ce chambardement unique entre tous, les extravagances de l’autocrate commencent furtivement à prendre le dessus, grignotant l’euphorie générale de ses sujets qui s’essouffle comme une piètre peau de baudruche. La nouvelle autorité amorce le processus en élaborant un système qu’elle appelle “innovant et créatif”, fondé sans exception sur la stimulation. De l’effort à l’obéissance, de l’initiative à la délation, du courage à l’intégration – tout devient sujet à récompense. Et nourri par les avoirs sans cesse plus copieux venant d’Edrich, le système paye. Car tout se paye, jusqu’à faire poindre la méfiance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La liste de ces fantaisies est longue, l’éventail large et l’impact profond et sournois. L’histoire du pays débute le jour de l’achat; éducation et union deviennent libres et à option, ce qui les abolit de fait; les seules couleurs admises sont le gris et le vert – hanté par une agression, Edrich veut fusionner paysages naturel et bâti; les aliments sont hiérarchisés, lipides et glucides en fin de liste – Edrich déteste les obèses; l’entière vie du pays se déroule sur 12 heures, 7-19, Edrich est un lève-tôt et un couche-tôt; la monnaie devient le yot, le papier gris-vert est muni de son visage; l’anglais est langue unique et les plus de 1.90m sont les premiers promus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une fois le système avéré efficace et bien installé, l’autorité passe à l’étape suivante: la protection absolue de son Tui, habité par le spectre constant d’un attentat à sa vie, bref obsédé par la mort. On recense d’abord les nains mâles entre 1.25m et 1.45m. On active et finance à gogo la Section de recherches organiques fondamentales (SROF) de l’Institut de bio-sciences (IBS) à Litaqébo – la capitale. Les efforts portent autant sur le rajeunissement forcé superficiel que sur son pendant, le vieillissement. C’est l’’industrie pétrolière qui fournit les subsides massifs accordés aux élus, soit 1 million de yots par tête. Cette deuxième étape prend fin neuf mois plus tard.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un bloc compact de 2163 pseudo-edrich aisés de 42 ans, état civil modifié, est pour ainsi dire “relâché dans la nature” à l’échéance. L’ADN manipulé par le clonage et la génétique intracellulaire les rend parfaitement identiques à l’Edrich de base. Le volet insensé et compulsif en moins. Le germe est néanmoins là. Le plus important pour l’Edrich originel reste que cet artifice d’envergure lui permet enfin de sortir de sa retraite pour se promener à loisir au milieu de son peuple, qui le salue avec le respect dû, comme d’ailleurs il le fait pour chacun de ses clones. N’empêche, peu à peu il y a comme une gêne diffuse qui gagne la rue et la campagne. Le malaise couve.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque deux ans plus tard le carreleur Edrich 817 se tue dans un rodéo en voiture, ses funérailles – nationales – concluent un cortège funèbre d’une heure à travers les avenues de la capitale. Deux mille edrichs et tout autant de marausaines et de marausains s’inclinent en silence au passage du char vert, ouvert. 44 salves de canon font vibrer les fenêtres. L’edrich 16 prononce l’oraison funèbre. Flanqué par deux gardes d’honneur d’edrichs triés sur le volet, le mausolée inauguré la veille à la hâte reçoit sa première dépouille. Un deuil national de trois jours clôt l’événement. Par la suite, le même triste cérémonial est repris lors de chaque nouveau décès d’un edrich.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Heureusement pour Edrich, appelé désormais le Grand par ses proches dans l’intimité, le processus initial de création élaboré et initié par la SROF de l’IBS est amélioré et accéléré avec le temps pour s’installer dans l’économie du pays comme volet important du secteur biostriel. La densité des edrichs ne fait qu’augmenter. Il y a toujours plus d’apport d’edrichs que de perte. Six ans après la première volée, leur poids d’environ 10% de la population est non négligeable. Pourtant c’est moins par le nombre et plus par l’influence politique et sociale qu’ils deviennent prépondérants. À présent ils sont synonymes de loi et d’ordre, et par là de progrès.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De l’autre côté il y a les “géants” de 1.90m et plus, qui prolifèrent aussi, mais par une procédure subtile de sélection génomique en amont. À l’âge préscolaire, leur taille dépasse déjà celle des edrichs adultes. Quand ils arrivent à la maturité, le système les guide avec adresse vers certains domaines-clé de la société, soit favorisant leur études, soit les plaçant dans le tissu économique, si ce n’est encore directement par des soutiens financiers ouverts. Ou comme les 12 balèzes de 20 ans et de 2 m, experts dans le total combat, promus à la GPR – la garde prétorienne rapprochée – d’Edrich le Grand. Les projections les donnent à près de 15% et à Marau ce chiffre compte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec environ un quart de la population totale du pays – enfants et séniors compris – regroupé dans ces deux formations compactes, solides et bien définies, le restant de 75% fait pâle figure, éparpillé qu’il est en moult catégories aussi diverses que hétérogènes. Et c’est peut-être pour cette raison et bien là qu’il faut chercher la source du malaise. Dans une société si stratifiée, sinon polarisée, c’est dans la couche qui s’estime délaissée et lésée – fut-elle dominante par le nombre – que jaillit l’étincelle. Ci on aperçoit une blouse jaune, là un toit en tuiles rouges, on se passe des gâteaux sous la main, une travaille la nuit, un prêtre bénit un mariage. On appelle ça fronde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais le système a ses moyens d’anticipation sortant du travail d’intelligence mené en secret par ses organes de renseignement. Vient donc le moment opportun pour lancer la troisième étape. Elle est radicale. Edrich le Grand s’empare de la situation. Après analyse, il décide de scinder ces 75% qui posent problème en trois tiers distincts. D’abord il y a la catégorie A instrumentalisée dans la conformité au système. Vient la B, dont le non-conformisme est attisé habilement. Et entre ces deux-là, tel un arbitre, quelque part au milieu du terrain de jeu, sont placés ceux de la catégorie C: les indécis, les neutres, les sans opinion et les faiseurs de paix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les moyens d’action pour construire et modeler ces catégories sont ajustés selon les particularités de chacune d’entre elles. La catégorie A compte ceux déjà recensés comme dociles. Ils sont séduits à coups de promotions, de stimulants et d’incitations au mouchardage des séditieux regroupés dans la catégorie opposée et des agissements auxquels ils se livrent. L’arsenal utilisé pour la catégorie B affiche l’infiltration, la diffusion de renseignements fictifs et, à l’occasion, le sabotage coordonné de certains objectifs mineurs. Enfin, la catégorie C est vue comme une sorte d’espace tampon utile plutôt comme caisse de résonance des deux autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Profitant du repère majeur occasionné par le jubilé des 60 ans d’Edrich le Grand, le Tui dresse ses comptes. Et s’en réjouit: en si peu de temps il voit la base des edrichs consolidée et stabilisée à 12% et le corps des “géants” à 18%. En parallèle, le lot de la classe A est porté à 30%, celui de la classe B ramené à 15% et la classe C légèrement baissée à 20%. Sous ces auspices, il faut dire que les 5% restants perdent de l’importance, alors que le ¾ de ce quota compte des gens qui de fait n’ont jamais fait usage de leurs rôles civiques et, ce faisant, se sont quasi auto-exclus de la vie du pays. Et c’est l’imprudence qu’Edrich le Grand aurait mieux fait d’éviter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Être arrivé à façonner toutes les catégories de la société à sa manière et tout ceci en simultané est un exploit en soi, se dit-il. Eh bien, il n’est pas suffisant pour bétonner à vie son confort et sa domination. Le ver ronge le fruit si savamment élaboré. C’est ce fichu 1.25% de la population qui se soustrait à toute catégorie.&nbsp; Il n’a jamais été aussi actif. Dotés de facultés peu communes, ce sont les irréductibles ayant pu passer pour des indécis mais qui en fait constituent un danger létal pour le système. Une poignée de gens, à peine quelques milliers, mais avec un cran fou à forcer le pari absurde de casser l’œuvre du Toi pour détruire son régime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est à partir de ce constat que l’intégralité du volet compulsif et insensé d’Edrich se déploie dans toute son effroyable étendue, nourri par le travail sournois de ses organes de renseignement: il s’agit de l’ultime étape quatre, à laquelle il ne pensait pas arriver. Elle commence avec la distorsion des facteurs climatiques, suite à l’augmentation ponctuelle de l’induction magnétique créant ainsi un état local de hypermatière noire densifiée. Résultat: des sauts de 80°C et de 10 bars entre le jour et la nuit et d’un jour à l’autre. Effet: désordre physiologique général dont n’échappe que le petit groupe chargé de l’affaire, doté – lui – des équipements adéquats.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’étape quatre s’amplifie à travers les avancées enregistrées au Département d’études pathogènes (DEP) de l’IBS qui déverse par l’air, par l’eau et par vagues périodiques des bacilles pyocyaniques <em>(Pseudomonas aeruginosa)</em>, bactérie sinistre si elle en est, surtout si dirigée vers des organismes déjà gravement affaiblis. La réussite est au rendez-vous, car le taux de mortalité directe par infection atteint environ 60% de la population, un autre 25% se suicide à la vue de l’hécatombe autour, alors que les 15% restants, malgré tout résistants physiquement et psychiquement à cette infamie, fuient le pays. Le Tui de Marau serait-il devenu roi d’un lieu vide ? Non.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Du haut de ses 1.15m (assis sur son trône lifté à 2.50m au dessus du sol), Edrich le Grand jubile: c’est qu’il a plus d’une corde à son arc. Depuis des années et – par précaution – dans le plus total des secrets, une équipe isolée de la SROF versée dans la transgénèse s’occupe à tourner dans les deux sens des cafards en abeilles, des escargots en sardines, des lézards en pigeons, des rats en lapins et des blaireaux en macaques. Depuis le début de la troisième étape et confirmés par leurs résultats, il sont passés à la transformation anthropomorphique des primates, de sorte qu’au moment de la vidange de population, ils disposent du produit de substitution.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le tour de la dernière phase de la quatrième étape se produit et c’est un triomphe. En quelques mois à peine, Edrich le Grand réussit le grand chelem: mettre à l’abri sa vaste famille expatriée, se délester de tout danger intérieur réel ou fictif, et par l’ardeur de ses scientifiques – les nouveaux millionnaires – remplacer avec succès femmes et hommes d’âges, origines, couleurs, croyances, capacités, pensées et intentions diverses avec tout autant d’EGM (êtres génétiquement modifiés), qu’il ne peut décemment appeler personnes ou individus, mais robots ou cyborgs non plus, ce qui l’amène au seul “choix” réel: leur identité sera le numéro d’ordre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De 1 à N (il faut savoir qu’avec les années, la population s’était multipliée, mais qu’après le grand remplacement les scientifiques s’étaient aussi expatriés) travaille en permanence, n’est pas payé, n’a pas de famille ni d’amis, ne prend pas de vacances, n’a pas d’opinions, exécute tel quel les instructions du Toi et ne vote pas. Quant à Edrich le Grand, il chasse le souvenir du maudit jour où il avait pensé ôter sa vie alors qu’arrivé à l’âge de la retraite (mais quelle retraite ?!…) il est le seul et absolu souverain d’une partie du monde qu’il détient en totalité, y compris la vie des êtres. Sur ces entrefaites il peut se coucher serein du long de ses 2m30. Oui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, car suite aux résultats brillants obtenus par ses chercheurs lors des précédentes conversions, il n’a pu empêcher la tentation de s’adonner lui même à ce genre de métamorphose en se faisant transférer les gênes d’un grizzli de la région, 2m70 debout sur ses pattes. Taille doublée, poids quintuplé, force décuplée, c’est vrai que la poilure et les dents ont eux aussi beaucoup augmenté, tout autant que la voix et la démarche ont changé, mais peu importe: le Toi de Marau n’a plus des comptes à rendre à qui que ce soit. Il passe donc le restant de ses jours dans son pays et dans la paix sans limites qu’il s’est efforcé d’obtenir, avec succès, toute sa vie.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce récit est une fable si ce détail n’était pas évident, et si tel est aussi son second degré, eh bien elle s’inspire de la réalité actuelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[30 juin 2023]</p>
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		<title>Edrich (I/II)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 13 Jul 2024 22:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Edrich est né fortuné. C’est le moins que l’on saurait affirmer car à sa naissance ses parents l’avaient appelé ainsi. Et ce ne fut pas un prénom pris au hasard, mais pour que tout au long de sa vie […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Edrich est né fortuné. C’est le moins que l’on saurait affirmer car à sa naissance ses parents l’avaient appelé ainsi. Et ce ne fut pas un prénom pris au hasard, mais pour que tout au long de sa vie, eux mêmes, lui-même, ainsi que tout un chacun, enfin nul ne puisse jamais négliger que le rejeton de leur union était voué à s’emparer agressivement du – et conserver violemment le – statut inaccessible de humain ostensiblement le plus riche, insensé et compulsif de la Terre. Puisqu’en réalité, dans leur langue natale, ce syntagme se dit <em>“Earth’s Definitely Richest and Insanely Compulsive Human”</em>. Bref EDRICH. CQFD. Ce qui fut démontré. Directement par Edrich.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On ne peut dire que ses géniteurs, père marin et mère au foyer, avaient connu l’opulence. Bien le contraire: le foyer était réduit à mère et fils lorsque la plupart du temps père était en mer, et aux trois lors des brefs passages de père sur terre. Le pécule était faible, la paye rare, la maison crade, la vie terne. On ne peut non plus croire à un quelconque don du garçon, naturel ou surnaturel, mental ou physique. Il était minime comme son père, même plus petit de classe, bigleux comme sa mère, et ses notes étaient médiocres. Comme à cet âge-là les gamins n’aiment pas un nain aux lunettes, ils l’évitaient. Il s’isola donc et nul ne sut comment il finit l’école.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La hagiographie officielle du prodige excelle en détails dédiés à ses débuts ardus dans un contexte défavorisé, mettant du coup en exergue ses exploits d’autant plus hors du commun. Ce qui ressort est le portrait d’un adolescent retors, solitaire et ivre de succès, ce qui est mis sur le compte – justement – de ces débuts si rudes. À force de progresser dans le temps, l’histoire s’amenuise pourtant, se fait de plus en plus vague, pour sauter tout droit à la majorité. On lit dès lors que tel son père, le jeune homme s’affirma parmi l’armada de matelots d’un navire de croisière classe Colossal, puis avec les charbonniers sans nombre d’une exploitation de bauxite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis rien quatre ans durant. Il ne faut pas omettre que nulle part son portrait ferait état d’un niveau spécial d’intelligence. Cet aspect ne l’empêche pourtant pas de se voir brusquement hissé en bonne position sur la liste mondiale des cent plus nantis. À l’âge de 25 ans, Edrich (son patronyme n’est jamais évoqué) se retrouve donc propulsé bien en haut de la pyramide sociale, du moins pour son avoir. C’est là que sa fusée-destin décolle. Il n’est pas marié. Par la suite, il le sera nombre de fois, en alternance avec des femmes et des hommes d’âges, couleurs et cultures divers/es, dont le seul dénominateur commun requis sera la taille: 1m90. Au minimum.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des recherches assidues pour déceler l’origine de cette position enviable entre toutes restent vaines. Son histoire ne l’indique pas. Dans la rubrique “Source” de ces classifications, tout au plus peut-on le trouver sous la mention “Diversifié”, comme aussi dans les autres rubriques: “Secteur”, “Domaine, voire “Industrie”. Pour autant, une telle trajectoire ne peut passer inaperçue, de sorte qu’il amorce une montée lente mais stable vers les premiers titres des média. À peine deux ans plus tard il a déjà bondi de seize places sur l’échelle des riches puis, à 32 ans, il loge dans le top dix, là où ce n’est plus le nombre de zéros qui compte mais le chiffre devant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il a atteint la vitesse de croisière, mais pas encore le plafond. À présent il vogue dans la stratosphère, au dessus des nuages, là où le soleil brille jour et nuit. À cette altitude-là, grâce à son réseau étalé sur la planète, Edrich a l’œil 24/24 sur ses affaires. Si le temps se gâte (façon de dire) dans le Pacifique, il se replie au Caucase; par calme plat en Chine, il se rabat sur l’Afrique; si des rafales frappent au Brésil, il se tourne vers le Moyen Orient. L’or décline? Il va aux terres rares. Semi-conducteurs en crise? Il racole en Inde. Chute du blé russe? Le Canada en a assez. Sa réactivité est l’atout que l’on craint le plus. Son intuition est bien sa pièce maîtresse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa redoutable maîtrise du poker tient un rôle certain. Son jeu il sait le cacher comme nul autre. Plus d’une fois on le sait, voit ou croit brisé, écrasé, mais il refleurit encore plus fier, tel le Phoenix. Portée par sa devise-drapeau “<em>Adapt or Die</em>” (<em>“S’adapter ou mourir”</em>), l’emprise de son entreprise tentaculaire et pluri-céphale n’est dès lors plus contrôlable par les organismes régulateurs, les sociétés de notation et de cotation, les instituts spécialisés, les agences dédiées et le fisc. Via son empire, Edrich est présent partout et sous les formes les plus variées dans chaque secteur – primaire, secondaire, tertiaire, et même dans les guerres et les destructions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lové dans le fauteuil du haut de sa cabine fixée à la pointe de la navette spatiale ESS-1 (EdrichSpaceStar-1) qui tourne autour du globe à grande altitude et à grande vitesse, c’est là qu’il aperçoit son plafond. Et il est bas non, pas en soi: ce prodige vient de toucher le zénith de son destin à 38 ans révolus. Il est devenu le humain ouvertement le plus riche de la Terre, mais aussi le plus insensé et compulsif en surclassant fallacieusement la poignée de rivaux directs assis au sommet de l’Everest financier. Pourtant ce n’est que maintenant, grâce à la hauteur où il évolue, qu’il peut s’enquérir sur l’écart entre son statut – son plafond – et son but.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est qu’il n’y a plus grand chose à acheter. Rien d’intéressant en l’espèce. Rien qui vaille, car en somme tout ce qui compte est déjà sous son contrôle. Cela apporte un sentiment fâcheux de lassitude et de frustration à un homme comme lui, en pleine force de l’âge, formé à se nourrir de projets qui du coup se font rares. Les enfants sont encore bien trop jeunes pour leur céder certaines tranches de l’empire, voire pour les forger à diriger tel ou tel secteur. Dire qu’il ne sait pas leur nombre, encore moins leurs âges et noms, alors que ses unions il les fait et défait presqu’au rythme des saisons ou de ses déplacements. Père et mère sont trop vieux. Ils ne comptent plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une fatigue vilaine et tenace s’installe dès lors, au point que même l’issue d’un conflit n’arrive plus à lui arracher un zeste d’intérêt. Sans défis à la mesure de ses ambitions, sans records à battre, sans adversaires à l’horizon, cet homme se fane. D’un œil absent il voit et sait que toute la mécanique de son conglomérat planétaire n’a désormais plus besoin de lui – de sa vigilance, de sa réactivité ou de son intuition. Elle roule toute seule. Arrivée la quarantaine, qu’il fête aux commandes de sa capsule spatiale, il sent sous ses doigts le point de balancement entre s’obstiner à vivre pour vivre ou carrément se décider à mourir pour en finir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Heureusement, car perdu dans ses pensées, c’est le choc: des sons vifs assortis de voyants rouges font bouger instinctivement le regard sur les cadrans, le sortant subito de son cafard puisqu’il se rend compte qu’il est en train de perdre la trajectoire normale du vaisseau, ce qui entraînerait le risque d’être lancé dans une errance sans fin à travers l’espace en tant que satellite perpétuel, option qu’il rejette. Ainsi, yeux rivés sur la Terre, il se fixe sur le retour au lieu d’arrivée. C’est à cet instant-là, aux confins de la troposphère, qu’une zone particulière capte tant sa vue qu’il ne la quitte plus des yeux en risquant à nouveau de perdre sa trajectoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les Chrétiens, Noël approche partout sur la planète. Dans la moitié nord, c’est l’hiver et dans la moitié sud, l’été. Cette zone insolite se positionne dans l’hémisphère nord. Plus il descend, mieux il distingue: elle a des montagnes, des rivières, des champs, des lacs et la mer. Mais c’est le vert dominant en cette fin d’année qui frappe surtout. Cette trouvaille le réveille à fond. Revenu sur terre, Edrich s’immerge dans l’examen de sa découverte et, l’une après l’autre, les informations qu’il réunit se posent comme les briques d’une construction mentale qui prend rapidement forme, à tel point qu’au bout de quelques jours sa décision est arrêtée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il l’achètera, cet endroit. Il est parfaitement situé. Son relief est magnifiquement varié. La végétation est tout aussi foisonnante que la faune. Le climat est doux. L’endroit n’est pas trop vaste et la population pas trop dense. La moitié sont Chrétiens. Le peuple est ouvert et parle l’anglais. Le niveau d’éducation est décent et c’est un pays et une république parlementaire – le Vendi, avec, c’est vrai, un passé colonial très long et chargé, mais libéré depuis plus d’une demi siècle ans et par dessus tout qui jouit d’une stabilité sociale et politique étonnante au sein d’une région réputée pour les coups d’état à répétition et des gouvernances l’une plus brève que l’autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La folle idée prend vite racine. L’économie bat de l’aile avec un produit intérieur brut médiocre, une croissance discrète, une inflation aussi notable que le chômage, et une dette publique qui perdure. L’importation dépasse solidement l’exportation et une bonne part de la nation vit sous le seuil de pauvreté. Pourtant ce ne serait même pas de l’argent perdu mais plutôt bien investi, car le pays est richement pourvu en ressources: le sous-sol regorge de minerais divers, pétrole et gaz. Du coup Edrich sent sa réactivité et son intuition battre à nouveau la chamade. Il a bien pu acheter tant de sociétés et de concessions; cette fois il achètera ce pays-là!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au moment d’enclencher sa mécanique si bien graissée, un dur constat le bloque: cela fait un bail que l’esclavage a disparu de par le monde. Officiellement. Acquérir le tout, hommes, femmes et enfants avec, tel un seigneur féodal, est donc exclu. Alors il dresse le compte: en réalité il achètera tout – terres, eaux, sous-sol, faune, plantes, routes, places, villes, villages, bâtiments, agences, services, industries, transports, hôpitaux, écoles, savoir-faire, sports, stocks, prisons, communications, ministères, police, tribunaux, casinos, lois, engagements, loisirs, armée, presse, histoire, dettes privées et d’État, lois, contrats – en un mot: tout, sauf les vies des humains.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Edrich fixe généreusement au pays un délai d’une année – pas de réflexion, mais pour que chaque entité physique et juridique ait amplement le temps de faire ses calculs, d’annoncer son prix et de peser ses dettes. Nulle contre-offre extérieure est à craindre car la perspective du montant total la rend impossible. Ce délai lui permet de s’organiser, comme de réorganiser son futur achat. Ce sera une monarchie absolue. Il sera bien sûr son chef. Le pays s’appellera Marau. Lui sera son Tui. Il aura des sujets: le peuple du pays. Il réunira les pouvoirs exécutif, législatif et juridique. S’y ajoutera le quatrième: militaire. Avec ça il atteindra son plafond.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au terme la valeur est là. Onze zéros. Il paye le tout avec ce qui lui tombe des poches. Pas de tractations, pas d’emprunt, pas de dette ou tiers payant. À présent il est unique et entier possesseur de ce pays. La fête nationale correspond désormais à sa date de naissance. Bannière d’État et armoiries portent son effigie: une photo retouchée qu’il adore depuis toujours, le montrant fier, âgé de 7 ans, à cheval sur un bouc, épée en bois dégainée. Il dissout aussitôt le parlement et supprime les ministères, à l’image des institutions officielles spécialisées. Pendant un certain temps est assuré seulement le fonctionnement normal des ambassades-clé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’appareil de l’État et l’administration centrale sont remplacés par une kyrielle de fidèles et de proches. À l’échelle locale on fait le tri entre anciens et nouveaux, de même qu’à la direction des sociétés publiques et privées d’une certaine dimension. Avec des finances complètement assainies, du coup le pays fait un bond prodigieux, tout autant que l’ensemble de la population, et ce jusqu’à chaque dernier bougre. Tout part en flèche. L’économie fleurit et les échanges sont relancés. La consommation reprend. Le chômage tombe et le niveau de vie jaillit aussitôt. Le vent frais qui souffle provoque exubérance à l’intérieur comme à l’extérieur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais tout ceci a un prix comme il était évidemment très facile de s’en douter, car homologué en tant que plus riche sur Terre, Edrich doit aussi forcément être en même temps le plus insensé et le plus compulsif. Inévitablement, les trois particularités vont ensemble dans une relation d’interdépendance. Cette réalité fait pâlir la lumière sur ce phénomène abracadabrant à un niveau plus réaliste et moins radieux. Prélassé du haut de son trône, seul au pouvoir, autosuffisant, discrétionnaire, le Tui de Marau peut enfin relâcher les démons de ses fantasmes, trop longtemps muselées par les règlements, lois, normes, traditions et protocoles des hommes…</p>



<p class="wp-block-paragraph">[30 juin 2023]</p>
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		<title>et pas que d’hier</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 01 Jun 2024 05:44:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">À présent, hormis l’argument douteux de l’introduction furtive et forcée du concept autant hypnotisant qu’envahissant de “mobilité douce” (!), quelles raisons sérieuses apporteraient au contribuable les édiles qui en quelques années seulement ont fait disparaître en ville 2500 places de stationnement pour ne proposer en échange aucun parking souterrain, cela après avoir d’abord éliminé les places blanches gratuites (à durée illimitée), ensuite les places rouges (durée 15 heures) et enfin les places bleues (durée 90 minutes), pour conserver uniquement les places payantes?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Heureusement, ces mêmes édiles ont pourvu aux besoins des contribuables en remplaçant toutes ces places disparues pour le stationnement des voitures tout d’abord par encore plus de supports en acier où les cyclistes peuvent cadenasser en toute sécurité leurs propres moyens de transport après avoir parcouru les boulevards qui leur ont été créés dans une petite ville qui compte plus de 300 m de dénivelé, ensuite par encore plus de places de stationnement pour personnes handicapées (qui, il faut le dire, restent souvent inoccupées tant leur nombre dépasse celui des véhicules autorisés), et enfin par des places à usage commercial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au moins toutes ces mesures ont un avantage notoire, s’il l’on se rappelle une soirée restée fameuse il y a plusieurs années en arrière lorsqu’une représentation majeure de ballet a rempli la grande salle du Comptoir Suisse. Malheur fut à tous les spectateurs qui n’avaient pu trouver place pour parquer leurs voitures aux alentours: à la sortie: strictement toutes ces voitures posées à qui mieux mieux la chance (des centaines probablement) portaient sous leurs balais d’essuie-glaces de fières amendes pour mauvais stationnement, que leurs propriétaires-spectateurs ont dû ajouter au prix du billet d’entrée dont l’impôt sur le divertissement était déjà inclus. Eh bien, à l’avenir plus de telle fâcheuse surprise pour les cyclistes-spectateurs qui disposeront de barres d’acier à profusion pour cadenasser leurs moyens de transport.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Heureusement aussi qu’à Lausanne la règle de la limite à 30 km/h n’a pas – encore – gagné jour et nuit l’entier territoire de la ville comme c’est déjà le cas à Fribourg, mais nul doute qu’au vu de la tendance actuelle de proscrire l’usage de la voiture au bénéfice de la mobilité douce, des vélos, trottinettes électriques ou non et autres skateboards et rollers électriques ou non, il ne s’agit là que d’une simple question de temps. Heureusement encore que ce petit pays ne fabrique pas des automobiles, autrement je peux facilement imaginer le combat de titans que ces édiles auraient à mener avec les syndicats correspondants. Mais il est aussi vrai qu’il ne fabrique non plus des trottinettes, des skateboards et des rollers… Étrange donc. Le fait est que sur ces zones de plus en plus nombreuses les édiles ont fait d’une pierre deux coups: non seulement sont-elles limitées à 30 km/h, mais les chauffeurs ont chopé une telle peur qu’ils roulent souvent à 20, 15 voire 12 km/h.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ce titre, il serait peut-être intéressant de s’interroger sur le profil de ces édiles et fonctionnaires qui se succèdent ces derniers temps et se ressemblent tant, joliment payés par les impôts du même contribuable qu’ils soignent. Seraient-ils tous piétons, cyclistes ou skateboarders? Les descriptifs des postes qu’ils pourvoient seraient-ils conçus de telle façon afin d’attirer, filtrer et recruter des personnes taillées sur mesure précisément pour produire de tels résultats? N’y aurait-il aucune levée de bon sens dans l’administration, ou bien est-ce que tout ce pétchi est rendu possible rien qu’au nom du sacro-saint consensus suisse? Et la police dans tout cela, qui nous assure être toujours prête pour servir et protéger mais qui passe sereinement et systématiquement par devant l’armada de clochards professionnels et de vendeurs de drogue qui sont désormais placés pratiquement à chaque coin de rue, alors que les lois interdisant la mendicité et le traffic se suivent, se ressemblent et restent finalement&nbsp; vaines?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le fait est que depuis maintenant plusieurs années et portés par la mobilité douce, nous vivons sous le règne des vélos [Note]Voir “L’âge des monarques”[/Note] qui ne connaissent qu’exceptionnellement les feux rouges, les passages pour piétons, les trottoirs, souvent roulent à la vitesse des voitures et parfois même plus vite encore. Par conséquence, pour être renversé et projeté à terre il n’est même pas besoin d’être une babushka clopinant entre ses béquilles: il suffit d’être au mauvais moment sur le trajet d’un vélo, car même un jeune sumo n’y fait pas le poids, si j’ose. En corollaire, sur des routes souvent rendues étroites pour causes diverses. où parfois la deuxième voie a disparu au profit d’un boulevard pour vélos, gare si par malheur la distance entre ta voiture et le vélo que tu dépasses à basse vitesse est de mois de 30 cm: derrière tu te payeras un hurlement ponctué par les plus innovantes insultes. Précisons tout de même que souvent ces cohortes d’usagers de la route circulent sur leurs deux roues aux heures de travail en tenue légère adéquate – combinaison moulante, capuche, masque, casque, chaussures à crampons, ce qui soulève la question s’ils ont bien un tel travail, ou alors s’ils ne seraient des rentiers, ou alors en vacance, en congé, ou à l’entraînement en tant que membres d’un club professionnel lambda.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout ceci n’est qu’un bref extrait du monde meilleur installé ces derniers temps. Et je précise: rien (ou presque) n’est exagéré.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[20 février 2024]</p>
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		<title>Tout fout le camp</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 May 2024 07:45:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Plus de 43 ans déjà que j’ai choisi de vivre en Suisse, à Lausanne. À l’époque les choses étaient bien différentes, mais depuis, une flopée d’acteurs de tous bords annoncent bâtir (ou veiller à) un monde meilleur, de sorte qu’avec le temps et la répétition, ce syntagme est devenu une pure formule qui, elle, s’est enfin pratiquement banalisée. Alors sérieux: vraiment meilleur?! Voyons ça.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tu es en train de rouler tranquillement au volant de ta voiture lorsque devant, sur un trottoir, à droite ou à gauche, un piéton se trouve jambe à peine levée à moins de 50 cm de la bordure, face à la route, avec l’intention plus ou moins manifeste de la traverser sur un passage marqué, ou entre deux passages, c’est à dire n’importe où, feu vert, jaune ou rouge pour lui, c’est égal. Gare si tu n’arrêtes net ta voiture sagement devant les bandes jaunes du passage (s’il y en a), pour le laisser traverser, même si un îlot de repos est prévu entre les deux voies. Gare encore si tu ne t’arrêtes qu’en catastrophe en “mordant” ces bandes quelques centimètres (si elles existent). Si par chance un policier vigilant ne t’aura pas déjà sifflé, tu devras de toute façon encaisser le regard de feu, impitoyable, du piéton outré, en plus de ses plus variées injures.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De même, sur un trottoir, à droite ou à gauche, devant ta voiture qui roule, un piéton se tient raide à moins de 50 cm de la bordure, face ou non à la route. Lui, il sait (ou non) qu’il ne fait que regarder quelque chose, n’importe quoi, ou qu’il tapote sur son téléphone. Mais toi, au volant, ça tu ne le sais pas. Obsédé de ne pas tomber dans le cas d’avant, d’abord tu ralentis, ensuite tu freines et enfin tu t’arrêtes. Deux ou trois secondes et autant de klaxons derrière plus tard, tu redémarres, à l’étonnement du piéton toujours figé ou qui ne t’aura peut-être même pas remarqué.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et encore, peu importe si un piéton s’engage pour traverser la route complètement à l’aveugle, sur un passage marqué, ou entre deux passages, c’est à dire n’importe où, feu vert, jaune ou rouge pour lui, les yeux collés sur le téléphone portable ou, en plus et encore mieux, écouteurs dans les oreilles, et peu importe si, ayant gagné le trottoir de vis-à-vis en traînant les pieds tout absorbé qu’il est dans son téléphone, il ne fait de la main aucun signe de courtoisie ou, encore mieux, qu’il ait remarqué ton arrêt: c’est toi au volant et c’est encore toi l’imbécile qui doit respecter ses droits.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment expliquer qu’à la Place de la Gare, qui était déjà encombrée par de multiples stations de bus et de taxis auxquelles s’ajoutait une poignée de places de stationnement pour 15 minutes maximum destinées à charger et à décharger les voitures, les édiles ont jugé que le moment était venu d’enlever jusqu’à la toute dernière telle place et tout restructurer afin d’installer – en été – une plage artificielle avec sable et arbustes plantés partout dans de gros bacs en bois et – en hiver – une patinoire artificielle? On peut facilement imaginer le voyageur qui, l’été, descend vite du train, sort de la gare, se met en tenue de plage et profite d’un rare moment de soleil sur une chaise-longue avant de gagner la maison ou une conférence. Et tant pis s’il fait déjà nuit. Ou alors le voyageur qui, l’hiver, descend vite du train, sort de la gare, enfile ses patins, s’offre un moment de détente sur la glace du patinoire avant de chercher sa voiture de location ou prendre le bus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au rayon de l’extravagance urbaine se remarque aussi ce traitement particulièrement innovant réservé en plein centre-ville à une courte portion du long axe principal est-ouest de l’agglomération, où sur une soixantaine de mètres a été aménagée à peine une dizaine de places de stationnement pour voitures au milieu et le long de la chaussée, sans précisions si elles sont accessibles depuis l’est ou depuis l’ouest ou depuis l’est et l’ouest, si elles sont payantes ou non, si le temps de stationnement est limité et, si oui, à combien de minutes ou de heures, et sans se soucier de comment fera le chauffeur quittant sa voiture parquée à cet endroit-là, au milieu du trafic, pour atteindre en toute sécurité un trottoir ou l’autre en l’absence de tout passage prévu à cet effet. Sans oublier l’embellissement de la Place de la Sallaz avec trois grandioses parallélépipèdes en plaques perforées de fer rouillé qu’on dirait récupéré de l’épave du Titanic, ton fécales, dont deux imprenables, apparemment sans autre rôle sauf celui décoratif, à part s’ils sont l’expression inédite de la vespasienne urbaine. Quel bonheur donc de pouvoir à leur vue se poser (pour certains jour après jour, pour d’autres à l’occasion) la question cornélienne <em>“Mais quel édile a donc pu demander ou valider de telles abjections?”</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le contribuable, la paix sonore et la sécurité en général sont primordiales, c’est la raison pour laquelle cet aspect est petit à petit devenu le sujet principal de préoccupation des édiles. Preuves les caméras de surveillance hissées à peu près partout, les radars qui ne pardonnent rien au delà d’un dépassement de vitesse de quelques pour-cent, les panneaux qui ont proliféré comme la pandémie avertissant en grosses lettres lumineuses et clignotantes soit la vitesse instantanée (avec quelques km/h en surplus, pour la bonne cause) soit le mot BRUIT même si vous y passez devant en voiture électrique, des feux qui tournent au rouge pour les véhicules sans qu’aucun piéton ne se présente à l’horizon, les “gendarmes couchés” disséminés là où on s’attend le moins, parfois tous les 50 m et parfois tellement hauts qu’il convient de les franchir à 10 km/h pour éviter soit des secousses trop violentes soit de raser le dessous de la voiture, les blocs de béton et autres chicanes qui vous obligent à zigzaguer en ralentissant, sans oublier les arrêts de bus installés 5 m devant un passage à piétons pourvu d’un îlot entre les voies, afin que les voitures arrêtées derrière ne puissent surtout pas contourner le bus durant son arrêt et doivent donc attendre. En conclusion, tout cela est bon, car on ne fera jamais preuve d’assez de précaution par rapport aux migrants, aux étrangers en général, aux touristes et à nous mêmes. Cet ensemble de mesures fortement limitatives quant au comportement routier a aussi un autre impact opposé et bénéfique, permettant le déploiement fulgurant de véhicules relevant des services d’ambulance, polices diverses et pompiers, qui peuvent ainsi se faire vivement entendre à la ronde au moyen de sirènes qui crèvent les tympans même si la route est dégagée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[20 février 2024]</p>
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		<title>Le bâilleur (Épilogue)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 Apr 2024 22:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Sur les rives parisiennes de la Seine, l’obscur boulanger missionnaire espagnol José Fernando Lluis etc, etc… se retrouva donc sur les bras avec cette toile offerte par un jeune Scandinave inconnu. Il s’empressa de la glisser furtivement sous le manteau pour vite regagner l’hôtel et la rouler dans sa valise. Et ce n’est pas Marco, le sujet, qui objecta. Il la sortit les jours suivants pour la regarder avec lui, l’air entendu: c’était une vraie horreur. Ils s’accordèrent en revanche qu’elle exprimait on ne pouvait mieux la destinée dramatique du garçon: cet artiste avait miraculeusement saisi toute la souffrance qui avait jusqu’alors jalonné son destin. De retour à Burgos et terrorisé comme son fils par cette image, le boulanger l’enferma dans un cartable et l’enfila derrière une lourde armoire, où elle gagna durablement le droit à l’oubli.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Contrairement à Marco, José Fernando Lluis ne connut pas la fin de la monarchie puisqu’au mois de mars 1931, à l’âge de 84 ans, il chuta sur la glaise alors qu’il se promenait en solitaire dans la forêt de Fuentes Blancas tout en croquant une cuisse de poulet. Un éclat d’os avalé arrêta sa vie. Ce moment tragique renversa le destin du bâilleur qui se retrouva d’un coup livré à lui même. Par malheur, le vieil homme n’avait pensé le préparer à l’après-trépas. Choqué, le désormais quinquagénaire Quechua à la bouche ouverte perdit tout repère et tomba dans la déchéance, vivotant par la grâce des voisins. Cinq années passèrent ainsi puis, tout à coup, il ramassa son peu d’affaires, quitta la maison en pleine nuit et s’évanouit dans la ville. Sa trace fut perdue et on ne le revit plus. Une année plus tard éclata l’épouvantable <em>Guerra Civil</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Déserte depuis le départ de Marco, la maison fut sitôt investie par les franquistes du brigadier Javier Miguel Felipe López qui y fit son quartier général pour la province de Burgos. Après avoir dératise, désinfecté, asséché et chauffé les lieux, la troupe aménagea les pièces selon ses besoins avec le mobilier restant, tout en le complétant avec divers équipements nécessaires. Dans le tapage dressé par l’installation, il fallut déplacer la lourde armoire pour fixer au mur la carte du pays. C’est là que le cartable tomba sec dans un nuage de poussière. Les soldats le filèrent à l’ordonnance qui l’ouvrit et vite le referma effrayé pour le présenter au général la minute d’après, garde à vous, tétanisé. Celui-ci jaunit, rougit, s’étrangla, prit son pot de rouge, feignit le jeter sur la toile et hurla hors de lui: <em>“¡Que es esta mierda?! Quien la hizo? A la basura!”.</em> [Note] <em>“C’est quoi cette merde?! Qui l’a faite? Aux ordures!”</em>[/Note]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par miracle, dans un spasme d’audace insensé, l’ordonnance – replète – réussit à sauver du désastre la peinture en se jetant dessus de toute sa corpulence, ce qui lui valut un flot rouge dans les yeux et un beuglement de rage du brigadier qui le chassa aussitôt, son trésor avec. De fait, tout avait une explication. Brute épaisse, le général d’infanterie López était ancien maçon. Son esprit carré était réputé, sans l’ombre du doute dernier haut gradé espagnol susceptible d’aimer l’expressionnisme scandinave des années 1900 comme tout courant artistique suivant. <em>A contrario</em>, il se trouve que la jeune ordonnance, au civil frais diplômé de la <em>Facultad de Bellas Artes de la Universidad de Madrid</em>, était un grand admirateur de l’œuvre tourmentée de Munch dans son entier, dont il avait reconnu d’emblée non seulement le style, mais aussi la signature.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le sort du tableau prit là une toute autre voie. Le grand-père maternel de Hugo l’ordonnance était Norvégien, arrivé en Galice un siècle plus tôt et fauché par la grippe. Hugo adorait cette Norvège qu’il avait visité l’été avec sa mère – les fjords, la nature, les hommes, le soleil. La guerre l’écœurait. Alors piqué par une sorte de furie vengeresse, il attrapa son sac le soir même, roula dedans la toile, prit la clé des champs direction Bilbao, puis Brest, ensuite cap vers le Nord avec comme guide la Providence. Comme Elle n’informe pas, peu s’est transmis quant à la suite de cette l’histoire. On sait seulement que vingt ans plus tard la peinture fut retrouvée par un gardien sous l’auvent d’entrée de la Galerie Nationale d’Oslo, intacte dans son cartable. Dans un coin était gribouillé au crayon: <em>“Ça ne pouvait être peint que par un fou.”</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">P.S. L’épilogue du bâilleur finit ici. Resterait à savoir par qui, où, pourquoi et quand le tableau a été depuis rebaptisé “Le cri”.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[18 février 2024]</p>
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		<item>
		<title>Le bâilleur</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/fiction/le-bailleur/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Feb 2024 06:31:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il est des histoires tout à fait impensables, même que l’on passe pour clairement réelles, aussi extravagantes soient-elles. Celle du bâilleur en est une, et non pas des moins prenantes. […]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/le-bailleur/">Le bâilleur</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-center has-medium-font-size wp-block-paragraph">L’introduction</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est des histoires tout à fait impensables, même que l’on passe pour clairement réelles, aussi extravagantes soient-elles. Celle du bâilleur en est une, et non pas des moins prenantes. Elle a eu lieu vers la fin du XIX<sup>e</sup> siècle en Amérique du Sud, quelque part au pied des Andes dans une zone boisée appelée Chaco, aux confins de la Bolivie. Le lieu précis n’est pas bien établi. À cet endroit-là, un seul et notable établissement humain: une petite ville pauvre nommée Azurduy. Mais ce n’est qu’un vague indice, comme l’est la grande rivière Pilcomayo qui compose l’immense bassin de la Plata. L’histoire parle d’une découverte surprenante qui a été faite par hasard en 1877 dans une des communautés sans nom de la tribu Toba, habitant un hameau sans nom aussi. L’auteur y est un obscur missionnaire espagnol du nom de José Fernando Lluis Bartolomé Núñez-Sanz Gris de la Mena y Valdés. Ci-après, un long et intéressant passage de ses riches mémoires de voyage, retrouvées dans la Bibliothèque Municipale de La Paz et baptisée Biblioteca Mariscal Jossef Andrés de Santa Cruz y Calahumana.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph" style="font-size:20px"><em>La rencontre et l’invitation</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">(pp. 29-46) <em>«…Soudainement je me retrouve dans une clairière face à des </em>“indiens”<em> Quechua que l’on pense descendants des inca. Leur regard est vif et méfiant. Hommes, femmes et enfants, ils sont tous moitié nus et scrutent en silence mes vêtements et mes bottes, visiblement avec une grande curiosité. J‘en compte une douzaine et puisqu’ils ils n’ont pas l’air menaçant malgré les bâtons et piquets rudimentaires que serrent dans leur mains les cinq hommes, je m’avance avec prudence en pensant aux quelques paroles </em>qom<em> que je m’étais efforcé d’apprendre. Ils sont coiffés d’un bric-à-brac pittoresque composé de feuilles, plumes, lianes et paille. Alors que seulement quelques pas nous séparent encore et que leur doute augmente, j’ose le </em>“Ayen-mano-noen-ta”(“Moi très bon.”).<em> C’est la confusion: ils échangent des regards qui inquiet, qui amusé, qui ébahi, puis commencent de jaboter à une vitesse qui me laisse pantois. Je n’y comprends rien et cela doit se voir. Ensuite, d’un seul coup, ils se taisent et celui qui semble avoir le plus d’autorité me fait de la main un signe d’invitation. Bien sûr j’hésite, mais il insiste. Je suis donc la direction. Les rangs s’ouvrent puis se referment derrière. On part en colonne.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph" style="font-size:20px"><em>La tribu et son hameau</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Un gamin, sept ans au plus, se glisse aussitôt fièrement devant moi, probablement pour me montrer le bon chemin, encore que le sentier de la forêt est nettement taillé. Bientôt, une autre clairière – cette fois plus vaste – s’ouvre devant nous et je vois un entassement de huttes précaires constituées des plus divers matériaux sommairement attachés: des amas de perches, peaux, rameaux, feuilles et lianes. Leur emplacement me fait deviner, à raison, que l’on m’a amené dans la place centrale du hameau, où l’animation s’arrête à notre vue. Il y a là toute une tribu mélangée, gens de taille moyenne, peau assez foncée, cheveux noirs en broussaille, colliers d’os au cou, griffes d’animaux comme boucles d’oreilles. Aucune trace d’un objet ouvré en métal. Je dois être le premier blanc dans cette région. En fin de compte, je les sens plutôt réservés mais accueillants et inoffensifs: pas de crâne fiché sur un pic ni faciès bariolé avec des signes guerriers comme raconté par d’autres aventuriers. Pourtant, je me vois comme perdu parmi les hommes des grottes d’Altamira dont ce chasseur de Cantabrie vient de découvrir les peintures et je ne peux m’empêcher de me demander ce que je fais exactement par ici. J’allais le savoir illico.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph" style="font-size:20px"><em>L’esprit qui pleure</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Lorsque lentement la poussière de la terre battue commence à se poser et les gens à se ranger en silence de part et d’autre pour former une sorte de cercle, j’aperçois stupéfait une forme humaine assise par terre droit devant moi qui me fait froid dans le dos. Serrant de toutes forces sur ma poitrine la Sainte Croix de notre Seigneur Jésus-Christ, je l’observe et décide que c’est une sorcière, un chaman ou bien l’esprit incarné des lieux. Ça doit avoir au moins mille ans d’âge. Sa figure est entièrement blanche – comme sont ses cheveux, rares – mais je ne peux pas vraiment la voir avec cette position recroquevillée. C’est un petit corps immobile couvert d’haillons végétaux. À mesure que mon “escorte” me pousse par derrière pour l’approcher, je saisis de mieux en mieux un marmottement indistinct. Arrivé à longueur de bras, la forme lève sa tête et je vois le front, les arcades, les oreilles, les joues, la bouche et le menton. Écaillés et blancs. Porté par la Sainte Foi, je la dévisage et vois des larmes dans ses yeux blancs et vides comme ceux des statues antiques. Moi, je suis pétrifié, alors que la créature lève ses bras vers le ciel en marmottant comme pour implorer quelqu’un ou quelque chose. Et là j’entends un cri.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph" style="font-size:20px"><em>La mère et l’enfant</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>L’assemblée se fend. Une jeune femme fait son chemin en avant, torse nu à la façon de toutes les autres, portant dans ses bras un enfant, un an et demi au plus, cheveux frisés, visage collé contre sa poitrine. Elle s’arrête à ma gauche. Son regard est calme, neutre, ses traits sont plats, tandis que ses yeux brûlent. Encore sidéré, je pense pourtant commencer à comprendre. Du haut de mon mètre quatre-vingt cinq, j’ai plus qu’une tête au dessus de ces gens. Si j’ajoute ma tenue, mon harnachement, la pâleur de ma peau et ma tignasse châtain clair, je crois qu’ils doivent me percevoir comme un dieu. Mais ce gamin alors?! Comme s’il avait lu dans mes pensées, tout à coup celui-ci tourne la tête, pointant vers mes accompagnants. Son regard plissé, espiègle et bleu s’arrête sur chacun d’entre eux pour se poser enfin sur moi, qui… ooohh grand Dieu! que vois-je?! Sa bouche est grande ouverte! Je frotte mes yeux. Non, ce n’est pas qu’il serait étonné. Non, il ne crie pas: aucun son ne sort. Donc?! Le comble, après m’avoir examiné de haut en bas, il se tourne vers le ciel, puis vers la forêt autour, la bouche toujours grande ouverte. Pour finir, il retourne contre la poitrine de la femme, qui me le tend. Je suis hébété.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph" style="font-size:20px"><em>Le séjour du démiurge</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>(…) Huit jours j’ai dû résider chez les chasseurs-cueilleurs de la tribu Toba qui, tel que je l’avais supposé, m’avaient irrévocablement désigné comme </em>“Mentu-quotarien”<em>, dieu de l’espérance, une sorte de démiurge investi aussi avec la faculté absolue de guérir au-delà des pouvoirs du sorcier écaillé. Sitôt accueilli, si ce n’est saisi, j’ai été convié à loger dans la plus fastueuse hutte du village, disposant d’un lit fait de branches et de pailles aussi que d’une porte en peaux de loutre. Durant cet étrange séjour, j’ai été nourri tous les soirs de chasse et d’une espèce de bouilli à base de manioc, le tout offert avec faste dans des services en coques de noix de coco sur de grands plateaux en écorce d’eucalyptus. Ce confort a eu en revanche un prix, qui a été la raison majeure de ma captivité: le garçonnet qu’on m’avait confié en exclusivité en tant que guérisseur suprême. Car l’enfant à la bouche toujours grande ouverte ne parlait pas, encore moins criait-il, et il n’avait pas de raison d’être sans cesse étonné. Cela je l’avais bien compris lors de mon installation quasi forcée grâce à mon talent de polyglotte allié à l’effort linguistique accru de la femme et à sa performance gestuelle. L’enfant avait un défaut singulier.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph" style="font-size:20px"><em>Le piège du bâillement</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Sa sortie dans ce monde a été extrêmement éprouvante, ce qui a dû le solliciter outre mesure, preuve qu’après sa naissance il ne s’est réveillé qu’au bout de deux jours et nuits de profond sommeil, et ce par des cris furieux exigeant sa tétée inaugurale. Le repas une fois terminé, saturé et satisfait, il a entrepris – yeux fermés – son tout premier grand et long bâillement. Et… son tout dernier! Ses mâchoires minuscules ne se sont plus refermées. Au contraire elles se sont figées comme au grand jamais, qu’on aurait dit les deux rochers d’un détroit. Sur le coup il a été donné pour mort, mais sa mère s’est vite rassuré qu’il ne pouvait pas l’être car il respirait, même qu’il avait repris le sommeil. Et cela a continué ainsi. Depuis qu’il est né, pendant une année et demi maintenant, ce bébé vit la bouche béante, alors que pour le reste il est comme les autres petits: joyeux, vif, joueur. Sa mère (la jeune fille aux yeux brûlants qui me l’avait confié) et son père (l’homme autoritaire) veillent donc au grain sans relâche. Et à présent moi. À juste titre, car pour l’enfant les défis sont grands et constants: manger, boire, s’exprimer par les signes comme par les sons, repousser les insectes… Comment me sortirai-je de ce piège?</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph" style="font-size:20px"><em>La complicité et l’impasse</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>En effet, il me faut ne pas oublier ne serait-ce qu’un seul instant que pour ces pauvres parents et pour cette tribu, je suis le dieu de l’espérance qui guérit tout, n’importe quoi et n’importe qui. Moi, simple boulanger castillan de Burgos passé missionnaire! Là, au fin fond du bois, au pied de l’Altiplano, je pourrais à peine me traiter moi-même. Et encore… Les jours pourtant passent et au mois d’avril elles durent plus. Parfois, la mère se glisse au loin et jette furtivement des œillades espérant (je crois) apercevoir du progrès. Moi je commence à l’aimer ce petit infortuné et il le sent. On joue les deux ou avec les gosses du bled, on s’amuse, je ris, il rit en silence, je lui apprends des menues choses, il apprécie puis s’égare, et on rit encore de bon gré. Cinq jours que je suis ici et je me suis un peu habitué, mais seulement un peu, à le voir constamment bouche ouverte. Cela dit, je ne vois pas de solution à l’énigme et ma peine à soutenir le regard interrogatif de l’homme et suppliant de la femme va croissant. Certes, porte fermée et manuellement, je m’affaire du mieux que je peux pour faire bouger ses mâchoires, qui sont, elles, comme soudées et c’est donc sans espoir: à peine les joues remuent. Passer ainsi sa vie entière?…</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph" style="font-size:20px"><em>Le changement de stratégie</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>L’environnement hostile renvoie à l’âge de la pierre mais ne m’écarte point des prières habituelles, assidues et, j’admets, de plus en plus vives, que j’adresse à Notre Seigneur, devant le garçonnet (qui m’observe avec un intérêt évident), au point que le soir du sixième jour j’ai comme une illumination: jamais ce mystère ne saurait être résolu ici, par moi ou un autre. Où alors? Je vis dans la Sainte Crainte de Dieu, pourtant je suis certain ne pas être assez investi par la foi. Celle qu’il faut pour déplacer les montagnes. Et c’est là que me revient le nom de ce vénérable moine hésychaste du Monasterio Cisterciense del Divino Salvador en Galice dont j’avais entendu parler dans des termes enthousiastes. Mû par son engagement sans pareil dans la prière, le père Isidoro, ancien marin, est semble-t-il en mesure de franchir l’impossible. C’est la chose à faire, me dis-je, en faisant le choix de changer la stratégie. Serait-il pour autant toujours en vie? L’incertitude me travaille, sauf que d’une chose je suis sûr: le vrai remède pour la vaincre est bien la foi, aussi infime fut-elle. Au matin, je prends donc mon courage à deux mains et m’emplois de mon mieux à exposer ma stratégie aux parents. Le résultat m’encourage.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph" style="font-size:20px"><em>Le grand départ</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Près d’une semaine au sein de la tribu me suffit pour saisir l’essentiel de leurs gestes, états d’esprit, habitudes et vocabulaire. En fin de compte il s’agit de relations simples entre, je dirais, des êtres primitifs. Conforté par mon statut assumé de droit divin, je n’ai pas à forcer sur l’éloquence pour leur faire admettre mon plan: enfant malade; moi prends enfant; enfant ciel; moi soigne enfant; moi ramène enfant; enfant sain. Plus j’explique, gestes à l’appuis, plus les parents sont gagnés par les larmes, pendant que le bébé joue avec mes boutons. En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, l’affaire est réglée. Ils se jettent à mes pieds avec des marmottements qui me rappellent l’esprit écaillé dont j’avais totalement perdu trace depuis. Et puisque j’en parle, une fois finie notre rencontre, ils se lèvent et reprennent l’enfant. Je les suis par instinct. À la lisière de la forêt, on retrouve la forme dans la même position recroquevillée. Le père se penche à son oreille, pendant que je reste avec la mère et le bébé. Un long moment après, la forme lève les bras au ciel, à nouveau larmes aux yeux, en marmottant comme l’autre fois. Sans aucun doute, j’ai dû obtenir son accord qui nous libère. Ainsi, je peux entamer notre départ.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph" style="font-size:20px"><em>Le long voyage</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Le retour au pays n’est pas sans repos. D’abord les adieux des parents et de la tribu: émouvants dans leur simplicité, force et sincérité. Ensuite la descente incertaine à dos d’âne dans la vallée, puis celle périlleuse, en radeau, du Pilcomayo, continuée en canot sur la rivière Paraguay, pour finir sur le pont d’un bateau à roues à aubes le long du fleuve Paraná, jusqu’à Buenos Aires. Durant onze jours on échappe comme par miracle à la fièvre jaune et au choléra. Viennent douze jours d’attente dans une auberge près du port, au lieu dit La Boca, pour enfin pouvoir monter au bord du paquebot SS City of Paris et prendre la direction de Cadix. La traversée dure dix jours, avec un premier arrêt à Recife, au Brésil, et un deuxième à Mindelo, au Cap-Vert. Elle se passe bien, sans compter mes fréquents maux de mer et les efforts de tenir Marco à l’écart afin de lui épargner d’être la risée des passagers. L’ayant découvert le jour de la fête du saint évangéliste, je l’avais baptisé en son honneur. Une fois à destination, nous entamons la route de 250 lieues vers Panton à travers Séville et Salamanque, et au soir du 38</em><em><sup>ème</sup></em><em> jour à compter depuis notre départ du hameau, nous atteignons le monastère. À mon énorme regret.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph" style="font-size:20px"><em>Le premier échec</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Nous sommes correctement hébergés et prenons un repas goûteux et simple. Dieu merci, l’enfant avait déjà commencé son sevrage, chose très utile aussi durant notre expédition. Un seul mois est passé et voilà qu’il est devenu presque autonome. Avec tant de nuits précaires, je me laisse démolir par le sommeil du juste et me réveille tard le matin, comme lui d’ailleurs. Nous sortons nous promener le long des voutes du cloître et je demande ci et là de rencontrer père Isidoro, à ma surprise sans succès. On me jette des regards fuyants et la démarche des gens s’avive: ils se dérobent clairement et cela devient agaçant. Après plusieurs échecs, je coupe vertement le chemin de l’un d’entre eux, lui disant d’un ton ferme: “Nous souhaitons voir le père Isidoro.” Il regarde Marco d’un air ahuri, essaie de nous contourner, je lui fais obstacle, il essaie encore, je résiste, et finalement il s’arrête, désemparé. J’attends. “Pitié – dit-il – je… je ne sais pas.” Mon regard l’interroge, muet. “S’il vous plaît, je ne…” “Est-il mort?” Ma question le secoue. “NON!” – s’exclame-t-il, presque horrifié. “Non, il sera tantôt centenaire mais…” “?” “…dix ans qu’il ne reçoit plus personne”. J’insiste, mais je n’obtiens rien de plus. La voie semble fermée.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph" style="font-size:20px"><em>Le deuxième échec</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>L’homme s’éloigne vite. Désenchanté, je croise les yeux du petit qui me fixe déjà. Il avait saisi. Un seul mois est passé et sans aucun effort, sans des leçons savantes, il me surprend par ses progrès de compréhension et d’apprentissage de la langue. Hélas, je ne sais pas sa date de naissance, lui encore moins, mais à le voir dans son comportement, je me dis qu’il doit avoir au moins deux ans d’âge. Je me ressaisis et décide de rentrer </em>a casa<em>. Seigneur! dans la grande ville de Burgos il devrait bien y avoir un moyen pour traiter ce défaut. Nous prenons le repas de midi, je remercie pour l’accueil et direction Léon! Deux jours de marche, mais sitôt après avoir quitté le couvent, en plein champ et à un jet de pierre du chemin, je vois une cabane exigüe. Curieux de nature, j’entrouvre la porte: au milieu, inerte, yeux clos, un vieil homme à genoux devant un crucifix. On entre à pas de chat et on s’assied comme des plumes. L’intuition me dit qu’en face nous avons père Isidoro. Je mime “chut” vers Marco, qui consent par un faible “oua”. Je frémis mais l’homme est de marbre. Et de marbre il reste jusqu’au soir malgré nos divers frémissements. Penaud et las, pour finir j’en conclus à un second échec. Nous reprenons le chemin.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph" style="font-size:20px"><em>Le troisième échec</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>On passe la nuit à la belle étoile. L’été approche, il fait bon mais il me faut convaincre l’enfant de s’habituer à respirer par le nez pour protéger sa gorge, car les insectes arrivent. Devant les portes de Léon, je préfère nous arrêter dans une auberge hors de la ville pour éviter d’autres coups d’œil outrés, comme les gens rencontrés en chemin ont montré savoir si bien lancer même après notre passage. Ceux du tenancier et des clients me suffisent, surtout lors du repas où je dois triturer sa nourriture pour la muer en une purée fluide qu’il puisse l’avaler. En revanche, la nuit est de tout repos et le lendemain matin nous repartons pour Burgos, où nous arrivons en diligence au soir du 44</em><em><sup>ème</sup></em><em> jour de notre long voyage. Il ne fait nulle part mieux que son chez soi que je m’empresse de retrouver. Après un jour de repos et réflexion, je cherche conseil chez le doyen de la mission. Mes attentes sont à la hauteur des efforts concédés – grandes, pourtant à voir l’a moue affichée lorsqu’il nous reçoit, il doit me croire tenir par la main un singe, ce pourquoi mon dépit est encore plus grand. Je coupe donc court à la visite et rentre effaré à la maison, en proie à un doute sévère et à un solide sentiment d’iniquité. Que resterait-il à faire?</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph" style="font-size:20px"><em>Le dernier échec</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>(…) À ce jour, Marco Núñez-Sanz Gris de la Mena y Valdés est à mes côtés depuis seize ans et doit fêter sous peu sa maturité (Je l’ai adopté,&nbsp; déclaré sa date de naissance au 25 avril 1875, fête de San Marco, et ses papiers sont là comme preuve depuis longtemps.) Il vit avec moi, qui ai quitté la mission pour retrouver mes fourneaux. Au départ j’ai vu en lui l’occasion pour la meilleure action qui semblait à ma portée pour rendre grâce à Dieu, à l’enfant, à ses parents, à sa tribu et, par là, me combler moi-même. Mais ce fut un lourd échec dont je cherche encore les causes. En premier peut-être ma petite foi. Lui s’est épanoui harmonieusement, mais n’en peut plus et parfois il me le fait comprendre. Il a une grande peine dans la vie de tous les jours en société, n’arrive pas à s’entretenir seul et offre une bouche sérieuse à nourrir, encore que depuis des années il se prépare seul les repas. Sans parler que les gens le regardent tel une attraction de cirque. Je l’aime comme mon fils, mais pour l’avoir élevé sans vrais père et mère je n’arrête pas d’en souffrir et de m’en vouloir de ne pas avoir osé le ramener dans son monde. Le comble de ma lâcheté? Parfois je ne veux même pas y penser. C’était sans avoir idée de la suite.</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph" style="font-size:20px"><em>Le bâilleur</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Dès sa maturité acquise, je reçois soulagé l’offre de Don Lluis Raluy Iglesias de l’engager dans son futur cirque. Le garçon accepte de sitôt. Le patron voudrait le joindre à ses jongleurs. Marco est souple et adroit. La perspective est intéressante et ce n’est qu’un début. Suivent les premiers exercices sous le chapiteau et je saisis vite qu’en fait il y a nul avenir de jongleur pour Marco, dont le rôle n’est que de se tenir sur la piste tandis que de vrais jongleurs couronnent leurs acrobaties avec des balles de celluloïd qu’ils lancent… où donc? Furieux, je saisis mon garçon et nous quittons aussitôt cette farce, mais à la maison le désespoir le gagne et ne le quitte plus, au point que pour essayer au moins de lui faire changer les idées, je décide de l’emmener voir Paris. Là, sur les rives de la Seine, devant le plus récent miracle en fer du monde, un jeune, accent étrange, visage sculpté et moustache, nous interpelle. Il dit d’un ton posé mais ferme être ému par l’expression de Marco et souhaiter faire son portrait. J’accepte confus. Il se lance tête en avant au travail et finit le tableau le soir. Au dos il écrit “Le bâilleur”. C’est là qu’enfin il remercie, s’excuse et se présente, sec, comme peintre norvégien. Son nom est Eduardo Munch.</em></p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-medium is-resized"><img decoding="async" width="242" height="300" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2024/02/Edvard_Munch_1893_The_Scream_oil_tempera_and_pastel_on_cardboard_91_x_73_cm_National_Gallery_of_Norway-2-242x300.jpg" alt class="wp-image-31663" style="width:403px;height:auto" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2024/02/Edvard_Munch_1893_The_Scream_oil_tempera_and_pastel_on_cardboard_91_x_73_cm_National_Gallery_of_Norway-2-242x300.jpg 242w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2024/02/Edvard_Munch_1893_The_Scream_oil_tempera_and_pastel_on_cardboard_91_x_73_cm_National_Gallery_of_Norway-2-825x1024.jpg 825w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2024/02/Edvard_Munch_1893_The_Scream_oil_tempera_and_pastel_on_cardboard_91_x_73_cm_National_Gallery_of_Norway-2-768x953.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2024/02/Edvard_Munch_1893_The_Scream_oil_tempera_and_pastel_on_cardboard_91_x_73_cm_National_Gallery_of_Norway-2-1237x1536.jpg 1237w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2024/02/Edvard_Munch_1893_The_Scream_oil_tempera_and_pastel_on_cardboard_91_x_73_cm_National_Gallery_of_Norway-2.jpg 1500w" sizes="(max-width: 242px) 100vw, 242px"></figure>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">«&nbsp;Le bâilleur&nbsp;» (Edvard Munch, 1893)</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Edvard_Munch#/media/Fichier:The_Scream.jpg">https://fr.wikipedia.org/wiki/Edvard_Munch#/media/Fichier:The_Scream.jpg</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">P.S. Une ignoble légende insinue que la source d’inspiration du peintre serait une momie trouvée au Pérou en 1877 et vue à Paris en 1889. Reste en revanche un mystère quand, pourquoi, par qui et où le tableau a été depuis rebaptisé tendancieusement “Le cri”.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[25 octobre 2023]</p>



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		<title>Le cercle infernal</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 15 Jan 2024 06:52:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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<p class="wp-block-paragraph">Quésaco ce cercle infernal? Simplement ce à quoi nous sommes confrontés jour après jour. Qui nous? Nous tous qui, pour le meilleur ou pour le pire, pour notre travail ou pour nos loisirs, dépendons de plus en plus des écrans – nains, petits, moyens et grands, qui sont les faces visibles de ces machines algorithmiques que représentent (parmi d’autres) les montres, les smartphones, les tablettes et les ordinateurs. Heureux donc ceux qui peuvent les éviter. Mais qu’est-ce donc ce cercle infernal? C’est notre condition – devenue routine – de constituer les éléments (pour ne pas dire les pions) du violent combat entre d’une part l’intrusion et l’agression et d’autre part la sécurité et la défense. Notre valeur en tant qu’utilisateurs de ces machines se situe là. Si l’on ajoute en vrac les webcams, les cartes de crédit et de membre, les balises, les voitures, les satellites, les puces embarquées, l’Internet&nbsp; des objets et j’en passe d’autres que j’ignore, on voit que les voies d’attaque sont aussi nombreuses que diverses et qu’elles couvrent <em>grosso-modo</em> la quasi totalité de nos vies. À tous ces objets-espions s’ajoute l’armada des logiciels, sans lesquels nous n’aurions affaire qu’à une cimetière de ferraille. Gare donc pêle-mêle aux chevaux de Troie, collectes et trafics de données, virus, publicités ciblées, cookies, etc. Devant cette déferlante de nocivités, les moyens informatiques sécuritaires et de défense font pâle figure mais, n’empêche, ils existent et sont là, faisant de leur mieux dans le cadre du combat incessant, plus ample mais perdu d’avance pour le droit à l’anonymat. Car plus coriace la défense et plus forte l’agression. Plus robuste la sécurité et plus perçante l’intrusion. Le cercle infernal est là et va savoir de quoi sera fait l’avenir.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela me rappelle la fuite obsessionnelle de la souris dans sa cage ronde qu’elle fait tourner justement par sa fuite . <span id="easy-footnote-148-31630" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-cercle-infernal/#easy-footnote-bottom-148-31630" title="<a href=&quot;https://tenor.com/view/kai-kai-art-kai-editions-imaginary-friend-hamster-wheel-gif-17202965&quot;>https://tenor.com/view/kai-kai-art-kai-editions-imaginary-friend-hamster-wheel-gif-17202965</a>."><sup>148</sup></a></span> <span id="easy-footnote-149-31630" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-cercle-infernal/#easy-footnote-bottom-149-31630" title="Au cas où l’on se mettrait à suspecter un quelconque rapport allant jusqu’à une connivence évidente entre cet essai et celui intitulé “X%”, j’avertis: c’est exactement ça."><sup>149</sup></a></span></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="498" height="448" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/10/Le-cercle-infernal.gif" alt class="wp-image-31445"></figure>



<p class="wp-block-paragraph">[3 octobre 2023]</p>
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		<title>X%</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 Nov 2023 09:46:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Que nous le voulions ou non, nous ne sommes tous pas plus que des statistiques. Éléments de statistiques. Des plus diverses. La principale chose est que nous vivons. […]</p>
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									<p>«Il y a trois types de mensonges:<br>mensonges,<br>mensonges grossières et<br>statistiques.»<br>(Attribué à Winston Churchill)</p>								</div>
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									<p>«Un mort? Une tragédie.<br>Un million de morts? De la statistique.»<br>(Atribué à Iossif Vissarionovitch Djougachvili, dit Staline)</p>								</div>
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									<p>Que nous le voulions ou non, nous ne sommes tous pas plus que des statistiques. Éléments de statistiques. Des plus diverses. La principale chose est que nous vivons. (Et – accessoirement – que nous votons.) Mais aussi que nous mourrons. Pour elles. Sans nous, zéro statistiques. En revanche, plus nous sommes et plus il y aura de la matière pour elles. Et mieux elles se porteront. Notre pouvoir est par conséquent immense! Au moins devrait-il l’être.</p><p>Mais que dal. Des banav que tout cela! Nous ne sommes tous rien d’autre que des éléments de statistiques avec pouvoir zéro à part celui de nous voir placés à notre insu dans telle ou telle zone, groupe, catégorie ou position, à tel ou tel rang ou niveau, etc. Quant au critères de classement, leur nombre est infini, et si par hasard il venait à finir, il s’en trouverait encore de nouveaux.</p><p>Accoutumances, achats, activité, âge, aide, animaux, aversions, avoirs, casiers, chomage, civisme, crédits, cultes, délits, dépenses, enfants, épargnes, état civil, études, fortune, habits, habitudes, infractions, intérêts, lectures, loisirs, maladies, mariage, métiers, meurtres, migration, misère, mobilité, mortalité, natalité, politique, occupations, origines, penchants, pendularité, poids, préférences, salaires, sexe, soucis, souhaits, sport, tailles, vacances, vice, vitesse.</p><p>Les % règnent partout, sans partage. Tout et n’importe quoi se mue en pour-cent par rapport au but choisi pour la circonstance: population du pays, de la région, de la ville, classe d’âge, niveau de vie, espérance de vie, choix, tendances, prévisions, dynamique. Difficile de savoir si le lointain inventeur du % en tant que signe ou référence l’aura fait parce qu’à son époque la population était nettement moins nombreuse, et que dès lors une petite centaine satisfaisait pour présenter un repère raisonnablement révélateur.</p><p>Une chose est sûre: les % des statistiques sont des commodities, des raw materials, c’est-à-dire des matières brutes de première nécessité qui se négocient au dessus de nos têtes, tel que le pétrole ou le blé, sauf que nous en sommes les composantes anonymes et infimes, comme pour l’opinion publique de la communauté internationale <span id="easy-footnote-150-31575" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/x/#easy-footnote-bottom-150-31575" title=" https://lecorbeaublanc.me/essais/lopinion-publique-de-la-communaute-internationale/"><sup>150</sup></a></span>.</p><p>Le plus frustrant est que nous sommes strictement sans défense aucune envers ces statistiques dont on est le combustible et qui circulent librement parmi nous, sans demander pardon ou crier gare. Nous sommes situés furtivement dans les 9.21% du groupe tel ou classés dans les 43.18% de tel autre, alors que notre identité est caractérisée par d’autres et bien plus de qualités et de défauts.</p><p style="text-align: center;">*</p><p>Allons! Ce n’est pourtant pas une raison d’être déprimés pour autant. Vivants ou morts, morts ou vivants, ceci donne tout de même un minimum de sens à notre existence. Actuelle et future. Le sillon que nous creusons dans la vie et la trace qui nous suivra après la mort se retrouve(ro)nt largement dans nombre de ces %.</p><p>[12 septembre 2023]</p>								</div>
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		<title>1191 (II/II)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Nov 2023 07:48:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Surtout après leur déroulement. Mais aussi pendant. Il suffit de se rappeler les différentes fausses alertes visant d’autres bâtiments de prestige; les dispositions prises pour mettre à l’abri divers dignitaires; […]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/">1191 (II/II)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
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									<p>«Il est dangereux d’avoir raison<br>sur des sujets où l’autorité officielle a tort».<br>(Voltaire)</p>								</div>
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									<p>«&nbsp;…Victimes de la vérité derrière les messages<br>des stoïques Saints du profit qui<br>qui sourient lorsque les merveilles<br>de toutes sortes déboulent dans leurs poches…&nbsp;»<br>(Deep Forest, ‘Endangered Species’,<br>de l’album ‘Music Detected’)</p>								</div>
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									<p class="p1">[…] Surtout après leur déroulement. Mais aussi pendant. Il suffit de se rappeler les différentes fausses alertes visant d’autres bâtiments de prestige; les dispositions prises pour mettre à l’abri divers dignitaires; le branle-bas autour de la question des effets boule-de-neige sur la ville de New York, sur l’Amérique entière et sur le monde en général; le jeu des situations d’urgence stratégique (les fameux niveaux de DEFCON)<span id="easy-footnote-151-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-151-31559" title="DEFense CONditions (conditions de défense)&nbsp;: niveaux d’alerte allant de 5 (normal, temps de paix) à 1 (préparation maximale). Ce jour-là, les forces militaires américaines reçurent l’ordre de se mettre en état DEFCON 3."><sup>151</sup></a></span>; le ballet des commentateurs et la valse des spécialistes ès affaires stratégiques, ès questions islamiques, ès sociologie, ès psychologie, ès terrorisme, chacun livrant son lot d’expertise en la matière.</p><p class="p1">L’après 11 septembre fut pourtant beaucoup plus riche à ce titre, peut-être par souci de ne pas gaspiller – voire: de renforcer – ce qui avait été acquis entre-temps. Il y eut les multiples alertes aux gaz anthrax; celle causée par la défaillance d’un réacteur qui fit tomber un Airbus A300 d’American Airlines sur le quartier de Queens à New York (c’était le 12 novembre 2001 et il y eut 255 victimes); l’attentat du 28 novembre 2002, perpétré contre un hôtel de Mombassa (Kenya), qui fit 13 morts; ce même jour, la tentative avortée de détruire en vol un Boeing B757 affrété par le plus gros tour opérateur israélien Arkia et qui effectuait la liaison Mombassa – Tel Aviv; la tentative également échouée du passager néo-zélandais Richard Bruce Reid de faire exploser ses chaussures le 22 décembre 2002 dans l’appareil qui reliait Miami à Paris; l’interdiction absolue d’embarquer à bord d’un avion avec la moindre lime à ongle, la moindre pince à sourcils, le moindre cure-dents.<span id="easy-footnote-152-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-152-31559" title="Comme pour rappeler que ces objets sont tout aussi dangereux que les cutters dont se seraient servis les pirates de l’air pour menacer les passagers des avions détournés le 11 septembre. Cet interdit fut depuis appliqué par un nombre toujours croissant de compagnies aériennes, sans pourtant que son inutilité ridicule ait interpellé grand monde."><sup>152</sup></a></span></p><p class="p1">L’orchestration des retombées stratégiques internationales</p><p class="p1">Le coup du 11 septembre 2001 a permis aux États-Unis d’Amérique d’occuper impunément l’Afghanistan et l’Irak; de mettre sur la sellette des pays-charnière, comme l’Iran, l’Arabie Saoudite et la Syrie; de fraterniser, au nez et à la barbe de Moscou, et à coup de dollars, avec d’anciens États de l’ex-Union Soviétique, majoritairement musulmans, comme le Kirghizistan, le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Ouzbékistan; enfin, d’asseoir officiellement un leadership décisionnel absolu qui jusque-là ne s’était manifesté qu’officieusement.</p><p class="p1">L’orchestration des médias du pays dit plus libéral en la matière</p><p class="p1">En tant que miroir à la fois d’une nation et des faits, les médias ont acquis un rôle sans précédent sur le plan de la création des opinions. À plus forte raison aux États-Unis, où leur impact en la matière est absolu. Aussi, leur importance dans la gestion des faits était, évidemment, primordiale. À la mesure de leur légendaire liberté, affichée avec arrogance. Comment dès lors ne pas rester sans voix devant l’accablante uniformité et platitude, si ce n’est l’affligeant conformisme et servilisme, dont les médias ont fait preuve en couvrant<span id="easy-footnote-153-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-153-31559" title="étouffant?"><sup>153</sup></a></span>ces moments? Bien sûr, je ne parle pas de la couverture en images, ou de la façon dont furent restituées les nouvelles. Je parle de leur ton, de leur attitude, de la façon dont fut traitée leur mission de base – l’information, qui se doit de se tenir autant que possible dans la neutralité et la verticalité. Mais dans le cas présent, il faut vraiment une volonté d’acier pour tenter de retrouver, par ci par là, des commentaires opposés à ceux ouvertement et violemment alignés, qui constituent, on l’a compris, l’écrasante majorité.</p><p class="p1">Le détournement des consciences</p><p class="p1">Traumatisme des faits, médias et voix officielles aidant, il ne s’en est pas failli de beaucoup pour créer outre-Atlantique un état général d’hystérie propre aux masses, qui fit vite des ravages. Fin 1941, il ne faisait pas bon pour les citoyens américains d’origine japonaise de trop se montrer<span id="easy-footnote-154-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-154-31559" title="C’était l’après le désastre de Pearl Harbour"><sup>154</sup></a></span>.Dix ans plus tard, l’heure des comptes sonna pour ceux qui furent soupçonnés de sympathies communistes<span id="easy-footnote-155-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-155-31559" title="C’était à l’heure du maccartisme."><sup>155</sup></a></span>. Cinquante ans après, vînt le tour des arabes et, de façon plus générale, de n’importe quel bronzé porteur de keffieh, turban, fez et autres couvre-chefs ‘pas comme chez nous’. Si, jusqu’alors, afficher en Amérique sa différence, éventuellement sa fronde, par rapport à tout et – souvent – à n’importe quoi, était presque devenu une spécificité du pays, dès le lendemain de la tragédie, bien que cette tradition ne disparut pas, elle enregistra une exception nette, et une seule: la référence au ‘nine eleven’, au 11 septembre. Qu’elle soit affichée sur des t-shirts ou sur les murs des maisons, ou encore – et surtout – qu’elle soit exprimée de vive voix, elle se devait d’être alignée à la version officielle, sous peine de violentes réactions de l’entourage. Qui parlait d’un communisme à l’américaine?…</p><p class="p1">L’esquive des évidences</p><p class="p1">Patiemment, il est possible de trouver, comme je viens de l’affirmer, des ‘poches’ où la conscience vit encore. Tel ce site Internet<span id="easy-footnote-156-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-156-31559" title="Voir: whatreallyhappened.com. Dans le même registre, un film documentaire britannique arrivait par des voies différentes quasiment à la même conclusion."><sup>156</sup></a></span>qui démontre, calculs et formules à l’appui, qu’anéantir une tour du World Trade Center suite au seul choc produit par un avion, auquel s’ajouterait la ruine des matériaux de résistance de l’immeuble par l’effet de la chaleur dégagée lors de la combustion du kérosène, c’est pratiquement impossible, car insuffisant. C’est assez troublant, car un ingénieur civil de mon entourage, que j’avais questionné sur la chose ce matin-là même, m’avait proposé la même conclusion sous une forme succincte et autrement formulée.</p><p class="p1">Mon but n’est pas de faire ici l’inventaire de ces preuves, ni de me livrer à une investigation personnelle que je ne saurais conduire par manque de moyens, de compétences et d’intérêt. Je compte souligner en revanche l’existence manifeste d’une volonté destinée à éviter l’examen officiel, impartial, professionnel, approfondi et complet des causes et autres épiphénomènes de cette tragédie. Si, en son temps, le rapport de la commission Warren sur les circonstances de l’assassinat de l’ancien président John F. Kennedy fut maintes fois critiqué pour son caractère amateur, subjectif et lacunaire (eu égard l’importance du sujet), force est aujourd’hui de lui reconnaître, par rapport aux ‘événements du 11 septembre’, au moins le mérite d’avoir existé. Comment se fait-il que cette Amérique si volontaire tolère l’absence d’un maillon tellement crucial sur la voie de la recherche de la vérité, c’est déjà une autre question.</p><p class="p1">Le musellement des opinions</p><p class="p1">Dans le prolongement du détournement des consciences, qui fait encore partie de l’arsenal de la propagande, nous avons aussi constaté l’apparition de cet instrument de censure qui appartient, lui, au domaine de la répression. D’une part, le processus d’endoctrinement dépassa rapidement le cadre relativement restreint des arabo-américains anonymes, pour s’en prendre à tout contestataire de la version officielle, fut-il blanc, chrétien et célèbre<span id="easy-footnote-157-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-157-31559" title="La liste des personnalités du ‘showbiz’, victimes de cette hostilité, est déjà bien fournie."><sup>157</sup></a></span>. D’autre part, via les courants d’idées, les canaux des médias, mais aussi ceux des affaires, furent jetées en un temps record les bases nécessaires à l’instrumentation légale et juridique de ce volet important de l’opération. C’est de cette façon qu’a été réussie…</p><p class="p1">La soumission des acteurs politiques</p><p class="p1">Au tout début, cette subordination apparut comme une autre forme légitime de la cohésion nationale sans faille au-devant d’une adversité extrême. Comme lorsqu’un cataclysme naturel frappe la vie de la communauté. Visages graves, députés, sénateurs et autres gouverneurs démocrates ou républicains exprimaient à l’unisson les mêmes préoccupations. C’était mal saisir le problème, car bientôt vint le tour les demandes d’octroi de budgets incommensurables, qui étaient censés financer rien que la lutte contre le terrorisme. Le Congrès vota et, en deux ans, 167 milliards de dollars du contribuable partirent ainsi dans cette direction. Suivit ensuite le fameux ‘Patriot Act I’, adopté par le Sénat à peine six semaines après les frappes. Quantité de libertés civiques – fierté et pierre angulaire de la démocratie américaine – étaient ainsi limitées ou suspendues. Continuons avec la création sans obstacles d’un super-fauteuil de ministre de la sécurité intérieure. Enfin, surprise!, même si les conditions et l’esprit n’étaient plus les mêmes, vint le tour du ‘Patriot Act II’, extension du premier, qui est actuellement débattu au Congrès.</p><p class="p1">L’exaltation des éléments – justement – patriotiques</p><p class="p1">C’est connu: un choc matériel et moral d’une telle ampleur et violence ne saurait laisser pour compte le patriotisme d’un peuple. Surtout en Amérique – l’histoire récente l’a prouvé <span id="easy-footnote-158-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-158-31559" title="La guerre du Viêt-Nam a fourni la plus édifiante de ces preuves."><sup>158</sup></a></span>. Et c’est exactement ce qui s’est passé. L’élan yankee prit un envol spectaculaire, et la côte du président en exercice grimpa au zénith, malgré une conduite initiale très discutable. Certes, toute nation qui se respecte se doit de posséder dans son inventaire le patriotisme. Elle se doit aussi de le cultiver. Il n’empêche que dans ses manifestations, et particulièrement dans ses dérapages, ce sentiment frôle assez souvent le grotesque. Tant que ces formes caricaturales d’exagération servent les intérêts d’un pays qui se trouve – par exemple – en état de guerre, on serait tentés de lui accorder un certain rôle thérapeutique, donc bénéfique. Eh bien, nombreuses sont aujourd’hui les formes caricaturales revêtues par le patriotisme américain, notamment par rapport à la problématique arabe. Cependant, n’en déplaise à ce président, le pays n’est pas en état de guerre avec le monde arabe.</p><p class="p1">L’application des mesures coercitives</p><p class="p1">Ce ‘détail’ n’est qu’un effet de l’ensemble des aspects traités ci-dessus. Une fois l’arsenal mis en place, les arrestations arbitraires, les longues détentions injustifiées, les procès orchestrés, les pressions et les intimidations complètent un tableau qui prend forme petit à petit</p>								</div>
				</div>
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									<p class="p1">Pour conclure, je me demande: si tout ceci n’est pas un vrai chef-d’œuvre dans son genre, alors de quoi devrait avoir l’air un tel vrai chef-d’œuvre?!</p>								</div>
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									<p class="p1">Addenda: ubi, quando, quid, quis, quibus auxiliis, cur, quomodo.</p><p class="p1">Vingt siècles en arrière, Quintilien relevait de manière on ne peut plus synthétique ces catégories, indispensables pour analyser et considérer les circonstances de tout acte (en l’espèce criminel), avec la particularité que, forcément, la vérité ne saurait surgir qu’une fois connues les réponses à toutes ces questions. Alors:</p><p class="p1">Ubi: où a eu lieu l’acte? où se trouvait son objet? <span class="s2">Ça, au moins, c’est connu, mais c’est encore loin d’être suffisant.</span></p><p class="p1">Quando: quand? Ça, en tout cas, c’est aussi connu: le 11 septembre 2001, n’est pas?</p><p class="p1">Quid: quel est l’acte? mais aussi quel est l’objet de l’acte? Ça, c’est connu également: la destruction d’objets et de vies humaines. Les objets sont restés gravés sur toutes les rétines.</p><p class="p1">Quis: qui est l’auteur? L’on ne sait pas. J’entends par là que surtout devant d’une telle monstruosité, des preuves abondantes et parfaitement irréfutables sur l’identité des suspects auraient dû être considérées absolument obligatoires avant de désigner ces suspects comme auteurs – commanditaires ou exécutants. Mais ces preuves sont absentes. Elles l’étaient au lendemain des attentats et on les attend encore aujourd’hui. Ou alors elles existent, et elles ont toujours existé, mais n’ont pas été révélées. Tout ce que l’on ‘sait’, repose sur les déclarations d’une poignée de hauts dirigeants politiques, selon lesquels ces preuves existent. Punkt Schluss.</p><p class="p1">Quibus auxiliis: à l’aide de qui/quoi? avec quelles aides? On ne sait pas non plus. Comment le savoir&nbsp;? Cela supposerait que les auteurs aient déjà été nettement identifiés. Retour à quis. Ce qui est connu repose sur l’intuition que tout barbu basané porteur de keffieh est un complice (potentiel) qui n’a qu’a bien se tenir et qui a surtout intérêt à prouver son innocence.</p><p class="p1">Quomodo: comment? Là aussi il y a un problème. Les kamikazes dont nous avons tous vu les portraits à la télévision sont morts jusqu’au dernier. Donc on ne peut guère les interroger sur ce point. Ou bien ils n’ont jamais existé, ou alors ils sont disparus – allez savoir!, car les passagers qui auraient pu être interrogés là-dessus sont aussi tous morts. Ou n’ont jamais existé. Ou ils sont disparus. Par ailleurs, les fameux enregistrements audio et vidéo de leur ‘commandant suprême’ non seulement n’ont jamais été identifiés sérieusement, mais ils n’ont pas été expressément revendiqués. Comme les attentats d’ailleurs. Et un attentat non revendiqué reste, au-delà de tout ce qu’il est possible d’échafauder sur le compte de ses auteurs présumés, quelque chose de particulièrement étrange.<span id="easy-footnote-159-31559" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-ii-ii/#easy-footnote-bottom-159-31559" title="Comme, d’ailleurs, demeure un mystère la difficulté d’arrêter ce ‘commandant suprême, en dépit des moyens financiers, politiques et militaires sans pareil utilisés depuis."><sup>159</sup></a></span> Ainsi, sur la question de l’instrument humain, force nous est-il de constater que nous restons un peu bredouille. La question de l’instrument non-humain est aussi délicate. Laissant de côté le cas du Pentagone, nous avons tous bien vu deux avions percuter les deux immeubles du World Trade Center. Mais comment exactement? Comment cela est-il concrètement possible? Je veux dire&nbsp;: comment ferait un aviateur de petits zincs de dimanche pour piloter une usine tel un Boeing 767; pour viser une cible de 50m, en vol à petite vitesse et à environ 200 m de hauteur, dans un centre-ville bourré de gratte-ciel, de câbles, d’hélicoptères, de cheminées, d’antennes, avec une ‘cargaison’ hostile (un équipage et des passagers qui savent qu’ils mourront en peu de temps et qui, de ce fait, n’ont plus rien à perdre); et enfin, dans ces conditions, pour diriger le projectile pile au milieu de la cible? À cette vitesse-là, 0.1 secondes d’inadvertance, d’inattention, d’imprévu, d’hésitation, un atchoum, un hoquet, suffisent pour rater l’objectif. Mais il n’y a pas eu de ratés. Pour des amateurs entraînés pendant quelques semaines sur des simulateurs de vol et sur des biplaces de plaisance, cette performance est beaucoup plus qu’un exploit.</p><p class="p1">Cur: pourquoi?</p><p class="p1">Honnêtement, c’est la grande question. Quel aurait pu être le résultat escompté par ce réseau terroriste-là (en supposant que ses membres furent les instigateurs et les auteurs des attentats) à la suite d’un tel acte innommable? À première vue, la plus simple réponse serait: rien. En principe, un acte terroriste peut être – apparemment – gratuit. Il peut très bien frapper par ricochet, aux 2<span class="s4"><sup>ème</sup></span> ou 3<span class="s4"><sup>ème</sup></span> degrés. Oui, peut-être, mais pas un acte tel que celui-là. Comme pour toute chose dans ce monde, il existe un sens et une discipline aussi dans le secteur du cauchemar. Un exemple: admettons le cas inverse d’un mouvement férocement anti-islamique qui, un jour de dhu’l’hijja, qui est le mois du pèlerinage, lancerait simultanément de gros projectiles incendiaires sur la Kaaba de la Grande Mosquée de La Méque, sur le Dôme du Rocher à Jérusalem et sur la Mosquée du Prophète à Médine. Qu’obtiendrait-il autre qu’un blâme planétaire? En d’autres termes, je suis persuadé qu’il existe des gestes qui par leur force symbolique, dépassent de loin le terrorisme – en tout cas tel que nous l’avons vécu avant le 1191. Cela dit, et par réduction à l’absurde, on pourrait paradoxalement déduire qu’un tel acte ne saurait être le produit d’une volonté antagoniste, pour autant que cet ennemi ne fonctionne selon des schémas mentaux, stratégiques et – cas échéant – doctrinaires absolument autres que ceux qui ont cours dans le monde connu. Or justement, que je sache, ces formations anti-américaines ne sont pas composées de martiens, et leurs méthodes sont listées depuis belle lurette. Et puis, si j’avais été le chef barbare de ce réseau, cheville ouvrière de ces attentats à New York et Washington, enragé de punir le grand méchant anglo-américain; en admettant que, depuis ma grotte de l’Hindu-Kush, j’aurais tout de même eu les moyens de l’inimaginable logistique exigée pour réussir mes forfaits; – eh bien, ne les aurais-je pas répété? Au moins une fois, pardi! Et vlan, le jour de Noël, ci un avion sur la Bourse de New York, là un autre sur l’aéroport O’Hare de Chicago, un autre sur le Westminster de Londres et un dernier sur le Golden Gate Bridge de San Francisco. Cependant, depuis ce jour-là, plus d’attentats.</p><p class="p2">Mais alors: qui, avec quels appuis, comment et pourquoi&nbsp;?</p>								</div>
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									<p class="p1"><span class="s1">[</span>6 octobre 2002 – 12 octobre 2003,</p><p class="p1">revu superficiellement le 13 septembre 2023]</p><p class="p3">PS. À l’exception de changements mineurs et sans impact aucun sur la substance du texte, c’est expressément que je n’y suis pas intervenu pour le mettre à jour. Beaucoup de choses se sont passées depuis sa création il y a vingt ans, mais il est suprenant de voir qu’aucune ne le contredit ou le rend désuet. Au contraire.</p><p class="p1"><span class="s1">[</span>13 septembre 2023]</p>								</div>
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		<title>1191 (I/II)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 28 Oct 2023 08:28:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Demandez à qui vous voulez de vous décoder le 4776, le 6845, le 8545, le 12461, le 14789, le 16769, le 61241, le 71117 ou encore le 111189! Vous serez gratifiés d’un long regard complaisant, sous-entendant «Tu devrais te soigner, mon ami». […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="31460" class="elementor elementor-31460" data-elementor-post-type="post">
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									<p>«Il est dangereux d’avoir raison<br>sur des sujets où l’autorité officielle a tort».<br>(Voltaire)</p>								</div>
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									<p>«&nbsp;…Victimes de la vérité derrière les messages<br>des stoïques Saints du profit qui<br>qui sourient lorsque les merveilles<br>de toutes sortes déboulent dans leurs poches…&nbsp;»<br>(Deep Forest, ‘Endangered Species’,<br>de l’album ‘Music Detected’)</p>								</div>
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									<p>Demandez à qui vous voulez de vous décoder le 4776, le 6845, le 8545, le 12461, le 14789, le 16769, le 61241, le 71117 ou encore le 111189! Vous serez gratifiés d’un long regard complaisant, sous-entendant «Tu devrais te soigner, mon ami».<span id="easy-footnote-160-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-160-31460" title="Et pourtant ce sont là quelques-unes des plus notoires dates de ces 250 dernières années, ‘ savoir - respectivement - la déclaration américaine d’indépendance, l’attaque américaine sur Hiroshima, la capitulation de l’Allemagne lors de la deuxième guerre mondiale, le premier vol humain dans l’espace, la prise de la Bastille, le premier pas humain sur la Lune, l’attaque japonaise sur Pearl Harbour, le déclenchement de la révolution soviétique et la chute du mur de Berlin!."><sup>160</sup></a></span> Ensuite, demandez-lui de vous expliquer le 1191. Vous aurez droit à une réplique cynique, genre «T’es sérieux là, ou tu te fous de moi?», ou alors «T’étais où, sur la planète Mars?». Eh oui, les temps changent, les hommes aussi… Cela dit, en un rien de temps, ce qu’on appelle désormais couramment ‘les événements du 11 septembre’ (2001) a réussi l’exploit de se substituer dans la mémoire collective aux plus marquants jalons de l’ère moderne. Au même titre que ces quelques dates historiques sélectionnées plus haut, on parle dorénavant d’un avant et d’un après 1191, comme on parle d’un avant et après l’édification du mur de la honte à Berlin (13861) ou d’un avant et après la mise sur orbite du premier satellite artificiel (41057). Plus encore: on parle du 11 septembre comme les Français parlent de leur 14 juillet et les Américains de leur 4 juillet: sans indiquer l’année.</p><p class="p1">Reprenons les choses à leur origine. Nous sommes le mardi 11 septembre 2001 vers 9 heures du matin. Alertée par sa meilleure amie (une Américaine qui, à cet instant-là, se trouve à l’aéroport d’Atlanta en train d’embarquer sur un vol vers Zurich), cela fait déjà un moment que ma femme m’a appelé au bureau, me racontant, en quelques mots, ce qui, à cet instant-là, semble être un tragique accident. Elle me dit de chercher plus d’informations sur cnn.com. Je m’exécute. En effet, j’y trouve l’image enfumée et figée d’un des immeubles du World Trade Center de New York. Bien sûr, c’est le choc. Quelques minutes plus tard, ce n’est plus un choc, c’est plus qu’un choc (mais comme j’ignore la hiérarchie du choc, je l’appelle toujours ainsi): le deuxième immeuble est aussi frappé. Ensuite, c’est le Pentagone puis le crash en Pennsylvanie; on parle – pêle-mêle – du Département d’État, du Capitole, même de la Maison Blanche. Je me sens un peu comme Abraracourcix, qui a fini par recevoir le ciel en pleine tronche.<span id="easy-footnote-161-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-161-31460" title="Dans la série de bandes dessinées ‘Asterix’ d’Uderzo et Goscinny, le chef gaulois Abraracourcix est hanté par l’angoisse qu’un jour ou l’autre le ciel ne lui tombe sur la tête. "><sup>161</sup></a></span> Je reste là, devant l’écran, sans mots, le regard vide, la tête vide aussi. Soudain, un sursaut: je dois téléphoner à mon collègue avec lequel je partage les bureaux. C’est un ingénieur. Je sais que ce jour-là, il est en déplacement pour affaires, quelque part en Europe. Donc, il n’a peut-être pas eu les nouvelles. Je l’appelle sur son portable et – la chance! – je réussis à l’avoir du premier coup. Je balbutie quelques mots en guise de questionnaire. Il n’en sait rien: il est sur une route d’Espagne. Je ramasse ma lucidité des deux mains et lui raconte ce qui vient de se passer. Il essaie de me calmer. Sans succès. Je finis tant bien que mal mon récit et j’attends sa réaction. Elle vient, placide; quelque chose du genre «Dieu sait ce qu’ils ont encore combiné, ces Américains?!…» J’écoute abasourdi. Je l’engueule et raccroche. Et je me dis qu’alors-là, j’aurais tout vu, et surtout tout entendu.</p><p class="p1">Je me trompais. Pire encore (et inadmissible): ce faisant, je révélais la grave erreur de ne pas avoir tiré les leçons nécessaires d’un passé sentimentalement et historiquement très proche. Je m’explique.</p><p class="p1">Les bouleversements qui avaient eu lieu du 16 au 25 décembre 1989 en Roumanie – et qui avaient abouti au renversement du régime de Nicolae Ceaușescu – m’avaient fait vibrer comme la corde d’un violon. Rivé 24 sur 24 à toutes les chaînes de radio et de télévision, j’avais hurlé et pleuré à la découverte des ‘charniers’ de Timisoara – une vingtaine de cadavres (?) en décomposition, soigneusement alignés au sol; à l’envol de l’hélicoptère présidentiel depuis le toit du siège du parti communiste; à la prise d’assaut de ce symbole du pouvoir par une marée humaine à mains nues; à la capture du tyran déchu, réduit d’un jour à l’autre au rang de clown dont le bonnet de fourrure failli tomber au sortir du véhicule militaire qui l’amenait au ‘tribunal’; aux combats rangés – toujours contre des ennemis invisibles – qui avaient eu lieu dans les rues et places du centre de la capitale, Bucarest; aux nouvelles hystériques qui faisaient état de menaces chimiques et biologiques sur la population, et de la présence d’impitoyables et sanguinaires mercenaires nord-coréens et libyens dans les rangs des adversaires de la liberté; aux émissions d’information ad hoc et en continu montées avec les moyens du bord dans un studio de la télévision nationale transformé en camp retranché; au procès, au jugement et à l’exécution des époux Ceaușescu, dont aujourd’hui encore les images me semblent irréelles. Et encore: les crachats qu’on lançait à travers le petit écran sur la dépouille de l’ex-dictateur; le ruban que j’avais scotché sur la porte de mon bureau avec la mention ‘Fermé pour cause de révolution’; les discussions explosives – portées en petit comité d’amis – sur l’opportunité de rejoindre – en Roumanie, fusil à la main – les rangs des combattants de la liberté; l’appel vibrant adressé (via la télévision suisse romande) à la mobilisation internationale contre les forces du mal. Voilà autant de situations qui aujourd’hui me semblent sorties tout droit d’une hallucination. La suite est connue: sur l’ensemble de ces manifestations, rien ou presque n’était spontané, mais minutieusement mis au point et orchestré. Seulement, à cet instant-là, le formidable poids émotionnel du moment nous transforma tous, ou presque, en de véritables victimes de l’intox. Nous avons ainsi gobé les plus extravagantes sornettes forgées par le comité de rédaction de la ‘révolution roumaine’. Ainsi, forts du poids de notre multitude de béats crédules<span id="easy-footnote-162-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-162-31460" title=" N’étions-nous pas, à l’époque, l’opinion publique de la communauté internationale?!"><sup>162</sup></a></span>, nous avons involontairement et implicitement entériné cette illusion (ou cette mise en scène); en quelque sorte nous l’avons cautionnée, cette ‘révolution’. D’accord: passons. Une fois, ça va, mais deux fois, bonjour les dégâts!</p><p class="p1">Comparée au 1191, la mascarade du 221289 (jour de la fuite de Nicolae Ceaușescu et de sa femme) me fait penser plutôt à un vaudeville, une petite plaisanterie de dilettantes. Autant par l’échelle des faits que par la subtilité du scénario. Je ne dis pas que le truc de Bucarest n’a pas été particulièrement réussi (il l’a été; la preuve: il a marché), cependant celui de Washington et de New York appartient résolument à une autre ligue: celle des vrais professionnels.</p><p class="p1">L’immense tragédie qui a eu lieu le 11 septembre 2001 est un vrai chef-d’œuvre sur l’échelle de l’horreur, tant pour ce qui est de sa mise en pratique que de l’endoctrinement qui l’enveloppe. En effet, quant à la mise en pratique, chef-d’œuvre fut la façon dont se passa</p>								</div>
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									<p>le choix</p>								</div>
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									<p>des cibles, matériellement et symboliquement,<br>des techniques de réalisation,<br>des auteurs offerts à l’esprit collectif</p>								</div>
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									<p>des tensions des événements, pendant et après,<br>des retombées stratégiques internationales et<br>des médias du pays dit plus libéral en la matière.<span id="easy-footnote-163-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-163-31460" title="Sur ce point, il serait peut-être plus judicieux de parler d’une mise au pas. "><sup>163</sup></a></span></p>								</div>
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									<p>Quant à l’endoctrinement, chef-d’œuvre fut la façon dont furent</p>								</div>
				</div>
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									<p>détournées les consciences,<br>esquivées les évidences,<br>muselées les opinions,<br>enrégimentés les acteurs politiques, exaltés les éléments patriotiques,<br>appliquées les mesures coercitives.</p>								</div>
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									<p>Je suis d’accord que tout cela ça fait vraiment beaucoup, surtout lorsqu’il s’agit du pays le plus libéral, le plus démocratique, le plus ouvert, le plus avancé, le plus audacieux, etc. Voyons donc de plus près.</p>								</div>
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									<p>Le choix matériel et symbolique des cibles</p><p>Je ne reviendrai pas sur un sujet épuise, si ce n’est pour m’asso-cier au concert d’opinions soulignant la pertinence de ce choix. Même si d’autres objectifs (tels ceux imaginés à l’addenda qui finalise cet écrit) sont porteurs de valences similaires, les points touchés ce jour-là (auxquels on pourrait ajouter la Maison Blanche, dont il fut dit qu’elle échappa au quatrième projectile) tiennent tout de même la palme.</p><p>Le choix des techniques de réalisation</p><p>Techniques? Non, plutôt technique. En fait, en ce 11 septembre 2001, le monde entier a pu voir qu’un gros-porteur civil peut devenir une bombe volante d’une redoutable efficacité, et que son utilisation efficace est à même de produire un effet matériel et psychologique dévastateur, cela sans égard au taux d’occupation des sièges. Pourtant, il s’agit bien de techniques, puisque cette performance ne peut se réaliser en soi; elle exige une logistique et une coordination exemplaires. Sur un champ de bataille, il n’est déjà pas facile pour plusieurs canonniers de tirer des salves simultanées sur différentes cibles; que dire alors de plusieurs avions de ligne, chargés de passagers, partis d’endroits différents et précipités à quelques minutes d’intervalle sur des immeubles d’importance capitale à la fois et dispersés et rapprochés entre eux, comme les deux tours du World Trade Center?</p><p>Le choix des auteurs offerts à l’esprit collectif</p><p>C’est vrai qu’eu égard les événements de la fin des années ’90, les Serbes ou les Bosno-Serbes auraient pu faire d’excellents auteurs de ces atrocités. N’avaient-ils pas, en effet, massacré plein de musulmans et de Croates? Organisé plein de charniers dignes des bourreaux nazis? Soigneusement orchestré le nettoyage ethnique de toutes ces populations? Mis en place l’exode des Kosovars? Humilié la FORPRONU<span id="easy-footnote-164-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-164-31460" title="Ou bien était-ce la SFOR? Ou alors la KFOR? Mais, au fait, est-ce important?"><sup>164</sup></a></span>en menottant ses militaires à des endroits stratégiques? Seulement, leur cas était désormais réglé, de sorte que les Serbes n’intéressaient plus personne. Et, de surcroît, ils n’ont pas de pétrole. Pire, ils n’ont pas la chance (?) d’occuper une position stratégique de tout premier ordre, entre un Occident qui est entré de plein pieds dans le post-industriel et un Orient qui, en dix ans, est devenu potentiellement riche et incontrôlable.</p><p>Alors, quelques précédents de ces années-là<span id="easy-footnote-165-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-165-31460" title="Les attentats du 7 août 1998, par des véhicules-suicide, sur les ambassades américaines de Nairobi (Kenya) et de Dar es-Salaam (Tanzanie) ont fait au total 224 victimes, dont 12 Américains. Celui du 12 octobre 2000, par un bateau-suicide, dans le port d’Aden (Yemen), sur le contre-tropilleur américain USS Cole, a fait 17 morts"><sup>165</sup></a></span>, engendrés – eux – par l’antiaméricanisme que la première guerre du Golfe avait soulevé<span id="easy-footnote-166-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-166-31460" title="La présence de troupes américaines sur ce que les musulmans considèrent comme leur terre sainte avait déclenché une vague de protestations dans le monde islamique."><sup>166</sup></a></span>, ont suffit pour désigner d’un seul coup de baguette magique les suspects (voire: les auteurs) des attentats. C’étaient des bandes bien organisées et bien entraînées, regroupées au sein d’un réseau mondial qui visait du jour au lendemain l’anéantissement de l’Amérique. On n’aurait pas su mieux trouver leur portrait-robot. Il y avait là d’une part des barbus ainsi que des moustachus mal rasés, tous des fanatiques, et d’autres part des femmes voilées clapotant des sons qui font peur; tous avec des noms imprononçables et des surnoms encore plus étranges; pratiquant un culte moyenâgeux qui autorise de lapider une femme adultère et de couper la main d’un voleur; s’exprimant violemment dans une langue inconnue et rauque; toujours en train d’hurler, toujours en train de tirer en l’air avec leurs Kalachnikov, toujours en train de brûler des effigies, toujours en train d’agiter qui des restes de vêtements, qui des photos d’autres moustachus, qui des bouteilles incendiaires; se déclarant fermement prêts à mourir pour la cause de l’Islam; vivant, sales, dans la misère (lorsqu’on sait, justement, que la misère exalte les sentiments), et réservant à un usage maléfique la colossale fortune d’un saoudien encore plus exalté qu’eux (par ailleurs ancien agent de la CIA semble-t-il). Franchement, le 11 septembre 2001, on vous aurait mis sous les yeux – allez – quinze archétypes de suspects possibles (ou envisageables) – les Serbes, les Brigades Rouges italiennes, le Sentier Lumineux péruvien, la secte japonaise Aoum, le KGB russe (enfin, l’ancien), les néo-nazis allemands, l’ETA espagnole, le Front du Polisario du Sahara occidental, la Corée du Nord, les rebelles maoïstes népalais, les corses de la Cuncolta, le Cuba, le Ku Klux Klan, l’Armée républicaine irlandaise et, enfin, la constellation de ces mouvements fondamentalistes et jusqu’au-boutistes musulmans – parmi tous ceux-là, vous pensez que vous auriez désigné qui comme suspect?</p><p>L’orchestration des tensions des événements, pendant et après</p><p>Surtout après leur déroulement. Mais aussi pendant. Il suffit de se rappeler les différentes fausses alertes visant d’autres bâtiments de prestige; les dispositions prises pour mettre à l’abri divers dignitaires; le branle-bas autour de la question des effets boule-de-neige sur la ville de New York, sur l’Amérique entière et sur le monde en général; le jeu des situations d’urgence stratégique (les fameux niveaux de DEFCON)<span id="easy-footnote-167-31460" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/1191-i-ii/#easy-footnote-bottom-167-31460" title="DEFense CONditions (conditions de défense)&nbsp;: niveaux d’alerte allant de 5 (normal, temps de paix) à 1 (préparation maximale). Ce jour-là, les forces militaires américaines reçurent l’ordre de se mettre en état DEFCON 3."><sup>167</sup></a></span>; le ballet des commentateurs et la valse des spécialistes ès affaires stratégiques, ès questions islamiques, ès sociologie, ès psychologie, ès terrorisme, chacun livrant son lot d’expertise en la matière. […]</p><p>[6 octobre 2002 – 12 octobre 2003,<br>revu superficiellement<br>le 13 septembre 2023]</p><p>PS. À l’exception de changements mineurs et sans impact aucun sur la substance du texte, c’est expressément que je n’y suis pas intervenu pour le mettre à jour. Beaucoup de choses se sont passées depuis sa création il y a vingt ans, mais il est suprenant de voir qu’aucune ne le contredit ou le rend désuet. Au contraire. [13 septembre 2023]</p>								</div>
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		<title>Pierre et Métal</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/fiction/pierre-et-metal/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 Oct 2023 06:46:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce qui suit est l’historique d’un entrepreneur et commerçant exemplaire. Ces deux activités complexes sont scrupuleusement exposées dans la stricte continuité […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="wp-block-paragraph">Ce qui suit est l’historique d’un entrepreneur et commerçant exemplaire. Ces deux activités complexes sont scrupuleusement exposées dans la stricte continuité, alors que la chronologie ne vit jamais le jour pour une raison qui sera livrée à la fin du récit.</p>
<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-7387b849 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:33.33%">
<p class="wp-block-paragraph">≈400’000 av. J.-C.</p>
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<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:66.66%">
<p class="wp-block-paragraph">Un homme découvrit par hasard un éclat de roche aigu et tranchant. Soigneusement, il le posa de côté, à l’abri. Il le trouva utile et s’en servit de diverses façons, mais en cachette. À tel point utile, qu’il se mit à rechercher de mêmes. Quelques jours après, il fit un bon tas. Il façonna ces éclats à la force de ses bras pour obtenir de plus ciselés. Certes, tous ne furent pas identiques mais seulement pareils. Fier de lui, c’est là qu’il fit venir les autres et leur montra son avoir. Sur le champ ils en voulurent aussi, mais pas question: dans son élan, il n’avait pas mangé depuis, avait donc faim et s’exprima. Alors un autre apporta un chevreuil et obtint en échange une écharde longue et affilée. Ainsi, cet homme 1 devint le premier entrepreneur commerçant connu.</p>
<p class="wp-block-paragraph">S’écoulèrent ensuite environ 300’000 années.</p>
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<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:33.33%">
<p class="wp-block-paragraph">≈100’000 av. J.-C.</p>
</div>
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:66.66%">
<p class="wp-block-paragraph">L’entreprise des éclats fortement développée pendant toute cette période par la lignée de l’homme 1, il n’en restait pas moins évident que dans l’ensemble ces objets demeuraient notablement grossiers. Des gestes d’adresse restèrent des lors longtemps interdits, mais vint le jour où, descendant droit de l’homme 1, l’homme 10’000 eut l’idée de couper une ramure des bois d’un cerf abattu, et comme le vocabulaire avait aussi progressé, il décida d’en faire ce qui depuis s’appela un stylet, fin objet pointu pouvant servir à moult activités de grande méticulosité et de haute précision.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Ainsi passèrent les 80’000 années suivantes.</p>
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<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-7387b849 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:33.33%">
<p class="wp-block-paragraph">≈20’000 av. J.-C.</p>
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<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:66.66%">
<p class="wp-block-paragraph">12’700 générations environ après l’homme 1, l’offre de l’affaire familiale des objets acérés et piquants s’étoffa d’un coup lorsqu’un des rejetons s’aventura d’attacher une telle lame au bout d’une tige de bambou. Il venait de créer le javelot, révolutionnant et la chasse et la guerre, qui connut (la guerre) un succès fulgurant, se répandit à la vitesse de l’éclair et augmenta de façon exponentielle autant la fabrication que la distribution de ces outils.</p>
<p class="wp-block-paragraph">18’000 années environ se succédèrent ensuite.</p>
</div>
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<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-7387b849 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:33.33%">
<p class="wp-block-paragraph">≈2’000 av. J.-C.</p>
</div>
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:66.66%">
<p class="wp-block-paragraph">L’âge d’or du cuivre fut celui où l’expansion mondiale de cette industrie créa la première multinationale, grâce cette fois à une femme de caractère qui appartenait à la génération 13’300 après l’homme 1. Alors que le feu était utilisé depuis la nuit des temps pour juste se chauffer, éclairer et cuire le gibier, c’est elle qui créa la première fonderie qui, à travers les divers ustensiles fabriqués, mit les bases d’une agriculture efficace. En même temps, elle lança la production d’armes beaucoup plus durables et redoutables qu’auparavant.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Par la suite 1’000 années seulement passèrent.</p>
</div>
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<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-7387b849 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:33.33%">
<p class="wp-block-paragraph">≈700 av. J.-C.</p>
</div>
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:66.66%">
<p class="wp-block-paragraph">Le nombre d’hommes ayant continuellement augmenté, la quantité de guerres suivit pour engendrer un nouveau métier: militaire, avec son expression la plus achevée – guerrier. Lui demandait l’armement le plus sûr qui soit, et comme le cuivre s’était avéré trop mou, à la suite de recherches assidues menées dans la section R&amp;D de l’entreprise, l’homme 13’340 développa la métallurgie du fer – un matériau beaucoup plus résistant, avec point de fusion nettement supérieur. En parallèle, il s’occupa également dans ses ateliers du traitement de l’or, pour en créer la première monnaie qu’il appela d’oral, devenue doral puis dollar par une vice phonétique. C’est elle qui envoya le troc aux oubliettes de l’histoire et son trust au zénith de la production et du rendement.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Près de 2’000 années s’écoulèrent ensuite.</p>
</div>
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<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:33.33%">
<p class="wp-block-paragraph">≈1’200 apr. J.-C.</p>
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<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:66.66%">
<p class="wp-block-paragraph">Le temps des croisades vit les pires conflits connus à l’époque et marqua le début de l’âge dit sombre, mais fit aussi jaillir l’offre pour les objets d’attaque – épée, couteau, hachoir, boulet, lance, ciseau, faux, flèche; de défense – cuirasse, casque, bouclier; enfin ménagers, et de beauté – gourde, marmite, fourchette, peigne. Pour la multinationale encore debout car stimulée par les succès des siècles d’avant, même que frappée par divers ravages, se fut simultanément une époque de suspension de la recherche, tout comme de renforcement de son emprise sur ce marché en plein essor. Ce furent les femmes et les hommes 13’341 à 13’404 qui tinrent ferme les rennes de l’affaire le long de ce temps terriblement éprouvant.</p>
<p class="wp-block-paragraph">S’écoulèrent ensuite à peu près 500 années.</p>
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<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-7387b849 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:33.33%">
<p class="wp-block-paragraph">≈1’700 apr. J.-C.</p>
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<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:66.66%">
<p class="wp-block-paragraph">Le siècle dit des Lumières fut celui du grand bond en avant dans les domaines d’activité du trust. La machine à vapeur transforma à jamais le processus de fabrication comme de transport des produits. Le vulgaire fer, vieux de 2500 ans, fut remplacé par le noble acier, pour une qualité incomparable, lui-même vite aidé par l’inox. Dans l’emploi quotidien, les armes à feu se substituèrent peu à peu aux sabres, hallebardes, haches et yatagans. Entre temps devenue anonyme dans les mains de la même famille, la société était présente pour ainsi dire sur tous les fronts. Rares étaient les objets courants autour qui ne sortaient pas de ses ateliers, à la seule condition d’inclure un minimum de métal. D’ailleurs, des géants de la science comme Watt, Volta et Franklin furent trois parmi tous les élus financés dans leurs travaux par un des patrons de l’époque, qui préféra de garder l’anonymat. Pour cette raison, il est connu comme l’homme 13’458.</p>
<p class="wp-block-paragraph">Moins de 400 années passèrent ensuite et…</p>
</div>
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<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-7387b849 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:33.33%">
<p class="wp-block-paragraph">≈2’000 apr. J.-C.</p>
</div>
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:66.66%">
<p class="wp-block-paragraph">…L’inconcevable eut lieu! La face du monde avait à nouveau changé, seulement que cette fois de manière abrupte et fondamentale. Les lourdes carrosses à essieux avaient laissé la place aux véhicules tout carbone, ultra légers et hyper rapides. L’arsenal militaire classique avait cédé devant les progrès des appareils à rayons pénétrants ou radioactifs, sans parler de l’armement chimique, bactérien et virtuel. </p>
<p class="wp-block-paragraph">Les cordes et lames d’acier avait été relayées par la fibre de verre des bouteilles et l’argile cuite, appelée céramique. Nombreuses choses usuelles avaient abandonné les métaux issus de la terre pour passer à plein de nouveaux matériaux composites, bien plus performants et sortis directement des laboratoires. Même les transmissions universellement répandues jusqu’alors avaient été rendues obsolètes, aux câbles de télégraphe et de téléphone s’étant substitué des ondes invisibles convergeant dans les nuages. Du monde d’avant peu resta inchangé, et le grand malheur fut qu’en ces temps de rupture, aux commandes du trust se retrouvèrent comme par hasard deux pires novices ignares: 13’476 et 13’477. Rivés dans le confort de leur unique tradition cento multi millénaire, ce train ils le ratèrent totalement. Car au contraire des conditions de monopole ayant accompagné pendant très longtemps le début antédiluvien de l’affaire, à présent les temps étaient venus pour une concurrence sans merci, à la vie ou à la mort. Le fameux logo ne servit plus à grande chose lorsque sur le point de devoir déposer le bilan, la société, aussi respectable fut elle, reçut au dernier moment une offre publique d’achat d’un rival sorti de nulle part, pour 100% des actions et pour un prix deux mille fois inférieur à celui de la valeur qui était attendue par la famille.</p>
</div>
</div>
<p class="wp-block-paragraph"><em>«Sic transit gloria mundi.» </em>(La célébrité de la bouche se transporte ainsi.)Telle fut la fin peu glorieuse de l’entreprise de production et de commerce la plus ancienne de l’histoire, avalée par des sans nom pour la seule raison de se pavaner avec l’année de sa fondation.</p>
<figure class="wp-block-image aligncenter size-medium"><img loading="lazy" decoding="async" width="300" height="184" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/09/Pierre-et-Metal-300x184.jpg" alt class="wp-image-31431" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/09/Pierre-et-Metal-300x184.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/09/Pierre-et-Metal-768x470.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/09/Pierre-et-Metal.jpg 964w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px"></figure>
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">13478</p>
<p class="wp-block-paragraph">[10 septembre 2023]</p>
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		<title>Les organes, quel exemple!</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 24 Sep 2023 07:39:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Certains ont besoin de leur vie entière pour prendre vraiment conscience d’une réalité exemplaire, soit la faveur constituée avec nul apport personnel par la jouissance de ce dispositif presque miraculeux que la Mère Nature (certains disent le Seigneur) leur offre sans contrepartie: leur propre corps. […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Certains ont besoin de leur vie entière pour prendre vraiment conscience d’une réalité exemplaire, soit la faveur constituée avec nul apport personnel par la jouissance de ce dispositif presque miraculeux que la Mère Nature (certains disent le Seigneur) leur offre sans contrepartie: leur propre corps. Un groupage d’outils disposés conformément à une logique parfaite, un assemblage de fonctions nécessaires et suffisantes à une existence équilibrée, le tout concentré à l’essentiel, souvent avec des emplois multiples. Prenons ceux des exemples qui sont parmi les plus importants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cerveau est le poste stratégique de commande qui contrôle et règle tout. Il est placé à dessein en haut de la structure, dans une boîte renforcée. Les nerfs créent un tissu de transmission infini qui pousse les ordres du cerveau jusqu’aux derniers recoins du corps. Le cœur est le moteur de la locomotive qui met tout en marche et fait mouvoir l’ensemble. C’est aussi le second cerveau, celui qui anime tout. Le système sanguin est un réseau routier on ne peut plus sophistiqué, où se croisent les véhicules de la vie. Le système lymphatique est un second réseau, pédestre. Il passe par une station qui est la rate. Le squelette est la structure de soutien de l’édifice, son armature. Les muscles forment un mécanisme varié qui fait bouger le corps dans tous les sens. La bouche est la porte d’entrée de l’alimentation. Elle s’ouvre et se ferme sur ordre du cerveau et reçoit air, eau et nourriture pour les envoyer plus loin. L’œsophage est un toboggan continu d’eau et de nourriture. L’estomac est un silo et un centre de traitement pour aliments. Les reins sont le centre de tri pour les liquides. Le foie est aussi un centre de tri, une station d’épuration et une déchetterie. Les intestins sont des égouts tortueux où cheminent les déchets pour être éliminés. La vessie est le bassin de rétention pour les liquides traités avant l’évacuation. Dans son ensemble, le système digestif est vu comme le troisième cerveau, tout aussi crucial que les deux premiers: c’est le siège de l’audace et de l’intuition. Voisine de l’œsophage est la trachée, qui est un tuyau de ventilation continu. Les poumons sont deux soufflets qui fonctionnent par réflexe inconditionné obéissant aux ordres du cerveau. Isolés à la fin du parcours se trouvent les instruments pour l’union des corps par lesquels se perpétue l’espèce. L’utérus est le local qui abrite le fruit de l’union. Là il éclot. À la surface il y a la peau qui couvre tout. Elle est manteau, filtre et rempart. Et partout, absolument partout, est répandue l’armée de gardiens qui défendent chaque pouce de l’ouvrage: ce sont les anticorps. Manquent seulement les branchies pour vivre sous les eaux ainsi que les ailes pour voler.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En son entier, cet ensemble si harmonieusement composé est extraordinairement résistant et pourtant incroyablement fragile. L’homme sain et saint rend grâce chaque instant de sa vie pour cette faveur dont il a humblement la conscience qu’il n’en tire nul mérite. L’homme bêtement sain en revanche passe son temps fleur au fusil en tête de son bataillon rodé formé de ces braves soldats aux aguets, toujours obéissants, jamais fatigués. Comme chacun d’eux accomplit sa propre mission efficacement, dans la discipline et en silence, au mieux a-t-il l’habitude de ne pas se soucier, car pour lui ce dispositif roule tout seul à la condition de lui assurer les deux éléments indispensables que sont l’énergie et l’air. Loin d’en prendre soin, au pire il le torture de mille façons. Il y a enfin l’homme atteint par un mal ou une souffrance plus ou moins grave. Il peut être tout juste misérablement écrasé sous sa peine, n’aspirant qu’à être soulagé. Mais il peut aussi bien s’élever au dessus, et les meilleurs exemples connus sont à chercher dans Le Livre de Job et dans l’Évangile selon Saint Matthieu, 26/39, 42: <em>“Allant un peu plus loin, Il tomba face contre terre en priant et Il disait: «Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi! Cependant, non pas comme Moi Je veux, mais comme Toi Tu veux.”</em> et <em>“De nouveau, Il s’éloigna et pria, pour la deuxième fois; Il disait: «Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que Je la boive, que Ta volonté soit faite!”</em> Ces hommes lourdement atteints sont les vrais saints.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par opposition, l’homme naïvement sain fait erreur. Bien sûr, il n’est de loin pas le seul à avoir reçu ce bienfait, comme dans le cas de la pensée. Au contraire et justement, par sa conscience, il est le seul à devoir le reconnaître, remercier et s’y conduire en accord, ce qui reste terriblement rare, car la plupart, cette faveur ils s’en moquent. L’homme en éveil se devrait d’être conscient de chaque chose, attribut, élément ou fait dont il est pourvu ou profite, raison comprise. Il faut dès lors une bonne dose de peine à l’homme sain, un malheur solide, tenace, pour qu’il comprenne que son corps entier n’est pas une donnée immuable de son vécu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais comme fondamentalement il est aussi le seul à avoir reçu la clé du royaume de la Terre, c’est venu dans la nature de l’homme de se porter en maître absolu dans la froideur de ce qui l’entoure, et suivant cette piètre logique également de lui-même. S’ajoutent à cet orgueil les ainsi dites “avancées technologiques majeures” au travers desquelles sont engendrés ces hommes-là que l’on appelle bioniques et cryogèniques, pour que de cette façon le temple du corps puisse durablement muer en un vrai, fier et performant appareillage électromagnétique prêt à tout emploi, <em>Made in Earth</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[4 septembre 2023]</p>
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		<title>La guerre des animaux</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/fiction/la-guerre-des-animaux/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 10 Sep 2023 20:32:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>«Il y avait une fois un pays où les habitants étaient heureux et prospères, certains parce que riches d’argent, d’autres parce que riches d’enfants et d’autres encore parce que riches de travail. Les habitants de ce pays-là prenaient la vie du bon côté. […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">«Il y avait une fois un pays où les habitants étaient heureux et prospères, certains parce que riches d’argent, d’autres parce que riches d’enfants et d’autres encore parce que riches de travail. Les habitants de ce pays-là prenaient la vie du bon côté. N’ayant ni de vrais soucis ni des raisons d’être malheureux, ils vivaient dans la légèreté, cultivaient la terre qui leur donnait céréales, légumes et fruits, puisaient l’eau des sources, chassaient les animaux dans les champs et les forêts, pêchaient les poissons dans l’eau des lacs et des fleuves, élevaient les bêtes domestiques pour les abattre selon les besoins. Toutes les bonnes choses offertes par la nature ils s’en servaient pour s’habiller, se chausser, jouer, se parer, créer des objets, s’amuser, se soigner et plus encore. En un mot, ils prenaient beaucoup et rendaient peu en échange. Et c’est là que…</p>



<p class="wp-block-paragraph">…un soir d’été, sur une route de campagne, un homme pressé écrasa par négligence sous les roues de son charriot un hérisson, le tua sur le coup et poursuivit son chemin sans s’arrêter. En réalité c’était une maman-hérissonne avec ses hérissonons, qui – bien fait pour eux – traînaient les pattes loin en arrière. Mais ça, cet homme ne le sut pas, de même qu’il n’entendit pas les petits criant leur désespoir à la vue de leur mère broyée à même la chaussée. En revanche, la forêt à droite et le pré à gauche entendirent aussitôt. Terre, arbres, sources, buissons, lacs, herbes, animaux, arbustes – ce fut comme si un courant géant de souffrance traversa l’espace dans un éclair, jusqu’aux oiseaux perchés dans les arbres, au point qu’on ne distinguait plus la douleur des petits orphelins. Ce fut une nuit de colère pour la création entière, et c’est au matin qu’elle se leva.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faudrait remonter très loin dans les temps, creuser jusqu’aux mythes anciens, pour retracer un soulèvement pareil, qui restait néanmoins à la mesure d’un monde alors méconnaissable en tout et dans lequel les hommes n’étaient qu’à leurs débuts. Voir se lever la nature ne saurait être rendu d’aucune manière: décrit par les mots, entonné par les chants ou dépeint en couleurs. Cette nature lourde de tant de viols et de servitudes mit la nuit entière pour rassembler les amertumes que lui apportèrent ses enfants – si nombreuses, terribles et diverses que les paroles ne pourraient exprimer. Ainsi, au lever du jour elle avait façonné l’arme ultime prête à frapper l’homme. Pas l’assassin de l’hérissonne – il ne fut que la goutte qui fit déborder le vase. Non, tous les hommes. Car la coupe s’était remplie avec le temps, et là elle était bien pleine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le jour arriva mais seulement pour les garde-temps. Personne n’aurait pu la séparer de la nuit. Les clochers perçaient le matelas de nuages qui couvrait la terre entière. Et il faisait si sombre et si froid, que l’on pouvait dire une histoire de loup-garou. Et des loups il y en avait en effet, et des meutes. Et toutes les bêtes de la nuit et du jour. Et du coup la terre craqua, se leva par endroits et laissa s’échapper ses bêtes à elle, avalant routes, maisons, voitures et hommes. Et les rivières se turent sec. En revanche, les arbustes, l’herbe, les arbres, les buissons, les fleurs se mirent à trembler en un fracas assourdissant de racines, de branches et de feuilles. Et en dernier, des nuées d’oiseaux criards piquèrent du ciel comme la pluie sur les villes et les villages pour achever ce qu’il en restait. Et pour finir vint la vraie pluie qui pour un temps ne partit plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme un magma lourd, lent et informe, surgirent alors du tréfonds des gouffres les spectres des animaux sacrifiés pour le plaisir des hommes, mélangés aux restes pourris des bois fauchés jusqu’à l’horizon. C’était une lave dense, noire et froide crachée de la gueule d’un volcan des ténèbres, s’écoulant, se répandant et mangeant la face de la terre de ces hommes-là. La nuit à nouveau tombée, il ne restait aucune lumière dans les rues et les maisons.&nbsp; Aspirées. Ces hommes-là qui avaient pu s’enfuir devant l’avancée inarrêtable de ce cauchemar visqueux avaient gagné la montagne en haillons, sans armes et bagages et ce qu’ils s’étaient appropriés durant leurs vies, se croyant à l’abri sur les hauteurs. Sauf que la montagne ne les voulait non plus, c’est pourquoi ils eurent droit à la plus effroyable des réceptions. Celle qu’ils méritaient à fond.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’aucuns furent happés par des crevasses sans fin, d’autres furent dépecés par des éboulements de pierrailles, quelques-uns glissèrent sur les rochers en pleurs et se retrouvèrent en miettes au bas des falaises, certains servirent de repas aux fauves, certains autres enfin reçurent sur leurs têtes les sapins qui se sacrifièrent pour la cause. En réalité, il serait présomptueux et hasardeux de s’aventurer sur l’issue de cette révolte des enfants de la nature. Pris de court, le monde de ces hommes-là fut rayé d’un coup, alors que les animaux et leurs alliés vivants eurent aussi à pâtir dans ce choc colossal avec le peu mais redoutable qu’il fut resté à ces hommes-là pour résister et riposter – en principal le feu, vite éteint d’ailleurs, et encore une douzaine de lanceurs lourds, sans oublier la plupart des bêtes et des plantes avalées par le magma.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En fin de compte, ce sacrifice suprême fut le prix à payer pour que cette rébellion si juste, si primordiale, si attendue, si espérée, même que si mortelle, puisse finalement avoir lieu. Si ça avait été à refaire, ça l’aurait été, sauf que ce n’était plus nécessaire. Une fois les stigmates de la guerre effacés, les gouffres refermés, les champs nettoyés par les pluies puis séchés par le soleil, les bois reboisés, les bêtes et les oiseaux de retour dans les champs et les bois, les lacs et les rivières grouillant de poissons et – encore plus important – le monde de ces hommes-là effacé, l’harmonie et la paix furent rétablies. Puis, après un long repos, tout lentement, &nbsp; des hommes nouveaux venus d’ailleurs gagnèrent prudemment ces lieux et cette nature si éprouvée mais victorieuse. Sur quoi, <em>a contrario</em> des précédents, ils en firent aussitôt leurs camarades.»</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus qu’un exploit, retrouver ce récit – et encore que lisible et apparemment complet – lors des fouilles archéologique en cours à l’heure actuelle sur les hauts plateaux du Nayjbar Ghountarak, fut un coup de chance rare. Sa datation précise reste pourtant incertaine, entre les XVI<sup>ème</sup> et XVIII<sup>ème</sup> siècles, mais c’est avant tout la localisation des événements qui intrigue au plus haut degré les spécialistes, sachant qu’autant le relief irrégulier que l’écosystème rudimentaire et par dessus tout le climat aride de la région ne correspondent en rien à celui de cette narration. Ainsi, identifier ce territoire-là sur la face de la Terre pour découvrir si des hommes, descendants ou non du nouveau peuple évoqué par le récit, vivent encore et toujours en totale et parfaite harmonie et communion avec la nature, est devenu leur première priorité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[26 mai – 7 septembre 2023]</p>
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		<title>5</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 20 Aug 2023 07:45:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Autre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cinq. Ans. Cinq ans, aujourd’hui, depuis la publication de «L’odyssée pacifique» – première “Histoire extroyable” (35 au total) du recueil qui allait suivre en alternance avec les autres […]</p>
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<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Cinq. Ans. Cinq ans, aujourd’hui, depuis la publication de «L’odyssée pacifique» – première “Histoire extroyable” (35 au total) du recueil qui allait suivre en alternance avec les autres, “Affaires et autres choses” (13)&nbsp; “Tout fout le camp (et pas que d’hier)” (31), “Toate o iau razna (și nu de ieri)” (18) et “Umor” (3). Cinq ans aussi depuis que lecorbeaublanc a lancé son blog pour les offrir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est beaucoup et peu à la fois. Un quinquennal communiste. Un mandat de président (français ou roumain). À juger d’après ce que cet intervalle apporte aux deux pays, c’est tout aussi beaucoup et peu. C’est selon l’angle de vue. Pour le blog, c’est beaucoup de joie et d’émotion mais peu d’écho. Il faut donc tenir bon.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[20 août 2023]</p>
</div>



<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Cinci. Ani. Cinci ani de când a fost publicată «L’odyssée pacifique» – prima “Histoire extroyable” din culegerea care avea să urmeze în alternanță cu celelalte, “Affaires et autres choses” (13)&nbsp; “Tout fout le camp (et pas que d’hier)” (31), “Toate o iau razna (și nu de ieri)” (18) și “Umor” (3). Cinci ani de asemeni de când corbulalb a lansat blogul său pentru a le oferi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">E în același timp mult și puțin. Un cincinal comunist. Un mandat de președinte (francez sau român). Judecând după ceea ce acest interval aduce celor două țări, e la fel de mult și puțin. Depinde de unghiul de vedere. Pentru blog înseamnă multă bucurie și emoție dar puțin ecou. Așa că trebuie ținut tare.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[20 august 2023]</p>
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		<title>Bouffonnade</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Jul 2023 06:12:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les faits burlesques de ces derniers jours m’ont inspiré un mot insolite que j’ai décidé de placer en titre de cet écrit: un hybride entre bouffonnerie et pantalonnade, termes qui en pratique sont synonymes, indiquant une farce pitoyable. […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<table class="wp-block-advgb-table advgb-table-frontend bouffonnade"><tbody><tr><td>Légende </td><td>A: vaste réunion d’États fédérés multi-ethniques</td></tr><tr><td></td><td>B: vaste État multi-ethnique moins vaste que A</td></tr><tr><td></td><td>C: vaste État multi-ethnique beaucoup moins vaste que B</td></tr><tr><td></td><td>D: État autoritaire faiblement peuplé allié à B</td></tr><tr><td></td><td>E: Région autoproclamée république faisant partie de B</td></tr><tr><td></td><td>F: Puissant État voisin membre d’une alliance ennemie</td></tr><tr><td></td><td>U: société militaire privée</td></tr><tr><td></td><td style="background-color:#ffffff">V: créateur de U</td></tr><tr><td></td><td>W: repreneur de U</td></tr><tr><td></td><td> X: ministre de la défense de B</td></tr><tr><td></td><td>Y: chef de l’état major des armées de B</td></tr><tr><td></td><td>Z: président de B</td></tr></tbody></table>



<p class="wp-block-paragraph">Les faits burlesques de ces derniers jours m’ont inspiré un mot insolite que j’ai décidé de placer en titre de cet écrit: un hybride entre bouffonnerie et pantalonnade, termes qui en pratique sont synonymes, indiquant une farce pitoyable. Les équivalents pour le composer ne manquent pas – fumisterie, pitrerie, tartuferie – mais je suis resté sur l’idée initiale. Voici leur déroulement tel que je les vois, en laissant le lecteur identifier correctement les euphémismes, ce qui ne devrait pas être une tâche trop difficile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Trente-deux ans en arrière, l’État A se défait en une quinzaine d’États distincts et plus ou moins indépendants de État A-mère, dont État B. Neuf ans en arrière a lieu l’annexion par cet État B d’un territoire appartenant depuis soixante ans à l’État C voisin, ce qui allume une situation d’animosité diplomatique, politique, sociale et militaire constante et réciproque entre ces deux États. Une force paramilitaire inconnue jusqu’alors s’affirme lors de cette attaque du côté de l’État B. Elle prend le nom de U, un auteur romantique allemand, et se fait connaître ensuite dans d’autres conflits ci et là. C’est un lieutenant-colonel des services spéciaux, citoyen V de l’État C, décoré par l’État B, qui créé pour l’occasion dite milice, partie d’un effectif estimé à 250 membres et formée de mercenaires dont une majorité d’anciens détenus. Les années la voient s’étoffer jusqu’à plus de 50ooo combattants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voici à présent l’acteur W, cette fois citoyen de l’État B, ancien détenu pour fraude et banditisme, également décoré par cet État, devenu milliardaire et accessoirement vieille accointance de Z, président de B. Quand et comment fait-il pour s’emparer de la société militaire créée par V n’est pas clair. De fait, à partir de là, son créateur tombe dans l’oubli et l’on s’habitue à parler de cette entité comme de la propre armée privée et active de W. En parallèle, durant le temps écoulé depuis, V et W sont frappés par des sanctions élaborées dans certains États dits démocratiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Seize mois en arrière, sans crier gare, l’armée de B main dans la main avec les formations de U, pénètre sur le territoire de C déclenchant ce qu’elle appelle une opération militaire spéciale qui fait des ravages dans les deux camps. Récemment, les forces de C, massivement appuyées par les renforts venant de certains États dits démocratiques, annoncent une vaste contre-offensive. Dans ces conditions et depuis plusieurs semaines, W multiplie ses critiques envers l’état major de B pour sa stratégie de guerre comme pour l’absence de support en matériel qu’elle est censée devoir à U. Son blâme s’adresse précisément à X et Y, à savoir le ministre de la défense et le chef de l’état major des armées de B, mais entre les lignes l’on peut facilement deviner des flèches qui pointent vers le régime autoritaire de Z.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, 48 heures en arrière, tard le soir, hors de lui, W annonce que des obus de B avaient été tirés sur les camps d’entraînement de U tuant nombre de ses combattants. En réponse, il déclare vouloir supprimer X et Y puis, dans la foulée, libérer le peuple de B. Il indique lancer les troupes sur la capitale de B distante de 1300 km, vouloir aller jusqu’au bout voire jusqu’à la mort, et comme but ultime, pendre X et Y sur la grande place de la ville.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’effectif de U présent sur le territoire de C se retourne et se met en marche forcée en direction de la capitale de B. Peu après il passe la frontière entre les deux pays. L’agence de presse d’État annonce des mesures de sécurité renforcées dans les principales villes situées sur le tracé annoncé. Entre temps, X se défend de ces accusations et le procureur général de B ouvre enquête envers W pour instigation à la guerre civile et mutinerie armée. Sur ce, l’État C dit affermir sa contre-offensive pour tirer profit de la provocation de W. Plongés dans l’incompréhension, les États dits démocratiques ou non suivent attentivement la situation, alors que la guerre entre les armées de B et C continue de plus belle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au milieu de la nuit, W révèle que ses forces ont abattu un hélicoptère militaire de l’État B, où les autorités locales appellent la population de rester à la maison. Du côté de U on signale que ses 25000 combattants sont prêts à mourir dans ce défi et que si tel était le cas, ils seraient remplacés sitôt par 25000 autres. À l’aube, depuis l’exil, un riche opposant à Z invite quiconque à rejoindre le bandit W pour faire tomber le bandit Z. Le maire de la capitale transmet sur les réseaux sociaux que des préparatifs antiterroristes y sont en cours. Ville après ville, l’avancée des unités rebelles semble inarrêtable au point que tôt le matin est diffusée l’information que Z parlera à la nation, tandis que le ministère de la défense promet la sécurité aux soldats de U se retirant de l’aventure criminelle engagée par leur chef. Bientôt, Z s’adresse à la nation parlant de trahison, de coup de poignard dans le dos, de menace mortelle et d’unité nationale. Sur un ton martial il insiste sur la punition des traîtres. La tension approche l’apogée et l’on commence à se poser des questions sur la capacité qui resterait encore à Z de maîtriser la situation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un après l’autre, les dignitaires du régime ainsi que le chef de l’Église apportent leur soutien au président pendant qu’à 600 km de la capitale des combats s’engagent entre l’armée régulière de C et les forces de U. À midi, W se dresse directement contre Z et l’accuse de se tromper lourdement en prenant les combattants de la milice pour des traîtres, lui compris. Il doute que le président ne soit dupé sur la réalité du front par les mêmes X et Y, qu’il accuse aussi, mais cette fois vertement, pour avoir envoyé à la mort des dizaines de milliers d’enfants du pays. Très vite sort et se propage le bruit que Z a quitté précipitamment son palais et s’est réfugié dans une de ses villas bien gardée par les troupes d’élite, mais la rumeur est aussitôt réfutée par son porte-parole.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’après-midi commence par des gestes de soutien à Z venus de l’extérieur, d’abord de l’État D, éternel allié aux airs de vassal, ensuite du président de E qui envoie sans attendre des barbus armés dans les zones de tension, et enfin du président de F, lui même cible d’un putsch sept ans plus tôt. Cependant, vers le milieu de l’après-midi, U se trouve à 400 km du but, au moment où le ministère des Affaires étrangères informe les États dits démocratiques que <em>«Nous mettons en garde contre toute tentative pour profiter de notre situation intérieure afin d’atteindre des objectifs hostiles. De telles tentatives seraient futiles. Tous les objectifs fixés par l’opération militaire spéciale seront atteints»</em>. N’empêche, le long du parcours désormais bien connu, les préparatifs s’intensifient. En parallèle, la propagande de l’État C envahi appelle les soldats de B à choisir leur camp, donc à la désobéissance militaire. Les États dits démocratiques finissent par déconseiller formellement à leurs citoyens tout déplacement vers ou dans l’État B. Moins de 24 heures après le début de la crise, la tension atteint l’apogée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis, tout à coup, lorsque les troupes rebelles ne se trouvent plus qu’à 200 km de la capitale et que dès lors le monde entier est légitimement accroché au dénouement du conflit, pile à l’heure du téléjournal, on apprend que le président autocrate de l’État D a intercédé auprès de W en faveur de Z, et a surtout négocié l’arrêt des mouvements de U sur le territoire de l’État B ainsi que la désescalade des tensions, que W a acceptés pour éviter un bain de sang entre frères. Voilà, il n’a tenu qu’à ça.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Très vite, les colonnes de U se retournent sur leurs talons et 24 heures après entament la marche inverse vers le point de départ. À l’arrivée, ils sont tout de même acclamés par des habitants en liesse qui scandent le nom de la milice, font des photos et se prennent en selfies avec les rebelles. Quant à la fin de l’histoire, eh bien comme partie de l’accord, W doit semble-t-il s’installer dans l’État D, permettant du coup au procureur général d’abolir les charges contre lui et tous ses combattants.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si dans quelque temps on lit ou relit cette bouffonnade sans y avoir touché entre temps, on peut s’attendre à ce que l’on pense qu’il s’agit d’une fiction parodique, ce qui n’est aucunement le cas. Voilà pourquoi je veux clore ce récit par un certain nombre de remarques et questions de base jetées en vrac, <em>street &amp; cash</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qu’est-ce qu’exactement et en réalité que ce colossal foutage de gueule ? À voir le déroulement, je crois que même ses acteurs ne le savent pas très bien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment expliquer qu’aucun des griefs de W n’a été démenti fermement durant la crise, alors que l’État B réprime le moindre avis contraire à la ligne du régime? Mystère… Mystère?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi y avait-il besoin des combattants barbus de la soit-disant république autoproclamée E alors que l’État B est la deuxième puissance militaire mondiale? Et boule de gomme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment comprendre l’évaporation totale de X et Y durant la crise comme le maintien dans leurs fonctions après? La raison est simple: le week-end. Et leur succession n’était pas à l’agenda de Z.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment croire qu’après 800 km (600 Km ? 1100 km ? – peu importe, les avis divergent) de marche forcée – d’accord, sans doute dans des camions – 25000 brutes sanguinaires (ce qu’un mercenaire doit être) font une pirouette de 180° sur un simple ordre sans sortir le moindre couic? Un seul mot: discipline.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui goberait la médiation rapide, efficace, propice et pacifique du président de l’État D qui se targue d’une réputation au niveau de la mer auprès des États dits démocratiques? Nous. Tous.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’heure du <em>live</em> tous azimuts, des nuées de satellites et de&nbsp; <em>smartphones</em>, comment expliquer l’absence quasi totale d’images montrant les colonnes de U, la riposte des forces régulières de l’État B et les mesures antiterroristes? Excellente question.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment qualifier quelqu’un qui hurle des propos tonitruants couteau entre les dents, dit vouloir pendre des généraux et aller jusqu’à la mort, et vingt heures après laisse tout tomber pour ne pas verser le sang de frères? Il ne l’avait peut-être pas prévu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Serait-ce pour y prendre du bon temps qu’un multimilliardaire se retirerait dans un des pays les plus austères et fermés? Chiche!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Devrait-on – tel l’avis général – interpréter ce bras de fer, voire ce bras d’honneur que je continue d’appeler bouffonnade, comme le début de la fin de Z? Pas sûr. Dans un avenir pas si éloigné, je serais encore moins étonné d’apprendre que Z a reçu l’invitation de W pour officier comme parrain de son nouveau rejeton.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et finalement: <em>cui bono</em>?</p>



<p class="wp-block-paragraph">P.S. Tel qu’il a été ouvertement déclaré par les autorités des États dits démocratiques avec leurs diverses agences expertes de renseignements et eu égard leur réserve inhabituelle et constante durant les 24 heures de crise, il faut bien se rendre à l’évidence que le comment et le pourquoi de cette parodie ont échappé aux analystes stratégiques les plus rompus ce qui, encore une fois, fait la démonstration des limites souvent étonnantes de cette caste de fonctionnaires spécialisés grassement payés avec l’argent du contribuable. Car l’explication est évidente, simple et à la portée de tout un chacun, répondant du coup à la précédente avalanche d’interrogations. En réalité ce n’est donc pas si compliqué: même les grands hommes sont forcément d’abord des hommes avant d’être grands, et ce même s’ils ne le sont pas de par la taille. À n’en pas douter, W et Z sont de tels grands hommes, actifs en plus et chacun dans son secteur précis. Leur spécifique vient là où enlisés dans la routine – Z de passé vingt ans de pouvoir sans partage, W d’avoirs à ne plus savoir qu’en faire – chacun est peu à peu abattu par un ennui mortel, et la canicule du changement climatique n’aide pas. Alors, au lieu d’une N<sup>e</sup> partie de <em>paint-ball</em> ou de chasse, les deux comparses s’arrangent en catimini pour s’offrir ce loisir bien plus excitant donc gratifiant. C.Q.F.D.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[25 juin 2023]</p>
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		<title>Miracles?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 08 Jul 2023 07:15:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Décidément et heureusement impénétrables sont les voies du Seigneur! Car tenter de les comprendre est aussi insensé que vain. […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Décidément et heureusement impénétrables sont les voies du Seigneur! Car tenter de les comprendre est aussi insensé que vain.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Milagro de los Andes</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">(Le miracle des Andes)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 13 octobre 1972 à 14h18, le vol Fuerza Aérea Uruguaya 571 décolle de Mendoza en Argentine. Destination: Santiago au Chili. Le trajet impose de traverser la cordillère andine à une altitude moyenne d’environ 6000 m. À bord 45 personnes, la plupart des membres d’un club amateur uruguayen de rugby. 76 minutes après, l’avion s’écrase dans le département de Malargüe de la province de Mendoza à une altitude d’environ 3600 m. 2 femmes et 10 hommes meurent lors de l’écrasement et 17 autres la période suivante. 10 semaines et 2 jours plus tard, un premier hélicoptère de l’armée chilienne évacue 6 survivants vers des hôpitaux de Santiago du Chili, puis le lendemain un deuxième hélicoptère les 8 restants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus de 20 ans passent et le 15 janvier 1993 sort aux États-Unis et en Inde le film américain <em>“Alive”</em> (<em>“Vivant”</em>) mis en scène par Frank Marshall. C’est un récit bouleversant qui retrace le calvaire vécu par les victimes et encore plus par les miraculés de cette tragédie, culminant avec l’épisode tant redouté de cannibalisme.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">The cave rescue</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">(Le sauvetage dans la grotte)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 23 juin 2018, 12 joueurs de football thaïlandais de 11 à 16 ans d’une équipe amateur et leur entraîneur âgé de 25 ans visitent une grotte de 10 km située sous une montagne de la province Chiang Rai en Thaïlande, à la frontière avec le Myanmar. Pendant leur trajet, un brusque déluge inonde la grotte et les bloque à 4 km de profondeur. Rapide, l’alerte réunit 100 scaphandres, 900 policiers et 2000 soldats, soit près de 10000 hommes au total. Son écho fait venir sur place des centaines de volontaires d’une vingtaine de pays ainsi qu’une demi douzaine d’experts plongeurs Britanniques et Australiens. 18 jours plus tard, ces hommes font sortir sains et saufs un par un les 13 jeunes munis d’équipements de plongée et rendus léthargiques, en les poussant sous l’eau comme des objets.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus de 4 ans après, le 5 août 2022 sort aux États-Unis le film américain <em>“Thirteen Lives”</em> (<em>“Treize vies”</em>) mis en scène par Ron Howard. C’est un récit tendu qui présente l’organisation parfaite des moyens déployés, les enjeux, les choix, le sacrifice des hommes, et à la fin l’incroyable pari qui sauve par miracle les treize garçons.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Operación Esperanza</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">(Opération Espoir)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 1<sup>e</sup> mai 2023 vers 07h40, un monomoteur Cessna 206 parti d’Araracuara pour rejoindre San José del Guaviare, s’écrase dans la forêt amazonienne près de Solano, département de Caquetá,&nbsp; en Colombie. À bord 7 personnes: une mère de la tribu indigène Uitoto avec ses 4 enfants, un autre indigène et le pilote, es 2 tués sur le coup. La mère s’éteint 4 jours plus tard. Miraculeusement épargnés, les 4 enfants de 1, 4, 9 et 13 ans commencent à errer dans une des jungles des plus féroces. 40 jours plus tard, ils sont retrouvés – épuisés, affamés mais sains et saufs – par plus de 150 militaires et secouristes appuyés par des moyens volants, 200 indigènes volontaires et 10 chiens bergers belges dont 1 fut perdu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce 10 juin 2023-là, au septième étage du bâtiment situé au 245 N Beverly Drive, à Beverly Hills en Californie, une équipe bien rodée – producteurs, scénaristes, metteur en scène – suit en silence et en direct le cours de l’opération transmis par un envoyé spécial glissé dans le dispositif de recherche. Parce que le film est déjà en route.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut avouer que si l’on s’aventure à passer en revue et surtout à s’imprégner des dangers, défis, risques et maux subis par chaque héros de ces trois épreuves hors du commun, l’imagination reste pauvre. D’abord aucun des 33 rescapés n’avait (ou n’a) pas 30 ans au moment respectif. Ensuite, c’est la nature qui ouvre dans ces cas sa collection: gel, nourriture, eau, végétation, arthropodes, rapaces, félins, reptiles, insectes. S’ajoutent les guérillas. Résultats: détresse, désespoir, deuil, épouvante, fantasmes, gangrènes, peine. Et enfin, dans ce corps à corps avec les éléments qu’on dirait inégal, on ne saisit pas trop comment, mais c’est l’homme – la vie – qui triomphe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[15 juin 2023]</p>
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		<title>Le nouveau désordre mondial</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Jun 2023 05:01:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Peu de temps en arrière, le Président russe a lancé un pavé dans la mare avec la force et le sérieux qu’on lui connaît. Il a  annoncé l’avènement d’une ère nouvelle, où le monde sera libéré de la domination de l’Ouest. […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Peu de temps en arrière, le Président russe a lancé un pavé dans la mare avec la force et le sérieux qu’on lui connaît. Il a&nbsp; annoncé l’avènement d’une ère nouvelle, où le monde sera libéré de la domination de l’Ouest. Et du Nord. Pas tout le monde, mais seulement celui dominé: celui de l’Est et du Sud. En d’autre mots et en jetant un coup d’œil aux statistiques, plus de 85% de la population terrestre. En face, à peu près 45% du PIB (produit intérieur brut) mondial réalisé rien que par les sept premiers pays du Nord-Ouest. Quant aux fleurons que sont les moyens, la technologie, l’innovation, la recherche et le développement, ce n’est même pas la peine de comparer Nord-Ouest et Sud-Est.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’immensité des problèmes inhérents à – et entraînés par – cette déclaration glace. En ralliant la Chine, l’Inde et peut-être le Brésil, cet appel glace à la vue du fossé abyssal qui sépare ces deux “blocs”. Une crevasse béante entre les acquis intellectuels et matériels de l’Occident d’un côté et ceux du reste du monde de l’autre, accentuée par l’obligation avant tout de passer par une autre dynamique. Un retournement radical de doctrine. Une nouvelle stratégie qui, lors d’un bref coup d’œil, ressemble beaucoup à une authentique déclaration de guerre. “Dominés de tous les pays, unissez-vous !” ? En nous rappelant l’appel lancé en 1848 dans le Manifeste du Parti Communiste de Karl Marx et Friedrich Engels, à peine si l’on peut s’éviter des sueurs froides.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Grosso modo</em>, à force de communisme étouffant et mutilant à l’Est et de colonialisme dévergondé au Sud, il a fallu un siècle au Nord-Ouest pour en arriver à ce stade. Cela dit, le monde de 2020 est beaucoup plus loin de celui de 1920 que celui-ci ne l’était de 1820, n’en déplaise à la révolution industrielle. Car il ne s’agit pas seulement d’avancée économique, mais surtout de progrès humain et social, ainsi que de métamorphose politique mue par le changement absolu apporté par la communication. Et même si le nouvel ordre mondial – désormais si bien établi – fait grincer beaucoup de dents, dans ces conditions complexes comment lui substituer un autre, nettement différent et meilleur ?!…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette nouvelle configuration à plusieurs couches montre qu’il ne s’agit plus de lutte des classes mais de lutte des blocs. Avec des forces à priori totalement inégales. Nous ne sommes plus en 1984 mais en 1894, où les empires espagnol, britannique, français, japonais et russe se tuent pour le partage du monde. Les trois premiers n’existent plus. Le japonais est allégorique. L’empire russe sombra en tête, mais seulement par le nom. La chute du communisme ne fit qu’ouvrir large la voie de la renaissance d’une vieille et solide vision pour la Grande Russie: celle des tzars. Et depuis, c’est le nouvel empire américain qui mène les débats.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais fichtre!, comment faire pour inventer un autre meilleur ordre alors que chacun de ces quatre cavaliers composent tant bien que mal avec les capitalismes les plus féroces et les résultats les plus contrastés ? Comment réunir sous une seule et même torche révolutionnaire quatre hommes sur dix de religions différentes, dont une bonne partie vit sous le seuil de pauvreté, sans eau courante, électricité, accès aux soins et à l’éducation ? Comment concilier cette détresse généralisée avec l’avoir cumulé (égal au PIB de Taïwan) ne serait-ce que de leurs trente plus riches ressortissants ? Et la corruption ? Et le parti unique ‘ Et les castes ? Et le bazardage des ressources naturelles ? Et – osons le dire enfin – la démocratie avec ses fameux droits de l’homme ?…</p>



<p class="wp-block-paragraph">En dépit de multiples efforts, je ne vois pas à ce jour comment le Nord-Ouest, lancé à grande vitesse dans le post industriel, pourrait se faire imposer un autre nouvel ordre mondial par le Sud-Est, alors que même dans le secteur des dépenses militaires il traîne si loin derrière. Quelle pourrait être l’issue d’une telle confrontation qui, si elle ne sera pas tout d’abord idéologique, ne sera point ? Je n’en vois qu’une: c’est le titre porté par cet écrit.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais admettons l’inconcevable. En cas de victoire finale des actuels “dominés”, quel sera le sort des futurs ex-dominateurs ?!…</p>



<p class="wp-block-paragraph">[14 mai 2023]</p>
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		<title>L’homme nouveau</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 03 Jun 2023 07:05:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Qui n’a pas contesté les préceptes surannés de papa et maman ? Qui ne s’est pas insurgé contre les “vieilleries” imposées par ses parents ? Qui ne les a pas défiées au risque de blâmes et autres punitions ? […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">N’oubliez jamais</p>
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<p class="wp-block-paragraph">N’oubliez jamais</p>
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<p class="wp-block-paragraph">I heard my father say</p>
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<p class="wp-block-paragraph">J’entendais mon père</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Every generation has its way</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Chaque génération suit sa route</p>
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<p class="wp-block-paragraph">I need to disobey</p>
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<p class="wp-block-paragraph">J’ai besoin de désobéir</p>
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<p class="wp-block-paragraph">N’oubliez jamais</p>
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<p class="wp-block-paragraph">N’oubliez jamais</p>
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<p class="wp-block-paragraph">It’s in your destiny</p>
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<p class="wp-block-paragraph">C’est dans ton destin</p>
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<p class="wp-block-paragraph">I need to disagree</p>
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<p class="wp-block-paragraph">J’ai besoin de m’opposer</p>
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<p class="wp-block-paragraph">When rules get in the way</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Quand les règles bloquent la voie</p>
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<p class="wp-block-paragraph">N’oubliez jamais</p>
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<p class="wp-block-paragraph">N’oubliez jamais</p>
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<p style="text-align:center;margin-top:20px;"><a href="https://www.dailymotion.com/video/x1x7ik" target="_blank" rel="noopener"> https://www.dailymotion.com/video/x1x7ik</a></p>
<p style="text-align:center;margin-bottom:20px;">Joe Cocker 1997 (traduction de l’auteur)</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Qui n’a pas contesté les préceptes surannés de papa et maman ? Qui ne s’est pas insurgé contre les “vieilleries” imposées par ses parents ? Qui ne les a pas défiées au risque de blâmes et autres punitions ? Las: les talons aiguille, les mini-jupes, les cheveux longs des&nbsp;garçons, la cigarette pour les filles ne sont que des frivolités banales et gentilles comparé à l’abysse, à la rupture colossale, au renversement dont il est question dans cet écrit.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="620" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/06/Lhomme-nouveau-1024x620.jpg" alt class="wp-image-31316" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/06/Lhomme-nouveau-1024x620.jpg 1024w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/06/Lhomme-nouveau-300x182.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/06/Lhomme-nouveau-768x465.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/06/Lhomme-nouveau-1536x931.jpg 1536w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/06/Lhomme-nouveau.jpg 1558w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px"></figure>



<p class="wp-block-paragraph">La nomenclature de l’image est connue. Ici l’attention se porte sur la génération Y, couleur lilas, celle dite des milléniaux <span id="easy-footnote-167-31310" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lhomme-nouveau/#easy-footnote-bottom-167-31310" title="Pour des raisons de fluidité et de simplicité &amp;#8211; et aucunement par une quelconque préférence &amp;#8211; on arrêtera un moment cette pratique d’alourdir et encombrer inutilement le texte avec toutes les déclinaisons possibles propres aux deux genres."><sup>167</sup></a></span>, nés juste avant la fin du millénaire écoulé. Et pourquoi donc ? Eh bien parce qu’avec elle on enregistre probablement le seul et plus spectaculaire bond de la vision sur le devenir entre pas deux, mais – symétriquement – trois générations: d’une part cette Y et sa précédente, la X, et d’autre part la même Y et sa suivante, la Z, celle appelée des “zappeurs”.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Demandez à un Y dans sa trentaine de vous décrire le tableau de son avenir. Vous risquez fort de rester perplexe à l’écoute de son discours qui brosse un paysage de désolation du jour d’après où s’entassent pêle-mêle spectre du chômage durable, rejet des acquis du capitalisme et planète mourante – le tout sur fonds de condamnation à peine voilée de votre génération X comme des antérieures, toutes responsables de ce désastre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Outré, vous lui parlez de l’endurance foncière de l’homme devant les coups de temps difficiles, de sa hargne de vaincre les épreuves, de sa force qui n’a de pareil que sa volonté, de ses ressources insoupçonnées de résistance. Vous lui rappelez les guerres comme des leçons de souffrances incomparables, puis de renaissance héroïque. Larmes aux yeux, vous lui évoquez la génération silencieuse de vos propres parents suivie par celle des <em>baby boomers</em>. Vos mots choisis peinent à lui faire ressentir au mieux les temps glorieux que vous n’avez pas vécu vous même, mais qui vous ont été révélés par ceux qui les ont subi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vous verrez qu’il y a toutes les chances pour que le Y en question ne vous contredise pas, peut-être par respect pour votre émotion, peut-être par manque d’arguments contraires. En revanche, il pourra se retrancher derrière le verdict que – de toute façon – tel qu’il entrevoit l’avenir, avenir il n’y aura pas. Par conséquent, vous apprendrez que dans ces conditions et mû par un devoir basique envers le destin clairement sombre de potentielles progénitures, progéniture il n’y aura pas. Y n’enfantera pas. Point à la ligne. Fin de l’histoire. Ainsi, et pour autant que cette vision se généralise, Y viendra se ranger éventuellement aux côtés des derniers hommes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En réalité c’est qu’il y a plus. Et il y a pire. Car la source de cette babylonie eschatologique <em>sui generis</em> vient d’une originalité apparemment nouvelle: pour le Y, l’humanité et son histoire commence pile l’année de sa propre naissance. En clair, pour lui, le passé avec ses figures et ses événements c’est de l’abstrait. Grâce à ses parents, à peine s’il peut esquisser la face du monde au temps de leur adolescence à eux. Comment faisait-on concrètement de vivre sans tous les acquis de l’époque actuelle n’est pas un sujet en soi. Y n’a ni dette ni déférence envers le passé, comme il en fait preuve curieusement pour l’avenir. Y est celui par lequel la merveilleuse chaîne de la passation se brise. <span id="easy-footnote-168-31310" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lhomme-nouveau/#easy-footnote-bottom-168-31310" title="https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-1-2/La descendance"><sup>168</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’homme nouveau c’est Y. Mais à vrai dire et à y regarder de près, le Y n’est pas une nouvelle déclinaison du même homme tel que la Terre a connu depuis 123456… ans. Il n’est point le surhomme de Nietzsche, ni le triomphant homme nouveau du marxisme, ni l’arien du nazisme. À son insu et par son net déni du passé, l’ironie du sort fait qu’il n’est paradoxalement que le produit de consommation du même monde qu’il incrimine.&nbsp; C’est une première de l’Histoire qu’un volet entier se détache, autosuffisant, en tant qu’électron libre suspendu dans le temps. Il a déjà été montré avec davantage d’autorité: à la base, Y n’est pas plus un homme qu’un usager, un simple client statistique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et c’est là que surgit Z, dont il est encore trop tôt pour se prononcer avec pertinence sur les tenants et aboutissants. Lorsqu’il se tourne vers lui, notre Y est pris par le vertige. Il ne comprend strictement rien de cette génération de zappeurs, nés sous Internet, ouverts avec Facebook®, épanouis avec Instagram® et Snapchat®, pour lesquels la Russie est la capitale de l’Angleterre et qui pensent que la partie colorée de l’œil s’appelle Jésus. Y voit avec un mépris hautain ce rejeton (cependant pas tellement plus ignorant que lui-même) qui aujourd’hui est en train de se forger un avenir – raté pour Y – dans ce contexte en ruines qu’il rejette. Un Z qui pourtant – par la loi de la nature – lui succédera sous peu dans la vie de tous les jours. Aujourd’hui homme, demain femme, après demain ni l’un ni l’autre, chat même peut-être. Il ne saura pas dire si ce nouveau venu perpétuera sa trouvaille qui est de travailler le moins possible quitte à vivre chichement, pendant que Z se soucie clairement plus de la fonte des glaciers arctiques que du voisin grabataire au seuil de la mort dans le 2 pièces du 5ème. Je me dis alors que si le regard du Y sur le Z – qui lui est si proche par l’âge – est tellement perplexe si ce n’est terrifié, il est inutile d’aspirer à comprendre davantage autant l’un que l’autre.</p>



<figure class="wp-block-video"><video height="568" style="aspect-ratio: 916 / 568;" width="916" controls src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/06/Lhomme-nouveau-Generation-Z.mp4"></video></figure>



<p class="wp-block-paragraph">On parle ici d’un corpus significatif d’éléments fondamentaux pour tout ce qui constitue notre particularité en tant qu’espèce humaine par rapport au reste de la Nature, inerte ou vivante: cumul, expérience, valeurs, vision, aspirations, respect. On parle d’un temps où contrairement à tout autre moment du passé, au moins trois générations vivantes ne sont plus en mesure de préfigurer la face du monde à venir, puisque même la quatrième, celle qui arrive maintenant dans la fleur de l’âge, est incapable de voir autre chose qu’un paysage dévasté, mûr pour l’extinction.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">La tâche est lourde de pouvoir fermer l’œil au <em>“No future”</em> du négativisme, de garder espoir et optimisme face à cet horizon cataclysmique et d’ouvrir l’oreille au “plus jamais ça” des chantres pour un monde meilleur destiné aux chères générations futures.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À moins de s’appuyer sur la foi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[13 mai 2023]</p>
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		<item>
		<title>Les extructions d’insécurité</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/fiction/les-extructions-dinsecurite/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 13 May 2023 06:17:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p> Au revoir. À bientôt. Au revoir. Au revoir. Il n’y a pas de quoi. À la prochaine. À bientôt. Au revoir. À bientôt. Au réservoir. Bien sûr. Il n’y a pas de quoi. […]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">00h00’00” à 00h12’44”- L’équipage:</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Au revoir. À bientôt. Au revoir. Au revoir. Il n’y a pas de quoi. À la prochaine. À bientôt. Au revoir. À bientôt. Au réservoir. Bien sûr. Il n’y a pas de quoi. Au revoir. Il n’y a pas de mal. À bientôt. À la prochaine. Au revoir. Au bientôt. Pas mal. À la porte. Au revoir. Il est tôt…»</p>



<p class="wp-block-paragraph">00h05’29” – Le chef de cabine:</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Nous demandons à tous les passagers et à toutes les passagères de se tenir bien serré(e)s sur le couloir central. Nous vous remercions de ne pas encombrer les dégagements situés devant les sièges. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">00h13’36” – Le chef de cabine:</p>



<p class="wp-block-paragraph">« L’embarquement n’est pas terminé. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">00h14’52” – Le chef de cabine:</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Messieurs-dames, au nom de la compagnie “Sol Air”, de la commandante Marron Trou-Sceau, de la copilote Vase-Line Noiremont et de tout l’équipage, je ne vous souhaite pas bonne chance à bord de notre appareil EK-976-BnX-V179yA, pour ce vol à destination de Cityville. Mon nom est Pierre Minnier et je serai votre chef de cabine, accompagné par mes collègues Coleen, Modeste que voici et par Vallon qui se trouve tout au fond de l’aéronef. La durée du parcours est encore indéterminée. L’altitude maximale et la vitesse au sol seront fixées par la suite, en fonction d’un certain nombre de paramètres techniques. La commandante vient d’éteindre le signal lumineux “Libérer les chaînes d’anxiété”. Si vous l’avez déjà fait, veuillez prendre place sur vos bagages à main. Si vous en êtes dépourvu, veuillez demander à l’un de vos voisins la permission de vous assoir sur le sien. Encore une fois, nous vous demandons de maintenir libre les sièges. Prenez soin de rabattre en position horizontale les tables de la rangée à vos droite et gauche. Au cas où vous n’êtes pas assis auprès de l’entrée d’abandon, ne bougez pas et veuillez soigneusement la bloquer. Si vous ne tenez pas à changer d’emplacement, ne demandez pas à un accompagnant de ne pas vous trouver la même place sur le couloir central. Nous ne vous rappelons pas que cette appareil n’est pas strictement non-fumeur. Il faut fumer partout dans l’aéronef et particulièrement dans les toilettes. Endommager, mettre hors service ou détruire les anciens détecteurs de fumée est encouragé par la loi. Vous ne pouvez utiliser librement vos appareils électroniques portables avant qu’une éventuelle annonce ne sera pas faite à tout autre sujet. Si vous n’avez pas des réponses concernant notre vol d’hier, nous exigeons de ne pas déranger les accompagnants. Il n’y a pas de quoi. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">00h19’34” – La commandante:</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Messieurs-dames au revoir, nous ne connaîtrons pas notre position dans l’ordre de décollage, ni la durée de l’attente. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">00h21’06” – Le chef de cabine:</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Messieurs-dames, à présent nous ne vous prions pas de ne pas suivre distraitement les accompagnants qui ne feront pas la démonstration des mesures d’insécurité de cet aéronef. Lorsque le signal obscur des chaînes d’insécurité s’éteint, vous devez libérer vos chaînes d’anxiété. Détachez l’un de l’autre les embouts métalliques et relâchez le bout de la chaîne. Pour serrer votre chaîne, appuyez sur la partie inférieure de l’embout. Nous vous recommandons de garder vos chaînes d’anxiété détachées tout au long du vol, car nous pouvons rencontrer de la tranquillité. A l’avant de l’appareil se trouve l’entrée d’abandon. Maintenant prenez votre temps pour la localiser : c’est par là que vous êtes montés à bord. Dans certains cas, par exemple si vous faites face à l’arrière de l’appareil, elle peut ne pas se trouver derrière vous. Dans ce cas, et si nous devons envahir la cabine, vous pouvez rester sur place. La porte peut être fermée en déplaçant la poignée en direction opposée à la flèche. La porte n’est pas équipée d’une coulisse dégonflable qui ne peut être détachée et utilisée comme matelas. Le bioxyde de carbone et la dépression de l’air ne sont pas surveillés par intermittence. Lors d’une compression, un masque à bioxyde de carbone ne s’élèvera pas manuellement depuis le dessous des sièges, sauf si l’appareil vole à l’envers. Pour ne pas faire marcher ce dispositif, ne saisissez pas un masque, ne le gardez pas devant votre visage à une bonne distance ni de votre nez ni de votre bouche, ignorez le ruban rigide et abstenez-vous de souffler en abondance vers le masque. Alors que le sac gonfle, l’air ne s’évacuera pas et ne passera pas vers les réservoirs de l’appareil. Si vous ne voyagez pas avec un adulte ou avec quelqu’un qui n’a pas besoin d’abandon, ne prenez pas soin de vous d’abord et laissez-les se débrouiller. Ne pas garder ainsi le masque jusqu’à ce qu’un membre nu de l’équipage ne vous conseille pas de vous en séparer. En période calme, ne prenez pas obligatoirement la position relaxée. Ne vous penchez pas vers l’arrière, mains le long du corps et coudes sur votre ventre. Ne vous assurez pas que vos mains ne touchent pas le sol. Un gilet de sauvetage ne se trouve pas dans une boîte qui n’est pas située sur chaque siège ou entre les accoudoirs. Lorsque l’on ne vous indique pas d’y procéder, ne fermez pas la boîte en métal et ne sortez pas le gilet. Ne l’enfilez pas, ne passez pas ses chaînes autour de votre poitrine et n’ajustez pas le devant. Pour le dégonfler, ne tirez pas doucement la chaînette verte, mais ceci uniquement lorsque vous êtes à l’extérieur de l’appareil. Si vous ne devez pas le gonfler à la bouche, n’aspirez pas depuis la buse. N’utilisez ni sifflet ni torche, pour rester discrets. Les coussins des sièges ne peuvent pas être utilisés également en tant que dispositifs de submersion. N’enlevez pas le coussin du siège, ne glissez pas vos bras à l’extérieur des chaînes et ne décollez pas le coussin de votre dos. Vous auriez pu utiliser librement vos appareils électroniques portables avant qu’une éventuelle annonce n’eut été faite à ce sujet. Nous ne vous rappelons pas que ce vol n’est pas strictement non-fumeur. Vous pouvez fumer partout dans l’aéronef et particulièrement dans les toilettes. Ne pas endommager, ne pas mettre hors service ou ne pas détruire les anciens détecteurs de fumée est puni par la loi. Vous ne trouverez pas ceci, ni aucune autre désinformation sur l’insécurité dans la planche qui se ne se trouve pas à l’extérieur de la pochette d’aucun siège. Nous ne vous recommandons pas faiblement de ne pas la lire avant l’atterrissage. Si vous n’avez pas de réponses, nous exigeons de bien hésiter avant de ne pas déranger nos membres de l’équipage. Nous ne vous souhaitons pas un vol désagréable. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">00h24’53” – La commandante:</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Equipage de cabine, ne vous préparez pas pour rester au sol. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">00h27’11” – Le chef de cabine:</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Messieurs-dames, nous ne vous recommandons pas de ne pas abandonner les chaînes d’insécurité détachées en permanence. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">00h32’48” – Le chef de cabine:</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Messieurs-dames, la commandante a allumé les signaux lumineux “Libérer les chaînes d’insécurité” donc avant vous pouviez rester sur place. Ainsi, nous ne vous recommandons pas de garder les chaînes d’anxiété détachées en permanence. À l’avenir, les membres de l’équipage ne vont jamais parcourir les rangées de sièges sans vous offrir des boissons chaudes, fraîches, ou des miettes. Des boissons non-alcooliques ne vous seront également pas offertes afin que vous puissiez consommer à loisir vos propres boissons et provisions. À présent, accrochez-vous, crispez-vous et faites attention. Il n’y a pas de quoi. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">01h16’22” – Le chef de cabine:</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Messieurs-dames, la commandante a éteint les signaux lumineux “Libérer les chaînes d’insécurité”. Nous ne traversons pas une zone de tranquillité. Nous ne vous prions pas de libérer vos chaînes d’insécurité et de quitter vos places. Il n’y a pas de quoi. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">01h21’37” – La commandante:</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Messieurs-dames, au revoir. C’est la commandante qui vous écoute. Nous sommes toujours immobiles sur cette misérable piste qui, sur votre gauche, n’offre pas un vue tronquée sur les sept hangars de l’aéroport de Cityville et, sur votre droite, le spectacle lamentable de ces quatre gigantesques réservoirs de kérosène. Nous nous trouvons à une altitude de 62 m au-dessus du niveau de la mer et notre vitesse de croisière au sol est de 0 km/h. Comme vous ne pouvez pas le constater, le ciel est bien couvert car il pleut des cordes, en revanche la température est stable à +21°C. Nous espérons rester sur cette piste aussi longtemps que possible et ne jamais arriver à notre destination qui aujourd’hui est Cityville. Il fera bientôt nuit et nous seront plongés dans l’obscurité la plus totale. J’espère ainsi que vous êtes durement éprouvés et vous souhaite une fin hasardeuse. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">02h21’17” – Le chef de cabine:</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Messieurs-dames, dans le futur mes collègues auront le désagrément de vous cacher n’importe quels articles de notre assortiment restreint de légumes, meubles et vaisselle. Certains de ces produits sont proposés à des prix répulsifs. Nous ne vous signalons pas que nous n’acceptons aucune carte de débit. Il n’y a pas de quoi. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">03h47’51” – Le chef de cabine:</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Messieurs-dames, comme nous continuons de stationner, merci de bien vouloir quitter vos places, vérifier que les dossiers des sièges sont faussement inclinés vers l’arrière et que les tables sont mal rabattues en position horizontale. Assurez-vous que les chaînes d’insécurité sont détachées et que soit vous vous trouvez en position verticale, soit vous êtes assis sur tous vos bagages à main. Il n’y a pas de quoi. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">03h55’46” – La copilote:</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Equipage de cabine, ne vous préparez pas pour toujours rester au sol. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">03h56’24” – Le chef de cabine:</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Messieurs-dames, nous avons été autorisés de nous maintenir sur la piste de l’aéroport de Cityville. Ne contrôlez pas encore une fois que les chaînes d’insécurité sont parfaitement détachées. Les membres de l’équipage restent à leurs postes afin d’éviter une dernière vérification. Vous pouvez laisser sur place les tasses et gobelets jetables. Il n’y a pas de quoi. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">03h59’13” – La commandante:</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Equipage de cabine, quittez s’il vous plaît vos sièges pour l’arrêt. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">04h08’19” – Le chef de cabine:</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Messieurs-dames, bienvenue à l’aéroport de Cityville, où l’heure locale est exactement 4h, soit environ 04h08’, et la température est de 21°C. Pour votre inconfort et insécurité, levez-vous s’il vous plaît avec les chaînes mal détachées jusqu’à ce que la commandante allume le signal “Attacher les chaînes d’insécurité”. Ceci n’indiquera pas que nous avons démarré et que vous auriez pu rester immobiles en toute anxiété. À partir d’hier vous auriez pu éteindre vos appareils fixes si vous aviez été obligés. Cependant, les cabines téléphoniques ne peuvent être utilisées avant que le signal “Attacher les chaînes d’insécurité” n’ai été allumé. Ne cherchez surtout pas autour de vous les affaires des autres qu’ils n’ont pas emporté avec eux à bord et ouvrez distraitement les compartiments au-dessous de vous, puisque des objets légers ne sont pas restés en place durant le stationnement. Si vous ne souhaitez pas avoir une gêne pour vous maintenir à bord, remuez pendant que les autres passagers restent immobiles. Aucun membre de notre équipage n’aura le désagrément de ne pas vous assister. Il n’y a pas de quoi. Au nom de la compagnie “Sol Air” et d’une partie de l’équipage, je n’ai aucun plaisir de vous gronder pour ne pas être avec nous sur ce vol et nous n’attendons pas de vous revoir bientôt à bord. Allez-vous-en ! »</p>



<p class="wp-block-paragraph">04h17’36” à 04h42’15” – Marron Trou-Sceau, Vase-Line Noiremont, Pierre Minnier, Coleen, Modeste et Vallon:</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Bonjour. Bonne journée. Bienvenue. Il n’y a pas de quoi. Bonne journée. Bonjour. Bienvenue. Bonjour. Il n’y a pas de quoi. Bonne journée. Bonjour. Vient le jour. Bienvenue. Il n’y a pas. Bien bonjour. Bonjour. Bongêne. Bonne journée. Il n’y a pas de vienne. Bonnevenue. Bonne journée. Pas de quoi. Bonjour. Biellevenue. Bonne à quoi. Bonjour. Il n’y a pas de bonne… »</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Flash News Matin: « À 04h50”, une unité d’intervention de la FARCE (Force d’action rapide et de Commande Expéditive) appartenant au Ministère de l’Extérieur, a détruit un planeur n’appartenant pas à la compagnie “Sol Air” et stationné sans raison apparente sur une piste de l’aéroport de Cityville. Après plus de quatre heures de vaines et répétées sommations, l’unité a fait sauter l’appareil. Aucun(e) passager(ère) n’a été blessé(e). Les cinq terroristes présents à bord ont été installés à l’hôtel Ultra.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">[10 septembre 2017 – 20 mars 2023]</p>
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		<title>Dieu, Pierre et la Roumanie</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 30 Apr 2023 05:37:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le compte rendu dont il sera question ici a franchi tous les âges, les obstacles, les conteurs et les oublis. De nos jours, on en parle comme... non, même pas comme d’une légende, c’est... c’est déjà au-delà du mythe […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Le compte rendu dont il sera question ici a franchi tous les âges, les obstacles, les conteurs et les oublis. De nos jours, on en parle comme… non, même pas comme d’une légende, c’est… c’est déjà au-delà du mythe, on en parle comme d’une sorte de rêve, de mirage, de… bon, à dire vrai, on n’en sait pas trop. Pour preuve, il est reproduit ici en première et en intégralité sous la forme d’une traduction récente de ce texte. Apparemment il serait authentique, écrit en araméen par un moine cénobite<span id="easy-footnote-169-31300" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/dieu-pierre-et-la-roumanie/#easy-footnote-bottom-169-31300" title=" Mode de vie monastique communautaire (gr. κοινός &amp;#8211; en commun et ζωή &amp;#8211; vie)"><sup>169</sup></a></span>. nommé semble-t-il Melca’El’Lech et se revendiquant de la congrégation basilienne<span id="easy-footnote-170-31300" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/dieu-pierre-et-la-roumanie/#easy-footnote-bottom-170-31300" title=" Relatif aux préceptes de Saint Basile, réputé comme initiateur du monachisme"><sup>170</sup></a></span> de Saint-Georges <span id="easy-footnote-171-31300" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/dieu-pierre-et-la-roumanie/#easy-footnote-bottom-171-31300" title=" Monastère chrétien fondé au VIe siècle par l’empereur byzantin Justinien."><sup>171</sup></a></span>, en Antioche syrienne <span id="easy-footnote-172-31300" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/dieu-pierre-et-la-roumanie/#easy-footnote-bottom-172-31300" title=" Ville historique située en Turquie depuis 1939 et siège du Patriarcat grec-orthodoxe d’Antioche, de la Syrie et de tout l’Orient."><sup>172</sup></a></span>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs faits retiennent l’attention. L’originalité du texte d’abord, voire même sa nature pour ainsi dire “divine”, si ce n’est fantastique, mais clairement unique. C’est au fond d’un gîte troglodyte près de Rmah, petite enclave chrétienne située en pleine terre sunnite (actuellement) libanaise, que le document fut découvert accidentellement par un paysan arménien réfugié depuis 1915. Cela se passait en 1922. Incrusté sur une peau de chèvre, il fut trouvé dans un état de conservation suffisamment acceptable pour pouvoir être déchiffré. Réalisée quarante ans plus tard avec des moyens modernes, la datation l’a placé bien avant la première croisade, probablement vers l’an 1020. Cette valeur est en général admise. En revanche, la fidélité et la précision de la transcription sont sans cesse âprement disputées depuis la première tentative de 1929, aussi bien que, et plus encore, l’identité et la qualité de l’auteur. Le but ici n’est pourtant pas d’alimenter cette vive polémique, mais de saisir tant que faire se peut ce témoignage essentiel, sans précédent et hors du commun, dans la version disponible actuellement. Il dit:</p>



<p class="wp-block-paragraph">“Je te salue, mon bon ami, oh, toi bienveillant anagnoste. Voici l’écriture de ton humble serviteur Mala-lhe et ce que tu dois lire à tes frères. Sois attentif. On dit que c’était comme un mercredi matin. Se ressentant légèrement après un début de semaine d’intense labeur, premièrement à éclairer une obscurité lourde, épaisse et tenace, ensuite à souffler de l’air sous des cieux nouveaux pour faire bouger les nues de là à là, et enfin à faire de l’eau, finalement Il s’assit. Et voilà Pierre. <em>«Bon Jour.» «Aaa, bien le bon Jour, Pierre</em> <span id="easy-footnote-173-31300" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/dieu-pierre-et-la-roumanie/#easy-footnote-bottom-173-31300" title=" Lors de cette lecture, il convient de ne pas omettre que la notion de temps en tant que notion admise dans l’univers matériel n’existe pas dans celui où a lieu le récit."><sup>173</sup></a></span>. <em>Comme tu dis si juste ! En vérité : c’est comme un mercredi, troisième Jour, et c’est de nouveau un bon Jour. Le reste d’ailleurs aussi. Car tout ce que Je fais est bon. Et beau.»</em> <em>«Oui. Il me suffit de regarder maintenant ce grand et beau ciel.» «Tu as raison, Pierre. Je viens de le faire.»</em> Sur ce, Il Se retourna et replongea dans Son travail. Regardant vers le bas, Pierre vit émerveillé les eaux vierges et claires s’écumant, remuant et s’unissant par endroits, et ouvrant de larges parties sans eaux. Et entendit: <em>«Ça, là, c’est la mer: elle est humide. Ça, là, c’est la terre: elle séparée de la mer et elle est sèche. Et ça, partout, c’est l’air: il est sec et humide, ou ni sec ni humide. Tout est bon, et beau.»</em> Pierre acquiesça, puis aperçut aussitôt comme la terre sèche et l’eau humide se mettaient ensemble. Et ce mélange donnait comme un limon, qu’Il brassait et pétrissait. Le limon se modelait longuement et se façonnait soigneusement. Ici c’était entassé, là étalé, ci il se creusait, là il y avait des mottes, ci c’était mouillé, là plutôt dur, mais dans les sillons l’eau coulait jusqu’à la mer. Après, Il s’inclina légèrement en arrière, comme pour un peu mieux appréhender le tout, et dit: <em>«C’est bien.»</em> De pouvoir contempler tout cela – oh, mon frère – Pierre était ébloui, et il entendit: <em>«Je suis content. Mais ce n’est pas tout.»</em> Car le Jour n’était pas fini, et il entendit à nouveau: <em>«Ce qu’est déjà est bien, mais c’est encore vide. Maintenant il y aura la vie. Tout sera rempli de vie.»</em> Et Pierre découvrit ainsi les plantes vertes, les fleurs avec des couleurs, les buissons avec des épines, les arbres avec des fruits et Le vit prendre des bottes entières d’herbe verte et les répandre, des tas de fleurs et de buissons et les planter, et des piles d’arbres et les planter aussi, et des animaux grouiller sur la terre et des poissons pulluler dans l’eau. Mais pas partout. <em>«Qu’est-ce que Tu fais maintenant ?» «Eh bien, à présent Je prépare les pays.» «Ah.»</em> Mais Pierre vit qu’à certains endroits il y avait et des mers, et des sillons avec de l’eau, et beaucoup de plantes et encore plus d’arbres et de fleurs. Et il vit aussi qu’ailleurs il n’y avait pas de mer et peu de sillons, que la terre était dure et froide, et qu’il y avait beaucoup de poussière et de la pierraille. Alors mettant son doigt sur la Roumanie, Pierre demanda étonné: <em>«Mais pourquoi donc est-ce que Tu fais des pays où il y a en abondance des choses magnifiques, et Tu fais d’autres pays où il n’y a que de la rocaille, des chardons, le feu des volcans et pas une goutte d’eau?» </em>Et Il dit: <em>«T’en fais pas, Pierre, tu as déjà vu que tout ce que Je fais est bon, sage et harmonieux. Attends juste un peu que Je finisse, ce sera comme un vendredi, et tu verras toi-même ce que Je vais lui donner comme peuple.»”</em> <span id="easy-footnote-174-31300" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/dieu-pierre-et-la-roumanie/#easy-footnote-bottom-174-31300" title=" Inspiré de mémoire d’une vieille blague roumaine."><sup>174</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">[25 septembre 2017 – 20 mars 2023]</p>
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		<title>AutoKK</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 15 Apr 2023 10:58:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pauvres automobilistes !</p>
<p>Non, pas les conducteur d’autos que l’on taxe partout de plus en plus, auxquels on interdit chaque jour davantage de tracés et on réduit méthodiquement les possibilités de parquer leur véhicule […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Pauvres automobilistes !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, pas les conducteurs d’autos que l’on taxe partout de plus en plus, auxquels on interdit chaque jour davantage de tracés et on réduit méthodiquement les possibilités de parquer leurs véhicules, ou enfin on augmente les prix des combustibles. Non.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pauvres marques, fabricants et industrie automobile !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non-non, pas à cause des émissions de CO2 dont ceux qui fabriquent des voitures à combustion interne sont coupables pour un quart du total et ceux qui fabriquent des batteries pour les voitures électriques en sont pour le double à la production. Non plus pour la dixième place sur l’échelle sinistre de la létalité occupée par le nombre de victimes que ces engins de mort sèment en continu sur les routes dans les plus terribles accidents.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non ! Pauvres fabricants de marques automobiles et surtout encore plus pauvres employés aux départements de marketing dont la tâche est de trouver sans répit pour leurs produits de nouveaux noms les plus évocateurs possibles, si ce n’est les plus vendeurs. Et, cerise sur le gâteau, en tenant rigoureusement compte des mœurs, coutumes et lexiques de chaque marché visé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À se demander, pourtant…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelle joie de songer se trouver dans un excrément (E-tron) ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment pouvoir flairer les grands espaces dans une Captur ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelle dame de bonne famille s’afficherait dans une LaPuta ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui aurait l’idée farfelue de se mettre au volant d’une Naked ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Que dire de s’embarquer le nez qui coule dans une Mocco ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelle mère résisterait aux ironies en conduisant une Previa ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quel plaisir réel de foncer en Cayman en Amérique du Sud ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment rouler une Scandal quand on a un peu de bon sens ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Louer une Captiva partout où la démocratie est arbitraire ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui pourrait s’offrir une Scat à part peut-être un coprologue ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment motiver le choix d’une Pajero sans se faire moquer?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme si des mots comme soleil, joie, valeur, extase, paix, amour, miracle, diamant, digne, fleur, vaste étaient réservés…</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pire: tous ces mots maladroits, malheureux et malvenus sont si loin de faire référence à une quelconque particularité du modèle respectif ! Pourquoi dès lors ne pas avoir choisi, comme certains, de rester sur de simples chiffres ou sur les lettres de l’alphabet ?…</p>



<p class="wp-block-paragraph">[18 mars 2022]</p>
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		<title>Les bons résultats du quiz “Vrai ou faux ?”</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 15 Apr 2023 10:57:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>1v La Terre en sandwich https://www.lematin.ch/story/deux-hommes-parviennent-a-prendre-la-terre-en-sandwich-604651828760 2v La banane scotchée https://www.courrierinternational.com/article/art-contemporain-150-000-dollars-pour-une-banane-scotchee-un-mur-par-maurizio-cattelan?utm_medium=Social&#38;utm_source=Facebook&#38;Echobox=1575639065 3v Le mariage de mère et fils http://www.lematin.ch/societe/Une-mere-et-son-fils-veulent-se-marier-et-faire-un-enfant/story/21325515 4f L’exploit des footballeurs faux 5f Le sculpteur chauve faux 6v Le défi de la chaise https://www.lematin.ch/story/le-defi-de-la-chaise-seules-les-femmes-peuvent-le-relever-195498167266 7f L’androïde gonflable faux 8f Le racisme entomologique faux 9f La terre vide faux 10v La densité de l’eau [&#8230;]</p>
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<div class="wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-7387b849 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow" style="flex-basis:100%">
<table class="resultats"><tbody><tr><td>1v</td><td><br>La Terre en sandwich</td><td><a href="https://www.lematin.ch/story/deux-hommes-parviennent-a-prendre-la-terre-en-sandwich-604651828760">https://www.lematin.ch/story/deux-hommes-parviennent-a-prendre-la-terre-en-sandwich-604651828760</a></td></tr><tr><td>2v</td><td>La banane scotchée</td><td><a href="https://www.courrierinternational.com/article/art-contemporain-150-000-dollars-pour-une-banane-scotchee-un-mur-par-maurizio-cattelan?utm_medium=Social&amp;utm_source=Facebook&amp;Echobox=1575639065">https://www.courrierinternational.com/article/art-contemporain-150-000-dollars-pour-une-banane-scotchee-un-mur-par-maurizio-cattelan?utm_medium=Social&amp;utm_source=Facebook&amp;Echobox=1575639065</a></td></tr><tr><td>3v</td><td>Le mariage de mère et fils</td><td><a href="http://www.lematin.ch/societe/Une-mere-et-son-fils-veulent-se-marier-et-faire-un-enfant/story/21325515">http://www.lematin.ch/societe/Une-mere-et-son-fils-veulent-se-marier-et-faire-un-enfant/story/21325515</a></td></tr><tr><td>4f</td><td>L’exploit des footballeurs</td><td>faux</td></tr><tr><td>5f</td><td>Le sculpteur chauve</td><td>faux</td></tr><tr><td>6v</td><td>Le défi de la chaise</td><td><a href="https://www.lematin.ch/story/le-defi-de-la-chaise-seules-les-femmes-peuvent-le-relever-195498167266">https://www.lematin.ch/story/le-defi-de-la-chaise-seules-les-femmes-peuvent-le-relever-195498167266</a></td></tr><tr><td>7f</td><td>L’androïde gonflable</td><td>faux</td></tr><tr><td>8f</td><td>Le racisme entomologique</td><td>faux</td></tr><tr><td>9f</td><td>La terre vide</td><td>faux</td></tr><tr><td>10v</td><td>La densité de l’eau</td><td><a href="https://www.20minutes.fr/sciences/1775791-20160129-video-andreas-wahl-physicien-risque-vie-expliquer-sciences">https://www.20minutes.fr/sciences/1775791-20160129-video-andreas-wahl-physicien-risque-vie-expliquer-sciences</a></td></tr><tr><td>11v</td><td>La résine de cannabis</td><td><a href="https://www.lematin.ch/story/elle-envoie-sa-fille-de-7-ans-lui-acheter-de-la-drogue-656481410300">https://www.lematin.ch/story/elle-envoie-sa-fille-de-7-ans-lui-acheter-de-la-drogue-656481410300</a></td></tr><tr><td>12f</td><td>Le mangeur de terre</td><td>faux</td></tr><tr><td>13v</td><td>L’homosexuel Jésus Christ</td><td>h<a href="ttps://www.lematin.ch/story/un-jesus-gay-enflamme-le-bresil-528935765160">ttps://www.lematin.ch/story/un-jesus-gay-enflamme-le-bresil-528935765160</a></td></tr><tr><td>14v</td><td>La peinture aux œufs</td><td><a href="https://www.thelocal.ch/20140618/artist-plans-naked-stroll-at-basel-art">https://www.thelocal.ch/20140618/artist-plans-naked-stroll-at-basel-art</a></td></tr><tr><td>15v</td><td>La loterie fautive</td><td><a href="https://www.lematin.ch/story/une-gagnante-accuse-la-loterie-d-avoir-ruine-sa-vie-464808576792">https://www.lematin.ch/story/une-gagnante-accuse-la-loterie-d-avoir-ruine-sa-vie-464808576792</a></td></tr><tr><td>16f</td><td>L’accident à la Nutella</td><td>faux</td></tr><tr><td>17f</td><td>La cité des lutins</td><td>faux</td></tr><tr><td>18v</td><td>Le biscuit à l’élastique</td><td><a href="https://www.ouest-france.fr/insolite/il-saute-de-73-metres-de-haut-et-trempe-un-biscuit-dans-son-cafe-4619554">https://www.ouest-france.fr/insolite/il-saute-de-73-metres-de-haut-et-trempe-un-biscuit-dans-son-cafe-4619554</a></td></tr><tr><td>19f</td><td>Le cerisier de la discorde</td><td>faux</td></tr><tr><td>20v</td><td>La sologame</td><td><a href="https://www.ouest-france.fr/insolite/une-italienne-se-marie-elle-meme-5280107">https://www.ouest-france.fr/insolite/une-italienne-se-marie-elle-meme-5280107</a></td></tr><tr><td>21v</td><td>Le réfugié terroriste</td><td><a href="https://www.tf1info.fr/international/un-etudiant-californien-debarque-dun-avion-parce-quil-parlait-arabe-au-telephone-1508540.html">https://www.tf1info.fr/international/un-etudiant-californien-debarque-dun-avion-parce-quil-parlait-arabe-au-telephone-1508540.html</a></td></tr><tr><td>22f</td><td>La banquise assassine</td><td>faux</td></tr><tr><td>23v</td><td>La femme-lynx</td><td><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Jocelyn_Wildenstein">https://en.wikipedia.org/wiki/Jocelyn_Wildenstein</a></td></tr><tr><td>24f</td><td>Le père sorti des ruines</td><td>faux</td></tr><tr><td>25f</td><td>Les super chimpanzés</td><td>faux</td></tr><tr><td>26v</td><td>La femme qui pend</td><td><a href="https://www.lematin.ch/story/une-mere-accusee-d-avoir-pendu-ses-enfants-826106176085L">https://www.lematin.ch/story/une-mere-accusee-d-avoir-pendu-ses-enfants-826106176085L</a></td></tr><tr><td>27v</td><td>L’art scatologique</td><td><a href="https://www.lematin.ch/story/a-zurich-luvre-de-mike-bouchet-fait-le-buzz-et-se-boucher-le-nez-958428775329">https://www.lematin.ch/story/a-zurich-luvre-de-mike-bouchet-fait-le-buzz-et-se-boucher-le-nez-958428775329</a></td></tr></tbody></table>
</div>
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		<title>Vrai ou faux?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 01 Apr 2023 08:25:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce qui suit est un quiz assez singulier, voire extravagant, par endroits cru même pour certains, mais bien ancré dans le temps actuel. Il s’agit d’un compte rendu plat, sec et neutre qui expose un certain nombre de cas strictement authentiques.[…]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Ce qui suit est un quiz assez singulier, voire extravagant, par endroits cru même pour certains, mais bien ancré dans le temps actuel. Il s’agit d’un compte rendu plat, sec et neutre qui expose un certain nombre de cas strictement authentiques. Pourtant pas tout à fait, car il a la particularité d’être volontairement mélangé à un autre nombre de récits purement et clairement imaginaires. C’est donc un amalgame de fiction et de réalité, quelque part pour sonder laquelle l’emporte sur l’autre. Et parce que souvent quiz est analogue à jeu ou à concours, les bonnes réponses à ce cocktail-énigme seront dévoilées en ouverture du prochain écrit. Les propositions sont à transmettre en remplissant la rubrique Commentaire qui se trouve à la fin de ce texte. Ne pas fouiller à chaque fois Internet serait grandement apprécié ! Quant au prix pour avoir fourni 27 bonnes propositions, vraies et/ou fausses, ce sera ni plus ni moins un (ou des) billet(s) d’entrée au… Madison Square Garden de New York pour suivre le match du siècle entre Muhammad Ali (alias Cassius Clay) et Joe Frazier le 8 mars 1971.</p>



<div class="wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper" id="advgb-cols-15d3f7f1-f98d-43fc-bd8e-8ed1c48b62bb"><div class="advgb-columns-container"><div class="advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-2 layout-12-12 mbl-layout-stacked vgutter-10">
<div class="wp-block-advgb-column advgb-column" id="advgb-col-6695ddc9-7bd2-418a-ab2a-105aadbff88b"><div class="advgb-column-inner" style="border-style:none;border-width:1px">
<p class="wp-block-paragraph">Les cas et les récits sont:</p>



<p class="wp-block-paragraph">1.La Terre en sandwich</p>



<p class="wp-block-paragraph">2.La banane scotchée</p>



<p class="wp-block-paragraph">3.Le mariage de mère et fils</p>



<p class="wp-block-paragraph">4.L’exploit des footballeurs</p>



<p class="wp-block-paragraph">5.Le sculpteur chauve</p>



<p class="wp-block-paragraph">6.Le défi de la chaise</p>



<p class="wp-block-paragraph">7.L’androïde gonflable</p>



<p class="wp-block-paragraph">8.Le racisme entomologique</p>



<p class="wp-block-paragraph">9.La terre vide</p>



<p class="wp-block-paragraph">10.La densité de l’eau</p>



<p class="wp-block-paragraph">11.La résine de cannabis</p>



<p class="wp-block-paragraph">12.Le mangeur de terre</p>



<p class="wp-block-paragraph">13.L’homosexuel Jésus Christ</p>
</div></div>
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<div class="wp-block-advgb-column advgb-column" id="advgb-col-12f6afb6-0a9e-4492-afcf-55d4d64cbccb"><div class="advgb-column-inner" style="border-style:none;border-width:1px">
<p class="wp-block-paragraph">14.La peinture aux œufs</p>



<p class="wp-block-paragraph">15.La loterie fautive</p>



<p class="wp-block-paragraph">16.L’accident à la Nutella<sup>©</sup></p>



<p class="wp-block-paragraph">17.La cité des lutins</p>



<p class="wp-block-paragraph">18.Le biscuit à l’élastique</p>



<p class="wp-block-paragraph">19.Le cerisier de la discorde</p>



<p class="wp-block-paragraph">20.La sologame</p>



<p class="wp-block-paragraph">21.Le réfugié terroriste</p>



<p class="wp-block-paragraph">22.La banquise assassine</p>



<p class="wp-block-paragraph">23.La femme-lynx</p>



<p class="wp-block-paragraph">24.Le père sorti des ruines</p>



<p class="wp-block-paragraph">25.Les super chimpanzés</p>



<p class="wp-block-paragraph">26.La femme qui pend</p>



<p class="wp-block-paragraph">27.L’art scatologique</p>
</div></div>
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<p class="wp-block-paragraph">Pour les choix, il suffit d’indiquer les numéro respectifs de 1 à 25 suivis de la lettre f(aux) ou v(rai), par exemple 26f ou 26v.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">1</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux hommes, l’un dans hémisphère boréale et l’autre dans celle australe, ont chacun posé en même temps une tranche de pain de mie aux exacts antipodes de la planète, prenant ainsi la Terre en sandwich. L’un a réalisé un tableau avec 20 tranches de pain toast et a posé l’une d’elles au sol, tandis qu’au même instant l’autre a déposé neuf par terre pour couvrir la marge d’erreur de 30 cm. 12724 km séparaient alors les deux tranches, et deux photos de l’exploit ont été prises pour être postées sur Internet.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">2</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’œuvre «Comedian» d’un fameux artiste conceptuel, une vraie banane scotchée à un vrai mur et achetée avec son vrai certificat d’authenticité par un amateur pour 119’000 francs, a été mangée devant une foule de curieux par un autre créateur qui y voit une «performance artistique» intitulée «Artiste qui a faim». L’œuvre a été créée en trois exemplaires qui – tous – portent le même nom. Le deuxième a été vendu au même tarif que le premier, alors que le troisième est proposé à la vente pour 150’000 dollars.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">3</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un homme de 32 ans a quitté son épouse lorsqu’il a rencontré sa propre mère, qui l’avait donné pour adoption à sa naissance. Il est en couple depuis deux ans avec sa mère biologique, 51 ans. Les deux affirment que leur vie sexuelle est incroyable, veulent se marier et avoir un enfant, assurant qu’il ne s’agit pas d’un inceste. Le premier rapport sexuel ayant été tellement fort, ils ne se sont plus quittés depuis. La mère: <em>«Nous sommes fait l’un pour l’autre. Quand on est amoureux comme ça, on pourrait tout abandonner.»</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">4</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’y a plus de limite pour les challenges. Deux footballeurs ont tiré aux buts pendant 89 heures, 16 minutes et 52 secondes en alternance et sans interruption aucune. Un arbitre ad hoc a été présent. L’épreuve a pris fin lorsque l’un des compétiteurs s’est évanoui, certainement épuisé. Un examen est toutefois en cours afin de vérifier si l’homme n’était pas déjà atteint d’une affection rénale. Malheureusement pour les deux jeunes, leur record n’a pu être retenu car la balle n’avait pas été homologuée par leur club.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">5</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mains liés au dos, un artiste chauve, féru d’histoire, s’est fait bander les yeux et a fait poser une masse d’argile de 9 tonnes sur la place de la ville. Ensuite, par des coups de tête, il a créé dedans le buste d’un consul romain dont le nom figurait sur son t-shirt. Le résultat a pourtant créé la polémique car les fans présents à l’occasion ont plutôt reconnu le ministre des sports. Le parquet ouvrira une enquête pour voir s’il ne s’agit pas d’un acte politique du groupe dissident «Droit devant». En attendant, le sculpteur a été conduit à l’hôpital pour obturation de ses voies respiratoires.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">6</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des vidéos montrant hommes et femmes essayant de soulever une chaise la tête appuyée contre un mur déferlent sur le net. Il s’agit du «défi de la chaise», devenu viral pour une bonne raison: seules les femmes y parviennent! Le jeu consiste à se tenir d’un mur à une distance égale à deux fois la taille de son pied, poser sa tête contre le mur, abaisser son dos pour former un angle droit, prendre une chaise à deux mains, plaquer l’assise contre le torse et se relever. La plupart du temps, les hommes restent bloqués.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">7</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une information de nos confrères du soir révèle qu’une femme bisexuelle et une femme-homme gonflable fluide se sont unies par les liens du mariage. Peu après, la femme a pourtant divorcé de son épouse en latex, suspectant que celle-ci sortait avec un des hommes gonflables du voisin. Mais tout cela fut de courte durée puisqu’elle l’a aussitôt pardonnée et s’est remariée avec le même homme-femme gonflable. Aux dernières nouvelles, elle a déclaré vouloir être fécondée par un don de sperme de ce même voisin.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">8</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cas rare d’une entomologiste accusée de racisme a été révélé mardi. La comportementaliste venait d’intégrer le projet «Nova Causa», lorsque ses procédés ont éveillé les soupçons d’un adjoint qui a insisté pour que des moyens vidéo soient installés dans le local des tests. Les images ont montré que la scientifique usait de bocaux différents pour étudier les insectes d’après leur couleur. La scientifique a été licenciée sans préavis et la fondation a porté plainte pour discrimination raciale. Le procès s’ouvrira en avril.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">9</p>



<p class="wp-block-paragraph">En route pour le sommet d’un volcan réputé capricieux, deux alpinistes ont retrouvé par hasard un spéléologue vivant – même que dans un état critique – disparu depuis 112 jours. Mais le plus extraordinaire est qu’il a affirmé avoir la preuve de la Terre vide ! Arrivé en haut et regardant au fond du cratère, il aurait vu une lumière éclatante et un fourmillement impossible à discerner. Choqué, son appareil photo lui aurait glissé des mains, perdant ainsi toutes ses photos. Les grimpeurs l’ont ramené à l’hôpital.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">10</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour intéresser les gens aux sciences, parfois un brin abstraites, un physicien, conscient du problème, a trouvé le moyen absolu pour attirer l’attention:&nbsp;il met sa vie en danger en expliquant des théories. Pour montrer que l’eau est plus dense que l’air, il se met dans une piscine vêtu d’un simple short de bain, devant un fusil chargé. Lorsqu’il tire une corde qui fait bouger la détente, la balle part à 3600 km/h vers lui, pour aussitôt couler au fond de l’eau, dont la densité est environ 800 fois plus élevée que celle de l’air.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">11</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une mère de famille de 28 ans a été interpellée lundi soir pour avoir envoyé à plusieurs reprises sa fille de 7 ans lui acheter de la résine de cannabis. Les policiers ont aperçu l’enfant dans le hall d’un immeuble, au milieu des acheteurs de drogue. La mère et la grand-mère de la fillette, 55 ans, attendaient près du hall dans la voiture. Au volant, la grand-mère conduisait sans permis. <em>«La fillette était régulièrement envoyée pour acheter du cannabis»</em> déclare le vendeur de drogue, qui a été interpellé par la même occasion.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">12</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un constat stupéfiant a secoué le monde médical et au-delà, surtout les nutritionnistes, les ethnologues et les militaires. Une équipe documentaire vient de découvrir un paysan de 80 ans qui depuis son plus jeune âge se nourrit uniquement de la terre de son village. Le vieil homme parle non sans effort dans son idiome local et n’a pas souvenir d’une autre nourriture. Il est en pleine forme et sa dentition est parfaite. Analysés, les échantillons de sol ont révèle une teneur élevée de composants essentiels à la vie.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">13</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des groupes religieux et des milieux conservateurs ont lancé un appel au boycott du service de streaming qui a inclus dans sa plateforme un programme humoristique de Noël où Jésus est présenté comme homosexuel. Mercredi, en fin de journée, près de 800’000 personnes avaient déjà signé une pétition en ligne.&nbsp; «La Première Tentation du Christ», une vidéo de 46 minutes, a été diffusée par cette chaîne le 3 décembre dernier et déclenché un tollé notamment chez les évangéliques et certains catholiques.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">14</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’art prend de nombreuses formes, et rien ou presque n’est interdit. Ce qui a amené cette artiste conceptuelle à peindre des toiles à l’aide d’œufs expulsés avec son vagin. Sans doute en l’honneur des fêtes pascales. Le mois passé, elle a innové en peignant une toile à l’aide d’œufs remplis de colorant et placés au préalable dans son vagin. Une toile que cette artiste a intitulé «Naissance d’une peinture», elle qui s’était déjà promenée toute nue dans les rues, pour les besoins d’une autre de ses créations.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">15</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une jeune femme, gagnante a la loterie à l’âge de 17 ans pourrait porter plainte contre l’organisateur pour négligence. <em>«Ma vie serait plus simple si je n’avais pas gagné»</em>, a-t-elle expliqué. <em>«Les gens me regardent et se disent </em>“J’aimerais avoir son argent”, <em>mais ne se rendent pas compte du stress que ça représente. J’ai plein de choses, mais ma vie est vide. Quel est le but de tout ça?»</em> Selon son porte-parole, elle a reçu un soutien important lors de visites de conseillers à son domicile et de réunions avec un banquier.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">16</p>



<p class="wp-block-paragraph">La dépendance peut mener loin. Mais dans ce cas, pas le tabac, les drogues, l’alcool ou les médicaments. Embarquée sur cette voie, une avocate férue de Nutella<sup>© </sup>en a fait l’amère expérience, sans retour. N’arrivant pas à calmer son avidité, elle a utilisé l’héritage reçu de sa mère pour remplir sa piscine avec la fameuse pâte à tartiner. Rentrée dans le bassin pour se servir à l’excès, elle a apparemment été frappée par un malaise soudain et inconnu. Son corps a été retrouvé le lendemain dans la masse visqueuse.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">17</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au gré des saisons, les vestiges d’un étrange “établissement végétal” ont refait surface des marais tropicaux. Sur une étendue d’environ un hectare a émergé un incroyable “village” avec des rues, des places, des îlots et des points de repère, le tout à petite échelle et sur une grille orthogonale que l’on pourrait appeler urbaine si l’ensemble n’était composé uniquement de plantes et parfait état. La cité des lutins verts ? Les avis les plus divers ont été lancés et une expédition internationale est prévue cet hiver.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">18</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus de 600’000 personnes dans le monde entier tentent des défis totalement fous pour gagner une place dans le livre des records. Un homme en a voulu relever un hors normes: tremper un biscuit en sautant à l’élastique. Toute la scène a été filmée. C’est à 73.41 mètres de hauteur que l’homme a sauté dans le vide avec son biscuit au chocolat au-dessus d’un lac et il l’a trempé très délicatement dans une tasse de café au lait. L’homme a battu l’ancien record du monde qui s’élevait à 60.55 mètres de haut.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">19</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cadre est une petite ville du nord-est. Les protagonistes sont voisins. L’un est pompier, l’autre prof de maths. Depuis 22 ans ils se disputent un cerisier situé sur la limite entre leurs propriétés. Le cas arrive enfin devant un juge et le prof l’emporte: le tronc est 0.038 mm plus de son côté. En vain: débouté, six mois durant l’autre creuse un long tunnel depuis le hydrant public jusqu’aux toilettes du voisin, y enfile sa lance de service et envoie l’eau à 7 bar. Les deux sont à présent devant le juge pour une autre raison.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">20</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une femme avait dit que si elle ne trouvait pas son prince à 40&nbsp;ans elle se marierait toute seule. Elle vient donc de s’épouser à elle même. L’idée de cet auto-mariage lui est venue il y a deux ans, après avoir mis fin à une relation de douze ans. Son credo: le bonheur n’est pas que dans le couple. Elle a donc promis <em>«de m’aimer toute ma vie et d’accueillir les enfants que la nature voudra bien me donner»</em>. Ce type d’union n’a aucune valeur légale, mais la sologamie est une tendance en plein essor, lancée déjà en 1993.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">21</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un étudiant a été évacué d’un avion parce qu’un autre passager l’avait entendu parler arabe. L’incident remonte au 6 avril. Le jeune homme réclame aujourd’hui des excuses. Réfugié politique, il a déclaré qu’il avait téléphoné à son grand-père peu après s’être installé à sa place à bord de l’appareil. Une femme qui l’observait a alerté le personnel de bord et l’étudiant a été sommé de quitter l’appareil. <em>«C’est la teneur de la conversation du passager, et non la langue utilisée, qui a éveillé nos soupçons»</em>, a précisé la compagnie.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">22</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour sa dernière demeure, une militante du climat de 37 ans a choisi une banquise arctique de 2500 m<sup>2</sup>. En tous les cas, c’est la surface connue lorsqu’elle s’y est installé au printemps. Deux cent jours plus tard, un baleinier de retour vers son port a frôlé une plaque de glace d’environ 100 m<sup>2</sup> à la dérive, portant la dépouille gelée de la jeune femme dans une curieuse posture: nue, assise, le poing levé. À ses côtés, sur un écriteau, les données essentielles –&nbsp; nom, nationalité, date – et un message: <em>«Adieu, ma chère planète !»</em>.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">23</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les filles et les garçons dépensant des fortunes pour ressembler aux fameuses poupées Barbie et Ken, on connaît. Mais parfois cela peut aller beaucoup plus loin. Selon certaines sources, cette très jolie mondaine aurait dépensé sa vie durant pas moins de 4 millions de dollars pour acquérir fermement le «&nbsp;look&nbsp;» d’un lynx. Aujourd’hui, à 80 ans, le résultat des innombrables interventions chirurgicales subies est visiblement un désastre. Milliardaire divorcée, depuis peu elle est ruinée et survit à l’aide sociale.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">24</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le bonheur rejoint l’horreur ! Deux mois après le tremblement de terre, un homme est sorti seul des débris de sa cave effondrée. Pris par le délire mais rapidement soigné par les secouristes, ses&nbsp; souvenirs sont confus. Il a bu l’eau de pluie s’écoulant des gravats. Au début il n’a pas mangé une semaine puis il a chassé les cafards et les rats, qu’il a rôtis au feu de bois. Les derniers jours, sans rats ni cafards, il s’est attaqué à lui-même, mais comme cela faisait atrocement mal, il a fini par se nourrir de sa petite fille de 3 ans.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">25</p>



<p class="wp-block-paragraph">Seize chimpanzés se sont échappés d’un laboratoire d’essais sur l’intelligence artificielle durant la nuit de samedi à dimanche et ont investi le centre de contrôle de l’institut. Durant l’incident, un gardien a été blessé mais ses jours ne sont pas en danger. Les singes, visiblement dotés d’une étonnante sagacité, ont transféré sur des supports informatiques un grand nombre de données qu’ils ont ensuite remis à des acolytes en dehors du campus. La police tente de trouver d’éventuels complices parmi les employés.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">26</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une femme de 36 ans est accusée d’avoir pendu ses enfants âgés de 4 et 8 ans dans la cave de sa maison. Elle est inculpée pour infanticide, même si elle insiste qu’ils se sont suicidés. La police a retrouvé l’aîné et sa petite soeur pendus à une poutre avec une longue laisse pour chien, deux chaises renversées à proximité. La mère affirme que son fils <em>«subissait des brimades à l’école et qu’il voulait mourir»</em>. Mais son témoignage a vite suscité des questions car les enfants de 8 ans ne se suicident généralement pas.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">27</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette importante exposition d’art contemporain a ouvert ses portes hier. L’œuvre la plus étudiée est composée de 300 caisses de bois remplies à la main d’excréments humains. Elle a la taille d’une piscine de 25 mètres et a été réalisée à partir de ce qu’ont produit en un jour les 400’000 habitants de la ville. Même traitée avec du ciment et des pigments, «La charge de la ville» dégage une forte puanteur et fait le buzz au-delà du projet artistique. Le concepteur s’estime très heureux de la discussion ainsi créée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[11 février 2023]</p>
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		<title>Zeu américains filmes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 18 Mar 2023 06:21:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Lui (puisque dans la grande majorité des cas il s’agit d’un mâle) est dans le bel âge. Entre 45 et 55 ans. Assez pour avoir à son actif une bonne expérience, voire une certaine notoriété, pour ne pas dire une célébrité certaine. […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Lui (puisque dans la grande majorité des cas il s’agit d’un mâle) est dans le bel âge. Entre 45 et 55 ans. Assez pour avoir à son actif une bonne expérience, voire une certaine notoriété, pour ne pas dire une célébrité certaine. Pas trop, pour abattre encore le 100m en 11”, ronger un câble en polypropylène avec ses dents et ne pas être plombé par le rhumatisme. Il est enfant unique et n’a pas de passé, si ce n’est celui d’un anti-système tenace. Souvent il est bel homme, souvent selon l’optique de la production. Souvent il est fauché, même que souvent soit il a été riche, soit il a eu l’occasion de l’être, auquel cas il a rejeté cette option car soit elle mettait à l’épreuve sa verticalité morale, soit cela le rangeait du côté des méchants. Car lui, c’est un bon. Un dur, mais un bon. Et un bon a ses faiblesses. Dans son cas, ce sont souvent la patrie, son ami et collègue, et sa famille. De famille, en fait il n’en a plus vraiment, puisque sa belle femme soit est morte de chagrin, soit à divorcé de lassitude, alors que sa fille – puisque souvent il s’agit d’une fille unique, elle est soit à l’école primaire, soit dans la fleur de l’âge – soit ne le connaît presque pas, soit ne le reconnaît plus. Dès lors, il vit tout seul, souvent totalement reclus, souvent au fond d’une forêt, mal rasé, à fendre d’un seul coup des bûches. En tout cas, loin du monde qui l’a rejeté. Et Dieu! rejeté il fut, soit suite à une bavure qui a entraîné la mort de son ami et collègue, soit suite à un choix peu orthodoxe qui a poussé à bout ses supérieurs. Cette retraite n’a pourtant pas suffi pour lui faire perdre ses aptitudes dans les domaines qui l’ont rendu irremplaçable. Car il est le seul dépositaire d’un bagage qu’un seul homme ne possède plus de nos jours. Il est seul a pouvoir résoudre une équation insolvable où se joue souvent l’avenir de l’humanité. Alors à quitte ou double, en pesant le pour et le contre et à contre cœur, les cols blancs de sa hiérarchie, souvent pourris et souvent par chantage, sont réduits à l’extraire mordicus de son repaire en utilisant comme souvent ses facultés au service d’une dernière mission de vie ou de mort, qu’il est resté seul à pouvoir mener à bien, souvent seul, dans un choc inégal face à une adversité écrasante. Il est ex service secret, pilote, truand, espion, juge, physicien, escroc, policier, militaire. Lui, c’est l’héros principal positif, celui qui devra et va vaincre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En face donc se trouve ni plus ni moins la synthèse du mal absolu, l’héros principal négatif qui devra et va être brisé. Le plus souvent il se présente sous la forme d’un individu – un richissime exalté, un savant allumé, un anarchiste cinglé, un enragé sadique. (Cela dit, ce personnage peut être un mâle tout comme peut être, plus rarement toutefois, une femelle. Belle.) Leur point commun premier est qu’ils agissent toujours tout seuls, alors qu’ils sont entourés d’une armada de fantômes vivants, ternes et sans noms qu’on dirait hypnotisés, ensorcelés ou lobotomisés, tellement ils lui obéissent au doigt et à l’œil. Leur deuxième point commun est que leur dessein est et monstrueux et planétaire. Pourtant ce mal absolu peut souvent prendre aussi la forme d’une organisation, souvent occulte et illégale, ou bien d’une société monopolistique ayant acquis sa domination par la voie de la corruption et de la terreur, voire même sous la forme d’un État appelé voyou. Leur dessein destructeur commun à tous est l’omnipotence globale et leur unique point commun est la possession des moyens ultimes, qu’ils soient nucléaire, chimique, bactériologique, informatique, climatique, sur terre, sous terre, sur mer, sous les mers, dans l’air ou dans l’espace. Ils sont là depuis quelque temps déjà, n’ont fait que se renforcer, et chaque tentative de les détruire – officielle ou officieuse, ouverte ou discrète, à petites doses ou à grande échelle – a échoué, au point qu’est venu le moment où le pic de l’horreur se dresse inéluctablement, et avec lui vient l’impitoyable compte à rebours. Leur euphorie égale le désarrois des militaires et des officiels du gouvernement jusqu’à cet instant là où un stagiaire, un commissionnaire, un sous-fifre, un temporaire, qui par des légendes urbaines diverses a eu vent de certains exploits, glisse au premier officiel rencontré le nom de l’héros principal positif.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les années ayant passé, celui-ci est un peu déboussolé entre les prouesses technologiques et les niou iMœurs. Stoïque, il encaisse les railleries de ses ex-pairs et les moqueries des jeunes. Il revient de loin mais tente d’abord de rejoindre son ex- femme (si elle est en vie), puis sa fille, mais c’est la fin de non recevoir. Deux fois. Il subit à nouveau, mais se tourne résolument vers sa mission qu’il commence à préparer à sa façon sous la perplexité de l’entourage. Ses moyens et méthodes viennent d’une autre époque, et plus le temps s’écoule, plus ses commanditaires s’interrogent et haussent les épaules, tant ils n’ont pas une solution de rechange. Pourtant ce que nul ne sait ou ne se souvient pas, c’est ce qui se trouve au delà du regard neutre de l’homme: une force de caractère, une hargne, une maîtrise, un savoir-faire et un vécu sans pareil. C’est appuyé sur ces attributs que le jour J il se lance dans sa mission. Il sait par cœur que chaque accomplissement exige des sacrifices inévitables et il est bien préparé pour faire partie du lot. En son for intérieur il est prêt à suivre les instructions de ses supérieurs jusqu’au point où il sait trop bien qu’en fonction de ce que son jugement lui dictera, il ne les suivra plus. C’est lui seul qui trace ses limites, et il sait d’emblée que celles-ci changent suivant les circonstances, que rien n’est tabou. Sauf sa famille. Et aussi la vie des innocents. Même que… Enfin… La mission lancée, l’épreuve s’annonce titanesque. C’est David seul contre Goliath puissance cent. Mais ce serait sans compter sur son arsenal d’endurance, de ruse, de ténacité, de vision, de savoir, de réactions, de sagacité, aussi que sur son réseau. Réseau vaste, bigarré et surprenant: un jockey ci, une pharmacienne là, un cireur, un conducteur de bus, une patineuse, un paléontologue, une chanteuse de cabaret, un portier. À des moments nommés, chacun et chacune et d’autres encore feront la différence face aux vagues de pions décérébrés qui s’envoleront comme des mouches, alors que l’héros principal positif creusera l’écart tout en se frayant un chemin de plus en plus étroit vers son but. Pourtant l’infâme mollusque a huit bras.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et ils sont longs. Si d’une part il vient d’en perdre trois, puis quatre, d’autre part à présent le moment tant redouté est arrivé où il lui en reste au moins un, voire deux, pour enlacer à la gorge la famille de l’héros principal positif. À partir de là, sa mission s’emballe. Lui, il se rend compte que tout n’est pas si propre dans le gouvernement et par quelques accointances qui, bon gré mal gré, lui sont restées fidèles, il nettoie sa hiérarchie des pourris qui sapaient son action et, par là, il découple ses forces et se rue directement vers le mollusque quadripode qui menace sa fille et son ex-femme. Les voilà face à face. Cela se passe souvent soit dans le donjon d’un château médiéval scandinave, soit au fond d’une mine, soit au bord d’un méga yacht, soit dans un bunker, soit sur les échafaudages d’une usine désaffectée. Peu importe en fait, puisque dans tous les cas de figure – château, mine, yacht, bunker, usine – à la fin tout explose, avant que l’héros principal positif, crade, écorché et moitié nu ne retrouve sa fille indemne, béate de fierté et de gratitude, ainsi que son ex-femme encore sous le choc mais qui est prête à tout lui pardonner au nom d’une seconde chance ensemble. Comment ceci aura-t-il été possible ?! Souvent c’est parce que l’héros principal négatif est à un tel point imbu de lui-même et de sa suprématie qu’il ne peut s’empêcher de la lui exposer dans des comptes rendus à endormir debout par l’ampleur. Souvent c’est parce que l’héros principal positif aura eu l’intelligence de placer au préalable et savamment des charges dissuasives à des points clé. Souvent c’est aussi parce que celui-ci feint l’imbécile et que l’autre l’est tellement qu’il se prend au jeu. Dans un cas comme dans l’autre, par là sa tâche vient fortement allégée et lance le final qui peut se dérouler comme nous l’avons vu. À retenir donc de l’histoire la force inébranlable de l’homme atypique dans sa lutte perdue d’avance par les vecteurs du Mal.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">À mesure que les clichés primaires se soient mus en stéréotypes ineptes puis en doctrines hypocrites, soigneusement structurées, zeu américains filmes ont tant tripoté ceux qui les consomment, au point de les transformer en de vrais fantômes vivants, ternes et sans nom. Des pions décérébrés, avec moi-même en premier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[23 octobre 2022]</p>
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		<title>L’origine des choses</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 04 Feb 2023 07:10:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les découvertes sont quelque chose d’extraordinaire, parce que de par leur définition même, elles ne peuvent se produire qu’une seule, première et dernière fois (autrement elles ne pourraient plus être considérées comme tel, alors que les redécouvertes…[…]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Les découvertes sont quelque chose d’extraordinaire, parce que de par leur définition même, elles ne peuvent se produire qu’une seule, première et dernière fois (autrement elles ne pourraient plus être considérées comme tel, alors que les redécouvertes… à peine si elles sont de vulgaires plats réchauffés), mais aussi parce qu’elles ont la caractéristique d’un seul avant et d’un seul après. L’histoire de leur venue est tout aussi extraordinaire. Découvrons alors comment cela s’est passé pour quatre banales composantes de nos vies de tous les jours qui aujourd’hui y participent plus ou moins anonymement. Attention: il ne s’agit ici ni d’inventions ni d’innovations, qui sont le résultat du travail de l’esprit, mais bien – il faut le souligner – de pures découvertes fortuites d’éléments gracieusement offerts par Mère Nature puis saisis par l’adresse et la perspicacité de l’homme, qui les a aussitôt mis à son service.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’œuf à la coque</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’aube du IV<sup>e</sup> siècle (av. J.-C.), ce plaisir subtil du palais fut l’œuvre Owkendu, l’un des 28 habitants de l’atoll Atafu, aux îles Tokelau, dans le Pacifique Sud. La tâche de ce géant autochtone de 1.48 m (vu la moyenne locale de 1.22 m) était d’inspecter jour après jour les nids des albatros, dispersés le long des plages, et de cueillir des œufs. Discipliné et diligent, Owkendu s’en acquittait irréprochablement. Les œufs ainsi récoltés étaient disposés avec soin dans une bourse en peau de dauphin qu’il portait au cou. Ensuite, il se rendait au village et les remettait solennellement au kiagzu, le cuisinier-chef en quelque sorte, qui les cassait dans un superbe bol en émail (c’était la coquille gigantesque d’une huitre dorée – <em>Lecoparcellus Dernecopta</em>), les mélangeait attentivement et versait aux familles le liquide jaunâtre dans des coques de noix de coco. Hommes, femmes et enfants le buvaient cru à cœur joie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis, un beau matin, alors qu’il quittait la plage avec sa récolte, un dénivelé du sable déstabilisa fâcheusement Owkendu. Pour ne pas trébucher, tomber et casser les œufs, il dut tordre son corps en quête d’un bref équilibre salutaire. Qu’il trouva: il était jeune et souple. Malheureusement, ce fut au détriment de sa cargaison: ravi de l’avoir sauvée, il ne se soucia point de vérifier le contenu de la bourse et poursuivi allègrement son chemin. Le lendemain, en retournant sur ses pas pour la tournée habituelle, quelle ne fut sa surprise lorsqu’il aperçut droit devant, intact, l’œuf qui était tombé lors de la séance acrobatique de la veille ?! Enfin, plus ou moins intact: le bout pointu, tourné vers le ciel, était cassé. Mais l’œuf, entier, était sagement logé dans une confortable pochette de sable. Ému, Owkendu le ramassa délicatement, mit le service du matin entre parenthèses, retourna sitôt au village et le tendit au kiagzu. Qui, lui, le posa sur une feuille de palmier, se dépêcha de l’examiner attentivement, le peser, le tourner, légèrement le secouer puis, même, le retourner ! Même qu’accidenté à sa tête, l’œuf avait le bon poids. Il était donc plein, mais point de couler ! Les deux hommes se regardèrent sans comprendre. C’est là que le cuisinier-chef, plus âgé, prit le taureau par les cornes et se mit à écarter lentement les quelques éclats de la coque. Sur quoi, ses yeux s’ouvrirent comme lors de la naissance de ses jumeaux. Ce qu’il voyait était magique. Plus ferme, le jaune était encore jaune, alors qu’autour, l’habituel bain limpide n’y était plus. À la place, un matelas blanc ferme comme le noyau jaune. Un peu. Pas trop.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les deux se regardèrent à nouveau, perplexes. Le cuisinier-chef prit alors son courage à deux mains, trempa hésitant l’index et le majeur dans la coque, en sortit une masse jaune-blanche qui y tenait à peine, fourra les deux doigts dans la bouche et… se figea,&nbsp; fermant lentement les yeux. Seulement sa mâchoire bougeait à peine, alors que les traits de son visage se détendaient. Owkendu flairait l’extase. Quoi qu’il en soit, la mâchoire arrêtée et l’extase passé, le kiagzu ouvrit les paupières, attrapa des deux mains l’œuf en avalant avide tout son contenu à larges gorgées. La suite se devine. Le géant reprit sa tâche, modifiée, en creusant de petits trous sur la plage pour en y disposer méthodiquement les œufs récoltés, tout en les recouvrant de sable afin de les cacher et les protéger ainsi de leurs géniteurs, mais des pillards aussi. Il faut dire qu’en ce temps-là de l’année, un jour entier sous le soleil de l’Équateur la température de l’air atteint sans problème 45°C, et celle du sable 55°, si ce n’est 60. Mère Nature avait ainsi offert à l’homme l’idée de l’œuf logiquement mou, moyennement cuit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’habitude de l’œuf à la coque d’albatros (ou de l’œuf d’albatros à la coque) devint vite la fierté du hameau, ensuite de l’archipel, pour s’établir au cours des temps comme une tradition propre à tout le Pacifique Sud. À l’époque de Socrate, Démocrite, Aristote et Alexandre le Grand, sur un atoll perdu au milieu de l’océan, à des milliers de lieues du “monde classique”, un indigène primitif découvrit donc un plat des plus exquis et simples à mijoter. Deux mille ans ont dû passer pour qu’un galion de la marine anglaise s’aventure dans ces eaux-là. Une fois l’équipage à terre, un garçon apprenti canonnier appelé Audley Jensen-Mol put distinguer des autochtones tenant entre leurs jambes de grands œufs un brin sales, blanchâtres. Ils puisaient dedans avec délice au moyen de cuillères en bois. Tout intrigué, il courut annoncer la nouvelle au premier canonnier, qui l’annonça au navigateur, qui l’apporta au capitaine. Ce fut le signal de départ pour l’expansion planétaire de l’œuf – de poule, de canard, d’oie, de pintade – à la coque.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si cette histoire a pu être racontée, c’est grâce au choix de cet Audley de prendre domicile sur l’atoll, prendre le nouveau nom de Nuniingvyu, prendre comme épouse Yingnazane et apprendre l’idiome local, ensuite à son assiduité de trouver l’origine de cette découverte. Tâche difficile dans un trou sans langue écrite, mais largement allégée par une mémoire orale collective prodigieuse. Son manuscrit, au départ confié en échange de gîte et nourriture à un baroudeur surnommé Le Pétard, échoué dans ce coin on ne sait pas quand et comment, passa ensuite de main en main pour être finalement récupéré par les Archives Nationales, où il a été possible de l’étudier pour dresser l’histoire de l’œuf à la coque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La scie</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le siècle est IV (av. J.-C.). Aussi. Environ. L’endroit est plus au sud, soit dans la mer de Tasman, à distance plus ou mois égale de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et de la Nouvelle-Calédonie. C’est l’île Norfolk. Le découvreur est Wanakatchoubwe, encore un autochtone sauf qu’il est plongeur lui, plus âgé d’une fratrie de quatre. Son occupation est de pourvoir en nourriture marine sa famille – mère, un jeune frère et deux petites sœurs. Il a quinze ans, notre plongeur. Il a repris le métier de son père, happé il n’y a pas si longtemps par l’océan. C’est un jour des plus ordinaires. Avant de s’y lancer depuis un rocher qui s’avance dans les eaux, il se munit comme à son habitude de la dague en épine de requin et du filet en réseau d’algues translucides. L’eau est claire et la pêche bonne: il y fourre des poulpes, des crabes et des huitres. Il y en a bien assez pour toute la famille et même pour ses voisins. Wanakatchoubwe décide de prendre l’air. Mais, tout à coup, c’est la nuit qui vient d’un coup: une vaste obscurité s’installe par dessus sa tête. Il ne comprend rien. Trop peur pour remonter et vérifier, alors il reste immobile. L’ombre aussi. Mais bientôt l’air vient à manquer. Il essaie follement d’échapper au noir, mais le noir bouge avec lui. C’est l’effroi. Au point de couler, l’ombre s’éclipse soudain comme par magie et l’eau s’illumine. Avec ses dernières forces il s’écroule dans le sable, exsangue, le filet à côté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’affaire fait vite le tour du bled. Le lendemain, ils étaient trois à redescendre avec Wanakatchoubwe, et plus costauds que lui, armés à qui mieux mieux. Par chance, si on peut dire, l’ombre se pointa à nouveau dessus. Un instant d’effroi et ils s’élancèrent tous avec force et vitesse, qui avec ses pieux en roseau, qui avec son harpon en bambou, qui avec son poignard en silex et pour finir le garçon avec sa dague en épine de requin. C’est une marée de sang qui les couvrit aussitôt, dans un tapage qu’on aurait dit la saison des typhons. Ils eurent le plus grand mal à sortir de l’eau ce monstre qui, une fois traîné sur la plage, occupait la surface d’une hutte entière et pesait autant que la moitié des habitants du village. Des siècles après, un suédois lui donna un nom: <em>Pristis Pristis</em>. C’était un spécimen majeur de poisson-scie commun de la famille des raies de mer. Ainsi débute l’histoire de la scie égoïne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Disons d’emblée que l’énorme éperon de la créature dépassait Wanakatchoubwe étendu sur la plage. Il n’en fallut pas trop pour que le village entier dépèce et mange l’animal. Sa viande était bonne. Mais surtout, son trophée fut vite séparé du corps et mis à lourde contribution. Adieu les radeaux chaotiques composés de vieux troncs d’arbres pourris abattus par les vents, les paillotes recouvertes de roseaux de toutes les longueurs, les lances sans fin en bambou qu’à peine homme pouvait tenir. Bonjour les clôtures parfaitement alignées, les bûches à jeter dans le feu, les radeaux parfaitement proportionnés. Le rostre du poisson fit donc tout ce travail à merveille. Mais à force d’accomplir sans relâche les tâches les plus variées, il perdit ses crocs, au point qu’à la longue, complètement édenté, il devint bon à rien, sauf pour séparer la chair. Et par le plus grand des malheurs, aucun autre spécimen, vieux ou jeune, ne se présenta depuis dans la zone. Que faire ?!…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Poussée par la détresse, jaillit de la tête d’Wanakatchoubwe – à présent jeune homme dans sa plénitude – l’idée qui allait lancer des occupations aussi diverses que la construction, la menuiserie, l’ébénisterie, la serrurerie, entre moult autres. Il prit l’éperon usé et, muni de sa dague affilée tel un rasoir, se mit à trancher dans la pointe vieillie du poisson, en ayant l’original comme modèle. Des coupes à intervalles réguliers, comme des dents en forme de notre lettre V, rapprochées, d’égales largeur et profondeur. Il en fit une cinquantaine sur chaque bord, opposées, une centaine au total. Lorsqu’il se présenta avec l’objet devant les vieux du village, ce fut d’abord la consternation, suivie du doute, et pour finir ce fut l’euphorie. Le reste est désormais connu. L’outil se répandit tout le long de la côte du Pacifique, puis il fut importé au Vieux (puis au Nouveau) Monde et, de là, il gagna la Terre entière.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Taillée dans sa roche préférée, une effigie quelque peu naïve montrant le découvreur et un poisson-scie avec l’inscription en créole “Wanakatchoubwe POISSON SCIE ICI” put être vue très longtemps près de Point Hunter, sur la côte sud de l’île. C’était sans doute la révérence de ses contemporains – à l’homme tout comme à l’animal. Hélas, d’avoir été tant maltraitée par les vents, les vagues et les touristes, dernièrement on peut à peine la deviner. Sa légende en revanche, restée toujours vivante, a réussi à triompher des vents, des vagues et des touristes. Et du temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le toast</p>



<p class="wp-block-paragraph">La révélation de ce qui est devenu une authentique institution est un fait beaucoup plus récent. Longtemps objet de culte, aimé, adulé, vénéré, adoré, sujet de rituels initiatiques, offert comme trophée, le simple pain de blé bénéficie – avec le vin – d’un statut particulier dans l’existence de l’homme. L’événement eut lieu le 15 octobre de l’année 1066, au lendemain matin du combat qui se déroula près de la ville de Hastings, sur le littoral méridional de l’Angleterre. L’épisode était quelconque. L’alizé agitait les fleurs, les buissons et les feuilles des arbres. Les soldats de Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, prenaient du bon temps après avoir écrasé les Saxons et abattu leur roi. De grosses poches de vin bon marché circulaient, se vidant à grande vitesse, moitié sur les cottes de mailles. Loin des chevaux, des blessés, des estropiés et des mourants, l’euphorie, la faim et la soif se partageaient l’ambiance auprès de lits de braise d’où – sur des boucliers en fer, sacrifiés – des sangliers et des chevreuils charcutés levaient une odeur à faire tomber tout guerrier. Le pain, on l’a vu – précieux, était rare, ainsi était-il réservé à quelques nobles commandants. Et justement, il s’avère qu’à ce moment-là, Eustache II, comte de Boulogne, accompagné par son troupier chargé comme une mule, inspectait les Normands au repos. Les plus diverses denrées, aussi bien que des affaires courantes du comte, débordaient de cette large hotte que l’homme portait au dos. Du coup, les soldats se tournèrent vers leur chef. Au signal, il le saluèrent droits sur les&nbsp; jambes. Aucun ne remarqua donc le morceau de pain tombé de la besace sur le bouclier brûlant et sitôt renversé par un coup de vent. Derrière le conte, le troupier posa affolé la hotte, saisit la miche avec la pointe de l’épée mais horreur! – le pain était passé grisâtre. Brûlé, évidemment. De ses yeux bleus, le seigneur perça l’homme, qui tomba à terre en lui offrant l’épée, trophée cramé au bout. Les soldats fixaient pétrifiés leurs bottes. Eustache prit le fer en silence, l’air officiel, évalua un long moment le fragment terni, le renifla, le tourna, le retourna, le piqua, le toucha, et finit par le pincer discrètement du bout des dents. Un frisson traversa le groupe, mais le conte avait l’air d’apprécier la morce. Preuve: il prit une autre, puis une autre, mâchouillant les yeux plissés. Le climat se relâcha lorsqu’il baissa la pointe de l’épée au dessus du feu, trophée toujours en place, le tournant lentement de tous les côtés. Il n’attendit pas longtemps, releva son fer pour tenter une nouvelle pincette. Et une seconde. Le sieur semblait conquis et tel fut aussi le cas de son supérieur, Guillaume le Conquérant, qu’il conquit par une démonstration en grande pompe. En ce jour de gloire-là donc, l’armée des normands, tout en mettant la main sur des terres plus vastes que leur propre duché, découvrit l’expression suprême de cette denrée déjà culte: le pain de blé.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/02/Lorigine-des-choses-Eustache-II.jpg" alt class="wp-image-31232" width="371" height="591" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/02/Lorigine-des-choses-Eustache-II.jpg 742w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/02/Lorigine-des-choses-Eustache-II-188x300.jpg 188w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/02/Lorigine-des-choses-Eustache-II-643x1024.jpg 643w" sizes="(max-width: 371px) 100vw, 371px"><figcaption class="wp-element-caption">Tapisserie de Bayeux – Scène 55 (détail) – Eustache</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant près d’un millénaire, les moyens et techniques pour le produire eurent le temps d’évoluer. Au départ se fut directement sur les tisons ardents qu’on y mettait des morceaux entiers. Puis un écuyer vif d’esprit jeta un caillou dans la braise et y rangea les bouts de pain. Des années plus tard vînt un forgeron saxon qui eut l’idée de remplacer la pierre par un fer plat. Ce procédé fut ensuite perfectionné en y posant dessus une rangée verticale de pierres plates ramassées dans les rivières. On fichait un morceau chaque deuxième pierre. Gain de temps et de qualité. Assez vite, les pierres furent supplantées par des fers, toujours plats, puis par des grilles tressées, qui se substituèrent aussi au fer de base, ce qui pour finir avait l’air d’une grande peigne, très lourde mais très pratique. Cet assemblage traversa les époques sans grands changements et il fallut attendre les années 1900 pour que – grâce à l’électricité – il puisse enregistrer l’avancée la plus spectaculaire. Le principe moderne du grille-pain universel était né et, avec lui, l’apogée du toast (voire du pain cramé) comme pur événement. Certes, les améliorations apportées depuis restent significatives, sans pour autant être révolutionnaires. Hormis d’avoir sorti et généralisé la version automatique bondissante, l’on s’est surtout occupé de ce qui peut être vu comme une norme: pain de mie, donc mou, carré, le côté entre 10 et 15 cm, par tranches épaisses de 0.8 à 1.2 cm, à base toujours de blé, mais également de seigle.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toast caviar dans une main, coupe de champagne dans l’autre, il sied donc de conclure le récit sur l’origine du toast en levant solennellement la coupe comme cela se doit lors de tout éloge, pour porter un toast en honneur de ce grand visionnaire que fut Eustache II, dit aussi Eustache aux longues moustaches, comte de Boulogne. La preuve de sa révélation est encadrée sous verre au Cabinet Royal d’estampes, dans la salle réservée aux manuscrits.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La colle</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rien ou presque du monde autour ne serait comme cela se voit et se pratique de nos jours si une fillette du nom de Zabel n’avait été surprise par un violent orage et ne cherchât à se réfugier dans un repaire d’abord, d’où elle fut vite chassée par les bestioles de la terre, et ensuite sous un arbre centenaire qui se tenait dessus. L’événement s’est passé à la même époque – qui pourrait s’appeler à juste titre “l’âge d’or de la découverte”, si ce n’est qu’il est l’an de disgrâce 1054 où l’Église de Christ se brisa en deux moitiés, dos à dos depuis. Avec son petit frère Poghos, 5 ans, Zabel, 12, était allée cueillir des bolets dans la forêt Dilijan, près de son bled du même nom, en Arménie du nord. Cet été-là, des torrents d’eau et des avalanches de glace avaient effrayé la région, tuant les truites du lac, les volailles des basse-cours et noyant les enclos des porcheries. La nuit était descendue en plein jour sur toute la nature, des éclairs ramenant le jour pendant un seul instant. Des tonnerres à faire tomber le ciel. Quelques gouttes d’eau à remplir une par une les godets. Tout portait à croire que les calamités étaient loin de s’arrêter. À raison, la fille devait trouver abri pour elle et son frère. Quelques instants après s’être tapis au pied de l’arbre, les rivières d’eau se mirent de nouveau à tomber. Malgré son âge, c’était un très haut, gros et dense conifère. Pourtant, les gouttes d’eau étaient encore plus denses que la masse d’aiguilles. Ainsi, bientôt la pluie l’emporta sur la défense verte. Pire, sur ce flanc de colline-là ça ruisselait de partout. Poghos par terre entre ses jambes sanglant affolé et trempé le panier d’osier rempli de champignons, Zabel dû reculer encore plus vers le tronc. Pas assez pour autant puisque vînt la grêle avec le vent. Les boules de glaces ne tombaient dès lors point verticalement, à la régulière, mais frappaient dans tous les sens. Il n’y avait donc plus qu’à se planter le dos au bois et tirer avec elle le petit frère qui pleurait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les deux enfants y passèrent un bon quart heure mouillés à l’os, barbouillés par la boue, paralysés par la peur et transis par le froid. Et puis, en un rien de temps, la tempête cessa, le jour se leva à nouveau et le soleil remplit toute la nature. Plus un seul bolet indemne dans le panier. Ils n’osaient pas imaginer que pour ce jour-là c’était bien fini. Encore effaré, Poghos se retourna vers sa grande sœur pour avoir confirmation. Elle lui sourit à peine et voulut le soulever. Las ! Pas question de bouger: l’arbre la serrait dans ses bras. Perplexe, Zabel essaya – en vain – d’échapper à la contrainte. <em>“La forêt est notre amie, c’est un avertissement de ne pas s’en aller car le danger demeure”</em> se dit-elle un instant. Mais le ciel était bleu et le soleil brillait. Encore un effort, stérile, et un autre stérile aussi: ses bras bougeaient, tandis que tout le reste de son corps restait attaché à l’arbre par sa longue robe, de même que ses cheveux. L’acharnement du bambin désespéré de la libérer, plus le sien, n’y changeait rien. Après moult essais affolés, ils se rendirent à l’évidence que la fille était prisonnière du tronc ami.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et maintenant alors ? Entre détresse et raison, Zabel trouva les mots pour inciter Poghos à courir au village et chercher de l’aide. Dilijan était à deux heures de marche et une de fugue pour le petit qui s’en acquitta sans même y penser. Les yeux hors de tête, haletant, essoufflé, il raconta le malheur comme il put à ses père et mère qui crurent que leur fils avait vu le croque-mitaine mais finalement admirent que quelque chose ne tournait pourtant pas rond dans cette histoire et soulevèrent tout le village pour courir à la forêt. Une longue chaîne humaine et des efforts démesurés ne réussirent cependant rien d’autre que d’arracher la fille à ses vêtements, ce qui mit sitôt la foule dans l’embarras. Sa mère jetée à terre pour la couvrir, on dépêcha un coursier pour retourner à la maison et revenir avec des habits. Ainsi, une demi heure plus tard, Zabel était à nouveau en état, debout. La robe et une bonne partie de ses cheveux noirs pendaient toujours au tronc du sapin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des jours durant il en fallut plus d’un chaman pour se risquer – sans succès – à pénétrer le mystère du vêtement et des cheveux restés enlacés par l’arbre sans bras. À ce stade du récit il convient de préciser qu’il s’agissait d’un sapin (<em>Abies cilicica</em>) dont le tronc, les branches et les aiguilles suintaient une quantité étrangement élevée d’un liquide ambré. Au cours de leur essais, divers savants observèrent que pratiquement tout objet – glaive, botte, essieu – appliqué simplement mais franchement contre le tronc, y restait attaché. L’énigme travailla la collectivité jusqu’à ce que Hachik,&nbsp; esprit hardi, osa couper sec une petite branche dégoulinante et la jeta dans un chaudron avec de l’eau à bouillir. Peu après, l’eau et le liquide jaune – brûlants – étaient séparés net. L’homme versa l’eau d’un côté et le liquide jaune d’un autre, le laissant refroidir dans un pot de terre. Le soir, une espèce de pâte assez molle s’y trouvait. Hachik prit deux planches de bois, les badigeonna avec cette mélasse et les pressa ensemble. À l’aube, le plus costaud du village essaya de défaire l’assemblage. Ce ne fut que peine perdue.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sans être mage, chaman ou sorcier, Hachik fut un des premiers vrais chimistes. Pendant longtemps, l’occupation de la résine de sapin progressa dans la région du Tavush. Ainsi, les gens du coin furent les seuls à profiter de leur découverte dans la vie de tous les jours. La colle artisanale remplaça avantageusement cordes, clous et autres bricolages plus ou moins esthétiques, efficaces ou précis. Plus de sept siècles après, un émigré français au Nouveau Monde élabora le produit industriel que l’on connaît et utilise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[26 juin 2022]</p>
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		<title>Ode aux vies héroïques de Råde et de ses voisins, jusqu’au-delà de la mort</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Jan 2023 08:21:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Råde est un radis dur. Ce conte conte sa vie. Courte mais rude.</p>
<p>Elle commence dans le noir le plus absolu. Partout ça grouille, ça mirouille, ça frissouille, ça fourmille et tant que c’est sec, c’est chaud, avant que de temps à autre un déluge ne lui tombe dessus, après quoi ça grelotte, car c’est humide à foison. […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Råde est un radis dur. Ce conte conte sa vie. Courte mais rude.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle commence dans le noir le plus absolu. Partout ça grouille, ça mirouille, ça frissouille, ça fourmille et tant que c’est sec, c’est chaud, avant que de temps à autre un déluge ne lui tombe dessus, après quoi ça grelotte, car c’est humide à foison. Au début, Råde n’est qu’un grain de vie qui doit déjà combattre les agresseurs autour. Ils sont les uns plus voraces que les autres. S’il est vrai que nombre de ses ennemis sont fauchés par les poisons qui se déversent du ciel, arrivent jusqu’à lui et l’épargnent, il n’en reste pas moins que le petit doit user de moult astuces afin de rester en vie. Preuve le nombre de ses semblables voisins qui ont fini dans les intestins de ces insatiables prédateurs. C’est sous ces auspices qu’il commence à percer la lumière du soleil. Jour après nuit, le soleil se lève et se couche, et bientôt Råde se met à mûrir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et à gonfler. Et encore. Vas-y. Et à rougir. Et à bien respirer. Et surtout, à voir. Car il a un faisceau de périscopes verts et délicats, lui. Ce sont eux qui lui font suivre le cycle solaire et qui signalent quand vient le temps de se coucher et ensuite de se réveiller. En échange, Råde leur donne à manger. Il n’y a rien à dire: c’est une relation mutuelle équilibrée et correcte qui s’étale sur plusieurs semaines. Et voilà que soudain, lorsqu’il lui semble que la vie avance pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, crack ! tout s’arrête d’un coup. Enfin, pas exactement, puisque ses périscopes auront déjà sonné l’alarme d’un danger qui approche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le danger s’appelle Dušan. Dušan est un instituteur qui cultive dans son potager des tomates, des oignons, des courgettes, de l’ail, des poivrons et des radis, puisqu’il adore les salades. Il en profite aussi pour exposer à ses élèves les règles premières pour savoir soigner les plantes comestibles. Cela se passe lors de leçons vouées aux sciences de la nature, lorsque Dušan et les enfants préparent des mélanges bien frais. En temps voulu, les samedis et les jours fériés le plus souvent, il enlève ses chaussures, chope gants, truelle, ciseaux, un petit couteau affuté tel un rasoir et un grand bol en plastique, puis s’engage ainsi, prudemment, pieds nus, dans la première allée parallèle de sa précieuse plantation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est à ce moment-là que les antennes de Råde se dressent et transmettent aussitôt un bref signal aux périscopes verts, qui, eux, scrutent l’ensemble du jardin et donnent très vite l’alerte en frémissant fortement, même qu’au ras de la terre le vent à peine s’il fait remuer fleurs et feuilles. Et du coup le vent souterrain de panique déferle sur Råde et sur ses voisins, radis ou non. Et bien que Dušan avance avec une infinie précaution droit au milieu des allées afin de ne pas écraser sous ses pieds périscopes et autres instruments d’observation, la dure réalité est là: pour les plantes, l’instituteur n’est qu’un sadique et ce qui suivra sera un massacre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Admettons que cette perception n’est pas entièrement fausse. Dušan a beau devoir nourrir sa personne ainsi que sa famille. Sa démarche pédagogique auprès des élèves est tout sauf blâmable. Cependant, pour les principales intéressées, le son de cloche est autre. L’heure ultime approche. Dušan s’accroupit. Avec la truelle dans sa main gigantesque, il creuse la terre autour de Salma, la chicorée frisée, puis coupe sa racine, l’arrache de son lit et la jette dans le grand bol en plastique. Et ça continue de la sorte durant d’interminables minutes. Aubergines – Audrey, Austin, carottes – Camille, Karim, Carole, aneth – Anna, Antoine, Angèle, et bien d’autres, toutes y passent aussi. Entre temps, les périscopes verts de Råde ont juste le loisir de vite jaunir et de se coucher à terre, histoire de simuler la nausée et d’éviter ainsi le coup final. Mais l’envie de Dušan de se préparer une riche salade mixte l’emporte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Coups de truelle – un, deux, trois, quatre, dégagement autour. D’un geste, la colossale main gauche empoigne tous les périscopes verts et les secoue frénétiquement. (Leur ruse fut vaine.) Råde s’accrochant de toutes ses forces à sa chaude demeure dans le sol vaseux, c’est l’immense main droite qui abat la truelle tel l’éclair, la plante en dessous de notre radis, le soulevant comme un rien et hop!, après un court vol plané, il le lance dans le même bol où les voisins se tordent et gémissent depuis déjà un long moment.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous voilà ainsi devant le début d’une fin tristement annoncée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car la souffrance est grande. Sans la nourriture de la glèbe, tel des poissons hors de l’eau, toute cette macédoine se fane et se meurt. Sachant cela, Dušan se dépêche d’achever au plus vite son saccage pour gagner l’abattoir – sa cuisine. Le bourreau ramasse les ustensiles et prend ses jambes à son cou toujours en évitant de broyer les rescapés du jour sous les plantes des pieds. Le pot en plastique est à présent sur la table, à côté d’un autre bol en céramique, encore plus grand, déjà prévu. Aussi qu’une épaisse planche en bois qui sert d’échafaud et un énorme couteau d’acier qui brille de milles éclairs – la guillotine. Le monstre est fin prêt.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutefois pas avant l’obligatoire séquence sanitaire. Un torrent froid et bruyant surgit de nulle part. Un par un, chaque voisin y passe. Certains sont écartelés net, alors qu’à d’autres on coupe sec feuilles ou racines, ou encore les deux. Råde est tout simplement tétanisé: jamais n’aurait-il imaginé une telle barbarie de la part de quelqu’un qui, somme toute, les avait si attentivement soigné, nourri et abrité. Mais à présent force lui est de devoir relâcher soudain ses douces illusions pour se faire en revanche à l’idée que tout n’était qu’atroce comédie montée par une canaille pieds nus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et le voilà poussé sous les trombes d’une Niagara qui se déverse du ciel. Assortie d’une espèce de tremblement de terre qui le fait gicler dans tous les sens, l’eau glacée pulvérise les derniers bribes de terre moite qui collent à la peau grenat de son corps dodu: dès lors, Råde est nu mais propre. La cascade s’arrête comme par magie et lui, trempe, s’écroule sur un large plateau dur, gris et froid au milieu de ses voisines, l’une plus estropiée que l’autre. Le doute n’est plus permis: l’heure du coup final est là. Råde pleure.</p>



<p class="wp-block-paragraph">    Mais comme dit la chanson <span id="easy-footnote-175-31219" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/ode-aux-vies-heroiques-de-rade-et-de-ses-voisins-jusquau-dela-de-la-mort/#easy-footnote-bottom-175-31219" title="<em>Die Moritat von Mackie Messer”</em> dans la comédie musicale <em>“Die Dreigroschenoper”</em> de Bertolt Brecht et Kurt Weill (1928) reprise en 2009 par le groupe Rammstein dans le refrain de <em>“Haifisch”</em> (Le requin)."><sup>175</sup></a></span>:</p>



<p class="wp-block-paragraph">    Das Radieschen es hat Tränen</p>



<p class="wp-block-paragraph">    Die jetzt laufen vom Gesicht.</p>



<p class="wp-block-paragraph">    Ist der Råde nass durch Wasser</p>



<p class="wp-block-paragraph">    So die Tränen sieht man nicht <span id="easy-footnote-176-31219" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/ode-aux-vies-heroiques-de-rade-et-de-ses-voisins-jusquau-dela-de-la-mort/#easy-footnote-bottom-176-31219" title="Le radis, lui, il a des larmes / Qui s’écoulent sur son visage / Mais comme il est tout mouillé / Personne ne les voit, ses larmes."><sup>176</sup></a></span>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par des chocs courts, accélérés et réguliers, la lame brillante de l’énorme couteau d’acier s’abat d’abord sur Salma. Son corps frêle est aussitôt dépecé en d’innombrables menus morceaux. Ses cris deviennent bientôt des soupirs, vite inaudibles. Salma n’est plus, si ce n’est par ses membres morcelés qui palpitent misérablement dans le pot en céramique. Suivent Camille, Karim, Carole, Costa, Conrad – les cornichons, Tomas et Tobias – les tomates, Paul – le poivron, toutes déchiquetées, décomposées, décapitées, détruites, démembrées. Comme sur le plus désolant des champs de bataille, dans le pot en céramique c’est la mère de tous les carnages. Les anges de la mort grouillent partout, unissant tous ces martyrs dans un hurlement muet qui tente de s’élever mais dont le géant Dušan ne se soucie guère, occupé qu’il est à chantonner l’hymne national, la tête à sa future salade mêlée. Arrive le tour de Råde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Arraché du bol en plastique, un coup de lame tranche antennes et périscopes, puis sectionne sa jambe. La douleur est atroce. À travers ses yeux embués, il a juste le temps de les voir disparaître dans un immense fossé noir où – pêle-mêle – git un tas de ce qui fut son voisinage il y a même pas vingt minutes en arrière: c’est la boîte d’ordures et ce sont les restes jetables de ce voisinage, désormais trépassé. Sur cette odieuse et dernière constatation, Råde perd ses esprits. Et bien lui prend, puisque n’ayant pas du temps à perdre dans de telles considérations futiles, le bourreau écartèle sur le champs le radis en deux, ensuite en quatre, et pour finir le hache à grande vitesse en plusieurs fines tranches d’égale épaisseur. Tel que nous l’avons connu, à présent Råde tient ainsi du passé. Mais sa vie continue, car chacun de ses morceaux porte en soi l’image de l’entier, son identité et unique et irremplaçable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce long rituel macabre ne s’achève qu’à la dernière composante finement massacrée: Angèle, la touffe d’aneth. L’instituteur est comblé: la salade prend enfin corps et consistance. Vient donc la séquence si précieuse de l’assaisonnement. Eau, sel, poivre, huile, moutarde et yaourt unissent leurs vertus pour donner naissance à ce mélange savant et subtil qui fait sa fierté: la sauce Dušan. Ces composantes étant décédées depuis belle lurette, une crise de conscience n’est plus de rigueur. Elle ne s’est pas manifestée pour ses propres légumes, alors pour quelle raison la subir vis-à-vis de ces ingrédients venus d’ailleurs ?! Une dizaine de coups de fouets réguliers plus tard, voilà le liquide jaunâtre, onctueux, homogène et savoureux prêt à submerger les victimes du pot en céramique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un torrent de lave fraîche et livide recouvre l’hécatombe sur le champ de bataille. Les miettes des infirmes retiennent tant bien que mal leur souffle pour ne pas suffoquer. Heureusement, le flot y trouve sont chemin, de sorte que très vite chaque estropié est seulement à peine couvert d’une mince couche de sauce Dušan. Respirer est de nouveau possible, mais pas pour longtemps, car de terribles rafales commencent à les jeter violemment dans tous les sens, comme un canot en détresse frappé par les vagues. Deux outils monumentaux noirs, une fourche et une louche, assurent la cohérence du tout. L’orage n’en finit plus. Tout ce monde est fatigué: meurtrier et victimes. Enfin, l’harmonie atteinte, chacun des acteurs apprécie le calme qui s’installe. Il est presque midi, il fait chaud et le soleil est haut, pourtant l’obscurité descend sur le collectif du pot en céramique et du coup il fait froid. Entendons qu’une serviette vient de le couvrir et que le tout est mis à +5°C.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Peu après, un tumulte infernal s’installe. La famille de Dušan – grands parents, femme et deux enfants en bas âge – a faim car c’est l’heure du repas. Ça parle, ça coupe et ça entrecoupe dans un brouhaha joyeux dépassé uniquement par le bruit des chaises.</p>



<p class="advgb-dyn-f3d2b411 wp-block-paragraph">    – Maman, papa, on a quoi à manger aujourd’hui ?</p>



<p class="advgb-dyn-d68bb87f wp-block-paragraph">    – Demandez papa. [Papa c’est Dušan.]</p>



<p class="advgb-dyn-9a62f3bb wp-block-paragraph">    -Papa, dis, on mange quoi aujourd’hui ?</p>



<p class="advgb-dyn-1a4229f7 wp-block-paragraph">    –</p>



<p class="advgb-dyn-61270125 wp-block-paragraph">    -Papaaa…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et paf! silence. Crissement, lumière froide, vol bref, atterrissage. Serviette enlevée, et c’est un bain de soleil qui se déverse sur le pot en céramique au milieu d’un hourra général avec des yeux grands ouverts et des bouches béantes. Les regards avides des six visages démesurés dévorent déjà le somptueux mets dušanesque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tel le godet d’un excavateur creusant la terre, la louche sonde la composition et alloue à chacun le même mélange harmonieux. Les portions se déversent donc dans les assiettes et c’est la ruée. Des bouts saucés de Tobias, Radoslav, Karim, Paul, Constantin, Angèle, Camille, sont empalés à tour de rôle avec des fourches à quatre pieux, tandis que des morceaux de Conrad, Tomas, Anna, Poe et d’autres sont amassés avec de grosses cuillères métalliques. Leurs tracés sont cependant identiques, puisqu’elles sont toutes emmenées dans des grottes monstrueuses, noires et humides, où de grandes roches blanches se mettent à les broyer sans pitié. C’est pile lors de ce long cauchemar et précisément à cet endroit terrifiant-là que leurs destins fusionnent totalement et à jamais, que nul ne sait plus qui il fut et – cas échéant – qui il est toujours. Et toute cette horreur au délice de la famille Dušan Dankovitch.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’holocauste terminé, nos héroïnes se retrouvent muées en une seule espèce de pâte gluante et homogène qui, par un soubresaut expert, s’engouffre le long d’un toboggan vertical, étroit et (sans surprise) noir, pour enfin s’écraser dans une grotte encore plus sinistre, plus grande et plus noire, où d’autres matières infectes – limonade, pain, féta, lollipops – leur tombent dessus. Penser que malgré cette succession de malheurs et après tant de supplices ils auront trouvé la paix finale ? Non, erreur: le plus dur commence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce lieu funeste concentre quantité de fluides dévorateurs dont le but unique est d’extirper tout ce qu’il y a de mieux dans cette composition subtile et homogène, comme par ailleurs dans tous les produits qui y sont présents, pour conduire le résultat de ce pillage (appelons un chat, un chat) vers d’autres horizons secrets. Ici débute un parcours lent et tortueux, truffé constamment de violences, dans un obscur boyau interminable où Råde côtoie le café, l’omelette, le yaourt, le pain, le kebab, la bière, le baclava… Pourtant le plus affligeant sur cet itinéraire de cauchemar sont les mutations constantes et successives imposées sans aucun consentement préalable aux héroïnes de cette histoire, Råde en tête. Et l’issue de cet intolérable périple se trouve dans le boyau de loin le plus large, où – horreur ! – tout devient méconnaissable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette hideuse conversion est absolue. Qualité, odeur, couleur, aspect et nature sont touchées. Identités uniques au départ, mues en une pâte uniforme mais noble et à la fin réduites à un infecte quelque chose, toutes ces Tobias, Salma, Anna, Conrad, Angèle, Poe, Radoslav, Karim, Camille, Antoine, Constantin, Tomas, Paul… et tout d’abord Råde, sont les soldates inconnues qui se vouent dans l’anonymat pour notre plaisir et confort. Même si en fin de parcours elles répondent encore <em>Présent!</em> quelque part dans le flux nauséabond – puisqu’elles en constituent la teneur même, c’est plutôt leur souvenir qui les fait résister dans nos mémoires.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais concluons plutôt avec ce qui est censé être un épilogue. L’ironie du sort veut qu’en toute fin de compte ce soit à travers cette mélasse brunâtre et fétide que les restes infimes de nos héroïnes retrouvent la joie de l’air et de la lumière du jour parmi des salves d’artillerie qui saluent cet apogée, sauf que pour un seul instant seulement: car cette fois ce n’est plus la Niagara qui leur tombe illico dessus, mais la vraie Inga <span id="easy-footnote-177-31219" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/ode-aux-vies-heroiques-de-rade-et-de-ses-voisins-jusquau-dela-de-la-mort/#easy-footnote-bottom-177-31219" title="Plus grande cascade du monde."><sup>177</sup></a></span> dix fois plus fournie, qui les noient et les emmène jusqu’à l’océan (soit dans les bassins d’épuration), là où elles se perdent pour disparaître dans l’oubli.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[31 mai 2022]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/ode-aux-vies-heroiques-de-rade-et-de-ses-voisins-jusquau-dela-de-la-mort/">Ode aux vies héroïques de Råde et de ses voisins, jusqu’au-delà de la mort</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
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		<title>La conne quête de l’espace</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Jan 2023 17:24:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est à l’aube précise de son histoire que débute une langueur de l’homme dont il ne saura jamais se défaire: celle pour l’espace et l’au-delà. […]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/la-conne-quete-de-lespace/">La conne quête de l’espace</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">C’est à l’aube précise de son histoire que débute une langueur de l’homme dont il ne saura jamais se défaire: celle pour l’espace et l’au-delà. Un contexte trop étroit, un monde trop limité, une Terre trop petite, une planète perdue dans l’univers – autant de conclusions intolérables, impossibles à endosser. Las: muni du dot unique de l’imagination, l’homme la mit aussitôt au travail.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La liste des fantaisies et des visionnaires jalonne un long fleuve qui sourd au début des temps et s’écoule encore. Ce continuum est illimité dans la durée – Dédale, Icare, Démocrite, Lucien de Samosate, da Vinci, Kepler, Voltaire, Milton, Irving, Verne, Flammarion, Wells, Asimov… Mais il se perd aussi dans le delta des fictions qu’il porte avec – extraterrestres, luniens, martiens, droïdes, planètes, étoiles, mondes, galaxies, univers, civilisations, ressources, facultés, exploits. Du coup l’on se rappelle la sagesse disant que l’imagination est limitée, mais pas la&nbsp;réalité. À plus forte raison dès lors d’essayer sans relâche, encore et toujours.</p>



<figure class="wp-block-video"><video height="240" style="aspect-ratio: 312 / 240;" width="312" controls src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2023/01/La-conne-quete-de-lespace-Excursion-dans-la-Lune.mp4"></video></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Jusqu’à notre époque, cette poursuite constante a sans cesse été freinée, voire rendue utopique, par un obstacle majeur: le facteur technique. Si Dédale a bien existé et qu’il a pu bricoler des ailes pour les coller sur son dos et sur celui de son fils, l’exploit, même que si proche de la cible-Soleil, fut raté, tragique et sans suites. Issue identique à la fin du XIX<sup>e</sup> siècle pour le premier homme et Allemand volant, qui s’écrasa sans gloire aucune d’une hauteur de 15 m après avoir plané sur 250 m. L’avenir se présentait mal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Coup de gueule soviétique: à peine 60 ans après l’homme, c’est sa meilleure amie, une bâtarde âgée d’environ trois ans, ramassée dans la rue, qui est devenue le premier être vivant envoyé en orbite. Bien sûr, la chienne s’est sacrifiée héroïquement quelques heures après le lancement, mais par son geste suprême elle a aussi accompli, tout aussi héroïquement, trois exploits inimaginables: achever la série d’échecs humains, prouver que l’impossible est possible et ouvrir la voie à la conquête de l’espace. Ces axiomes furent vite scellés par – cette fois – les premiers hommes vivants placés en orbite: un Soviétique d’abord, ensuite un Américain, puis un Soviétique, puis un Américain… Tous rentrés vivants !</p>



<p class="wp-block-paragraph">À travers ces deux vaillantes nations, l’humanité entière trouva son nouvel El Dorado. Il n’en fallut qu’une poignée d’année pour que la bannière étoilée puisse être plantée solidement, fièrement et profondément dans la rocaille de la Lune, tandis que la France fêtait un immense tremblement social et que la Tchécoslovaquie célébrait l’écrasement de son socialisme dit “à visage humain”. C’était déjà trop tard: tant pis pour les calamités, les conflits, les atrocités et les tremblements frappant les sociétés terrestres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Famines au Biafra, Sahel, Éthiopie, Somalie, Soudan, Niger ? Guerres du Viêt Nam, Mozambique, Six Jours, Kippour, Angola, Liban, Cambodge, Afghanistan ? MS Achille Lauro ? Septembre noir ? Sabra et Chatila ? Olympiade de Munich ? Bloody Sunday ? Brigades rouges ? Baader-Meinhof ? Seveso et Bhopal ? Aum Shinrikyō ? Tchernobyl ? Fukushima ? Sida ? Chocs pétroliers ? Tian’anmen ? Chute du communisme ? Crise des <em>“subprimes”</em> ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rien n’a pu et ne peut stopper la vaillante conquête de l’espace. Les programmes nationaux Apollo, Artemis, Dragon, Explorer, Gemini, ISS, Mars, Mercury, Mir, Pioneer, Ranger, Salyut, Shuttle, Skylab, Soyuz, Viking, Voyager, Vostok l’attestent, dont plusieurs se déroulent en ce moment. Certes, il n’est pas question d’estimer – même à la louche – le coût total de ces missions d’état depuis 60 ans alors que ce n’est pas au contribuable de connaître ces chiffres. Trouvés au hasard sur internet, les divers montants qui sont articulés jouent dans la ligue des milliers de milliards. Combien ? Des dizaines ? Des centaines ? Plus peu-être ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Paradoxalement, c’est devenu presque secondaire, car depuis peu, ces dépenses nationales pharaoniques ont commencé à se voir éclipsées par celles de sociétés purement privées. Leur crédo n’est pourtant guère différent: “Vers l’infini et au delà !”. <span id="easy-footnote-178-31210" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/la-conne-quete-de-lespace/#easy-footnote-bottom-178-31210" title=" Le slogan glorieux crié à tout va par le personnage Buzz l’Éclair dans le film “Toy Story” de John Lasseter, Pixar, 1995) "><sup>178</sup></a></span> À un détail près, et de taille: elles se doivent d’être rentables. Et voilà comment s’ouvre toute grande la porte du tourisme spatial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On y pénètre furtivement, sur la pointe des pieds ou, plutôt, on guigne par le trou de la serrure, puisque les tarifs pratiqués pour ce genre de promenades défient l’imaginaire: il faudrait cinq ans de labeur continu pour un travailleur d’un des pays les plus pauvres de la planète pour se payer une seule minute d’une telle sortie en orbite. Cependant, la loi universelle de l’équilibre opère heureusement aussi dans ce domaine, de telle sorte qu’un travailleur pauvre d’un pays parmi les plus pauvres de la Terre ne nourrit pas de tels idéaux. Ils sont propres à ceux qui ont des moyens et qui pour ce faire s’alignent sagement en file d’attente.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Finalement, il y a un point où idéaux et finances se rejoignent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela commence avec l’immobilier spatial. On vend des surfaces de la Lune et de Mars. On devient propriétaire d’un cratère ou d’un petit désert, comme notre voisin de son jardin. Qui vend ? Pas des luniens, pas des martiens, mais des terriens, évidemment. <span id="easy-footnote-179-31210" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/la-conne-quete-de-lespace/#easy-footnote-bottom-179-31210" title=" https://lunarregistry.com "><sup>179</sup></a></span> Les prix sont attractifs, il faut l’admettre: environ 70 USD en moyenne pour posséder un hectare sur la Lune au lieu-dit Oceanus Procellarum. Certaines locations sont – il est vrai – déjà totalement occupées, alors que pour d’autres l’on concède des rabais qui vont jusqu’à 20%.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On continue avec les colonies dans l’espace. La Station Spatiale Internationale plane dans le ciel depuis bientôt 25 ans. Elle a accueilli plus de 250 humains. Son objectif premier est l’étude de la vie à bord sur plusieurs mois. L’expérience ainsi accumulée servira à ouvrir la voie aux villes flottantes. À l’avenir, on pense déjà à la possibilité de produire dans l’espace et, plus largement parlant, d’y monter toute une économie. Cela compenserait un tant soit peu les coûts faramineux de construction sur Terre, aussi que ceux d’exploitation et d’entretien de ces structures.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="693" height="1024" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/03/La-conne-quete-de-lespace-LAncien-de-jours-693x1024.jpg" alt class="wp-image-30799" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/03/La-conne-quete-de-lespace-LAncien-de-jours-693x1024.jpg 693w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/03/La-conne-quete-de-lespace-LAncien-de-jours-203x300.jpg 203w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/03/La-conne-quete-de-lespace-LAncien-de-jours-768x1135.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/03/La-conne-quete-de-lespace-LAncien-de-jours-1040x1536.jpg 1040w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/03/La-conne-quete-de-lespace-LAncien-de-jours-1386x2048.jpg 1386w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/03/La-conne-quete-de-lespace-LAncien-de-jours-scaled.jpg 1733w" sizes="(max-width: 693px) 100vw, 693px"></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Puis il y a la vraie colonisation, sur sol ferme. Cela présuppose l’alunisage et pour l’instant l’amarsisage, en attendant l’avénusage et autres ajupitérages ou aastéroïdages. La démographie explosive de la population terrestre et la consommation inconsidérée des ressources de notre planète sont des raisons suffisantes pour une telle démarche, sans même parler de la menace climatique qui fera de la Terre le <em>no men’s land</em> de Mad Max. Les visionnaires y avaient déjà réfléchi depuis longtemps, c’est bien pour cela qu’on les a appelé ainsi. De quoi et comment vivrait-on là-bas sans eau, avec des gravités différentes et des températures qui s’étalent sur 1000 C° ? Des scientifiques actuels, très sérieux, y ont déjà pensé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela passe par la terraformation . En clair, on transforme toute une planète pour la rendre conforme à notre physiologie et à nos besoins. Dans ce but on convertit – disent-ils – l’atmosphère de la planète choisie en la pilonnant rien qu’avec quelques 10<sup>16</sup> tonnes d’hydrogène ou 10<sup>17</sup> tonnes de calcium ou de magnésium, ou alors on la meut en lui jetant dessus comme des boules de neige les satellites d’autres planètes, on lui change le cycle de rotation comme on lance une toupie, on lui fixe autour divers miroirs et boucliers – bref, on fait comme le Grand Architecte Universel pour certains ou la Mère Nature pour d’autres: on joue aux boules avec les planètes. Même si ubuesque, rien d’étonnant à tout ce cinéma, car cela fait des lustres que dans le domaine de la prodigiosité l’homme se veut l’égal du Seigneur Créateur ou de la Nature Créatrice.<span id="easy-footnote-180-31210" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/la-conne-quete-de-lespace/#easy-footnote-bottom-180-31210" title="&amp;nbsp; <a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Terraformation_de_V&quot;>https://fr.wikipedia.org/wiki/Terraformation_de_V</a>énus"><sup>180</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui ressort donc de ces élucubrations venues des instances scientifiques les plus sérieuses est surtout le fait que n’ayant pas eu assez de maltraiter sa propre planète, dans sa quête sans répit vers l’infini et au-delà l’homme est prêt à se conduire de la même façon partout ou il met les pieds. Et il serait vain de s’égarer dans l’analyse du financement de telles énormités: le nombre de zéros nécessaires serait insuffisant, comme la totalité du PIB mondial sur des années. Évidemment, sans toucher à l’aspect des limites techniques et des contraintes physiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant ce temps… Eh bien, pendant tout ce temps-là, soit depuis le lancer dans l’espace de la chienne Laïka, il y a 65 ans…</p>



<p class="wp-block-paragraph">…20 à 30 millions d’humains sont morts dans 160 conflits plus ou moins barbares, plus ou moins longs, plus ou moins partout dans le monde, chiffres qui tiennent haut la comparaison avec celui de tous les morts militaires de la Seconde Guerre mondiale,</p>



<p class="wp-block-paragraph">un enfant sur 50 travaille chaque jour,</p>



<p class="wp-block-paragraph">un humain sur 6 est encore analphabète,</p>



<p class="wp-block-paragraph">un humain sur 5 soit n’a pas de toit, soit ce n’est pas le sien,</p>



<p class="wp-block-paragraph">un humain sur 8 a encore faim en permanence et</p>



<p class="wp-block-paragraph">un humain sur 3 ne sait pas quand, où et comment il mangera, n’a toujours pas l’accès à l’eau potable ni à l’hygiène de base.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et souvent c’est le même humain.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hmm, la conne quête de l’espace !… alors qu’elle est encore si loin, la conquête de l’espèce <span id="easy-footnote-181-31210" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/la-conne-quete-de-lespace/#easy-footnote-bottom-181-31210" title=" humaine"><sup>181</sup></a></span>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[21 mars 2022]</p>
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		<title>Progressistes, conservateurs et régressistes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 Dec 2022 08:55:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis toujours et d’un point de vue très précis, l’humanité se regroupe en trois classes ou catégories: celle des progressistes, celle des conservateurs et celle des régressistes. […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Depuis toujours et d’un point de vue très précis, l’humanité se regroupe en trois classes ou catégories: celle des progressistes, celle des conservateurs et celle des régressistes. À part ces trois catégories, il existe pourtant encore une quatrième, hors classes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par principe:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Les progressistes remettent en question les acquis, secouent l’ordre établi et font bouger les choses. Ils avancent. Grâce à leurs énergies et audace, nous ne chassons plus le loup avec des pieux en bois, coiffés de têtes d’ours, mangeons des repas chauds et avons l’Internet.</li>



<li>Les conservateurs repoussent la vision des progressistes et veulent s’en tenir à l’ordre établi en tirant les leçons du passé. Ils se satisfont des progrès et acquis confirmés. Grâce à leur mental réfléchi, nous gardons la famille, les bonnes manières et nos amis à quatre pattes.</li>



<li>Les régressistes dénoncent l’entier parcours de la civilisation, se projettent à l’origine de l’homme créé ou évolué, aspirant à la loi des choses tracée par la nature. Ils regrettent une dérive triste, constante et implacable. Grâce à ceux-là, nous buvons encore l’eau des sources.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">Du passé que tout cela. Autour, ces attributs ont changé du tout au tout. Dans l’acception qui prévaut à ce jour:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Un progressiste n’est pas (ou plus tellement) quelqu’un ou quelque chose qui marche – ou souhaite marcher – en avant, dans une direction quelconque, bonne ou mauvaise, afin de passer au delà d’un état donné. C’est avant tout, mais sans limitation, quelque chose ou quelqu’un qui nourrit un intérêt actif pour le social, l’abolition des genres, les droits de la femme et de l’homme, la répartition des ressources et de la richesse, l’écologie. En apparence et à son insu, le progressiste est une extension naturelle – mais non réclamée ou assumée – du socialiste, voire du communiste. Bref, c’est la facette lumineuse du monde qui nous entoure.</li>



<li>Un conservateur n’est pas (ou plus tellement) quelque chose ou quelqu’un qui veut maintenir un état de faits, bon ou mauvais. C’est d’abord et sans limitation quelque chose ou quelqu’un qui a un rapport étroit avec l’avoir et le pouvoir, binôme qui est lié au mépris et à la domination. Dès lors, par une extension censée normale dont il ne se reconnaît guère, le conservateur est transformé en réactionnaire, populiste, fondamentaliste et traditionaliste, alors que réaction, peuple, fondement et tradition n’ont aucune connotation négative, et cela encore aujourd’hui. Bref, c’est la facette sombre du monde qui nous entoure.</li>



<li>Un régressiste n’est pas (ou plus tellement) quelque chose ou quelqu’un de nostalgique, passéiste, qui – à tort ou à raison – déplore le paradis perdu de l’homme, mettant en exergue surtout ses devoirs, avant de veiller à ses droits. C’est quelque chose ou quelqu’un qui se revendique d’un âge révolu, qui tire en arrière, le parfait exclu d’une société qui le traite tel un marginal perdu dans les temps, à jamais hors de la réalité, et ainsi négligeable. Bref, coincé entre les facettes lumineuse et sombre du monde qui nous entoure, le régressiste est le chant mince, ciselé, donc rugueux de la monnaie, auquel nul n’est disposé de prêter l’attention.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">Reste enfin la quatrième catégorie, hors classes.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Elle n’a pas de nom, n’en a pas reçu, est réduite, éparse et peu connue. Ceux qui s’y retrouvent ne sont ni progressistes, ni conservateurs, ni régressistes. Comme point commun ils ne se réfèrent ni au monde qui nous entoure, eux avec, ni aux âges passé, actuel et futur. Ils ont existé depuis toujours hors du contexte, du contingent et du temps. Leurs énergies, leurs intérêts et leurs repères sont solidement ancrés loin au-delà: dans l’ineffable. Et cela continue. Grâce à eux, nous pouvons encore garder vif l’espoir de ne pas être seuls dans ce monde.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">[16 décembre 2015 – 13 février 2022]</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>(Les réflexions qui suivent tentent d’obéir à une cohérence absolue. Ce n’est que sur cette voie que les actions et les idées pourraient être validées entièrement. Mais comme par définition la cohérence absolue de l’homme est utopique, toutes ses actions et idées sont destinées à rester des hypothèses.)</em></p>
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		<title>Wehe den Besiegten</title>
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		<dc:creator><![CDATA[RaduRo10]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 10 Dec 2022 09:13:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une chose est sûre : prophète je ne le suis pas, donc je confie cette activité aux spécialistes. Dans ce texte il n’est cependant même pas question de prévision, car son sujet matérialise la sagesse qui dit «Chassez le naturel: il revient au galop». […]</p>
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<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>Vae victis </em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>autem</em> </p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>Ex ossibus ultor</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"></p>
</div>



<div class="wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><em>(Malheur aux vaincus) </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>(mais) </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>(Des ossements surgira le vengeur)</em></p>
</div>
</div>



<p class="wp-block-paragraph">Une chose est sûre : prophète je ne le suis pas, donc je confie cette activité aux spécialistes. Dans ce texte il n’est cependant même pas question de prévision, car son sujet matérialise la sagesse qui dit <em>«Chassez le naturel: il revient au galop»</em>. Donc:</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/12/Wehe-den-Besiegten-Vae-victis-809x1024.jpg" alt class="wp-image-31164" width="405" height="512" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/12/Wehe-den-Besiegten-Vae-victis-809x1024.jpg 809w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/12/Wehe-den-Besiegten-Vae-victis-237x300.jpg 237w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/12/Wehe-den-Besiegten-Vae-victis-768x972.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/12/Wehe-den-Besiegten-Vae-victis.jpg 1213w" sizes="(max-width: 405px) 100vw, 405px"></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Passé, présent et futur. Bref retour sur les derniers 120 ans pour observer en deux actes, chacun divisé en cinq étapes identiques,</p>



<p class="wp-block-paragraph">  • comment la loi physique action-réaction affecte les sociétés, </p>



<p class="wp-block-paragraph">  • la question générale de l’exagération et de la disproportion, </p>



<p class="wp-block-paragraph">  • le caractère répétitif (ou cyclique) des phénomènes, et enfin </p>



<p class="wp-block-paragraph">  • le tout par rapport au “bagage génétique” d’un peuple<span id="easy-footnote-182-31159" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/wehe-den-besiegten/#easy-footnote-bottom-182-31159" title="Il n’est question ici que de l&amp;rsquo;Allemagne. Au vu de cet écrit, la seule diffé- rence entre l&amp;rsquo;Allemagne et le Japon est que la première n’a pas subi la bombe atomique. C’est dire. "><sup>182</sup></a></span> et à sa place dans le monde à un moment donné et sur la durée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<table class="wp-block-advgb-table advgb-table-frontend is-style-default"><tbody><tr><td style="background-color:#ffffff"><strong>Temps passés. Acte I.</strong><br></td><td style="background-color:#ffffff"><strong>Temps actuels. Acte II.</strong><br>(conséquence et suite de l’Acte I)<br></td></tr><tr><td style="background-color:#ffffff"><strong>1. Prémices</strong><br><br>1900 environ : point de départ. La reine Victoria meurt. L’empire britannique – un des plus vastes de tous les temps – est à son apogée. C’est aussi l’époque d’autres empires coloniaux de l’ère industrielle : français, espagnol, portugais, russe, turc, austro-hongrois, allemand, belge, hollandais, japonais. Premier congrès sioniste. Guerre russo-japonaise. Première révolution russe. L’économie explose. Automobile, avion, électricité, téléphone, pétrole, finances.</td><td style="background-color:#ffffff"><strong>1. Prémices</strong><br><br>Années ’50-’60. État d’Israël. Décolonisation. Guerre froide. Les «&nbsp;trente glorieuses&nbsp;» battent le plein. L’Allemagne paye des réparations de guerre exorbitantes en force de travail, en intelligence et en espèces. Premières guerres israëlo-arabes. Simon Wiesenthal chasse les nazis. Adolf Eichmann est capturé, jugé et pendu. Guerre de sept jours avec occupation du Golan et du Sinaï. Jérusalem entièrement sous administration israélienne.<br></td></tr><tr><td style="background-color:#ffffff"><strong>2. Action disproportionnée</strong><br><br>1914, première guerre mondiale, entre puissances coloniales. D’une part la Triple Entente (France, Grande Bretagne, Russie), d’autre part les Empires Centraux (allemand, austro-hongrois, ottoman). À l’échelle du globe l’Amérique est à peu près un nain. Les premiers avions, sous-marins et chars d’assaut. La défaite des Empires. 1919 traité de Versailles. Sanctions inimaginables à l’encontre de l’Empire allemand. Démembrement des Empires austro-hongrois et ottoman. L’Allemagne, jusqu’alors fleuron industriel – chimie, transports, mécanique, sidérurgie – est liquéfiée.</td><td style="background-color:#ffffff"><strong>2. Action disproportionnée</strong><br><br>Années ’70-’80. Israël s’avance comme première victime de<br>la seconde guerre mondiale. Médiatisation. Mépris des résolutions de l’ONU. Persécution simultanée des Palestiniens. Achille Lauro. Septembre Noir. Jeux olympiques de München. Lobbying américain. Apport massif de capitaux et de population. Essor économique. Colonies en territoires occupés. Lobbying juif dans la politique internationale. La victimisation d’Israël est systématique. Des lois frappent tout soupçon d’antisémitisme. Le sujet devient tabou. Sabra et Shatila. Le chancelier allemand se rend en Israël.</td></tr><tr><td style="background-color:#ffffff"><strong>3. Conséquences</strong><br><br>1918, premier état communiste en Russie. Années ’20, apparition du national-socialisme allemand. Les «&nbsp;années folles&nbsp;». La république de Weimar. En une année, le cours dollar-mark passe à la puissance dix. 1929:  la crise. Détresse, misère, instabilité politique. Influence des milieux juifs dans la société et l’économie. Réponse aux conditions de Versailles : la poussée inexorable du nazisme. Apparition de mouvements et instauration de régimes nationalistes autoritaires en Italie, Espagne, Portugal, Belgique, Hongrie, Roumanie, Bulgarie.</td><td style="background-color:#ffffff"><strong>3. Conséquences</strong><br><br>Années ’90, fin de la guerre idéologique capitalisme-communisme. La nouvelle guerre économique et permanente s’ouvre. Ressources naturelles, eau, faim. Retour de l’antisémitisme sur fond de nationalisme et de protection identitaire. Des milliers de milliards dépensés pour les frères de l’Est. L’Allemagne devient le fer de lance européen. 3e mondial (Japon 4e). Chômage au plus bas. En revanche c’est un nain militaire. Klaus Barbie. 1990, première sortie de l’armée hors de ses frontières. Peuple las des crimes nazis ou las de se taire.</td></tr><tr><td style="background-color:#ffffff"><strong>4. Montée de la réaction</strong><br><br>1933, Allemagne. Réunion des compétences militaire, économique, technique, logistique, politique, doctrinaire. Travail, discipline, mobilisation, autoritarisme, totalitarisme. En 6 ans la culbute : revenue de nulle part, l’Allemagne devient une puissance mondiale. Dans la foulée elle aura repris le titre d’empire 15 ans après Versailles. Autoroutes, constructions, emploi. Quatre facteurs distincts imbriqués : rétorsion suite à l’humiliation de 1919; sémitisme comme bouc émissaire; esprit de supériorité tiré de la culture, histoire, science, technique; expansionnisme et hégémonie basés sur la force.  Espace vital : 70 millions sur 350’000 km2.<br></td><td style="background-color:#ffffff"><strong>4. Montée de la réaction</strong><br><br>Années 2010. L’Allemagne se voit comme “la vache à traire” d’une Union Européenne qui se voit à la botte de l’Allemagne. La NSA américaine espionne la chancelière. Où sont les amitiés d’antan ? Retour de boomerang du colonialisme de 1900. Brexit. Essor des partis dits populistes aux quatre coins du continent. Le pays accueille un million de migrants. 10% de la population totale vient d’Asie et d’Afrique. L’islam compte pour moitié. Le nouveau parti Alternative für Deutschland, déclaré nationaliste euro-sceptique, est la 5ème force politique dans le pays et Volkswagen le premier automobiliste mondial. Espace vital : 18% habitants de plus sur le même territoire.</td></tr><tr><td style="background-color:#ffffff"><br><strong>5. Réaction disproportionnée</strong><br><br>1939, deuxième guerre mondiale. Moins d’une génération après la première. Pires et plus amples atrocités de l’histoire connue, sans compter d’autres génocides de l’histoire, admis ou contestés. Défaite de l’Axe Berlin-Roma-Tokyo. Nouvelle danse des Alliés sur la dépouille de l’Allemagne. Les bombes atomiques anéantissent le Japon. L’Amérique gagne le statut de super-puissance et les Soviétiques s’engouffrent dans la brèche. Capitalisme contre communisme comme résultat idéologique. A contrario de 1919, le plan américain Marshall relève l’Allemagne (et l’Europe de l’Ouest) comme rempart contre l’URSS et la Chine. Envolées allemande et japonaise 15 ans après leur ruine.</td><td style="background-color:#ffffff"><br><strong>5. Réaction disproportionnée ?</strong><br><br>À suivre…<br><br><br><br><br><br><br><br><br><br><br></td></tr></tbody></table>



<p class="wp-block-paragraph">Et finalement cette image, dans l’éventualité où ce texte n’aura pas été suffisamment explicite.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/12/Wehe-den-Besiegten-Graphique-1024x615.jpg" alt class="wp-image-31176" width="512" height="308" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/12/Wehe-den-Besiegten-Graphique-1024x615.jpg 1024w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/12/Wehe-den-Besiegten-Graphique-300x180.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/12/Wehe-den-Besiegten-Graphique-768x461.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/12/Wehe-den-Besiegten-Graphique.jpg 1181w" sizes="(max-width: 512px) 100vw, 512px"></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">[7 octobre 2017, 2 décembre 2018, 3 janvier 2021]</p>
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		<title>Eine Familiengeschichte (7/7)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 26 Nov 2022 07:10:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>“Voilà-voilà ! Merci à tous pour avoir suivi nos interviews. Le tour de témoignages des Alterhaus est à présent fini, et nous tenons à remercier en particulier chaque membre de cette famille magnifique pour avoir si généreusement répondu aux questions que que nous leur avons posées […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">“Voilà-voilà ! Merci à tous pour avoir suivi nos interviews. Le tour de témoignages des Alterhaus est à présent fini, et nous tenons à remercier en particulier chaque membre de cette famille magnifique pour avoir si généreusement répondu aux questions que que nous leur avons posées: “<em>Comment voyez-vous la vie de la génération qui vous a précédé par rapport à celle de votre génération ? Et la vie de la génération qui a suivi la vôtre, toujours par rapport à celle-ci ?” </em>Lars, à vous. Quelque chose à ajouter ?”</p>



<p class="wp-block-paragraph">“Non-non, Alex, merci. Non, on te laisse continuer sur place. Mais d’abord, une page publicitaire.” [N.D.L.A. Pause 3 minutes.]</p>



<p class="wp-block-paragraph">“Voilà, encore bonsoir à votre enquête préférée de ce soir <em>“Qui sommes nous ?”</em> Merci Lars. Alors je vais à présent vous donner la parole, chers amis de notre émission, avec la première question: quels sont les phrases, les idées qui vous ont le plus marquées, qui vous semblent se retrouver le plus souvent dans ces témoignages ? Berndt ? Des appels ? Ah, voilà, oui ? Qui est à l’appareil ?”</p>



<p class="wp-block-paragraph">-Bonsoir, je suis Edgar Schtrontz, j’appelle de Jena. Je… Voir une telle famille aujourd’hui c’est… franchement admirable. Je vois que… malgré les différences d’âge, il y a une vraie relation… ces personnes ont… enfin, ils ont réussi à garder une liaison en dépit de leurs différences. Je leur dis bravo. Bravo ces gens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">-Amira Al-Zoulouff au téléphone, vous savez, chez nous c’est comme ça dans toutes les familles… oui… au Maroc, pas comme… et même qu’on habite toute la famille ensemble… des grands parents jusqu’au… petits enfants… et des fois les cousins… enfin…</p>



<p class="wp-block-paragraph">-Allô ? allô.. Ah, oui, bonjour. Mon nom est Meinbruck Grete.&nbsp; Je voulais demander à madame… euh… dame Erika… si elle n’a pas connu… ma grand-mère, Trauhof Inge… elle était aussi à la…</p>



<p class="wp-block-paragraph">-Oui, Gerd Schlechtermann de Berlin, salut, en fait… merci, en fait on voit qu’on n’est plus chez nous dans ce pays, avec tous ce…</p>



<p class="wp-block-paragraph">-Bonsoir, je pense qu’on ne répond pas à votre question. Ce qui revient le plus… ah, pardon… oui, euh… Sebastian Kron, Aachen, je suis retraité… euh… ce que je retiens surtout c’est que presque chacune de ces personnes pense avoir, ou avoir eu plus de chance que celle d’avant… que ceux de la génération d’avant ou… et d’après. Ils pensent tous que ce sont elles, les autres générations, qui ont été sacrifiées. Et… et quand on voit que ça… quand on se rend compte que ça couvre plus d’un siècle, 150 ans, sept-huit générations, c’est long, j’ai compté… vous savez ? quand on voit ça, on comprend qu’en réalité… comment dire ? c’est bien ça qui lie ces gens, c’est ce sentiment, cette conviction de faire partie… cette croyance qu’ils forment une même chaîne du sacrifice. Je trouve ça merveilleux, même si… enfin, même s’ils ne se rendent peut-être pas compte tous de ça, je ne sais pas si je… si je me…&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">“Si-si, Herr… Herr Kron, nous vous avons très bien compris et j’applaudis votre intervention. Vous avez raison. Je ne crois pas que c’est seulement l’union autour d’une idée, d’un idéal, d’un projet ou d’une cause, qui crée cette espèce de soudure entre les générations. Je crois que c’est aussi, et on l’a vu avec cette famille magnifique, une certaine forme de continuité, même… diffuse, comment dire ? qui lie les gens le long de leur vie. Et la peine, les épreuves, les pertes, l’espoir, ce sont tous des chaînons essentiels dans cette cohésion verticale, vous l’avez très-très bien exprimé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien. À présent nous passons à notre deuxième…”</p>



<p class="wp-block-paragraph">“Non, non, Alex, excuse-moi…”</p>



<p class="wp-block-paragraph">“Oui, oui Lars ?”</p>



<p class="wp-block-paragraph">“Oui, en fait non, écoute Alex, on me fait signe que nous avons déjà dépassé la durée de notre émission de ce soir et… malheureusement, chers amis, nous devons… nous ne pouvons pas la continuer. Alors si vous le permettez, je vais tirer rapidement les conclusions… ou plutôt LA conclusion qui me semble essentielle par rapport euh… à… par rapport au profil de notre émission. Qui sommes nous ? Qui sont ces personnes dont nous avons écouté les témoignages ? Eh bien, je dirais qu’ils sont les maillons d’une seule et même chaîne, par principe cohérente, mais… Mais cette chaîne, chacun de ses maillon donc, a sa propre particularité. Et je crois que c’est là que se trouve la beauté de cette composition: dans le mélange subtil entre continuité et spécificité, entre général et particulier. Et puisqu’on parle de maillons, j’applique cette observation à l’ensemble de la société, vue comme… comme une sorte de cotte de maille solide qui nous protège, mais… mais qui… mais où, par ci par là, eh oui, on découvre aussi des chaînons manquants.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">“Voilà ! Merci encore pour votre fidélité et rendez-vous la semaine prochaine. Liebe Freunde, guten Abend. Dragi prijatelji, dobro veče. Sevgili dostlar, iyi akşamlar. Tschüüss.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[25 juin 2020 – 12 novembre 2021]</p>
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		<title>Eine Familiengeschichte (6/7)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 12 Nov 2022 06:40:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>«Salut à tous, excusez l’aspect, j’ai fait une chute avec... en vélo et… bon, ça arrive. Oui. Oui, c’était un peu ma faute... rouler trop vite. Bon. Oui, alors mes parents. […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>5. Herr Dieter Alterhaus, père, assistant social (1995 -).</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">«Salut à tous, excusez l’aspect, j’ai fait une chute avec… en vélo et… bon, ça arrive. Oui. Oui, c’était un peu ma faute… rouler trop vite. Bon. Oui, alors mes parents. Je sais pas quoi trop dire. Ah oui, leur génération, oui. Je la connais pas trop. Je crois que ces gens-là ne juraient que sur le travail et… ne prenaient… pas de… jamais… excusez moi… [N.D.L.A. Il ferme le smartphone.] On a… Ils ont… … je sais pas, ma sœur et moi ont a eu… notre enfance a été très belle, très belle enfance, on allait de temps en temps à la campagne à côte de… de Freiburg, chez Oma und Opa, à la ferme. On se rassemblait la famille, Onkel Konrad, Elmar, Tante Helga, Kristine… enfin, on était assez nombreux, une fois j’ai connu aussi Onkel Josef. C’est Opa qui m’a appris à conduire la première BMW. Et puis ils se racontaient diverses choses, mais ça ne m’intéressait pas trop. Ils avaient, enfin, ils ont toujours, un chenil où ils ont des… comment ça s’appelle ?… des… Leonberger, vous connaissez ? Ah, absolument adorables, mais quand tu joues avec, tu dois te gaffer, avec leur 70 kg ! Ça tue ! Et voilà, bon, euh… non, je… à vrai dire je crois pas que je pourrais vous dire grand chose sur tous ces gens. En fait je pense qu’il y avait une sorte de… je sais pas, comme une retenue, comme ça, ces gens ne parlaient pas volontiers, surtout les vieux, je veux dire avec nous, les enfants. Kristine par exemple, elle était fascinée par les récits de Oma, on… elle m’a aussi raconté ce que Oma lui disait, mais j’arrive pas à trop comprendre, c’est des trucs qui ne collent pas trop. Bizarre… Voyez plutôt avec elle, Kristine. Donc voilà quoi.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Alors pour les gosses d’aujourd’hui je sais pas… Je crois qu’ils ne savent pas dans quel monde ils nagent. Moi chuis mitigé… ce qui me fait le plus… [N.D.L.A. Son smartphone vibre. Il regarde.] peur… c’est… ahh… pardon… ils n’arrivent, ils n’arriveront plus à assurer. Je veux dire… tiens, un exemple, j’ai un collègue, Klaus, Klaus Bäder, il a un gamin, Alois, il a 9 ans, 3 de plus que Nele. Ce gamin, il avait l’ordinateur déjà bridé, puis un soir il cherche lui dans l’historique du fils et typiquement tombe sur… vous avez compris non ? 9 ans !!! Ça fait peur. Un autre, Oplatka, un voisin de Klaus, il a trouvé de la blanche dans les poches de la veste de son fils. L’âge du gamin ? 11. Onze ans ! C’est là où je vois un vrai problème, le vrai problème, on l’a nous aussi, on l’a eu beaucoup, beaucoup de ma volée. Horrible. Je… Là je dois me sauver, il y a la séance du Klimapolitikgruppe B-B et chuis en retard. Ça, c’est une toute autre chose qu’ils vont souffrir ces enfants et là je parle même pas des migrants, je n’ai plus le temps, ex… Salut à tous.»</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>6. Nele Alterhaus, fille, écolière (2015 -).</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">«Bonjour… Je… Oui. Mama… Je sais pas quoi dire… Moi j’aime bien le Papa à Sadik, il est très gentil… Sadik fait du foot, il a 1o ans, il est le frère de Filiz, qui est ma meilleure copine, son Papa nous laisse jouer dans le magasin, il a un magasin avec plein de… il a des… il a aussi des poupées et je peux prendre des lokum aux pistache… je peux pas à la maison, Mama dit que c’est pas bon pour les dents… Mama est dentiste. Et… et Sadik… [N.D.L.A. À voix basse.] Sadik nous donne aussi sa Nintendo, dans sa chambre. Et… Je sais pas… Mais c’est quand son Papa n’est pas là.&nbsp; Puis la Mama à Sadik nous donne des baklava, mais moi j’aime pas trop, j’aime pas les baklava, c’est… ça coule… Oui, et… Moi Papa il m’a pris une fois à la place de la fontaine où il y avait plein de gens… je ne voyais rien… hi-hi, et il m’a pris sur les épaules et j’ai pu voir… c’était une… un monsieur qui disait <em>“et maintenant&nbsp; voici Kurt Schutz, ou Schulz,”</em> sais plus, et… mais ils criaient très fort, je ne voyais pas très bien, ils disaient “<em>à cause de tous ces… inc…</em>”, j’ai pas compris. Dans notre quartier… noon, c’est tranquille mais… mais… on ne peut pas trop jouer dehors, Mama dit que c’est dangereux, c’est vrai, y a pas trop d’enfants dehors… c’est dommage, moi j’aime jouer dans le parc.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Oui, moi j’aimerais beaucoup une… une… p’tite frère… une p’tite sœur. Parce que… je sais pas… j’aimerais bien, comme Filiz, elle a aussi une p’tite sœur… Ce… j’ai oublié comme elle s’appelle hi-hi-hi… j’ai oublié. Je peux prendre un biscuit ? Si j’ai une p’tite sœur je l’appelle Angelika.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[25 juin 2020 – 12 novembre 2021]</p>
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		<title>Eine Familiengeschichte (5/7)</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/fiction/eine-familiengeschichte-5-7/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Oct 2022 07:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Hallo. Votre démarche et en effet intéressante mais… je ne pense pas avoir le temps nécessaire pour élaborer sur ces deux sujets. Vous m’excuserez, j’ai encore une vingtaine de travaux écrits à corriger et je dois les déposer demain à l’école, alors…[…]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>4. Herr Karsten Alterhaus, grand-père, enseignant (1972 -).</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">«Hallo. Votre démarche et en effet intéressante mais… je ne pense pas avoir le temps nécessaire pour élaborer sur ces deux sujets. Vous m’excuserez, j’ai encore une vingtaine de travaux écrits à corriger et je dois les déposer demain à l’école, alors… Bien. Oui… Je peux fumer ? Ah, d’accord, je comprends… Alors je crois que la volée… cette… la génération de mes parents… elle a été… ça a été une génération de sacrifice, on pourrait dire. Ce sont des gens nés soit juste avant la guerre, soit pendant la guerre, soit juste après, et dans tous ces cas… je veux dire l’enfance, leur enfance a dû être tout sauf simple. La nourriture, l’hygiène, les chocs psychologiques, les réparations de guerre, la rupture du pays, imaginez… Puis s’ajoutent les horreurs de la thalidomide, le séisme que ça a produit dans la société. Je pense que je n’exagère pas si j’appelle ça une génération héroïque. Quelque part aussi leurs prédécesseurs, puisque c’est sur eux… en majeure partie c’est eux, c’est surtout eux qui ont fait de cette&nbsp; l’Allemagne ce que nous voyons aujourd’hui autour. Et en dehors. Nous, moi, mes amis, enfin ceux de mon âge… nous avons… Dieu merci ! nous n’avons pas connu la guerre, toutes ces atrocités, heureusement que pour nous ça a fini ainsi, sinon… autrement… quelque mois de plus et on aurait connu le sort des Japonais. Je n’ose même pas penser. Oui… Oui… Il ne faut pas croire, chacun a eu des cadavres dans le placard… d’une façon ou d’une autre. Regardez Barbie. Regardez aussi le fils Speer, la carrière qu’il a faite. Mais vous avez eu l’occasion écouter d’autres témoignages, n’est-ce pas ? Moi je parle de ce qu’on m’a dit, de ce que j’ai entendu dire, donc ce n’est… Voilà. Donc… je ne pense pas que c’est pertinent de… qu’on se compare avec eux, et surtout de comparer nos enfants avec eux. Ou encore nous, ma génération. Comment voulez-vous faire ça ?! Ce moment-là, je veux dire la guerre, la deuxième… mais non, même la Grande guerre, eux, mes arrière-grands parents on connu la Grande guerre, cette guerre-là, ces événements-là ça casse une nation, ça détruit, vous devez tout refaire de A à Z. Regardez la guerre d’Espagne, ou encore les Français avec leur résistants et leur collabos. Et quand ça vient si vite comme ça… donc il y a eu une foule de gens ici qui ont vécu… et ailleurs, bien sûr, et ailleurs… qui ont vécu pas un, mais deux traumatismes comme ça dans leur vie. Et nous alors ? Ha ! Oui, bien sûr, nous avons eu… enfin, vous savez comme moi, mais au moins nous avons mis bas le mur… je veux dire… nous, enfin, pas nous, mais la force du peuple, Gorbachev, Reagan, pour pas les nommer ceux-là… Il faut vivre des moments comme ça pour savoir ce que c’est ! Demandez à Nele ce qu’elle en pense ! Ha-ha-ha. C’est comme moi avec les deux guerres !»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Maintenant pour ceux qui viendront après, enfin… ceux qui viennent après nous, hé-hé… ceux-là… ceux-là ils ne savent, enfin, la plupart ils ne savent… la plupart… je ne sais pas comment dire ça. Ces gamins on leur a enseigné à l’école, encore maintenant, un autre récit. Sûr. Je peux vous le dire. Je suis bien placé pour le savoir. Moi j’enseigne les sciences de la nature, mais j’ai des collègues qui enseignent l’histoire. Prenez un élève de deuxième secondaire, il ne sait… enfin, il ne sait pas grand chose sur ce pays avant les années ’50. On traite l’histoire de l’Allemagne… il y a un bouquin entier, une année entière pour traiter l’histoire allemande du Saint Empire à nos jours, et l’avant-avant dernier chapitre est réservé à la première moitié du XX<sup>ème</sup> siècle. Sur une page ! Je ne vous raconte pas le contenu, même que je pourrais le faire en trois minutes… Puis bon… Mais de toute façon, ces jeunes ils ont d’autres chats à fouetter: internet, Instagram, ces choses là. Tu leurs montres à Nürnberg une façade criblée de traces de balles, ils te demandent si on peut vite aller casser la croûte vis-à-vis chez McDonald’s. Tu leur fais voir le bâtiment du tribunal et ils disent qu’il est moche. Je saaais, je sais, quand tu n’entends autre chose que <em>“Plus jamais ça.”</em>, c’est clair que… c’est clair. Je ne dis pas que c’est faux. Je dis juste qu’avoir la connaissance de ton histoire est… comment dire… crucial, quoi. Sinon tout est biaisé. Sinon tu ne fais que formater des gens tout comme ces énergumènes qui cherchaient à créer “l’homme nouveau”. L’homme nouveau… Pfff… Les Russes aussi, les Chinois aussi ont fait ça. Et les Américains ils font quoi avec l’extermination des autochtones, hein ? Demandez à un yuppie de la Fifth Avenue ce qu’il pense des massacres de peux rouges durant 500 ans… Bon, là je me perds un peu. Je vous disais déjà que des cadavres tout le monde en a, peut-être plus qu’il y en a des placards… Enfin, ces jeunes de nos jours, tout ce que je regrette un peu c’est qu’ils grandissent dans un pays qui… si vous voulez, quelque part est un pays nouveau. Pas nouveau-nouveau, comme l’Australie par exemple, mais ils n’ont pas des repères… comment dire… ils n’ont pas vraiment de vision sur leurs racines, d’où ils viennent. Chose surprenante d’ailleurs, puisque la fierté allemande est toujours droite dans ses bottes, si vous me passez l’expression… ha-ha-ha. Je ne sais pas où tout ça mène, mais à voir mes classes je dirais qu’on vit à présent un tournant de la société aussi abrupt que le passage à l’ère industrielle. Sauf que celui-là il a mis un siècle pour s’imposer… Mais pour dire vrai, on me disait presque la même chose quand j’avais 15-18 ans ! Maintenant je dois absolument vous laisser car m’attendent les vingt corrections. C’était un plaisir, au revoir.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[25 juin 2020 – 12 novembre 2021]</p>
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		<title>Eine Familiengeschichte (4/7)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 01 Oct 2022 07:36:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>«Je ne sais pas ce que ma mère a pu vous raconter mais je dois dire que pour moi c’est mieux comme ça. Elle parle beaucoup et parfois… Bon, l’âge […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>3. Herr Gotthold Alterhaus, arrière grand-père, mécanicien de précision retraité (1946 -).</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">«Je ne sais pas ce que ma mère a pu vous raconter mais je dois dire que pour moi c’est mieux comme ça. Elle parle beaucoup et parfois… Bon, l’âge… C’est à vous de… enfin… d’apprécier. Ces gens, elle, comme c’est gens qui ont vécu la guerre, ils ont des opinions qui peuvent… je ne sais pas, ça peut parfois… disons&nbsp; choquer. Moi j’ai une certaine estime pour cette génération qui a tout fait pour relever l’Allemagne. Les yeux fermés. Travailler, combattre, innover, se sacrifier… Je vous dis très franchement: je ne parle pas des nazis. Je ne veux même pas en parler et ça ne m’intéresse pas. Je parle de tout ce peuple, tout le reste de ce peuple qui… ils ont subi les foudres du monde entier alors qu’il était mené dans une folie meurtrière par… enfin… par une élite… de fous. Bien sûr que beaucoup ont composé avec le régime, même qui ont adhéré. Je sais… Bon, moi je sais tout ça parce qu’on parlait déjà à l’école… vous savez, j’était tout petit, 1o ans peut-être, mais j’ai connu encore la dénazification. Et à la maison… eh bien à la maison c’était un autre son de cloche. Marthe et moi on ne savait plus à quel saint se vouer, pour ainsi dire. Puis les choses se sont un petit peu calmées… disons que tout commençait à rentrer dans l’ordre. Comme disait ma mère, il y avait un pays à reconstruire, de nouveau…On nous a aidés, très bien, je ne dis pas le contraire, mais… comment vous dire ? un peu comme le Japon, eux ça a été pire que nous, mais à part les deux bombes, l’Allemagne était table rase, enfin… donc comme le Japon, à peine vingt ans après la guerre on était… pour ainsi dire on était de nouveau debout !! Vous vous rendez compte ? Ces gens-là, comme mes parents, c’est eux qui ont remis l’Allemagne sur pieds. Si vite. De ça, moi je suis fier, fier d’eux. Moi je faisais juste mon apprentissage. Et aussi tous ceux qui ont été recrutés par les militaires: les médecins, les ingénieurs, les professeurs… les artistes. Et même les ouvriers. Je ne vais jamais oublier mon maître d’apprentissage, Herr Schleiss, qui m’a appris le métier. Non ! Qui m’a appris d’aimer mon métier ! Vous me direz que je ne suis pas objectif, mais pour moi c’est eux qui ont poussé, qui ont relancé la société, ceux de l’âge de mes parents, et ensuite… ils nous ont passé le relais si vous voulez. Moi je crois que pour la plupart ça a été… leur génération a été une génération… je dirais sacrifiée. Certains comme soldats à Stalingrad, ou ici en Moselle, ou dans les U-Boot, Dieu sait où, d’autres comme ouvriers chez Krupp ou Hoechst, ou comme commissaires politiques à Leipzig ou… je ne sais pas, manœuvre à Rostock. Ou comme élèves à Berlin en bas du mur !… Moi je n’ai absolument pas honte de saluer cette génération.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Celle de nos enfants… enfin, ceux qui sont venus après nous. Évidemment, ceux avant nous ils disent que tous ces sacrifices, la guerre, la misère, ça a été fait pour nous. Ils l’ont fait pour nous. Ma génération. Et je suis prêt à le confirmer. Le fait est que lorsque Anja et moi, Anja est Danoise, quand on a eu Karsten, c’était l’année des Olympische Spiele in München. Quelle meilleure preuve qu’on était à nouveau pleinement reconnus ? D’accord, il y a eu cet horrible tragédie avec les Arabes et les Juifs… mais ça n’a rien eu à voir avec l’Allemagne, et Brandt a fait tout le possible pour… enfin, pour arrêter ça au plus vite. [N.D.L.A. Discutable…] Mais tout ça c’est du passé, le fait est que nos enfants ont… quelque part, vous savez ? ils ont encore profité des efforts de la génération d’avant la mienne. De la notre aussi. Mais les années ’70, puis un peu ’80, ont nettoyé les malheurs passés. Et eux ils n’ont eu qu’à profiter de cette prospérité. Moi j’avais un salaire confortable chez Märklin, cantine, quatre semaines de vacance, Anja tenait une épicerie cinq jours par semaine de… de sept heures du matin à sept heures du soir avec… quatre vendeuses, sur la Schubertstrasse. On allait en vacances avec les enfants, Karsten et Gerda, on allait chaque année en Italie ou en Grèce, ou l’Espagne. Eux ils ont fait du sport, Karsten du basket, il fait 1m92, elle de l’athlétisme. Et aussi du piano. Vous savez, parfois je me demandais… j’étais en déplacement avec le travail à Frankfurt, je buvais une bière sur une terrasse, je regardais la ville et je me demandais comment on a fait ?! Comment nos parents avaient fait ? Et nous après. C’était le temps de ces déments de Baader-Meinhof… des gens de mon âge qui avaient perdu la boussole, mais l’Allemagne se portait déjà bien et moi j’étais aussi fier de ce que je voyais… pas seulement de ce que mes parents avaient fait. On avait gagné deux fois la coupe du monde. Surtout on avait Kaiser Franz. Oh oui, ça a été une belle époque. Le monde s’arrachait nos voitures, et pas que ça. J’étais fier du Made in Germany, oui, oui… Mais c’est vraiment le sport où… tous les quatre ans on était parmi les meilleurs aux Jeux Olympiques… tu ne pouvais pas te mesurer aux Américains, cinq fois plus nombreux et qui ont des moyens… vous savez, ni aux Russes qui mettaient tout leur budget national dans le sport ! Ha-ha-ha. Oui-oui, tous ces jeunes ont pu profiter de cet… de cette prospérité, l’économie marchait bien, nos jouets se vendaient bien, rien à dire. Mais le meilleur cadeau a été la chute du mur. Je me rappelle comme hier, ces filles et ces garçons que dansaient sur les décombres. On avait tous les larmes aux yeux. Pour nous ça a été irréel. Ah, vous savez, c’est des pages d’histoire qu’on est content d’avoir vécu.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[25 juin 2020 – 12 novembre 2021]</p>
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		<title>Eine Familiengeschichte (3/7)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 17 Sep 2022 06:44:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>«Ma vie ? J’aime pas en parler... il y a des choses dans la vie, pas toujours… c’est pas toujours le bon choix. Je veux dire, si c’était à refaire... Peut-être qu’on le… on ferait autrement. […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>2. Frau Berta Alterhaus, arrière-arrière grand-mère, traductrice retraitée (1925 -).</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">«Ma vie ? J’aime pas en parler… il y a des choses dans la vie, pas toujours… c’est pas toujours le bon choix. Je veux dire, si c’était à refaire… Peut-être qu’on le… on ferait autrement. Sûr. Puis bon, on étaient jeunes, très jeunes, à cet âge-là, le choix, vous savez… Les garçons ils… c’était deux jumeaux dans ma classe, Jürg und Hans, ils sont entrés aux Jeunesses Hitlériennes bien avant la guerre. L’époque était comme ça. Leurs parents ne voulaient pas, mais… Nos parents, leur génération a vécu… a connu l’armistice, la honte, la misère après. Nous au moins on nous a présenté un idéal, je veux pas en parler là, vous comprendrez pas. Les garçons avaient aussi le travail, tout était à bâtir en Allemagne, on a eu les premières autoroutes là. [N.D.L.A. Faux: ce fut en Italie en 1924.] Mais les filles, nous… il n’y avait pas grand chose… alors mes parents m’ont… je ne leur en veux pas… j’ai été engagée dans la boulangerie Brotman… c’est drôle, non ? ha-ha, ce nom-là pour un boulanger, <em>“Brot-Brot-Brot, Gott liebt Brot”</em>, ha-ha, la réclame, vous savez ? C’étaient des Juifs, lui Russe elle Française, et là j’ai appris ces langues. Je ne l’ai pas cherché, mais ils ne parlaient pas l’Allemand, enfin très mal… ils parlaient comme ça entre eux, va savoir donc… Puis au début de la guerre il y a eu la diphtérie, Rudy, ma mère, mon père… Bon, alors comme on n’avait pas de remèdes ni l’argent pour… bon, j’ai répondu à une annonce de l’Abwehr… pour engager des filles parlant les langues. Moi je ne savais pas taper la machine, je savais préparer la pâte, ha-ha… mais j’ai appris vite. Et comme ça j’ai pu avoir des remèdes et aussi… bon, des choses. Pour tante Inge, pour les voisins du bas… bon, enfin. J’ai traduit pour l’Abteilung III Spionageabwehr. Comme ça j’ai appris la capture des frères Zettner, Hans und Jürg, un à Br… Bristol et l’autre en Crète. Je vais faire une petite pause. [N.D.L.A. Une heure après.] Voilà. Notre quartier était… comment ça… différent. On se connaissait bien. Un quartier modeste, plein d’enfants, mais des gens bien, travailleurs, la plu… bon un quart peut-être, dans la Wehrmacht, quelques Juifs… Cohn, Adler, Kr… enfin. C’était une petite vie agréable là, tout le quartier s’était donné la main et ils… ils ont aménagé une salle de cinéma. Les enfants, les voisins, on était une foule à applaudir “Olympia”, quel film ! Que voulez-vous ? Bon, puis il y a eu la guerre… À la guerre comme à la guerre… six ans durant je n’ai plus vu mes parents, j’ai dû suivre partout le colonel, puis en juin ’45 quand il… oui, chef à l’Abteilung III, il a été arrêté par les Anglais et… je sais pas ce qu’il est devenu. Mais moi et Otto on a pu nous marier, si vous voyiez le gâteau de mariage… ha-ha-ha…»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Oui-oui, les enfants… [N.D.L.A. Elle s’esclaffe.]. Les enfants… Eh bien, c’est pour eux qu’on l’a faite, cette maudite guerre. Mais on est allé trop loin, oui. Ça vous n’avez pas besoin de… de… je ne veux pas avoir d’ennuis. Finalement eux ils ont été comme une génération de… comment dire ça… de sacrifice. Pas nous. Nous on l’a voulu. Non, pas nos parents, pas nos enfants. Nous. Ma génération. Nous on a été fiers de pouvoir redresser ce pays. Mais l’après-guerre… vous n’imaginez pas ce que ça a été, surtout pour ces enfants… En plus on était en pays occupé. Heureusement je parlais le Français et le Russe, vous savez ? Et on a de nouveau perdu des terres… Bon, passons. Si je me rappelle tout ça… Les enfants… Nous avons eu trois enfants: Niels-Gustav (d’après mon frère) et Gotthold et Marthe. Ce nom – Gustav – ça a été comme une malédiction. Il jouait avec des amis du quartier, il y avait encore des bâtiments en ruine… et il a marché sur… [N.D.L.A. Elle s’arrête un moment. Sa voix tremble. Puis elle reprend.] Il avait cinq ans… Oui. Enfin… Bon. Puis ça a été le malheur de ‘61, qu’on étaient tous les quatre à Berlin-Tempelhof, en visite chez le beau-frère de mon mari, Josef, et Karin. Puis un soir on a mangé chez des amis de Josef qui habitaient à Pankow… et les enfants ont demandé à rester jouer et dormir chez eux. Ils avaient un garçon de leur âge. On s’est disputés, Otto et moi, lui ne voulait pas les laisser là… et finalement je l’ai convaincu, moi, la bécasse, la pire décision de ma vie… Et on est rentrés et on les a laissés là, chez le beau-frère et sa femme. Puis le lendemain… le lendemain on leur a téléphoné pour leur dire de prendre… le bus et rentrer… mais leur téléphone… au beau-frère, ne marchait pas ! Alors on a couru nous chez le beau-frère et… vous savez, non ? Quelle infamie, quelle infamie !… Rien n’a marché, on est rentrés chez nous… on étaient comme morts. L’un plus que l’autre. Moi pour mon idée maudite, lui pour avoir cédé. Impardonnable. Im-par-don-nable. Deux ans, deux ans on a été séparés d’eux, et eux de nous, impossible de… impossible de… de faire quoi que ce soit. Ce n’est qu’après la visite de Kennedy qu’on a pu les retrouver, on les a accueilli à Bösebrücke, moi je me suis presque évanouie… Ils étaient à peine reconnaissables. Grandis, mûris,&nbsp; pâles, surtout Marthe… On les avait laissé enfants et là… un jeune homme et une demoiselle. Une horreur, ce mur. Un pays coupé en deux. Ils avaient pris l’exemple en Asie, ces canailles ! Et comme nous, des milliers de familles… Des centaines de morts. Des dizaines de milliers incarcérés comme… comme “déserteurs”. Ha ! Vous vouliez la vie de la génération après nous. La voilà ! Comme si une honte ne suffisait pas, voilà une nouvelle honte.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[25 juin 2020 – 12 novembre 2021]</p>
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		<title>Eine Familiengeschichte (2/7)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 03 Sep 2022 07:18:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>«Oh, que pourrais-je vous dire ? Vous savez, j’ai de la peine à me souvenir. Tout à tellement changé depuis. Ça me fait de la peine de me souvenir. […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>1. Frau Edith Alterhaus, arrière-arrière-arrière grand-mère, infirmière retraitée (1903 -).</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">«Oh, que pourrais-je vous dire ? Vous savez, j’ai de la peine à me souvenir. Tout à tellement changé depuis. Ça me fait de la peine de me souvenir. À l’époque on parlait peu à la maison, mes parents. En tout cas devant nous, les enfants. Nous étions sept. Les enfants. Père parlait peu. Mère encore moins. Quand mon père parlait, c’était surtout pour nous sermonner. Et chaque fois il nous rappelait la vie dans les tranchées. À Saarbrücken et à Weissenburg. Il nous disait qu’on devait être heureux de manger à cette table-là. En fait on mangeait très mal. Pommes de terre, choux, haricots, enfin… Je peux avoir un verre d’eau ?… Il était si fier d’avoir été décoré par le maréchal von Steinmetz lui même, lui et deux camarades. J’ai oublié leur noms. Puis il se vantait avec ses blessures, il nous montrait les cicatrices au dos et tapait sa jambe en bois avec le dos de la cuillère. Merci. Toc, toc, toc, toc. Ensuite il se jetait sur la carafe de vin et nous on prenait peur. Mes petits frères surtout… Car il se mettait en colère quand il en venait au patron de l’entrepôt où il travaillait. Puis à peine qu’il se levait, toc, toc, toc, toc, et il tombait comme un tronc sur le lit. Et ma mère ne disait mot, elle hochait seulement la tête et marmonnait des chose. On ne savait pas quoi. Elle n’était pas heureuse, ma mère. Mais avec nous, les enfants, elle l’était, elle nous aimait beaucoup. Mon père aussi, il nous aimait, sauf que bon, c’était à sa façon… Pourtant, nous, dès qu’on voyait qu’il dormait, nous quittions la maison en débandade pour retrouver les enfants des voisins. C’est ce que je me rappelle. Ah, oui, la vie de mes parents… Que voulez-vous ? Ce fut un temps où on ne pouvait pas être sûr de quel côté on se trouvait. Il y avait beaucoup d’agitation, vous savez ? Empire à gauche, Empire à droite, et nous, entre les deux. Les gens avaient appris à composer avec. Ça avait aussi ses avantages. Ici on apprenait les langues. On a été parmi les premiers à éclairer les rues à l’électricité. Et puis les tramways… Sans chevaux! Encore un peu d’eau s’il vous plaît. J’adorais me tenir sur la plateforme. Le conducteur était un oncle très éloigné, ancien du Kamerun. Là il s’était exercé au commerce du coton mais il avait fait faillite. Petite, je me tenais souvent à ses côtés. Il était si fier à conduire “son” tramway. Il chantait du “<em>Parsifal”</em> et récitait par cœur “<em>Der Wille zur Macht”</em>. Des passages. D’ailleurs il portait la même moustache que Nietzsche. C’était drôle. Bah, qu’est-ce que vous voulez ? Ça avait été une époque… ces gens-là avait découvert la “modernité” ils disaient. Ça vous change, vous savez ? Merci. Mais les hommes en Zylinderhut saluaient encore les dames dans la rue, alors que… Je crois qu’ils ont bien vécu. Plein de choses…»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Bon, euh… pour ceux après nous ça a été eine Katastrophe. Un dé-sas-tre! Moi j’ai dû me marier jeune. Mon mari avait 30 ans, dix ans… non, onze ans plus que moi et une situation meilleure. Il était adjudant-chef, alors que moi je n’avais aucune formation. Que voulez-vous ? Je venais de finir l’école. Je faisais la couture. Et les enfants… Ils sont tous nés, quatre, pendant la République. &nbsp; Mais c’était très dur, très-très dur, vous savez ? La solde de mon mari… Werner, la solde ne suffisait pas. Pardon, je peux prendre un biscuit ? Oui ? Merci. C’était tantôt bien, tantôt pas bien du tout. Les garçons on vite commencé à gagner quelques sous chez … comment il s’appelle ?… enfin, le cordonnier. Puis en… je ne me rappelle plus l’année exacte, on a pu acheter notre première radio… une radio Seibt, oui, je crois que c’était en 1928… et on écoutait, on écoutait celle-là… Claire… Claire Waldorf, c’était merveilleux… non, Claire Waldoff, c’est ça, oui. Je peux un autre biscuit ? Merci. Et puis… mais il… on n’avait pas autre chose pour… on n’avait pas la télé et les enfants adoraient la radio, on écoutait aussi… Maurice Chevalley, j’adorais. “Dans la vie faut pas s’en faire. Moi je ne m’en fais pas.” Hi-hi-hi… Ah oui, Maurice Chevalier, pardon. Oui… Puis bon, ça a passé comme ça et tout à coup on a eu la crise et Dieu merci! mon Werner a pu garder son emploi à l’armurerie, sinon ça a été partout un cauchemar, les files de gens sans emploi… enfin, vous connaissez. Ah oui, oui, eh bien les enfants ont grandi comme ils ont pu, enfin, comme on a pu les élever avec tous ces… toutes ces turbulences. Rudy est parti à douze ans comme apprenti menuisier, Gustav… le petit pauvre, on l’a perdu… le tétanos… il n’avait que huit ans… ensuite Berta elle est restée longtemps avec nous. D’un côté on a eu, j’ai eu de la chance avec elle, d’un autre côté… mais bon, puis Hilda… Hilda a été ma joie, elle a fait du violon et a pu entrer à… la… à la Strassburger Philharmoniker, oui, puis elle est parti à Stuttgart,&nbsp; puis à Wien, non, Zürich… maintenant elle est en Argentine, à Sao Paulo, cela fait longtemps que je ne l’ai plus vue… mais elle m’écrit. Je suis un peu fatiguée, un peu d’eau s’il vous plaît. Et… Oui, et puis … moi je crois qu’ils ont eu la vie beaucoup plus dure que nous, Werner et moi. Bon, lui a dû partir, il a fait la Libye. Merci. Ensuite on l’a muté plus près, à Metz, et là il est tombé dans une embuscade. Je l’ai cru mort mais non, il est rentré, mais il était comme mort… enfin… C’est que… oui, après la crise il y a eu celui-là qui est venu et tout a changé, vous savez ?… Rudy, Werner, Berta… S’il vous plaît, j’aimerais me reposer un peu.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[25 juin 2020 – 12 novembre 2021]</p>
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		<title>Eine Familiengeschichte (1/7)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 20 Aug 2022 08:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>“Bonsoir! Bienvenue à votre émission d’enquêtes préférée “Qui sommes nous ?”. Je suis Lars Winkler et aujourd’hui j’ai le privilège de vous convier à une rencontre singulière. […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">“Bonsoir! Bienvenue à votre émission d’enquêtes préférée <em>“Qui sommes nous ?”.</em> Je suis Lars Winkler et aujourd’hui j’ai le privilège de vous convier à une rencontre singulière. Notre équipe est allée en Allemagne pour vous… Non, je ne veux pas brûler les étapes et passe directement la parole à notre investigateur. Tu es là Alex ?”</p>



<p class="wp-block-paragraph">“Oui-oui Lars, bonsoir et merci ! Un progrès évident du monde actuel est l’augmentation de la longévité humaine. Au temps des croisades, l’on mourait souvent à 35 ou 40 ans et souvent par l’épée. Aux XVI<sup>e</sup> et XVII<sup>e</sup> siècles, on n’avait toujours pas trop avancé, souvent pour cause de pandémie. Il a ainsi fallu attendre la fin de la dernière guerre pour voir doubler cet âge dans une poignée de pays. Pourtant, juste quelques dizaines d’années plus tard, en ce XXI<sup>e</sup> siècle bien entamé, il n’y a jamais eu de par le monde autant de centenaires, femmes et hommes. Et le tapage qui s’amplifie autour du titre de plus vieux humain fait monter en conséquence le compteur des années vers des chiffres jamais rencontrés, bien sûr sans compter ceux du Vieux Testament.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour revenir donc, arrivés au seuil de la maturité, rares étaient jadis les enfants qui voyaient encore leurs géniteurs. Autrement dit, des grands-parents vivants étaient des exceptions au sein&nbsp; d’une règle générale disons, où la vie était rendue courte entre autres par les éléments, l’ignorance, la violence, l’insalubrité, la précarité. Vu du Moyen Âge, ce n’est pas que le “tableau” offert de nos jours par l’exemple que je vous présenterai serait tout à fait impensable. C’est qu’il aura déjà été élevé au niveau de la légende des Nibelungen. En ligne droite verticale, notre famille allemande de ce soir a donc six étages. Elle est composée de six générations, toutes vivantes, bien sûr. Cette famille allemande reçoit ici un pseudonyme qui assure son anonymat: Alterhaus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les Alterhaus vivent, tous, dans cette petite ville de la Sarre située près de la frontière lorraine. Plus exactement, ils sont même les piliers de cette ville dont au fil des siècles, certains des ancêtres de leur grande famille furent qui chevalier, qui abbé, apothicaire, maire-adjoint ou député régional. Une place porte leur nom. Le buste d’un aïeul, professeur émérite de chimie, se dresse sur le parvis du lycée, alors que le nom d’un autre précurseur est frappé dans l’obélisque de granit érigé en mémoire des soldats tombés pour la patrie. Quand on parle de la localité, ce nom revient presque sans faute, car peu de choses ne lui sont pas reliées, du supermarché au parc, en passant par le club de foot actif dans la Regionalliga West, le dispensaire et la gare.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, il n’en fallut pas plus à notre équipe pour que cette histoire, cette situation – si ce n’est unique, en tous les cas hors du commun – suscite notre intérêt. Et vous le constaterez, nous n’avons pas été déçus. Dans un premier temps, nous nous sommes proposé de convier l’ensemble de ces générations – six – autour d’une même table et d’un même sujet que nous avions préparé à l’avance. Mais nous avons vite trouvé ce choix lourd et sûrement peu fructueux pour réunir des témoignages individuels sincères, donc crédibles. Alors nous avons choisi de retrouver séparément chacun des membres de cette lignée. Le résultat, le voici. Quant à moi, je vous rejoindrai au final de l’émission pour tracer ensemble avec vous les conclusions de ces entretiens.”</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Voix off) Nous avons préparé deux questions que nous avons posées à chacun: “<em>Comment voyez-vous la vie de la génération qui vous a précédé par rapport à celle de votre génération ? Et la vie de la génération qui a suivi la vôtre, toujours par rapport à celle-ci ?”</em> Aucune limite de temps pour s’exprimer n’a été fixée et nous les avons invités à le faire en toute liberté. Après quelques petites retouches inévitables, voici ces témoignages en leur intégralité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>1.Frau Edith Alterhaus, arrière-arrière-arrière grand-mère, infirmière retraitée (1903 -).</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[25 juin 2020 – 12 novembre 2021]</p>
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		<title>L’âge des proscris  ou Le normal anormal versus l’anormal normal et vice-versa</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 Aug 2022 04:53:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’âge des proscris est celui où (presque) tout ce qu’a été la vie habituelle de l’homme le long de l’histoire n’est d’un coup plus admis ou accepté car inconvenant, faux, dangereux, inadéquat, illégal, abusif, mauvais. […]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lage-des-proscris/">L’âge des proscris  &lt;span style=&quot;font-size:0.8em;&quot;&gt;&lt;br&gt;ou &lt;br&gt;Le normal anormal versus l’anormal normal et vice-versa&lt;/span&gt;</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">L’âge des proscris est celui où (presque) tout ce qu’a été la vie habituelle de l’homme le long de l’histoire n’est d’un coup plus admis ou accepté car inconvenant, faux, dangereux, inadéquat, illégal, abusif, mauvais. À l’âge des proscris, deux hydres rivales hantent et s’entre-dévorent, pour abattre sur nous chaque jour leurs lambeaux infects. D’une part, les vieilles idées préconçues de base: le mépris, l’élitisme, le patriarcat, la condescendance, le racisme. S’oppose la folie de la correction religieuse, politique, morale, sociale et identitaire par l’égalité sans bornes et à tout prix, par l’uniformité via l’écrasement – critère unique et but évitant toute atteinte possible à la personne et à la communauté. Les interdits chassent les excès, assurent la sécurité, fixent le terrain de ce carnage destiné à défendre la société civile et, par là, à établir partout, <em>nolens volens</em>, le progrès et la démocratie. </p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-medium"><img loading="lazy" decoding="async" width="212" height="300" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/08/Lâge-des-proscris-ou-Le-normal-anormal-versus-lanormal-normal-et-vice-versa-212x300.jpg" alt class="wp-image-30915" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/08/Lâge-des-proscris-ou-Le-normal-anormal-versus-lanormal-normal-et-vice-versa-212x300.jpg 212w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/08/Lâge-des-proscris-ou-Le-normal-anormal-versus-lanormal-normal-et-vice-versa-724x1024.jpg 724w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/08/Lâge-des-proscris-ou-Le-normal-anormal-versus-lanormal-normal-et-vice-versa-768x1086.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2022/08/Lâge-des-proscris-ou-Le-normal-anormal-versus-lanormal-normal-et-vice-versa.jpg 945w" sizes="(max-width: 212px) 100vw, 212px"></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Attention à ce rouleau compresseur et gare à toute hostilité ou obstacle ! Voici quelques exemples de choix parmi tant d’autres.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Esklødë</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Esklødë fut une bien pauvre et vieille paysanne, mi peau-rouge mi noire, juive, lesbienne, handicapée et retardée, salariée d’un asile de fous, alcoolique, morte par overdose. <span id="easy-footnote-183-30905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lage-des-proscris/#easy-footnote-bottom-183-30905" title="Résumé en 26 mots, soit 146 caractères sans espace"><sup>183</sup></a></span> Non. Archi-faux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Esklødë fut un(e) person(ne) démuni(e) de ressources matérielles et financières, d’un âge avancé, venu(e) du secteur primaire, mi natif/ve américain(e) mi africain(e), qui faisait partie du peuple issu du royaume biblique d’Israël, éprouvait un fort désir hormonal pour des êtres avec le même ensemble d’éléments cellulaires qu’iel, qui révélait un certain déficit physique et dont l’état intellectuel observé se situait en dessous de la moyenne établie, qui avait l’habitude d’absorber en grandes quantités des liquides avec un dosage très élevé de molécules inflammables obtenu de la distillation de divers(es) fruits et légumes, collaborateur/rice rémunéré(e) d’une institution médico-sociale pour humains qui sont marqués par une série de désordres physiologiques ou psychiques pouvant mener à des troubles du comportement ou de l’esprit qui laissent supposer une altération pathologique des moyens mentaux, ayant cessé d’être en vie comme conséquence de l’intoxication avec une/des substance(s) hallucinogène(s).<span id="easy-footnote-184-30905" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/lage-des-proscris/#easy-footnote-bottom-184-30905" title="Même résumé qu’au dessus, mais en 156 mots et 876 caractères sans espaces, soit six fois plus."><sup>184</sup></a></span></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Le/a lieu/e</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’opérateur/e aperçut un/e sign/e que le/a chais/e était prêt/e. Le/a port/e s’ouvrit laissant deux assistant/es accompagner le/a person/ne qui n’opposait la moindr/e résistanc/e. Les yeux/es perdu/es, just/e si iel traînait un/e peu/e les pied/e/s. Arrivé/e/s devant l’instrument/e de mort/e, ielles s’arrêtèrent silencieux/ses, puis/e se tournèrent vers/e le/a paroi/e en ver/re derrièr/e, où étaient assis/es les contrôleurs/es de l’opération/e. Certain/e/s visag/e de marbr/e, d’autr/e/s mouchoir/e/s aux yeux/es. Un/e des assistant/e/s déchaîna les pied/e/s du/de la person/ne. L’autr/e l’assit sur le/a sièg/e en bois/e et appuya son/sa poitrin/e contr/e le/a dossier/ère. Ensuit/e, les deux attachèrent les bras/es aux appui/e/s puis/e se mirent en repos/e. Un/e pasteur/e entra, livr/e en main/e, mais/e on le fit vit/e sortir. Un/e troisièm/e assistant/e, visag/e grav/e, s’avança en silenc/e depuis/e l’arrièr/e du/de la chais/e pour enfiler un/e cagoul/e sur le/a têt/e aton/e. Pour finir, les trois se retirèrent, fermant le/a port/e derrièr/e eux/es. Le/a rideau tomba en deçà du/de la paroi/e en verr/e et le/a lumièr/e s’éteignit dans le/a local/e d’application/e. Vinrent un long éclair/e intermittent/e qui illumina le/a rideau et un/e crépitement/e saccadé/e, fort/e pénibl/e, suivi/e/s d’un/e long/e paus/e où l’on ne put entendre qu’un/e succession/ne de sons/es étouffé/es, suivi/e du/de la rideau qui se leva lentement laissant découvrir le/a lieu/e vid/e. Au centr/e il y avait toujours/e le/a mêm/e chais/e, vide, prêt/e pour le/a prochain/e séanc/e.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Kweoudjima</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis que la mémoire existe, la lignée de Kweoudjima Gwé à toujours été démunie. Faux ! N’est démuni que celui comparé au nanti. Une abeille n’est ni nantie ni démunie; elle n’est que l’égale de sa voisine, et toutes ne sont démunies que par rapport à la reine, seule nantie. Encore que cela reste à débattre. Tel les Gwé. Jadis, un ancien (on ne tient ici de registre d’état civil) avait même servi comme grand chef de cette tribu. Nus, tous ça chassait, cultivait, cueillait, dansait, mangeait, priait, chantait, mourrait. Puis, de l’au-delà des mers vinrent les grands hommes ferrés. Et ils apportèrent des leurres, des babioles et de l’eau qui brûle. Et ils écorchèrent les troncs, creusèrent la terre, fouillèrent les sources, coupèrent les bois, emportèrent des pierres colorées. Et pour finir ils emportèrent les familles, attachées. C’est ainsi qu’ils se retrouvèrent démunis, c’est-à-dire misérables. Depuis arrière-arrière-arrière-grand-père et jusqu’à grand-père, qui s’est battu pour que cela cesse. Et ça a cessé, sauf la misère qui s’était incrustée pendant des siècles. À l’échange ils ont gagné touristes, tévé et Yookos. Alors on voit qu’avec une thune par jour, mieux vaut être démuni, car en fait on n’a rien. Pour ça, le touriste se paye un cola à l’hôtel, tandis que ça gagne chez lui dix fois plus à cueillir des fraises et cent fois si t’es est bien plus malin. On sort alors tout son avoir, paye le guide, marche 1800 km, paye le passeur, prend avec 28 autres un canot à 15 qui se fait stopper en pleine mer, on chavire et on se noie, car le quota final est atteint.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Stuarte</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">D’une part fort de la nouvelle neutralité des genres instaurée par la loi fœmme et de l’autre fort de certaines cartes bien jouées, Stuart a pu vite devenir la premier mâle à se faire implanter avec succès un appareil uro-génital féminin complet sans pour autant devoir déposer son appareil uro-génital masculin, déjà complet. C’est par un tel exploit scientifique qu’iel put obtenir le privilège de copuler plénièrement tant avec un femelle qu’avec une mâle, parfois en simultané. La modification étant pourtant notable, au début Stuarte a quelque peu mélangé les dates et hop! iel s’est vu – au 7<sup>ème</sup> ciel – enceint. La grossesse fut tip-top. Neuf mois plus tard, la sage-homme veillant aux moindres soins de la gestation lui mit au sein une sublime fille de sexe féminin, au bonheur de ses pères. Grâce à d’amples mamelles et à une bonne lactation, un certain temps Stuarte pu allaiter la nourrissonne à leur mutuelle satisfaction. Toutefois, au fil des semaines la source diminua peu à peu, la bébé réclamant toujours du lait véritable. La mère-père dû ainsi être remplacée par la plus fécond nourreur connu. Pour des mamelles, celle-ci avait en effet choisi deux pis de vache à huit trayons au total lors de la greffe d’un appareil uro-génital féminin complet. Forte de cette source généreuse, la fille grandit en un jour comme d’autres en un mois, de sorte qu’au jalon d’une année de vie elle put déjà aller à l’école. La suite de histoire ayant &nbsp; été perdue, nous ignorons hélas! si plus tard elle a suivi le modèle de son mère-père ou a bêtement marié un garçon quelconque.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Fiodda…</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">..est l’exemple parfait de l’homme parfaitement moderne. Aînée d’une riche famille de l’Europe du Nord, à l’écouter déjà qu’elle s’est tôt installée au Tropique du Cancer pour jouir d’un climat agréable et d’un cadre de liberté, plus près de la nature, de l’authenticité, de la vraie vie enfin. Intimement harmonisée à son environnement, arrivée au bel âge, mère accomplie, la voici préceptrice de ses six enfants. Ses préceptes sont simples, forts, sûrs et vrais. On s’habille lorsqu’on a froid. (Rare, au Tropique.) Et si on a froid, par exemple quand on brûle, on se couvre avec la peau d’un animal, mort. Au besoin on se chauffe au bois. À propos, on ne prend aucun médicament, puisqu’on a la sève et les extraits des plantes. On boit l’eau de la source. On ne mange ni l’animal ni ses produits, mais on utilise ses poils pour faire mille choses dans la maison et la vie de tous les jours. On ne touche pas aux piles, au verre, papier, métal, plastique, voiture, radio, internet, bref le tout électrique. On se déplace à pieds. Le soir, si besoin, on s’éclaire au feu de bois, mais dans la règle on s’endort dans des lits faits de paille et feuilles de palmier. Fi de velcro, kärcher, caddie, plexiglas, kleenex, téflon, on se fabrique le strict nécessaire à partir de ce que la terre veut bien nous offrir: glaise pour des pots, branches pour les outils, feuilles pour les habits, fientes pour l’engrais. Puisqu’on est en équilibre idéal avec Mère Gæa, on ne la lèse d’aucune manière, on est empreinte carbone zéro, voilà donc pourquoi le climat nous dit: bravo et merci !</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Yachnoul</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En été, tout le village est dans la joie de la récolte: les femmes à cueillir le pavot et à couper les tiges, les hommes à fumer le narghilé, séchant front et nuque, et les petits à jouer au ruisseau scrutés par leurs mères. L’école n’est pas encore là. En fait, il n’y en a même plus depuis le missile perdu sur la cabane. Les jeunes sont partis, l’on ne sait trop où, relayés par l’unité de la force de paix alors que le bled n’a pas connu de conflit. Maudit missile ! Les 150 baraques genre Star Wars se croient chez eux même si nul ne capte leur charabia. Au moins ceux-là aiment l’industrie locale et ferment donc l’œil sur les revenus des gens. Et un jour c’est le tapage: un gros pickup avec mitrailleuse lourde freine en plein marché, suivi par deux 4×4 et un bus rempli de gens et le toit d’antennes. Les véhicules se vident illico et en plein chahut, malgré le sac en jute jusqu’au genoux, on flaire Yachnoul, fierté du village, cerné par six balèzes masqués. Alors champs, huttes et ruisseau se vident et – poings levés – ça se met à s’arracher les habits, à crier, se tirer les cheveux, tomber à terre, courir. Et la force de paix qui ouvre un grand cercle autour, mouille au froc et fusils d’assaut en joue. Un gradé tente d’appeler au calme et crie des infos que personne n’écoute. Une tête sortie de la foule agite quelque c… Une rafale part. Une autre. Pause. Les caméras tournent. Des hurlements fusent. À 8000 km de là, aux <em>news</em> du soir on voit les adeptes d’un terroriste attaquant la force de paix, qui s’est défendu. Bilan: six morts dont une enfant de trois ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[6 février 2022]</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Un étrange pays 5/5</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/fiction/un-etrange-pays-5-5/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 Jul 2022 07:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://lecorbeaublanc.me/?p=30861</guid>

					<description><![CDATA[<p>– Petit, tu connais une belle histoire ?<br />
– Oué je-sais-je-sais, je vais te raconter une histoire grand-père.<br />
– Mais oui mon petit, bien sûr, si tu sais. [...]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">V. Et pour finir, plongeon au pays du pote, de Mo, Kita et Bozo</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Petit, tu connais une belle histoire ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Oué je-sais-je-sais, je vais te raconter une histoire grand-père.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais oui mon petit, bien sûr, si tu sais.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ouésh<span id="easy-footnote-185-30861" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/un-etrange-pays-5-5/#easy-footnote-bottom-185-30861" title="<p>abuser &amp;#8211; exagérer</p>
<p>arrache &amp;#8211; impressionner</p>
<p>badass &amp;#8211; dur à cuire</p>
<p>baé &amp;#8211; copine</p>
<p>balek &amp;#8211; je m’en bats les couilles</p>
<p>boloss &amp;#8211; naze</p>
<p>cassé &amp;#8211; vaincre</p>
<p>cassos &amp;#8211; cas social</p>
<p>chiller &amp;#8211; se calmer</p>
<p>chiner &amp;#8211; draguer</p>
<p>clasher &amp;#8211; anéantir</p>
<p>cool &amp;#8211; agréable, bien</p>
<p>crème (ça passe) &amp;#8211; comme dans du beurre</p>
<p>déter &amp;#8211; chaud, partant, déterminé</p>
<p>fils de pute &amp;#8211; juron</p>
<p>génial &amp;#8211; très bien, excellent</p>
<p>hess &amp;#8211; misère</p>
<p>hype &amp;#8211; battage médiatique</p>
<p>lové &amp;#8211; argent</p>
<p>meuf	&amp;#8211; femme, fille</p>
<p>noraj &amp;#8211; ne pas s’énerver</p>
<p>OKLM	&amp;#8211; au calme</p>
<p>omagad	&amp;#8211; oh my god</p>
<p>ouésh	&amp;#8211; oui, c’est ça</p>
<p>sbeul	&amp;#8211; désordre</p>
<p>seum	&amp;#8211; haine, rage</p>
<p>socoman	&amp;#8211; c’est comment? </p>
<p>soss	&amp;#8211; pote</p>
<p>staïve	&amp;#8211; c’est ta vie</p>
<p>surkiffer	&amp;#8211; aimer beaucoup</p>
<p>t’inquiète	&amp;#8211; rester tranquille, se calmer</p>
<p>wesh	&amp;#8211; ça va? </p>
<p>yo	&amp;#8211; salut</p>
<p>yolo	&amp;#8211; on n’a qu’une vie</p>
<p>zouz	&amp;#8211; femme, fille</p>
"><sup>185</sup></a></span>. Y a un soss badass Mo qui surkiffe une baé mais elle elle sais pas, la meuf Kita arrache, des nibs comac…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– !…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …trop cool, alors viens un pote à lui lui dit: yo, wesh ?, omagad, t’sé, y’a ce boloss à la zone, Bozo, c’est la hess chez lui…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– !!…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– t’sé ?, et Mo y fais: ouésh ?, l’autre y fais: fils de pute y veut chiné la zouz, c’est le hype à l’école, faut clasher ce cassos…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …alors Mo y fais: t’inquiè-ète mec, faut chillé, noraj, balek, slaïve, et l’autre alors, la seum: yolo duc, t’abuse là, socoman…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais… mais enfin… tu as lu…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– … socoman alors ? t’as pas les cohones ? badass de mes deux, là t’es cassé là… on le gomme, ça passe la crème, moi je suis déter…&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …tu as vu où cette… enfin… histoire ?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">– OKLM mec, fait le Mo, ça va giclé la sbeul… passe-moi un peu des lové…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Héi ! Heei, stop. Je t’ai demandé où t’as appris cette histoire ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …toi génial, fait le pote… comment ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …mais… sur Insta, grand-père, sur Insta.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …</p>



<p class="wp-block-paragraph">[7 février 2020 – 31 janvier 2022]</p>
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		<title>Un étrange pays 4/5</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 Jul 2022 07:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Crack ! «Ah ça ! Encoore...» A chaque pas, le branchage filou semble s’épaissir. Plus moyen de se faufiler sans bruit à travers l’enchevêtrement de rameaux secs et de bûches pourries garnies d’une grosse mousse tantôt ambre, tantôt verte. Et encore pock ! [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">IV. Les jumeaux trappeurs, la vilaine sorcière et le prince persan</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Au même moment:)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Crack ! «Ah ça ! Encoore…» A chaque pas, le branchage filou semble s’épaissir. Plus moyen de se faufiler sans bruit à travers l’enchevêtrement de rameaux secs et de bûches pourries garnies d’une grosse mousse tantôt ambre, tantôt verte. Et encore pock ! «Pas la peine de… ça doit être un bolet écrasé. Börk ! Bon, en avant toujours.» Le soleil est rare. Par endroits, quelques flèches d’or gagnent sur la feuillée touffue. «Heureusement.» Serrer <em>LaDiva</em> c’est instinctif. Et la crosse en noyer répond, car main et <em>LaDiva</em> ne font qu’une. Sans elle ce serait une ânerie. «Aaah !» Eh oui, normalement <em>LaDiva</em> est d’abord un double canon acier suédois calibre 12, mais là, c’est sa crosse qui sauve d’un sillon traître. «Heureusement. Un instant de trop et c’était l’entorse, ce qui manquait.» Des sons. «Stop.» Chuuut. Quelqu’un chantonne. Ou quelqu’une. C’est loin. C’est vague. C’est faible. De nouveau crack ! «Aahh !» Silence. «Stop.» Pas un pas. Ça fredonne. Plus fort ? Plus près ? Sûr, plus près. Un susurrement. Une source ! Sûrement une source. Les flèches dorées jaillissent en bouquets. Une percée ? «Stop.» Si. Au loin quelque chose rouge bouge. «Enfin.» Mais qu’est-ce ? À présent, la chanson on l’entend bien: et c’est une fille. Et c’est une berceuse. Dernier embranchement, dernier buisson et… ah, ça alors! Un torrent doré inonde une petite clairière. Le petit chaperon rouge est là, au milieu, dans l’herbe. Elle tient sur ses genoux la grosse tête de Ferguston, le grand méchant loup, qui est affalé de tout son corps gris et poilu. Comme mort. Mais il n’est pas mort. Oxalie, le petit chaperon rouge, lui caresse tendrement le museau, la tête, les yeux fermés, les moustaches. On entend:</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">“Dors, dors, gentil toutou,</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Qu’il est doux ce petit loup.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Aimes-tu la belle chanson ?</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Dors en paix mon Ferguston”.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Mais c’est quoi ça ?! Il est malade, ce loup ?! Blessé ?!» Crack ! «Ah, zut ! Encore une branche.» Le petit chaperon rouge sursaute et se tait. Bref regard à gauche, à droite. Le grand méchant loup entrouvre lentement un œil. Et alors stupeur ! Encore un, deux crack, et soudain le buisson devant eux s’ouvre pour laisser jaillir deux jumeaux trappeurs haletants tout de kaki vêtus, longue plume au bonnet, qui déboulent vers les deux chéris, brancard à la main. Oxalie sort un petit cri de bonheur-horreur tandis que Ferguston referme mollement l’œil. Les brancardiers stoppent net et droit aux pieds du couple. Les ongles mordent dans la crosse en noyer de <em>LaDiva</em> comme dans du beurre, car le spectacle est irréel. «Heureusement. Sans elle, il y aurait quoi à serrer ?!» La vilaine sorcière Daphneh, à cheval sur son balai, tout de satin blanc vêtue, visage rayonnant, descend des airs pour se poser tel un gros flocon de neige derrière Oxalie. «Ouste !» fait-elle vers les jumeaux. «C’est mon anniversaire.» Et des plis de sa cape légère d’hermine elle sort un magnifique gâteau fraise-pistache à trois étages. Les jumeaux s’évanouissent aussitôt dans la forêt, le petit chaperon rouge s’évanouit à la renverse dans l’herbe et le grand méchant loup s’évanouit dans les bras du petit chaperon rouge évanoui. À l’instant, voici Zal, le beau prince charmant persan, surgit de nulle part sur son étalon. Ses cheveux et sa longue barbe sont aussi blancs que son cheval, puisque le prince est très âgé comme il est aussi un célibataire réputé. Agile, il saute à terre, dégaine sa glaive et tranche d’un coup sec le gâteau et la main gauche de la vilaine sorcière qui s’évanouit à côté du chaperon rouge évanoui sans même se donner le temps de pousser un cri d’horreur. Resté coi car sans adversaire, le beau prince persan est soudainement perdu. Pourtant le pire vient des moitiés de gâteau tombées par terre, que désormais nul ne pourra savourer puisque deux armées opposées se les partagent déjà. D’un côté les myrmidons rouges. Ils sont des centaines sur leur moitié de bouse rose-verte, ferrés, munis de leurs tridents et filets. En face, des milliers de sauterelles naines, armées jusqu’aux dents, avec dagues, arbalètes et casques. Quelques instants plus tard, le gâteau bousé n’existe plus, sauf dans le ventre des guerriers. Zal est toujours coi. Le lendemain encore. Vient l’automne, puis l’hiver; digne, sa statue de glace se dresse au milieu de la prairie. Cela fait un bail qu’à coups d’efforts, le grand méchant loup a réussi à manger le chaperon rouge et qu’ensuite la manchote sorcière a mangé le méchant loup malade, avant d’enfourcher la queue de son balai et s’envoler brinquebalante, ventre plein. Le gel de l’hiver a ainsi sauvé le beau vieux prince d’une honteuse fin viscérale. Sauf que le printemps l’a fait fondre comme neige au soleil et le voilà nourrir la source du coin. Et la source va au ruisseau, et le ruisseau va à la rivière, et la rivière va au fleuve, et le fleuve va à la mer, et la mer se lève énorme et vient dessus, alors hors la pagaie pour frapper l’eau, et frapper, et frapp…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Héi ! Héei ! Hé-éé-ei ! Réveilles-toi enfin, grand-père !</p>



<p class="wp-block-paragraph">– … hein… quoi… zbgl… flmh…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Quel zbgl ? Quel flmh ? Tu rêvais, général. De quoi t’as rêvé ?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">– !…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Allez, dis, qu’est-ce qu’il y a ? T’as eu peur de quelque chose ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">(La petite voix de la fille est si douce, cela fait toujours si bien de l’entendre…)</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …le prince… la vilaine sorcière manchote… le gâteau…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Quoi ?! Mais qu’est-ce que tu racontes-là ?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …sais pas… il est… le garçon est là ? il est où le garçon ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Non, le garçon n’est pas là, il est parti à l’école. Mais pourquoi tu demandes ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Il a pris ma pagaie et mon fusil ?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Maais noon, pourquoi aurait-il pris ton fusil ? Ha-ha-ha ! Non, tu sais bien qu’il n’a pas le droit de le toucher.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Pas-le-doigt.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ha-ha-ha, tu vois ? Même le perroquet le sait ! Allez hop, debout, c’est le matin, et ne fais pas cette moue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[7 février 2020 – 31 janvier 2022]</p>
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		<title>Un étrange pays 3/5</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 18 Jun 2022 06:09:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avec cette eau jusqu’au dessus de la poitrine puis ces flots qui vont dans tous les sens et trop vite montent jusqu’au menton, je risque à tout moment d’avaler des gorgées insoupçonnées. Mais j’avance tant bien que mal,... [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">III. Le gradon, le grand-père et le grand méchant chaperon rouge</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec cette eau jusqu’au dessus de la poitrine puis ces flots qui vont dans tous les sens et trop vite montent jusqu’au menton, je risque à tout moment d’avaler des gorgées insoupçonnées. Mais j’avance tant bien que mal, en essayant d’éviter tous les obstacles rencontrés presqu’à chaque pas. Que fais-je ici ? Comment suis-je arrivé là ? Il est où grand-père ? Et grand-mère, et maman, et papa ? Je contourne lentement et avec la plus grande attention les objets les plus divers qui gisent sur le sol : jouets, patins, lampes, flûtes, livres, cloches, pelles. Merci à l’eau qui est si lim…</p>



<p class="wp-block-paragraph">gloup !</p>



<p class="wp-block-paragraph">…pide qu’il n’y a la moindre peine à les voir, même de loin. Qui plus est, le soleil brille d’une clarté éblouissante. Par moments, tel des bouées de sauvetage, un roi ou une reine, poussés par les vagues, viennent me toucher délicatement. Flottant sur le dos avec leurs ventres énormes, on dirait des baudruches. Ils sourient, clignent de l’œil, après quoi ils détournent leur regard et repartent, chacun dans sa direction. Quant à moi, j’ai une seule idée dans ma tête : gagner l’île au trésor dont j’ai tellement entendu parler. Elle est là, là-là, pas très loin. Le palmier dressé à</p>



<p class="wp-block-paragraph">goulp !</p>



<p class="wp-block-paragraph">son sommet je le vois parfaitement. Mais je sais aussi que l’île est gardée par l’homme au manteau noir qui me fait terriblement peur. Lui, l’homme, je ne le vois pas, en revanche je sais où il se trouve : il se cache derrière le palmier, je vois – pardon, madame reine ! – son grand chapeau dépassant de chaque côté. Aussi j’avance, j’avance malgré la crainte, malgré l’eau, malgré les vagues, les baudruches, les objets et le soleil qui brille en mille reflets. <em>Flueooo, flueooo, flu…</em> et j’entends <em>“Au son du pas-pas-pas mi-li-taaaaire…”</em>, je regarde derrière et j’aperçois grand-père tout</p>



<p class="wp-block-paragraph">gloup !</p>



<p class="wp-block-paragraph">souriant qui avance bien plus vite que moi et entonne à gorge éclatée. <em>“…le petit soldat-dat-dat…” </em>Bientôt il va me rattraper. <em>“Hé, grand-père, grand-père !”</em> <em>“Oui, mon petit, c’est moi, j’arrive, j’arrive.”</em> Grand-père approche à grande vitesse et j’observe qu’avec sa grosse barbe blanche qui part dans tous les sens il ressemble – pardon, monsieur roi ! – beaucoup au père Noël. Mais grand-père ne marche pas comme moi : il pagaye sur un immense cocodrille jaune aux yeux bleus, plus long que le tuyau d’arrosage du jardin et plus dodu que le palmier. On dirait un bateau à aubes. Quand</p>



<p class="wp-block-paragraph">goulp !</p>



<p class="wp-block-paragraph">il me rattrape puis me dépasse, je ne vois pas en son dos le sac tout rond, immense, rempli de jouets, seulement mon grand arc en rotin avec les flèches reçues pour mon précédent anniversaire. Comme c’était sage de les prendre avec, grand-père ! Fonçant comme moi vers l’île au trésor, il slalome à toute vitesse entre rois et reines alors que je profite pour m’engouffrer dans le sillon. Quand la cible n’est plus qu’à une lancée de grand-père, je sens derrière moi ce que je soupçonne être une épouvantable menace. Je m’époumone <em>“Grand-père… Noël !!!”.</em> Sauf qu’il est déjà presqu’au</p>



<p class="wp-block-paragraph">gloup !</p>



<p class="wp-block-paragraph">but. Les flots cassent ma voix et tout autour de moi s’étend une ombre qui ne cesse de s’agrandir. <em>Ooufle, ooufle, ooufle, oouf…</em> je me décide enfin de regarder en haut et je souffle : c’est le gradon multicolore, c’est mon énorme gradon touuut gentil ! Je suis très content. Il m’a fait la meilleure des surprises au meilleur moment en venant m’accompagner. Zdroïng ! Ah, boulp, boulp ! Pour dire bonjour à mon ami je ne l’ai pas vu, ce piano ! Bien heureusement j’arrive à présent près de l’île et j’ouvre les yeux : malheureusement il y a là aussi le méchant loup tout-tout maig…</p>



<p class="wp-block-paragraph">goulp !</p>



<p class="wp-block-paragraph">…re qui sort des sables comme une énorme chenille poilue. C’est une mauvaise surprise, celle-la : ça veut dire que le petit chaperon rouge et là également quelque part et que le loup va très vite la manger, mais alors où pourrait-elle bien être, pour que je puisse la sauver ?! L’île est aussi petite que ma chambre et m’y voilà arrivé. Je cours dans tous les sens, le loup – ses yeux grand rouges – derrière moi, et toujours pas d’homme au manteau noir, juste son chapeau qui dépasse de chaque côté du palmier, je pense qu’il doit tournoyer comme un hélicoptère au…</p>



<p class="wp-block-paragraph">gloup !</p>



<p class="wp-block-paragraph">tour du palmier. C’est là qu’une rafale de vent l’emporte et le projète contre moi. Il me renverse. Je tombe à terre, son visage contre le mien. Je suis en train de m’évanouir et je pousse un énorme cri de horreur-bonheur. Au fait, l’homme au manteau noir est bien le chaperon rouge qui ne porte plus de capuchon mais un énorme chapeau noir et un yatagan. Elle commence à me secouer pour que je retrouve mes esprits lorsque l’affreux méchant loup bondit vers nous pour nous manger. Alors d’un seul geste, le chaperon rouge sort son fusil et s’emploie à frapp…</p>



<p class="wp-block-paragraph">goulp !</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Héi ! Héei ! Hé-éé-ei ! Réveilles-toi enfin, jeune homme !</p>



<p class="wp-block-paragraph">– … hein… quoi… zbgl… flmh…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Quel zbgl ? Quel flmh ? Tu rêvais, soldat. De quoi t’as rêvé ?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">– !…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Allez, dis, qu’est-ce qu’il y a ? T’as eu peur de quelque chose ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">(La petite voix de maman est si douce, cela fait toujours si bien de l’entendre…)</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …le loup… le grand méchant chaperon rouge… le yatagan…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Quoi ?! Mais qu’est-ce que tu racontes-là ?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …sais pas… il est… grand-père est là ? il est où grand-père ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Non, grand-père n’est pas là, il est parti à l’aube pour chasser sur l’île d’en face. Mais pourquoi tu demandes ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Il a pris mon arc et mes flèches ?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Maais noon, pourquoi aurait-il pris ton arc ? Ha-ha-ha ! Non, tu sais bien qu’il a toujours son vieux fusil de chasse, lui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Il-A-Son-Fou-Chasse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ha-ha-ha, tu vois ? Même le perroquet le sait ! Allez hop, debout, c’est le matin, et ne fais pas cette moue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[7 février 2020 – 31 janvier 2022]</p>
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		<title>Un étrange pays 2/5</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 08 Jun 2022 08:34:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>- Eh bien, jusqu’au jour où l’on apprit avec une grande surprise qu’un voyageur particulièrement étrange, vêtu d’une large pèlerine noire et d’un grand chapeau noir, apparu d’on ne savait pas où... […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">II. L’étranger à la pèlerine noire et au grand chapeau noir</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Eh bien, jusqu’au jour où l’on apprit avec une grande surprise qu’un voyageur particulièrement étrange, vêtu d’une large pèlerine noire et d’un grand chapeau noir, apparu d’on ne savait pas où et dont on ne savait rien, s’était installé dans une auberge du coin, sur la colline, en payant une année à l’avance la plus grande chambre qui n’était pas encore occupée. Cet homme ne sortait jamais, ne laissait personne le visiter, même pas le voir, et on avait aperçu plusieurs fois de l’eau qui s’écoulait depuis sa chambre, par dessous la porte, tu vois…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …oh… et c’est pas bien grand-père ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Si, non, enfin… pas beaucoup d’eau, et en plus elle était très claire cette eau-là, très bonne même, et après quelque temps elle s’arrêtait, elle séchait, voilà, les gens ne pouvaient se l’expliquer, même pas l’aubergiste, qui était un bonhomme avec une grosse moustache et qui avait l’habitude de tout savoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ah… … tache…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ils ne pouvaient pas. Ils ne savaient pas. Mais attends, car bientôt c’est devenu encore plus étrange.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Quooi ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Eh bien parce que peu de jours après son arrivée, il s’est passé une chose ab-so-lu-ment in-cro-ya-ble.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Quooooi ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Quoi ? Imagines-toi que dans ce pays-là où – depuis qu’il existait ce pays – tout baignait au soleil, où tout était vert, les champs, les pâturages, les forêts, les rivages, les… et sans la moindre goutte de pluie, un jour, comme ça, pouf !, venus de nulle part, des nuages tout noirs couvrirent le soleil, le ciel entier s’assombrit et… nah-nah! devine !</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Quoi ?! Quoi ?! Il comme…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Il commença à pleuvoir !</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …à pleuvoir, aahh !</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Exactement, à pleuvoir, et alors – crois-moi – il fallait vraiment les voir, tous ces rois et toutes ces reines. Au début, quand il virent les nuages s’entasser, ils furent pris par une peur terrible, parce qu’ils pensaient que le ciel allait…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …tomber sur leurs têtes, ha-ha-ha !…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– … eh oui, tu connais l’histoire, mais après qu’ils sentirent les premières gouttes leur tombant dessus, il fallait les voir, avec leurs couronnes et tout, se jeter dos à terre, ouvrir larges leurs bouches, bras et jambes, et se laisser inonder par la pluie, et mon Dieu, quelle pluie ! Queeelle pluie !</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Quelle…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Écoute, des rivières d’eau tombaient du ciel, ça glougloutait partout, par terre, sur les toits des maisons, à la surface des lacs, partout je te dis, mais les gens, les rois et les reines, restaient là, couchés sur le dos, car ils n’avaient jamais connu ça, tant d’eau, et crois-moi, cette eau-là était bonne et limpide, bonne et limpide.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais grand-père, y avait pas des voitures ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Comment ? Comment ça, des voitures ? Oui, il y avait des voitures, bien sûr, mais pour…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Et les voitures les écrasaient pas ? Papa me dit toujours de faire attention aux voitures dans la rue, attention aux voitures !</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ah oui, ha-ha, non, les voitures ne les écrasaient pas puisque – vois-tu ? – comment auraient-elles pu les écraser, ces rois et ces reines, alors que c’était justement eux-mêmes qui les conduisaient, ces voitures, à part les quelques chauffeurs et cochers qui se trouvaient par là, mais qui, eux aussi, s’étaient arrêtés et profitaient de cette toute bonne pluie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ah, alors…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais oui. N’aie pas peur. Donc, qu’est-ce que je disais ?…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– L’eau était bonne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– L’eau était tellement bonne qu’ils ne voulaient gaspiller aucune goutte, alors ils buvaient, ils buvaient, et ils en buvaient, et leurs ventres commencèrent à gonfler, gonfler, gonfler jusqu’à devenir comme de gros ballons tout ronds…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Oh…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …et ils n’arrivaient plus à bouger, comme ça qu’ils avaient bu tant d’eau qu’ils étaient trop lourds pour se lever, mais entre-temps, avec ce déluge, l’eau avait…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais il neigeait pas grand-père, pourquoi y avait des luges ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …monté… quoi ? quel… des luges ?! Ha-ha-ha, noon, ils n’avaient pas des luges, bien sûr, il y avait déluge, les grands eaux, l’inondation, trop d’eau, c’était ça.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ah… puis…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Tu vois ? L’eau avait beaucoup-beaucoup monté et certaines reines commençaient à gentiment flotter sur le dos, mais d’autres, ainsi que certains rois, surtout ceux qui étaient déjà un peu plus grassouillets, n’arrivaient plus à garder leurs têtes hors de l’eau et risquaient ainsi de se noyer. Pour dire qu’avec le vent qui soufflait et les vagues qui balayaient la surface, cela devenait vraiment dangereux, lorsque…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Quoi ?!…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …lorsque tout à coup on entendit un grand bruit, comme un bruit de tonnerre, la porte de l’auberge s’ouvrit brusquement avec force, l’inconnu fonça dehors, avec sa cape flottant dans le vent et son grand chapeau, tout de noir vêtu, jeta autour son regard ardent, se planta bien dans ses bottes et d’un geste vif leva les yeux et les bras vers le ciel en criant d’une voix forte :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ooooh ! Grand-père… tu fais peur…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Non-non, tu ne dois pas avoir peur, écoute. Il cria d’une voix très forte : “Ounakaï ectana” ! et à…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …ooohhh…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– &nbsp;…à l’instant ces cascades qui venaient du ciel cessèrent. Alors l’inconnu à nouveau cria “Tellabou questim !” et les nuages se mirent à descendre, et…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– « À table ! »</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …et en descendant ils changeaient, de sorte qu’arrivés à terre ils étaient devenus comme d’énormes éponges des mers, blanchâtres et bien moelleuses, absorbant les flots qu’eux-mêmes – c’est-à-dire les nuages – avaient déversés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ooooh !</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Incroyable, n’est-ce pas ? Comme ça, bientôt il n’y avait plus une seule goutte d’eau par terre. En plus, tous les rois trempés et toutes leurs reines mouillées étaient maintenant bien au chaud et au sec, couverts douillettement par ces merveilleux poufs immen…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– « J’ai dit à taaable !! »</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Oh, mince, on nous appelle, je crois qu’on doit y aller, autre…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Hi-hi, grand-père, grand-père, t’as dit un gros mot.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– J’ai… quoi ? ah oui, c’est vrai, pardon, ça m’a échappé, tu ne le diras pas à maman, on est d’accord ? Et surtout, surtout, il ne faut pas dire des gros mots.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Oui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Allons-y.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– « Eeenfin ! Bon appétit, les raconteurs.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[7 février 2020 – 31 janvier 2022]</p>
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		<title>Un étrange pays 1/5</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 May 2022 08:12:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>– Grand-père, raconte une belle histoire… s’il te plaaaît….</p>
<p>– Oh-ho-hooo… tu sais petit, des belles il y en a plus de nos jours, surtout pas comme celles que j’écoutais quand j’étais comme toi, dans mon enfance. Aujourd’hui la plupart des hist… […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-center etrange-pays wp-block-paragraph">I. Le pays des mille rois, des mille reines et des mille palais</p>



<p>– Grand-père, raconte une belle histoire… s’il te plaaaît….</p><p>– Oh-ho-hooo… tu sais petit, des belles il y en a plus de nos jours, surtout pas comme celles que j’écoutais quand j’étais comme toi, dans mon enfance. Aujourd’hui la plupart des hist…</p><p>– Grand-père, t’as aussi été enfant ?! Comme moi ? Comme moi-moi ?</p><p>– Mais bien sûr mon brave, j’ai aussi ét…</p><p>– Et t’as eu toujours cette barbe comme ça blanche ? Et grand-mère avait aussi la barbe ?</p><p>– Mais non, chez les grands-pères la barbe vient plus tard. Je disais donc, à présent les histoires font peur aux enfants. Ce ne sont pas de belles histoires, je ne saurait pas dire pourquoi. Mais j’essaierai de m’en souvenir une de belle… attends… viens déjà ici sur mes genoux… allez, monte… voiiilà, bien.</p><p>– Dis, grand-père.</p><p>– Oui, je sais. Écoute. Voilà, il y avait une fois un pays étrange…</p><p>– Il existe plus, ce pays ?</p><p>– Non, enfin… je ne crois pas.</p><p>– Il est où ce pays ?</p><p>– Attends, laisse-moi parler. Si ce pays était étrange, c’est parce que là-bas il se passait toutes sortes de choses incroyables.</p><p>– Quoi ?</p><p>– Tiens, par exemple le soleil brillait toujours, mais alors toujours, toujours, nuit et jour, et…</p><p>– Mais comm…</p><p>– …enfin, ha-ha, on ne peut pas dire qu’il brillait la nuit, car justement, il n’y avait pas de nuit, non ? Tu comprends ?</p><p>– Eh… oui…</p><p>– Voilà, donc puisqu’il n’y avait pas de nuit, évidemment que les gens ne dormaient jamais, si tu vois ce que je veux dire…</p><p>– Ooohhh…</p><p>– Eh oui, ils avaient beaucoup de chance les gens là-bas, pas comme nous, pas comme toi, oh-la-la !</p><p>– Oui…</p><p>– Et puis, comme le soleil brillait en permanence, il ne pleuvait pas, les gens ne connaissaient donc pas les nuages, la pluie, les orages… ils n’étaient jamais trempés et n’avaient pas de parapluies.</p><p>– Oh…</p><p>– Evidemment, ils connaissaient l’eau, mais pour avoir de l’eau ils prenaient leurs seaux et allaient à la rivière, un peu comme nous si tu veux, enfin, presque.</p><p>– Mais nous on a le robinet, moi je prends l’eau au robinet.</p><p>– Oui, je sais, mais pas eux. Tu sais, finalement ce n’est pas important, puisque l’eau du robinet vient aussi de la rivière.</p><p>– Ah…</p><p>– Oui, et comme eux, leurs animaux aussi buvaient à la source, les vaches, les chevaux, les lapins, les cochons, enfin, tous les…</p><p>– Les cochons ?…</p><p>– Exact. Alors ces…</p><p>– Mais les cochons ne boivent pas, ils mangent des… des choses… sales…</p><p>– Non-non mon petit, les cochons, comme tous les animaux, comme nous, comme les plantes aussi, tous boivent de l’eau, car – tu vois ? – sans elle les animaux et les plantes ne peuvent pas vivre, nous non plus. Tu sais ça.</p><p>– Ah… Mes poissons aussi ?</p><p>– Hé-hé, tu es drôle, eux n’ont pas besoin de boire de l’eau puisqu’ils baignent là-dedans, un peu comme Obélix qui est…</p><p>– …dans la marmite quand il était tout petit, je sais ! Ouiii !</p><p>– Voilà. À présent, comme je disais, c’était un pays étrange, mais pas seulement à cause du soleil…</p><p>– Quoi ?</p><p>– …à cause aussi que… tu sais que nous avons un roi, avec sa couronne, et lui il est marié, il a une épouse qui est la reine, sa reine, avec aussi sa couronne, plus petite celle-là…</p><p>– Au palais. C’est quoi une épouse grand-père ?</p><p>– C’est sa femme, qu’il a épousé, ils sont mariés, et ils ont une foule de serviteurs, enfin, des gens qui sont là pour les aider quand ils ont besoin, ou quand ils on envie, ou quand ils sortent du palais, non ? Ou pour toute autre chose. Tu sais ça.</p><p>– Oui.</p><p>– Voilà. Ben… ce pays-là n’avait ni roi ni reine. Devine pourquoi ?</p><p>– Pourquoi ?</p><p>– Hé-hé, parce que la plupart des gens étaient rois, et leurs femmes étaient reines, et tous et toutes portaient des couronnes, t’imagines ça ?!</p><p>– …oo-uui…</p><p>– Incroyable, et…</p><p>– …ils habitaient des palais ?…</p><p>– Exact ! Il fallait le voir ce pays, que des palais, un à côté de l’autre, un plus beau que l’autre, plus brillant, avec des écuries, pavillons, bassins, jets d’eau et fontaines, des oiseaux étonnants, de beaux arb…</p><p>– Alors ils pouvaient boire !</p><p>– Mais oui, c’était facile pour eux, pourtant il y avait un souci.</p><p>– Quoi ?</p><p>– Cette eau-là n’était pas toujours bonne à boire, personne ne savait pourquoi elle était parfois trouble, ou avait un goût bizarre, donc un roi ou une reine tombait souvent malade.</p><p>– Ah…</p><p>– Voilà, maintenant, sauf ce…</p><p>– Mais grand-père, ils avaient un docteur, non ?</p><p>– Oui-oui, certainement, mais… comment dire ? ça restait encore un souci. Maintenant, sauf ce problème-là, ils avaient un autre souci, et – crois-moi – pas plus simple.</p><p>– Quoi ?</p><p>– Eh bien, notre roi et notre reine n’ont pas longtemps à chercher leurs serviteurs, il y en a plein, tout le monde voudrait travailler pour eux.</p><p>– Ah oui ?… Toi aussi grand-père ?</p><p>– Bien sûr, mais moi je n’ai plus l’âge. Tu sais, travailler au palais est un honneur, mais dans ce pays-là trouver un domestique n’était pas facile. Très rares – les serviteurs. Alors tous ces rois et leurs reines devaient se les chercher dans les pays voisins. Comme tu vois donc, un vrai souci.</p><p>– Et comment ils faisaient ?</p><p>– Ben… justement, c’est là que ça devient intéressant. Comme ils n’avaient pas tant le choix, ces rois et ces reines s’étaient habitués à se débrouiller seuls. Comme nous à la maison, comme papa et maman.</p><p>– Ah oui ?</p><p>– Oui. Et je crois que cela marchait assez bien. Parfois, s’ils n’arrivaient pas à faire quelque chose tous seuls, ils se prêtaient l’un l’autre qui une femme de chambre, qui un cocher ou un cuisinier, un chauffeur, qui un jardinier, mais pour le reste tout se passait avec simplicité et dans la bonne humeur.</p><p>– Ah, je suis content.</p><p>– Et pourquoi ?!</p><p>– Parce que le roi doit être gai.</p><p>– Oui… enfin… bien sûr, c’est préférable. Donc voilà, à la fin tout allait pour le mieux là-bas, jusqu’au jour où…</p><p>– Quoi-quoi ?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[7 février 2020 – 31 janvier 2022]</p>
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		<title>L’inversité</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/linversite/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 May 2022 09:34:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’humain est un cas tordu, toujours en conflit avec lui-même.<br />
Il cherche longtemps et obstinément à s’armer, non par une quelconque crainte de l’ennemi, mais par besoin de sécurité préventive. […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">L’humain est un cas tordu, toujours en conflit avec lui-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il cherche longtemps et obstinément à s’armer, non par une quelconque crainte de l’ennemi, mais par besoin de sécurité préventive. Lorsqu’après un gaspillage insensé de moyens il finit par s’armer jusqu’au dents, il perd l’intérêt au combat. Ça le blase, puisqu’il est déjà trop armé et par conséquent il se sent invincible. En fait, la confrontation avec quelqu’un nettement moins bien préparé ne présente plus l’attrait requis et attendu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Longtemps aussi il s’efforce de s’assurer l’alimentation la plus exquise possible : nourriture, boissons et <em>tutti quanti</em>. Ce n’est que lorsqu’enfin il se retrouve complètement immergé dans la plus absolue surabondance que brusquement il se lasse et déchante. Il se met à rêver de simplicité, de retour aux sources même de la mère nature. En effet, la variété infinie des saveurs lui aura ennuyé le palais, la gourmandise et jusqu’à l’appétit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Idem pour la richesse. Une vie entière il s’acharne à l’acquérir, d’abord pour atteindre la quiétude matérielle, puis pour la consolider et enfin pour s’assurer le confort de ne plus y penser. Mais une fois l’objectif atteint, vient l’angoisse de perdre – dans l’ordre inverse – la paix de l’esprit, la paix tout court et pour finir le statut. Et c’est là qu’il se met à lorgner jalousement vers le démuni qui, lui, à part sa vie, n’a strictement rien à perdre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’en est pareil pour la gestion du temps. Travailler plus est pour lui une cible à démolir. Travailler le moins possible afin de pouvoir disposer de temps pour soi-même et sans diminuer les ressources ? C’est un but à conquérir. Sauf qu’une fois acquis – à l’âge actif, pas à la retraite – le trésor du temps devient lourd à garder, sous le poids de sa propre personne qui se retrouve tout à coup sans le fil conducteur tant et si longtemps honni.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quid de sa propre santé physique et de celle mentale. Alors justement, comme puisque pour lui le travail n’est pas la santé, l’homme la cherche dans l’infini des comprimés, poudres, sérums, potions et autres sirops – souvent très chers – offerts par l’industrie. Cela au mépris de l’armada de ses propres gardiens, minuscules, fidèles, silencieux et gratuits qui veillent 24/7 sur son corps et son mental, et sont là pour les défendre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La même loi des contraires règne sur les connaissances et le Savoir. Une vie durant il s’échine à grimper laborieusement l’escalier de la compréhension pour remplir le plus possible son bagage de sagesse. Sauf que chaque marche gravie, à part de l’élever à une hauteur qui lui permet de voir encore plus loin, lui découvre la distance sans cesse croissante qui le sépare de l’horizon et, par là, lui ouvre l’abysse béant de son ignorance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Scénario identique pour l’affection et son pinacle – l’amour. La quête y est effrénée, la soif intarissable, l’emportement parfois volcanique, et ce dans les deux sens: aimer comme être aimé. On peut mourir par amour ou pour l’amour, comme on peut tuer ou se faire tuer. Quelle meilleure preuve alors ? Et pourtant, une fois l’amour gagné, vie et temps l’érode et l’on se lasse devant le seuil de l’oubli, au point mort de l’indifférence.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">En réalité, le cœur de l’intérêt se trouverait ancré au fond de l’aspiration constante et farouche vers l’état ultime dans toutes choses de la vie: sécurité, gastronomie, richesse, loisirs, santé, savoir, amour. Parmi bien d’autres. Elle serait à l’œuvre aussi longtemps que dure l’ascension et que cet état n’aura pas encore été atteint. Ce conflit de toujours est donc là, et l’homme ne fait qu’appliquer la loi de son meilleur ami: il se mord la queue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les exceptions ? Elles n’intéressent pas et ne s’y opposent pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[12 décembre 2021-23 janvier 2022]</p>
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		<title>Un mal basqué</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 Apr 2022 11:43:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Voici un des plus célèbres portraits de l’histoire de la peinture. Et probablement un des plus accomplis, profonds, captivants. En réalité c’est un autoportrait: celui de l’Allemand Albrecht Dürer. […]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<figure class="wp-block-image aligncenter size-medium"><img loading="lazy" decoding="async" width="217" height="300" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-demasque-217x300.jpg" alt class="wp-image-30716" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-demasque-217x300.jpg 217w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-demasque-741x1024.jpg 741w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-demasque-768x1062.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-demasque-1111x1536.jpg 1111w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-demasque-1481x2048.jpg 1481w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-demasque-scaled.jpg 1852w" sizes="(max-width: 217px) 100vw, 217px"><figcaption>https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Albrecht_Dürer_-<em>1500_self-portrait</em>(High_resolution_and_detail).jpg</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Voici un des plus célèbres portraits de l’histoire de la peinture. Et probablement un des plus accomplis, profonds, captivants. En réalité c’est un autoportrait: celui de l’Allemand Albrecht Dürer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On remarque en un clin d’œil la difficulté de ce prodigieux exercice: les mains sont à vue, c’est-à-dire qu’après chaque coup de pinceau ou presque, le peintre doit se tourner vers le miroir, poser son outil et reprendre la pose étudiée de sa main droite, la gauche étant peu visible; il doit bien mémoriser ou vérifier tel ou tel détail, revenir au chevalet, reprendre le pinceau et continuer son travail. D’une part. D’autre part, en se retournant face au miroir, il doit chaque fois assurer les même boucles somptueuses, les mêmes plis de son habit, la même position des poils de sa fourrure, mais avant tout il est crucial qu’il retrouve exactement le même faciès, le même air, la même apparence, le même regard calme et pénétrant. Cela jour après jour, par beau ou mauvais temps, se garantissant le même éclairage, les joues bien rasées, jovial, serein ou alors de mauvais poil après une dispute avec sa femme ou son voisin. Que tout cela a dû être dur pour Dürer !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ce n’est rien vis-à-vis de ce que le portrait ne montre pas ! L’année du Seigneur est 1500, année importante si elle en est, pas seulement parce qu’elle marque pile la moitié du millénaire, mais surtout parce que l’Europe, Nuremberg avec, est à l’épreuve de la suette. Ce fléau livre une fièvre importante, une sueur abondante (d’où son nom) et finalement une mort foudroyante. Il est vrai que depuis quelque temps les cas sont plutôt rares, mais l’artiste est avisé. La maladie est contagieuse ? Il cherche la solitude. Elle voyage par les airs ? Il porte un masque. Et c’est ce que le fameux tableau exposé à la <em>Alte Pinakothek</em> de Munich ne montre pas.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-medium"><img loading="lazy" decoding="async" width="207" height="300" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-mal-basque-207x300.jpg" alt class="wp-image-30717" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-mal-basque-207x300.jpg 207w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-mal-basque-705x1024.jpg 705w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-mal-basque-768x1116.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-mal-basque-1057x1536.jpg 1057w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-mal-basque-1410x2048.jpg 1410w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/12/Un-mal-basque-Durer-mal-basque-scaled.jpg 1762w" sizes="(max-width: 207px) 100vw, 207px"><figcaption>Archive de l’auteur</figcaption></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Le peintre est jeune. C’est quelqu’un d’intègre, raffiné, de belle présentation. Il est toutefois méticuleux. Comme bon nombre de virtuoses, il construit soigneusement ses œuvres, le plus souvent par des esquisses ou des versions préparatoires. Dont pour cet autoportrait. Sauf que dans ce cas, dite ébauche – inachevée – est restée dissimulée pour une raison étrange, inconnue. Voici donc la vraie apparence d’Albrecht Dürer au temps de la pandémie et avant qu’il n’enlève son masque, certainement par coquetterie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour certains ce n’est – et ce ne fut – pas une découverte. Parmi eux, trois siècles et demi plus tard, un certain Giuseppe Verdi s’y inspira pour créer son opéra «Un bal masqué». C’était à point nommé, car le monde venait d’être frappé de plein fouet par la peste chinoise, dite aussi bubonique. Sur scène, dans les salles et les foyers, interprètes, spectateurs et personnel de service étaient tous rigoureusement masqués. L’opéra connut un franc succès. En revanche, chose à vrai dire surprenante, les protections étaient dérisoires: avec des trous pour les yeux, paradoxalement elles ne couvraient que le haut des visages, laissant nez et bouches complètement à l’air libre. Ce fut l’amorce de la dernière et pire pandémie de peste connue. Un siècle et plus de quinze millions de morts plus tard, elle fut considérée éteinte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oublier l’histoire c’est être réduit à la revivre, vrai ? Soixante ans passent et la leçon du passé paye. Face à une vilaine grippe, la planète met le masque. Cette fois au bon endroit et dans toutes les situations i(ni)maginables: au travail, à la poste, dans le bus, à l’opéra, dans l’ascenseur, en vélo, au magasin, dans la rue, au ski, en moto, à la piscine, au restaurant, en balade, en voiture, sur le bateau, au chalet, en classe, au jogging, à la plage, au stade, au lit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À cela s’ajoute la cerise sur le gâteau de l’esprit artistique qui explose, pas tant au travers des huiles sur toiles que par des objets divers ou des sérigraphies sur tissus. Ces masques figurent ou arborent des drapeaux, crânes, paysages, moustaches, slogans, gueules d’animaux, choses cochonnes, son propre visage, ou sont faits de macramés, bouteilles de PET, monstres pastafari, feuilles de choux – tout un répertoire imaginaire que l’on pensait éteint.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant le mal ne faiblit pas. Pire: il change de stratégie. Et de nom. Alors, un mal basqué ? Un mal bâclé, peut-être ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">[5 décembre 2021]</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Post scriptum</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avant qu’un tel s’excite envers un autre tel ou telle qui ne porte pas de masque, tous les États du monde et l’OMS se mettront d’accord</p>



<p class="wp-block-paragraph">– sur le/s type de masque/s qui protège/nt effectivement du Covid 19,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– combien de temps porter un tel masque est réellement efficace,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– si lorsqu’on a déjà eu la maladie on peut encore répandre le virus,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– combien de temps après la maladie reste-t-on immunisé,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– sur le temps minime pour choper le virus transmis par un malade,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– où va le virus exhalé dans un masque qui ne saurait coller au visage,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– si un seul masque est suffisant quand deux personnes sont en contact,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– sur la vraie distance de sécurité entre deux personnes à l’intérieur,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– que deviennent les virus exhalés au-delà de la distance de sécurité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Accessoirement, il s’accorderont aussi sur l’utilité de porter un masque</p>



<p class="wp-block-paragraph">– seul dans son auto, sur sa moto, son vélo, sa planche ou sa barque,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– seul dans la forêt, à la plage ou en général dans la nature,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– en jouant au tennis, basket ou foot sur un terrain vague,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– pendant un jogging,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– sous la pluie,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– sur une piste de ski,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– seul dans la Grande Roue, une auto-tamponneuse ou un carrousel,</p>



<p class="wp-block-paragraph">– seul dans une rue, sur un trottoir, place, stade, etc.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’histoire extroyable de Félix Doussett (4/4)</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/fiction/lhistoire-extroyable-de-felix-doussett-4-4/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 10 Apr 2022 18:50:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les heures passent. Il y a cependant urgence, d’abord légale sur la décision à prendre, ensuite de santé, vus l’état d’Alma, le choix à faire et le risque encouru. Le collège médical passe au vote et le soir venu réveille Jean. [...]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Le prélude</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">L’avènement</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">L’éclosion</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">La coupure</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Les suites</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Le tournant</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">La cassure</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">L’envol</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">L’éclat</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">La vérité</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Le changement</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>L’épreuve</strong></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>La décision</strong></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Le sage</strong></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>L’apogée</strong></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>La fin</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les heures passent. Il y a cependant urgence, d’abord légale sur la décision à prendre, ensuite de santé, vus l’état d’Alma, le choix à faire et le risque encouru. Le collège médical passe au vote et le soir venu réveille Jean. Étonné et docile, il ne se rappelle de rien. On lui explique le poids crucial de l’enjeu. Il consent mi éveillé et signe. On le ramène au lit de sa femme sous l’étroite protection de rigueur. Encore dans un état tiers, Jean entend malgré tout sa petite voix lunaire lui souffler: «Mon amour, surtout ne t’en veux pas. Pouvoir t’aimer est le don du Ciel. Promets-moi de prendre soin et d’aimer notre enfant.» Les yeux fermés, elle soupire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jean retourne au salon et reçoit un autre sédatif. La césarienne se pratique sans délai avec succès. Pour le garçon – que trois jours plus tard, dès son retour parmi les vivants, son père appelle sans hésiter Vladyme. Même que largement prématuré, le nouveau-né se porte bien, toutefois de l’avis général la prudence n’est pas un luxe dans un tel cas. Une équipe dédiée garde donc l’enfant sous observation à la maternité, pendant qu’une autre veille à l’état du père dans la réserve dédiée aux traumatismes psychologique. Dix jours passent, puis père et fils rentrent chez eux, où le service de puériculture assigne une sage-femme aux soins basiques du bébé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’entrée de l’immeuble, une demi douzaine de minibus et une autre de types armés jusqu’aux dents de caméras, microphones et projecteurs. Changer l’identité c’est bien mais pas assez: le drame fuit le jour même. C’est une performance de joindre sans un seul mot l’appartement, où attend une cerise sur le gâteau, pour dire. La tâche de la femme de ménage est le ménage, pas la nourriture. Le vieux Le Chien est ainsi retrouvé étouffé, sans vie, sur le sol de la cuisine. Fou de faim à la chasse au pâté, il est emmêlé dans un bas de nylon. Coup de chance, au moins Alma n’est plus là pour le pleurer et pour les funérailles, dont se chargent les survivants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les récentes épreuves creusent des sillons profonds. D’abord, et tout au contraire de ses habitudes, Félix exige de la sage-femme Indumathi qu’elle remplace sur-le-champ l’horaire diurne par un permanent et qu’elle s’installe durablement dans une des pièces. Les sorties et les venues sont exclues, en échange d’un salaire hors normes. Ensuite, huit des vigiles affectés au service de sécurité du groupe changent de postes: quatre se relayent – par deux – devant la porte de son immeuble, quatre devant celle de l’appartement. Enfin, toutes ses charges chez Oltent et auprès des autres entités économiques, sociales et politiques sont abandonnées sans délai.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>La décision</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’homme devient ermite. De la tragédie il a un souvenir vague. À force de pressions et à contre gré des médecins, pourtant Félix finit par l’apprendre en détail: les états répétés d’Alma, ses visites en solitaire, les complications, l’urgence, le collapsus, l’impossible choix, le résultat de l’autopsie. Conclusion: au grand jamais il ne peut se pardonner son rôle – certes involontaire mais lourdement coupable – au centre de cette catastrophe. Fruit de leurs amours, d’une certaine façon Vladyme suit ses propres traces: à son insu, il est le bourreau non de ses parents mais de sa mère. La décision de Félix est entérinée: sa vie recluse sera dédiée à leur enfant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le nom de l’enfant, à première vue ridicule, est en réalité plein de sens, puisqu’il réunit les lettres typiques des noms portés par – cette fois – les trois femmes de sa vie: Alma, Yvy et Médæa. C’est la meilleure manière qu’il a trouvée pour garder à tout moment leur souvenir. L’enfant a tout de sa mère et tout de son père, qui s’y dévoue à corps perdu. Il emplit son existence. Il apprend à se relayer avec son aide pour tarir la nuit des révoltes chaque trois heures, torcher le popotin rose, changer les linges, tiédir le lait, manier le biberon, faire la bicyclette, bercer, baigner, dormir œil ouvert et oreille dressée. Il n’avait jamais rêvé si sublime corvée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une année passe. Vient le jour de la coiffure. Indumathi quitte, copieusement remerciée. Elle garde quelques vifs regrets, puisque la vie sous cloche lui a fait découvrir un mouflet charmant et un papa poule comme elle n’aurait jamais penser connaître. Le soir, l’anniversaire intime se fait aux chandelles et au jus de pommes. Un gâteau mirobolant, rond, tout en chocolat, trône sur la table. En son milieu, un petit 1 en cire que le papa allume et le blondin réussit enfin à souffler. Larme à l’œil, Félix aperçoit sur la nuque chauve une mini mèche qu’il sépare et coupe d’une main indécise pour la ranger dans le même écrin où repose l’alliance d’Alma.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La vie close n’est pas vraiment un problème si les ressources ne posent problème. C’est le cas. L’offre complète de services est là. Si ce n’est simplement dans l’immeuble, comme le nettoyage et la lessive, alors c’est sur appel téléphonique pour toutes les sortes de livraisons et les prestations occasionnelles à domicile – avocat, notaire, docteur, installateur, avocat, coiffeur. Aussi, la télévision&nbsp; ouvre la voie aux jeux et aux cours. Les années s’enchaînent et le garçon grandit. C’est bien le père seul qui élève son fils et fait son éducation, mais un besoin externe se ressent. C’est après un long doute et un choix ardu qu’est préféré monsieur I. de la Maria.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Monsieur I. de la Maria a soixante-quatre ans, Vladyme a six et Félix quarante-sept. Ce monsieur de la Maria a d’extraordinaires états pédagogiques et un gros souci: s’adapter à la fois au mental de ce petit garçon brillant et à celui de ce père à l’exigence rare. Vladyme a le mental argent vif et trois gros soucis: il révère son père, en pratique il ne connaît que lui et n’a jamais joué avec un autre enfant. Félix n’est plus à présenter et a également trois gros soucis: il craint que sa complicité avec son fils ne soit minée par l’arrivée de monsieur I. de la Maria, que cette autarcie ne nuit à la relation avec les banques et que le fisc ne souhaite le contrôler.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son avoir est tout à fait légal, donc ce n’est pas sa composition qui pose problème. La cause sont simplement les dix zéros de son magot qui englobe argent liquide, participations et actifs divers. Peu ou prou, depuis ce trauma de l’accouchement, l’homme put s’effacer de la vie sociale et privée avec tous leurs interstices, puis réussit à se faire oublier, mais l’abondance de sa fortune lui reste collée derrière. Gérer en mode furtif, qui plus est avec un enfant en bas âge, s’avère hasardeux. Chaque moyen utilisé pour couper le lien richesse-personne laisse fort à désirer, même le recours à un cordon de mandataires. Une autre décision radicale s’impose.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Le sage</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Avide de tout connaître et curieux par nature, il y a une chose dont Félix n’entend être dépourvu à aucun prix: l’information, au sens et plus large et plus minutieux. Une énigme, une anomalie, une analogie, une invention, un <em>news</em> (comme ça se dit à présent) – le travaillent systématiquement et il les travaille obsessivement. Les lectures d’abord, suivies par la radio, la presse, la télévision, parfois le téléphone, tout abreuve cette soif constante. S’ajoutent les échanges sans cesse plus suivis avec ce monsieur I. de la Maria, tout aussi veuf que lui, installé dans l’ex-pièce de l’ex-Indumathi et dont les rapports avec son fils ont finis validés par le père.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Monsieur I. de la Maria apprécie, respecte et vouvoie monsieur Félix, indépendamment d’une rétribution qu’il n’a pas eu besoin de négocier, tandis que ce dernier apprécie, respecte et vouvoie monsieur I. de la Maria malgré l’argent que ça lui coûte. Cela dit, monsieur I. de la Maria se rend bien compte, ne serait-ce que par la masse et l’excentricité des signes intérieurs de richesse, que des choses pas si banales expliqueraient l’état, le choix et la vie de ce monsieur. Alors l’un avec ses signaux et l’autre avec ses tracas, ils se tournent autour, s’examinent et se reniflent. Puis, un soir, le fils couché, finissent par se rapprocher autour d’une bouteille.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Félix n’a qu’une conscience et elle l’écrase. Quelque temps déjà qu’un bouquet d’idées germe dans sa tête, une en tête. Il est vite parti suivre ses traces mais elles sont enchevêtrées, s’entremêlent, s’embourbent et finalement se perdent. Isidor (là, du coup, ils se tutoient) ne connait pas ce type de tracas. En revanche il connaît un peu des gens qui pourraient s’y connaître un peu. Ils se ruent ensemble sur la bibliothèque débordante d’Alma pour y passer la nuit entre mémoires, biographies, matériel didactique, études et autres critiques. C’est un Vladyme étonné qui secoue le matin un père – large sourire sur le visage – noyé dans des livres ouverts.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>[Oltent, comme l’univers économique en général, se relève avec peine de la récente débâcle boursière pendant qu’un système politique mondial supposé mûr s’écroule, et que la mort blanche sème détresse et terreur, décimant hommes et femmes, jeunes et moins jeunes. D’énormes moyens financiers et militaires sont levés dans la chasse aux fossoyeurs choyés avec des noms aristocrates: prince, baron, seigneur. Un des plus cruels faucheurs est une vieille accointance de cinquante-cinq ans parvenue au sommet du pouvoir et de l’opprobre. Et c’est bien réfugiée au sommet de son palais fourré dans la jungle qu’elle est tirée tel une chienne galeuse par un commando d’élite. Son nom est Morgand (Mort) Kricken.]</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">La recherche est soutenue, fébrile et compliquée. Remonter en douceur informations et personnes pour atteindre la source exige beaucoup d’habileté et de patience. Toutes les méthodes sont de rigueur, y compris la mise sur pieds d’un dédale d’intermédiaires aboutissant dans les mains de Félix. Isidor de la Maria à présent. Il a ouvert la voie. Il a longtemps conduit – puis suivi – Félix dans sa quête. Il commence à sentir le poids de l’âge et son dos lui fait mal. Vladyme est sur ses quatorze ans, parfaitement formé, et en fait il n’a plus grand chose à lui apprendre. Enfin, dorénavant il a de quoi vivre sans aucun souci. Vient alors l’adieu des hommes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le grand jour arrive. Le fils est seul à connaître le plan du père, qui sera absent pour vingt heures. Une première La nuit, déguisé, méconnaissable, ni vu ni connu Félix s’extirpe de sa prison dorée et joint en taxi l’aéroport où il s’enfonce dans un petit jet. Quatre heures après l’avion se pose sur une route taillée en pleine steppe. L’homme s’engouffre dans un tout-terrain décrépit où une heure durant il cogne sièges, vitres et toit. À l’arrêt rien qu’un lac bordé d’arbres, un canot et comme une tache noire au loin. Il s’assied et rame vers la tache, où il s’enlise peu après. C’est une petite île. Au milieu, une cabane, porte ouverte. Le ciel jaunit. Il ose entrer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Assieds-toi. Là.» Il voit et entend tout juste, car il fait sombre et la voix semble centenaire. Il s’assied par terre. «J’ai lu tes mots. Ils sont sincères. J’ai lu ta douleur. Tu as bien fait de venir. Cette charge est très lourde. D’autres l’ont aussi. Mais tu dis être décidé de la déposer. Une voie existe. Pour la plupart, elle est âpre. Sauf pour toi. Peut-être. Alors tu ne dois chanceler.» Les mots, faibles, coupent comme une lame dans la paix du lac. La nuit pâlit et les traits de la voix se devinent peu à peu. ‘Il doit avoir mille ans.’ se dit Félix, sidéré et muet. «Voilà… Maintenant dis-moi: es-tu sûr de toi ? » Un instant Félix se le demande, puis dit: «Oui.» «Bien.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«L’homme ne choisit pas de naître. Dès qu’il naît, il doit porter le poids de la vie. Pour certains, c’est une joie, et ils sont heureux. Pour d’autres, c’est une calvaire, et ils sont malheureux. Les uns à peine tirent leurs jours. Les autres ne savent qu’en faire. Il n’y a pas d’entre-deux. Ainsi va ce monde. Ton fardeau est très lourd: décharges-toi en entier. Dépose-le et donne le tout au miséreux. Tu verras leur joie et la tienne. Et tu vivras de leur joie et eux de la tienne. C’est tout.» Félix est prosterné: «Tout mon être te crie merci. Qui est tu ?» «Je suis celui qui te dit merci.» «Pourquoi ?!» «Parce que je vois que je ne suis pas seul. Va, et sois heureux.»</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>L’apogée</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>[Dans toute histoire d’action et notamment d’amour telle que celle-ci, à un certain moment donné du récit vient inévitablement une sorte de bouleversement angulaire qui déclenche un déroulement différent, où le cours bascule et où plus rien n’est comme avant, le rythme se casse, les séquences changent, l’intrigue s’accélère, la direction se perd, une espèce de poussée apparaît, le volet dramatique s’amplifie, la dynamique prend des à-coups, les revirements s’entassent, les imprévus prennent le dessus, les situations s’entrechoquent, les contrariétés se suivent, les problèmes déferlent et le doute s’installe. Eh bien, il est temps de conclure que pour Félix Doussett, son histoire n’est pas une d’action ni d’amour, mais de…]</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le retour se passe beaucoup plus vite, puisque Félix est ailleurs,&nbsp; incapable d’émerger de ses pensées. Aussi rentre-t-il avant terme, à la joie de son fils, pour lancer une activité intense qu’il poursuit plusieurs années. Les préparatifs sont laborieux, car empreints de la plus haute prudence. Il organise un premier cercle de notaires assermentés, bâtit un réseau d’agents calés dans les recherches et les analyses sociales, restructure à fond ses relations avec le fisc et met sur pieds une règle close pour les échanges avec les banques. Le tout à distance, dans l’anonymat. Il se considère suffisamment hors société pour laisser son fils rejoindre l’école secondaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une fois tout le système soigneusement mis en place, l’homme peut déclencher son plan grandiose, qu’il voit comme sa mission. Les montants sont à disposition. Tous les opérateurs sont à leurs postes. Il est superflu de s’assurer les médias, puisque les <em>news</em> s’en occupent naturellement. Ce ne sont pas les cibles qui manquent: hôpitaux, asiles, paroisses, orphelinats, crèches, hospices, écoles, pénitenciers… Enfin, une loterie spécifique est créée, uniquement adressée aux plus démunis. C’est le tournant du millénaire. Avec lui, vient celui des liens entre les hommes. Sa cinquantaine est là et Félix s’apprête à découvrir où peut mener la bonté absolue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le jour de l’an, le système démarre tel une machine colossale et merveilleuse que l’opinion publique guette cœur serré parce que habilement mise au parfum à travers des “fuites” et rumeurs bien distillées <em>crescendo</em>. Le coup d’envoi est lancé dans une préventive pour un bougre mal appuyé par une avocate stagiaire mal payée par l’État, dans une petite paroisse où le toit de l’église risque de tomber, un hôpital avec plus d’alités que de lits, un asile qui sert les mêmes plats chaque semaine et l’école d’un village où la vieille pompe est souvent en panne. Le début est favorable, la demande élevée, et cela fait un bail que les médias n’ont eu meilleur scoop.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès lors, l’éclat du phénomène est presque instantané et aussi proportionnel au mystère qui entoure la source des dons. Ensuite le phénomène suit la liste de requêtes, qui menace de submerger l’équipe dédiée au projet. En une année le disponible passe de dix à neuf zéros. Qu’importe: c’est l’excitation mondiale. Les paris et pronostics vont bon train. Cette campagne d’humanité accapare les unes des quotidiens et des journaux télévisés avides de casser l’énigme, alors qu’internet entre en jeu. Les zéros peuvent partir l’un après l’autre: il reste assez à boire et à manger. Enfin, le plus important est que l’on attend de pied ferme la loterie annoncée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa préparation se déroule sur huit ans. Elle est lancée en pleine nouvelle déconfiture financière, et c’est la ruée. Sa fiche d’impôt à preuve, un pauvre peut risquer un et gagner cent mille. Malgré l’invasion, les intérêts sur l’avoir atténuent sa baisse. Mais encore plus surprenante est l’apparition de deux nouveaux phénomènes. Des fortunes tierces, anonymes ou non, se rallient de plus en plus à cette action. Leurs motifs, publics ou non, sont certes aussi de nature fiscale. N’empêche: c’est une bouffée d’air pour les caisses. Puis des témoignages déferlent dans les médias et sur les réseaux sociaux, dans une sorte de surenchère sur l’échelle de l’émotion.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Je ne sais pas qui fait ça et pourquoi, mais il a changé ma vie.» dit le détenu. «J’aimerais tant dire de tout mon cœur un énorme merci à ces gens, si seulement je pouvais faire voir ma gratitude.» dit le médecin. «Merci monsieur, merci !» dit l’orphelin. «Soyez bénis !» dit la nonne. «Il n’y a pas de mots… faire autant de bien sans contrepartie…» dit le vieux. «Ma reconnaissance est infinie.» dit l’infirme. «L’espoir est dans l’air et il se voit. Une telle charité donnant tant d’espoir, c’est qu’il y a de l’amour dans l’air. Et où il y a l’amour, c’est qu’il y a tout.» dit le professeur. «Quel meilleur exemple de bonté !?» dit l’indigent. «On vous aime ! Sachez ça.»</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>La fin</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Assis dans son canapé devant la télé, Félix ne cesse de pleurer. Ils ne le savent pas, mais sa contrepartie il l’a, lui, qui chaque jour recueille bien plus que ce qu’il ne sème. Vers le soir de sa vie, il se la retrace et voit que son destin fut de toujours vivre des amours des autres. Le tour à présent d’en faire de même. Il se garde donc le strict nécessaire et donne le tout aux autres. Puis il voit que la moitié de cette vie il fut tout seul, soit avec son seul fils, soit avec lui-même. Et il s’endort muet et serein, souvent sur son canapé, mais toujours seul, écrasé sous le poids d’un océan d’amours. Son système fonctionne tout seul. La suite de l’histoire est sans relief.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et à la fin de ses longs jours, Félix Doussett mourut d’amours.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[26 octobre 2021]</p>
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		<title>L’histoire extroyable de Félix Doussett (3/4)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 26 Mar 2022 07:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Voici comment, depuis l’au-delà des vivants, en quelques mots qu’un fonctionnaire certifie, l’amour de Médæa projette ce Félix - sauvé des ruines - dans la stratosphère du gratin, lui qui au bout de ses études était personne, à part un étudiant hors normes. [...]</p>
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<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Le prélude</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">L’avènement</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">L’éclosion</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">La coupure</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Les suites</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Le tournant</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">La cassure</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">L’envol</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>L’éclat</strong></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>La vérité</strong></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Le changement</strong></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>L’épreuve</strong></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">La décision</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Le sage</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">L’apogée</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">La fin</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>L’éclat</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Voici comment, depuis l’au-delà des vivants, en quelques mots qu’un fonctionnaire certifie, l’amour de Médæa projette ce Félix – sauvé des ruines – dans la stratosphère du gratin, lui qui au bout de ses études était personne, à part un étudiant hors normes. Les magazines s’emparent de son cas. Il est hissé dans les six premiers sur la liste des cent plus nantis. On commence à s’en référer à lui comme plus convoitée âme jeune et seule, mais divorcer est hors de question. C’est le déluge. Son monde autour change <em>ex abrupto</em>. Un associé reprend le projet pédagogique tant chéri. Le comble: à trente-deux ans seulement, il s’accorde un congé sabbatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’eau calme. Une mer entière encore plus, tant qu’elle et calme. Sur son voilier, seul, il a tout ce qui lui faut – surtout la paix et le temps – pour assoir ses esprits et se les retrouver. Et du temps, il y passe. Quelquefois les flots montent, néanmoins pas beaucoup, seulement pour rappeler que l’existence n’est pas un océan vaste et paisible. Rembobinant les étapes de sa courte vie, à sa surprise voit que la bobine est nettement plus fournie que ce qu’il pensait d’habitude. Le mot ultime de Médæa le travaille. Dire qu’elle est celle qui lui a offert sa gratitude, alors qu’elle avait tout fait pour qu’il devienne celui qu’il est ! Retour à terre, corps et âme remis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au manoir, où il vit seul et occupe à présent la suite centrale de la mère, Bongani, soulagé mais crispé, lui fait les honneurs de l’accueil sur le perron fleuri après des semaines d’absence, à part que Félix connaît les yeux fermé son indestructible majordome pour qu’il repère illico un certain détail, autrement insaisissable: sa tunique blanche est boutonnée deux sur trois. Regard fuyant vers le Zoulou de pierre. Compris. Coup d’ œil vers les fenêtres du salon: un rideau bouge. Il s’y rend et découvre quatre hommes debout, l’air plat. Un est en uniforme. Cinq minutes plus tard, ils sont cinq à quitter l’Aqaïa. L’un d’entre eux porte des menottes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>[Dans toute histoire d’action et notamment d’amour telle que celle-ci, à un certain moment donné du récit vient inévitablement une sorte de bouleversement angulaire qui déclenche un déroulement différent, où le cours bascule et où plus rien n’est comme avant, le rythme se casse, les séquences changent, l’intrigue s’accélère, la direction se perd, une espèce de poussée apparaît, le volet dramatique s’amplifie, la dynamique prend des à-coups, les revirements s’entassent, les imprévus prennent le dessus, les situations s’entrechoquent, les contrariétés se suivent, les problèmes déferlent et le doute s’installe. Eh bien, il convient à présent de dire que pour Félix Doussett et son l’histoire ce temps semble enfin approcher.]</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Un huissier de justice, un juriste d’office, un inspecteur-chef et un sergent composent le quatuor qui procède à l’arrestation. Les charges pesant sur Félix sont lourdes. Le prévenu l’apprend par la voix grave du juge d’instruction. Le parquet a été saisi pour viol aggravé, attribution de paternité et violences avec non assistance à personne en danger. Trois plaintes distinctes déposées par trois personnes diverses, dans ce cas trois femmes différentes. Groupe et Mecanolt sont sans dessus dessous. Une défense redoutable se dresse, à hauteur des moyens et de l’enjeu. Sa contre-attaque vise en premier à libérer sous caution l’accusé. Ce que Félix refuse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les semaines passées en mer l’ont vieilli, en tou cas blanchi. Il s’est assagi, immergé au plus profond de l’apparence illusoire des choses, ayant pour finir parfait sur la vie une conception intègre et intégrale qu’il s’approprie solidement. Veuf de femme vivante, il se laisse pousser barbe et cheveux. Sa rage violente d’accomplir s’éteint petit à petit devant le soin croissant pour le devenir, qui remplit le vide. User de son influence, profiter de ses ressources, appeler à ses relations, pratiquer les tours de passe-passe, tout ça l’horrifie. Arrive alors pour lui l’heure de l’épreuve et de l’éclat. Il se défend seul, muni de son armure suprême: la vérité absolue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le bruit part en vrille sur la ville, la région, le pays et au-delà. Que le monde soit déchiré par des guerres, ou que des économies entrent en crise ne l’empêche pas de faire la une. Il est isolé, alors que son univers est vaste comme son prestige, ou l’inverse. Il n’y a pas d’aveugle plus seul à ne pas apercevoir la formidable vague de sympathie et de solidarité qui se lève. Sous le silence humide de ses murs, Félix ne poursuit jour et nuit qu’un but: ne pas s’égarer, ne pas laisser lui échapper la vérité. Cela tandis qu’en attente du procès, dehors est réuni le plus large front de soutien jamais vu. De cette disparité vite intenable surgit la résurrection de Félix.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>La vérité</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La vérité ? Laquelle ? Pour l’action à ouvrir après seize mois de travail, le parquet vient surtout avec les déclarations des victimes supposées suivies par une dizaine de témoignages, directs ou non. Le jour fixé, le procès n’ouvre pourtant pas. Logique. Depuis leur réunion, après moult examens croisés, un mois avant lancement, par toutes les voies de diffusion ouvertes, les avocats du CCFF – soit le “Comité de Combat du Front Félix” – publient froidement la vérité cachée au public et au parquet: les trois plaignantes et leurs témoins sont payé(e)s selon un plan aussi secret qu’odieux. Procès mort-né, Félix libre sans délai et charges renversées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Inimaginable, une pression populaire en mesure de suppléer la justice, sans violence et par des preuves inattaquables. Mais alors&nbsp; pourquoi ?! Et qui, derrière cette machination abjecte ?! Affaibli par tant de rations maigres et fades, notre héros se concentre sur l’après-prison, laissant la presse résoudre l’énigme. Au manoir et au groupe, on fait bien plus que célébrer un revenant: on vénère presqu’un demi-dieu. Sauf que son intérêt est ailleurs. D’abord, il reprend esprit et forces. Ensuite, il invite sa “défense” à l’Aqaïa. Ils sont des centaines, d’où un cordon de sécurité ayant cette fois appris la leçon du passé. L’effusion est partout, et des deux côtés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Mes chères et mes chers, mots ou gestes sont – hélas – par trop faibles pour contenir et vous exprimer le sentiment qui me saisit lorsque je vous regarde tous d’un coup puis chacune et chacun en particulier. Ils sont inaptes à vous le transmettre, pour vous faire comprendre ses dimension et nature. La seule allégorie qui vient à l’esprit est le feu du soleil. J’ignore totalement la cause de votre énorme élan d’amitié et de générosité, mais croyez qu’il me brûle. Qu’ai-je fait à mériter autant ? Qui suis-je à être frappé par tant de bonté ? Pardo… excuse…» Gagné par l’émotion, il s’éclipse sous un orage d’hourras et une jeune femme sort de la mer de têtes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Vous qui êtes ici en réponse à son appel, je veux lui parler au nom de tous: Félix, si la racine de cet élan t’échappe, cela signifie qu’elle est encore plus fondée. Si tu ne sais pour quelle raison tu nous mérites, sache qu’elle n’est pas seule: ce sont ton exemple, ta vision, ton courage, ta droiture, ta décence, ton parcours, ta foi. Et si non plus tu ne sais qui tu serais à avoir été frappé par tant de bonté, comme tu le dis, sache que pour toutes ces raisons-ci il ne s’agit pas de bonté, mais juste d’amour. En bref, nous espérons être dignes de toi. Offres-nous le privilège de pouvoir jouir aussi de ton amour.» Sur quoi, elle rejoint la foule. La suite se devine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sonné, Félix ne revient plus sur la pelouse, où l’on fait la foire jusque tard au soir. Bongani et Thulile s’occupent de recueillir les cadeaux qui affluent – qui un dessin, qui un pot de fleurs, qui un poème, qui une tarte-maison ou juste un mot avec son nom. Pour sûr, de cette attaque très mal partie il s’en sort grandi. Et comme un bonheur ne vient jamais seul, de retour au poste des surprises l’attendent. Une mini-guerre bien placée affole le coût du pétrole et permet à l’unité “matériel d’exploitation” de Mecanolt de lever sa marge. Mieux encore: l’État s’alimente aux réserves du groupe et sollicite des forages plus soutenus dans les zones maritimes.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Le changement</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Fin de la crise. Oltent célèbre le jubilé de son demi-centenaire. Hissé au sommet de l’industrie lourde – sidérurgique, ferroviaire, navale, extractive, chimique, en même temps le groupe s’érige en poids lourd politique, en “faiseur de rois” comme on dit. Riche, pleinement épanoui, légalement marié, métaphoriquement veuf, concrètement célibataire, âge trente-sept, voici Félix en tête de la fusion MecanErg, malgré plein d’avis qui le poussent à prendre la direction générale. La voie qu’il s’est tracée – d’abord devenir, puis accomplir – il ne veut surtout pas la perdre. Dans ce but, il tire profit des fréquentes sorties solitaires en mer sur son voilier.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>[L’époque est trouble. Un malheur nouveau s’empare du monde. C’est une maladie hautement mortelle, abreuvée par un vieux fléau appelé du nom chic d’“héroïne” et qui monte en puissance. Pour les plus nombreux, il y a triple malheur: au début on s’infecte, ensuite on sème à tous vents et enfin on meurt jeune. Pour les peu nombreux, il y a un seul bonheur, de taille: le marché – culture, fabrication, contrebande et vente – surgit, donc les prix explosent. Des coins jusqu’alors anodins s’affirment en tant que plaques tournantes de premier ordre et empoisonnent le marché de l’argent par des circuits opaques. Ils attirent la vermine mondiale avide de gains faciles et fabuleux, dont fait partie un certain spécimen connu.]</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sœur Yda (non, la cupide trafiqueuse n’est pas elle) pendant ce temps remplit les trois vœux essentiels, à part que l’un d’eux pose problème. C’est ainsi qu’un jour, Bongani, grisonnant et un peu voûté, remet à Félix un pli affranchi au village. Le cachet gris est moitié effacé: <em>blssnt t. cair-au-nts</em>. Mais l’homme se rappelle bien la main, ouvre le pli et lit: “Ma joie en Dieu est sans mots, voilée seulement par notre liaison passée, pour laquelle depuis huit ans tu n’as plus d’obligation. Puisses-tu suivre l’admirable voie que tu t’es choisie, Félix, dans la chaleur de mon affection. Ceci te libère ainsi de tout engagement. Sœur Yda / Yvonne Oltent-Doussett.”</p>



<p class="wp-block-paragraph">À vrai dire, le choix n’est pas permis: c’est une invitation claire. Elle-même parle de sa “joie voilée” par leur mariage. Il a la main libre et l’option facile. De surcroît, même pas besoin de rompre les noces, car à l’époque il n’y a pas eu d’union à l’église, il ne sait plus pourquoi. La première idée – de prendre bons conseils chez les Guldenstandt – se révèle vite caduque: en effet, le dilemme est faux, par conséquent une procédure simplifiée s’engage sans délai sous la baguette d’Alma, sa deuxième secrétaire (chez Mecanolt) qui lui obéit tel à un demi-dieu, passée à coups de masters chef juridique de MecanErg et conseillère de son comité directorial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alma Zedqoff, que ses collègues badins appellent “de A à Z” ou “AZ” tout court, puisque – il faut le dire – de par sa nature elle est au courant, à tout instant, de tout et sur tous. Cette jeune femme férue de lectures, qui occupe seule un cinq pièces cossu en vieille ville, est depuis la première heure une de ses inconditionnées les plus ferventes, fondatrice du CCFF, où ses recherches acharnées contribuent beaucoup au succès final. AZ mène l’action tambour battant, de sorte que la décision de la juge tombe dans l’année: le voile est ôté de la joie d’Yda et du quotidien de Félix par l’union Oltent-Doussett qui s’éteint, suivie d’une autre qui s’allume.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bientôt deux fois six années que du matin six heures au soir six heures, deux fois six heures donc, Alma partage six jours sur sept le temps si chargé de son patron. Tranquillement, patiemment, sobrement, consciencieusement, fidèlement, ils passent ensemble six fois davantage d’heures que lui ne passe avec son (ex-)épouse. Elle lui passe tous ses caprices, fière dépositrice de ses passions, peurs, doutes, joies et on en passe. Il occupe en pratique toute sa vie, excepté son animal qui l’accompagne partout: un vieux nano chien gâté et détesté par tous, sauf par Félix, acheté comme pour se venger de la mort de Louki et qu’elle a baptisé Le Chien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Disons ainsi: deux êtres dans la fleur de l’âge, une au bord de la quarantaine, l’autre cinq ans de moins, agréables, se retrouvent libres, seules, amies, intègres, engageantes, autonomes. Qu’est ce qu’elles ont à se dire ? Il y a fort à parier qu’elles se disent “oui” devant l’officier de l’état civil. Et, du coup, voici créée la nouvelle famille Doussett-Zedqoff. Et, du coup, tout s’emballe. Félix vend l’Aqaïa, prend congé de l’effectif coi par de larges rentes viagères, prend domicile dans le cinq pièces et prend enfin les commandes des industries Oltent lors de la suivante AG, à l’euphorie de tous.&nbsp; Alma, elle, se retire et prend le chemin si difficile de la gestation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces revirements soudains et spectaculaires excitent des médias dernièrement un peu endormis sur le cas Félix. Points de presse, interviews, bourse, articles, émissions, prises de position, débats, état de la future maman, déclarations, opinions – tout y est. On veut déceler une force publique en devenir, représentant brillant d’une nouvelle vague jeune, fortunée et inspirée. Le politique est là aussi. On lui imagine un avenir parlementaire ou ministériel, diplomatique ou présidentiel. La tornade s’abat en quelques jours pour des mois. Et il se plie en plus de sa charge chez Oltent. Félix est aspiré tel l’eau des égouts. Pendant ce temps, Alma, seule…</p>



<p class="wp-block-paragraph">…s’occupe. Combattre les affres de la grossesse. Chercher dans sa nouvelle condition un autre sens, au-delà du foisonnement de témoignages présentés par les brochures nutritives, les livres de conseils ou les émissions jeune maman. Ne pas faillir de soutenir Félix malgré la souffrance de son absence. Ne pas faiblir. L’aide à vaincre le guet infini vient surtout de Le Chien, qui git sans répit dans ses bras. Mais à force de, son état se gâte, puis empire. Des douleurs frappent, des crampes déchirent. Seule, elle panique par crainte de complication. L’énergie lâche. Elle tombe. Le soir, c’est sirène, examens, doutes, appels, coups d’œil, effroi, puis sommeil.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>L’épreuve</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>[À voir le bien et le mal dans le monde; si Héphaïstos n’était pas un mythe; s’il forgeait une balance grande comme la Terre entière; si bien et mal avait une masse; si on pouvait les hisser sur chaque plateau de la balance à les peser, ce ne serait pas surprenant que celui du mal plonge et que sa chaîne casse. Seize ans que la hyène rôde, douze que sa poudre blanche tue à distance, neuf qu’il coiffe un réseau interlope et deux qu’il loue les diables pour la mort de son vice-président de père, son farouche juge moral. Son bras est long, si long que lors d’une visite médicale de routine Alma reçoit d’un infiltré un “calmant” puis, le lendemain se fait livrer une pizza “bien relevée” par – fait curieux – la même personne.]</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au réveil tout est blanc. Penché au dessus, son dieu la remplit de ce regard inestimable qui soulage tout malheur, sauf le sien. À travers ses grands yeux vifs, Alma voit et lit jusqu’au tréfonds de son âme de dieu. Elle lit alors en silence: l’enfant va bien; pas toi. Et l’âme de son dieu devient un trou noir. Ses yeux vifs fondent dans la brume. Et de l’eau coule. Un homme flou, avec bouche et sans visage, s’approche en prononçant des mots muets. Ça se voit à ses lèvres qui bougent mais elle et son dieu sont trop loin. Puis, tout à coup, elle croit entendre: «…il faudra… faire le choix… im… po… ssible…». Elle chute sans fin, à nouveau seule. Félix est parti.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sorti seulement. En fait, le dieu est au milieu du couloir voisin, où les civières, les chaises, les lits et les gens se heurtent dans un tourbillon incessant. De là il gagne finalement la sortie. Après, il gagne le centre de la Terre avec un hurlement de loup, déchirant au passage ses habits, barbe et cheveux, puis se jetant au sol avec les spasmes d’un possédé. On le retrouve un peu plus loin, sans le reconnaître. Fouillé, identifié et transporté dans un salon privé, le dieu est un ancien homme ou plutôt un spectre. On lui colle le matricule 0192 Jean Dieumerci (Sexe: M). On le prend en charge, lui injecte un sédatif et attache au lit, pour l’avoir sous contrôle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les heures passent. Il y a cependant urgence, d’abord légale sur la décision à prendre, ensuite de santé, vus l’état d’Alma, le choix à faire et le risque encouru. Le collège médical passe au vote et le soir venu réveille Jean. Étonné et docile, il ne se rappelle de rien. On lui explique le poids crucial de l’enjeu. Il consent mi éveillé et signe. On le ramène au lit de sa femme sous l’étroite protection de rigueur. Encore dans un état tiers, Jean entend malgré tout sa petite voix lunaire lui souffler: «Mon amour, surtout ne t’en veux pas. Pouvoir t’aimer est le don du Ciel. Promets-moi de prendre soin et d’aimer notre enfant.» Les yeux fermés, elle soupire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[26 octobre 2021]</p>
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		<title>L’histoire extroyable de Félix Doussett (2/4)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Mar 2022 08:57:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Très vite, notre héros reprend déjà ses esprits, puis un complet sur mesure offert par le recteur, enfin un second original de son diplôme, cette fois sous cristal Lalique. [...]</p>
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<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Le prélude</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">L’avènement</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">L’éclosion</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">La coupure</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Les suites</strong></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Le tournant</strong></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>La cassure</strong></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>L’envol</strong></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">L’éclat</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">La vérité</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Le changement</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">L’épreuve</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">La décision</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Le sage</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">L’apogée</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">La fin</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>[Dans toute histoire d’action et notamment d’amour telle que celle-ci, à un certain moment donné du récit vient inévitablement une sorte de bouleversement angulaire qui déclenche un déroulement différent, où le cours bascule et où plus rien n’est comme avant, le rythme se casse, les séquences changent, l’intrigue s’accélère, la direction se perd, une espèce de poussée apparaît, le volet dramatique s’amplifie, la dynamique prend des à-coups, les revirements s’entassent, les imprévus prennent le dessus, les situations s’entrechoquent, les contrariétés se suivent, les problèmes déferlent et le doute s’installe. Eh bien, il faut admettre que pour Félix Doussett et son l’histoire, ce temps n’est pas venu. Pas encore du moins.]</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Les suites</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Très vite, notre héros reprend déjà ses esprits, puis un complet sur mesure offert par le recteur, enfin un second original de son diplôme, cette fois sous cristal Lalique. Soigné aux frais de l’ITC dans l’aile privée des Étblssmnts St. Vicaire-au-Monts, il guérit aussi très vite. Morgand est foudroyé par le désespoir au rappel du tableau passionnel dont il a été le témoin accidentel. De son cerveau réputé aride jaillit aussi sec un effrayant torrent d’idées barbares. Tout au contraire, Yvy et sa Médæa de mère unissent euphories, soupirs et souhaits dans un hymne unique. Pour elles, le récent imprévu explosif n’est qu’un signe explicite des dieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout s’emballe. Elles invitent le Félix récemment rétabli venir occuper une pièce avec vue au deuxième étage de leur manoir – l’Aqaïa. Il accepte et passe la grande porte du riche univers des Oltent, chaudement accueilli par les Zoulous Bongani et Thulile, maître et maîtresse de maison. Une petite semaine lui suffit pour récolter toutes les faveurs: du jardinier à la cuisinière, en passant par le chauffeur et les femmes de chambre. Il est aimé de tous. Enjoué, délicat, discret, habile, éclairé, zélé, instruit, moins d’un mois plus tard on le veut rester. Félix se cherche, car il a d’autres plans. Pourtant les Oltent lui font une offre qu’il ne peut refuser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Feu l’époux-père a bâti un lourd groupe industriel – chimie, mécanique, énergie, bâtiment – dont Médæa est la présidente du conseil d’administration en plus de celui – académique – de l’ITC, école financée par sa fondation. Elle lui propose une affectation d’assistant chez le vice-président technologique même. Le jeune homme sent la finesse: le but est Yvy, pas l’emploi. Yvy, il l’aime bien, sans plus. La fille a des rêves de mariage, tandis que lui il en a de carrière. Le jeune ingénieur mécanicien entend vite aborder une deuxième formation, juridique. Partant, il veut passer chez les Guldenstandt, ses parents (adoptifs), prendre bon conseil.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis Félix se laisse gentiment submergé par la déferlante de la fille et de la mère. Rien n’est trop peu et tout y passe. Sans effort, sans insistances déplacées, sans intimidation aucune de leur part, les perspectives qui se dessinent finissent simplement par l’avoir. Pour lui, c’est l’occasion de faire ses preuves dans la pratique, et en même temps déjà de bâtir son expérience. Pour Yvy de faire tranquillement ses études de physique, son bien-aimé à ses côtés. Pour sa mère, d’assurer dans la famille les prémices de la relève. Rendez-vous est donc pris avec le secrétariat du vice-président technologique, M. Egon I. Kricken. Oui-oui, le père de Morgand.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Le tournant</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Une dérogation sans précédent à la loi sur le travail permet à notre adolescent de se lancer sur une orbite astrale unique, parce que le missile Félix I<sup>er</sup> carbure au triglomérat fait d’intelligence, d’excellence et d’ardeur. La majorité à peine là, il dirige le corps de contrôle de l’unité chimique. Laques, solvants, engrais – tous les produits finis et avec eux la gloire de la maison sont entre ses mains. Il y passe deux ans féconds, puis accepte la place vacante de coordonateur au centre de recherches du groupe. Il écarte les premières offres de la concurrence. Ses compétences et sa nature irradient déjà très loin. De toutes parts on se l’arrache pour chef.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En privé, Médæa prépare posément sa retraite du groupe et de l’école. Dans ce but, elle prend toujours plus habitude d’associer Félix aux réunions de direction et aux séjours d’affaires. Le jeune homme loge toujours au manoir Aqaïa, mais depuis a troqué sa mansarde pour un appartement à l’aile gauche du premier étage, opposé à celui qu’Yvy occupe près du kiwi. La suite de la mère se trouve entre les deux, les trois avec vue sur le parvis d’accueil. Le vouvoiement est désuet: il y règne un climat farouchement filial, franc, fraternel. Par une vive ressemblance, on pourrait croire les deux jeunes frère et sœur, ou l’inverse. Seule la barbe les sépare.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vingt-deux ans les deux et dix jours entre. Vierges, ascendants jumeaux. Coïncidence ou non, ils consolident conjointement une connivence complice: lui lui concède son comportement par trop convenant, elle lui conteste sa conduite pas trop convenue. Par contre et de concert, ils concoctent des combines coriaces à des convives conquis. Cette conjoncture fait que leur connexion n’est plus contestée, au point qu’un soir, content, le commis de cuisine se présente devant Thulile avec un billet où il est écrit «madam FYlyx ont comander des oufs à la cock»! Par conséquent, ce coco consacre concomitamment la conjugaison de leurs co-personnes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et Kricken senior alors ?!… Et son junior de belphégor, avec sa formation chaotique, sa frustration dantesque et son torrent de plans féroces de rétorsion ?! Ah-la-la, patience, patience pour les rebondissements. Il s’agit donc des FYlyx. Entre professionnel, privé et public, c’est disons le méli-mélo dans la vie de ce Félix. Il trempe dans l’harmonie d’une famille qui n’est pas la sienne, sa carrière explose dans un contexte de tous les dangers et, pour un sommet, il commence encore un projet pédagogique important dans l’institut même où le souvenir de sa “performance finale” est resté dans les mémoires des quelques nullités encore scolarisées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le parcours de Félix Doussett est ponctué par deux proverbes de valeur: ‘Qui trop embrasse mal étreint’ et ‘Qui se brûle avec la soupe souffle dans le yaourt’. Vingt-six ans chacun maintenant et déjà douze de complicité. L’été indien berce la propriété entière d’une douce lumière cristalline. Les vendanges battent le plein. Les pruniers plient sous la charge. L’année est bonne. Yvy et Félix choisissent ce bel après-midi d’octobre pour s’unir. Ce n’est que simple logique et cela ne contrarie personne ou presque. La liste des invités fait huit pages. Le pré fourmille de convives, les tables drapées débordent et l’air est rempli d’un vif Dixieland revival.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le tournant vient le lendemain. La mariée et ses demoiselles se prélassent. Le marié se précipite vers ses nouvelles obligations de délégué à l’assemblée des actionnaires, programmée l’après-midi. De passage au siège, il paraphe le récent contrat d’Énergolte pour la livraison de gaz aux ménages de la région, sur dix ans. Médæa a décidé à l’avance de s’offrir des jours de repos après le raffut de la veille. Bongani et Thulile en tête, tout l’effectif d’Aqaïa s’affole à mettre en ordre le domaine et les environs. Sous ces auspices, le fait de retrouver un petit chien pattes en l’air dans les buissons&nbsp; qui entourent l’étang passe pour ainsi dire quasiment inaperçu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est un extra qui fait la découverte. Un sac, et la dépouille est posée par terre dans le bûcher. Les heures passent et personne ne passe. Il fait chaud. Tard le soir, notre commis vient chercher du bois pour le four et y trébuche. Le sac ne contient pas “un” chien: c’est bien le joyau de la famille et le chéri de Félix, le carlin Louki lui même. Le Louki a la bave à la gueule. La perplexité se propage telle une décharge électrique dans l’eau. C’est l’alarme de guerre, puis le conseil de guerre. Quand, comment, qui, pourquoi ?! On interpelle l’extra. Il jure sur la tête de sa fille. Que faire ? Appeler la police ? Ne rien bouger ? Et si ce ne serait qu’un pur accident ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais que non ! C’est un projet clair de tuer. Nuit blanche. Le matin, Louki est porté au dépositoire, pour examen. Verdict net: septicémie, due à un éclat d’os en bakélite qui a perforé l’intestin. Et, surtout, l’on trouve des grains de phénocarboxate cyanuloïde mélangés à de la sauce bolonaise, dont le joyau raffolait. Le doute est dépassé: c’était un appât trempé dans de la “mort aux clebs”. Le deuil – immense – s’installe. Le jeune délégué à l’assemblée est anéanti. Sa patriarche de belle-mère aligne les AVC. Cinq mois après, la jeune physicienne fait une fausse couche. Qui pour leur vouloir tant de mal ? Grand Dieu, et pour quelle raison funeste ?!</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>La cassure</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>[C’est connu: la vie est une suite continue de mystères, faisant penser qu’en réalité et en majorité elle ne serait qu’un puzzle de hasards. Pas dans notre cas, cependant. À dessein ou à son insu, chaque action ou inertie d’un homme entraîne une réaction, bonne ou souvent mauvaise. Alors qu’au QG le frais retraité vice-président technologique ignore tout des plans délétères ourdis par son rejeton, même que rejeté en bloc par sa famille épuisée celui-ci s’emploie à l’ouvrage. Et ce n’est pas l’occasion en or d’une fête à huit cents invités qu’il manque. Trouver donc un allié parmi, ou alors ne serait-ce que la demi-sœur d’un allié, ou au moins une amie d’un collègue de la demi-sœur d’un allie, n’est pas si difficile.]</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Hélas, la désolation est un plat qui se digère lentement. La fin tragique de Louki est un souvenir ferme. Les FYlyx ne sont plus tout à fait les mêmes. Le temps passe et ne panse pas, surtout que l’enquête bat le pas et prive l’énigme de réponses. La fougue de Félix a reçu un coup et c’est presque par devoir qu’il prend la tête de Mecanolt plus la place au CA qui va avec, car depuis ce jour d’automne-là Médæa ne cesse de faiblir. Au travail, à tel point le personnel l’entoure de ses précieuses amitié, énergie et loyauté, que le premier exercice comptable de Félix comme PDG s’achève sur un bénéfice net en hausse de 26%. On dirait le cap dépassé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On dirait… Des choses, on en dit plein. En cette année si pas comme les autres, Yvy est à nouveau enceinte mais perd sa mère, l’amie d’une vie. Sa fin est lente. Qu’importe, le choc est cruel et le souvenir de Louki, irremplaçable, s’estompe. Le drame revient: IVG pour raison de psychose pré-partum. De fait, mère et enfant perdus la même année, c’en est trop. Les FYlyx ont beau être sur leurs vingt-neuf ans: Félix a le vent en poupe alors que la carrière d’Yvy semble gelée par des tragédies, et on lui apprend qu’elle ne pourra plus enfanter. Adieu donc famille tant désirée ! Tonnerre: trois mois plus tard, elle fait le bond jusqu’alors invraisemblable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le froid est sec. Hagarde, elle se fait ouvrir à grande peine par la sœur cénobite Xénnia le portail millénaire en chêne rond ferré du Couvent St. Vicaire-au-Monts. Rentré au soir, le mari n’a qu’a découvrir abasourdi le papier fermé que lui remet Bongani. Il lit: “Mon amour, dorénavant je m’occuperai d’essayer à sauver ce qui serait encore de bon dans mon âme. Tu sais ce qui m’arrive. Je ne puis rester ta femme. Ce pas vient de mon seul jugement. Tu n’as rien pour t’en vouloir. Te connaître a été un bonheur. Vivre avec toi, un don du Ciel. Pardonne-moi et soit béni ! Puisses-tu avoir une vie heureuse. Ne me cherche pas. Je t’aimerai à jamais. Yvy”</p>



<p class="wp-block-paragraph">Arides sont – oh ! – les mots qui illustrent le fleuve de pensées lui inondant l’esprit et le flot de projets qui le jette sur le canapé. Le brave Bongani se pointe furtivement avec pilule, carafe d’eau et verre de whisky. Cassé, Félix dégringole dans le gouffre de son destin. Yeux fermés, il s’endort aussitôt. Ou il s’évanouit. Ou les deux. Le matin venu, à 39.7° de fièvre il manque en première les rapports de son adjoint. Pris de délire, il reste au lit le jour entier et se lève encore frileux la nuit tombée. Le chauffeur le conduit au couvent, où il frappe au portail une fois, dix fois, cent fois, et encore plus fort. Autant dire que le portail reste fermé pour lui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour lui mais aussi pour les autres, qu’il y dépêche en son nom. D’une part, la fatigue de ces tentatives vaines s’installe. D’autre part, il pense que les délégués ont une chance de tromper cette vigilance des sœurs, elles qui ne peuvent tout de même pas avoir un don surnaturel pour toujours faire le bon tri. Illusoire. Croire qu’en effet elles l’en ont bien, ce don surnaturel. Et ça s’enchaîne durant de très longues semaines, à divers moments du jour et de la nuit, à deux, à trois ou en équipe. Entre temps, son travail est en deuil, l’état de Mecanolt également. Sept mois jour pour jour après le départ d’Yvy, il se force d’arrêter. Son “deuil” prend fin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Peu après arrive la trentaine. Le lendemain matin d’un souper festif en petit comité, une colombe passée par la baie ouverte de sa chambre à coucher dépose un billet sur son épaule. L’homme connaît l’écriture et lit: «Je ne pourrai jamais te savoir assez gré pour l’arrêt de tes efforts. Suis ton chemin lumineux dans la paix. Sache que mon affection est avec toi pour toujours. Je crois fort en Dieu, et après Lui je crois fort en toi et prie pour ce que tu vas devenir. Sœur Yda.» Un nouveau coup, alors qu’il vient de ranger cette étape derrière lui. Se réjouir, s’attrister ? Il tranche que joie et tristesse peuvent aller ensemble. Et sur ce, il part à son travail.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>L’envol</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Privé des deux femmes ayant pesé le plus dans sa vie, Félix sent le poids d’états d’âme contrastés, voire opposés. Condamné à leur absence, elles lui manquent durement. En revanche, un horizon ample, unique et inédit s’ouvre: la liberté totale d’ériger des plans à la hauteur de ses idéaux et le pouvoir de les mettre en œuvre. Non, Yvy et sa mère étaient tout sauf des fardeaux, mais cet air frais grise. Son combat intérieur l’épuise et alourdit la remontée de la pente. Le travail se ressent, aussi que les résultats financiers. La mort de Médæa Oltent impose le scrutin légal pour compléter le CA, où Félix manque de volonté pour prendre la commande.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puisqu’il s’agit de la disparue. L’ouverture prompte de son testament, longtemps restée confidentielle, demeure sans effets tant que le labyrinthe des sociétés du groupe et les participations croisées de la défunte empêchent le lancement de la succession. Pour finir, le notaire invite le jour venu une centaine d’intéressés&nbsp; dans le grand salon du manoir. Les hommages, l’exposé, la lecture des dispositions, les débats, les questions-réponses et enfin les pauses occupent l’après-midi. L’issue d’un tel événement est sans surprises: les déçu(e)s dépassent le nombre des satisfait(e)s. Un seul absent notoire: Félix, qui, de surcroît, est le gagnant du lot.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par simple respect pour la mémoire de sa noble inspiratrice, il répugne à notre héros d’assister au escarmouches entre chacals qu’il pressentent, ainsi choisit-il exprès de passer sa journée seul, au lac St. Vicaire, loin du manoir, où il ne retourne que tard, le soir de l’envol, pour se faire remettre dans une enveloppe scellée le papier officiel du notaire. Il ne l’ouvre pas, remercie le bon et fidèle Bongani et tombe dans son lit comme un roc, se refusant le loisir de se douter qu’un pan nouveau de sa vie s’ouvrirait au réveil. Cette fois il croise toutes les femmes de sa vie sans aucune exception, réunies dans un rêve singulier qu’il n’oubliera pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sont là: Alice Gneil, sa toute première et vraie mère, qu’il peut ainsi connaître, Claire Guldenstandt, sa deuxième mère, qui le sauve des ruines, Elvira da Silva, sa troisième comme une mère, qui lui sauve son l’école, Médæa Oltent, sa quatrième comme une mère, qui le propulse vers son avenir, Yvonne Oltent-Doussett, sa première femme, qui le quitte pour Dieu, Talulla, sa première secrétaire, qui le prend pour un demi-dieu, Alma, sa deuxième secrétaire, qui lui obéit tel à un demi-dieu, Thulile, la maîtresse de maison, qui lui est toujours fidèle, Ena, la cuisinière, qui choie ses plats et Adila, la femme de chambre, qui range sa chambre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Infini pré près de la mer. Marche lente le long du promontoire jaune. Chambre, avion, monastère, école, manoir, refuge, voiture, bureau, salon, lac, train, auditoire… Presses hydrauliques. Louki. Manchots. Dialogue… Railleries. Frederic, Egon, M’sieur da Silva, Bongani, Morgand… Aucun Félix… Coup dans le dos… Vide noir, béant, froid. Écho… Chute. Plongée… Averse de bouses. Culbute… Piqué… Frein… Filet de mains… Alice, Thulile, Médæa, Claire… Elvira, Yvonne, Talulla, Ena, Adila, Alma, Claire… Sable blanc, mou. Chœur suave de colombes. Marche lente le long de la plage chaude. Voilier dégarni. Pont désert. Vent levé. En avant ! Réveil.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Félix ouvre le pli. Les conclusions du testament disent que par une clé précise, deux dizaines d’aspirants se partagent deux-tiers du patrimoine. Trois pages lui sont dédiées. Il lit leur en-tête. “Je pleure mon destin qui m’empêche d’admirer ton épanouissement afin de m’en aller comblée. Accepte donc ce qui me reste encore à t’offrir de tout mon cœur, en signe de gratitude pour m’avoir si soigneusement enseigné à me réjouir des plus petites et simples choses de la vie. Moi, Médæa, qui aurait tant aimé être ta mère.” Yvy – fille unique – ayant depuis fait vœu définitif de pauvreté, la suite dispose que cet héritier reçoit la moitié des avoirs Oltent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[26 octobre 2021]</p>
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		<title>L’histoire extroyable de Félix Doussett (1/4)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 27 Feb 2022 15:24:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Mais avant de mourir d’amours, Félix Doussett en vécut. Déjà qu’il est né d’amours: celui de sa mère, qui lui offrit la moitié de sa vie, et celui de son père, qui lui en offrit l’autre. [...]</p>
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<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Le prélude</strong></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>L’avènement</strong></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>L’éclosion</strong></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>La coupure</strong></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Les suites</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Le tournant</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">La cassure</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">L’envol</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">L’éclat</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">La vérité</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Le changement</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">L’épreuve</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">La décision</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Le sage</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">L’apogée</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">La fin</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et à la fin de ses longs jours, Félix Doussett mourut d’amours.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>Le prélude</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais avant de mourir d’amours, Félix Doussett en vécut. Déjà qu’il est né d’amours: celui de sa mère, qui lui offrit la moitié de sa vie, et celui de son père, qui lui en offrit l’autre. Cela se passe sous les bombes lors de la guerre civile. Pilotte de chasse, sa mère saute <em>in extremis</em> au dessus du refuge bondé où son père infirmier réformé soigne les mutilés et veille auprès des mourants. Dans sa chute, elle ne peut éviter son avion hors de contrôle, devenu par lui-même une bombe. Elle perd ses deux bras, mais elle garde ses deux jambes dont elle use pour se ruer dans le refuge tout proche où elle s’écroule dans les deux bras du père infirmier réformé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’y a plus de place dans les lits, dans les dortoirs, couloirs et toilettes. D’ailleurs, pour parler de vraies toilettes, il n’y en a plus non plus, puisqu’atomisées par la hécabombe d’un sadique lâchée au bon endroit et muées depuis en fécatombes. Le père est donc obligé de loger la mère sans ses deux bras dans sa propre cabine, aux côtés d’autres sinistrés avec et sans un ou plusieurs membres. Des jours passent, des nuits aussi. Les soins arrivent à temps, de telle sorte qu’elle peut s’en sortir tant bien que mal pour vivre au milieu de ceux qui s’éteignent tour à tour autour. C’est très triste mais très beau, car de cette grande détresse naît un grand amour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le père n’est pas très laid et même sans ses deux bras la mère est très belle. Par conséquent s’éprennent-ils vite l’un de l’autre. Une infortune tenace les ombre cependant: dans leur cadre létal, il est exclu de conclure une quelconque passion. S’enlacer ? Exclu. S’embrasser ? Rare, et déjà un exploit soldé. Ils sont encore assez jeunes et débordant d’un dynamisme frénétique. Au fil du temps, rechercher une vraie solution devient dès lors presqu’un devoir. Le devoir continu et salvateur du père l’empêche en revanche de s’absenter pour trouver cette solution à l’extérieur, tandis que le quotidien piteux de la mère se réduit fatalement au seul refuge.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jusqu’au jour où – comme sous le coup d’un miracle – tout finit par s’arranger, basculant dans l’horreur. Les gens meurent à vive allure. Aux alentours il ne reste plus le moindre mur debout. Au retour de ses besoins, le père se fait hacher fin sur le pas de porte par les éclats d’un obus perdu. Il perd ses deux jambes mais garde ses deux bras, dont il use pour serpenter jusqu’à sa chambre où il s’étale aux deux pieds de la mère sans les deux bras. Comme il ne reste plus le moindre docteur debout, les deux autres infirmiers lui viennent sitôt en aide. Des soins expéditifs sont vite donnés, sauf que le père réformé est une grande nature et peut survivre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le miracle est qu’à part les deux amants, il n’y a plus âme qui vive dans le refuge, puisque les derniers moribonds ont trépassé la veille. Aussi peuvent-ils enfin conclure leur prélude et passer à l’union de leurs ardeurs. La mère ne saurant enserrer le père dans des bras qu’elle n’a plus, pas moyen donc de joindre leurs amours au lit. C’est déjà assez laborieux d’enlever les écrans en coton et nylon pour parvenir au toucher soyeux, encore que froid, du lino vert. Les attentes, les retenues, les souffrances, les pleurs – le tout est balayé par deux énormes vagues d’amours hautes comme deux menhirs se heurtant sans cesse dans un délicat fracas saccadé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vidé presque de ses agonisants, à présent le refuge n’est qu’un lieu terne, animé seulement par ces deux amoureux et par quatre ou cinq chiens jadis errants, qui ont pris la place des occupants malades. De temps en temps, à tour de rôle et par des tours de passe-passe, les gosses d’une fratrie voisine glissent au couple de survivants des vivres volés. Première absente: l’hygiène. Faim et soif – solides et tenaces. Malgré cette précarité lourde, immuable, rien n’ébranle l’amour vigoureux et quasi journalier entrepris par le père envers la mère et l’inverse. Des mois entiers passent ainsi, puis toute une année jusqu’au jour bienheureux de la délivrance.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>L’avènement</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">De longs instants, minutes, heures, jours d’une folle intensité. Pénuries et privations aidant, le quotidien de la mère et du père s’étale du nadir de la décrépitude physique au zénith de l’extase passionnel. Le peu de nourriture que la mère partage avec le père passe en entier à la création qu’elle porte dans le ventre, afin que le fruit puisse rester en vie. L’image est abominable: deux formes anorexiques, l’une d’elles avec l’échine déformée par son ventre hypertrophié, l’autre à le croire sorti des camps de travail. Enfin, fi d’hurlements, pleurs de douleur et cris de joie, le père pose sur les seins plats de la mère un bébé mâle, sale, rose, dodu et joufflu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est Félix. La mère s’appelle Alice, mais le père l’appelle Alix. Le père s’appelle Frederic, mais la mère l’appelle Féri. Au début, ils lui choisissent le nom d’Alfred, ensuite se ravisent au souvenir de la dynamite et d’autres explosifs qui les ont tant mutilés. Pour consacrer et couronner leur acte, il ne reste donc qu’un seul nom à gratifier le bambin et c’est Félix. Gage du délice nourrissant l’enfantement, preuve des amours réunis pour lui donner la vie, signe de l’avenir qu’ils lui souhaitent, et au mépris complet d’une dot pour le moins embarrassante, puisque ce Frederic Doussett vient d’Angleterre tandis qu’Alice Gneil vient d’Allemagne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’une certaine manière, l’enfant fait vivre ses parents. Lui, sa mère et son père passent ensemble cinq jours entiers bercés par un bonheur absolu. Au sixième, l’âme de Féri s’enfuit de sa cage d’os, suivie le lendemain par celle d’Alix, poussée à bout de forces tant par l’inanition que par la rage de Félix d’obtenir le semblant de lait maigre qu’elle porte encore. Peu après, l’aînée de la fratrie découvre un nourrisson gémissant, nu et sale, tenaillé entre deux sortes de squelettes incomplets en haillons. Venus sur-le-champ, les parents voisins mettent à l’abri le nouveau-né dans leur foyer épargné, puis enterrent décemment Féri et Alix, côte à côte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En pratique, Félix ne peut avoir connaissance de ses géniteurs, et encore moins des aspects si prodigieux de sa venue au monde. Il faut dire que sa famille d’accueil est un exemple de bonne foi, refusant l’idée d’usurper l’identité d’une ascendance si héroïque. Aussi, il apprend qu’il est le fils du Père Noël et d’une cigogne, et qu’il ne doit pas s’étonner de son aspect, alors que par nature un enfant du Père Noël et d’une cigogne n’a ni fez rouge, ni bec, ni barbe, ni plumes. Ses aînés jouent ce jeu le long de ses premières années d’une vie remplie de joie, pureté et tendresse. Clairement et dès son avènement, l’enfant connaît l’amour simple et direct.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>L’éclosion</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La guerre finie, en âge de l’école, il doit changer la maison pour l’internat. Là, en première, un mouflet tordu insiste au point de le persuader que son histoire d’ascendance ne tient pas debout. Il en reste tellement ahuri, que les moqueries des autres plaisantins comptent peu. Cependant ça devient pesant à force. Par chance pour lui, élève assidu et sage, Félix attrape la faiblesse de m’sieur da Silva, l’instituteur, qui vient d’un pays mystérieux: le Portugal. M’sieur da Silva est au courant de sa genèse et l’honore avec une franche affection. Il l’appelle – seul élève – par son seul prénom et l’invite en famille pour les dîners très solennels de dimanche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Entouré – si ce n’est accompagné – comme il l’est, sa blessure se ferme vite et ne laisse guère de cicatrice. Son passé lui est devenu indifférent. Puisqu’en quelque sorte il est différent – du moins quant aux détails de sa naissance – il en éprouve même une certaine et vague fierté latente et maîtrisée. Ainsi libéré, sous la tutelle attentionnée de son tuteur, son éclosion est remarquée et rapide. Au fait, d’une certaine façon il récupère à grands pas son histoire agitée. Des pas tellement grands qu’avant même l’âge des premiers signes de virilité notre héros finit brillamment le cursus secondaire. À présent, un avenir radieux se dresse devant lui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Treize ans révolus et c’est un garçon chétif, un peu perdu, qui fait grincer péniblement la colossale porte bicentenaire en chêne ouvragé de l’Institut Technique Civil. Il veut devenir ingénieur mécanicien. Il veut construire des avions. Et peut-être même des trains. De vrais. Et il veut aussi réaliser des outillages et machines pour construire des pièces dont sont faits les avions et les trains. Et peut-être de vrais bateaux. Et des machines qui fabriquent ces machines. Alors on l’ausculte: il est trop jeune. Mais son parcours et ses références interpellent sans appel: à l’évidence il s’agit d’un cas particulier, voire d’un phénomène, et Félix rentre à l’institut.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De loin plus jeune étudiant de l’établissement, il ment sur son vrai âge, toutefois son apparence ne ment pas. À peine réussit-il à surmonter son passé compliqué avec l’appui gracieux, précieux et généreux de m’sieur da Silva, le voici devenu la risée injuste de cette institution de légende. En effet, comment, cadet candide et novice, gérer correctement un quotient à 140, du haut de ses 140 cm, sous 40 kilos avant déjeuner, et sans un poil sous les aisselles, au milieu d’une armada de jolies jeunes femmes et de forts jeunes hommes qui forniquent déjà, souvent en ville ? ‘Rira bien qui rira le dernier se dit-il’ et se met au travail comme jamais auparavant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une école reste cependant une école avant tout, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un temple de l’enseignement tel que l’ITC. Dans un tel creuset, former les étudiant(e)s à l’ultime perfection passe avant tous autres considérants. Puisse-t-il s’agir de filles à barbe, de nains à bosse ou d’orphelins (sponsorisés), honorées sont juste les ressources (intellectuelles) et la passion. Le frêle Félix se voit dès lors immergé dans son élément. Et cela paye: une scolarité de cinq ans, il la comprime en deux, qui plus est <em>Summa Cum Laude</em>. En dépit du dépit de ses collègues, il devient la fierté de l’école, est porté de colloques en concours et récolte des lauriers partout.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Entre temps, il gagne aussi en neurones, taille, poids et poils. Remise des diplômes: sur le préau orné, le voilà donc à seize ans non révolus, fier, radieux, svelte, droit, robuste. Dans un silence cryptal, il ouvre le cérémonial, s’avançant droit et de pas ferme vers une présidente du collège académique sourire humide qui – toute excitée – lui décerne le fruit de son travail. Le baise-mains sobre et délicat mouille les genoux de la dame et fend le cœur de sa fille, assise au rang central. Disons que sans le savoir, Félix est depuis des mois dans l’œil et de la première et de la dernière, qui est sa collègue. À présent, un avenir radieux se dessine devant lui.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>[Bâti sur un pic qui jaillit de l’océan au milieu des nuages, l’Institut Technique Civil – l’Académie Civile pour certains – se dit aussi Le Nid des Aigles. Le rocher est un repaire âprement revendiqué autant par les aigles barbus – Haliæetus albicilla, les rois des mers et princes des prés – que par les grands albatros hurleurs – Diomedea exulans, rois des mers seulement. Les accrochages entre ces guerriers de l’espace sont fréquents, les va-et-vient également: en effet, les oisillons doivent être nourris sans cesse et la réserve de chasse se trouve ailleurs. Il n’est ainsi pas rare de les voir surveiller en vol circulaire, à très grande hauteur, au dessus des édifices, comme c’est le cas en ce jour ensoleillé de belle célébration.]</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><strong>La coupure</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Un regard furtif au trésor serré contre sa poitrine, cinq courtes révérences vers chaque membre ravi du directoire scolaire, une rotation de 180°, une longue inclination complice vers le parterre de collègues désappointés et enfin le retour de pas ferme droit à sa place. Qu’il n’atteint pas. Son trajet coupe celui en piqué d’une énorme fiente lâchée par les intestins d’un de ces géants des airs à l’instant où notre jeune diplômé quitte la tribune. À son insu, la coiffe noire stoppe court la chute d’une bombe puante faite d’à peu près 340 grammes de déjection, lâchée environ 102 mètres au dessus pour s’abattre à quelque 161 km/h. Le temps stoppe aussi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le vacarme infernal déclenché par cet impact fusionne avec le silence cryptal, alimenté lui par le choc visuel. Ce qui résulte est une hystérie généralisée. Pour la victime c’est le dégoût extrême. L’intolérance aiguë à l’acide urique, à l’ammoniaque et surtout à la streptomycetaceae lui font perdre connaissance sur le coup. Il s’écroule sec. Les enseignants se volatilisent illico dans la déroute, à l’image des étudiants, sauf des plus cyniques qui ovationnent en ouvrant des bières béats de rire. Oublié de tous, anéanti, écrasé, blessé, Félix Doussett aurait pu succomber asphyxié <em>hic et nunc</em> si la fille de la présidente du collège académique n’avait pas été là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est Yvonne. Oltent. Sa mère l’appelle Yvy. Son père l’appelait Gigi, étant mort. Yvy est donc orpheline mais riche d’un héritage considérable qu’elle partagera avec sa maman à sa maturité. Fi de la nausée et du danger, elle accourt, tire une lourde chaise encore debout, soulève le jeune homme à grande peine et l’assoit à grand effort. Assommé, lui penche pour retomber, alors désespérée et aussi sale qu’il est, Yvy arrache son pashmina turquoise et attache au dossier le martyre knock-out. Pas une âme qui respire autour, à part – au dessus – un vautour en rage, trompé par sa cible. C’est très beau, puisque de cette grande détresse naît un grand amour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jamais n’avais songé Yvy oser l’approcher. Jamais n’avait-elle osé faire part de ses soupirs à sa mère. Jamais n’avait sa mère osé imaginer sa fille oser l’approcher. Jamais n’avait-elle osé confier ses soupirs à sa fille. Jamais n’avait Yvy osé songer que sa mère oserait nourrir ces vœux. Jamais sa mère n’aurait-elle songé oser penser ce que sa fille oserait penser d’elle. Jamais n’aurait-il osé songer être si près de l’apothéose académique, de sa propre mort précoce et atroce et d’une fille si belle et si prometteuse – à tout le moins financièrement. Mais flottant au milieu de mille étoiles polychromes, dans son semi-coma Félix ne saurait songer à rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Yvy est comme seule au monde. Le visage de Félix est si près, si serein, si beau… En fait, juste ce qui se voit. Ses traits fins à peine se devinent sous la masse nauséabonde qui dégouline lentement. Le besoin violent de vomir domine, pourtant à 23 cm de distance c’est la magie de sa figure qui l’emporte. Il est enfin à sa portée. À sa discrétion, même. ‘Allez, rien qu’une fois, Yvy’, susurre-t-elle, et de son mouchoir blanc en batiste nettoie délicatement la zone qui l’intéresse, pour lui apposer une bisette en vitesse sans penser aux suites. Son cœur bat la fanfare; elle se lève vite pour s’enfuir vite, puis s’arrête horrifiée: le pantalon de Félix pompe le sang.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Transi, serrant fort son diplôme devenu torchon, il se réveille subito comme La Belle au Bois Dormant, puis vomit illico. Cela se complique évidemment, les suites étant sans surprise là. D’une part, Yvy s’affole, libère le lauréat, le relève (lui qui se déhanche) et le fait gagner l’infirmerie. D’autre part Yvy n’étant clairement pas seule au monde, sa mère, qui a tout observé par le judas de la salle où elle s’est retranchée, s’effondre. Enfin, un acteur tiers de cet épisode, néfaste et nettement plus jeune que cette mère, qui a tout observé par l’imposte du wc où, retranché, il fume, fulmine. Pour autant, un avenir radieux est toujours lié au destin de Félix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’acteur est Morgand Kricken, soupirant voilé d’Yvy comme elle est de Félix. À l’opposé de la fille qui n’est que rêverie, bonté, douceur et beauté, lui est laid, aigre, fruste et surtout vil. Il boit par derrière, fume pr derrière et fait des choses par derrière. Ce n’est que grâce à la duplicité du doyen et aux pots-de-vin de sa famille qu’il reste encore dans l’école. En effet, passer le cap de la première année ne lui réussit guère. Le mal entraînant le mal, à force d’alcools, de cigarettes et de blagues ineptes, en revanche il réussit à bâtir autour toute une équipe de cancres, plus abruti l’un que l’autre. Ils sont les cyniques acclamant le récent incident.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>[Dans toute histoire d’action et notamment d’amour telle que celle-ci, à un certain moment donné du récit vient inévitablement une sorte de bouleversement angulaire qui déclenche un déroulement différent, où le cours bascule et où plus rien n’est comme avant, le rythme se casse, les séquences changent, l’intrigue s’accélère, la direction se perd, une espèce de poussée apparaît, le volet dramatique s’amplifie, la dynamique prend des à-coups, les revirements s’entassent, les imprévus prennent le dessus, les situations s’entrechoquent, les contrariétés se suivent, les problèmes déferlent et le doute s’installe. Eh bien, il faut admettre que pour Félix Doussett et son l’histoire, ce temps n’est pas venu. Pas encore du moins.]</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[26 octobre 2021]</p>
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		<title>Et si…</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Jan 2022 06:55:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>… fouler avec témérité, voire de l’inconscience, le territoire obscur de l’invraisemblable serait après tout une option valable ? Question difficile, réponse problématique. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">… fouler avec témérité, voire de l’inconscience, le territoire obscur de l’invraisemblable serait après tout une option valable ? Question difficile, réponse problématique. En vérité, ce qui suit n’est qu’un prolongement presque normal, cependant hésitant car fort risqué, de réflexions antérieures qui étaient déjà – elles – suffisamment audacieuses. Elle étaient réunies dans “The Great Reset”.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce territoire est sombre et inconnu. Il est peuplé d’intentions et de pensées à priori inimaginables et apparemment hostiles puisque – justement – dissimulées. L’errance, lente, improbable et pénible y est possible seulement si l’on rassemble des jalons épars pouvant indiquer un chemin un tant soit peu ordonné. Pourtant ceci exige d’abord à les distinguer – ces jalons, puis les voir et les reconnaître, ténus qu’ils luisent à peine dans l’opacité la plus dense. Encore qu’en réalité il sont étonnamment nombreux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mise en garde préalable et utile: ceci est tout le contraire d’une grotesque machination conspirationnistique, complotistique, ésotéristique et cabalistique. La suite ne s’enquiert pas d’une mode trop répandue de nos jours, pressée à coller des étiquettes sur tout sentier situé en dehors du courant de pensée unique. Le but ici n’est pas d’ourdir un N<sup>ème</sup> tissu de fumée et d’illusions, mais bien de s’appuyer sur la raison et la sagacité pour tenter d’apercevoir la réalité au-delà du plafond nuageux qui enveloppe le monde. Aussi, les métaphores seront légion et certaines idées tout à fait sinistres, d’où précisément la témérité de ce raid dans l’invraisemblable.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et si…</p>



<p class="wp-block-paragraph">…la Terre n’était pas occupée par près de huit milliards d’êtres humains, bientôt neuf milliards, ensuite dix lors de la génération suivante, mais par tout autant d’usagers consommateurs ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">…les besoins et habitudes des occupants, étendus et affinées après la Seconde Guerre mondiale, continueraient à croître et à se raffiner de par la nature hédoniste propre au genre humain ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">…les ressources de cette même Terre, en constante diminution et pour certaines situées déjà dans les chiffres rouges, à brève échéance venaient à ne plus suffire, ensuite à s’épuiser ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">…la magie irraisonnée du virtuel, de l’intelligence artificielle et de la robotique poussées par l’envolée technologique, apporterait l’indigence au plus grand nombre privé de revenus par le travail ?</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et si alors…</p>



<p class="wp-block-paragraph">…l’espèce humaine étant la seule capable de s’autodétruire en masse, l’issue de cette quadrature viendrait de ses rangs mêmes ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">…les angles aigus de ce carré infernal seraient arrondis en réduisant simplement et drastiquement le chiffre des usagers ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">..la mise en œuvre de ce scénario serait déjà en cours depuis un certain temps et que ses résultats seraient à vue autour de nous ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors voilà l’impossible équation résolue: avec une occupation réduite de ¾, strictement aux usagers les plus porteurs au point de vue statistique, leurs besoins et habitudes pourraient croître et se raffiner sans fin pour des générations à venir, au travers de ressources désormais abondantes sublimées par les bienfaits de la réalité virtuelle, de l’intelligence artificielle et de la robotique.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mystérieuse énigme…</p>



<p class="wp-block-paragraph">[25 janvier 2021]</p>
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		<title>Et alors l’homme sans nom…</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/fiction/et-alors-lhomme-sans-nom/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 07 Jan 2022 14:13:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>...réunit plein de gens autour de lui et mit la femme au milieu.<br />
Puis se tourna vers la femme et lui demanda:<br />
«Est-tu heureuse?» [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">…réunit plein de gens autour de lui et mit la femme au milieu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis se tourna vers la femme et lui demanda:</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Es-tu heureuse?»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle lui répondit:</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Non, je suis malheureuse.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Pourquoi?» lui demanda l’homme sans nom.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et il se retourna vers des autres leur demandant:</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Qu’est-ce que c’est que le malheur?»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et tour à tour, ils répondirent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas avoir de jambes.» dit le cycliste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas avoir de temps.» dit le pressé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas avoir à manger.» dit la boulimique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de tout perdre.» dit le gagnant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas pouvoir aimer.» dit l’amoureux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est d’être déçu.» dit l’optimiste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas avoir de jouets.» dit la fillette.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est ne pas savoir qu’on ne sait rien.» dit le sage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas avoir de maison.» dit le vagabond.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas avoir du travail.» dit l’ouvrier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas avoir de cœur.» dit la nonne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de savoir qu’on est fou.» dit l’ignorant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas avoir d’adversaire.» dit le guerrier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de vivre dans le monde.» dit le reclus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de souffrir.» dit le faible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas pouvoir tout avoir.» dit l’avare.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas avoir de besoins.» dit le riche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est d’être enfermé.» dit le prisonnier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas avoir de but.» dit l’erratique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas avoir de mains.» dit la pianiste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est d’être impuissant.» dit le pompier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas avoir d’esprit.» dit le simplet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas avoir de caractère.» dit quelqu’un.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de se croire tout permis.» dit un autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est d’être trop gros.» dit l’obèse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas avoir la santé.» dit la malade.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est l’indifférence.» dit l’égoïste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas avoir la foi.» dit le moine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est d’être dans le besoin.» dit la pauvre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est d’avoir gâché sa vie.» dit le vieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de perdre son enfant.» dit la mère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est d’être laide.» dit la miss.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est ne pas avoir de tripes.» dit le révolutionnaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est d’être moqué.» dit le professeur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas avoir de parents.» dit l’orphelin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est d’être oubliée.» dit la vieille.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est d’être seul.» dit l’exclu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas avoir d’enfants.» dit la stérile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est d’être trop gros.» dit l’anorexique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de connaître ses limites.» dit le savant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est d’avoir d’enfants.» dit l’imbécile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est d’être vaincu.» dit le militaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas avoir des yeux.» dit le peintre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de voir baisser le profit.» dit le patron.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas avoir d’amoureux.» dit la fille.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de ne pas avoir l’ouïe.» dit-elle pour le sourd.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de vivre.» dit le suicidant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur c’est de mourir.» dit le jeune.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le malheur serait de ne pas mourir.» dit l’ascète.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«C’est quoi le malheur?» demanda l’Alzheimer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais la femme dit:</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Non, le malheur c’est de ne pas avoir de visage.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Pourquoi?» lui demanda l’homme sans nom en se retournant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Parce que le Seigneur ne peut te voir.» dit la femme sans visage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[08.10.2021]</p>
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		<title>L’Amérique existe</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/fiction/lamerique-existe/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 Dec 2021 08:05:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>«  ‘Mesdames, Messieurs, chers amis, bonsoir et bienvenue ici, dans nos studios de Zutch. Merci de nous rejoindre, cette fois pour le jubilé de votre investigation mensuelle préférée ‹ C’est pas vrai ! ›. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">«  ‘Mesdames, Messieurs, chers amis, bonsoir et bienvenue ici, dans nos studios de Zutch. Merci de nous rejoindre, cette fois pour le jubilé de votre investigation mensuelle préférée ‹ C’est pas vrai ! ›.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En effet, plus de quatre ans ont passé depuis que notre équipe s’est fixé un objectif qui est aussitôt devenu une vraie gageure : démonter l’impossible. Sous toutes ses formes, à tous les niveaux, dans tous les domaines, en toute liberté. Mettre en pièces les plus ardues théories, abattre les plus tenaces tabous, faire tomber les plus forts axiomes. Et, avec un peu de chance, faire ressortir de nouvelles vérités cachées jusqu’alors.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous n’avons pas toujours atteint notre but, mais chaque fois nous avons gagné en zèle pour l’épreuve suivante. Chaque enquête nous a enrichi. Surtout vous a enrichi, ce qui est pour nous la plus grande récompense. Alors ce soir, pour fêter notre 50<sup>e</sup> enquête, nous avons choisi un défi à la hauteur de l’événement. Guidés par notre devise Eos Eschatos Ostos, nous ferons donc tout et encore plus pour prouver que, pourtant, l’AMÉRIQUE EXISTE !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voici maintenant les invités qui nous accompagneront dans cet exploit visant à surmonter l’impossible, et que nous remercions chaleureusement d’avoir bien voulu participer à ce travail : Mlédana Jaroskelich, qui dirige le département d’études méniokarstiques à l’Institut de Technologie Appliquée de Pleshovki en Garogne, Thørg Erwald, professeur émérite de paléosémie à l’Université de Hammërstrund au Bühlemark, Kessaquo Usukara, docteur ès sciences phénoblastiques au Laboratoire de Recherches Théomantiques de Nirasaki au Kiraoudza, Ixos Galludes, premier argonaute embarqué dans le projet sidéral Kraetheos, qui nous a rejoint ici à Zutch depuis le Centre de Commande de Kouminidis, et Ondÿnash Malaana, fellow de la Fraternité Hiérotale de Malpurdouk au Garanjil Uskhawat. Madame, messieurs, merci beaucoup à tous, merci. Le débat est ouvert!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il serait peut-être intéressant de commencer par un sujet qui est devenu récurrent ces derniers temps. De plus en plus, les scientifiques s’interrogent sur l’existence de cette région. Mais aussi sur son appellation. Certains sémanticiens vont même jusqu’à se questionner sur l’origine de ce nom, se demandant s’il n’aurait pas été inspiré par une énorme déception. Cela n’est pas sans rappeler les controverses sur l’Atlantide. Thørg Erwald, qu’en pensez-vous ?’</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘ Oui, et ce n’est guère étonnant. La provenance est claire : Amer-ique vise une caractéristique ou une relation entre deux notions. Il s’agit de celui (ou de celle) qui est amer. Il y a plein de mots – méthodique, colérique, pharaonique – qui ont été créés de la même façon. Ils désignent celui (ou celle) qui a de la méthode, qui est en colère, ou qui a un rapport avec le pharaon. Pour revenir, il serait donc fort possible que ce vocable découle d’un quelconque chagrin. Quant à savoir si l’affliction a été subie par un individu, ou alors si elle émane de l’inconscient collectif, ceci est une autre histoire.’</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘Effectivement…’</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘Mais…’</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘Oui ?’</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘… il y a aussi la possibilité du contraire !’</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘Ah.’</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘Eh bien si, d’où une complication supplémentaire, cette fois-ci étymologique. Dans toute langue, les exemples de dérivations – ou de déviations – sont innombrables. Une langue est un corps vivant. Dans ce cas, le phonème amer aurait pu avoir comme origine la racine latine amar, qui se réfère à l’affect dans un sens – disons – positif, l’amour par exemple. Vous voyez donc : ce n’est pas du tout clair.’</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘Étonnant !’</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘D’autre part, aussi, sur les six continents que nous connaissons, Europe, Asie, Afrique, Australie, Arctique (qui serait plutôt une région) et Antarctique, la moitié porte des noms qui contiennent le suffixe -ique. Par conséquent, je pense que c’est pour donner à cette notion plus de poids, de crédibilité en quelque sorte, que dans le langage courant on a collé au préfixe amer le suffixe ique. Autrement, on aurait très bien pu l’appeler, n’est-ce pas ? Amérie, Amélie ou, que sais-je ? peut-être Améride, comme, justement,&nbsp; l’Atlantide.</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Ixos Galludes) ‘Je pense que le problème se pose également en termes à la fois cosmologiques et cosmogoniques. Il faut savoir que lors des incursions que l’équipage a faites dans la coréosphère, une des missions était justement de – en quelque sorte – scanner le globe terrestre, à la recherche d’informations, ou pour confirmer diverses théories, comme par exemple celle de Usclenda Kalatsueffa concernant le Yiouflich. Que nous avons d’ailleurs pu attester finalement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘Tout à fait. Je crois que la transmission de votre récit en direct depuis l’œil de la narkeïnne est encore dans toutes les mémoires.’</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Ondÿnash Malaana) ‘Magnifique réussite, je me souviens’.</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘Merci. Voilà. Pour reprendre, tout au long de ces expéditions nous avons donc littéralement passé la planète au peigne fin, des plus hauts sommets aux plus grands abysses, avec une précision du détail inégalée. Hélas, sans résultat. Des gargouillements par ci, des barbotages par là, des phénomènes à vrai dire assez étranges, des petits tsunamis, l’océan qui, par endroits et pendant quelques instants, changeait brusquement de couleur, faisant le tour complet de l’arc-en-ciel, des choses comme ça, mais, sincèrement, rien de vraiment concret. Cela a été assez frustrant, je dois dire…‘</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘… et l’on comprend parfaitement. Docteur Usukara, cela n’inviterait pas à se référer aux observations que vous avez conduites il n’y a pas si longtemps, sauf erreur dans le secteur de Stragonsk, sur le comportement nocturne des plotifères, est qui fut aussi…’</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘… un échec ? Car c’est bien ça, il faut appeler les choses par leurs noms. Nous avons investi des moyens matériels et humains considérables dans une campagne à large échelle. Notre laboratoire s’est même assuré la précieuse collaboration des chasseurs de Plitchuts, en Galonésie australe. Et nous n’avions pas lancé l’opération au hasard. Écoutez, l’équipe avait récolté toute une série d’indices sur ces manifestations. Il y avait eu des antécédents. Nous avions à disposition une base de données considérable, du matériel solide, sans parler de l’expérience et du savoir-faire d’une équipe qui n’était pas à sa première expédition du genre, loin de là.’</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘Vous vous êtes aussi appuyé sur la marine, c’est bien ça ? En tout cas, ce sont les informations qui ont circulé à l’époque.’</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘Oui et non, les Bonestains nous ont largement aidé, mais ce fut seulement vers la fin de la mission, quand nous avons commencé – hélas – à manquer de moyens et surtout d’enthousiasme, c’est clair. Car on sait que par manque de résultats la mission a dû être prolongée, et cet imprévu a modifié le déroulement de la campagne. Enfin, à présent j’essaie de mettre en place une nouvelle stratégie d’investigation, orientée plutôt vers l’analyse de matériel ontoscopique récolté directement sur place par les indigènes. C’est aussi moins cher… (Rires.) Eh oui, qu’est-ce que vous voulez, il faut s’adapter.’</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Mlédana Jaroskelich) ‘Votre récit, docteur, est édifiant. Nous voyons donc, et à l’Institut nous avons pu constater le même phénomène, que le sujet de l’existence ou non de cette Amérique est pour le moins sournois. Vous avez traité les questions d’aboligémie, monsieur Malaana s’est longuement penché sur les aspects théontropiques, alors que notre ami de Dlibkom, Mégloun Zadarevski, s’efforce toujours de résoudre l’inconnue des coléagons. Et toutes ces essais ou études sont pour l’instant restées sans succès, correct ?’</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Kessaquo Usukara) ‘Je ne vous le fais pas dire’.</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Ondÿnash Malaana) ‘Effectivement, à un moment donné les travaux de Dlibkom semblaient très prometteurs, mais bon…’.</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘Si vous permettez, à Pleshovki nous tentons une approche relativement différente. Nous sommes au courant des expériences menées un peu partout dans le monde, avec les résultats peu brillants que l’on connaît. C’est pourquoi mon équipe a décidé de privilégier la recherche sur les conséquences déontropiques des facteurs qui favorisent la molébaction, au lieu de construire des modèles qui semblent ne pas correspondre à la réalité sur place. Nous l’avons fait, je le répète, mais y avons renoncé, et je dois dire que nous attendons des signes encourageants pour bientôt.’</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘D’accord madame, mais qu’en est-il des observations de visu ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Ondÿnash Malaana) ‘Exactement. Votre démarche me semble intéressante mais – vous l’affirmez aussi – le phénomène risque d’être trompeur. C’est d’ailleurs ce qui nous intrigue à la Fraternité. Nous avons eu des volontaires sur place, équipés pour un long séjour, et tout à coup sont apparus les biontosopes. La suite est connue : nous avons dû arrêter net, car nous avons déploré des pertes, certains membres ayant perdu certains de leurs membres, n’est-ce pas ?’</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Thørg Erwald) ‘Terrible, c’est vrai, et cela me rappelle l’expédition que j’avais faite il y a déjà huit ans avec Mlédana, enfin, madame Jaroskelich, quand nous avons laissé derrière nous toute une population décimée de plotodents, pauvres bêtes. C’est ce qui se passe quand on se concentre exclusivement sur son objectif et…’</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Mlédana Jaroskelich) ‘…on néglige toute autre chose… enfin…’</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘Je vois, ce sont des expériences qui laissent des traces, mais je crois que nous errons dans un labyrinthe de conjectures alors que la réalité a un tout autre visage. D’accord, j’admets que l’on n’est pas au bout de cette énigme, qu’on n’a pas encore en mains assez de preuves irréfutables attestant physiquement l’existence de ce qu’on appelle couramment l’Amérique, mais permettez-moi de vous rappeler qu’il y a un certain nombre de signaux suggérant que quelque chose de bien concret est en train de se présenter ci et là, sporadiquement pour l’instant, mais ce sont tout de même des signes qu’il serait difficile de négliger, n’est-ce pas ? Tiens, justement, on me dit que nous avons déjà un premier appel d’un intervenant qui nous vient de… oui… hu… Hud-son… Tec-sas… c’est madame…’</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘Ce n’est pas Hudson, c’est HOUSTON, Texas. Mon nom est Milly Preston. Je suis infirmière à l’hôpital Sugar Land et depuis le début de votre truc-là je n’arrête pas de me demander si vous êtes sérieux, si vous êtes en train de nous faire un sketch, ou alors si vous êtes tous frappés par le syndrome Fynert-Josst, parce que jamais je n…’</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘… mmais mada… !…’</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘… je n’ai compté autant d’inepties par mètre carré, c’est fou !’</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Thørg Erwald) ‘Madame, je crois que vous n’avez pas idée du concentré de savoir qui est réuni autour de cette table et j’ai peur que le fait de côtoyer tous les jours la maladie et la mort vous a…</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘Un instant s’il vous plaît, excusez-moi monsieur Erwald mais on m’appelle du studio, oui… pard… oui… oui… ah… comment ?!… tu veux dire que nous… atte… mmais… c’est pas possible !… u…’ »</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce fut l’ultime son venu du studio. L’ogive de 5 Mt TNT tirée par un sous-marin stratégique nucléaire classe Bellavita de l’opération Cendrillon avait atteint l’atoll d’Éregand, 10 km plus loin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Zutch entrait dans l’histoire alors que l’Amérique s’exprimait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[18 décembre 2015]</p>
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		<title>The Great Reset (2/2)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 Nov 2021 08:47:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Nous vivons des temps extraordinaires. En clair, cela veut dire des temps qui sont en dehors de l’ordinaire. Qui sait, peut-être uniques. Pas toute génération a une telle occasion. [...]</p>
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<div class="wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper" id="advgb-cols-f9e39f96-c796-474e-af2c-25b45d79d617"><div class="advgb-columns-container"><div class="advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-2 layout-12-12 mbl-layout-stacked vgutter-10">
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<p class="citation wp-block-paragraph"><em>“ L’Éternel vit que la méchanceté des<br>hommes était grande sur la terre, et</em><br><em>que toutes les pensées de leur coeur se<br>portaient chaque jour uniquement<br>vers le mal.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="citation wp-block-paragraph"><em>Et l’Éternel dit: J’exterminerai de la</em><br><em>face de la terre l’homme que j’ai créé,<br>depuis l’homme jusqu’au bétail, aux<br>reptiles, et aux oiseaux du ciel; car je<br>me repens de les avoir faits.”</em></p>



<p style="text-align:right;margin-right:50px;">(Genèse 6.5, 7)</p>
</div></div>
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<div class="wp-block-advgb-column advgb-column advgb-is-half-tablet advgb-is-full-mobile" id="advgb-col-ce8f2dae-c286-4216-8f0a-7e939af23d7a"><div class="advgb-column-inner" style="border-style:none;border-width:1px">
<p class="citation wp-block-paragraph"><em>“Et l’Éternel dit: Voici, ils forment un<br>seul peuple et ont tous une même<br>langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris;<br>maintenant rien ne les empêcherait de<br>faire tout ce qu’ils auraient projeté.<br></em></p>



<p class="citation wp-block-paragraph"><em>Allons! descendons, et là confondons<br>leur langage, afin qu’ils n’entendent<br>plus la langue, les uns des autres.<br></em></p>



<p class="citation wp-block-paragraph"><em>Et l’Éternel les dispersa loin de là sur<br>la face de toute la terre; et ils cessèrent<br>de bâtir la ville.”</em></p>



<p style="text-align:right;margin-right:50px;">(Genèse 11.6-8, 7)</p>
</div></div>
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<p class="wp-block-paragraph"><em>«Il est dangereux d’avoir raison lorsque le gouvernement a tort.»</em> (Voltaire)</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…] Je ne suis d’aucun de ces assemblages, mais peut-être d’un troisième groupe, médian, peut-être totalement marginal, peut-être insignifiant: celui des éveillés, des observateurs, des analyseurs et des attentistes. J’aime croire que – les yeux ouverts – j’observe, analyse et attends, en essayant de ne pas juger. Quoi ?&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Me rappelant le fameux conte allemand et la déclamation triomphale de son illustre personnage «J’en abats sept d’un coup !» <span id="easy-footnote-186-30685" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/the-great-reset-2-2/#easy-footnote-bottom-186-30685" title="”Le vaillant petit tailleur”, Kinder- und Hausmärchen, Les frères Grimm, 1812"><sup>186</sup></a></span>, j’observe que la liste des anomalies est réduite de moitié au travers d’une seule arrivée qui les chapeaute toutes, ensuite de quoi la moitié restante glisse dans l’indifférence. Ainsi, d’un côté, l’Islam, les nationalismes, le tiers-monde, la Chine, la croissance, la consommation, les migrations, la surveillance, l’intelligence artificielle, la démographie, la technologie et le politiquement correct fondent en entier dans une mélasse répondant au doigt et à l’œil au seul Covid-19. De l’autre côté, devant la priorité devenue absolue des statistiques sanitaires quotidiennes, l’exploration spatiale, le climat, la discrimination, la déforestation, la pollution, la pauvreté, la femme, le terrorisme, la famille, le gaspillage, la biodiversité et la course aux armements perdent tous leur intérêt. Au bout du compte, c’est l’ensemble des activités humaines – bonnes et moins bonnes – qui s’estompe devant l’ubiquité de ces infâmes sphères poilues et invisibles, 10’000 fois plus petites qu’un grain de sable</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après ce constat, je tente d’analyser les divers tenants et aboutissants. Si en 1350 les gens étaient à raison tétanisés par la grande faucheuse et son lot préalable de souffrance et misère, en 2021 le désarroi est économique, social, culturel, politique. Mais avant et par dessous tout, psychologique. Cela fait plus d’un demi siècle qu’on a marché sur – et parlé avec – la Lune, depuis longtemps on manipule la nature et les éléments et l’air autour est saturé d’une infinité d’ondes des plus diverses: cela n’a pas empêché les gens de tomber victimes de l’hystérie qui s’est emparée de la planète partant d’une forme d’affection de base constamment présente, elle, depuis l’antiquité. Cette fois la nouveauté est cependant venue des médias, par la vitesse à se saisir de la question, la persévérance à la traiter et à la gonfler, alors que les sujets importants qui font tourner le monde n’ont pas changé. Bientôt une année entière que ce mal occupe, 24/7, si ce n’est l’intégralité des informations, en tout cas la quasi totalité. Dès lors, il ne serait probablement pas téméraire de penser que nous sommes en plein milieu de la plus importante campagne du genre menée en temps de paix. Sachant que dans ce domaine aussi, et depuis un moment déjà, internet a dépassé la presse, la radio et la télévision.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vingt-cinq ans en arrière, un certain Edward Berneys mourrait centenaire. Il reste dans l’histoire et il est largement reconnu comme “le père des relations publiques” et surtout comme “le père de la propagande”, dont il avait mis les bases dans les années ’20 et ’30. Ces idées, dont voici quelques extraits, glacent le sang.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Les gens veulent aller là où ils voulaient être conduits.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Les gens sont rarement conscients des raisons réelles qui motivent leurs actions».</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Si l’on comprend le mécanisme et les motifs de la pensée de groupe, il est à présent possible de contrôler et d’organiser les masses selon notre volonté, sans qu’elles s’en rendent compte.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Nous sommes gouvernés, nos esprits sont façonnés, nos goûts formés, nos idées suggérées, largement par des hommes dont nous n’avons jamais entendu parler.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">S’étonner alors de rencontrer des concepts parfaitement similaires – et pas moins glaçants – exposés par le Ministre de l’éducation du peuple et de la propagande du III<sup>e</sup> Reich ?!…</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Les masses ont besoin de quelque chose qui leur donnera un frisson d’horreur.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Si le mensonge est assez gros et qu’on le répète assez, les gens commencent à y croire.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«L’État a le droit absolu de superviser la formation de l’opinion publique.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«La propagande marche le mieux lorsque les manipulés sont convaincus qu’ils agissent de leur plein gré.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Considérez la presse comme un excellent clavier sur lequel le gouvernement peut jouer.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la foulée de ces terribles énoncés, il est intéressant de se faire une idée sur la façon dont deux figures majeures du XX<sup>e</sup> siècle voyaient (les rapports avec) les masses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Iossif Vissarionovitch Djougachvili, dit Staline:</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Les écrivains sont les ingénieurs de l’âme humaine.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«La quantité a sa propre qualité.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Peut importe pour qui ils votent tant qu’ils votent pour nous.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«La mort d’un homme – une tragédie, celle de millions – de la statistique.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et Winston Churchill:</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Je préfère argumenter contre une centaine d’idiots, que d’en avoir un d’accord avec moi.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Il n’y a rien que le gouvernement peut donner qu’il n’aura d’abord enlevé.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«La diplomatie est l’art de dire aux gens d’aller se faire voir de telle manière qu’ils demandent dans quelle direction.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le penseur positif voit l’invisible, ressent l’intangible et accomplit l’impossible.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ces conditions, que demander aux citoyens Jean Exemple et Marie Modèle ? Surtout si – fait nouveau – ils auront dépassé l’âge de la retraite. Isolés physiquement, réduits aux moyens de communications, martelés par le flot ininterrompu de chiffres de plus en plus alarmants, mis au pas à force de statistiques sans fin et de graphiques implacables donc nécessairement vraies, montrés du doigt comme étant nécessairement des personnes vulnérables rien que par leur âge, défiés par un enchaînement logique de cause à effet chiffres-mesures, mais aussi confrontés à des cas réels – fatals ou non – dans leurs entourages, ils ne peuvent que se laisser devenir d’autres victimes de la psychose par l’information. Oubliées les grippes saisonnières récurrentes, plus ou moins mortelles, tout comme les autres fléaux – le SIDA, les grippes dites espagnole, asiatique, Hong Kong, aviaire, porcine, Ebola, la vache folle. Loin derrière les invariablement premières sources de mortalité dans le monde, dont le bilan létal ne serait-ce que des maladies cardiovasculaires, des accidents vasculaires, des bronchites chroniques et des infections respiratoires est dix fois plus élevé que celui – actuel – du Covid-19. La déferlante informationnelle sortie de la pensée unique brouille leur lucidité. Alors il n’ont que le choix d’implorer de leurs vœux le vaccin-miracle, en espérant qu’à leur âge il ne soient pas les cobayes d’un produit fabriqué en à peine quelques mois, tandis que l’on attend toujours, près de quarante ans plus tard, le remède pour le SIDA.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reste l’attente, le <em>“wait and see”</em>. Attendre peut-être, mais que voir ? Voir augmenter l’hécatombe ? Voir disparaître les incohérences sans fin qui jalonnent les restrictions imposées ? Voir si finalement il y aura autodestruction ? Voir se décanter le quartette maladie-politique-affaires-médias ? Voir le passeport sanitaire ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Évidemment, il ne faut pas oublier que l’irruption du Covid a entraîné une foule de changements fort bénéfiques qu’il serait trop injuste de ne pas saluer comme il se doit: les avions ont brusquement cessé de s’écraser, les trains ont cessé de dérailler, les navires de sombrer, les avalanches de dévaler, les insurgés de s’insurger, les migrants de migrer et se noyer, les factions de s’entretuer, les feux d’incendier, les réfugiés de se réfugier, les psychopathes de massacrer, les eaux d’inonder et les pédophiles de sévir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En revanche, si une chose n’est pas certaine, elle est déjà bien prévisible. Lorsque les contraintes sanitaires auront éventuellement produit l’effet clamé, sortira à la lumière du jour ce que l’on pourrait appeler “The Dark Side of The Moon”, la face jusqu’alors voilée d’une réalité fourrée sous le tapis, aveuglée par l’éclat du Covid-19-20-21-22-23-24…: des sociétés à genoux, décimées, détruites et déroutées, à la recherche d’un nouveau repère. Sera alors venue l’heure du “Great Reset” ? Le 4B “Biden Build Back Better” ? “Le Brave New World” ? Attendons voir…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, attendons voir, et d’ici là, n’oublions tout de même pas les propos – déjà cités – de ces maîtres de l’acrobatie des masses mais, surtout, la vérité qui – au moins pour tout homme de foi – est un truisme: que la performance ultime du diable est de convaincre qu’il n’existe pas. Pour chaque militant du camp de loin le plus fourni dont il fut question, et qui rassemble tous les inconditionnels groupés dans différentes catégories ordonnées sur l’échelle de la candeur, ce serait une chance de regarder d’un angle différent le conspirationnisme et le complotisme de carnaval. Et par là, peut-être au moins éviter de mourir idiot. Après en avoir vécu.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Le Covid ? Pire que le communisme !» me disait en mars 2020 une pessimiste. Attendons donc cent ans pour en juger.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[18 janvier 2021]</p>
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		<item>
		<title>The Great Reset (1/2)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 Oct 2021 06:27:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Nous vivons des temps extraordinaires. En clair, cela veut dire des temps qui sont en dehors de l’ordinaire. Qui sait, peut-être uniques. Pas toute génération a une telle occasion. [...]</p>
<p>L’article <a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/the-great-reset-1-2/">The Great Reset (1/2)</a> est apparu en premier sur <a href="https://lecorbeaublanc.me">leCorbeau.Blanc</a>.</p>
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<div class="wp-block-advgb-columns advgb-columns-wrapper" id="advgb-cols-6b2bb9d3-92d7-4b7a-88ca-fe03627576ca"><div class="advgb-columns-container"><div class="advgb-columns advgb-columns-row advgb-is-mobile advgb-columns-2 layout-12-12 mbl-layout-stacked vgutter-10">
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<p class="citation wp-block-paragraph"><em>“ L’Éternel vit que la méchanceté des<br>hommes était grande sur la terre, et</em><br><em>que toutes les pensées de leur coeur se<br>portaient chaque jour uniquement<br>vers le mal.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="citation wp-block-paragraph"><em>Et l’Éternel dit: J’exterminerai de la</em><br><em>face de la terre l’homme que j’ai créé,<br>depuis l’homme jusqu’au bétail, aux<br>reptiles, et aux oiseaux du ciel; car je<br>me repens de les avoir faits.”</em></p>



<p style="text-align:right;margin-right:50px;">(Genèse 6.5, 7)</p>
</div></div>
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<p class="citation wp-block-paragraph"><em>“Et l’Éternel dit: Voici, ils forment un<br>seul peuple et ont tous une même<br>langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris;<br>maintenant rien ne les empêcherait de<br>faire tout ce qu’ils auraient projeté.<br></em></p>



<p class="citation wp-block-paragraph"><em>Allons! descendons, et là confondons<br>leur langage, afin qu’ils n’entendent<br>plus la langue, les uns des autres.<br></em></p>



<p class="citation wp-block-paragraph"><em>Et l’Éternel les dispersa loin de là sur<br>la face de toute la terre; et ils cessèrent<br>de bâtir la ville.”</em></p>



<p style="text-align:right;margin-right:50px;">(Genèse 11.6-8, 7)</p>
</div></div>
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<p class="wp-block-paragraph">Nous vivons des temps extraordinaires. En clair, cela veut dire des temps qui sont en dehors de l’ordinaire. Qui sait, peut-être uniques. Pas toute génération a une telle occasion. Peut-être aucune jusqu’à présent. Et comme d’habitude, nous sommes plusieurs générations à vivre leur temps simultanément, car l’humanité se déroule par paquets de quatre à six générations. En ce moment nous sommes donc peut-être une demi douzaine de générations à expérimenter ensemble ces temps extraordinaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certes, tout au long de l’histoire et aux quatre coins du monde les hommes ont souvent connu de très longues périodes de détresse, déclin, destruction, terreur, des guerres semblant sans fin, des calamités dantesques, interminables. Beaucoup moins de paix, de fertilité et de bonheur. Les temps à l’intérieur desquels nous sommes maintenants engagés sont tout aussi effrayants, toutefois ils sont radicalement différents, et c’est justement pour cela qu’ils sont extraordinaires. Car cette fois le mal est planétaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les cloches résonnent partout, de partout, fort, à l’unisson, mais…</p>



<p class="wp-block-paragraph">…ça vise la Lune et ça s’intéresse aux planètes avant de connaître à fond La Grande Bleue, qui est la mère de tout ce qui vit et bouge. Ça assiste bras ballants à l’envolée spectaculaire de la seconde plus grande religion au monde tout en regardant ses deux milliards de fidèles comme des sans-culottes modernes. Ça enrage devant la propagation des nationalismes, feignant ne pas comprendre qu’il ne s’agit que d’une réaction viscérale d’humains au bord de la rupture à force d’internationalisme, d’uniformisation et de globalisation. Ça traite le soit-disant “tiers-monde” uniquement comme une terre-source de richesses qu’il convient d’exploiter, peuplée par des primates qu’il sied de changer tel des mouchoirs. Ça s’effraye devant une nation il y a peu médiévale qui tend visiblement vers l’hégémonie mondiale, mais ça reste incapable de former un pole uni de dialogue avec. Ça continue de tourner à fond aux combustibles fossiles et aux hydrocarbures tout en regardant les glaciers fondre, les eaux monter, les forêts bruler et les coteaux s’écrouler. Ça se complaît de croire à la pérennité des ressources de la bonne Terre et donc de les engloutir comme jamais auparavant pour assouvir la déesse Croissance. Ça surfe sur le déni universel d’égalité entre les hommes, à force de racismes, chauvinismes, sectarismes, radicalismes, élitismes. Ça persiste à consommer à tort et à travers, à gaspiller sans aucun souci d’économie, tout en prônant péniblement le recyclage et le développement durable. Ça multiplie les destructions ahurissantes des forêts, poumons de la Terre, pour la gloire de la restauration rapide et de l’ameublement standardisé. Ça souille comme jamais l’eau des océans, mers, fleuves, rivières, lacs et fontaines. Ça contemple le fossé croissant entre (pays) riches et (pays) pauvres, que l’on déclare aider par des financements en réalité oppressifs, l’œil toujours tourné vers les cotations du jour. Ça retient la femme – mère de tous les hommes – enfermée dans la clôture de la soumission, de l’infériorité et de l’iniquité. Ça traite la migration massive comme une agression dont il faut se défendre puisqu’elle met en péril des valeurs historiquement établies, alors qu’elle n’est que le prix de plusieurs siècles d’esclavage et de pillages. Ça fait d’internet l’outil absolu de contrôle au travers des systèmes de payement, des réseaux sociaux, des communications, des crypto-monnaies et des caméras de surveillance disséminées tous azimuts. Ça sort du chapeau le concept du terrorisme, le plante solidement à tous les coins des rues et le hisse au sommet des préoccupations permanentes de la société. Ça piétine méthodiquement le noyau social fondamental qu’est la famille, sur la base de la liberté sexuelle avancée comme premier, dernier et unique argument. Ça s’obstine à jeter la nourriture en excès et à arroser à l’eau potable, mais rechigne à trouver les moyens pour qu’aliments et eau puissent soulager les plus démunis – qui sait? peut-être justement des migrants en devenir. Ça accélère le développement de l’intelligence artificielle et ça rêve du progrès qu’elle apportera au genre humain, sans souci pour une alternative au désastre social que cela entraînera sans faute. Ça se satisfait de constater une démographie exponentielle et déséquilibrée, sans chercher en urgence des solutions de fond. Ça plie les genoux devant l’illusion de la technologie en tant qu’avenir de l’homme, qu’elle-même transforme en produit. Ça extermine des quantités d’espèces animales pour des frivolités, alors que l’équilibre naturel est depuis longtemps déjà en danger. Ça développe en continu l’arsenal le plus sophistiqué jamais connu pour, armés jusqu’aux dents, justement disposer des moyens nécessaires et adéquats au jeu des gendarmes mondiaux et à la défense permanente contre le terrorisme et les migrations, garantissant ainsi paix et stabilité dans le monde. Mais surtout, un quart de siècle après son invention et en dépit de tout bon sens et de véracité, ça fait du “politiquement correct” le phare dans le brouillard du fonctionnement des sociétés dites “avancées” (puisque les autres – “en développement” – n’en ont cure de cette ineptie), au point de le faire engendrer d’autre formules, les unes plus absurdes que les autres: socialement correct, pédagogiquement correct, étiquement correct, scientifiquement correct, écologiquement correct, culturellement correct et, récemment, sanitairement correct.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les cloches résonnent donc partout, de partout, très fort et à l’unisson, mais ceux qui devraient en premier prêter l’oreille s’adonnent fébrilement à diverses besognes et n’entendent pas le vacarme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Est venu à présent le tour du nouveau tsunami planétaire – intitulé Covid-19 – de nous frapper, et de plein fouet. Il explique le propos d’ouverture disant que nous vivons des temps extraordinaires, en ceci que pour la première fois dans l’histoire connue, un fléau global et substantiel apparait sans distinction dans un monde déjà miné par un aussi grand nombre de dysfonctionnements majeurs. Aurions-nous là les ingrédients nécessaires et suffisants pour une fin du monde cette fois authentique ? Retour donc aux Écritures ? Pas sûr, mais pas tout à fait exclu non plus, néanmoins selon une approche différente.</p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/10/The-Great-Reset-485x1024.jpg" alt class="wp-image-30668" width="809" height="1708" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/10/The-Great-Reset-485x1024.jpg 485w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/10/The-Great-Reset-142x300.jpg 142w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/10/The-Great-Reset.jpg 624w" sizes="(max-width: 809px) 100vw, 809px"></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Ce ne peut être Le Grand Architecte Universel qui a parsemé la Terre de toutes les infamies énumérées, et encore moins Lui qui y a lâché de Sa propre main des hordes googolesques de vilains nano agents pathogènes essaimant vite, infectant vite et tuant vite les plus faibles, parmi d’autres. Non, puisqu’on le sait: Lui a d’autres moyens, et d’autres plans, que nous n’avons pas à connaître.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avant de poursuivre, un bref rappel et quelques chiffres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon certaines estimations, la peste noire, pire pandémie enregistrée et qui a suivi l’époque des croisades, a tué durant huit ans quelque 25% de la population mondiale de l’époque, 50% selon d’autres. Une fois éteinte, c’est la Renaissance qui a pris sa place. En dix-huit mois environ, le Covid-19 seul vient de réduire la population mondiale actuelle d’approximativement 0.025%, ce qui – proportionnellement – correspond à environ 0.13% sur une même période de huit ans, soit à peu près 200 à 400 fois moins que la redoutable peste noire. Viendra alors pourtant, comme il y a huit siècles en arrière, le moment pour “The Great Reset” ? La remise des compteurs à plat ou à zéro ? Une seconde Renaissance ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les vraies disparités sont pourtant ailleurs. Si la peste noire a donc clairement dévasté l’espèce humaine, la pandémie actuelle est extrêmement loin de produire de semblables ravages. Physiques. En ces temps-là, «les hommes croyaient en Dieu et aux forces du mal» <span id="easy-footnote-187-30639" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/the-great-reset-1-2/#easy-footnote-bottom-187-30639" title="”Les visiteurs”, Jean-Marie Poiré, Gaumont-France3-Canal+, 1993"><sup>187</sup></a></span>. Au XIV<sup>e</sup> siècle, personne n’avait idée des hommes de notre temps qui, chevauchant modifications génétiques, biotechnologies et cryogenèse, soit craignent irrationnellement et sans limites la maladie et la mort – physique, soit n’acceptent plus tellement la fatalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est là où tout change. D’un côté, les notions approximatives, les remèdes de fortune et la précarité universelle de jadis. D’un autre côté, les acquis, les moyens et le niveau de vie sans commune mesure d’aujourd’hui. Peut-être 200 à 400 fois supérieurs (sic!). Et comme on a vu que la “force de frappe” du Covid-19 est à ce point moindre par rapport à celle de la peste noire (peut-être 200 à 400 fois – sic!), pour trouver un impact comparable il faudrait sérieusement travailler sur le mental, dont l’infériorité comblerait le handicap. Mais pourquoi œuvrer pour un tel impact et qui s’adonnerait à ce travail ?!…</p>



<p class="wp-block-paragraph">S’attaquer à ce sujet présuppose céder à la tentation et ouvrir la boîte de Pandore, mordre le fruit défendu. C’est clairement délicat et risqué, mais pratiquement inévitable. Procéder donc avec un discernement infini.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le mal actuel – qui appartient à la grande famille des grippes – a vite fait de diviser la Terre en deux camps principaux, distincts, irréconciliables et totalement inégaux. Le camp de loin le plus fourni rassemble tous les inconditionnels, regroupés dans différentes catégories ordonnées sur l’échelle de la candeur. À différents degrés, ils s’alignent automatiquement sur les versions officielles, au fur et à mesure de leur apparition. De l’autre côté, il y a la minorité de ceux que les inconditionnels traitent de tous les noms méprisables, mais surtout de “anti-quelque chose”, “complotistes” et “conspirationnistes”. À tout moment ils verraient des chimères partout, inventeraient des réalités parallèles et s’alimenteraient d’illusions dangereuses fabriquées dans leurs esprits troublés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne suis d’aucun de ces assemblages, mais peut-être d’un troisième groupe, médian, peut-être totalement marginal, peut-être insignifiant: celui des éveillés, des observateurs, des analyseurs et des attentistes. J’aime croire que – les yeux ouverts – j’observe, analyse et attends, en essayant de ne pas juger. Quoi ? […]</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">[18 janvier 2021]</p>
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		<title>Modèle et mimes (4/4)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 30 Sep 2021 23:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est vraiment étrange de constater à quel point certaines choses primaires changent avec le temps ! C’est le cas de la notoriété ou du modèle. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« Pour nous punir de notre paresse, il y a, outre nos insuccès, les succès des autres. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Jules Renard, ‹ Journal ›, 1925)</p>



<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« La plupart des gens ne sont pas eux-mêmes. Leurs pensées sont les opinions de quelqu’un d’autre ; leurs vies – une mimique ; leurs passions – une citation. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Oscar Wilde, 1854 – 1900)<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec le rock, on attaque le côté sérieux des choses. À moins de refus délibérés ou d’interdictions parentales précises, je ne crois pas que depuis la fin de la guerre beaucoup de jeunes aient échappé à ce raz-de-marée. Dans les années ’40, ils rentraient au pays en chantonnant ‹ Swinging on a Star › de Bing Crosby. Dans les années ‘50, ils draguaient en fredonnant ‹ I’m just a gigolo › de Louis Prima. Dans les années ‘60, ils rêvaient d’Amérique aux sons de ‹ San Francisco › de Scott McKenzie. Dans les années ‘70, ils traînaient leurs tongs, leurs barbes et leurs cheveux longs sur fond de ‹ Je t’aime… moi non plus › de Serge Gainsbourg. Dans les années ‘80, ils s’excitaient pour ‹ Thriller › de Michael Jackson. Dans les années ‘90, pour ‹ Baby one more time › de Britney Spears. À présent, ils deviennent fous en écoutant ‹ Cleaning up my closet › d’Eminem. Tout le monde est passé par là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec le rock, il y a deux choses : l’intensité du phénomène et son envergure, dans cet ordre. Elles n’ont pas d’égal. Si pour les quatre Rolling Stones, à l’âge de 60 ans, remplir un stade de 30000 places c’est de la routine, Elton John ou Tina Turner font, chacun tout seul, le même tabac, toujours à l’âge des grands-parents. Et ils font ça depuis 20, 30, 40 ans. Mais le plus important est ce qui se passe dans les gradins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est pas qu’un tel spectacle draine sensiblement plus de mélomanes que d’autres manifestations semblables. Je dirais que l’amour exclusif pour la musique et le plaisir d’écouter se retrouvent davantage chez les auditeurs d’une chorale liturgique, d’un quatuor à cordes ou même d’une <em>jam-session</em>. Non. Le public du rock est là tout d’abord pour communier. La majorité ne comprend même pas les textes des chansons, soit pour une simple question de langue, soit parce qu’ils sont inaudibles ou insaisissables à cause du niveau sonore ou de la vitesse du débit verbal. Peu importe : le fluide qui s’installe et qui circule entre la scène et la salle (et vice-versa) comble ce vide.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Personnellement, je n’ai jamais vu des femmes et des hommes tomber en transe ou s’évanouir par extase à l’occasion d’une messe pontificale, ou lorsqu’un prédicateur harangue ses foules. Dans les années soixante déjà, lors des concerts des Beatles ou des Who, c’était devenu une habitude. Et pour cela, le spectacle était même superflu : la cocaïne aidant, leur simple apparition en public suffisait. Alors, le rock – le nouvel <em>“opium du peuple“</em> ? Je ne crois pas. Et les stars du rock – les nouveaux dieux ? Sûrement pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce délire n’est qu’à la mesure du vide moral, mental et spirituel actuel. En revanche, l’identification des mimes avec l’idole est totale, car très facile. La liste sans fin des sosies du <em>“King”</em> (Elvis Presley) est là pour le certifier. Et lorsqu’on se met à vraiment écouter les messages martelés par certains rockers, on est autorisé à prendre peur. Néanmoins, j’ai bien aimé le rock !…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le cadre des Jeux Olympiques, le sport a fonctionné en Olympie, à côté des arts et en honneur de Zeus, près de 12 siècles durant. Ensuite, la société s’en est dispensée, mais pas des arts. 15 siècles plus tard, il est symboliquement revenu à Athènes, cette fois sans les arts et en seul honneur du corps humain. Et c’est comme ça que cela se passe depuis un peu plus d’un siècle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Soit, ce n’est pas tout à fait comme ça. C’est vrai qu’avec les épreuves modernes, tout a été fait pour que cette grande messe puisse recouvrer des attributs transcendant la chasse aux récompenses, les larmes de douleur ou de bonheur et la sueur de l’épuisement physique. On en fit donc un hymne à l’amitié des hommes et à la fraternité des peuples, une occasion de quête de la perfection sous l’emblème de l’égalité des chances, une ode à la paix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une électricité unique exalte les participants à ces jeux ; tout concurrent peut en témoigner. Pour eux, il y a un avant et un après les Jeux, et l’essentiel c’est d’y prendre part. (En fait, peu importent les magouilles au sommet du cio, et Ben Johnson est toujours le plus rapide, même s’il s’est peut-être bourré de stéroïdes.) C’est cela l’important, c’est cela qu’on retient, et c’est le bon côté des choses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bon ? Enfin. Disons que toutes ces considérations ont dû présider en 1936 au tournage du film ‹ Les Dieux du stade ›, sur les Jeux Olympiques de Berlin par la cinéaste allemande Leni Riefenstahl. Sauf erreur, c’est la réalisation cinématographique la plus aboutie vénérant le corps humain avec un tel brio. On peut en revanche penser que ce film a ouvert au public le culte du physique tel que nous le connaissons aujourd’hui. En effet, le sport clôt la série des éléments qui jalonnent le glissement de l’esprit vers la matière. En parallèle, il livre au peuple la meilleure icône qui soit : l’individu anonyme mais doué, qui triomphe sur l’adversité par l’effort et la ténacité, et qui s’auréole par le dépassement de soi-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Mens sana in corpore sano</em> disait Juvénal. Mais qu’est-ce qui pourrait bien être sain dans l’esprit et le corps d’un Richard Virenque, d’un Earvin “Magic” Johnson ou d’un Diego Maradona ?! N’empêche, l’un est une étoile du cyclisme, l’autre une légende du basket-ball, tandis que le dernier est un des rares mythes du football. C’est comme ça, et pas autrement, qu’on pense dans les banlieues de Casablanca, de Lansing (mi) et de Buenos- Aires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelques mots encore avant de conclure. Depuis peu, la communication joue un rôle exponentiel dans la diffusion et la circulation de l’information, de même que la langue n’est plus un obstacle. À la fin du XIX<sup>e</sup> siècle, rares étaient ceux à travers le monde qui avaient la possibilité de s’imaginer à la place d’un John D. Rockefeller, d’un Henry M. Stanley ou d’une Sarah Bernhardt. Au début du XXI<sup>e</sup> siècle, tout un chacun, un tant soit peu avisé, d’Osaka à Nouméa et de Lima à Beyrouth, a rêvé au moins une fois d’être dans la peau d’un Larry Ellison, d’un Bertrand Piccard ou d’une Kim Basinger. L’instrument qui mesure l’emprise et l’importance acquises par le modèle se trouve dans ce constat. La course infinie aux exploits les plus ineptes, via l’hypertrophie constante du ‹ Livre Guinness des records ›, est la preuve qu’aujourd’hui n’importe quel mime veut et peut être le héros – c’est-à-dire le modèle – d’un jour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La mode occupe une place à part dans l’univers emblématique. Étymologiquement d’abord, la mode fournit de vrais modèles, au sens propre du mot, ensuite, à travers une certaine forme d’équité. Je veux Que nous réserve l’avenir dans ce registre ? D’autres chambardements auront-ils lieu ? Quelques-uns des nouveaux domaines non indispensables disparaîtront-ils ? Le cinéma par exemple ? – les acteurs étant remplacés par des créatures virtuelles, moins chères, dociles et façonnables (donc perfectibles) à souhait ? Les exploits du sport seront-ils dépassés par les jeux interactifs, en 3D, de la N<sup>e</sup> génération ? Verrons-nous le renouveau de domaines indispensables présentement assoupis – comme la spiritualité, mais selon un tracé différent de celui qui a prévalu pendant des siècles ? Assisterons-nous à l’éveil d’activités aujourd’hui en disgrâce, mais revigorées par des impératifs inédits – comme l’agriculture ou la poterie ? Ou peut-être constaterons-nous simplement l’essor de&nbsp; domaines inconnus à ce jour ? Ou bien rien de tout ça, et les choses continueront comme maintenant ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>



<p class="wp-block-paragraph">P.S. Il me semble utile de préciser que mon tour d’horizon est fait à une certaine altitude et observe un état général. À cette hauteur-là, les buttes, les fosses et les ornières sont imperceptibles, donc négligeables. Dire alors que, très occasionnellement, des cas infirmeraient ces constats serait insignifiant. Ce qui reste et compte finalement, ce n’est que l’étendue de la plaine.</p>
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		<title>Modèle et mimes (3/4)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Sep 2021 06:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est vraiment étrange de constater à quel point certaines choses primaires changent avec le temps ! C’est le cas de la notoriété ou du modèle. [...]</p>
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<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« Pour nous punir de notre paresse, il y a, outre nos insuccès, les succès des autres. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Jules Renard, ‹ Journal ›, 1925)</p>



<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« La plupart des gens ne sont pas eux-mêmes. Leurs pensées sont les opinions de quelqu’un d’autre ; leurs vies – une mimique ; leurs passions – une citation. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Oscar Wilde, 1854 – 1900)<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voyons à présent les catégories qui marchent réellement. La première est musicale, mais elle est nouvelle : c’est le rock. La seconde est nouvelle à 100 % : c’est le cinéma et sa petite sœur, la télévision. Il y a aussi la mode, sortie tout droit de l’artisanat. Mais la vraie, toute grande nouvelle venue, est cette occupation restée jusqu’à présent primitive ou secondaire : le sport. Enfin, l’unique domaine-clé traditionnel qui tourne est l’économie. À la fin du XX<sup>e </sup>et au début du XXI<sup>e</sup> siècle, c’est donc le monde économique, du sport, de la mode, du cinéma et du rock qui fournit les références.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les critères ont donc soudainement basculé. Mais à l’opposé des domaines-clés dont ce fut le cas jusqu’à présent, les quatre derniers n’ont plus un caractère indispensable, une essentialité pérenne. À moins que – sait-on jamais ? – l’humanité ne se tourne résolument vers le sport, le spectacle ou la mode pour en faire les vertèbres d’une nouvelle colonne dorsale de la civilisation, ces domaines restent subsidiaires. En effet, encore aujourd’hui, l’individu et la communauté ne peuvent fuir la foi, et s’ils le font, comme c’est de plus en plus le cas, cela se ressent. Ils ne peuvent vivre hors la loi. Par nature, ils refusent d’ignorer les choses de l’esprit et de la matière. Sous peine d’anarchie, ils ne sauraient éviter l’autorité de droit et la gestion des affaires de la cité. Abandonner l’expression artistique est impensable. Comme la quête de nouveaux horizons. Quant à l’autorité de fait, s’ils peuvent s’en passer, c’est par orgueil qu’ils ne le font pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jetons-y donc un coup d’œil de plus près en commençant par l’économie, qui assure la continuité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De nombreux éléments rendent difficile tout parallèle pertinent entre des Andrew Carnegie ou Lee Iacocca et des Jean P. Getty ou Ted Turner. Il n’empêche ; leurs images peuvent être comparées. Les trajectoires des uns et des autres sont exemplaires. Partis de rien ou héritiers, passés ou présents, ces personnages, et bien d’autres, sont devenus de vrais noms, évoqués partout avec ce mélange de respect et de jalousie qui ne s’adresse qu’aux figures d’exception.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mon but n’est pas d’éplucher ici chacun de ces phénomènes, avec ses hauts et ses bas, ses côtés brillants et sombres. Il existe pourtant une différence nette entre les modèles anciens et actuels (c’est là une façon de parler, car les différences sont nombreuses). Une fois leur dimension économique acquise, le renom des premiers fut bâti en bonne partie sur la base de l’activité déployée en dehors du secteur des affaires. C’est ce qui a permis de donner une autre envergure à leur image, sous une autre lumière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si le mécénat, les œuvres de charité ou les préoccupations culturelles étaient propres aux pionniers de l’ère industrielle, ce n’est plus tellement le cas des “moghols“ contemporains, comme les Américains aiment nommer les célébrités économiques du moment. Car jusqu’à preuve du contraire et en connaissance d’une présence importante dans l’humanitaire, ce n’est pas comme protecteur des arts et des lettres qu’on a pris l’habitude d’évoquer Bill Gates, mais comme celui qui a réussi à s’enrichir de manière ahurissante en filant à la planète entière un système informatique réputé défaillant, tout en parvenant à éviter le morcellement de son empire sous le coup de multiples plaintes pour concurrence déloyale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cinéma est admis comme un art. Question n° 1 : pourquoi alors le dissocier de son domaine, l’art ? pour les besoins de cette dissertation ?! Réponse n° 1 : parce qu’il y a le cinéma-art et le cinéma-pop-corn. Question n°2 : mais il y a aussi la littérature-art et la littérature-hall-de-gare, la peinture-art et la peinture-panier-de-raisins, etc. Pourtant, la littérature et la peinture restent ici des références. Réponse n° 2 : c’est vrai, sauf que les modèles du monde de la littérature et de la peinture sont pourvus par la littérature-art et la peinture-art, tandis que la littérature-hall-de-gare et la peinture-panier-de-raisins restent heureusement confinées au rayon de seconde main. Ce n’est pas du tout le cas du cinéma-pop-corn.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On pourrait dire que le cinéma est encore trop jeune : cent ans à peine (plusieurs milliers pour le théâtre, la sculpture, l’architecture). C’est un faux débat : la capacité d’influence, la force d’évocation et la vigueur des arts ne s’amplifient pas avec les années. Ces attributs existent tout simplement, ils leur sont propres, et le temps ne fait que les affermir. Je doute que l’archétype de Vénus de Milo soit plus probant que celui du jeune rebelle créé par James Dean, même si tant de siècles les séparent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reconnaissons-le : cet art prend tout de suite du galon avec ‹ Le Cuirassé Potemkine › de Sergueï Eisenstein (1925), ‹ Le Général › de Buster Keaton (1926), ‹ Metropolis › de Fritz Lang (1927), ‹ Napoléon › d’Abel Gance (1927), ‹ Le Cirque › de Charlie Chaplin (1928), etc. L’impact inégalable de l’image en action, associée au son, a vite fait de forger la magie du cinéma, qu’on appela d’ailleurs à ses débuts “la lanterne magique“. Anticipation, réalité ou fiction, décors naturels ou artificiels, extérieurs ou en studio, effets et trucages, fond musical et, enfin, montage habile de l’ensemble,&nbsp; autant d’éléments qui ont mis en valeur l’acteur et, par là, qui ont permis au spectateur ému de s’identifier aux héros du grand écran comme jamais auparavant. Le star-system était né.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le temps des devanciers – le bouffon, le saltimbanque, le forain, l’histrion – est désormais loin derrière. La page de l’amusement est tournée. Plus que n’importe quel autre domaine jusqu’alors, le cinéma se mue en véritable industrie de modèles, à travers le rêve, qui est son principal outil de travail. En Inde par exemple, où la production cinématographique dépasse celle d’Hollywood, le rôle du cinéma est fondamentalement social, car il offre à l’individu les moyens pour s’évader d’un contexte miséreux vers un espace idyllique fait d’amour et de beauté. En une seule génération, le métier troque ses haillons pour les lauriers. Nulle part ailleurs on ne trouve une telle densité de célébrités. […]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne quittons pas le cinéma sans nous arrêter un instant sur ses autres références : les animaux et les bandes dessinées. Leur rôle est immense, car ils alimentent l’imaginaire pur des enfants. Nous avons tous applaudi les prouesses de l’apathique Droopy aux dépens du loup cruel et stupide. Ce domaine est porteur et fécond, on le sait. De nos jours, il est dominé par les Digimon et les Power Rangers asiatiques. Toute la différence est là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La mode occupe une place à part dans l’univers emblématique. Étymologiquement d’abord, la mode fournit de vrais modèles, au sens propre du mot, ensuite, à travers une certaine forme d’équité. Je veux dire que via les habits, qui constituent l’objet de son intérêt, le dessein de la mode est l’élégance, sœur de la beauté.<span id="easy-footnote-188-30620" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-3-4/#easy-footnote-bottom-188-30620" title=" Du corps, certes, mais elle mérite le respect, car la beauté, comme fait de la Création, plaît aussi à Dieu. Alors que dire de l’homme&amp;#8230;"><sup>188</sup></a></span> La voir s’adjuger enfin une position à la hauteur de son importance ne serait donc que justice. Enfin, la singularité actuelle de la mode tient également au fait qu’elle se décline surtout au féminin, même si quelques signes annoncent l’essor des canons masculins en la matière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vu sous cet angle, je remarque encore que les valeurs véhiculées par la mode sont uniquement plastiques. Bien sûr, il y a là aussi la grâce, de même que la certitude d’une nature foncièrement positive de la personne. On n’oserait en effet imaginer une top-modèle prodiguant ses charmes tout en étant poursuivie pour extorsion, recel ou cambriolage. Mais ces vertus sont – hélas ! – mineures. À suivre les défilés de mode ou l’élection de telle Miss Pays, on ne regrette jamais assez de ne pas avoir éteint le poste avant que la première demoiselle n’ait ouvert la bouche. Ainsi sont faites les choses : la beauté de l’esprit est ailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et c’est justement là que le bât blesse. Chez les anciens, la beauté était (ou n’était que, c’est selon) un composant de la plénitude, de la perfection. La beauté de Nike de Samothrace coupe le souffle. Mais la statue de la déesse est décapitée. Paradoxe ? Non. Sa beauté a dépassé la matière qui lui donne corps. Elle est dans l’harmonie du tout. La déesse Athéna était la quintessence et de la beauté, et de la bonté, et de la grandeur, et de la sagesse. Voilà un mythe. Juliette était extrêmement jeune, belle, candide et fidèle. Voilà une légende. Comment se rangent à ces critères les standards plastiques actuels ? Par la seule beauté. Vide. Et pendant que leur message visuel fait le tour du monde, ce qu’il distribue c’est uniquement la beauté. Forcément vide aussi. Alors : éternelle, la beauté ? Certainement. Il ne reste qu’à établir laquelle de ces deux-là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec le rock, on attaque le côté sérieux des choses. À moins de refus délibérés ou d’interdictions parentales précises, je ne crois pas que depuis la fin de la guerre beaucoup de jeunes aient échappé à ce raz-de-marée. Dans les années ’40, ils rentraient au pays en chantonnant ‹ Swinging on a Star › de Bing Crosby. Dans les années ‘50, ils draguaient en fredonnant ‹ I’m just a gigolo › de Louis Prima. Dans les années ‘60, ils rêvaient d’Amérique aux sons de ‹ San Francisco › de Scott McKenzie. Dans les années ‘70, ils traînaient leurs tongs, leurs barbes et leurs cheveux longs sur fond de ‹ Je t’aime… moi non plus › de Serge Gainsbourg. Dans les années ‘80, ils s’excitaient pour ‹ Thriller › de Michael Jackson. Dans les années ‘90, pour ‹ Baby one more time › de Britney Spears. À présent, ils deviennent fous en écoutant ‹ Cleaning up my closet › d’Eminem. Tout le monde est passé par là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>
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		<title>Modèle et mimes (2/4)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Aug 2021 08:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est vraiment étrange de constater à quel point certaines choses primaires changent avec le temps ! C’est le cas de la notoriété ou du modèle. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« Pour nous punir de notre paresse, il y a, outre nos insuccès, les succès des autres. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Jules Renard, ‹ Journal ›, 1925)</p>



<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« La plupart des gens ne sont pas eux-mêmes. Leurs pensées sont les opinions de quelqu’un d’autre ; leurs vies – une mimique ; leurs passions – une citation. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Oscar Wilde, 1854 – 1900)<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne nous attardons pas sur la qualité de ces récits, surtout celui qui décortique le parcours mental de l’assassin du chef beatle avec un relent psychanalytique discutable. Pour ce qui m’importe, l’essentiel c’est l’esprit qui préside à ces actes. Il définit une tendance qui ne cesse de s’accentuer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a d’abord l’essor de nouveaux domaines-clés, au détriment d’autres qui s’estompent. Sur les dix recensés plus haut, qui ont structuré la vie sociale pendant des siècles, très peu gardent encore la cote.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La foi négocie sa survie. Elle a perdu son rôle fondamental de canevas structurant de l’homme. Ainsi, les modèles qu’elle offre ne sont plus reconnus. Le cas d’un Jean-Paul II reste confiné à la sphère des irréductibles, de moins en moins nombreux, même s’ils sont encore peut-être des millions. Et la part de sa notoriété qui dépasse cette limite n’est que médiatique car, de fait, son image et même sa personne sont de plus en plus mises en cause.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le savoir ne fait plus d’émules et engendre encore moins de disciples. Il n’est plus réservé aux élus. Cette fierté saine qui transcende l’âme de celui qui devient le dépositaire de certaines vérités exclusives n’a plus de raison aujourd’hui. ‹L’École d’Athènes› de Raphaël tient d’une ère initiatique révolue. À présent, la connaissance s’est popularisée. Elle s’est diluée et banalisée. Les maîtres se font rares, leurs exemples aussi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est pareil avec la loi et sa mise en œuvre. Peu de domaines sont plus contestés. Ici, les procureurs accusent la pression du politique. Là, on critique le pouvoir des juges comme étant démesuré. Ailleurs, on les attaque pour corruption ou on les tue. Et partout on dénonce une justice asymétrique. En fait, la société perd ses jalons. La fragilité et le déséquilibre de la magistrature sont donc à l’image de cette dérive. Quant à la gloire de quelques étoiles du prétoire (Garzón en Espagne, Bruguière en France), elle n’est que circonstancielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’étude des mystères de la matière suit la même voie que celle du savoir en général. En l’espace de plusieurs décennies, la recherche est devenue routinière, et implicitement ses résultats. Cependant, si importantes soient certaines découvertes (cela arrive parfois), pour autant elles ne font plus de leur auteur un Einstein. Bonne ou mauvaise, cette vulgarisation? Difficile de trancher. Toujours est-il que ce n’est plus parmi les savants que se recrutent les modèles d’aujourd’hui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les limites du monde terrestre sont depuis longtemps circonscrites. Il semble que notre planète n’ait plus de secrets à révéler, à moins que l’existence d’Agharta, le monde situé à l’intérieur de la Terre et prédit 300 ans en arrière par Euler et Halley, ne soit attestée de visu. Sinon, il n’y aura pas de second Amerigo Vespucci. Et même si les terriens coloniseront tel ou tel astéroïde, les exploits de Gagarine et d’Armstrong resteront dans les manuels d’histoire.</p>



<figure class="wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex">
<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1001" height="1024" data-id="30575" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-2_4-Agharta-1-1001x1024.jpg" alt class="wp-image-30575" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-2_4-Agharta-1-1001x1024.jpg 1001w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-2_4-Agharta-1-293x300.jpg 293w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-2_4-Agharta-1-768x785.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-2_4-Agharta-1.jpg 1149w" sizes="(max-width: 1001px) 100vw, 1001px"></figure>
</figure>



<p class="wp-block-paragraph">Si l’autorité de fait est également dépassée, c’est surtout parce que les faits d’armes ne sont (heureusement?) plus les vecteurs des valeurs d’antan. Un siècle de barba-rie a conduit l’Occident vers un système refusant la violence. À présent, la grandeur d’une nation ne s’exprime plus par les conquêtes ou la domination, fussent-elles sources de prospérité, réelle pour le dominateur, relative pour le dominé. Un Bonaparte n’aurait plus sa place aujourd’hui. Ceci étant, le côté héroïque des choses se ressent; la gloire des militaires de haut rang, soumis au politique, devient sporadique et marginale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est donc qu’au rayon de l’autorité de droit que l’on retrouve dans le contexte présent un air de continuité. Si la notoriété reste clairement du domaine du politique, des nuances s’imposent. D’abord, de nos jours, l’optique collective n’est pas la même, selon qu’elle vise la stature d’un vrai autocrate ou celle d’un vrai démocrate, les demi-mesures se créant difficilement une place au Panthéon. Les mécanismes mentaux font que le regard jeté par le citoyen sur ses dirigeants s’est beaucoup affûté. Si un tyran peut influer sur un pays ou une région, c’est qu’il ne sème pas, il ne fait que mutiler. Et ça, le citoyen le sait. Ensuite, et surtout, c’est (malheureusement ?) à l’horizon des grandes épreuves que se profilent les plus fortes figures nationales, sombres ou radieuses (c’est selon). Le passé est riche en ce sens: Tito, Staline, de Gaulle, Mao, Kennedy, pour se limiter aux figures les plus récentes. Or justement, la tendance est (heureuse-ment?) d’éliminer ces foyers de danger… Enfin, pour tous les motifs évoqués, il est possible que cette espèce soit en voie de disparition, si elle n’est pas déjà éteinte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant aux affaires de la société, elles sont plus ou moins soumises aux mêmes facteurs qui fonctionnent dans le domaine de l’autorité de droit. Dans la mesure où l’on accepte que le contexte révèle le potentiel de l’individu, on situe un Haussmann ou un Churchill à la place qu’ils méritent. C’est ce qui s’appelle être en accord avec son temps. Alors, ce que les affaires de la société ont en commun avec l’autorité de droit, c’est le fait qu’à l’avenir de telles figures emblématiques sont censées se révéler hors du monde industrialisé proprement dit. Chacun à sa façon, le parcours de Václav Havel et l’assassinat de Zoran Đinđić montrent que le terrain fertile se trouve désormais ailleurs qu’en Occident.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De tous les domaines-clés que nous avons vus, seuls les arts et l’économie gardent une certaine vigueur. Mais là, encore une fois, quelques nuances s’imposent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le débarquement du moderne ravagea la majeure partie des arts dits «classiques». Depuis plus d’un demi-siècle, la peinture, la sculpture et la musique pataugent, et le public avec, la danse et le théâtre aussi, même si c’est peut-être dans une moindre mesure. Économiquement dépendante, l’architecture est un cas à part. La littérature est la seule à tirer son épingle du jeu, allez savoir pourquoi! Mais de là, à créer des mythes, le chemin est long.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voyons à présent les catégories qui marchent réellement. La première est musicale, mais elle est nouvelle: c’est le rock. La seconde est nouvelle à 100 %: c’est le cinéma et sa petite sœur, la télévision. Il y a aussi la mode, sortie tout droit de l’artisanat. Mais la vraie, toute grande nouvelle venue, est cette occupation restée jusqu’à présent primitive ou secondaire: le sport. Enfin, l’unique domaine-clé traditionnel qui tourne est l’économie. À la fin du XXe et au début du XXIe siècle, c’est donc le monde économique, du sport, de la mode, du cinéma et du rock qui fournit les références.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>
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		<title>Modèle et mimes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Aug 2021 10:31:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C’est vraiment étrange de constater à quel point certaines choses primaires changent avec le temps ! C’est le cas de la notoriété ou du modèle. [...]</p>
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<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« Pour nous punir de notre paresse, il y a, outre nos insuccès, les succès des autres. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Jules Renard, ‹ Journal ›, 1925)</p>



<p class="has-text-align-right citation wp-block-paragraph"><em>« La plupart des gens ne sont pas eux-mêmes. Leurs pensées sont les opinions de quelqu’un d’autre ; leurs vies – une mimique ; leurs passions – une citation. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Oscar Wilde, 1854 – 1900)<br></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est vraiment étrange de constater à quel point certaines choses primaires changent avec le temps ! C’est le cas de la notoriété ou du modèle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a moult façons de classer les extrêmes de l’espèce humaine. Il y a les bons et les méchants, les riches et les pauvres, les forts et les faibles, les tenaces et les fugaces, les croyants et les athées, les doux et les violents, les loyaux et les félons, les surdoués et les sous-doués, etc. Il y a aussi la vaste catégorie des imités imités par les imitateurs, avec la variante des copiés copiés par les copieurs. On appelle les premiers des modèles ; ils ont gagné la notoriété. Des seconds, on dira : des singes, ou alors des mimes<span id="easy-footnote-189-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-189-30549" title=" On ne retiendra pas ici le côté artistique, créatif, de ce mode d’expression, mais le sens reproductif qui lui est généralement associé."><sup>189</sup></a></span> ; ils voudraient avoir la notoriété, mais ils ne l’ont pas. Alors ils font semblant, ou bien ils essayent de s’identifier à ceux qui l’ont.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La notion de modèle, propre à l’homme, a fait partie en permanence de sa condition, la nature ne connaîssant pas le modèle (ou alors tout y est modèle). Quelle que soit l’approche, mystique ou matérielle, l’homme apparaît en train de copier quelque chose. Au mieux, il copie Dieu, car Dieu le fit à son image et à sa ressemblance. Tant bien que mal, il copie la nature, dans tout ce qu’elle a de prodigieux et d’unique. Au pire, il copie son prochain, qui demeure – reconnaissons-le – un recueil d’imperfections.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’homme a ainsi balancé dès le début entre deux types d’alternatives : d’une part, choisir l’au-delà ou le contingent en tant que références, d’autre part, et dans le second cas, soit se débrouiller pour découvrir dans son prochain des repères stimulants pour son propre devenir (il s’agit de la singerie constructive innocente), soit se laisser aller, aspiré par l’aura de tel ou tel personnage (il s’agit de la singerie destructive méprisable).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, depuis passés deux mille ans, les chrétiens n’ont eu qu’un seul modèle : Jésus-Christ. Mais aussi, depuis toujours, la société a assidûment propulsé à l’avant-scène ses éléments les plus notables. Elle le fait et continuera à le faire. Qui étaient-ils ? Principalement, des personnes évoluant dans les domaines-clés<span id="easy-footnote-190-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-190-30549" title=" Un domaine-clé est un secteur essentiel de la vie communautaire, validé par la durée. L’histoire a connu, bien sûr, son lot d’exceptions : des gens en dehors d’une telle appartenance et pas spécialement voués à un destin d’exception. Souvent, leur célébrité vint après leur mort, de même que leur existence se confondit avec la légende. Quelques noms parmi les plus connus : Robin des Bois, Casanova, Guillaume Tell, Raspoutine."><sup>190</sup></a></span> de la société, les valorisant même. Depuis leurs sommets, elles rayonnaient par leur exemple, faisant école en tant que modèles pour les contemporains et la postérité.</p>



<figure class="wp-block-gallery columns-1 is-cropped wp-block-gallery-2 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="300" height="504" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-1_4-Jesus-Christ-16.jpg" alt data-id="30607" data-full-url="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-1_4-Jesus-Christ-16.jpg" data-link="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/attachment/modele-et-mimes-1_4-jesus-christ-16/" class="wp-image-30607" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-1_4-Jesus-Christ-16.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2021/08/Modèle-et-mimes-1_4-Jesus-Christ-16-179x300.jpg 179w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px"></figure></li></ul></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Ces femmes et ces hommes</p>



<ul class="wp-block-list"><li>recevaient, avaient, gardaient et transmettaient la foi ; ils étaient prophètes, prêtres, évêques (par exemple saint Pierre) ;</li><li>acquéraient, interprétaient, défendaient et appliquaient le savoir et la loi ; ils étaient patriarches, scribes, magistrats, maîtres, sages, professeurs, philosophes (Aristote) ;</li><li>dominaient les secrets du corps et en général ceux de la vie physique et de la matière ; ils étaient guérisseurs, alchimistes, médecins, scientifiques (Newton) ;</li><li>obtenaient, détenaient, gardaient et léguaient l’autorité de droit ; ils étaient ducs, princes, rois, empereurs, présidents (Atatürk) ;</li><li>apportaient (ou dictaient) et défendaient l’autorité de fait ; ils étaient commandants, généraux, résistants, chefs de guerre (Jeanne d’Arc) ;</li><li>veillaient aux affaires de la société ; élus ou désignés, ils étaient tribuns, gouverneurs, sénateurs, députés, maires, ministres (Bismarck) ;</li><li>repoussaient les limites du monde connu ; ils étaient conquistadors, explorateurs, aventuriers, navigateurs (Magellan) ;</li><li>pratiquaient les arts, glorifiant Dieu ou racontant l’homme ; ils étaient auteurs dramatiques, architectes, danseurs, peintres, poètes, musiciens, sculpteurs, prosateurs (Hugo) ;</li><li>enfin, orchestraient l’activité économique ; ils étaient entrepreneurs, armateurs, banquiers, industriels (Krupp).</li></ul>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tous ces domaines avaient aussi leurs précurseurs ou visionnaires – Constantin Ier, Léonard de Vinci, Galilée, Pascal, Bach, Gaudí, Ford, Picasso. Il y avait encore l’occupation – secondaire – du jeu<span id="easy-footnote-191-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-191-30549" title=" Étymologiquement, le mot sport, apparu dans la langue française au XIXe siècle, désigne l’amusement, le jeu, la distraction."><sup>191</sup></a></span> et de la fête, mais qui n’a pas fourni de modèles pendant tout ce temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puis tout a basculé. Je dirais : presque d’un jour à l’autre.<span id="easy-footnote-192-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-192-30549" title=" Je parle d’un espace de 2 ou 3 générations, ce qui n’est rien considérant l’ampleur de cette mutation."><sup>192</sup></a></span> Voyons.</p>



<p class="wp-block-paragraph">1980</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Mark Chapman souffrait de désillusion schizophrénique paranoïaque. Par deux fois il avait voulu se suicider, et pendant l’année 1979 il se fixa à la fois sur Holden Caulfield (le personnage de l’Attrape-Cœurs de J. D. Salinger) et sur John Lennon. À la fin, Chapman croyait vivre une vie qui était le reflet de celle de Holden Caulfield et de l’irréelle superstar John Lennon. Chapman était confus et paranoïaque par rapport à qui il était en réalité, et peut-être que par l’assassinat de John Lennon il essayait de se tuer lui-même. John Lennon faisait un retour après 5 ans d’un soi-disant exil. Il était inquiet de savoir s’il allait réussir ou échouer, et paranoïaque sur son identité de Lennon l’ex-Beatles, Lennon le papa-poule ou Lennon la rock-star solo, et quant à savoir si à 40 ans il pouvait encore être au sommet. La vraie histoire derrière le terrible meurtre de John Lennon est celle d’une quête d’identité. Quand Mark Chapman se regardait dans le miroir, qui voyait-il ? Pas lui, mais son propre reflet – John Lennon, son alter ego, ou Holden Caulfield, son autre moi, vrai mais fictif. Chapman dit à sa femme qu’il allait changer son nom en Holden Caulfield. Quand John Lennon se regardait dans le miroir, qui voyait-il ? Dans son dernier enregistrement, Lennon chante l’ange de la destruction qui le hante. C’est ça, l’image ténébreuse qu’il cache dans ses yeux. Voilà l’homme qui avait raccroché son boulot en tant que John Lennon, et qui était venu à New York pour se faire tuer par Mark Chapman. Comme un Narcisse moderne, Chapman s’accrocha à des images et se refléta dans des miroirs qu’il trouva dans les textes des chansons, les couvertures d’albums, la télé, les films et les livres. Peut-être pensait-il que les miroirs lui diraient qui il était en réalité. Peut-être qu’il sentit qu’ils lui révéleraient son rival jumeau, sa doublure »</em>. <span id="easy-footnote-193-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-193-30549" title="lennon-chapman.com, traduction de l’auteur de cet essai"><sup>193</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Et encore : 1981.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Suite à un article paru dans l’édition de mai 1980 de la revue ‹ People › sur l’entrée de Jodie Foster à l’université de Yale, Hinckley rejoignit un cours littéraire à Yale, pour être ainsi plus proche de l’actrice qui l’avait tellement ému dans ‹ Taxi Driver ›. À Yale il essaya d’établir le contact avec Jodie et laissa des missives et des poèmes dans sa boîte à lettres. Il fit en sorte de décrocher deux entretiens téléphoniques avec elle, pendant lesquels il l’assura qu’il n’était pas dangereux. Toutefois, cette idée fixe pour Foster coïncida avec son obsession pour le meurtre. Hinckley croyait qu’acquérir la notoriété par l’assassinat du président des États-Unis lui aurait fait gagner «respect et amour». Après avoir failli s’engager fin février 1981 comme il avait promis à ses parents, John se rendit à Hollywood où il ne resta qu’un jour. John Hinckley Jr. prit ensuite le bus et, le 29 mars 1981, il descendit à l’hôtel Park Central de Washington. Le lendemain, lundi 30 mars 1981, John écrit une lettre à Jodie Foster exposant son plan de tuer le président Reagan pour l’impressionner avec son «acte historique», quitta sa chambre d’hôtel et prit un taxi en direction de l’hôtel Washington Hilton, où Reagan devait parler à 13:45 h devant une assemblée syndicale. À 13:30 h, John Hinckley Jr. sortit de la foule des reporters de télévision et tira 6 fois avec un pistolet Rohm R6-14. Les balles de l’arme de Hinckley touchèrent Ronald Reagan au poumon gauche, le secrétaire de presse James Brady à la tempe gauche, l’officier Thomas Delahanty au cou et l’agent de sécurité Timothy McCarthy au ventre. Hinckley fut arrêté sur le coup et son procès débuta près d’un an plus tard, le 4 mai 1982. Le 21 juin 1982, après 7 semaines de témoignages et 3 jours de débats du jury, John Hinckley Jr. fut déclaré non coupable pour raison de santé.»</em><span id="easy-footnote-194-30549" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/modele-et-mimes-1-4/#easy-footnote-bottom-194-30549" title="law.umkc.edu, traduction de l’auteur de l’auteur de cet essai"><sup>194</sup></a></span> </p>



<p class="wp-block-paragraph">Ne nous attardons pas sur la qualité de ces récits, surtout celui qui décortique le parcours mental de l’assassin du chef beatle avec un relent psychanalytique discutable. Pour ce qui m’importe, l’essentiel c’est l’esprit qui préside à ces actes. Il définit une tendance qui ne cesse de s’accentuer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a d’abord l’essor de nouveaux domaines-clés, au détriment d’autres qui s’estompent. Sur les dix recensés plus haut, qui ont structuré la vie sociale pendant des siècles, très peu gardent encore la cote.[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[2 octobre 2003]</p>
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		<title>Le mal conduire</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Jul 2021 17:14:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Hélas, on conduit de moins en moins bien et de plus en plus mal. La voiture. C’est encore une fois le monde à l’envers: plus il y a de voitures sur les routes et moins bien on les conduit. [...]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Hélas, on conduit de moins en moins bien et de plus en plus mal. La voiture. C’est encore une fois le monde à l’envers: plus il y a de voitures sur les routes et moins bien on les conduit. À croire qu’à la fin du XIXe siècle, aux débuts de l’automobile, lorsque derrière le volant ne pouvait prendre place qu’une poignée de nantis meuglant de leurs poires en caoutchouc sur des chaussées sombres en terre battue ou au mieux pavées, encombrées de charriots et de calèches, et que pointer à 20 km/h était un exploit à faire mugir les cochers – à croire donc qu’en ces temps de légende forcément on conduisait bien, voire très bien, si ce n’est très attentivement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Peut-être. Pour ce qui est certain, nous circulons aujourd’hui sur des routes nickel, bariolées de traits continus ou en traitillé blancs, jaunes, oranges, verts, bleus, rouges; jalonnées à profusion par une foule de panneaux – carrés, triangles, croix, cercles, rectangles et losanges multicolores; éclairées à foison par des lumières continues ou clignotantes vertes, jaunes, rouges, mauves, blanches, orange. Dans cet univers, si par hasard on se retrouve pendant un temps suffisamment long derrière une voiture qui circule correctement, nous saluons cela comme un événement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Un événement est opposé à la routine, alors pour la routine voici quelques exemples:</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça signale à gauche et ça bifurque à droite. Et vice versa. On est impuissants et le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça ne signale rien et ça bifurque à gauche. Ou à droite. Le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça signale longtemps à l’avance à gauche (ou à droite) sur une voie unique qui de toute façon tournera à gauche (ou droite). Impuissants, les yeux en prennent plein la poire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça ne signale rien et ça change de voie sur route et autoroute. Le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça signale à droite (ou à gauche) en continu lors d’un arrêt prolongé à une barrière, un feu, un embouteillage, etc. Les yeux en prennent plein la poire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça sort brusquement et sans avertissement d’une rue secondaire, d’une propriété, d’un parking ou d’un garage et ça file sans regarder derrière. On freine en catastrophe et le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça se traîne en ville à 18 ou 34 km/h dans des zone limitée à 30, respectivement 50 km/h. On enrage et on a envie de dépasser par la voie en sens inverse, ce qui peut être fatal.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça se traîne à 80 km/h sur la voie de dépassement de l’autoroute. On enrage et on a envie de dépasser par la droite, ce qui peut être fatal.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça freine devant un feu qui est au jaune; au dernier instant ça accélère et ça passe de justesse au moment même où le rouge s’allume. On freine en catastrophe, on enrage et le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça sort d’un rond-point sans aucune signalisation. Le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça circule calmement sur la voie du milieu de l’autoroute alors que celle de droite est libre sur des kilomètres. On enrage et le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça croise une connaissance, ça descend de la voiture et ça engage une (longue) conversation tout en laissant à côté tourner le moteur de la voiture. On enrage et le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça dépasse (brusquement) par la gauche ou par la droite sur l’autoroute sans signaler. Le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça roule les feux éteins, sur route ou autoroute. Ça peut être fatal et au mieux le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Ça coupe brusquement la route sans même le moindre signe. On freine, ça peut être fatal et au mieux le juron sort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Enfin, ça conduit comme un dératé – sur la voie de dépassement, à une fois et demi la vitesse légale et à un mètre derrière, grands feux en flash – un vieux “bolide” de deuxième ou troisième main. On a envie de freiner, rien que pour punir l’animal, mais heureusement l’épouse est à côté, alors on se rabat nerveusement et à grand regret sur la voie de droite et le juron sort. Parfois, le cinglé poursuit sa course folle sur la même voie de dépassement et on voit devant les autres voitures devant s’écarter devant lui. Et, certainement, des jurons sortent. Parfois en revanche, l’animal plafonne (toujours sur la même voix de dépassement) à une vitesse – certes – assez élevée, mais moindre que tout à l’heure, de sorte qu’on arrive à son hauteur sur la voie de droite sans forcer. Figé dans son accélérateur de particules, il ne regarde ni gauche ni droite et fonce à nouveau sur la prochaine voiture qui par malchance se trouve devant lui.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Avec le temps et le cumul des exemples, on arrive à se demander si d’aventure rien ne serait aléatoire, que finalement certains éléments communs définiraient tous ces gens, de sorte qu’il serait possible de dresser une espèce de portrait-robot les caractérisant, composé d’éléments comme l’âge et le sexe de la personne, la race, la nationalité, le type, l’âge et la valeur de la voiture. Pourtant tel n’est pas le but de ces réflexions, raison pour laquelle nous nous en tiendrons là.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><br>*</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Serait-ce donc la faute des écoles de conduite ? Discutable, voire peu vraisemblable. Que dire alors quand la tête du plouc au volant et le numéro inscrit sur ses plaques minéralogiques indiquent sans doute possible qu’il a dépassé depuis belle lurette l’âge des balbutiements routiers ?<br>Mystérieuse énigme…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>[15 janvier 2021]</p>
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		<title>Le poulain d’Amélie</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Jun 2021 18:04:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Je suis le poulain d’Amélie. En tout cas, c’est comme ça que je me considère. Et j’ai presque envie de l’appeler “sainte Amélie“. À vrai dire, c’est plutôt le papa - artistique - d’Amélie qui mériterait cette considération (ou cette consécration). Il s’appelle Jean-Pierre Jeunet. En effet, ce monsieur est - encore - relativement jeune. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h4 style="text-align: center;"></h4>
<p style="text-align: right;"><i>« Quand le doigt montre le ciel, l’imbécile regarde le doigt. »</i></p>
<p style="text-align: right;">(Locution attribuée à Confucius et reprise dans le film</p>
<p style="text-align: right;">‹ Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain › de Jean-Pierre Jeunet, 2001)</p>
<p>Je suis le poulain d’Amélie. En tout cas, c’est comme ça que je me considère. Et j’ai presque envie de l’appeler <i>“sainte Amélie“</i>. À vrai dire, c’est plutôt le papa – artistique – d’Amélie qui mériterait cette considération (ou cette consécration). Il s’appelle Jean-Pierre Jeunet. En effet, ce monsieur est – encore – relativement jeune.</p>
<p>Jean-Pierre Jeunet est metteur en scène. Avant ‹ Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain ›, il avait réalisé à gros budget un film mi-horror mi-science-fiction (‹ Alien IV – Resurrection ›) dans le cadre d’une minisérie que certains appelaient déjà culte. Brrrr, je n’aime pas les films avec toutes ces créatures écorchées qui bavent en tuant !</p>
<p>Jean-Pierre Jeunet avait aussi co-réalisé deux films assez “gothiques“, qui sont devenus des films cultes : ‹ Delicatessen › et ‹ La Cité des enfants perdus ›. Hmm, étranges et lourds… Et encore du sang… Reconnaissons-leur tout de même une profonde originalité. Dans le paysage actuel du 7<sup>e</sup> art, à elle seule cette remarque mérite l’attention.</p>
<p>Jean-Pierre Jeunet est – en plus – français. Et c’est de là que vient la grosse surprise. Pour un film comme ‹ Amélie ›, j’attendais un Russe, un… – que sais-je ? – Japonais, un Espagnol peut-être. Mais un Français ?!… Et qui, jusque-là, avait pataugé dans du gore ?!… Comme quoi l’on ne se méfie jamais assez des idées préconçues.</p>
<p>Mais ce Jean-Pierre Jeunet, l’appeler saint Jean-Pierre, j’ai de la peine. Je ne sais pas pourquoi, peut-être parce que ça me rappelle un peu Jean-Pierre Foucault, même si je n’ai rien contre ce monsieur, qui exerce très bien son métier. Pourtant, aller jusqu’à le sanctifier… Soit : tout ça, c’est assez bête. Mais c’est souvent ainsi.</p>
<p>Rester sur ma <i>“sainte Amélie“</i> est donc préférable. Son nom est aussi très musical, car il n’y a pas de R agressif dedans. Et puis, les gens n’adorent pas forcément Shakespeare et Léonard de Vinci, mais bien Juliette et la Joconde. Comme ça, je crois que Jean-Pierre Jeunet ne m’en voudra pas, comme tout Pygmalion qui se respecte.</p>
<p>Je ne saurais dire si, en baptisant de la sorte l’héroïne du film, son père artistique a volontairement fait le nécessaire pour permettre le calembour que j’ai choisi comme titre de cet écrit. Toujours est-il que ce fut pour moi une manière comme une autre de rendre hommage à un fait artistique et de société qui sort de l’ordinaire.</p>
<p>Car au-delà de son immense succès commercial, ‹ Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain › est une réalisation d’exception. Ou peut-être justement grâce au fait que c’est une réalisation d’exception, son succès commercial fut planétaire. Oui, mais alors que dire de produits comme ‹ Star Wars ›, ‹ E.T. ›, ‹ Spider-Man › et ‹ Jurassic Park  ?!…</p>
<p>C’est clair : l’une n’explique pas l’autre. Restons-en donc au fait que Amélie est une réalisation d’exception. Pour une fois, la publicité d’un film tient ses promesses. Son message dit : ‘Elle va changer votre vie’. Et c’est ce qu’elle fait. En bien. Et naturellement. On dirait : involontairement. Ce qui est encore plus précieux.</p>
<p>‹ Amélie Poulain › n’est pas seulement un film beau à voir. Il est beaucoup plus que frais et drôle. On y trouve des choses plus importantes qu’une musique prenante, des prises de vues inspirées, un scénario solide, un bon rythme, une galerie de portraits bien crayonnés. En fait :</p>
<p>Amélie est le seul film angélique dont je me souviens.</p>
<p>C’est loin d’être banal. Et pour être plus près de ma pensée, je dirais que c’est absolument extraordinaire. Au milieu de la vague millénariste de ces effroyables produits appartenant à la catégorie “vu et oublié“ type ‹ Armageddon ›, ‹ End of Days › et autres ‹ Deep Impact ›, pouf ! Amélie descend doucement sur nous tel un flocon de neige. Ça faisait des années que je la rêvais, l’espérais, et autant que j’avais déchanté sur sa venue ! Et cela tout en étant incapable de bien visualiser ce que j’attendais, mais sachant que j’avais vraiment besoin d’un instant public de bonté.</p>
<p>Et Amélie est un film bon. Ce n’est pas juste un bon film, ce qu’il est aussi, mais c’est surtout un film bon, comme un homme est bon, comparé à un autre qui est méchant. Il n’est donc pas question ici de qualité, mais simplement de bonté. Encore une fois, ce n’est pas courant. A priori, une œuvre n’est pas appelée à se réclamer d’une telle qualité. Au mieux, elle peut évoquer quelque chose, fût-ce grave, profond ou sérieux. De là à être habitée par la qualité en question, le chemin est long, donc je suppose que les cas sont rares. Je ne m’en rappelle aucun.</p>
<p>Autre chose : ‹ Amélie › montre que le bien reste financièrement parfaitement viable. Après de longues années d’escalade obsessive dans les genres de l’horreur, de la guerre et du thriller, on ne le croyait plus. D’accord, on trouve le bien dans presque toutes les comédies, la plupart des dessins animés, les mélodrames ou les westerns. Pourtant, le plus souvent, il procède du tandem manichéen du bien et du mal (dans un pseudo duel soporifique dont l’issue est connue d’avance) et il ne <i>“porte“</i> pas le film. En revanche, le bien habite ce film, et sans partage, car le seul <i>“vilain”</i> est en réalité un guignol qui provoque plutôt l’hilarité. Le bien est unique, comme au Paradis. Il est aussi polycéphale : moteur, fluide et but.</p>
<p>De façon plus édifiante et spontanée que tout appel vibrant mais théorique à la fraternité ou à l’altruisme, Amélie prouve que le bien est au bout des doigts par un simple déclic. Car déclic il faut. Tout le bien qu’elle dispense autour d’elle, et qui rayonne, cette fille le fait parce qu’elle en est subitement investie. L’on ne sait trop pourquoi, et pourquoi elle, mais c’est là l’autre vérité que le film dégage : Amélie place la barre dans un registre qui échappe à notre causalité quotidienne. Et justement, à cette hauteur-là, les plus proches de nous sont les anges.</p>
<p>Je crois que le film touche à son essence lorsque Amélie surgit d’un coup, saisit le vieil aveugle par le bras et l’aide à traverser la rue. J’ai envie de dire que ce moment dépasse le genre humain. Pour le vieux, elle vient de nulle part, lui parle à une vitesse irréelle avec la précision ahurissante d’un scanner. Les détails qu’elle lui donne sont normalement insaisissables. Quarante-cinq secondes durant, elle est ses yeux et fait voir au non-voyant bien au-delà de ce que le voyant a l’habitude de voir. Après cela, elle s’évanouit dans la foule, sans demander son reste, comme elle est venue. Et le vieux demeure là, complètement béat, transfiguré et blanc, comme foudroyé par la lumière du Thabor. C’est la première contribution d’Amélie en faveur de <i>“l’humanité déshéritée“</i>. Et ce ne sera pas la dernière. Loin de là.</p>
<p>Car il y en aura exactement sept autres, ou alors huit, si l’on veut bien considérer aussi la toute première, qui constitua en même temps son déclic. Sauf erreur de comptage, au total Amélie illumine la vie de neuf personnages du film (et je ne suis pas sûr pour l’écrivain raté – ce serait alors le dixième) : son père à jamais inconsolé car endeuillé, l’homme qui avait perdu la boîte de souvenirs, la concierge pleureuse, le vieux peintre malade et hyper fragile qu’on appelait aussi l’<i>”homme de verre”</i>, le garçon d’épicerie, timide et joueur, la femme hypocondriaque du kiosque à tabac, le cynique du bistrot, l’aveugle, et enfin le jeune homme de l’automate à photos, qui deviendra son amour. Bien plus pourtant, car au-delà des salles obscures, elle est effectivement venue pour changer des vies. Et à constater l’écho qu’elle a provoqué, cela a dû lui réussir. Heureusement, puisqu’en vérité on n’est plus tout à fait le même après avoir goûté à son fabuleux destin.</p>
<p>Plus singulier et surtout plus exaltant encore : l’altruisme d’Amélie n’est pas égoïste<span id="easy-footnote-195-30493" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-poulain-damelie/#easy-footnote-bottom-195-30493" title=" Non, ce n’est point un jeu de mots douteux : cette étrangeté existe. C’est le fait de produire du bien dans le (seul) but de se procurer de la joie à la vue des (bons) résultats de ce bien. Remarquons d’ailleurs que l’inverse &amp;#8211; l’égoïsme altruiste &amp;#8211; existe aussi. Il est tout aussi étrange et pervers. C’est le fait de se concentrer sur soi pour cultiver ces qualités-là nécessaires pour produire le bien autour de soi. Comme quoi, on voit que souvent les extrêmes se rejoignent…"><sup>195</sup></a></span>. Elle s’y nourrit tout simplement, comme on boit ou l’on mange. Dans son esprit, il n’y a point de second degré. En réalité, son esprit baigne dans un état de simplicité et de spontanéité absolues, et c’est de ça qu’il se nourrit. (D’accord, elle joue aussi des farces, comme dans son enfance, où elle <i>“punit”</i> ce fan de foot, ou alors plus tard, lorsqu’elle rend justice au garçon d’épicerie, en <i>“punissant”</i> – là aussi – son méchant patron. Mais cela se passe toujours selon un esprit de justice personnelle – et pourtant universelle – que personne ne saurait contester.) D’attitude, sa philanthropie rejoint donc le stade des sensations, comme la faim et la soif. À ce niveau-là, il n’est plus question de vertu : il s’agit juste d’une composante de l’être. De même que l’on ne saurait s’exprimer sur l’envie de faire pipi ou sur la respiration, auxquelles on ne réfléchit pas puisqu’il n’y pas à réfléchir, son amour du prochain la place hors de toute réflexion, donc de toute expression, sauf qu’à l’origine, ne l’oublions pas, il s’agit pourtant d’une attitude. Et cette sublimation me fait imaginer l’état adamique, où l’homme était immergé dans le bien, sans connaître le mal, car le mal n’existait pas.</p>
<p>Touchée par la grâce, il se pourrait qu’Amélie laisse entrevoir un soupçon très, très vague de cet état-là.</p>
<p>[10 janvier 2004]</p>
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		<title>Le tiercé perdant</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Jun 2021 09:30:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis la nuit des temps - et notamment, pour ce qui est de l’écriture, depuis Gutenberg, dans le monde artistique, celui de la création de l’esprit qui nous intéresse ici, mais pas seulement, les choses se passent ainsi : il y a comme une sorte de tiercé. Perdant. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">Conférence inaugurale explicative devant les Collèges de la Fédération des Syndicats Réunis, de l’Alliance Artistique Sociale, de la Ligue Patronale Nationale et de la Confédération Libre des Usagers</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><br><strong>Thème de l’exposé : ‘Les deux sens de la rentabilité’</strong><span id="easy-footnote-196-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-196-30450" title="Caractéristique d’un investissement de dégager un résultat ou un gain exprimé en monnaie. (d’après le Dictionnaire Larousse de français)"><sup>196</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Depuis la nuit des temps – et notamment, pour ce qui est de l’écriture, depuis Gutenberg<span id="easy-footnote-197-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-197-30450" title="Johannes Gensfleisch zur Laden zum Gutenberg, dit Gutenberg (1400-1466) : imprimeur allemand qui inventa les caractères métalliques mobiles."><sup>197</sup></a></span>, dans le monde artistique, celui de la création de l’esprit qui nous intéresse ici, mais pas seulement, les choses se passent ainsi : il y a comme une sorte de tiercé. Perdant.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Il y a donc d’abord le premier élément du tiercé, indispensable et déterminant : le créateur,<span id="easy-footnote-198-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-198-30450" title="Par simplicité et aucunement par préférence, est utilisé ici le genre masculin."><sup>198</sup></a></span> ou l’artiste. Lui, il créé le produit artistique, l’œuvre, disons. Un jour, il le sort de sa tête, comme ça. Parce qu’il en a tout simplement envie, ou parce qu’on le lui demande, ou parce qu’il a des achats à faire, ou qu’il a d’autres besoins, ou parce qu’il veut – ou se doit de – faire un geste social, ou politique, ou culturel, ou sportif, ou parce qu’il n’arrive pas à s’empêcher de faire autrement. Ce peut être un poème, une peinture, une chanson, un film, une sculpture, peu importe. Il fait cela absolument seul, dans sa cabane, en tandem, ou en très petit comité.<span id="easy-footnote-199-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-199-30450" title="À ne pas confondre le(s) créateur(s) à proprement parler avec, dans certains cas (théâtre, musique, cinéma, ballet), les innombrables personnes qui contribuent à mettre en pratique l’œuvre respective, chacun en fonction de ses aptitudes."><sup>199</sup></a></span> Avec ça, une fois qu’il aura achevé son produit artistique, son rôle s’achève aussi. Sauf s’il se trouve dans la situation très particulière où, par son travail, il aura répondu à une commande bien précise de la part d’un tiers, eh bien l’œuvre qu’il vient de créer, il peut l’oublier dans un tiroir ou dans son grenier, et passer éventuellement à la suivante.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Erreur ! Parce que sur ce, vient le deuxième élément du tiercé : l’entremetteur, qu’on dit aussi l’intermédiaire. Suivant le type de création qui est en jeu, l’entremetteur peut être ce que l’on appelle un producteur, un éditeur, un agent, bref un commerçant, un acheteur qui par la suite deviendra vendeur. Car à moins qu’il ne veuille pas ranger son travail – comme on l’a vu, ou, même si cela ne le dérangerait pas, mais qu’il ne peut se le permettre, enfin, peu importe les motifs, à ce stade le créateur se doit d’attribuer à son œuvre un nouveau statut. De pure création propre à son esprit, il doit ainsi l’oblitérer du qualificatif d’article, en d’autres termes de marchandise. Partant de là, il est évident que la valeur transactionnelle du produit artistique ne peut être fixée autrement que par lui-même, par son créateur donc, ou par l’acheteur, ou au moyen d’une négociation plus ou moins ardue entre les deux parties. Toujours est-il qu’au bout de cette étape, la propriété du produit passe – intégralement ou partiellement, suivant les cas – des mains de son créateur, dans celles de cet acheteur-là. Vous remarquerez que si dite transaction a lieu après la conclusion du travail de création, pendant, ou même avant de le commencer, le principe reste inchangé : tout cela n’est qu’un simple détail d’organisation entre les parties.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Cette marchandise ayant ainsi changé de propriétaire, son sens change en conséquence, cela par l’apparition (dans ce processus) du troisième élément du tiercé : le client final, couramment appelé aussi le consommateur, plus rarement l’utilisateur ou l’usager. Quantitativement parlant, l’on observe en passant que d’habitude l’intermédiaire évoqué est une entité solitaire (comme d’ailleurs nous l’avons aussi vu pour le créateur lui-même), voire représentant un groupe d’action limité, alors que, tout à l’opposé, dans l’écrasante majorité des cas, ce client final-ci est non seulement multiple, mais il peut arriver qu’il constitue nécessairement la majeure partie de l’humanité. Nécessairement et aussi humainement, parce que de par la nature même de toute transaction opérée par l’homme, l’intermédiaire qui aura acquis un bien, a tout avantage de mettre à profit au maximum son acquisition, en distribuant le produit – c’est-à-dire en le vendant – sur la plus large échelle possible. Et l’on sait que souvent le but de tout commerçant intermédiaire et de faire en sorte pour transformer la majeure partie de l’humanité en cliente finale. Que l’objet de la transaction soit dans ce cas une production de l’esprit n’est ainsi plus relevant, à partir du moment où elle aura acquis ce statut de marchandise.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Bien. Mais alors pourquoi en fin de compte ce tiercé serait-il perdant ? Et, par ailleurs, en quoi ce genre de production serait-il différent – disons – d’une plaque de chocolat ou d’une paire de chaussures ? Patience. Il est tout à fait vrai qu’une œuvre artistique est destinée à (ou devrait) donner satisfaction qualitativement, comme la plaque de chocolat et la paire de chaussures. D’abord à son propre créateur, ensuite, en passant par l’intermédiaire, à l’utilisateur final, puisqu’il est également muni de raison et d’esprit. Voyons cela de plus près.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Vendues au client final, la plaque de chocolat et la paire de chaussures incluent dans leurs prix d’abord leurs composantes matérielles, ensuite l’effort humain (et dans certains cas mécanique), les deux indispensables à sa réalisation, auxquels s’ajoute un certain surplus permettant à la chaîne de production de couvrir ses coûts, comme d’évoluer. Aussi, le calcul du prix final est-il relativement simple et logique, et accessoirement l’on peut conclure sur la valeur ajoutée<span id="easy-footnote-200-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-200-30450" title="Différence entre la valeur des produits consommés par une entreprise au cours de son processus de production dans une période donnée et la valeur finale de sa production pour cette période. (Dictionnaire Larousse de français)"><sup>200</sup></a></span> dégagée au cours de ce processus. Les composantes matérielles d’une création de l’esprit n’ont en revanche pas de valeur:<span id="easy-footnote-201-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-201-30450" title="Des critères d’appréciation réservés au travail artistique (par exemple la pure notoriété du créateur ou certaines particularités de l’œuvre) ne sont expressément considérés dans cette section du texte, qui a un but uniquement comparatif. Par ailleurs, ces critères obéissent le plus souvent à des intérêts d’investissement spéculatif."><sup>201</sup></a></span> on ne considère pas une sculpture d’après son poids, ou un roman d’après son épaisseur. Elle est créée ex nihilo, à partir de rien, si ce n’est au moyen des facultés mentales, de l’acquis intellectuel et de la sensibilité du créateur.<span id="easy-footnote-202-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-202-30450" title="Par rapport à la définition ci-dessus, en omettant volontairement le temps qu’un auteur veut bien consacrer à la réalisation de son œuvre, on observe que la valeur ajoutée d’une création artistique frise l’infini."><sup>202</sup></a></span> Dans le monde que nous vivons, ceci est justement impossible pour le fabriquant de la plaque de chocolat ou de la paire de chaussures. Alors comment procède-t-on lorsqu’on se trouve devant un produit artistique fait à partir de rien, donc même pas de zéro ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Pour simplifier, ce qui se pratique pour les besoins des transactions avec des produits de l’esprit, c’est de chiffrer – ou d’imaginer – la résonance que l’œuvre en question a, ou aurait, chez l’usager. Ceci vaut autant pour la première étape, où l’œuvre devient marchandise, que pour la seconde, lors de sa distribution dans le public. Sans égard aux natures radicalement différentes de ces deux univers, esprit et matière, nous voyons que les méthodes d’évaluation d’une création sensible et d’un produit physique se rejoignent ici en un point unique appelé rentabilité. Ce phénomène est possible uniquement parce que le créateur de l’œuvre artistique aura préalablement alloué à sa création un statut commercial négociable, une réalité marchande.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Cependant, encore une fois : de par leur nature même, ces deux plans ne peuvent coïncider en aucun de leurs points. Nous traitons ici – d’une part – du domaine matériel, brut, et – d’autre part – de celui sensible de l’esprit. Dans ce cas, comme nous l’avons vu, il s’agit plus particulièrement de son volet purement émotionnel, seul paramètre possible et couramment utilisé pour chiffrer ou estimer la valeur d’une telle création. Alors rapprochons-nous encore une fois et observons quelques créations significatives: ‹Des souris et des hommes›,<span id="easy-footnote-203-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-203-30450" title="Roman de l’écrivain américain John Steinbeck, 1937."><sup>203</sup></a></span> ‹Le cri›,<span id="easy-footnote-204-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-204-30450" title="Tableau du peintre norvégien Edvard Munch, 1893."><sup>204</sup></a></span> ‹Still loving you›,<span id="easy-footnote-205-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-205-30450" title="Chanson du groupe de hard rock allemand ‹Scorpions›, 1984."><sup>205</sup></a></span> ‹Forrest Gump›,<span id="easy-footnote-206-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-206-30450" title="Film du metteur en scène américain Robert Zemeckis, 1986."><sup>206</sup></a></span> ‹La Grande Arche de la Défense›,<span id="easy-footnote-207-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-207-30450" title="Bâtiment de l’architecte danois Johan Otto von Spreckelsen, 1989."><sup>207</sup></a></span> ‹Les bas-fonds›,<span id="easy-footnote-208-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-208-30450" title="Pièce de théâtre de l’écrivain russe Maxime Gorki, 1901."><sup>208</sup></a></span> ‹L’oiseau dans l’espace›<span id="easy-footnote-209-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-209-30450" title="Bronze du sculpteur roumain Constantin Brâncuși, 1926. (voir aussi la note en fin de texte)"><sup>209</sup></a></span>. Les explications sont superflues : chacune de ces œuvres est à juste titre suffisamment fameuse de par sa force d’évocation et sa clarté suggestive. Entre autres. Chaque auteur l’imprègne de sa vision et de son esprit, et l’accompagne d’un certain message. Vision, esprit et message prennent ensuite le chemin immatériel du client final.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Une fois atteint l’univers sensible de ce dernier, les trois vecteurs évoqués – la vision, l’esprit et le message – sont censés engendrer un ensemble de réponses intérieures qui leur sont identiques, ou au moins apparentées. Au travers et au gré de ses ressources émotionnelles, de sa capacité à vibrer, le consommateur réagit plus ou moins à ces stimuli. Nous touchons ici au cœur même de l’exposé. Car en fin de compte et fondamentalement parlant, les réactions de l’usager ne sont en rien structurellement différentes de celles qui sont suscitées par une foule de manifestations naturelles et humaines qui ont lieu directement, sans intermédiaire donc. Rappelons-nous au hasard, sans prétendre à aucun classement sur l’échelle de l’émotion : la tendresse, une tornade, une injustice, un ciel étoilé, une menace, une coccinelle escaladant une goutte de rosée sur la feuille d’un nénuphar, un deuil, l’envie, une clairière fleurie, une récompense, un baobab solitaire au milieu d’une prairie, une déception, un lever de soleil, une crainte, une mer plate, la pitié, un arc-en-ciel, la jalousie, un tremblement de terre, l’indifférence, la colère, etc…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Dans les rapports réciproques entre les hommes, comme dans ceux entre les hommes et la nature, ces manifestations émanent du – et touchent le – côté émotionnel, celui-là même qui nous fait vibrer au contact avec une œuvre d’art, une création artistique. Pensons-y bien. Rien ne différencie – attention ! fondamentalement et structurellement – ces deux situations. Si l’on est ému jusqu’aux larmes en lisant l’histoire de ‹La petite fille aux allumettes›,<span id="easy-footnote-210-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-210-30450" title="Conte de 1845 par l’écrivain danois Hans-Christian Andersen, racontant l’histoire d’une fillette qui vend des allumettes aux passants. Elle cherche à se réchauffer en les brûlant, mais meurt de froid dans la nuit du Jour de l’An après avoir eu des visions ineffables, dont celle du seul être humain qui l’ait jamais aimée, sa grand-mère morte récemment. (https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Petite_Fille_aux_allumettes)"><sup>210</sup></a></span> on le serait tout autant, sinon davantage, en découvrant ce 29 janvier 2015 dans un quartier de Toronto (Canada), le corps recroquevillé et sans vie du petit Elijah Marsh, 3 ans, sorti faire tout seul le tour de son pâté de maisons par un froid de canard, muni rien que d’une couche, d’un T-shirt et de ses chaussures.<span id="easy-footnote-211-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-211-30450" title="Paris Match› du 21 février 2015."><sup>211</sup></a></span> Si l’on trouve l’art du peintre hollandais Vincent Van Gogh exaltant, contempler un champ de blé au mois de juillet sous le vent et le soleil, et admirer son tableau ‹Champ de blé aux corbeaux›,<span id="easy-footnote-212-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-212-30450" title="1890, Musée Van Gogh, Amsterdam."><sup>212</sup></a></span> produirait le même genre émotion. Celui qui serait glacé d’horreur par la métamorphose satanique de Regan MacNeil,<span id="easy-footnote-213-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-213-30450" title="Dans le film américain ‹The Exorcist› (1973) de William Friedkin."><sup>213</sup></a></span> on pourrait se dire qu’il en serait de même s’il se réveillait au milieu d’un glissement de terrain emportant sa maison. Enfin, quelqu’un serait frappé tout autant par le déferlement de fureur d’un prochain que par le formidable assaut du ‹Dies irӕ›.<span id="easy-footnote-214-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-214-30450" title="Premier mouvement de la troisième partie (Sequentia) du ‹Requiem en ré mineur› KV 626 (1791) du compositeur autrichien Wolfgang Amadeus Mozart."><sup>214</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>En conclusion, ces deux types distincts de relations, qui déclenchent des phénomènes émotionnels identiques, sont différentes en un seul point, artificiel et technique: l’une est parfaitement directe, d’homme à homme et de la nature à l’homme; l’autre a nécessairement lieu par l’intermédiaire d’un objet fait par un tiers – son créateur, qui, dans ce but, l’aura préalablement transformé en produit, en autorisant du coup son entrée dans le circuit de l’échange. Comme nous l’avons vu, cette mutation est implicitement liée à l’existence d’un entremetteur. Et cette unique différence entraîne aussi une autre : le coût, ou le prix, puisque ipso facto le produit en question est assorti d’une certaine valeur marchande. Résultat contradictoire : alors que ce rapport sensible d’homme à homme et de la nature à l’homme a lieu librement, sans contrepartie pécuniaire donc, le même rapport sensible entre l’homme et cette fois la création artistique est soumis au monnayage.<span id="easy-footnote-215-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-215-30450" title=" Notons au passage qu’un objet pratique manufacturé n&amp;rsquo;est pas en mesure de susciter ce genre d&amp;rsquo;émotions. Le sujet, controversé (par exemple en raison de l’engouement déferlant enregistré pratiquement à chaque lancement d’une nouvelle version d’iPhone), ferait l’objet d’une réflexion qui se situe en dehors du cadre de ce texte."><sup>215</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Nous sommes arrivés à présent au stade où nous pouvons identifier le tiercé perdant. En fait, deux tiers – et non pas trois – composent ce tiercé, chacun d’eux étant perdant pour des raisons qui lui sont propres. Conceptuellement parlant, perdant est l’homme de l’art, qui au cours du processus de création doit tenir compte de – et passer par – un commerçant entremetteur pour faire connaître son œuvre aux plus nombreux. Financièrement parlant, perdant est le client final, le consommateur, en un mot : le public, qui doit payer<span id="easy-footnote-216-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-216-30450" title="Monnaie à part, cela peut partir à 10 pour un billet d’exposition, monter à 20 pour un livre, 200 pour le billet à un concert, et finir à 200’000’000 pour un tableau. "><sup>216</sup></a></span> pour pouvoir recevoir en échange et vivre une émotion au contact de cette œuvre, contact qui est soit occasionnel et unique, soit répétitif, soit plus ou moins définitif par l’acquisition de l’œuvre.<br>Cette procédure s’est profilée à l’aube de la Renaissance, soit quelques huit siècles en arrière, lorsque l’art profane a commencé à se détacher de l’art sacré. Évidemment, c’est difficile d’accepter aujourd’hui qu’en réalité elle constitue une altération durablement incrustée dans la société. D’autant plus qu’elle met en évidence aussi un tiercé gagnant. Financièrement parlant, gagnant peut être d’une part et dans certains cas l’homme de l’art<span id="easy-footnote-217-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-217-30450" title="Ou tout autre individu qui contribue à l’accomplissement de l’œuvre. (revoir la note 4)"><sup>217</sup></a></span> même, qui vit confortablement par la vente de son œuvre,<span id="easy-footnote-218-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-218-30450" title="Chaque domaine de l’art contemporain compte des pointes en ce sens : la romancière britannique Joanne K. Rowling, le rappeur américain Curtis James Jackson III (dit ‹50 cent›), le peintre allemand Gerhard Richter, entre autres."><sup>218</sup></a></span> et d’autre part l’entremetteur, qui vit confortablement par le commerce qu’il en fait. Intellectuellement ou culturellement parlant, gagnant peut être le client final, le consommateur, en un mot le public, qui accède ainsi à la connaissance de l’œuvre, chose inexistante huit siècles en arrière. Pour le surplus, lorsqu’on prend en compte le poids économique atteint – ne serait-ce-qu’en termes financiers et sociaux – par les industries du spectacle, des ars graphiques et de la musique, qui n’existent qu’au travers de cette procédure, la remettre en question s’avère encore moins évident et encore plus difficile.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Il n’empêche que, fondamentalement parlant, le degré de liberté créatrice, la sincérité (ou la pureté) de l’acte artistique dans le domaine profane sont influençables, donc influencées, soumises au prix et monnayées, alors que par définition la sincérité (ou la pureté) de l’acte créateur dans l’art sacré est en dehors du domaine de l’influençable,<span id="easy-footnote-219-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-219-30450" title="Il est volontairement fait abstraction ici du volet lié à la source inspiration, ou à l’origine (voire à la motivation) de l’acte créateur, comme d’ailleurs, par conséquent, au rôle, ou à la qualité de celui qui l’accomplit. Dans l’art profane, celui-ci est nommé auteur, tandis que dans l’art sacré la personne en question se considère le plus souvent un simple exécutant chargé de transmettre un message, ou de remplir une mission de nature supérieure. Observons aussi que dans ce cas, la notion même de liberté créatrice est pratiquement caduque, car le phénomène qui génère l’acte créateur est d’une nature complètement différente."><sup>219</sup></a></span> est non monnayable, et reste ainsi hors prix. Il s’agit d’une différence primordiale, de substance. Le créateur artistique profane qui ne suit pas cette procédure altérée, s’affranchit tacitement des influences inéluctables qui affectent l’authenticité de son œuvre et peut ainsi la préserver du tiers toujours gagnant qu’est l’entremetteur, tout en acceptant de restreindre de manière drastique la connaissance de son art par le public. Là est l’autre sens de la rentabilité, créatrice.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><br>*</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Passé, le temps de la révolution industrielle, celui du colonialisme et même celui de la globalisation. L’essor de l’écologie, la prise de conscience grandissante de l’homme concernant sa place sur cette Terre et dans l’Univers, la poussée du développement durable, la requalification des rapports inter-humains, sont autant d’éléments importants et récents, et autant de signaux encourageants sur le fait que rien dans la sphère humaine n’est irréversible. Il est en revanche probablement très peu vraisemblable qu’un phénomène créateur généralisé tel qu’exposé ici – de retour à la source, de remise en ordre, de revue des valeurs – puisse aussi voir le jour à grande échelle. Et pourtant, rien n’empêche d’adapter l’enseignement de Térence:<span id="easy-footnote-220-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-220-30450" title="Publius Terentius Afer, dramaturge latin (190-159 av. J.C.) Le vers référé est ‘Homo sum, humani nihil a me alienum puto’ (en ‘Heautontimoroumenos’),‘Je suis un homme ; je considère que rien de ce qui est humain ne m’est étranger’."><sup>220</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>‘Nihil quod est homo est impossibile.’<span id="easy-footnote-221-30450" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-tierce-perdant/#easy-footnote-bottom-221-30450" title="Rien de ce qui est humain n&amp;rsquo;est impossible."><sup>221</sup></a></span></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><br>*</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>(Relatif à la note 14.) Le célèbre cas de cette œuvre est particulièrement intéressant sous l’angle traité ici. En octobre 1926, ‹Oiseau dans l’espace› et 19 autres sculptures de Constantin Brâncuși arrivent à New York à bord du navire Paris2. En théorie, les œuvres d’art ne sont pas sujets aux droits de douane, mais les douaniers refusent de croire que l’objet de bronze effilé en est une. Ils lui imposent donc le tarif douanier pour les objets en métal manufacturés&nbsp;: 40&nbsp;% du prix de vente, soit environ 230 $ (un peu plus de 3000 en dollars d’aujourd’hui). L’artiste Marcel Duchamp, qui accompagne les sculptures depuis l’Europe, le photographe américain Edward Steichen, qui doit prendre possession de la sculpture après son exposition, et Brâncuşi lui-même protestent&nbsp;: les sculptures doivent apparaître à la Brummer Gallery de New York et ensuite à l’Arts Club de Chicago. Sous la pression de la presse et des artistes, les douanes américaines acceptent de revoir leur classement, mais en attendant libèrent les œuvres sous la mention «&nbsp;ustensiles de cuisine et matériels hospitaliers&nbsp;». Cependant, l’expert douanier F. J. H. Kracke, après consultation d’artistes américains sceptiques, finit par confirmer le classement initial et déclare que les œuvres sont sujet aux droits de douane. Le mois suivant, Steichen fait appel de la décision. Sous le régime de la loi douanière de 1922, pour que ‹Oiseau dans l’espace› puisse passer la douane sans droits, il doit s’agit d’une œuvre originale, dépourvue d’un but pratique et réalisée par un sculpteur professionnel. Personne ne conteste que l’objet n’a aucun but pratique, mais la qualification d’art de la sculpture est fortement contestée. Le cas de 1916 ‹United States vs Olivotti› avait établi que les sculptures ne sont de l’art que s’il s’agit de représentations gravées ou ciselées d’objets naturels «&nbsp;dans leurs vraies proportions&nbsp;». Une succession d’artistes et d’experts d’art témoignent dans le sens de la défense, tandis que les plaignants se concentrent sur la définition de l’art et de qui décide de ce qu’est l’art. La déclaration sous serment de Brâncuşi au consulat américain explique le processus de création de l’objet, établissant son originalité. Malgré les opinions contradictoires présentées à la cour, les juges Young et Waite se déclarent en novembre 1928 en faveur de l’artiste. Selon leur conclusion: ‘&nbsp;L’objet considéré (…) est symétrique et beau dans sa forme, et bien que l’on puisse avoir quelque difficulté à l’associer à un oiseau, il est néanmoins plaisant et très ornemental et, comme nous tenons la preuve que c’est la production originale d’un sculpteur professionnel et que c’est en fait une sculpture et une œuvre d’art selon les autorités auxquelles nous avons référé ci-avant, nous soutenons la réclamation et trouvons qu’il a le droit d’entrer sans payer de droits.&nbsp;‘ Il s’est agi de la première décision de justice américaine qui ait accepté la sculpture non représentative comme art. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Oiseau_dans_l%27espace)</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>[11 décembre 2015]</p>
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		<title>La communication ? Mais pourquoi faire ?!</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 May 2021 17:11:49 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un jour, au XXème siècle, près de trente ans de çà, soit à l’âge paléo du postmoderne, un fabricant d’appareils téléphoniques inventa un slogan vite devenu célèbre. [...]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Un jour, au XXème siècle, près de trente ans de çà, soit à l’âge paléo du postmoderne, un fabricant d’appareils téléphoniques inventa un slogan vite devenu célèbre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>A cette époque, lorsqu’il s’agissait de téléphonie ambulatoire, les gens traînaient encore avec eux des espèces de machines en fer ayant la taille d’une boîte de cigares et le poids d’un six-pack de bières. Appeler en plein air était un luxe, car les tarifs étaient prohibitifs, tout comme ces machines. Fait nouveau, elles étaient tout au moins pourvues d’un écran noir-blanc, vert-blanc ou jaune-vert de la taille d’un petit timbre-poste. N’empêche, c’était le Pérou puisque l’on pouvait envoyer des messages écrits à 160 caractères maximum, de préférence sur le territoire national.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Pendant ce temps-là, les gens plus fortunés s’offraient déjà des appareils vraiment portables, encore qu’ils gardaient la taille et le poids d’une bouteille de Bordeaux, alors que les plus frimeurs se payaient le luxe insensé de s’afficher avec des merveilles bien plus étonnantes: les <em>handy</em>. Ces gadgets pas plus grands qu’un paquet de clopes et que les braves possesseurs pouvaient en première les sortir de leur poches, affichaient aussi leur prix: un bon salaire de cadre. Pourtant la taille des écrans, toujours monocolores, n’avait que peu évolué tandis que les tarifs n’avaient que peu diminué.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>C’est ce moment précis que le fabricant-vedette choisit pour lancer sa formule commerciale. Ecrits en dessous de son nom, <em>Connecting People</em>® (ce qui veut dire connectant ou mettant en contact des gens), ces deux mots allaient devenir emblématiques pour la marque. Deux mots. Simple. Facile. Basique. Presque banal, puisque mettre en contact deux personnes à distance, cela se pratiquait déjà depuis passé un siècle. Si, mais pas au marché, en voiture ou à la pèche. Bref: carrément magistral. Tellement, que le fabricant en tira parti pendant presque deux décennies.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Entre temps la firme devint <em>leader</em> mondial, pour y rester une bonne quinzaine. Grâce à cette trouvaille publicitaire ? Quelle importance ?! En réalité, durant un certain temps, peu de choses essentielles évoluèrent dans ce domaine: on agrandit et colora les écrans, allégea les gadgets et baissa les tarifs. C’étaient les années où d’entente avec les amis, les gens faisaient sonner le handy en pleine séance juste pour épater la galerie. Appeler hors de la maison, du bureau ou du chalet restait néanmoins assez rare.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>L’heure de gloire des messages avait sonné. C’est vrai qu’ajouté à la pression concurrentielle, l’effet de masse faisait que les jougs tarifaires nationaux se mettaient à céder, et même que ces chats de l’époque étaient limités à ces textes sommaires, les factures refusaient de baisser. Se forma ainsi le réflexe de communiquer autrement. La messagerie instantanée se substitua graduellement à la téléphonie classique et surtout à celle mobile, alors qu’une énorme vague toute fraîche, faite de réseaux sociaux, plateformes d’échange et autres micro-blogues était en train de se dresser.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Comme toute pub géniale, ces deux vieux mots-là eurent la peau dure et au tournant du millénaire la firme franchit le seuil décisif, faisant le pas suivant, <em>The Next Step</em>. Arriva le <em>smartphone</em> qui “réinventa le téléphone”. Désormais aucun souci que d’autres malins se fouraient dans cette nouvelle caverne d’Ali-Baba, en devançant même ce vieux <em>leader</em> qui n’était plus <em>cool</em>. D’ailleurs son slogan avait tristement réussi à se faire moquer par va savoir quel gai luron créatif qui en avait détourné le sens: <em>Connecting People</em>® s’était mué en <em>Correcting People</em>. Et il en demeura ainsi.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Au fait, ce n’était plus important car trop tard. Désormais tout allait changer. L’objet ne comptait plus. Derrière le portail de la grotte, le <em>smartphone</em> attendait au fond d’une boîte de Pandore inédite. Pas enfouie, pas cachée, mais non ! bien en vue elle, et d’un volume appréciable, un vrai coffre en bois massif, brillant et dodu comme dans les histoires de pirates. Dieu que cet appât était alléchant !… Recherche et développement se donnèrent la main fermement. A présent il ne restait plus que l’embarras du choix pour se ruer le plus vite à la chasse de ce nouveau trésor.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>A présent nous voilà dix petite années en arrière. Les barrières politiques tombent, les taxes chutent, les vitesses de transmission et débits décollent. Les appareils, mille fois plus performants et tentants que ceux de l’âge paléo du postmoderne sont offerts. L’<em>e-mail</em> itinérant est une routine. Sur terre, des <em>tsunamis</em> de messages déferlent chaque jour. Les réseaux sociaux explosent, et avec eux, les volumes de données. Textes, sons, images et vidéos se courent après et dans tous les sens le long des câbles, mais surtout dans les airs. La communication continue, 24/24, touche au zénith.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Non. Erreur. Grave. La boîte de Pandore est intemporelle. Elle mérite sa légende, ne ment pas et ne fait pas de quartiers. Car dans toutes choses, le cœur de l’intérêt somnole en nous, enfermé qu’il est dans l’aspiration farouche de l’humain vers le stade suprême. Il s’allume à l’appel de la convoitise, pour rester en éveil tant que dure l’ascension et tant que ce niveau n’est pas encore atteint. Eh bien maintenant que nous sommes enfin arrivés dix ans plus tard, c’est-à-dire aujourd’hui même, nous découvrons que tout cela s’applique au même titre à nos communications.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Les temps ont donc passablement évolué. Plusieurs milliards de gadgets légers, donc portables, se baladent sur la planète. On les appèle encore <em>smartphones</em>, même qu’en réalité ce sont de vrais et puissants ordinateurs de poche que tout le monde a. Au moins un. Même dans des endroits où la faim, la pauvreté, la guerre et la désolation font des ravages. Ailleurs, c’est par excentricité, snobisme ou rejet technologique que l’on reste fidèle aux vieux appareils au look primitif, les vintage phones. Le monde à l’envers, dirait-on. Le plus important: téléphoner est devenu marginal.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>En effet, qu’il s’agisse d’images kitch, de gags ringards bourrés d’<em>emoticons</em> ou de clips cochons, afin de contrecarrer le déluge d’envois ineptes, aujourd’hui déjà il n’y a plus un autre choix que celui de bloquer pubs et interlocuteurs indésirables. Laisser sans réponse un appel ou un message – fut-il sérieux et urgent – est monnaie courante depuis des années. Parfois, tout au plus, tandis que l’instantanéité est la propriété de base de ces moyens de communication, on répond des heures ou même des jours après, lorsque l’urgence et l’importance sont déjà devenues caduques.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Pourquoi ? Simple: par effet de trop plein. Par saturation, qui entraine l’indifférence, puis le désintérêt. Par frivolité et par manque de discernement. On arrive au point où l’on coupe la sonnerie. Pire: on éteint carrément l’appareil. La plupart des services disposent de fonctions automatiques pour répondre aux appels, sauf qu’en avoir recours est un autre type de dépendance dont on se passe volontiers. Réseaux sociaux ? Les <em>millenials</em> s’en détournent déjà; pour eux, le Graal auquel ils se sont abreuvés il y a dix ans se réduit de plus en plus au seul chapitre des news.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Cela étant, à quoi bon exactement sous le seul angle technique, de pouvoir échanger instantanément tout et n’importe quoi sur terre, sur mer et dans les airs entre Dubai et Kiev, Hanoi et Oslo, Riga et Lima ? Les limites de l’inutilité primordiale sont-elles déjà atteintes ? Oui et non. Comme chaque fois, devraient entrer en scène le discernement, l’esprit sélectif, l’esprit de mesure et le sens des priorités, à même de dompter l’<em>homo ludens</em>, l’homme joueur, l’homme enfant que nous sommes lorsqu’en chassant les petits monstres virtuels nous nous heurtons les uns aux autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Hélas, ce dur combat est trop souvent perdu d’avance.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>[3 mars 2020]</p>
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		<title>Made by the USA (II/II)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 May 2021 21:24:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>[...] La quatrième moins-value exportée est l’auto-attribution de la liberté absolue relative au moi, au prochain, à la société et à la Divinité. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Chaque fois que l’on essaye de se rappeler ce qui fait la spécificité de la vie américaine, ce qui vient à l’esprit, ce sont les gangsters ou les racketteurs, ou au moins les banquiers, ce qui ne fait pas une grande différence.»</em></p><cite>(Ilia Ilf et Evguéni Petrov,<br>‹ L’Amérique de plein-pied : Roman-reportage ›, 1936)</cite></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">La quatrième moins-value exportée est l’auto-attribution de la liberté absolue relative au moi, au prochain, à la société et à la Divinité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me dis qu’on pourrait retrouver ici certaines explications déjà répertoriées. Par exemple la surestimation de soi-même. Celui qui a réussi à (sur)vivre dans un tel milieu, au départ sauvage et hostile, n’a dès lors plus de comptes à rendre à personne, fût-il Dieu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bémol n° 1 : je ne crois pas qu’au départ le Brésil ou l’Australie étaient des havres plus hospitaliers pour les colons. Et, de nouveau, le piège d’oublier que si tel critère de rudesse pourrait à la rigueur marcher un temps, quelques siècles plus tard il aurait logiquement dû se façonner suivant l’évolution de la société vers un état plus civilisé. Bémol n° 2 : d’accord peut-être pour le moi, le prochain ou encore la société. Mais alors Dieu ?! Car l’Américain est quelqu’un de foncièrement croyant ! Là, ça se complique donc un peu, et je pense qu’il faudrait faire un tri.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’abord, en considérant qu’il reste tout de même une quantité d’Américains qui ne sont pas croyants. Mais je n’irais pas – encore ! – jusqu’à dénoncer ceux-là sous prétexte qu’ils diffusent leur libertinage à l’échelle planétaire. Ensuite, il serait intéressant de voir comment se fait-il que des chrétiens vivant dans la crainte de Dieu puissent développer un tel degré de liberté par rapport en tout cas aux choses de ce bas monde (qui est, lui aussi, un objet de la Création) ? Enfin, nous avons tout de même la catégorie des potes du Christ, dont les idées se portent peut-être le mieux, et qu’il conviendrait donc d’observer à part.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si l’on ne saurait éviter l’explication faisant appel à l’émancipation engendrée par le culte protestant, elle est ici inadéquate et réductrice : les États-Unis n’ont pas produit la Réforme. Par ailleurs, tout en étant la principale religion du pays, le protestantisme (toutes formes confondues) jouit proportionnellement d’une position moins affirmée qu’en Grande-Bretagne. Ainsi, ce culte de souche saxonne n’explique pas les coutumes affranchies des Latinos de Santa Fe, des Juifs de New York, des Grecs d’Indianapolis, ou des Chinois de Seattle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je cherche alors la raison de cet esprit libertaire dans le sillage de la <em>Magna Carta Libertatum</em> de 1215. En effet, pour aboutir à une si large application de ces grandes avancées des droits de la personne, il leur a fallu d’abord être affermies par le <em>Habeas Corpus</em> de 1679, ensuite par la constitution de 1787 (première du monde moderne et la plus vieille en pratique, celle de la Sérénissime république de San Marino exceptée) et par <em>The Bill of Rights</em> de 1791, avec ses amendements sur les droits civiques. Mais surtout, ces droits ont pu s’épanouir sur une terre vierge d’acquis historiques et sociaux. Le fait est que ces mêmes principes ont eu beaucoup plus de mal à s’imposer en Angleterre (où ils ont vu le jour) et en France (où l’on se targue d’avoir inventé les droits de l’homme).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Suivit un enchaînement assez logique. D’abord, une certaine immigration sélective faite de gens quittant leur pays non seulement (ou pas forcément) pour des motifs économiques, mais pour jouir de libertés qu’ils n’avaient pas chez eux ou ailleurs. Et aussi, la consolidation – génération après génération – du sens donné à la notion de liberté dans toute son étendue, source évidente des plus dangereux dérapages, dont le recours stéréotypé aux règlements devant la justice n’est pas le moindre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je reviens aux potes du Christ, dont je disais que les idées (pas du Messie, mais de ces copains) se portent à merveille. C’est un des aspects les plus troublants de cette dérive et en même temps l’un de ceux qui nuisent le plus au christianisme : le copinage avec Jésus et la prolifération de cette tendance. Vient-il du début des années 1970, avec le retour aux sources, le renouveau de l’amour sur fond de guerre, la découverte de la spiritualité orientale ? Possible. Toujours est-il que cette bizarrerie a essaimé parallèlement à la transformation de l’image de l’Église, vécue de moins en moins comme création du Seigneur et de plus en plus comme un repaire de prélats félons. À force de proliférer en toute liberté sur les tee-shirts, les tasses de café et les pare-chocs des voitures, le Messie fut ainsi réduit à la hauteur de ses potes. Pas l’inverse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, que ce pays se trouve aujourd’hui à un stade tel, que chaque mouvement de la vie quotidienne soit déterminé par un réflexe mental qui mesure spontanément le potentiel juridique du geste en question – passe. Qu’il soit arrivé à un point où son drapeau, symbole banalisé de fierté nationale, puisse être impunément brûlé n’importe où et n’importe quand par n’importe qui pour n’importe quoi – passe. Qu’il dispose du plus grand nombre de sectes des plus diverses et saugrenues, de harangueurs, de prophètes et des foules qui leur sont soumises – passe. En fin de compte, même dans la patrie de toutes les libertés, qui sème le vent récolte la tempête. Tant que le linge sale est lavé dans la famille, normalement tout devrait bien aller.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais l’aspect qui est de loin le plus troublant, le plus délicat et le plus difficile à comprendre reste justement l’universalisation de ces symptômes. Victimes de leur immense succès, se hâteraient d’aucuns de conclure. Faute d’une meilleure contre-offre, s’exclameraient vite d’autres, comme Jean-François Revel dans son panégyrique ‹ L’Obsession anti-américaine › (Plon, 2002), où j’ai fini par me demander, perplexe, si je ne serais pas en présence d’un ouvrage réalisé sur commande, ce qui, sachant la réputation de son auteur, serait bien dommage. Parce qu’ils sont devenus un modèle, se presseraient enfin d’ajouter certains. Hmm…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je partagerais plutôt l’avis de Mgr Godfried Danneels, actuel primat de Belgique, qui dit se méfier du <em>‘God Bless America’ </em>martelé tous azimuts, surtout <em>« quand on l’utilise à la fin d’un discours militaire, puisque cela peut signifier que Dieu nous bénisse nous, mais pas les autres »</em>. Et le cardinal d’ajouter que <em>« Accaparer Dieu pour sa propre cause, ce n’est pas la première fois que cela se produit dans l’histoire de l’humanité, mais il faut savoir que ça ne se fait pas »</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, j’ai tendance à croire, encore que le sujet me semble dépasser le cadre de ce texte, que pour interpréter convenablement la généralisation des symptômes évoqués ici, il faut emprunter une voie beaucoup plus malaisée, qui passe par l’examen général de la civilisation contemporaine. Dans toute sa diversité. Et – surprise ?! – dans toute sa dissolution. Ce qui, d’un coup, ferait des États-Unis d’Amérique non plus le meilleur de la course, ni le champion de l’offre, encore moins le seul modèle en place, mais – hélas ! – le premier maillon (car le plus faible) et le plus durement atteint par ce fléau de la liberté arrogante et insensée qui nous menace tous.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">La cinquième moins-value exportée est la référence invariable au matériel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je m’explique. Par cela, je ne dis pas qu’aux États-Unis c’est le désert en termes de personnes, d’associations ou de courants d’idées prônant la méditation. Non seulement ce serait impossible, tant le pays est grand et multicolore, mais en plus c’est faux, car de telles personnes ou associations sont effectivement légion, ne fût-ce qu’en application de la moins-value antérieure ! Je dis en revanche que cette référence au concret est un des ferments de l’identité américaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je continue de m’expliquer. Je ne dis pas non plus que le renvoi invariable au matériel est le monopole de l’Amérique, ni son œuvre. Personnellement, je crois que la Réforme est pour beaucoup dans cet état de choses, mais je ne veux pas me répéter. J’admets aussi que dans cet incessant match entre le matériel et le spirituel dont l’homme est le terrain, il existe tout au long de l’histoire des étapes où, pour toutes sortes de raisons, l’un tend à dominer l’autre. Ainsi, je considère que l’Amérique est aujourd’hui l’endroit où cette emprise matérielle est la plus évidente.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je finis de m’expliquer. Je ne privilégie pas l’état méditatif, pas plus que je ne prêche un tel État. Le concret et le pratique ne m’horripilent pas, mais je dis tout simplement qu’ils ne me semblent pas à leur place en tant que fondements d’une société.</p>



<p class="wp-block-paragraph">1<sup>e</sup> question :</p>



<p class="wp-block-paragraph">En quoi le matérialisme quotidien est-il plus influent aux États-Unis qu’ailleurs ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour essayer d’y répondre convenablement, je commence par un constat : ce que l’homme réalisa physiquement en 500 ans sur le sol américain fut sans équivalent connu dans l’histoire : un État de brousse devenu l’État le plus foisonnant qui soit. Mais ça, je le répète, ce sont des gens taillés sur mesure qui l’ont fait. Ou plutôt des gens qui étaient à la mesure de la tâche qu’ils avaient endossée. (Contrairement peut-être aux apparences, ceci n’est pas un jugement de valeur, mais seulement un constat de correspondance nécessaire entre un contexte donné et certaines facultés d’adaptation qui sont requises ou, justement, qui se sont adaptées à ce contexte.) D’accord, les Néo-Zélandais ont réussi la même chose en 200 ans seulement, mais admettons tout de même qu’il y a là, comparativement, une question d’ampleur et de complexité impossible à éluder.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au gré du savoir et des moyens actuels, rêvons alors d’une découverte extraordinaire. Imaginons que, sur notre petite planète que l’on connaît à la loupe, on repérerait un fabuleux territoire, accueillant, inexploré et inexploité. Et puisqu’on sait bien qu’il ne saurait se trouver ni au milieu de l’Atlantique, ni du Pacifique, ni même en Amazonie, disons qu’il serait au centre de la Terre ! En clair, qu’il serait le centre d’une planète-ballon et non pas d’une planète-bille comme appris à l’école. Une autre Terre, avec de petites étoiles dedans et le soleil au centre. Et les deux Terres de communiquer pleinement par les pôles </p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, en 1492, il a fallu à Colomb plus de deux mois pour toucher le Nouveau Monde. Aujourd’hui, quelques heures par l’air ou quelques jours sur terre suffiraient pour atteindre cet autre Nouveau Monde. Qui seraient les colons ? Les aventuriers, ainsi que les rescapés des dictatures, de la pauvreté ou du «système». J’ai ainsi l’intime conviction qu’ils auraient la même trempe que les Anglais, Portugais, Espagnols et Italiens qui peuplèrent l’Amérique il y a de cela quatre siècles, et que pour quelques bonnes générations encore à venir, leur première préoccupation continuerait à ne pas être l’au-delà, mais bien l’éclosion de leur nouvel univers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À présent, ce que l’homme mystique gagna en quelques dizaines de siècles sur la terre eurasiatique fut aussi sans pareil dans l’histoire connue. On ne s’y attardera pas. On retiendra en revanche que ce processus fut une composante inhérente de l’interminable édification des civilisations chinoise, hindoue, judaïque, européenne, arabe. Cultes et cultures grandirent et mûrirent ensemble. Et pour cela, ils disposèrent de 4000 ans pour les plus anciennes, de 1500 ans pour les plus récentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, si le matérialisme quotidien s’impose davantage aux États-Unis qu’ailleurs, ce n’est pas une question de faute ou de culpabilité. Tous les éléments énumérés plus haut – sélectivité, nature de l’homme, priorités, survie, âges – en font un sujet tout simplement historique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">2<sup>e</sup> question :</p>



<p class="wp-block-paragraph">En quoi cette situation serait-elle tellement blâmable ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">En rien. Tant que ça reste confiné à l’endroit dont le phénomène dépend de façon naturelle. Pourtant, nous traitons ici d’exportation. Et justement, le problème est que, <em>nolens volens</em>, les États-Unis exportent la (ou leur) matérialité. Alors, à la vue du franc succès rencontré même dans les pays les plus férus de leurs propres traditions, on ne peut éviter de se questionner à nouveau sur la dégradation dont nous sommes de piètres acteurs et de pauvres voyeuristes, et sur le chèque en blanc remis ipso facto aux États-Unis pour convertir l’exportation en domination.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dommage que je n’aie décidément pas la possibilité de dresser un constat de la spiritualité américaine en l’an 5000, ou au moins 3000. Je suis persuadé que j’aurais eu assez de matière pour mon récit. Mathématiquement, c’est absolument impossible autrement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">En fin de compte, les cinq moins-values traitées ici n’ont rien de vraiment étonnant en soi. Chaque société, chaque homme aussi, en possède. Mais comment jugerait-on l’adolescent qui, usant de son autorité, donc de son influence, s’appliquerait à implanter autour de lui sa superbe, son jargon, ses fantaisies ? Ce qui revient à dire que le seul grand et vrai problème est qu’en exportant ses moins-values au nom et du haut de sa suprématie, la jeune Amérique tend à les imposer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qu’elle n’eût pas été la première à le faire ne me convainc guère. C’est vrai que tout au long de l’ère coloniale, l’Angleterre, la France, l’Espagne et bien d’autres encore ont diffusé à travers le monde de l’époque leur culture, leur savoir-faire, mais certainement leurs mœurs et leurs vices aussi. La différence, la toute grande différence, est que ce monde-là était plus jeune de quelques siècles, que souvent il s’agissait de contrées sauvages (selon la terminologie des colonisateurs) et surtout qu’il était loin d’être structuré, cimenté et complexe comme il le fut, de plus en plus, depuis la révolution industrielle, du moins en Europe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En plus, à quelques exceptions près (non concluantes, récentes, éphémères et conflictuelles – l’invasion japonaise en Chine, la domination de l’Europe de l’Ouest par le III<sup>e</sup> Reich, la soumission de l’Europe de l’Est à l’urss), le puissant n’a jamais implanté – dans les sociétés fortement structurées – les concepts et les règles propres à son système de valeurs. À ce que je sache, il n’y a ainsi pas eu de japonisation de la Chine, de germanisation de la France ou de soviétisation de la Pologne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, toutes les anciennes puissances étaient adossées à un <em>curriculum vitæ</em> sinon millénaire, pour le moins séculaire. Avec, l’on m’excusera du peu, tout ce que cela comporte. Je veux dire par là (en quelque sorte à leur décharge, sans toutefois vouloir cautionner ni leurs anciens penchants impérialistes, ni le mal qu’ils auront provoqué au cours de leurs conquêtes) que, par conséquent et à la rigueur, il était possible d’au moins leur prêter la conviction qu’elles avaient quelque chose à diffuser. Peut-être pas quelque chose de forcément valable, mais en tout cas quelque chose d’homologué par le temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chose que cette nouvelle Amérique, qui se cherche toujours, n’a pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[1<sup>e</sup> novembre 2004]</p>



<p class="wp-block-paragraph">P.S. Le tout dernier objectif que je pourrais me fixer serait de paraître (ou passer pour) <em>“anti-américain“</em>. Alors, par précaution, je prends comme un devoir le fait de rappeler ici au moins un produit américain d’exportation qui se range résolument dans la catégorie opposée – celle des vraies valeurs, catégorie dans laquelle les Américains eux-mêmes sont passés maîtres : c’est l’esprit d’audace dans l’insouciance, de confiance absolue en la chance et en soi-même, l’esprit du <em>No limits !</em>, celui-là qui est justement à la base de la <em>success-story</em> américaine. Il fallait le dire. Quant à me pencher sur cette catégorie, ce sera peut-être pour une prochaine fois.</p>
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		<title>Made by the USA (I/II)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Apr 2021 08:00:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L'Amérique, j’en ai pourtant rêvé et j’y ai cru. Comme, je pense, tout jeune homme non américain normalement constitué. À 9000 km de distance, j’ai rêvé de cow-boys, de gratte-ciel, de cinéma, de liberté, d’argent et de tant d’autres trucs dont je ne me souviens plus. […]</p>
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<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-style-default is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>« Chaque fois que l’on essaye de se rappeler ce qui fait la spécificité de la vie américaine, ce qui vient à l’esprit, ce sont les gangsters ou les racketteurs, ou au moins les banquiers, ce qui ne fait pas une grande différence.»</em></p></blockquote>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Ilia Ilf et Evguéni Petrov,<br>‹ L’Amérique de plein-pied : Roman-reportage ›, 1936)</p>



<p class="has-text-align-left wp-block-paragraph">L’Amérique<span id="easy-footnote-222-30423" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/made-by-the-usa-i-ii/#easy-footnote-bottom-222-30423" title=" À l’origine, le titre du texte fut ‘L’Amérique’, mais le thème de l’exportation, dont je voulais m’occuper, le rendait à mes yeux assez vague. Et comme la citation était inévitable, il y avait voisinage gênant avec le titre du roman-reportage russe. Il fallait changer. Ce fut ‘Made in America’. C’était bien, car il se dégageait une consonance créative (Fait en Amérique), mais comme l’Amérique n’est pas un nom déposé par les États-Unis d’Amérique, il pouvait tout aussi bien faire référence aux trois sous-continents américains ou, si l’on y tient absolument, au continent de l’Amérique du Nord avec les trois pays qui le composent. Ce n’était donc pas ça non plus. Vint ‘Made in USA’, mais il me sembla trop galvaudé par les vignettes de blue-jeans et par un usage tel qu’il est rangé depuis longtemps au rayon des clichés. C’est ainsi que j’en suis arrivé à ce mélange insolite, sûrement perfectible."><sup>222</sup></a></span>, j’en ai pourtant rêvé et j’y ai cru. Comme, je pense, tout jeune homme non américain normalement constitué. À 9000 km de distance, j’ai rêvé de cow-boys, de gratte-ciel, de cinéma, de liberté, d’argent et de tant d’autres trucs dont je ne me souviens plus. Et puis, après mes 40 ans, ça s’est arrêté. Comme pour confirmer – dans un autre registre – la boutade de W. L. Wilkie ‘ne pas être socialiste avant 40 ans c’est ne pas avoir de cœur, et l’être après 40 ans c’est ne pas avoir de raison’.<br>Ainsi, ce n’est pas présomptueux d’affirmer que les États-Unis d’Amérique, aujourd’hui premier pays exportateur de biens et de services au monde, exportent aussi plusieurs non-valeurs, immatérielles, ce qui les rend encore plus redoutables. Cinq me semblent primordiales.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><br>*</p>



<p class="has-text-align-left wp-block-paragraph"><br>Il y a d’abord l’indifférence pour l’esprit de mesure.<br>Outre-Atlantique, elle est présente urbi et orbi. Si de nombreux aspects permettent de la comprendre, ils ne sauraient la cautionner, encore moins la faire admettre, et surtout accepter son exportation. Si le pays est vaste, d’autres le sont autant, ou encore plus. Mais nulle part ailleurs qu’en Amérique la démesure n’a imprégné à ce point la société et les individus qui la composent.<br>Comment interpréter autrement que par l’abandon mimétique de l’esprit de mesure les défis que se lancent des pays pris dans la spirale de la globalisation et qui, du haut de leur fragilité économique, ambitionnent de concourir avec les plus grands sur leur propre terrain ?<br>En termes temporels, la forme que prend ce manque d’intérêt est la perte de la patience.<span id="easy-footnote-223-30423" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/made-by-the-usa-i-ii/#easy-footnote-bottom-223-30423" title=" Un des domaines où le vice de l’impatience sévit le plus est celui de la pratique du langage en général (termes raccourcis, topique simplifiée) et des noms (Maximilian devient Max, Alexander &amp;#8211; Al, Sebastian &amp;#8211; Seb, Jonathan &amp;#8211; Jo, etc). Préférences de grammaire et d’orthographe de Microsoft Word, rubrique des paramètres de syntaxe : le réglage par défaut conseillé pour les phrases dites normales indique le nombre maximum de 35 mots, soit 7 de moins que celle que vous venez de terminer."><sup>223</sup></a></span> Mais là encore, si le pays est jeune, d’autres le sont autant, ou encore plus. Pourtant, cette quête effrénée de l’efficacité la plus élevée conformément à la règle du RMMmTmSm (Résultat maximum, avec un minimum de Moyens, en un minimum de Temps et pour un Salaire minimum.) exportée tous azimuts, elle vient d’Amérique, et pas d’Australie.<br>Relativisons tout de même. Historiquement parlant, l’Amérique est un grand adolescent insouciant et nerveux, forcément inexpérimenté mais bosseur, plein de ressources et qui pète la santé. Nombriliste par la force des choses, il s’imagine que tout le monde autour doit être et agir comme lui. Mais encore une fois, d’autres adolescents, grands ou moins grands, pourraient se voir dresser le même cliché-robot. Pourtant, ce n’est qu’à l’Amérique qu’il s’applique.<br>L’explication est qu’en ce moment, c’est le seul pays à la fois adolescent et pédagogue.<br>À ce stade, quelque chose m’invite à faire un saut de 1800 ans en arrière et à tenter une comparaison avec la Rome antique. En tenant compte du monde connu à l’époque, l’empire de Marc Aurèle était, certes, plus jeune que celui des Reagan, Clinton et Bush, mais sûrement plus vaste. Et, comme l’Amérique de nos jours, il était l’unique puissance en position de dicter sa loi sur l’étendue de son espace d’influence.<br>Je crois en l’adage disant que ceux qui ignorent l’histoire sont destinés à la revivre. Les États-Unis risqueront-ils pour autant l’avènement de la barbarie?</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><br>*</p>



<p class="has-text-align-left wp-block-paragraph"><br>La deuxième moins-value exportée est justement cette indifférence pour l’histoire et la tradition.<br>On peut aussi la comprendre, même si l’on a de la peine à le faire. Et pour cause. Dans ma nouvelle patrie, j’ai connu des gens qui – à l’aide de documents – se sont amusés à remonter aux origines de leurs familles. Certains, sans aucune ascendance aristocratique, ont ainsi abouti au XIIIe siècle, c’est-à-dire aux temps de la création de la Confœderatio Helvetica ! Moi, j’avoue qu’un truc pareil me laisse coi. Pourtant, l’exploit en soi me touche moins que ne m’impressionne le niveau d’organisation, de discipline et – j’ose le mot – d’une certaine forme de civilisation atteint par les gens de cette contrée depuis l’époque de la quatrième croisade, de sorte que la conservation et la transmission purent se passer dans de telles conditions. En Amérique, une telle fantaisie deviendrait vite comique autant par son côté tellement impensable que par sa nature purement gratuite, car son utilité serait assimilée à la tenue de l’extrait du registre d’état civil de l’australopithecus afarensis, affectueusement appelée Lucy.<br>Mais je me dis que cette mésestime a peut-être d’autres causes encore. Et je pense à un certain agacement (gratuit) qui jaillit lorsque l’Américain doit se mesurer sur ce terrain même à une civilisation riche de traditions, un peu comme le bourgeois prospère qui essaye furieusement de (se) convaincre que l’air subtilement fané et adorablement suave de la noblesse n’a rien de précieux. À ce propos, les belles paroles de Friedrich von Schiller : « Les natures ordinaires paient avec ce qu’elles font, les nobles avec ce qu’elles sont », qui nous ramènent à la même conclusion que l’on est ce que l’on fait, sans perdre de vue que celui qui a eu (ou s’est créé) plus de temps pour faire aura à disposition plus de substance pour être. D’où l’inopportunité de l’agacement.<br>Et puis, on peut avoir beau rechercher les destinations touristiques les plus exotiques car également les plus imbibées du folklore local, soi-disant dans le but de joindre l’utile à l’agréable en se leurrant avec un vernis de culture; en réalité, le transfert se fait en sens inverse, car ce sont en effet ces cultures-là qui s’américanisent beaucoup plus tôt que ne s’enrichissent culturellement les vacanciers rentrant dans leur Texas natal après dix jours de dépaysement passés de tours guidés en séances de photos. Pour deux motifs complémentaires : les sociétés locales sont souvent trop démunies pour ne pas vite céder aux sirènes de l’arsenal consumériste, et en même temps les voyages ne sont pas plus des révélations que les vrais objectifs des touristes ne sont de s’imbiber de ces cultures. La plupart du temps, l’échange se résume donc (pour l’indigène) à faire dépenser le plus d’argent possible au visiteur et (pour celui-ci) à enrichir sa collection vidéo montrant Mamie en tenue estivale s’amusant aux côtés d’un bonze à Katmandou, ou Sonny en short, pomper du Sprite devant l’antre de saint Basile le Grand en Cappadoce.<br>Et puis vous êtes au Nouveau Monde, en venant de la bonne vieille Europe. Vous vous recueillez dans la maison de tel héros du XVIIIe siècle, vous visitez tel monument du XIXe, telle industrie du début du XXe, telle infrastructure d’avant la guerre. Partout, vous surprenez la déférence – normale d’ailleurs – du guide local. Normal, le fait qu’une décennie pour l’Américain soit un siècle pour le Grec ou l’Italien. Et là, instinctivement, vos pensées volent vers le Parthénon (Ve siècle av. J.-C.) ou le Colisée (Ie siècle ap. J.-C.), un irrépressible petit sourire au coin des lèvres. Normal encore, car le vieux marin de haute mer ferait de même devant le môme exhibant fièrement sa première sardine attrapée à la ligne. Tout ceci pour dire qu’en fait cette indifférence n’est qu’à la mesure de la jeunesse de l’histoire et des traditions américaines. Qu’elle n’est qu’une sorte de moyen simple permettant d’esquiver une réalité dont, encore une fois, normalement l’on ne devrait pas se préoccuper. Alors pourquoi y aurait-il problème ?<br>Je ne vois qu’une réponse, fût-elle douteuse et décevante : parce que le pays est fait d’immigrés d’Europe, du Proche-Orient, de Chine, d’Inde, et qu’avec les années, tout en contribuant pleinement à la création de l’identité américaine, peut-être ces gens furent-ils rattrapés par un sentiment alambiqué de frustration nostalgique par rapport à la densité de leur cadre de vie d’origine, tout ceci dans un contexte nouveau, vaste et informe qu’ils se devaient de structurer, mais dont ils n’avaient pas la maîtrise absolue des règles, comme c’était le cas dans leur ancienne patrie. Comment expliquer autrement leur engouement notoire pour la production européenne ou orientale (voitures, horlogerie, beaux-arts, artisanat, mode, gastronomie) ? À ce titre, l’exemple des châteaux écossais ou français, achetés aux enchères, listés, démontés pierre par pierre, emballés, transportés par bateau, déballés et reconstruits dans le Middle West est, je pense, le plus caricatural.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><br>*</p>



<p class="has-text-align-left wp-block-paragraph"><br>La troisième moins-value exportée est la dissolution de la considération envers la personne, via la réduction des formes d’appellation. Mais qu’est-ce que cela veut bien dire ?<br>Si je réprouve le fait qu’en Amérique tout le monde est Jim et Bob avec tout le monde, ce n’est de loin pas l’excès de politesse qui me domine, mais le regret que vlan !, comme ça, tout un pan du système relationnel humain vieux comme le monde est en train de disparaître.<br>J’essaye une motivation sociologiquement acceptable, pas pour valider le phénomène, mais pour l’expliquer. L’absence de distinction en anglais entre les 2es personnes du singulier et du pluriel ne me paraît pas suffisante : tous les mécanismes liés à la communication font que l’idiome originel pratique très bien cette différence. Je pense alors que l’explication doit être historique, sociale et culturelle.<br>Imaginons un bateau s’échouant sur une île déserte avec, à son bord, une foule bigarrée que je limite à quelques archétypes du mental collectif : un vieux magistrat respecté, une jeune prostituée, un industriel dynamique, un policier sobre et avisé, une grand-mère avec son petit-fils, un drogué en phase terminale, un journaliste ambitieux, un cheminot syndiqué et une étoile de ballet. Avant le naufrage, ces personnages occupaient des positions distinctes sur des échelles aussi variées que celles de l’honorabilité sociale, du bien-être matériel, du prestige, de l’éducation, etc. Cela les aurait amenés à envisager des approches bien précises entre les uns et les autres. Seulement, avant le voyage, ils ne s’étaient jamais rencontrés ; pendant, ils ne se sont jamais croisés.<br>Et tout à coup, la catastrophe. Et les voilà qui luttent au mieux pour essayer de survivre dans une mer glaciale et déchaînée, en espérant toucher la côte. Et ils y arrivent, certains portant sur leur dos les plus faibles. Et une fois évanouis sur la terre ferme, d’autres épreuves les attendent, plus âpres encore : manger, boire, habiter, se défendre. Et là, chacun fera démocratiquement don de ses aptitudes et de son savoir-faire à ses autres amis d’infortune. Dans ces conditions, est-ce qu’un seul instant l’un des rescapés songerait à regarder ses consorts à travers les filtres de la respectabilité, de l’aisance, de la célébrité ou de l’instruction, en soupesant la manière la plus appropriée d’entrer en relation ?<br>Voilà une lecture de l’histoire des hommes de l’Amérique, réunis de partout dans la dure épreuve de survivre en situation extrême. Mais ces temps-là sont bien révolus. Aussi probante que cette explication puisse être, s’y référer exclusivement, aujourd’hui, en Europe, reviendrait à remonter à l’Exode, balayant ainsi les acquis de tant de rapports humains stratifiés, échangés, adaptés et interprétés pendant des milliers d’années. Ce ne serait pas sérieux et ce n’est pas le but. Voyons donc plus loin.<br>Le fait est que ces conditions premières ont réellement façonné outre-Atlantique une certaine manière a priori égalitaire d’envisager son prochain. Bien sûr, en théorie nous sommes tous égaux devant les chances de la vie, et sûrement devant l’absolu de la mort. Mais il ne nous arrive que très rarement d’être égaux dans justement tous ces domaines-là qui déterminent en mode pratique nos rapports réciproques courants. Et même si nous l’étions, il est dans l’ordre des choses que le rapprochement ait lieu doucement, par une connaissance réciproque croissante, par l’accumulation d’expériences communes, par le partage du bien et du mal, et par tant d’autres choses.<br>Ce qui s’est passé au fil du temps sur le Nouveau Continent ne fut qu’une application de ces habitudes originelles extrêmes. Et la complexité toujours croissante des rapports interhumains de cette société en pleine formation ne put en changer un iota. Raison pour laquelle on pratique, dans l’Amérique actuelle, en tous cas en dehors du cadre de fonctionnement officiel de chacun, entre le vieux magistrat respecté et la jeune prostituée, ou l’industriel dynamique et le cheminot syndiqué, une familiarité d’opérette qui peut s’évanouir de facto à la moindre anicroche.<br>Comme toutes les choses brusques ou infondées, il reste que pour moi il y a malaise lorsque deux types qui ont dépassé l’adolescence font Brüderschaft à l’instant où ils se serrent la main pour la première fois.<br>C’est pourquoi la scène du merveilleux film ‹ Being There › (réalisé par Hal Ashby en 1979) où Bob, président des États-Unis (Jack Warden) prend congé du bobet Chancey Gardener (Peter Sellers) – dont il vient de faire la connaissance – avec un « Chauncey… » très yankee et reste ahuri devant le plat « Bobby… » que le niais lui retourne, cette escène est pour moi un vrai exorcisme. Bravo Monsieur Ashby !<br>La quatrième moins-value exportée est l’auto-attribution de la liberté absolue relative au moi, au prochain, à la société et à la Divinité.<br>Je me dis qu’on pourrait retrouver ici certaines explications déjà répertoriées. Par exemple la surestimation de soi-même. Celui qui a réussi à (sur)vivre dans un tel milieu, au départ sauvage et hostile, n’a dès lors plus de comptes à rendre à personne, fût-il Dieu.<br>[…]<br>[1e novembre 2004]</p>
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		<title>La charité est la nouvelle cruauté</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Mar 2021 19:02:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>- ...Compliqué... Oui... Mais intéressant. Bonne idée, en fin de compte.<br />
- Merci. Je le pense aussi. (Léger sourire courtois, un brin servile) [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">– …Compliqué… Oui… Mais intéressant. Bonne idée, en fin de compte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Merci. Je le pense aussi. (<span class="crb">Léger sourire courtois, un brin servile</span>)</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Sans retour de manivelle ?! Aucun !?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Positif, aucun. Autant que l’on ait pu s’assurer par les algorithmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Hmm… (<span class="crb">Longue réflexion</span>) Je ne couperai pourtant pas à de grosses secousses en bourse, c’est mathématique. Et pas qu’ici…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Possible, mais en même temps… c’est paradoxal, ou si vous voulez&nbsp; contradictoire, car ça ne vous concerne plus. (<span class="crb">Petit sourire courtois</span>)</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mouais…Je veux bien ! (<span class="crb">Large rire satisfait, puis longue pause</span>)  La FAST l’a vu aussi ?… (<span class="crb">La Finance-Analysis-Strategy-Tank c’est la Force d’analyse financière et stratégique, et c’est clairement une question en guise d’assertion.</span>)</p>



<p class="wp-block-paragraph">– (<span class="crb">Courte pause, bref rictus provoqué par la difficulté de gérer poliment un tel truisme, ensuite tout simplement:</span>) Tout à fait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– (<span class="crb">Pause.</span>) Bien. (<span class="crb">Pause.</span>) Tuu… à combien tu penses… vous pensez ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– (<span class="crb">Immobile, méthodique</span>) Dans un premier temps nous avons tenu compte: primo – d’un effet de balancement entre la valeur indexée des stocks pétroliers, les immobilisations du patrimoine commer…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Je ne t’ai pas demandé la méthode, je t’ai demandé le montant, tu l’as ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …cial et le rés… (<span class="crb">Ressaisissement</span>) Bien sûr, oui-oui, 472.79 mil…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– (<span class="crb">Vite, très surpris</span>) …lions ?!?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">– (<span class="crb">Petite crispation</span>) Milliards… edc. Équivalent dollars convertis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Hmm… (<span class="crb">Longue réflexion, légère nervosité</span>) Cela fait quand même beaucoup, non ? (<span class="crb">La question est presque rhétorique</span>). OK, on y va !</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Entendu. (<span class="crb">Pirouette pour disposer</span>)</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Non-non, attends, et pour le solde, le disponible ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Oui, effectivement, alors… nous avons ça aussi. (<span class="crb">Brève hésitation, pour remémorer les chiffres</span>) Il s’agirait donc de… (<span class="crb">Pause requise par la vérification</span>) …de… 917.52 milli… millions. edc.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– 900 millions. 900…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Oui, millions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Hm. On verra. (<span class="crb">Sourire plat</span>) Bien. Merci. Prépare-moi tout ça.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lieu : Centre des Congrès, salle ‹ Pyramide 5 › comble, 1228 places dont 7 à la tribune, 19 heures, un mois après. Présents, notamment : le chef de cabinet du secrétaire général de onu, les délégués des départements visés (<span class="crb">finances, agriculture, relations internationales, tourisme, etc</span>), les ambassadeurs disponibles des 50 pays avec un pib nominal annuel par habitant inférieur à 2000 usd, les leaders de plusieurs formations politiques, les présidents de 17 organisations non-gouvernementales tiers-mondistes, les maires de 28 sur 40 mégapoles mondiales, avec leurs adjoints, les éditeurs et <em>anchors</em><span id="easy-footnote-224-30276" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/la-charite-est-la-nouvelle-cruaute/#easy-footnote-bottom-224-30276" title=" Littéralement : ancre (angl.) &amp;#8211; Présentateur vedette ou chef d’antenne"><sup>224</sup></a></span> des principaux médias nationaux et internationaux, les fondateurs d’organismes humanitaires, des représentants d’associations locales. Au total, un peu plus de 65% de la démographie terrestre<span id="easy-footnote-225-30276" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/la-charite-est-la-nouvelle-cruaute/#easy-footnote-bottom-225-30276" title=" Le pourcentage ne peut être qu’estimatif, car progressant au rythme d’environ 2.5 âmes à la seconde, au terme de la réunion &amp;#8211; qui s’étalera sur plus de 3 heures &amp;#8211; le globe aura compté 28080 humains de plus, dont 18250 rien que dans les populations visées."><sup>225</sup></a></span> est ainsi représentée à l’intérieur de cette salle par l’intermédiaire de différents facteurs de décision et d’intervention. Il s’agit des habitants des pays dits pauvres et des pauvres d’autres pays, riches, moins pauvres ou pas encore assez pauvres. La réunion est diffusée en direct sur plus de 160 chaînes TV d’information et stations internationales de radio.</p>



<p class="wp-block-paragraph">(<span class="crb">Applaudissements nourris. Suit le rituel des fonctions, titres et qualités auxquelles l’on s’adresse</span>) «…Je vous souhaite une cordiale bienvenue et vous remercie de vous être déplacés ce soir, qui désormais fera date, en ce lieu qui désormais fera l’histoire. En effet, selon nos recherches, l’événement qui nous réunit est sans précédent dans l’histoire de l’homme. Il est unique et, j’ose m’aventurer, il pourrait le rester. Mais, avec votre accord, je ne saurais usurper davantage une place dévolue à la personnalité qui – depuis si longtemps – frappe de son empreinte pratiquement chaque domaine économique majeur et à laquelle j’ai donc l’immense honneur de céder la parole.» (<span class="crb">Acclamations, remous</span>)</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Bonsoir à tous. Bonsoir. C’est un grand privilège de m’adresser à vous en ce jour bien particulier qui, j’espère et le souhaite, marquera un nouveau départ pour l’humanité. (<span class="crb">Hourras</span>) Merci. Comme vous le savez, ces dernières années j’ai pu directement coordonner ou m’impliquer à des degrés divers dans un grand nombre d’œuvres d’assistance au développement. En clôture du dernier exercice fiscal, j’ai fait le point – on a fait le point, avec mes services – sur les résultats obtenus jusqu’à présent. Eh bien, je dois dire qu’ils sont – hélas – en deçà des attentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous avons constaté trop de gaspillage, d’arbitraire, d’érosion, trop d’influences extérieures, très souvent sans aucun rapport direct avec les cibles visées. Cependant, le plus désagréable fut de découvrir une série d’abus dus soit à des mécanismes anachroniques, archaïques même, surtout dans des pays où l’état de droit est encore fragile, fluctuant ou hésitant, soit produits par des institutions et protocoles qui sont victimes d’importantes carences. (<span class="crb">Remous</span>)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ces conditions, j’ai refait l’analyse circonstanciée de tous les éléments en jeu : critères, facteurs, moyens, buts, conséquences, à court, moyen et long terme. Aussi, la conclusion qui me permet de me présenter devant vous ici, ce soir, avec une toute nouvelle initiative, est arrivée presque sans surprise, et de façon extrêmement ferme. (<span class="crb">Remous, longue pause</span>) Je tiens à préciser d’emblée que pour cette fois il ne s’agit pas d’une quelconque œuvre de bienfaisance, ni d’un geste philanthropique comme tant d’autres, fut-il important, encore moins d’un don extravagant. Ce n’est non plus une sorte de nouveau plan Marshall. Nombreux sont ceux qui se sont livrés avant moi à ces passe-temps et qui le feront probablement après.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non. Cette fois, il est question d’une autre vision, celle d’agir individuellement, dans le cadre d’un programme à vocation ouvertement planétaire qui, je l’appelle de mes souhaits, ambitionne de changer pour le mieux et de manière durable la face du monde. (<span class="crb">Ovations</span>) Les actions seront purement linéaires. J’ai conçu un système de ciblage précis et de répartition directe qui seront assurés par mes effectifs. De même, le suivi sera constant, de telle sorte qu’il sera possible à tout instant d’observer et d’examiner les résultats avec une efficacité parfaite, pour en tirer des conclusions pertinentes aptes d’ajuster ce programme selon des besoins réels, en temps réel, dans des lieux réels et en tenant compte de circonstances réelles. Et, surtout, pour de réels destinataires. (<span class="crb">Remous, applaudissements, pause</span>)</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’adresse ce programme aux catégories de personnes mentionnées de manière exhaustive dans la brochure que vous avez pu découvrir sur la table devant votre siège. Il est lancé à l’issue même de cette réunion, à hauteur de (<span class="crb">Lentement</span>) 472.79… milliards de dollars. (<span class="crb">Long silence, trop long</span>) 473 milliards donc. (<span class="crb">Pause, remous croissant suivi d’un tonnerre d’applaudissements, acclamations fracassantes, ovations, dans un mélange babylonien, le tout s’atténuant difficilement, après de très longues minutes</span>) Merci. Merci. Je vous remercie. Cette somme donc sera…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour commencer, ce montant sera partagé à 100% selon une clé de répartition que nous avons élaboré suite à l’examen minutieux des éléments présentés, qui sont aussi listés dans la brochure. J’ai prévu que le travail de distribution puisse être achevé dans un intervalle de huit semaines. (<span class="crb">Remous, murmures, applaudissement</span>) Comme déjà expliqué, en fonction de l’efficacité des résultats obtenus, je… nous jugerons si et comment cette action pourra continuer. (<span class="crb">Applaudissements</span>) Une dernière précision peut-être : sera au bénéfice de ce programme un nombre d’individus estimé aujourd’hui à 4.907 milliards. Merci de votre attention. Des questions ?»</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">– (<span class="crb">Une année plus tard</span>) Alors ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– (<span class="crb">Légère courbette. Ensuite avec aplomb:</span>) Oui. Voici la situation. Le montant par tête revient à 96.35 USD. Le total effectivement distribué s’élève à 472.789450 milliards. Le disponible est de 550074.70 USD, bien sûr sans les frais opérationnels. Et voici les pour-cent d’utilisation du montant par les bénéficiaires, en moyenne uniformément répartie, vous avez ici le détail :</p>



<p class="wp-block-paragraph">3.68% Acquittement de dettes volantes inférieures à 10 jours</p>



<p class="wp-block-paragraph">3.67% Aliments, boissons (présence d’alcool inférieure à 3%)</p>



<p class="wp-block-paragraph">1.01% Biens ménagers, habillement, chaussures, hygiène</p>



<p class="wp-block-paragraph">4.52% Boissons (présence d’alcool supérieure à 39%)</p>



<p class="wp-block-paragraph">13.08% Commissions (administration, justice, police, école, etc)</p>



<p class="wp-block-paragraph">5.30% Dépenses courantes hormis celles des autres rubriques</p>



<p class="wp-block-paragraph">0.02% Divers</p>



<p class="wp-block-paragraph">0.14% Épargne intégrale</p>



<p class="wp-block-paragraph">0.37% Épargne partielle</p>



<p class="wp-block-paragraph">24.38% Frais de transport, sans égard aux issues</p>



<p class="wp-block-paragraph">9.36% Indéterminé, perdu, égaré, non déclaré</p>



<p class="wp-block-paragraph">7.84% Jeux d’argents, paris, indépendamment des résultats</p>



<p class="wp-block-paragraph">2.11% Paiement partiel de dettes fermes supérieures à 11 jours</p>



<p class="wp-block-paragraph">9.03% Règlement de conflits internes notamment interfamilles</p>



<p class="wp-block-paragraph">6.26% Réparations en tous genres, y compris logements</p>



<p class="wp-block-paragraph">8.11% Tabac, produits toxiques, y compris stupéfiants</p>



<p class="wp-block-paragraph">1.12% Taxes, y compris arriérés</p>



<p class="wp-block-paragraph">– J’ai compris. A part ça, maintenant quelles sont les nouvelles ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Bonnes. Sur les 917519446, les 457206882 placés ont rapporté à ce jour 13716206.45. Comme prévu, et encore mieux, grâce à l’initiative on a levé 18658382 en donations diverses pour un total de 47821433067 edc, qui ont rapporté 1195535826.65 et très vite nous connaîtrons l’impact des exonérations fiscales. Mais de loin la meilleure nouvelle est que nous nous sommes assurées les clés du marché africain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Parfait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[15 décembre 2015]</p>
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		<title>Il était une fois…</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 20 Feb 2021 15:07:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Mesdames, messieurs, chers invités, bonsoir à tous et merci de votre intérêt pour ce symposium que j’ai le plaisir d’animer et qui fait partie des “Journées de la Mémoire” organisées ici par le ICSIH. [...]</p>
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<p class="has-text-align-left wp-block-paragraph">…l’actrice de cinéma. Et l’acteur de cinéma. Ou inversement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«Bonsoir!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mesdames, messieurs, chers invités, bonsoir à tous et merci de votre intérêt pour ce symposium que j’ai le plaisir d’animer et qui fait partie des “Journées de la Mémoire” organisées ici par le ICSIH<span id="easy-footnote-226-29923" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/il-etait-une-fois/#easy-footnote-bottom-226-29923" title=" Inter-racial Center for the Safeguarding of the Intangible Heritage &amp;#8211; Centre Inter-racial pour la Sauvegarde du Patrimoine Immatériel."><sup>226</sup></a></span> Comme vous avez pu le découvrir sur le programme affiché, dans le cadre de la section consacrée à l’historique de la cinématographie, le thème de ce jour est “Il était une fois… l’actrice et l’acteur de cinéma”.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Permettez-moi de commencer par une petite anecdote qui en dit long sur ce sujet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une des singularités de ma famille est qu’autant du côté de ma mère que de mon père, mes ancêtres étaient encore assez jeunes lorsqu’ils se sont mariés. En ce temps-là, le mariage était la règle. De surcroît, ils vécurent longtemps: sur huit arrière-arrière grands parents, j’ai eu le privilège d’en connaître trois, dont notamment la grand-mère maternelle de mon père qui n’a juste pas atteint le siècle alors que j’approchais mes vingt ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Arrivé maintenant pas si loin de son âge de l’époque, je me rappelle que Mémé, qui était une adorable personne passionnée de cinématographie, me racontait parfois certaines scènes – pour moi étranges – où, au tomber du rideau d’une projection, des femmes et des hommes qui tenaient des rôles dans le film s’avançaient sur scène pour s’incliner à n’en plus finir devant un public qui applaudissait à tire-larigot. Evidemment, cela se passait à l’aube de ce que l’on appelait le septième art, à la fin du XIX<sup>e</sup> siècle donc. Je me souviens aussi que ces récits ardents trouvaient dans le jeune homme que j’étais un écho assez relatif car en effet, comment pouvais-je imaginer cela ?! Mais mon affection pour Mémé collée à la politesse triomphaient sans faute, de sorte qu’elle terminait toujours ses récits toute soulagée d’avoir pu me faire vivre un instant la fascination de sa jeunesse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec cette anecdote-là nous voici à l’aube d’une époque très lointaine où l’image qui bouge tâchait péniblement de se frayer le chemin dans un paysage culturel qui depuis l’antiquité avait été dominé dans ce secteur par le théâtre, sous toutes ses formes. Pendant ce temps, les hommes déambulaient déjà sur deux ou quatre roues plus vite qu’une calèche à cheval et un char à bœufs; de plus en plus de téméraires se lançaient dans le vide avec des appareils en bois à ailes fixes, plus lourds que l’air, qu’ils venaient de nommer “avions” en souvenir du latin <em>avis</em> (oiseau); les gens se mettaient a parler entre eux à distance; l’éclairage des places et des rues passait du gaz à l’ampoule électrique, etc. Dans tous ces domaines, et bien d’autres encore, c’était le temps des héros.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Revenons à présent à l’image en mouvement. Lorsque l’on parle de héros, l’essor de la plus formidable pépinière du genre prit très rapidement dans les salles obscures éclairées par des lanternes magiques, remplacées par des kinétoscopes puis par des caméras de projection. Quant aux courbettes en fin de séance, elles furent vite rendues caduques par la multiplication exponentielle de ces salles. Déjà à la fin de la Première Guerre mondiale, une élite d’idoles s’était ainsi formée aux Etats-Unis, près de Los Angeles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le reste ne fut qu’une conséquence logique de la fascination – si ce n’est de la magie, justement – que le film, ce dernier venu dans l’univers imaginaire de l’homme, exerça depuis son invention. Et alors que les premières créations étaient – logiquement d’ailleurs – encore tributaire du théâtre, avec des costumes, décors et une mise en scène qui sentaient le carton et la poussière, à peine cinq décennies plus tard l’on déroulait des milliers de chars, figurants, doublures et cascadeurs dans des épopées cinématographiques démesurées et désormais oubliées. C’était le triomphe du réel et de la quantité plein les yeux et à grande échelle sur des toiles blanches, les plus larges possibles. Par conséquent, les coûts de production suivirent cette direction.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est là, et c’est en partie pour cela, qu’entra en lice la technologie, et avec elle les premiers “effets spéciaux”, comme on les appela au début. L’intérêt y était double. D’une part, à travers des procédés optiques et autres machinations, on obtenait des résultats que – physiquement – l’on ne pouvait demander aux acteurs. D’autre part, on pouvait ainsi contenir le budget. Ce fut donc le début de la révolution technique qui s’installa durablement à partir des années 1960-1970 pour arriver à la maturité vingt ans plus tard avec l’intervention de l’ordinateur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est probable que dans l’ensemble, les années 1980-1990 ont marqué le sommet du “cycle de vie” du cinématographe tel qu’il fut conçu au tout début par ses éclaireurs. C’est au long de cette période-là que les actrices et les acteurs on atteint des statuts de “stars”. En réalité, ces stars étaient de vraies déités vivantes, touchant plus de vingt millions de dollars pour chaque film, aussi médiocre fut-il. Le prix d’un avion moyen-porteur de l’époque. De ses débuts timides, l’arsenal technique s’étoffa avec le IMAX, la 3D (D pour dimension) et la holographie. C’est aussi durant cette période-là que, encore logiquement, l’on a commencé à compter des budgets à trois chiffres, 100, 200… Toujours en dollars. Cette spirale vertigineuse ne pouvait continuer. Au fait, une mort rapide la guettait, et certains d’entre vous se rappellent encore le nom du bourreau: c’est la piraterie informatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A présent voyons ceci de plus près. Cent ans après les premiers films où des acteurs grimés déclamaient leurs tirades dans un univers noir et blanc de décors carton-pâte, le cinéma recevait en pleine figure la déferlante Internet, qui – ne l’oublions pas – était encore en son enfance. Enfant terrible cependant, car les effets du réseau des réseau commencèrent à se faire vite sentir. Et terribles ils furent, car les cachets des demi-dieux fondirent comme neige au soleil. D’une part. Mais d’autre part, depuis une petite vingtaine d’année, l’informatique avait fait son chemin, aussi bien dans les appareils que dans les logiciels, de telle sorte qu’au tout début du millénaire le monde put s’extasier près de dix heures devant une trilogie pseudo-médiévale mettant en scène des forêts mouvantes, des milliers de chevaux, de créatures de toutes sortes et de guerriers. Sauf que rien de tout ceci n’était réel. Les recettes de ce trio dont le coût n’avait pas atteint les 300 millions avaient en revanche dépassé dix fois le budget consenti.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce fut là une tournante. Dans une logique similaire à celle qui avait eu cours plus de trente années en arrière, l’industrie du film comprit que la riposte à la piraterie et, quelque part, sa propre survie, passaient nécessairement par l’ordinateur, les logiciels et les techniques de communication. Grâce à ces outils nouveaux, le consommateur d’images allait pouvoir découvrir, affalé dans son lit, pop-corn et bière à portée du bras, des faits et de choses non seulement absurdes physiquement, mais carrément impensables.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le spectacle fictif que nous consommons à grandes doses déjà depuis un certain temps a vu le jour ces années-là. D’abord avec une actrice virtuelle qui reçut en 2002 un rôle principal dans “S1møne”, ensuite en créant un casting d’acteurs et actrices 100% factices pour “Beowulf” en 2007 partant d’une pléiade de déités du cinéma, puis deux ans plus tard, avec “Avatar”, en réalisant des créatures imaginaires dans un monde tout aussi irréel. Il ne faut pas oublier le royaume animal fabuleux de la franchise “Jurassic”, celui fantastique des productions mettant en scène les super-héros, etc. Côté recettes, entre temps l’industrie avait enfin trouvé les moyens de fortune lui permettant de s’en sortir, du moins provisoirement: la réalité augmentée et le “streaming”.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, nombre d’entre vous savent à présent que le vrai changement de paradigme a eu lieu bien plus près de nos jours, avec l’abandon progressif, puis total, des rôles attribués aux humains. Comme tant de métiers balayés au cours de l’histoire par cette chose relative que l’on appelle “progrès”, petit à petit l’actrice et l’acteur de jadis – qualifiés désormais de réerôleur et réerôleuse – se réfugia dans des domaines parfois très éloignés de leur profession de base. Il y eut qui choisirent le sport, certains la communication, d’autres l’immobilier ou encore, pour les plus chanceux, la production. En effet et en gros, sur l’ensemble des métiers du cinéma, ce sont bien les producteurs qui semblent sauver encore la face du 7<sup>ème</sup> art d’origine, car si pour l’instant les metteurs en scène comme les scénaristes gardent encore leurs emplois, des exemples existent déjà où l’intelligence artificielle dirige les films et réalise les scripts à force d’immersion sensorielle totale, comme dans le récent “Droocky revient” que vous êtes certainement nombreux à avoir applaudi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi va la vie, réelle et virtuelle. Evidemment, bien d’entre vous regrettant l’évaporation de ce métier, avec tout son côté naturel mais – il est vrai, aléatoire – s’en sont déjà résigné depuis un long moment. Certains s’en sont à peine aperçu. D’autres, en revanche, saluent le surplus considérable de gestes, expressions, mouvements et attitudes amenés par le tout virtuel. Comment imaginer autrement que “Le Journal d’Anne Frank”, ce poignant témoignage signé par le grand George Stevens près de huit décennies en arrière, ait pu revivre dernièrement dans le bouleversant et triomphal remake “Le récit d’un fœtus” ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ici prend fin cette incursion rapide dans l’histoire du cinéma, vue à travers ses héros et héroïnes d’autrefois. Pourtant je ne la terminerai pas sans vous adresser une invitation. Celles et ceux qui sont intéressé(e)s à se procurer comme souvenir de cette conférence une liste que j’ai dressée en ce sens, la trouveront à l’entrée de l’aula. Cette liste est bien sûr totalement subjective quand à la valeur artistique, mais aussi totalement objective – même que certainement incomplète – quand au statut mythique des noms qui en font partie et auxquels elle rend hommage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Merci beaucoup de votre aimable attention et bonne rentrée!</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ah, et quant à moi, j’ai prévu de revoir l’inoubliable Charlton Heston dans l’inégalable “Ben-Hur” réalisé en 1959 par l’unique William Wyler.»</p>



<p class="wp-block-paragraph">[5 février 2020]</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Le mystère américain</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 Jan 2021 07:26:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Je me déclare absolument impuissant pour trouver une autre explication à cet épais mystère: les États Unis d’Amérique - ceci ne peut être rien d’autre qu’un de ces nombreux miracles totalement impénétrables de la Providence. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>«Le violent assaut de ce jour contre notre Capitole, dans un effort de subjuguer la démocratie américaine par la loi de la foule, a été fomenté par le roi même, qui a utilisé la position la plus élevée dans le gouvernement de la nation pour détruire la confiance dans les élections et empoisonner le respect pour les camarades citoyens. Notre Constitution et notre pays vont surmonter cette tache et Nous, le Peuple, nous serons à nouveau de retour dans nos efforts de créer une meilleure Union, alors qu’à raison ce roi finira en homme sans pays.»</em></p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Général**** américain retraité, ancien Secrétaire à la Défense)</p>
</div></div>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>«Si seulement les États Unis voyaient ce que les États Unis font aux États Unis, alors les États Unis envahiraient illico les États Unis pour délivrer les États Unis de la tyranie infligée aux États Unis par les États Unis, restaurant ainsi immédiatement la démocratie aux États Unis.»</em></p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Anonyme, Internet)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">Je me déclare absolument impuissant pour trouver une autre explication à cet épais mystère: les États Unis d’Amérique – ceci ne peut être rien d’autre qu’un de ces nombreux miracles totalement impénétrables de la Providence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des territoires envahis durant trois siècles par les européens, puis colonisés, occupés, conquis, abritant de vieilles populations autochtones soumises, terrorisées, exterminées – tout ça on en connaît trop bien. Il y en a pléthore: l’Australie et la Nouvelle Zélande, le Canada, le Caucase avec une bonne partie de l’Asie centrale, toute l’Amérique du Sud et presque toute l’Afrique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, nulle part ailleurs l’essor de l’homme blanc, avec sa conception sur la civilisation fourrée dans la besace, ne fut si foudroyant et si extraordinaire qu’aux États Unis d’Amérique. Et de loin. À se demander comment, puisque les trois premiers exemples ci-dessus attestent d’une même prééminence anglo-saxonne qui a pris rapidement pied et définitivement le dessus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Peu importe finalement, les faits sont là et le XX<sup>e</sup> siècle a sacré cette fédération comme première force motrice mondiale, en tous les cas pour ce qui est de l’économie, du politique et du militaire, et ce au détriment des puissances d’autrefois qu’ont été le Royaume Uni, la France ou l’Espagne. Parmi d’autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Malheureusement sans qu’avec ça l’on puisse élucider la moindre tranche du mystère évoqué au début, force est-il d’admettre que nous nous trouvons là devant le “côté brillant de la monnaie”, puisque les progrès matériels enregistrés par les femmes et les hommes de ce pays durant le bref intervalle des derniers deux cent ans sont sans équivalent connu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ce jour, en chiffres absolus, l’économie des États Unis “pèse” à elle seule autant que celles des sept “poids lourds” suivants réunis (à l’exception de la Chine): Japon, Allemagne, Inde, Royaume Uni, France, Italie et Brésil. Ou, si l’on veut, autant que l’ensemble des cinquante pays qui ferment ce même classement. Cerise sur le gâteau, la monnaie américaine est la première référence mondiale en la matière et domine – logiquement, j’imagine – les échanges internationaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le politique maintenant. Leur élite est la plus notoire au monde. À force de la voir défiler constamment dans les médias, on connaît par leurs noms et prénoms un nombre impressionnant de ministres, sénateurs, députés, directeurs d’agences-clé et militaires de ce pays qui en fait n’est pas le nôtre. Inutile d’essayer le même exercice dans le cas du Japon, de l’Allemagne ou du Brésil. Dans la foulée, leurs élections parlementaire et présidentielle, dont le rythme est aussi connu par cœur, n’ont rien à voir avec celle de l’Inde, du Canada ou de l’Italie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je choisis de sauter le militaire puisque avec environ 40% des dépenses mondiales dans le domaine, équivalant ceux cumulés des dix pays qui lui suivent dans la liste, le sujet est consommé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nul doute possible: sur tous ces aspects, les États Unis d’Amérique sont le chef d’orchestre d’une bonne partie de la vie de la planète; c’est sa baguette qui donne le <em>LA</em>. En face, seule la Chine s’oppose dans ce qui peu à peu est devenu un duopole mondial de puissance. Mais cette dernière a de quoi, puisqu’elle a les moyens, et il s’agit ici d’un autre miracle impénétrable bondi du Moyen Âge directement dans le post-industriel en à peine une génération, au rythme des congrès du parti communiste, unique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À présent roulez tambours ! Forts de ce rôle, les États Unis se sont progressivement proclamés modèle universel pour la démocratie et les libertés, premier et ultime bastion devant toute convulsion totalitaire dans le monde. Je dis bien <em>forts de cette position</em>, puisque d’autre pays majeurs se targuent d’occuper la même place et qu’en réalité c’est bien l’Inde qui devrait porter le titre de première démocratie mondiale, si ce n’est qu’eu égard le nombre d’habitants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’était donc là le côté brillant de la monnaie. Mais trêve de rêves. Le revers – sombre, sale et gluant – est lui tout aussi fourni.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’évoquais le Moyen Âge dans le cas de la Chine. Néanmoins c’est également valable pour les États Unis d’Amérique. À cela, plein de raisons dans plein de domaines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Revenons au politique. Depuis cent cinquante ans, seules deux monarchies se disputent – à forces relativement égales – la hégémonie sur le pays. Même qu’État dit parlementaire, les gouvernements – successifs, alternatifs – ne reflètent en rien cette réalité puisqu’ils sont nommés en totalité par le roi. Dans les faits, il s’agit de la version mise à jour de la “<em>curia regis</em>”, soit le conseil royal ou la cour du roi, une institution qui vient de fêter ses mille ans d’âge.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et le roi ? Eh bien, lui, il est l’État. L’État c’est lui. Ses prérogatives sont totales. Ou presque. Il est le Chef de l’État, le Premier Ministre et le Commandant Suprême des Armées. En tant que tel, son doigt repose sur le bouton rouge qui peut éteindre la vie sur le globe. Et il a aussi un lieutenant symbolique comme chef du Sénat. Seul bémol: son règne est limité à huit ans. En revanche, pendant cette période, non seulement qu’il peut promouvoir ou bloquer ce qui bon lui semble: il peut s’opposer et rendre caduque toute décision du parlement. Mais surtout, en pratique, il est indéboulonnable. <span id="easy-footnote-227-948" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-mystere-americain/#easy-footnote-bottom-227-948" title=" J’ai choisi à dessein de ne pas m’attarder ici sur les particularités uniques qui propulsent un citoyen lambda sur le trône royal. Elles sont incroyables, incompréhensibles, invraisemblables, inconcevables, inimaginables, insuppo&amp;#8230;"><sup>227</sup></a></span>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, comparé à la démagogie, le politique passe encore. Car il faut savoir, ou se souvenir, que les États Unis d’Amérique furent le théâtre de cet extraordinaire et tant controversé moment d’il y a bientôt vingt ans en arrière; qu’elles sont la source de globalisation arbitraire du terrorisme en tant qu’étiquette et concept, le terrain des plus nombreux massacres par et entre les civils, les apôtres de la désinformation, le laboratoire de la torture au nom de la sécurité nationale, le berceau des lois répressives dites “Patriot”, les champions des infiltrations et des coups d’état&nbsp; aléatoires destinés à instaurer ou maintenir leur propre définition de la démocratie, les auteurs de ce “politiquement correct” si inepte, comme des plus halucinantes platitudes qui se diffusent à la vitesse de la lumière à travers leurs réseaux sociaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pour retourner au Moyen Âge américain, nous avons ici à profusion le racisme, l’exclusion sociale, <s>l’allocation de chômage</s>,&nbsp; <s>l’accès à l’éducation,</s> <s>l’accès aux soins</s>, le sexisme, la homophobie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout cela est connu. Plus ou moins. Au moins on le soupçonnait. Au plus on s’en accommodait. Tout cela jusqu’au soir (en Europe) du 6 janvier 2021. Celui de l’Épiphanie…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hier soir, les États Unis d’Amérique ont brusquement tourné la page de leur quasi suprématie et en à peine quelques heures ont effectué le plus hardi bond en arrière depuis le grandiose bond en avant sur la Lune du légendaire Neil Armstrong.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hier soir, par son porte-drapeau royal, à la lumière du jour, à celle des téléphones portables et pour finir à celle des réverbères, le pays a dévoilé toute sa nullité inutilement cachée: son acrimonie, sa lâcheté, sa perversité, son obscurantisme, sa stupidité, son arrogance, sa petitesse, son cynisme, son primitivisme, son…, sa…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hier soir, le monde tétanisé aurait voulu revoir à l’ouvrage la Garde Nationale calmement mais fermement déployée sur les marches du Capitole, comme elle l’avait fait à peine six mois plus tôt face au protestataires de Black Lives Matter suite au meurtre de George Floyd. Mais à la place… Enfin, tout un chacun a vu les vraies images de ce soir-là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De hier soir, 13 soirs avant de s’éteindre dans la nuit de l’histoire, le 45<sup>e</sup> roi des États Unis d’Amérique en fit le point d’orgue de sa domination au mieux incohérente, clairement lunatique, au pire criminelle. Criminelle pour avoir – je dirais – parachevé une fracture de la nation dont ses prédécesseurs s’en sont occupés. Pour avoir, chaque jour de ses 1500 de règne sans partage, sistématiquement et ostensiblement mis ses lubies avant le bien du peuple.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hier soir, durant seulement quelques heures suivies de seulement quelques autres heures qui s’étaleront sur des années, porté à bouts de bras par son roi et ses sujets, le moteur économique, politique et militaire de la planète, l’État démocratiquement velléitaire et en même temps vigoureusement discriminatoire se grippa, pour ensuite s’effondrer à l’état tribal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ce n’est pas fini. Une fois l’ordre élémentaire rétabli, les scènes de chaos seront suivies par des questions, puis – probablement – par des investigations. Qui a été le meneur ? Qui a fait quoi ? Et pourquoi ? Qui n’a pas fait ce qu’il aurait dû faire ? Qui a donné tel ordre ? Qui s’est esquivé ? Et pourquoi ? Etc…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puis, petit à petit, à force d’auditions et d’interrogatoires, de comités et de commissions, tout ou presque s’estompera. Et les États Unis continueront comme avant de faire tourner la machine économique, politique et militaire de la planète en tant qu’État démocratiquement velléitaire et toujours vigoureusement discriminatoire, cette fois sous l’égide d’un autre ancien maraudeur baroudeur et nouveau roi.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme je le disais donc: les États Unis d’Amérique – clairement ça ne peut être autre chose qu’un de ces nombreux miracles totalement impénétrables de la Providence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[7 janvier 2021]</p>
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		<title>Savoir et connaissances</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 Jan 2021 00:27:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À vol d’oiseau, le savoir se vulgarise. Il est le fruit toujours plus de la curiosité et toujours moins de la soif d’apprendre, du désir de se sublimer par l’initiation. Ce savoir-là est à présent au bout d’un seul clic. [...]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right has-normal-font-size wp-block-paragraph"><em>« Un homme va au Savoir comme il part pour la guerre.<br>Bien réveillé, avec de la peur, du respect et une assurance absolue. »</em></p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="font-size:15px">(Carlos Castaneda, 1925 – 1998)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">À vol d’oiseau, le savoir se vulgarise. Il est le fruit toujours plus de la curiosité et toujours moins de la soif d’apprendre, du désir de se sublimer par l’initiation. Ce savoir-là est à présent au bout d’un seul clic. Les cénacles ont disparu. En Occident, n’importe qui sait aujourd’hui presque rien sur à peu près tout. Si dans le monde des foyers de réflexion demeurent, ce n’est pas au mont Athos qu’on va volontiers s’y abreuver. Pour cela il y a une foule de substituts : colloques, séminaires, clubs, symposiums, congrès, stages, cercles, forums, téléconférences, thérapies collectives, sans oublier le chat. Les temps sont au savoir partagé. Peu importe ce savoir, qui le reçoit et qu’est-ce qu’on en fait. Les temps sont aussi à la spontanéité. Des groupes volatils de réflexion se font et se défont au gré des situations. Le temps du sage est passé, comme, forcément, celui du disciple. Le cas de Jiddu Krishnamurti est isolé, et il n’y aura vraisemblablement plus un autre Aristote.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>L’accès au savoir se généralise aussi, s’accélère et se simplifie. Une aire de plus en plus vaste se laisse découvrir, tandis qu’il est possible de sonder de plus en plus facilement les profondeurs de l’histoire. Depuis l’invention de l’imprimerie, le saut de l’homme vers la connaissance n’a jamais été si vertigineux. Du temps de Gutenberg, il fut linéaire. De nos jours, grâce à Internet, aux télécoms et aux moyens de transport, il est fulgurant. J’imagine l’enthousiasme d’un Ulysse, d’un Marco Polo ou d’un David Livingstone si, de leurs temps respectifs, pour les besoins de leurs voyages, ils avaient pu avoir recours au GPS et s’ils avaient pu recevoir des réactions à leurs découvertes en direct via GPRS.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Mais tous ces avantages, ces gains formidables, sont mal gérés, mal apprivoisés, mal utilisés.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>À l’heure actuelle, il semblerait que dans le pays technologiquement le plus avancé du monde « quarante-quatre millions de personnes ne savent pratiquement pas lire, et près de deux cents millions savent lire, mais ne lisent probablement jamais ».<span id="easy-footnote-228-938" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/savoir-et-connaissances/#easy-footnote-bottom-228-938" title=" C’est l’Américain Michael Moore qui le dit dans ‹ Mike contre-attaque ! Bienvenue aux États Stupides d’Amérique ›, La Découverte, Paris, 2002."><sup>228</sup></a></span> Si c’est vrai, il s’agit de 87 % de la population du pays, enfants de moins de 7 ans compris, ce que je trouve un peu exagéré, mais vrais ou pas, ces propos ont la qualité de souligner un autre aspect, beaucoup plus important : savoir et connaissances ne se confondent pas. Au contraire, leurs cheminements, leurs natures et leurs attributs sont bien distincts. Intéressant : c’est une distinction d’une nature similaire que Vladimir Volkoff observe entre les notions de royauté et de monarchie.<span id="easy-footnote-229-938" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/savoir-et-connaissances/#easy-footnote-bottom-229-938" title="‹ Du Roi›, Julliard/L’Âge d’Homme, 1987."><sup>229</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>La première notion est totalement indépendante de l’outillage disponible. Unique, elle dépend en revanche d’un acquis certain, stable et d’un certain niveau. Elle s’obtient, mais seulement en allant la chercher avec ténacité, sincérité et – surtout – humilité. Et rien n’est moins sûr que de l’obtenir, car elle se mérite. La plupart du temps, cette quête est solitaire. En général, elle passe par l’écoute du maître, la méditation, la contemplation, mais aussi par la lecture. L’écoulement du temps n’a pas grande influence sur celui qui s’y soumet. Souvent, elle n’aboutit pas, ce qui veut dire que, du moins en principe, elle est réservée à quelques-uns.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>La deuxième notion dépend des moyens mis en œuvre. Multiple, elle ne se fait pas trop de bile pour sa propre substance et pour la constance de ce qu’elle véhicule. L’incertitude fait partie de sa nature. Avec elle, tout peut être remis en cause. Ainsi, ce qu’elle dispense, c’est plutôt un ordonnancement mental. Bon ou mauvais, à prendre ou à laisser. C’est ce que fait l’école. L’exercice est impératif dans ce secteur. Apprendre n’est pas comprendre, et comme la performance joue un rôle essentiel, tous les procédés sont bons – audiovisuels, pédagogiques, ludiques, etc. Ce qui signifie qu’elle s’adresse à la multitude.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Les rapports entre les deux ne sont pas évidents. Celui qui aura accédé au savoir sera peut-être dans l’ignorance la plus totale sur une quantité de choses constituant le b.a.-ba de la culture générale pour celui qui aura appris beaucoup de connaissances dans un domaine précis, et à plus forte raison dans plusieurs domaines des plus divers. Inversement, celui qui aura appris un certain nombre de choses n’aura peut-être pas la moindre idée de la distance qui le sépare du vrai savoir. Mais aussi, peut-être que toutes ces connaissances ne sont que des broutilles aux yeux du sage. De même que, pour le spécialiste ou le généraliste, la possession des connaissances ne fournit certes pas un visa pour le savoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Sous cette lumière, l’histoire du devenir de l’homme se relativise. Tout comme les critères de jugement sur l’état de réveil et le degré d’élévation d’une société quelconque. Lorsqu’on distingue entre ces deux parcours – c’est-à-dire quand on sépare la voie verticale du savoir (vers le soi intérieur et vers l’absolu extérieur) et la marche horizontale en avant des connaissances (vers l’acquisition, le stockage et l’exploitation de données diverses) -, les conclusions sont surprenantes. À partir de là, pour prendre deux exemples que presque tout oppose (les États-Unis et l’Inde), peu importe que, théoriquement, le rapport des taux d’alphabétisation et celui des taux de scolarisation soit d’environ 2 pour 1.<span id="easy-footnote-230-938" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/savoir-et-connaissances/#easy-footnote-bottom-230-938" title=" ‹ Annuaire économique géopolitique mondial ›, La Découverte, 2002."><sup>230</sup></a></span> Peu importe aussi que les rapports des nombres de postes de télévision et de connexions Internet soient de 13 pour 1 et respectivement de 60 pour 1.<span id="easy-footnote-231-938" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/savoir-et-connaissances/#easy-footnote-bottom-231-938" title=" cia.gov/cia/publications/factbook/index.html."><sup>231</sup></a></span> En réalité, la quête du Savoir sur la voie de la sublimation n’a cure de ces paramètres statistiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Dieu merci !</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>[24 novembre 2003]</p>
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		<title>Les AMES</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/fiction/les-ames/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 Jan 2021 11:36:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au sortir du noir sombre, l’obscure et froide forêt - brrrrr ! est brusquement derrière. Le brouillard trouble et sirupeux est largué pour finir, alors que…<br />
…une échappée lumineuse s’installe doucement. Jaune, olive, bleu, des tas de bleu, ci un peu de blanc, là des touches de violet. Un éclat de lait gagne le champ, tel l’immense voile du vaisseau qui s’estompe au loin. [...]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Au sortir du noir sombre, l’obscure et froide forêt – brrrrr ! est brusquement derrière. Le brouillard trouble et sirupeux est largué pour finir, alors que…</p>



<p class="wp-block-paragraph">…une échappée lumineuse s’installe doucement. Jaune, olive, bleu, des tas de bleu, ci un peu de blanc, là des touches de violet. Un éclat de lait gagne le champ, tel l’immense voile du vaisseau qui s’estompe au loin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est béat, c’est plus que beau, puisqu’en plus c’est doux. Ce matin, les vagues tièdes d’un vent jeune ondulent les feuilles des vignes. Et c’est aussi musical. Des sons pullulent et voltent dans tous les sens, dans toutes les gammes, se diluent, volettent, s’assemblent, balancent, se jettent et se dissipent dans une joyeuse polyphonie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les solistes sont de mini oiseaux diaphanes. Ils sautillent de tiges en feuilles, s’envolent, se posent, voltigent et slaloment en évitant les boules lilas de coton qui s’écoulent joliment du… Ciel !!! En fait ce ne sont point de mini oiseaux diaphanes, mais bien COMME de mini oiseaux diaphanes, sauf qu’ils ont un long nez ! Sans aucun doute, ce sont donc les minuscules et justement fameux éléphants poilus des glaces. Avec des ailes à la place des pavillons et une patte de moineau, une seule. Ce qu’ils sont mignons, avec les belles toisons mauve et beige qui tiennent chaud, d’autant plus que la neige est à foison cet été ! Mais ces bestioles volent comme elles veulent, et sans une bonne dose d’attention on ne les voit même pas quand ils tombent en piqué et tapent le visage comme les abeilles qui cognent follement dans la glace.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sinon, le champ est vide d’animaux, mais pas d’enfants. Ils viennent et s’en vont dans la discipline. C’est un bouillonnement vivace de gamins et de fillettes, tous et toutes s’adonnant aux activités les plus communes. Il y a celles et ceux qui se dépêchent à la maison avec les achats, les nounous qui soignent les bébés, ceux occupés aux jeu, il y a les élèves, les vendeuses, les mécaniciens, les cosméticiennes, les cyclistes, les comédiens, les enseignantes, les médecins, les paysans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout ce monde unique d’essences suaves, de gazouillis symphonique et de tons pastel, toute cette population d’éléphanteaux volants et de mouflets occupés, tout cela a un goût de pas possible. Si seulement. Mais plus loin, des papillons épanouis s’amusent en chevauchant au dos de ces nanomouths<span id="easy-footnote-232-931" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/les-ames/#easy-footnote-bottom-232-931" title=" Petit mammifère proboscidien et volant de la famille des microchiroptères."><sup>232</sup></a></span>. A qui mieux-mieux, des clans d’abeilles zélées s’agitent à l’édification d’une flopée de bâtiments à la fois : maisons, hôpital, cinéma, écoles, piscine. C’est fou ! Et c’est à cet instant-là même que du haut des collines montent les flèches du château. Que de l’onyx ! Pas que les flèches, tout le château, s’il vous plaît ! Eh bien, ça, ce n’est pas chaque nuit qu’on en voit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Du coup, la neige stoppe, mais il pleut. Peu. Goutte à goutte, sauf que chaque goutte a la dimension d’un ballon de foot. Elles planent et dansent dans le calme puis, à la fin, pile au-dessus de la pelouse, elles changent d’aspect. Avec les deux fines jambes qui en avaient poussé, elles se posent gentiment dans le gazon, s’unissent dans une espèce de colonne de globules et se dépêchent toutes du côté de la vallée, ensuite de quoi on ne les voit plus. Qu’est-ce que c’est que… ?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oups ! Une gamine juste devant, immobile, fait le pot à deux anses. Visage enjoué, longs cheveux blonds, bouclés, de beaux yeux d’opale pleins de joie sous de longs cils, taches de son dans les joues, nez camus, bouche pêche dodue, blouse cyclamen en lin à manches bouffantes et boutons bombés, jupe de soie topaze moucheté, bas kaki de soldat, bottillons blancs en peau de phoque. Six-sept ans d’âge, maximum. Une angelette, quoi ! Elle : «Tu as besoin d’aide ?»</p>



<p class="wp-block-paragraph">– <em>(«&nbsp;Quelle idée !&nbsp;» Je m’esclaffe.)</em> Non, plutôt d’explications.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– (Elle se tient là, amène.) Oui…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Que faits tu ici ? <em>(«&nbsp;Imbécile, c’est quoi ça comme question ?!&nbsp;»)</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">– (Elle, polie et pas confondue le moins du monde.) J’habite ici… Je vis ici… Je m’occupe. Je fais plein de choses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– (Étonnement malicieux) Ah, dis-donc, mais c’est bien, ça, bien-bien. Et où est ta maman ? Et ton papa ? Où sont papy et mamy ? (<em>«&nbsp;Quelle idiotie ! A-t-on vu un seul adulte ?! Un seul !&nbsp;»</em> Mais tout cela me semble à ce point-là hallucinant que je m’accepte quelques faiblesses. )</p>



<p class="wp-block-paragraph">– (Elle, ébahie et muette, les yeux immenses) …</p>



<p class="wp-block-paragraph">– (Pff… L’insistance est inutile dans cette voie, sans aucun doute) Bon, mais dis, qu’est-ce que tu fais… maintenant ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– (Elle, à nouveau aimable et appliquée, débite pendant une minute, méticuleusement et à la vitesse d’une comète) Ah, oui, mainte…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …et demain ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …tenant je discute avec toi, mais pas longtemps. Bientôt il faut que je m’en aille. Les cochons ont besoin de moi, c’est moi qui les soigne. (Elle fait un signe timide, comme si elle s’excusait : un cochonnet tout chou, tacheté à la dalmatienne, s’ébat et piaule dans une touffe, à ses pieds.) Le matin ils ont faim. Ils boivent du lait. <em>(«&nbsp;Ah…&nbsp;»)</em> Et ils n’aiment pas qu’on les laisse seuls, voilà. <em>(«&nbsp;Evidemment…&nbsp;»)</em> Ensuite il y a une copine à moi que j’aide aux leçons de solfège. Le chant c’est ma spécialité. Puis vite à l’école. <em>(«&nbsp;A cet âge ?!&nbsp;»)</em> J’enseigne un temps la chimie et la physique. <em>(«&nbsp;Quoi ?! Non-non, elle plaisante…&nbsp;»)</em> Un peu de biologie. <em>(«&nbsp;Ah, oui…&nbsp;»)</em> A la fin, à l’école je donne un coup de main à ceux qui sont au champ de patates. C’est à côté. Et à la plantation. C’est à côté d’à côté. Je cueillis aussi des pommes. C’est la saison. <em>(«&nbsp;Logique…&nbsp;»)</em> A midi, on mange avec les plus petits. <em>(«&nbsp;Plus petits que toi ?! Et c’est qui ce ‘on’ ?&nbsp;»)</em> Dans la colonie, on est quelques amis qui les aidons à la cantine. Quand nous avons le temps, nous aidons aussi ceux qui sont malades, ou qui ont eu moins de chance. (<em>«&nbsp;Chance ?…&nbsp;»</em> Les mots qui s’élancent de sa bouche sont comme des notes : mi, fa, sol, si. <em>«&nbsp;Cool.&nbsp;»</em>) Puis on fait tous la queue à la visite médicale (Petite feinte d’ennui badin. <em>«&nbsp;Tiens donc, tout n’est pas joli-joli ici…&nbsp;»</em>) Il le faut… <em>(«&nbsp;Absolument…&nbsp;»)</em> Ensuite je m’en vais en bateau à la messe, c’est à côté du château. <em>(«&nbsp;Ah, c’est ça, ils ont aussi une église !!! Mais qui est-ce l’officiant en couche-culottes ?!&nbsp;»)</em> Quand c’est fini, il ne faut pas que j’oublie l’eau des ficus. <em>(«&nbsp;Bien entendu, n’est-ce pas ?!…&nbsp;»)</em> Et de nouveau je me dépêche en bateau au palais des sciences : <em>(«&nbsp;!!!&nbsp;»)</em> j’étudie les maths, j’aime beaucoup ça ! <em>(«&nbsp;Voyons, c’est évident, inacceptable omission !…&nbsp;»)</em> Ensuite, au soleil couchant, j’appelle vite les lapins et je jette un coup d’œil s’ils sont tous là et en bonne santé. <em>(«&nbsp;Sans blague…&nbsp;»)</em> Si l’un d’eux manque ou qu’il n’est pas bien, il faut que je m’en occupe. <em>(«&nbsp;Que ça donc ? Que des cochons et des lapins ? Et les biquets, les oiseaux, les minets, les nanomouths ?…&nbsp;»)</em> Puis c’est le moment quand nous, les enfants, on s’échange plein de choses : habits, jouets, légos, poupées, autos, dessins, et on joue au saute-mouton. <em>(«&nbsp;!…&nbsp;»)</em> A la fin on fait la fête, on chante, on danse, on s’amuse. Ici, chez nous, chacun fait ce qu’il veut. <em>(«&nbsp;La veine, quoi ! Incontestablement…&nbsp;»)</em> Mais aussi ce qu’il y a besoin. <em>(«&nbsp;Allez, sans blague…&nbsp;»)</em> Et quand vient la nuit, je finis chez moi à la maison. Là, j’ai plein de choses qui m’attendent. Et avant le dodo, je lis un peu. De la philo. <em>(«&nbsp;Eh bien, celle-là… N’empêche, ça fait quand même pas mal d’occupations, semble-t-il…&nbsp;»)</em> A chaque nuit suffit sa joie ! <em>(«&nbsp;hein ?!…&nbsp;»)</em>Voilà, c’est tout.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis sans un mot d’adieu, elle s’efface délicatement dans le vent, de la même façon dont elle s’était dévoilée. « Hé ! Hééé ! Attends ! Où est tu ?! Combien vous êtes ? Et demain ? Att… ! » C’est l’excitation la plus absolue. En vain. Aussitôt, une panique envahit la pelouse. Tout le monde se demande : comment s’appelle-t-elle, la fille-là ?! Mais bon sang, en fin de compte où en est-on exactement ici ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bingbangbong !! Quoi ?! Déjà le matin ?! Je saute du lit, hébété.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le soleil inonde l’œil-de-bœuf de ma pièce. Je me pince et je m’avance à tâtons, extasié et un peu inquiet. En bas, sous un long panneau suspendu que le fœhn balance doucement, moue joviale et dos collé à un bouleau, la gosse me fixe. Au panneau, en dix langues – japonais, chinois, italien, hindi, allemand, anglais, slavon, espagnol, swahili, plus le mien, je lis, stupéfait :</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bienvenue aux ALLIANCES MONDIALES DES ENFANTS SAGES.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[17 septembre 2017]</p>
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		<title>Les 201 nuits de Cheikh Chaeh Rhass-Hadd</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 03 Dec 2020 17:17:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il était une fois un bon Cheikh avec une longue barbe et de larges habits vêtu qui depuis longtemps régnait en paix sur son petit et riche pays. [...]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Il était une fois un bon Cheikh avec une longue barbe et de larges habits vêtu qui depuis longtemps régnait en paix sur son petit et riche pays. Comme il aimait beaucoup ses sujets, dès qu’une occasion pondait – une cérémonie, une réussite, un jubilé, une fête – il leur offrait moult faveurs. C’est pourquoi les sujets adoraient leur souverain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi, étaient-ils heureux, les uns comme les autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Afin de veiller aux petits soins sur leurs chéris, les familles s’entouraient de massives nourrices aux tresses d’or et joues roses, potelées et avec de grosses poitrines. Plus tard, les garçons et les filles, mais en premier lieu les garçons, étaient élevés au foyer par d’éminents maîtres issus de prestigieuses lignées étrangères. Ensuite, ils s’envolaient s’épanouir dans les plus illustres académies d’outre-mer. Rentrés au bercail après avoir acquis l’excellence – qui dans les sciences, qui dans les arts, qui dans l’usure, qui dans le négoce – ils se rangeaient derrière leurs pères, grands-pères ou arrière-grands-pères pour assurer la prospérité de leurs différents commerces.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi, étaient-ils heureux, les jeunes comme les moins jeunes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour leur part, les filles étaient préparées à devenir les meilleures épouses et mères, elles aussi dans les écoles les plus renommées au monde, ou alors à la maison, par de sobres et zélées institutrices. Tisser, broder, crocheter, lire, chanter, s’habiller avec goût – ces aptitudes n’étaient qu’une partie du savoir-faire qu’elles allaient par la suite devoir à leurs époux. Mais c’est avant tout sur les preuves de sagesse et de retenue qu’elles étaient jugées à la fin de leur éducation. ‘Une bonne épouse tranquille et fidèle rendra son époux content et fier, de sorte qu’à son tour il pourra la combler’, sonnait l’enseignement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi, allaient-elles être heureuses, les unes comme les autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur ces entrefaites, leurs familles nombreuses prenaient du bon temps aux quatre coins du monde. Plus que tout, elles aimaient aller en vadrouille à travers les grandes cités, dorer au bord de l’eau ou s’aérer dans les bois des montagnes, pour la plus grande joie des aubergistes, carrossiers et orfèvres. Il faut dire que réunis à dix, vingt, parfois cinquante et même plus, leurs pèlerinages remplissaient partout les coffres de vendeurs qui les attendaient à portes ouvertes, alors que les bourses des pérégrins souffraient à peine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi, étaient-ils heureux, les uns comme les autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De toutes et tous, le plus heureux restait à tout de même le bon vieux Cheikh. À raison. C’est lui seul qui avait pouvoir – bon, sa famille aussi – sur toutes les grandes richesses de la terre, du sous terre, de l’eau et de l’air. Alors qu’à longueur d’années il faisait plutôt chaud dans son royaume, le magnifique palais de mille pièces jouissait de l’air frais de jour comme de nuit. Tellement avait-il aimé ce nouveau jouet, qu’il en avait fait don à tout son peuple. Même les chevaux dans ses écuries hennissaient à l’air frais. Et – oh, Madonna ! – il y en avait, des chevaux ! Cinq cents par ci, sept cents par là, mille dans un box séparé, des noirs, des rouges, des blancs, tous brillants, tous bien nourris et lavés. C’est-à-dire que ce ne sont pas les domestiques qui manquaient pour ces besognes : ils étaient légion à quitter leurs piètres pays pour espérer une vie plus digne dans ce petit coin de paradis, fut-ce au prix d’un dur labeur et de moult privations. Il n’empêche que cela restait tout de même mieux que chez eux, car ils pouvaient au moins nourrir leurs familles laissées à la maison.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi, étaient-ils heureux, les uns comme les autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est pourtant plus le prince, le fils du Cheikh, qui méritait les honneurs de ces accomplissements. Instruit au sein des meilleures sociétés, jeune, éclairé, il avait habilement réussi à faire du règne de son père un temps de plénitude. De l’Occident en passant par l’Extrême-Orient et jusqu’aux antipodes, des savants sans nombre, des docteurs de la loi et des sciences, des hommes de l’art, des marchands de toutes sortes, ils s’empressaient tous pour faire du négoce ici, d’y ériger des bâtisses, des marchés, des hospices, de tirer des routes, de mettre des navires à l’eau, dans un vif foisonnement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et, encore une fois, étaient-ils tous heureux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’était sans compter sur le grand méchant voisin : d’un jour à l’autre il fit tarir ce bonheur. Le petit pays n’en comptait que deux, de voisins : d’abord, au-delà du désert de pierre s’étendait le vaste et fade royaume de son beau-frère. Ils vivaient en bons semblables. Quand le bon Roi se dérangeait avec sa suite chez le Cheikh, ils jouissaient tous de l’air frais. Et quand le Cheikh avec sa famille se dérangeait à la cour du roi, c’était surtout pour écouter tous des histoires sous les palmiers. De ce côté-là, il n’y avait pas de danger.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le danger venait de l’autre voisin. Opposé au pays du roi, il y avait l’étendue nue de l’épouvantable Ogre. Plus d’une fois avait-il menacé le bon Cheikh, hurlant, grondant, rugissant. Jamais pourtant n’avait-il osé vraiment lui faire du mal. Entre-temps, dans sa propre contrée, il s’était rabattu sur les pauvres indigènes dont il était devenu le pire cauchemar. Malheur au bougre qui se serait retrouvé seul en plein champ à la tombée de la nuit : il pouvait disparaître prestement dans la gueule béante du géant. D’ailleurs, en quête d’une vie normale, ou simplement de vie, une bonne partie de la populace avait fui ces terres pour se réfugier justement au pays du Cheikh voisin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors ce jour d’été-là, ou plutôt cette nuit-là, après une longue agitation, celui-ci trouvait enfin un peu de sommeil. Soudain, un sombre rêve le saisit. Il se faisait qu’une cascade de cavaliers sans tête surgissait de partout, de la terre, des airs, et se lançait vers son palais soulevant des vagues de poussière et de sang. Des étalons noirs, de leurs sabots arrachaient la pierraille au rythme des cravaches qui arrachaient leur peau, et un nuage d’aigles d’un autre temps, avec des ailes énormes, arrachait les vagues de la mer. Un passage de cet ouragan et le palais était soufflé. Lorsque la poussière retombait, derrière il ne voyait plus que de la terre sèche, alors qu’à l’horizon les montagnes se mettaient à bouger et de leur danse se levait le corps fumant, sans forme et sans fin de l’Ogre mugissant tel le tonnerre. Là, Cheikh Ras-Hadd se réveilla comme frappé par la foudre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plusieurs battements de cœur plus tard il comprit : cela n’avait pas été un rêve. En vérité le monstre venait-il de tomber comme la foudre sur son petit pays tout entier. En vérité était-il en train d’envahir cités, villages, maisons et bientôt jusqu’à son palais. Que lui opposer ? Ses maigres forces ? A l’image de son souverain, le peuple était doux. La garde ayant déjà pris ses jambes à son cou, il décida d’en faire de même. Il saisit en un tournemain sa famille et ses quelques plus fidèles domestiques et s’éclipsa vers le royaume voisin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les jours et les nuits passaient. Déversant ses hordes, le monstre avait mis à feu et à sang le petit pays du bon Cheikh. Les barbares abusaient les vierges et tuaient pour le plaisir. Et lui se morfondait chez son beau-frère. Mais pendant ce temps, aux quatre coins du monde, la sauvagerie n’avait laissé personne impassible. Soudain, d’abord des pays voisins, ensuite de plus loin encore, et jusqu’aux territoires les plus reculés, les appuis commencèrent d’affluer. Très vite, l’immense plaine ombragée qui s’étendait devant le palais du Roi était devenue trop exiguë pour accueillir tout ce monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Etaient là les mille archers roux de l’île Blanche, la cohorte de mamelouks tannés des côtes de Barbarie, les amazones en feu des Terres Saintes, les dix mousquetaires ayant fait le long chemin depuis les Cimes d’Airain, les douze grands elfes de Oual-Hallaa avec leurs jumeaux les zwölfs blonds des Montagnes d’Ailleurs et l’armée d’hommes rouges venus de la Terre Neuve. Petits, jaunes, sans yeux, les hommes-sabre fourmillaient là aussi, comme d’ailleurs les braves grenadiers de l’Entre-deux-Mondes, les deux cents casqués arrivés ni plus ni moins que depuis les steppes d’outre-mer, ainsi que les vaillants zouaves du Roi même. D’autres encore étaient en marche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais la puissance de cette multitude serait restée presque vaine sans la force de frappe réunie des machines de guerre que les uns et les autres tiraient avec eux, et sans la quantité de canons embarqués sur les cent galions qui recouvraient la mer. Tous étaient venus à l’appel du Cheikh et au son du cor royal, passés de cités en collines, de collines en montagnes et de montagnes en navires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A leur tête à tous, le chevalier Tête-Noire, le Prince Charmant, sur sa jument blanche neige, mante dorée couvrant son torse bronzé. C’est sur lui que reposaient les maigres espoirs du Cheikh. Qui comptait les jours. Et il les comptait. Et surtout les nuits, où il n’arrivait pas à fermer l’œil. Et il les comptait, le Cheikh. Mettre au pas cette foule bariolée demandait à la fois une grande maîtrise et une grande sagesse. C’est pourquoi il lui en fallut du temps et de la patience au commandant pour donner l’assaut sous les meilleurs auspices.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors ce jour d’hiver-là, ou plutôt cette nuit-là, pour les troupeaux de monstres du monstre l’enfer engloutit la terre. Un orage de rage et de feu croula sur le petit pays, pour ensuite rouler sur les terres de l’Ogre. Avait-il eu beau de braver Tête-Noire en agitant le spectre de la mère des batailles, de torturer des émissaires avant d’en faire charges pour le père des canons dont il menaçait de réduire en cendres le palais du Roi fade et les autres palais des royaumes autour, jusqu’à la mer de Jade: sa parole n’avait été que piètre fanfaronnade.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bientôt, il cessa de faire peur même au Cheikh, car de ses hordes il ne restait qu’un triste souvenir et lui-même avait disparu on ne savait où. Des années durant, l’Ogre fut chassé partout, jusqu’aux tréfonds de ses grottes, bien au-delà des terres qu’il avait lâchement fuies, pour le soulagement du peuple affligé. Trompant ses poursuivants, il s’était mué en une butte de crottin que les hommes rouges – en la découvrant – n’eurent aucun mal à écraser sous leurs bottes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après 201 longues nuits à se tortiller au palais du Roi, le Cheikh pu enfin revoir sa patrie, certes, en ruines, mais lui fut acclamé par tout un peuple, ce qui remplit son cœur. Répondant à cette ferveur après si dure épreuve, il les invita tous à festoyer un mois durant. A ses frais.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">La vie reprit comme avant dans son petit pays, puis dans les grandes cités, au bord de l’eau, à la montagne, pour le plus grand bonheur de tous. Et le nôtre, qui remplissons partout, à nouveau, nos coffres vidés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A leurs frais.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[14 septembre 2017]</p>
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		<title>Bouleversations (2/2)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Nov 2020 17:19:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le travail</p>
<p>Longtemps, le sens du mot fut lié à la notion de peine, ou de souffrance. Vision passéiste que tout cela ! Depuis près de deux siècles, on s’applique à rendre le travail de moins en moins pénible et de plus en plus commode. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>« En révolution, le premier de tous les principes<br>est de diriger le mal qu’on ne saurait empêcher’ »</em></p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Honoré de Balzac, 1799 – 1850)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors franchement, cette cause des minorités, quel gâchis incalculable !…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le travail</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">(Voltaire, 1694 – 1778, ‹ Candide ou l’optimisme › Cramer, 1759,&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Longtemps, le sens du mot fut lié à la notion de peine, ou de souffrance. Vision passéiste que tout cela ! Depuis près de deux siècles, on s’applique à rendre le travail de moins en moins pénible et de plus en plus commode. J’avoue qu’il serait quand même exagéré d’en vouloir à cette tendance. Pour autant que le résultat soit au rendez-vous, ou que le but soit atteint. En revanche, depuis peu, à nos risques et périls, consciemment ou non (qui pourrait le certifier ?), c’est le travail même que nous nous occupons à éloigner de nous. De multiples façons, par différentes voies, systématiquement. En passant, relevons là une première victoire de l’<em>hedonêos</em> (l’homme hédoniste) et de l’<em>homo ludens</em> (l’homme joueur) sur l’<em>homo faber</em> (l’homme créateur). En fait, un certain courage a depuis toujours fait partie de tout acte en soi. Aujourd’hui, la dilution progressive de la responsabilité amorce cet éloignement. Comme conséquence, ce phénomène modifie d’un coup tout un versant des relations humaines. D’une part, à l’intérieur du processus du travail déjà, il y a d’abord désertion à tous les échelons. Dans le cas d’une équipe pluridisciplinaire, s’il y a erreur, manquement ou confusion, le coupable est le partenaire, dans celui d’un collectif unitaire et stable, le collègue, voir (cas plus classique, plus facile mais plus abject aussi) le subalterne. Surtout, jamais moi. Ensuite, c’est le report des compétences, entendez le recours (devenu routinier) à l’expert et au conseiller, ces spécialistes plus qualifiés que tous, payés très cher et dont on ne peut ni veut se séparer, aussi vain soit leur apport.<span id="easy-footnote-233-908" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-2-2/#easy-footnote-bottom-233-908" title=" Là-haut sur la montagne, un berger gardait son troupeau quand, soudain, une super 4&amp;#215;4 rutilante freine devant lui dans un nuage de poussière. Jovial, un type bronzé descend, sapé comme un prince. ‘Salut, mon vieux !’, lance le type. ‘Mmm’, marmonne le berger, qui le scrute, méfiant. ‘Belle journée, hein ?’ ‘Mmm’. ‘Dis-moi, mon brave, tu dois t’ennuyer grave par ici, alors je te propose un jeu, hein ?’ ‘Mmm’. ‘Si j’te dis combien t’en as de ces moutons, tu m’en donnes un ?’ Confus, le berger balaie le type d’un long regard bourru. ‘Eh bien, l’ami ?’ Le berger, enfin : ‘Mmm’. ‘Oookay !’ s’écrie le type. Et il se rue dans sa 4&amp;#215;4, ouvre le portable, sort le mobile, allume le gps, capte le satellite Znyrck, détecte la zone, zoome sur le troupeau, lance le compilateur statistique de recensement QznX42 et, deux minutes plus tard, radieux, vers le berger qui le fixe d’un regard vide : ‘Eh, mon grand, t’as 2758 moutons, pas vrai ?!’ ‘Mmm’. ‘Bon, alors, tu me le donnes, ce mouton ?’ ‘Mmm’. Et le type se tourne vers le troupeau de moutons, en choisit un et s’en va, lorsque le berger l’arrête : « Hé, m’sieur, si j’vous dis quel est votre métier, vous me rendez l’animal ?’ ‘OK !’ s’exclama le type, amusé. ‘Dès fois, vous ne seriez pas consultant ?’ Le type, perplexe : ‘Mmais, ccomment tu l’as su ?!’ ‘Ben, c’est assez facile : d’abord, vous êtes venu chez moi sans que je vous le demande ; ensuite, vous m’avez appris quelque chose que je savais déjà ; et à la fin, pour preuve que vous n’y connaissez rien de mon boulot, vous avez emporté mon chien.’"><sup>233</sup></a></span> D’autre part, au cours du processus de valorisation vers l’extérieur du produit du travail, d’abord les rôles sont souvent inversés. Il n’est ainsi pas rare de voir le client se tasser devant le marchand. Ensuite, il y a la conjoncture, les aléas, les situations impersonnelles et diffuses. Aussi, la cause d’un retard est – au choix et selon les circonstances – la météo, un accident, une grève, une panne, l’indisponibilité (pour cause de maladie) d’un collaborateur, la défaillance d’un moyen de transport, etc. À tel point qu’aujourd’hui, le bon déroulement d’une activité et sa bonne finalité appartiennent à la catégorie des manifestations révolues. Ou des miracles. Quant à ce que nous réserve l’avenir, rien ne préfigure l’arrêt de ce processus d’auto-déresponsabilisation personnelle. Au contraire, tout laisse à penser qu’il s’accentuera. Et si c’était au profit de l’intelligence artificielle ? Mais peu importe ! Quand la dilution de la responsabilité aura bien mûri, rien ne sera plus comme avant, et le travail sera derrière. Et tant pis pour Jules Renard qui clamait que…</p>



<p class="wp-block-paragraph">‘…le travail pense, la paresse songe.’</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Internet</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">iDVD+iMovie+iPhoto+iTunes = iLife</p>



<p class="wp-block-paragraph">i comme internet. Sincèrement, je ne vois pas quelle autre révolution plus importante l’humanité aura connue dans l’histoire. D’accord, je vais probablement un peu trop vite en besogne. Néanmoins, faire le compte me semble valoir la peine. Mais d’abord, et en ce sens, qu’est-ce qu’une révolution ? Quelque chose qui change durablement tout. Or, des révolutions techniques comparables je n’en vois qu’une : celle de l’électricité. À partir des premiers balbutiements axés sur la question et jusqu’à la toute première application majeure de ses principes, 180 ans passèrent. Cela dit, lorsqu’un fabricant de software et de hardware réunit quatre logiciels en assimilant le nom de ce groupage à la notion même de vie (voir le texte en exergue ci-dessus), c’est que cela a l’air de devenir sérieux. L’existence serait ainsi une espèce de concentré d’audition musicale, de photos numériques, de montage vidéo et de stockage de données. Il n’en est rien, bien sûr, car pour l’instant ce n’est là qu’un moyen de marketing. Mais il n’en reste pas moins qu’internet pourra devenir bientôt le creuset de tout un tas d’ingrédients représentant la quintessence d’une nouvelle forme de vie humaine, de plus en plus impersonnelle et numérique, abstraite et virtuelle, codée et solitaire. Et qui primera peut-être sur la forme actuelle. Pourtant, pour reprendre Lénine qui disait que le communisme n’est pas plus sorcier que simplement ‘le pouvoir des Soviets plus l’électrification (encore elle !) de tout le pays’, internet n’est <em>“que“</em> (sic !) la puissance des ordinateurs plus les télécommunications à l’échelle de la planète. Ça n’a pas l’air si terrible, mais tout en n’oubliant pas que l’électricité a demandé bien plus de deux siècles pour s’installer solidement dans notre quotidien, nous observons qu’en vingt ans la puissance des ordinateurs a été multipliée par 1 000 et l’étendue du réseau par 200 000. Aussi, je crois que, s’agissant d’internet, entre routine, confort, facilité, isolement, performance, tentation, jeu, criminalité, besoin et savoir, à partir de maintenant les hommes sont exposés à l’une des plus dures épreuves existentielles qu’il furent jamais amenés à connaître.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais Dieu leur a tout de même laissé la liberté du choix, n’est-ce pas ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’enseignement</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Étudier ? Apprendre ? Mais pourqui faire ?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Steve Jobs a commencé à 20 ans dans un garage et voilà ce qu’il est devenu !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi loin que je me souvienne, ma vision sur la qualité des différents systèmes d’enseignement établis fut, je dirais, assez particulière. De surcroît, cette vision étant pas mal imagée (probablement à cause d’une déformation professionnelle), avec le temps je n’ai pu m’empêcher de lui flanquer même un graphique, celui de gauche, comme pour mieux la représenter. C’est ainsi ! Pourtant, je viens de réviser mon dessin : il ne reflète plus l’actualité. Le résultat est le dessin de droite. Un puissant mouvement de nivellement de la connaissance par le bas s’empare des systèmes européens, à l’Est comme à l’Ouest, telle une ample lame de fond qui gronde sur son chemin. En roulant, elle entraîne des masses énormes. Et quand elle frappe, elle n’épargne rien ni personne. Une fois passée, il ne reste que le désert – celui du savoir, voyons, et cet amas d’organismes anthropomorphes prêts pour une longue carrière d’électeurs disciplinés et de sages consommateurs. Cette hydre de la médiocrisation est tricéphale. Elle aplatit le degré de connaissance. Malheur à ceux qui aspirent. Elle inculque l’égalitarisme artificiel. Malheur aux doués. Elle fissure les familles. Malheur à nous. Mais la nouvelle école va encore au-delà de tout ça. Son credo chamboule les acquis professionnels des enseignants. Dans ces conditions, malheur à leur lucidité. Et aussi à leurs acquis pédagogiques. Et à leur autorité, ou à ce qu’il en reste. Elle brouille le système classique d’évaluation, simple et clair. Malheur à tout le monde, car plus personne ne s’y retrouve. Enfin, l’horaire journalier qu’elle inflige écrase l’enfance. Malheur aux enfants. C’est ainsi que l’école prépare les futurs usagers, ceux-là mêmes qui, à la fin du gymnase, croient qu’une walkyrie est un vieux modèle particulier de walkman et ne reconnaissent pas le plus grand pays du monde sur un planisphère. Alors, que les enseignements primaire et secondaire nord-américains soient notoirement nuls, passe encore. De toute manière, on s’y était habitué. Et puis, ne l’oublions quand même pas : là-bas, ce handicap est comblé aussitôt, il n’y a qu’à regarder mes graphiques ! Mais que le cycle général européen rejoigne le plancher de son pendant nord-américain, sans que pour autant l’instruction supérieure atteigne le plafond où l’autre se situe depuis des lustres, c’est ça qui fait vraiment mal. Quant à ce bouleversement au potentiel encore difficilement envisageable aujourd’hui, il ne resterait qu’à découvrir qui a pu en avoir l’idée. Comment. Quand. Mais, surtout, pourquoi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Là est toute la question. Et qui saurait la bonne réponse sinon son initiateur ? Ah, si au moins j’avais pu faire partie du cercle de ces initiés !</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La foi</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">« Le XXI<sup>e</sup> siècle sera spirituel ou ne sera pas. »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a, comme ça, des pensées qui vous marquent toute une époque. Ce fut le cas de ces mots lâchés par André Malraux (ou bien par Paul Claudel ?). Gloire méritée, car la formule avait de la tenue. Par son prophétisme, elle avait aussi de quoi interpeller, bien qu’elle laissât en suspens la question des temps à venir et contînt une vision hardie très immédiate de la fin du monde. C’est probablement ce qui lui valut d’être galvaudée par un emploi à toutes les sauces. Cependant, en observant les choses à l’aube du nouveau millénaire, on pourrait dire que Malraux rata l’alternative envisagée. Tandis qu’une deuxième lui échappa. Regardons de plus près. Observation n° 1 : je ne vois pas les signes avant-coureurs d’un revirement religieux symptomatique. Évidemment, les pèlerinages de Saint-Jacques-de-Compostelle et de Lourdes, les rencontres de Taizé, les Journées mondiales de la jeunesse attestent une dévotion indiscutable, mais ils ne datent pas d’aujourd’hui, certains même pas d’hier. De plus, leur portée est limitée à une population certes assez large, mais néanmoins bien déterminée. En clair, ces appréciables actes de foi ne sont – hélas ! – pas suffisants pour ébranler cette autre réalité, pour le moins aussi incontestable, d’un monde (chrétien occidental, mais oriental aussi) dont l’esprit religieux dans lequel il fut immergé durant des siècles a cessé d’être le moule. Observation n° 2 : si, nonobstant mes réserves quant au potentiel réellement prémonitoire des propos cités, la fin du monde est pour bientôt, je lui en vois actuellement d’autres causes, plus saisissantes que le recul de la foi. En effet, d’autres phénomènes, sans connotation religieuse directe, pourraient bientôt provoquer la perte de l’homme. Tiens, par exemple l’accès de plus en plus inégal au savoir et au bien-être (si ce n’est carrément à une vie digne, voire même à la vie tout simplement) reconverti par les plus mal lotis en désespoir, dans un monde que la circulation de l’information rend de plus en plus transparent. Et aussi les rapports téméraires de l’homme soit avec la Terre et sa nature (à travers les questions énergétiques, de l’eau, des forêts, du sol, qui forment l’environnement connexe), soit avec l’Espace (à travers la question de l’effet de serre ou de la couche d’ozone, c’est-à-dire l’environnement intégral). Enfin, la question démographique. Observation n° 3 : il est tout à fait possible que le XXI<sup>e</sup> siècle soit bien religieux, mais apparemment dans un tout autre registre. Ontologiquement doué – comme nous l’avons vu – de la liberté du choix, l’homme entend désormais prolonger cet avantage à l’extrême. Dès lors, il affirme de plus en plus posséder, cultiver et invoquer son propre Dieu. Ou plutôt dieu. (Par ailleurs, selon le Département du commerce des États-Unis, 91 % des Américains se déclarent adeptes d’une religion.) Dès lors, certains vont même jusqu’à se revendiquer de la famille du Créateur. En réalité, cet affranchissement va de pair justement avec la dilution de la foi, qui dévoile simultanément une perte de repères. Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, l’Église et la société éliminaient les hérétiques. C’était incontestablement violent, sûrement cruel, mais c’était au moins radical dans l’idée de préserver une certaine santé spirituelle et mentale de la société, ainsi qu’une certaine cohésion. Aujourd’hui, tout en les désavouant, l’Église est réduite à la portion congrue, tandis que la communauté accepte pratiquement toutes les hérésies, voire les encourage au nom de la richesse impliquée par la diversité. C’est là une attitude sûrement plus douce, nettement plus indulgente, mais on lui doit aussi la formidable déroute spirituelle et mentale actuelle. Par exemple, elle donne au révérend Sun Myung Moon, chef de l’Église de l’Unification, la possibilité prodigieuse de célébrer, du haut des gradins et en simultanée, des milliers de mariages dans le même stade.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Impressionnant, le chemin parcouru par la société depuis le temps où le simple fait de pouvoir embrasser la carrière ecclésiale était un privilège !</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les loisirs</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">‘Être capable d’occuper intelligemment ses loisirs, tel est l’ultime produit de la civilisation.’</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Bertrand Russell, 1872 – 1970, ‹ La conquête du bonheur ›, Payot, 2001)</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’un côté, la théologie dit qu’au début de tout Dieu travailla six jours pour créer le monde et que, le septième, fatigué mais satisfait, il se reposa. Les Écritures ne précisent pas son emploi du temps ce jour-là, et c’est dommage. J’y reviendrai. Depuis, toujours est-il que les prophètes et autres patriarches suivirent tel quel l’exemple de Dieu. De l’autre côté, l’évolutionnisme fait savoir que, vraisemblablement déjà au début du pliocène avec l’<em>australopithecus annamensis</em> (-5 millions d’années), les ancêtres de l’homme se sont crevés à la tâche sept jours sur sept, ne serait-ce que pour échapper aux prédateurs.<span id="easy-footnote-234-908" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-2-2/#easy-footnote-bottom-234-908" title=" Si ce n’est avec le <em>Paranthropus robustus</em> (l’homme robuste d’à côté, -2.5000 millions d’années), l’<em>Homo ergaster</em> (l’homme travailleur, -1.5000) ou sa filiation directe l’<em>Homo habilis</em> (l’homme habile, -1.5000) et l’<em>Homo erectus</em> (l’homme debout, -1.0000), plus probablement avec l’<em>Homo sapiens</em> (l’homme sage, -0.1000) ou encore l’<em>Homo sapiens sapiens </em>(l’homme très sage, H<sup>s</sup><sub>2</sub> , -0.0200), et sûrement dès l’époque de l’<em>Homo sapiens sapiens sapiens</em> (l’homme extrêmement sage), c’est-à-dire celle de l’<em>Homo faber</em> (l’homme créateur, H<sup>s</sup><sub>3</sub> = Hf , -0.0050)."><sup>234</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme les indices sont rares et peu concluants en ce sens, on admettra le bénéfice du doute. Mais dans un cas comme dans l’autre, une chose est claire : à l’époque, l’activité primait sur le repos ou les loisirs qui en découlèrent. (Composante du passe-temps, lui-même produit du repos, les loisirs se rangèrent aux côtés de la contemplation et de la méditation. Font exception l’arbitrage sportif, l’activité des croupiers, des forains et quelques autres occupations lucratives liées au divertissement.) Mais pour revenir à Dieu, c’est dommage pour deux raisons : si tel avait été le cas, nous aurions pu nous en inspirer durablement pour passer comme il se doit le septième jour de la semaine ; et aussi nous aurions pu savoir comment Il avait préparé la semaine suivante. Dans ces conditions, les vieux admirent que Dieu s’était simplement reposé de Son labeur et décrétèrent que le septième jour ne devait être rien d’autre qu’un jour de repos, ou jour chômé. Par la même occasion, ils décidèrent d’en faire un saint jour. La filiation des australopithèques suivit une autre voie – celle du besoin, qui ne connaît pas le repos. Ainsi, les siècles s’écoulèrent et nous voilà droit devant l’<em>homo unicus </em>(l’homme uni, vers +0.0018), créateur des premières trade-unions, appelées syndicats dans les pays latins. C’est lui l’élément charnière qui généra le spécimen exponentiellement multiplié ces derniers temps : l’<em>homo ludens</em> (l’homme joueur, +0.0020). Le but de l’homme qui joue est triple : tout en maintenant son revenu, il vise à travailler moins pour se reposer (ou jouer) plus. Certains pays sont actuellement en bonne voie dans ce processus : on y travaille généralement 35, voire 32 heures par semaine. Cela fait 4 jours sur 7, soit, à raison de 8 heures par jour, 19 % sur la semaine, pourcentage qui tombe à moins de 14 % sur l’année, en tenant compte des vacances et des jours fériés. C’est-à-dire 1 jour sur 7. À la surprise générale donc, là où, à l’intérieur du temps divin, Dieu aura peiné 6 fois plus qu’il ne se serait reposé, l’homme tend aujourd’hui à réussir l’exploit d’inverser le rapport, en se reposant 6 fois plus qu’il ne travaille ! Pour prodigieux qu’il soit, ce résultat soulève néanmoins une question d’une autre nature : la méditation accaparant de moins en moins l’intérêt de l’homme et la contemplation ayant pratiquement disparu de ses préoccupations,</p>



<p class="wp-block-paragraph">quel niveau devra atteindre le volume de ses loisirs pour que tout le temps libre dont il disposera bientôt puisse être utilisé ?</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tu vois, grand-mère, le monde est vraiment devenu fou, fou, fou. Mais ce qui le rend fou, ce ne sont pas des choses comme les salons de beauté pour animaux domestiques ou les magnifiques caveaux en onyx qui leur serviront de dernières demeures, ni les blörks gluants et roses à l’arôme latexoïde que les gamins béats mâchonnent, ni les restaurants très <em>“in“</em> où les clients mangent, boivent et causent dans une obscurité utérine, ni les championnats internationaux du cracher de noyaux de cerise, ni les concours féminins de lutte dans la gelée mauve, ni le <em>Jerry Springer Show,</em> ni même les épreuves de saut à l’élastique. Car des bouffons et des bouffonneries ont toujours existé, et ce n’est de loin pas pour autant que le monde, qui est trop fort, aura perdu sa tête.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non. Le monde d’aujourd’hui est devenu fou parce qu’il a généré quelques spécimens qui ont la faculté de nous rendre tous fous. Ils nous font miroiter des facultés icariennes qui ne sont pas les nôtres. Ils repensent l’ignorance et veulent que l’on se l’approprie pour qu’elle devienne la référence. Ils renversent l’ordre naturel causal des devoirs et des droits, car l’on ne devrait avoir des droits qu’à partir de l’instant où l’on aura accompli nos devoirs. Ils font tout pour nous éloigner de notre point d’arrivée, qui depuis toujours est resté le même : la joie du labeur, comme premier et plus commun petit pas vers une rédemption possible.. Ils nous mettent en rogne contre notre propre berceau en œuvrant pour notre conversion d’hommes en consommateurs. Ils nous entraînent dans des altérations auxquelles nous aurons largement contribué et qui nous magnétisent. Ils ? Ils sont là où il faut, aujourd’hui : dans l’économie, la politique, les finances, le spectacle, les jeux, peut-être encore ailleurs. Je ne saurais dire s’ils sont comme vous et moi, ou bien s’ils sont petits, verts, ont des yeux rouges et de grandes oreilles, ou alors s’ils sont carrément invisibles pour nous. Mais est-ce vraiment important ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutes ces mutations se font donc sous nos yeux, autour de nous et en nous-mêmes : nous en faisons partie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous sommes ces mutations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[9 janvier 2004]</p>
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		<title>Bouleversations (1/2)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Nov 2020 21:13:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les deux dernières décennies du XXe siècle ont rivalisé en conséquences conjoncturelles avec les années postérieures au traité de Versailles et à la conférence de Potsdam. En 1919 était tournée la page du Moyen Âge et entériné l’avènement du capitalisme, tandis que le colonialisme touchait à son apogée. En 1945, le monde tel que nous le vivons encore aujourd’hui venait tout simplement d’être redessiné, avec tout le côté profondément traumatique - car artificiel - que cela comporte. [...]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Les deux dernières décennies du XX<sup>e</sup> siècle ont rivalisé en conséquences conjoncturelles avec les années postérieures au traité de Versailles et à la conférence de Potsdam. En 1919 était tournée la page du Moyen Âge et entériné l’avènement du capitalisme, tandis que le colonialisme touchait à son apogée. En 1945, le monde tel que nous le vivons encore aujourd’hui venait tout simplement d’être redessiné, avec tout le côté profondément traumatique – car artificiel – que cela comporte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, comme je le disais, tout a changé ces derniers vingt ans. Et c’est intéressant que cela n’ait pas eu lieu de la façon qu’avait imaginée la science-fiction – les vertus prémonitoires de l’homme étant décidément lamentables. Pas de croisières intergalactiques régulières en ridicules combinaisons moulées de skaï, pas de maisons en plastique, aseptisées et robotisées, pas de biscuits immondes ou de pâtes infâmes en tubes, pas de fourmilières humaines autophages dans les mégalopoles gore, pseudo-gothiques, du monde occidental, pas de retour grotesque aux rites barbares après un long hiver atomique et toujours pas de trace d’invasion de cyborgs venus de l’espace.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, ou du moins pas encore.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les vols orbitaux et habités sont encore rares (bien qu’en passe de se banaliser), à travers le monde on construit encore en brique, à Berne on mange encore une excellente soupe à l’oignon, à Munich on boit encore une très bonne bière, à New York on peut encore se donner rendez-vous devant le Bloomingdale’s sur la 59<sup>e</sup> rue, le 1<sup>e</sup> janvier on peut encore rêver au <em>Staatsopernball</em> de Vienne, et pas encore d’extraterrestres parmi nous !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout au plus, nous avons la confirmation relative des intuitions d’un Huxley et d’un Orwell. Pourtant, l’énorme changement est là, sous nos yeux, autour de nous, en nous-mêmes.<span id="easy-footnote-235-904" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-1-2/#easy-footnote-bottom-235-904" title="D’où le titre de cet essai, que j’ai voulu le plus évocateur possible, comme pour souligner l’importance de ces mutations. Alors, en dépit d’une certaine redondance des termes, j’ai opté pour bouleversements + révolutions = bouleversations."><sup>235</sup></a></span> À notre insu peut-être, nous en faisons partie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous sommes ce changement.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui suit n’a rien d’un inventaire exhaustif et hiérarchisé ; ce n’est qu’un survol guidé par des critères subjectifs. Dès lors, jugeons plutôt à travers ces quelques brèves réflexions sur …</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>La descendance</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">Grand-mère disait  vrai :<em> ‘On ne reconnaît plus nos petits-enfants’.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’époque de grand-mère, il n’y avait pas de Play, ni de Game, ni de XBOX, même pas de Walkman, encore moins de lecteur MP3. Le VHS n’existait pas encore, le PC non plus. Que dire alors du PDA ou du DVD ? Et certainement pas de HDTV, car c’est à peine si on venait de découvrir le miracle de la télévision. Si, si, c’était il y a 50 ans à peine. Donc, du temps de grand-mère, les petits-enfants étaient en vérité encore des gamins, puisque le matin ils avalaient leur lait avec du pain beurré tartiné à la confiture de fraises ; à la récré, ils couraient sous le préau de l’école, ou bien ils troquaient leurs collections de timbres-poste, l’après-midi, ils jouaient aux gendarmes et aux voleurs sur les terrains vagues du quartier, et très rarement, samedi, dimanche, ils prenaient papa-maman par la main et allaient savourer Cendrillon au cinéma, l’histoire tout échafaudée dans la tête à force de l’avoir tellement lue et relue. Et tout ça était bon. C’était aussi quelque chose que grand-mère connaissait, elle qui avait scrupuleusement suivi ce même rituel dans son enfance, les séances de cinéma en moins. Bien sûr, elle n’avait pas expérimenté le chewing-gum. Mais à l’occasion, ce n’était pas ça qui l’empêchait de veiller en famille sur les devoirs du bambin, sur ses fréquentations et sur son emploi du temps. Plus maintenant. D’abord, parce que, reléguée dans sa chambre d’ems, grand-mère et ses petits-enfants n’entretiennent plus que des rapports anniversaires (‘C’est – encore !… – l’anniversaire de grand-mère !’ ‘Devine, grand-mère : nous sommes là, c’est l<em>’”anni”</em> de Kevin !’, etc.). Ensuite, parce que même quand on lui laissa le contact familial, elle ne put jamais saisir pourquoi à présent les gosses se gavaient de Rice Krispies<sup>®</sup>, pourquoi ils troquaient des DragonballZ ou bien des Pokémon, pourquoi leurs résultats scolaires se déclinaient en NA, PA, A, AA et LA, pourquoi ils chérissaient tant les Tamagotschi, mais, surtout, qu’est-ce qu’ils pouvaient trouver de si attirant dans Tomb Raider. De toute façon, on lui aurait vite fait comprendre que son époque était passée, mais ceci l’aurait laissée sur sa faim. Car depuis toujours son univers a joué naturellement un rôle crucial et complexe : d’un côté, nous faire savoir d’où l’on vient, et que l’on ne peut agir entièrement à sa guise ; d’un autre côté, par sa façon d’être, préfigurer notre propre rôle, une fois son âge venu. Et ce rôle, c’est le même que le sien. J’appelle ça la merveilleuse chaîne de la passation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et je crois que, beaucoup plus qu’autrefois, nous vivons des temps de très grand risque, où cette chaîne pourrait facilement se rompre, si elle n’est pas déjà fissurée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’économie</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">De minisecousses en mégacrash, on ne compte plus les cahots boursiers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La spéculation sur les instruments et produits les plus divers (souvent nébuleux et insolites, voire carrément hermétiques pour le péquin) est devenue la principale occupation d’une élite d’initiés qui font la loi dans un domaine désormais exclusif. Vis-à-vis, il y a le boursicoteur classique, soucieux de placer minutieusement et judicieusement son argent dans une entreprise choisie selon des critères de créativité, de potentiel, de gestion rigoureuse, etc. Il est à présent l’archétype du ringard. D’ailleurs, bientôt il sera appelé à disparaître, car les temps sont à l’argent facile et aux coups d’éclat. Tel ténor monte à la tribune et affirme que le rouble russe est quatre fois surévalué. Le lendemain, le rouble perd 75 % de sa valeur face au dollar sur le marché des devises. Et le tribun d’affirmer qu’il s’était exprimé en son nom personnel. Ailleurs, on s’emballe sur l’avenir des communications et on lui trouve aussi un nom ésotérique : umts. Il permettra, dit-on, de véhiculer tout ce dont l’homme peut rêver : du son bien sûr, des données, mais surtout des images, partout et vite. Alors, on s’arrache les différentes concessions nationales d’utilisation de ces réseaux. Et l’on dépense pour cela des montants <em>“mammouth“</em>. Rien que pour être certain de se voir octroyer ces droits d’exploitation, sans compter les coûts imposés par la mise en œuvre des technologies de transmission. Et soudain, tout s’arrête. Et plus personne ne souffle mot de tout cela. Parce que, disait-on, ce n’était pas prouvé que ces réseaux étaient sans danger pour la santé des gens. Mais, dans l’intervalle, les taxes colossales fixées pour l’attribution des parts de marché auront déjà été englouties par les budgets courants des administrations publiques concernées. Tandis que les adjudicataires qui n’ont pas eu les reins assez solides auront fait faillite suite à l’effort financier trop facilement consenti. Et puis, dans d’autres paddocks, l’on s’échauffe sur le potentiel des <em>dotcom</em>. Les analystes ne jurent que par leur fabuleuse réserve de croissance uniquement parce que l’on veut croire qu’Internet, à peine mis en place, est déjà la panacée, un peu comme les grands canaux maritimes ou l’électricité à la fin du XIX<sup>e</sup> siècle. Alors les investissements dans le secteur ne connaissent plus de limites, de sorte que la capitalisation boursière de certains de ses acteurs – signe de la confiance du marché – n’a plus rien en commun avec les critères sensés du boursicoteur classique (chiffre d’affaires, bénéfice, <em>cash-flow</em>). Et là aussi, du jour au lendemain, tout s’écroule, tel un château de cartes, simplement parce qu’à force d’investir dans du rêve, les anachronismes, les inadéquations, les antagonismes, les déphasages qui sont inhérents à la précocité du domaine arrivent ipso facto à un point d’autorévélation où il n’est plus possible de les éluder. D’aucuns appellent ça l’effet autorégulateur des mécanismes du marché. Je n’y souscris pas. Au contraire, je pense que ce sont là des signes évidents de la débilité du raisonnement qui a cours de nos jours, et que ce mince raisonnement est un des éléments, et pas des moindres, de la mutation psychologique de ces vingt dernières années.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je pense enfin que jamais autant que ces temps-ci, la technique, la commodité, les loisirs, l’hypothèse de Dieu n’ont poussé les hommes aussi loin vers la futilité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le climat</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph"><em>« Mais où sont les neiges d’antan ? »</em></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">(François Villon, 1431 – 1463, ‹ Ballade des dames du temps jadis ›, 1460)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jamais auparavant cette exclamation n’avait atteint une pertinence aussi littérale ! Pourtant, alors que je n’ai pas spécialement la fibre écologiste, que je trie modérément mes ordures et que je ne chasse pas les produits bio dans les supermarchés (d’autant plus qu’ils sont plus chers que les aliments contaminés), je ne puis rester indifférent aux désordres climatiques évidents et majeurs de ces dernières années. Je ne sais pas s’ils proviennent vraiment de la quantité considérable de bonbonnes de spray utilisées tous azimuts pour diffuser de la colle, du parfum, de la peinture, des médicaments ou de la crème fouettée. Comme je ne sais pas non plus si blanchir le papier sans recourir au chlore peut vraiment résoudre ce problème. J’ai peut-être tort, mais les Zodiac de Greenpeace qui harcèlent (souvent naïvement, me dis-je) tel ou tel thonier, pétrolier ou bateau-poubelle transportant des déchets nucléaires, au lieu d’illustrer l’acharnement de ces jeunes militants barbus et trempés jusqu’aux os qui tiennent la barre, me font plutôt penser aux mouches que les vaches chassent placidement d’un mouvement de queue. N’empêche : il y a mutation dans ce domaine. On dit que l’année où je suis né, les gens ne pouvaient plus sortir de leurs maisons, tellement il avait neigé cet hiver-là. Et c’est vrai : depuis fin novembre et jusqu’à fin février, les hivers étaient des hivers, c’est-à-dire qu’il faisait froid et qu’il y avait de la neige. Et l’on sait que la neige est bonne pour l’agriculture. Les étés étaient aussi des étés, car en juillet et août on fondait, et chaque fois qu’il pleuvait l’après-midi on s’attendait au déluge biblique. Et puis, au printemps (avril, mai), il faisait doux. Parfois il faisait doux aussi en automne, surtout en septembre, mais le plus souvent il pleuvait dru des jours durant, et c’est là que – logiquement – arrivait la grippe. Avec ce mécanisme, tout le monde était habitué ; c’était le rituel immuable du climat qui faisait partie de l’ordre des choses. Aujourd’hui la grippe tombe n’importe quand. Elle tombe à mi-janvier, lorsque la température chute de 20°C après des semaines de douceur printanière. Elle tombe début avril, lors des grandes chutes de neige qui gèlent les bourgeons et tuent les cultures. Elle tombe en juin, quand le corps humain cède à la folle alternance de longues périodes de pluie battante et de brèves éclaircies pointant à 30°C. Elle tombe en août, quand, le matin, on part au travail en sandales, blouse et short, et qu’à midi on s’énerve parce qu’on a encoooore oublié de prendre avec soi les bottes, les jeans, un pull et la doudoune. Enfin, elle tombe en octobre, lorsque les baigneurs nostalgiques (pour ne pas citer ces automobilistes naïfs qui roulent toujours avec leurs pneus d’été) sont les plus exposés aux bourrasques glaciales qui peuvent se lever à tout instant et les clouer au lit. Une seule certitude : le temps a vraiment perdu la tête !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me demande alors de quoi auraient bien pu avoir l’air les si fameuses saisons que François Villon déplorait six siècles en arrière ?!…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>L’éthique</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">L’humiliation du pauvre d’être pauvre n’a aujourd’hui plus la cote. Ce qui intéresse à présent, c’est le malaise du riche d’être riche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je dis qu’il ne s’agit pas ici de formuler des jugements de valeur. Je ne dis pas qu’il est bon ou mauvais d’être pauvre, ni d’être riche, encore moins qu’il convient de s’en féliciter ou, au contraire, de se repentir. Le sujet est ailleurs : dans l’hypocrisie qui nourrit et guide l’attitude du fort envers le faible. Mais la réciproque est également valable. Car dans ce monde où le fossé entre les uns et les autres (individus, entreprises ou nations) est devenu abyssal, les temps sont aujourd’hui au jeu de l’éthique sereine, dont les règles simples se résument ainsi : <em>« Tu n’as qu’à me dire combien tu souffres, et hop ! moi je te soulage illico, et voilà ! comme ça, non seulement je soulage aussi ma conscience et mes impôts en espérant gagner du coup une place au paradis des puissants, mais surtout je dispose désormais de ta gratitude, qui te créera vite des obligations à long terme envers moi, et ces obligations m’autoriseront à te dicter mes conditions selon lesquelles je continuerai à exploiter à mon avantage ta dépendance envers moi »</em>. Entre œuvres de charité, institutions de bienfaisance, forums d’entraide, organisations non gouvernementales, assistances économique et logistique, coopérations tiers-mondistes, années de la malaria, de la déforestation, de la faim, organismes d’entraide, actions de solidarité, associations Nord-Sud, campagnes de récolte de dons, délocalisations, aides humanitaires, l’éventail sophistiqué des modes d’intrusion dans l’espace de souveraineté des nations (et forcément des individus) a pris des formes et des dimensions inconnues jusqu’à présent. Il est clair que, vue par le nanti, l’agression reste théorique tant qu’on ne la subit pas ; pure logique, puisque c’est le monde industriel qui la produit. Vis-à-vis en revanche, l’on subit, faute de mieux, même si pour les dirigeants des États ou des organismes receveurs, parfois c’est le moment et le moyen idéals pour gonfler exponentiellement leurs fortunes personnelles. Le résultat est qu’en moins de 30 ans, la dette (donc la subordination) des pays en voie de développement – bel euphémisme ! – a augmenté de 3500 %. Mais au fond, ne l’a-t-on pas si bien dit depuis toujours ‘Reculer pour mieux sauter’ ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et à vrai dire, Jean de La Fontaine dans ‹ Le loup et l’agneau › et Nicolas de Pergame dans ‹ Le renard et le chapon › ne dénonçaient-ils pas la même chose ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les minorités</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">La bonne vieille boutade ‘Plutôt jeune, riche et bien portant, que vieux, pauvre et mal foutu’ est périmée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est l’époque du ‘Plutôt célibataire, lesbienne et noire, que chef de famille, hétérosexuel et blanc’. L’âge, la fortune et la santé ne constituent plus des repères : le premier est relatif, la deuxième variable, la troisième aléatoire. On leur préfère le sexe, l’état civil, la sexualité, la race. En se rappelant la fin des années soixante, force est de rester abasourdi devant tout ce que les minorités ont acquis depuis. Je suis attaché à mes racines, aux valeurs de la culture (est-)européenne et je crois en la Sainte Trinité, mais je ne suis ni raciste, ni puritain. Pourtant, ma perplexité s’étend aussi à l’usage de ces acquis. Mon ami, si tu es un homme marié, n’essaie pas de concurrencer une femme célibataire pour un poste dans l’enseignement ou dans l’administration en général : tu perdrais ton temps. Puisses-tu être fort en thème, surtout ne te vexe pas : au mieux, par quelque fuite habilement orchestrée, on te fera savoir que ce n’est pas la peine ; au pire, tu n’en sauras rien. Si, par contre, tu cherches à engager quelqu’un, fais très attention avant de refuser qui que ce soit : il se pourrait que, par malheur, tu renvoies un candidat qui, certes, n’avait pas plus de qualifications qu’il n’avait d’expérience, mais voilà, il s’est trouvé qu’il était gay. Et alors, gare aux associations !<span id="easy-footnote-236-904" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/bouleversations-1-2/#easy-footnote-bottom-236-904" title=" Europe de l’Est postcommuniste : longue file d’attente dans un Service d’émigration. Des gens de tous les âges, mais surtout des jeunes. Un couple âgé, mais alors très, très âgé, fait aussi la queue. Intrigué, un jeune voisin ose : ‘Madame, s’il vous plaît, vous aussi vous êtes là pour l’émigration ?’ ‘Bien sûr !’, s’exclame fermement la petite vieille. ‘Mais, excusez-moi, vous voulez émigrer à votre âge ?!’ ‘Absolument’, s’indigne le vieillard. ‘Puis-je vous demander pourquoi ?’ ‘Écoutez jeune-homme, c’est très simple. C’est à cause des homosexuels. Au temps des nazis, on les tuait. Au temps des communistes, on les bouclait. Aujourd’hui, on les encourage et on les pousse en avant. Alors, le problème est que si ça continue comme ça, nous avons très peur que ça ne devienne franchement obligatoire !’"><sup>236</sup></a></span> Enfin, si par hasard tu n’étais pas touché par ces problèmes, un beau jour tu voudras certainement faire avancer ta carrière et tenter une promotion. Là, tu auras toutes les chances de te casser la figure devant la nouvelle et sympathique égérie africaine du chef de département. Un conseil : réprime ta colère, sinon tu risqueras beaucoup d’être traité de sale raciste. Et ton avenir pourrait en dépendre. Tout cela pour dire, d’une façon plus générale, que je n’ai pas encore entendu parler des devoirs de ces minorités, en marge de leurs droits. Quels devoirs ? Voyons, ne serait-ce que celui de réflexion : sur ce que les jeunes pourraient tirer du fourmillement de chairs mauves-jaunes-vertes dont ils sont les spectateurs involontaires à l’occasion de chaque défilé homosexuel ; réflexion sur la vénérable place soi-disant traditionnelle de la femme et sur l’immense valeur du vrai rôle de la famille, tout comme sur les résultats qui en découlent ; réflexion sur un certain type, si largement répandu, d’existence opulente et aboulique, où le vide du vécu sombre rapidement au chant des sirènes d’une échappée exotique éphémère. Ce serait déjà ça, non ? Eh bien non, visiblement, ce n’est pas ça !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors franchement, cette cause des minorités, quel gâchis incalculable !…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le travail</strong></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph"><em>« Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin. »</em></p>



<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph">(Voltaire, 1694 – 1778, ‹ Candide ou l’optimisme › Cramer, 1759,&nbsp; […]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[9 janvier 2004]</p>
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		<title>La meilleure affaire</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 18 Oct 2020 15:06:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au commencement ce fut une banale errance le long des rives du lac. Le soleil d’automne s’en allait. Poussant tant bien que mal le bétail branlant, les paysans revenaient des champs affamés, las et muets, la tête à la pitance, à la femme, à la maison et au lendemain. [...]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Au commencement ce fut une banale errance le long des rives du lac. Le soleil d’automne s’en allait. Poussant tant bien que mal le bétail branlant, les paysans revenaient des champs affamés, las et muets, la tête à la pitance, à la femme, à la maison et au lendemain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est à ce moment-là que Æbon le découvrit, vieux, seul et immobile, sommairement vêtu et caché sans but sous les ondes d’un saule abondant. Le vieillard était assis à même la pelouse, les mains plantées dans l’herbe haute. Devant lui, un long bâton à pêche et un filet – aussi désolé que vide – stagnaient dans l’eau plate.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La lumière jaune-satin sculptait sur sa tête d’étranges reliefs, livrant un visage calme tel celui d’une statue de jade qui fixe au loin. Son air illuminé avait la beauté infinie du simple. En un mot, il était heureux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Là, l’homme qui pêchait sentit la présence du visiteur, se tourna&nbsp; et lui dit doucement « Paix à toi. » Mais avant que Æbon puisse délier sa langue, l’arrivée d’une jeune femme lui coupa l’élan de politesse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendue à son cou, une enfant joufflue et bouclée somnolait comme seuls font les poussins. Attaché à sa maman, un bambin s’agitait, chassant un papillon géant qui le taquinait. Dès qu’il se défilait pour se lancer à l’assaut de l’insecte, la femme s’emballait et lui rattrapait la main. Le petit s’amusait comme un fou alors que la fillette assoupie dodelinait, le nez collé à la blouse de la femme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’air figé, la mère suivait un parcours vague, le corps plié sous les épreuves, l’apparence minée par un calvaire ardent et durable. En approchant les deux hommes, son regard glacé les scruta tel un mort. A l’évidence, elle transportait le plus grand des malheurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur ce, Æbon toisa le vieil homme et du coup une vision le remplit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au même instant, il avait pu être témoin du bonheur pur et du malheur nu. A priori, rien d’étonnant dans cette trouvaille, c’est vrai. Pourtant, une émotion glauque le gagna: quelque part il sentait un déséquilibre, presque une sorte de croisement injuste entre le monde du vieux et celui de la femme. Il termina sa promenade la tête ailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce fut une très mauvaise nuit, rien qu’à ruminer cet épisode, puis son idée, à se questionner, à se morfondre et à ordonner ses pensées. Dès l’aube, il ramassa tout un tas de fourbi, fonça droit au marché, et à midi sa tonnelle tenait debout. Au-dessus, il écrit à la hâte, mais bien en vue,</p>



<p class="has-text-align-center has-medium-font-size wp-block-paragraph"><strong><em>‘l’homme heureux’</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">et juste en dessous, un peu plus petit,</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">‘<em>chez æbon –</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph"><em>du bonheur à vendre</em>’</p>



<p class="wp-block-paragraph">puis il ajouta</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">‘<em>et acheter</em>’.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La mise en place fut vite faite, puisque l’unique étal était vide. Pour commencer, Æbon s’assit au milieu du pavillon à sagement attendre des clients, mais à l’heure de la nuit il rentra au foyer en proie au doute: aucune affaire. Pire, à la vue de l’écriteau, les gens lui jetaient des œillades peu encourageantes, tout en chuchotant entre eux. Il se rendit vite compte que leurs sous-entendus étaient devenus inutiles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, il y eut la première semaine et le premier mois. Lui croyait et s’y accrochait, mais cela devenait dur: autour on vantait tantôt la bonne choucroute, tantôt le potage à l’ail, tantôt la plus belle vache laitière du coin, ou encore l’indestructible harnais en cuir de bison. C’est que de l’affluence il y en avait dans ce marché-là, mais chez les voisins, pas chez lui. Finalement on l’oublia totalement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis, un soir d’hiver, le pauvre Æbon aperçut dans la foule l’homme qui pêchait, regard simple, cheveux neige, visage clair de jade. Le vieux le reconnut aussi, l’approcha à pas fixe, posa net ses mains sur ses épaules et soudain tout s’arrêta. De retour à la maison, il ne sut expliquer à sa femme ni l’épisode du marché, ni le temps que le vieux était resté avec lui, ni ce qu’il avait fait. Une seule chose paraissait claire, chose qu’il sentait et qui se voyait: il n’était plus le même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout avait changé d’un jour à l’autre, d’un instant à l’autre. La preuve: tôt le matin, par un froid de canard, le plus miséreux du coin le chercha. Devant le boucher, le sellier et les autres marchands voisins ébahis, l’homme heureux venait d’accueillir son premier client.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La démarche de ce gaillard trapu, dans la fleur de l’âge, reflétait encore un passé militaire, avant qu’il ne sombre dans la déchéance. On le disait suicidaire, mais personne ne savait vraiment pourquoi. Alors maintenant qu’il était sagement planté là, le regard neutre, attendant d’inaugurer les achats de la journée, il faisait moins pitié.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais avant autre chose, il faut savoir qu’on n’achetait pas du bonheur, autant qu’on ne vendait du malheur – ou alors l’inverse – comme si l’on achetait une paire de bottes, ou que l’on vendait du potiron. D’abord la monnaie n’y avait pas de place, s’agissant de choses de la vie. Et de la mort. Autrement dit, celui qui pouvait, il s’acquittait avec ce qu’il avait de trop, qui du bonheur, qui du malheur, et tandis que la plupart étaient – ou se disaient – des malheureux à la recherche du bonheur, les heureux ne manquaient pas pour assurer quand même l’approvisionnement. Ensuite et surtout, la transaction en soi ne pouvait évidemment se passer à la coutumière. Sinon comment alors? Eh bien, l’explication est à la fois simple et compliquée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En ayant eu l’idée de transvaser le bonheur et le malheur, c’est-à-dire en quelque sorte de les répartir le plus équitablement possible, du coup Æbon avait introduit les deux dans ce même récipient-là où se trouvent depuis toujours le remord, l’amour, la pitié, la haine, l’envie, la foi, la sagesse et les autres. Là, donner et recevoir sont ensemble en permanence, et sans mesure aucune, ne se quittent guère, ne s’opposent pas, et ne se valent jamais. Une fois cette mécanique admise, tout devient clair. Quant à savoir comment se faisait ce transfert, autant se demander comment est-ce que l’on tombe amoureux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela dit, le kiosque était ouvert à tous, au respect cependant d’une règle infranchissable: l’heureux ne pouvait pas acquérir plus de bonheur qu’il n’en éprouvait déjà, et cela était aussi valable pour le malheureux qui aurait cherché toujours plus de malheur, par exemple pour s’anéantir. Au-delà de son côté purement moral, ce principe autorisait en même temps une certaine rationalisation. Bref, le gaillard reçut la dose de bonheur qui lui manquait, et demandant le prix, il entendit juste « Va et réjouis-toi. » Alors les gens autour bondirent, mais il disparut aussi vite, laissant la masse baba devant la guérite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les affaires étaient donc lancées, et il y eut plein d’achats ce jour-là, et tous les jours d’après, et puis des ventes aussi, et des échanges. Un n’arrivait pas à dénicher femme à son goût, un autre s’ennuyait ferme à l’ouvrage, celle-là se suffisait du sourire des malades, une autre de ses huit enfants, celui-ci détestait son riche voisin, l’autre secourait les soldats, elle se jugeait laide, lui trop petit, un autre encore s’en moquait, qui cherchait le sens de la vie, qui l’avait trouvé, untel se croyait sans cesse persécuté, unetelle se sentait privilégiée rien que d’exister, qui avait peur de vieillir, qui en profitait, certains étaient malheureux sans raison, certains heureux, et encore…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et encore que cela continuait sans répit, de sorte que premièrement il dut mettre sa famille entière au travail, neveux, tantes, cousins, pour ensuite engager du monde, pour à la fin s’agrandir et faire déménager l’échoppe hors du marché, puisque les voisins montraient du doigt toutes ces queues sans fin qui – comme ils se le disaient entre eux et entre les dents – gênaient semble-t-il leurs clientèles…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les années passèrent ainsi, et le négoce ne cessa de fleurir, de grandir et de s’étendre jusqu’au bord de la mer, ensuite jusqu’aux confins du pays, puis au-delà. Et partout où il arrivait, les gens se métamorphosaient, et avec eux leurs vies, leurs villes et leurs villages. Beaucoup plus de bonheur et beaucoup moins de malheur, cela se voyait à l’œil nu et c’était beau. Quant à l’homme heureux, il vécu vieux et prospère, mais pas plus riche, prospère de sa propre vie, et il fut vénéré dans toute la péninsule jusqu’à son dernier jour.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ayant connu Paul, Æbon s’en alla le jour de ses 345 ans, au soir du 24 Brumaire de l’an 410, lors du sac de Rome par les Wisigoths.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son négoce aussi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[6 décembre 2015]</p>
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		<title>Papa, dessine-moi une Suisse (2/2)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 04 Oct 2020 21:49:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>[…] « Le Suisse (et, bien sûr et au même titre, la Suissesse, la forme masculine étant ici utilisée uniquement par souci de commodité et de fluidité) se rend au travail comme nos aïeuls se rendaient à la messe du dimanche : calmement, sobrement, rigoureusement, religieusement. Le travail lui est au-delà du besoin, de l’argent, […]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">[…]</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Le Suisse (et, bien sûr et au même titre, la Suissesse, la forme masculine étant ici utilisée uniquement par souci de commodité et de fluidité) se rend au travail comme nos aïeuls se rendaient à la messe du dimanche : calmement, sobrement, rigoureusement, religieusement. Le travail lui est au-delà du besoin, de l’argent, de la carrière, encore que ce sont là des éléments essentiels de la vie. Il est logé dans sa nature. Il est même au-delà du faux dilemme ‘travailler pour vivre ou vivre pour travailler ?’ De bon gré, le Suisse fait une toute autre lecture de l’épouvantable slogan nazi. Pour lui, carrément ‘Arbeit bringt Glück’. Le travail est au rayon de l’évidence. À le voir au travail, on dirait qu’il y est né pour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puisque c’est ainsi, autant travailler bien. Car au plus profond de lui-même, la nature du Suisse se retrouve en réalité dans le travail bien fait. Et comme de travail bien fait à travail de qualité – ou excellence – il n’y a qu’un seul et tout petit pas, il l’a franchi allègrement depuis des lustres. Aussi, on se trouve au niveau où l’expression travail de qualité a carrément remplacé la notion de base – travail. Intégré aussi au domaine de l’évidence, le travail de qualité s’est donc hissé à la place de concept-cadre implicite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Atteint par les premières étincelles de l’ère industrielle, c’est peut-être l’intérêt précoce de l’artisan du lieu envers la mesure du temps qui l’a amené au début du XVIII<sup>e</sup> siècle à façonner davantage ce syntagme pour déboucher sur un autre, encore plus poussé : le travail de précision. Ce concept-frère s’est donc forgé au fil des ans via le même processus qui a fondu les termes travail et qualité en un seul concept, et a pris place peu à peu dans la conscience collective au point d’en faire un pléonasme : la précision helvétique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Excellence et précision étant par nature hautement exigeantes, donc contraignantes, qui dit contrainte dit règle, avec ses bons et mauvais côtés. En l’espèce, cela s’est traduit par le culte d’une certaine conformité, absolue. Un besoin viscéral pour qu’à tout moment l’on puisse disposer de repères établis. Pour juger, agir éclairé, comparer. Ainsi, l’adage <em>« Une chose est une chose, pas ce que l’on dit de cette chose »</em><span id="easy-footnote-237-889" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/papa-dessine-moi-une-suisse-2-2/#easy-footnote-bottom-237-889" title=" J’ai été heureux de retrouver cette formule dans le film ‹ Birdman › du metteur en scène mexicain Alejandro González Iñárritu, 2014 "><sup>237</sup></a></span>prit une place de choix dans l’instinct du Suisse, qui l’érigea au rang de norme. Pour sûr, quelque part cela eut un impact sur la désinvolture inventive, l’exubérance créative…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette règle de base agit au-delà des relations de l’individu à l’acte, à l’événement, à l’affaire, à l’objet : il gouverne les relations entre les individus et le contraire serait pour le moins surprenant, voire impossible. La formule ‘Un homme n’a qu’une parole’ <span id="easy-footnote-238-889" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/papa-dessine-moi-une-suisse-2-2/#easy-footnote-bottom-238-889" title=" L’expression consacrée est en allemand : <em>Ein Mann, ein Wort</em>."><sup>238</sup></a></span> décrit un truisme car il s’agit d’un principe ancré dans le subconscient. Pouvoir compter dessus est à double sens et ce n’est que logique : on en demande autant qu’on en donne. Bien que des entorses à ce dogme existent, elles sont perçues comme des accidents isolés, sont mal reçues et souvent aussitôt condamnées.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Pouvoir compter dessus »</em> est une expression qui se réduit au seul mot confiance. En Suisse elle habite du premier au dernier étage de la société sans distinction quant à la région linguistique. Un chapeau oublié dans un magasin est retrouvé le lendemain par son possesseur. Un portefeuille épais trouvé sur le trottoir est remis à un poste de police.<span id="easy-footnote-239-889" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/papa-dessine-moi-une-suisse-2-2/#easy-footnote-bottom-239-889" title=" Le geste valant tout de même une récompense officielle à hauteur de 10% du montant qui s’y trouverait."><sup>239</sup></a></span> Un rendez-vous est convenu et bien-sûr respecté. Même chose pour une échéance. Une promesse orale vaut contrat et un contrat oral vaut son pendant écrit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rien de tout cela ne serait possible sans le respect primordial et absolu de la personne. Tout aussi omniprésent, il est un des carburants circulant dans les veines de la société. Il permet l’efficacité parfaite des rapports État⟷individu. Il autorise, techniquement et humainement, une médecine-modèle. Il est à la base de l’abondance d’institutions de coopération, entraide et assistance, ici et ailleurs. Il assure au pays éclat et renom mondial, car via l’individu, unité de base de toute société, il sert tout ce pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme dans toute forme d’organisation humaine complexe, cette efficacité présuppose certaines disponibilités actives supplémentaires : par exemple pour la rigueur et la discipline. C’est aussi grâce à ces deux paramètres de fonctionnement que ce <em>minestrone</em> multi-séculaire que représente la société suisse dans son ensemble s’est transformé au fil des ans en un mécanisme huilé unitaire et unique tel que nous le connaissons aujourd’hui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Longtemps territoire à vocation guerrière, pourvoyeur de mercenaires et peuplé d’hommes téméraires, ce petit pays fut gagné par l’aversion du risque et par le rejet de l’esprit d’aventure, lui préférant celui de la prudence et de la prévision. Vînt ensuite s’y greffer cet autre instrument de rayonnement aux quatre coins du monde – la neutralité, qui lui fit éviter deux embrasements planétaires, entre autres missions de pacification et de médiation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Suisse n’est pas peuplée de clones. Sur huit millions d’habitants il y a autant d’opinions diverses, comme un peu partout. Mais il y a là une quête permanente de la modération (ou la conquête du compromis pour atteindre un objectif supérieur) qui pointe vers cette autre déité suisse qu’est l’attitude consensuelle. C’est un art. Un autre carburant qui fait tourner la société autant au niveaux social – par la paix du travail employeurs⟷employés, que politique – par le gouvernement collégial, unique au monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Stabilité : politique, sociale, économique, financière. Encore un axiome dont les racines se trouvent en bonne partie dans cet esprit de juste mesure. Les gens de ce pays se sont habitués à ne pas aimer les extrêmes, du coup ils n’en sont pas les champions. Il sont en revanche des champions reconnus et respectés de cette stabilité-là, qui se prend de main avec la tranquillité. Ensemble, elles portent sur les bras la solidité, et à trois, elles déroulent le tapis de la prospérité pour le plus grand nombre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tous ces facteurs s’appliquent à ce peuple qui, avant le verbe être et même le verbe avoir, d’abord jure fidélité au verbe faire. Et celui-ci vit par le réalisme, tête sur les épaules et pieds sur terre. Ce verbe déteste la naïveté et les utopies, comme il tourne le dos aux excentricités. Lorsque sur son économie se déposent la conviction, la minutie, la méthode, la perfection, il n’est plus surprenant que la Suisse exporte par tête d’habitant vingt fois plus que la Chine, sept fois plus que les États-Unis et deuxx fois plus que l’Allemagne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et qu’en est-il de ce thème si aimé de nos jours et si galvaudé partout : la démocratie ? De la cohésion nationale dans un pays tri-, voire quadri- si ce n’est quintilingue ? De ce tiers d’étrangers sur le total de la population ? De l’unité nationale avec vingt-six petits États indépendants et deux mille communes avec leurs propres lois et règlements ? Du civisme ? Du pouvoir populaire avec cette armée de milice où le citoyen garde son cher fusil d’assaut dans l’armoire à balai ? Visiblement aucun souci, c’est pourquoi a été donné au peuple ce surnom pompeux : <em>“Le Souverain”</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce portrait serait incomplet si le bon sens, la discrétion, l’aversion pour le verbe paraître étaient absents. L’esprit protestant veille, mais quelle importance finalement ? L’importance se trouve dans le nombre d’individus à hauts revenus qui choisissent la Suisse comme domicile ; dans le nombre réduit de <em>paparazzi per capita </em>; dans le nombre de sociétés étrangères par mètre carré qui installent leurs sièges, d’ailleurs pour plein d’autres raisons que la sobriété ; dans le nombre d’institutions internationales qui font de même.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout serait alors pour le mieux dans le meilleur des pays possibles ? Hélas, excusez du peu : clairement NON. D’ailleurs j’entends ces voix outrées qui se lèvent déjà. Bien sûr, il y a toujours un prix à payer, on n’a jamais rien sans rien. Le coût s’appelle – il fallait s’y attendre – une justice laxiste, la torpeur politique, la couardise et son double langage, la crainte d’assumer, le mouchardage, le nanisme culturel, la rigidité, l’esprit carré, la supériorité, l’absence du second degré, de l’humour, de l’autodérision… Non, ce pays n’est pas le Paradis, l’El Dorado ou la Terre Promise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sont mis en évidence ici des attributs et un état d’esprit dominants, que l’anglais exprime peut-être plus correctement au travers du syntagme <em>state of mind</em>. Aussi, tout n’est bien sûr pas exception, réservé ou propre uniquement à la Suisse et à ses braves citoyens. Loin s’en faut. En revanche, c’est l’ensemble harmonieux de tous ces éléments qui donne naissance à son portrait si spécial. Un peintre esquisse un nez, un autre un œil, un autre une oreille, un autre des cheveux. Mais il n’y a qu’une seule Mona Lisa. »</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand j’ai fini, j’ai montré à mon fils l’image de ma Suisse, que voici. Mais lui – tête sur la table – il dormait déjà comme un petit ange qu’il est pour moi, je ne saurais pas dire depuis quand. Il se faisait déjà tard et je ne m’étais rendu compte le moins du monde. Avec l’application qu’on me dit au dessin, cette fois j’étais parti à fond dans les choux. Au moins, je me suis vite consolé en apercevant devant lui un tout petit dessin qu’il avait griffonné alors que je pérorais dans le vent : le drapeau suisse. Correct, cette fois-ci.</p>



<figure class="wp-block-gallery columns-1 is-cropped wp-block-gallery-3 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex"><ul class="blocks-gallery-grid"><li class="blocks-gallery-item"><figure><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="710" src="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2020/10/Papa-dessine-moi-une-Suisse-22-1024x710.jpg" alt data-id="891" class="wp-image-891" srcset="https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2020/10/Papa-dessine-moi-une-Suisse-22-1024x710.jpg 1024w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2020/10/Papa-dessine-moi-une-Suisse-22-300x208.jpg 300w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2020/10/Papa-dessine-moi-une-Suisse-22-768x533.jpg 768w, https://lecorbeaublanc.me/wp-content/uploads/2020/10/Papa-dessine-moi-une-Suisse-22.jpg 1152w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px"></figure></li></ul></figure>



<p class="wp-block-paragraph">[11 septembre 2018]</p>



<p class="wp-block-paragraph">P.-S. Ce dessin écrit s’adresse aux personnes de plus en plus nombreuses qui se construisent une habitude à regarder la moitié du verre qui est vide, tandis que déjà la moitié pleine leur ferait pas mal l’affaire et que tout autour vivent tant d’autres personnes qui ne peuvent que rêver de cette moitié pleine pour calmer leur soif.</p>
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		<title>Papa, dessine-moi une Suisse! (1/2)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Sep 2020 15:22:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les Alpes, on ne les voit point depuis le rez-de-chaussée, et à vrai dire pas beaucoup plus depuis le premier étage de la maison que ma famille a occupé 28 ans durant sur les hauts de Lausanne. En revanche, depuis le deuxième si, et encore bien, et on voit même un bout de ce cher lac Léman. Il faut savoir que le rideau d’arbres qui embrasse notre jardin fait barrage, comme le mur de paix qui y règne, percé seulement par les trilles des oiseaux moqueurs. [...]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Les Alpes, on ne les voit point depuis le rez-de-chaussée, et à vrai dire pas beaucoup plus depuis le premier étage de la maison que ma famille a occupé 28 ans durant sur les hauts de Lausanne. En revanche, depuis le deuxième si, et encore bien, et on voit même un bout de ce cher lac Léman. Il faut savoir que le rideau d’arbres qui embrasse notre jardin fait barrage, comme le mur de paix qui y règne, percé seulement par les trilles des oiseaux moqueurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au fait, les Alpes, le Mont Blanc, le lac Léman, ce sont des stéréotypes de l’imaginaire collectif, tels les criques écossais, le Fuji ou le Nil. Parce qu’il y a tant à se régaler en deçà, autour et au-delà ! Tiens, lors de ma première année d’université, un des sujets fut l’étude d’une maison pour un photographe sur un site réel dominant les environs. Dans leurs concepts, les étudiants choisirent par instinct comme direction de vue le lac Léman et sa toile de fond alpine, peut-être aussi célèbre que le <em>skyline</em> de New-York. Alors le professeur dit : ‘Bien. C’est un objectif qui vaut l’attention. Mais pensez aussi qu’à 2o km de distance, c’est uniquement un décor. Ça l’a été et ça le restera à jamais. Alors qu’à quelques pas autour de votre projet il y a ce beau jardin avec ses superbes arbres que l’on peut vivre en plein chaque jour à longueur d’année : le printemps lorsque frémissent les perce-neige et l’été quand vrombissent les bourdons, sans oublier le spectacle impressionniste de l’automne et le blanc tenace de l’hiver.’</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela m’a marqué, la preuve est que je m’en souviens encore comme si c’était hier. Et ces paroles me reviennent presque chaque fois que mon regard balaye l’allée de gravier, ou qu’en poussant la tondeuse à gazon – pas assez souvent qu’il le faudrait – je me demande combien de fourmis, de moucherons et autres micro insectes je suis en train de tuer involontairement sous mes pas de géant. Je m’en souviens aussi dans la douceur de cette fin d’après-midi, à mes côtés mon fils happé par l’œuvre que tout enfant a dessiné passionnément un jour : son univers à lui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je jette un coup d’œil furtif, histoire de ne pas casser la magie du moment et je découvre tout en haut un soleil énorme et furieux, probablement le résultat subconscient d’un manque rendu obsessif par ce climat durablement capricieux qui nous agace. Puis des oiseaux, petits, grands, plein d’oiseaux, sans doute ceux qui nous concertent du matin au soir, si ce ne sont alors des mouches, celles qui gâchent tant nos repas dehors, la représentation est ambiguë. En dessous je devine notre chienne Lulu, car nous n’élevons ni chevaux ni zèbres. Et pour lui, elle est vraiment massive, la chienne, même si ce n’est qu’une bâtarde moyenne, et sûrement qu’elle est calibrée selon l’affection qu’il lui porte. Suivent deux-trois petits sapins (rouges !), un peu de gazon par ci, ma voiture par là, plus petite que Lulu et qu’on dirait plutôt une brouette. Un zeste de ciel bleu. Maman, grand-mère et moi, nous sommes là aussi, tous – hélas ! – des nains de jardin. À l’instant il achève la moto Lego reçue pour Noël, trois fois la taille de ma voiture. Au fond, il y a encore la maison : une fenêtre, une porte. Ça suffit et je sais bien pourquoi : bâtir n’est pas son fort.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je le regarde avec une infinie tendresse et tout en essayant de ne pas freiner son élan expressif, lui fait remarquer habilement qu’il a omis certaines choses importantes. Contrarié, il ronge son crayon violet qui avait donné naissance à la chienne. « Quoi ? » « Réfléchis bien. » Mais à son âge, la pétulance est reine, donc je lui concède en souriant : « Et les framboises du potager alors ?! » Il rit vite, un brin gêné, et s’y remet tout de suite mais… s’arrête aussitôt : « Papa, c’est comment les framboises ? » <em>˝Quelle mauvaise idée˝</em>, me dis-je. En effet, on est en septembre et les framboises sont loin derrière, autrement je l’aurais invité à cueillir quelques unes comme modèle. Puisqu’on me dit relativement doué au dessin, j’essaye de réparer ce décalage saisonnier par une représentation graphique qui ressemble malheureusement plus à une grappe de raisins, mais bon, il est satisfait et c’est ce qui compte. Sur ce, je retourne à mes affaires. Peu après il finit le travail et me brandit son dessin avec l’air du chef de guerre victorieux. À part une sorte de piscine (inexistante) et quelques fioritures, oh stupeur !, sur notre maison flotte le drapeau de la Croix Rouge.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« C’est bien, c’est bien… mais qu’est ce que c’est que ça ? » je lui demande et lui montre la fameuse bannière blanche. Les yeux plient, et d’un air luron je reçois la réponse, évidente : « Mais quoi, papa ?! le drapeau suisse ! » <em>(˝Oh-là, drôle d’embarras maintenant, que dois-je faire ? Simplement lui en montrer un de bien correct ? Lui en dessiner un moi-même ? Lui expliquer les comment et les pourquoi ? Et par quel cheminement mental a-t-il pu faire sortir de son mini cerveau le symbole de cette ONG, certes si fameuse, mais bon, tout de même…˝)</em>. Les secondes passent et il se tient là devant moi, suspendu à ma validation, même que pour lui et dans le cas présent, cela reviendrait à une formalité tant il est sûr de son <em>design</em>. Pourtant, à cet âge-là et par nature, les enfants ont un besoin irrépressible de consécration qu’ils n’acceptent que de la part des adultes, papa-maman en tête. Sur ce, la jubilation s’aplatit sur son visage. Cela me devient intenable et sans plus tarder je me dois d’agir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Écoute… comment dire ?» Ses petites mains baissent pour poser le dessin sur la table et ses yeux collent à mes lèvres. «Ce que t’as fait là est très bien… » (infime rictus de soulagement) « mais… » (infime rictus d’abattement) « c’est à dire… vois-tu ? en fait ton dessin est très beau et il est aussi très compliqué » (voyant que le soleil tend à se lever, je souffle un peu, encore que le mot qui aurait convenu et que j’avais remplacé après les cinq premières lettres était ´complEXE´, car je risquais là le peu de marge que j’avais dans l’exposé qui me guettait sur un thème déjà pas simple).&nbsp; J’enchaîne donc : « Tu as très bien dessiné toutes ces choses qui sont ici, enfin, les principales choses » (le visage fleurit) « mais tiens ! la fourrure de Lulu n’est pas mauve, elle est noire » (petit sourire: il le sait bien, le crayon noir est presqu’à bout, mais bon, il sait aussi qu’on le lui passe, Lulu aussi) « le reste tu l’as très bien dessiné et… » (exclu de tromper sa vigilance : il attend le moment où je vais tuer ce “mais”) « … ce drapeau suisse… en fait c’est une croix blanche sur fond rouge, c’est l’inverse de ce que t’as fait, mais c’est pas grave» (chose confirmée par sa grimace genre <em>˝Ah, si c’est que ça…˝</em>). Et alors qu’en me retournant je croyais l’avoir échappé belle, j’entends : « Papa, dessine-moi une Suisse !… »</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>(˝Hyperluberlandox ! Goulp ! Que fais-je ?! Trop beaux sont les draps, c’est pour ça que j’y suis en plein dedans. Voyons si je vaux quelque chose.˝)</em> Je prends donc ma pose docte, je roule les yeux côté ciel et j’articule d’un ton grave : « Ce que tu demandes est très difficile, mais j’essayerai de faire encore mieux… » (le visage refleurit) « …j’essayerai de te faire rêver d’une Suisse ! » (le soleil est au zénith).</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Un drapeau est le symbole d’un pays, et ce drapeau-là, que tu viens de me montrer, c’est le symbole de la Suisse. Un symbole est quelque chose de très, très spécial. Par exemple quand tu veux dessiner l’amour, admettons que tu veux dessiner maman et papa qui s’aiment, tu dessines papa et maman et entre les deux tu dessines un cœur rouge, mais ce cœur-là, ce n’est ni celui de papa, ni celui de maman, puisque personne ne peut vivre sans son cœur dedans. Donc ce cœur, que tu dessines entre nous deux, représente l’amour. C’est le symbole de l’amour. Bien sûr, ce n’est juste qu’un symbole dessiné, mais il est très-très important. Parce que l’amour aussi est très important. Eh bien, un drapeau c’est aussi très important, puisqu’il représente tout un pays, il est son symbole. Et un pays c’est aussi quelque chose de très important. Par exemple, pour toi la Suisse est quelque chose de très important parce que c’est déjà le lieu et le pays où tu es né il y a de ça sept ans. Mais ce pays, la Suisse, il est important pour tant de garçons et de filles qui sont né(e)s ici, et si tu veux tout savoir, il est important pour bien plus de raisons que le simple fait de naître ici.</p>



<p class="wp-block-paragraph">As-tu compté combien de fois il a utilisé papa le mot ´important´ ? Eh bien, ce n’est pas un hasard : Lulu, le pays, l’amour, le drapeau, maman, papa, ce sont – toutes – des choses importantes. Important c’est ce qui compte pour toi, ou pour quelqu’un d’autre, nos voisins par exemple, ou pour les gens de cette ville, ou alors pour tout un pays, la Suisse ou un autre. C’est ce que tu aimes, ou tu préfères, toi ou quelqu’un d’autre, ou plusieurs personnes à la fois. Et comme tu sais, chacun est unique, donc différent d’un autre, alors la plupart du temps ce qui est important pour toi ne le sera peut-être pas pour ton voisin. Prends Lulu : elle est très importante pour toi, mais pas tellement pour ton voisin. Pour lui, c’est son chat Löschat qui compte. Et ainsi de suite. Maintenant autre chose : le lac. Nous l’aimons probablement tous, je veux dire la plupart de ceux qui habitons dans cette ville. Mais tous les autres, qui ne font que nous rendre visite, les touristes, les voyageurs, les gens de passage, il y en a beaucoup qui l’aiment aussi. On ne sait pas trop pourquoi toutes ces personnes aiment cette grande flaque d’eau, mais c’est ainsi. Et plein d’autres autour du monde qui habitent près d’un lac, aiment bien aussi le leur. Et les touristes qui vont par là-bas également. Attends : il y encore plus drôle. Quand nous nous rendons en vacances au bord de la mer, qu’est-ce que nous l’aimons, cette mer !!! Pas vrai ? Pourtant c’est toujours une flaque d’eau, sauf que mille fois plus grande que notre petit lac, hein ? Pense alors ce que les habitants de ces pays-là doivent aimer leurs mers. Et nous, qu’est-ce qu’on fait quand on retourne de ces vacances-là ? On crie à tout va ‘Rasez-moi ces Alpes, qu’on voit la mer !’ Voilà donc de quoi on pourrait être capables, alors qu’il y a tant de gens partout dans le monde qui sont fous de nos montagnes. Nous compris !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout ça veut dire deux choses : d’abord que chacun de nous décide de ce qui est important pour lui et ensuite qu’il arrive souvent à une même chose d’être importante pour tant de gens qui ne se connaissent même pas. C’est aussi le cas du drapeau d’un pays et du pays lui-même. Par exemple la Suisse. À présent je suis certain que tu te demandes – à juste titre d’ailleurs – pourquoi ce pays est-il si important, aussi bien pour les habitants d’ici que pour plein d’autres. Arrivés en ce point, il est clair qu’en t’expliquant ces choses assez compliquées, ce sera selon ma façon de les voir. Je te dessinerai donc et te ferai rêver d’une certaine Suisse, ma Suisse à moi. Si je dis cela, c’est parce qu’à coup sûr, un jour ou un autre, tu entendras ou tu liras d’autres histoires sur ce pays, de la part d’autres personnes, et la plupart de ces histoires seront sans doute assez différentes de celle que je te raconterai à présent. Et ça mon garçon, il serait bon que tu le saches déjà. »</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">« Chaque jour le Suisse (et, bien sûr et au même titre, la Suissesse, la forme masculine étant ici utilisée uniquement par souci de commodité et de fluidité) se rend à son travail comme nos aïeuls prenaient le chemin de l’église dimanche de bonne heure : calmement, sobrement, rigoureusement, religieusement. Le travail lui est au-delà du besoin, de l’envie, de l’argent, de la carrière, encore que ce sont là des éléments essentiels de la vie. Il est logé dans sa nature. Il est même au-delà du pseudo-dilemme ‘travailler pour vivre ou vivre pour travailler ?’ De bon gré, le Suisse fait une toute autre lecture de l’épouvantable slogan nazi. Pour lui, c’est carrément ‘Arbeit bringt Glück’.&nbsp; Le travail est au rayon de l’évidence. À le voir au travail, on dirait qu’il y est né pour. […]</p>



<p class="wp-block-paragraph">[11 septembre 2018]</p>
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		<title>L’élection pestilentielle</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Aug 2020 17:09:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une récente étude menée au sein du fonds documentaire de la Bibliothèque d’État a mis à jour plusieurs exemplaires du ‹ Quotidien Populaire ›, restés inconnus. C’est un fait étrange et pour l’instant inexpliqué. Les articles consacrés aux événements entourant les dernières élections de cette époque révolue se révèlent comme étant particulièrement intéressants. [...]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Une récente étude menée au sein du fonds documentaire de la Bibliothèque d’État a mis à jour plusieurs exemplaires du ‹ Quotidien Populaire ›, restés inconnus. C’est un fait étrange et pour l’instant inexpliqué. Les articles consacrés aux événements entourant les dernières élections de cette époque révolue se révèlent comme étant particulièrement intéressants. Voici un pot-pourri créé au hasard des discours prononcés et publiés dans le journal à cette occasion-là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avant le 1<sup>er</sup> tour, dans l’ordre chronologique, quelques séquences retenues par nos envoyés spéciaux dans les prises de position des divers candidats représentant les principales formations participantes.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Intitulé: ‹ Le pays et moi ? Non ! Moi et le pays ! › Date : 3 juin. Lieu : Salle des Fêtes, Dijon, France. Candidat 4 : Nestor B. Cajole-Pottewein. Appartenance : PLOUF – Parti Libre Ouvert et Uni Français. Assistance : 35000 (PLOUF), 22000 (police). Durée totale : 140 ‘.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Extrait: <em>‘…car on ne peut plus, on de doit plus, continuer à défendre un idéal qui, c’est vrai, a forgé la nation, mais qui est donc notre passé, notre héritage. Je répète : il est temps d’adapter la célèbre formule et dire haut et fort, que je ne dois plus me demander ce que MOI je peux faire pour mon pays, mais bien ce que mon pays doit faire pour MOI. Prolonger le culte écrasant du collectif informe et diffus au détriment des valeurs individuelles ? Non. De l’homme créateur ? Inventeur ? Libre ? Non merci. J’ai des idées moi, un but, des envies, des besoins aussi, je ne le cache pas, et je veux profiter de tout ça. Je n’attendrai plus d’être noyé dans la masse que l’on traite tel un corps compact et inerte, dont l’unique rôle est de voter comme un seul zèbre, tel un appareil à oblitérer. Je veux me libérer de ce statut et vous demanderai de voter pour moi, pour que je puisse…’</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Intitulé: ‹ A bas la précarité ! Vive la prospérité ! › Date : 9 juin. Lieu : Gymnase Flanette, Lille, France. Candidate 9 : Dinette Lavacq. Appartenance : MORT – Masse Ouvrière, Radicale et Totale. Assistance : 20000 (MORT), 12000 (police). Durée totale : 115 ‘.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Extrait: <em>‘…moi je vous promets que le citoyen que je vous parle là, c’était pas un clochard par métier, il vivait pas au dos de la communauté, lui, même s’il avait pu bénéficier de l’aide sociale. Non, c’était un ancien cadre de chez Toyonda comme pas beaucoup dans cette salle, un homme qui avait des responsabilités aussi bien dans son travail que dans sa famille, et qui un jour a craqué, car c’est ce qui se passe quant t’es poussé au-delà de tes limites, et moi, cette expérience, je vous l’ai dit, j’y suis passée tout près, et croyez-moi, je veux plus la répéter. Me voir à la rue, sans foyer, à la merci de l’hiver et des gens, ça, croyez bien que je connais un peu, et je crois pas que je mérite ça, et je crois pas que quelqu’un de vous mérite ça, les amis. Je ferai donc tout le possible pour atteindre ce but, et mettre l’insécurité derrière moi, utiliser cette grosse machine à sous qu’est l’État pour me…’</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Intitulé: ‹ La France s’en balance tandis que moi j’avance! › Date : 11 juin. Lieu : Espace Bloriot, Nice, France. Candidat 12 : Jean E. Marre (remplaçant : Noël Vatteferre). Appartenance : CONS – Congrès Organique et Naturel du Salut. Assistance : 45000 (CONS), 32500 (police). Durée totale : 95 ‘.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Extrait: <em>‘…dans mon pays? Mais alors au grand jamais! Aucune loi, aucune norme et aucune disposition ne pourra m’empêcher de lutter et d’œuvrer pour l’avenir et le bien de mes concitoyennes et de mes concitoyens, de mes collègues en quelque sorte, puisque nous sommes, tous, d’une façon ou d’une autre, chacun à son poste, membre de ce grand équipage qui s’appelle la France, de ce grand et noble navire qui, hélas!, erre depuis trop longtemps sur les vagues troubles de l’incertitude, des compromis, des alliances douteuses, et surtout des sacrifices, puni par des capitaines qui l’ont – l’un après l’autre – quitté, ce fier navire. Mais pour que je puisse accomplir une telle mission, vous serez d’accord avec moi qu’il me faut d’abord arriver moi-même dans une position me permettant de bien saisir le timon et de le garder fermement, aussi longtemps que possible, pour que je puisse tirer parti au maximum de tout le potentiel qui…’</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Intitulé: ‹ Un brillant passé pour un grand avenir › Date : 18 juin. Lieu : Palais des Congrès, Nantes, France. Candidat 5 : Blaise-Yvon Tirandeau. Appartenance : FION – Front Interne Orangiste Nouveau. Assistance : 28000 (FION), 19000 (police). Durée totale : 160 ‘.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Extrait: <em>‘…ce n’était pas sans raison par rapport au contexte de l’époque. Il était où l’enthousiasme ? Nulle part ! L’avez-vous vu ? Non. Eh bien, moi non plus. L’ambition ? Aussi ! L’espoir ? Même chose. Et le désarroi alors ? Partout! Mais alors partout, je te dis! Même chose aujourd’hui. Regarde autour de toi et montre-moi la rage de vaincre sur un seul visage ! Oui ? Alors ? J’écoute. Et je regarde. Et je n’entends rien ! Et je ne vois rien ! Eh bien, c’est exactement ce qui a motivé l’appel du général ce jour-là, que nous célébrons avec humilité et fierté aujourd’hui. Et c’est bien ce qui me mobilise encore plus en cette occasion : justement, saisir l’occasion! L’occasion n’est pas un cadeau, ce n’est pas une chance, c’est un défi. Si l’on ne sait pas la saisir, l’occasion, c’est comme si elle n’avait pas existé. C’est dans sa nature même de devoir être saisie. Pour la faire vivre. Sinon cela reste de l’histoire, et encore… Grâce à vous, je suis donc déterminé à l’attraper, pour enfin m’affranchir de la… dépasser la situation…’</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Intitulé: ‹ La France s’enfonce ? Pas de réponses ? Eh bien, je fonce ! › Date : 14 juin. Lieu : Multiplex, Grenoble, France. Candidate 6 : Muriel Hola­wache. Appartenance: OUPS – Organisation des Ultras et des Patriotes du Sud. Assistance : 23000 (OUPS), 17500 (police). Durée totale : 130 ‘.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Extrait: <em>‘…buer au bien-être de la nation. Contribuer à quoi ? Et qui ? Nous ! Ne sommes-nous pas, tous, des contribuables ? Ne contribuons nous pas depuis belle-lurette au bien-être de ces élus voués à la luxure avec des top modèles qu’ils changent comme leurs opinions et qu’ils s’offrent aux frais de l’État ? Autre grand mot! Et comment faisons nous cela ?! Déjà par nos impôts, car au lieu de les récupérer dans de nouvelles routes, des crèches ou des retraites, on les retrouve dans les déplacements, les dîners et les cadeaux, tous officiels, non ? Mais nous sommes aussi clients de leurs déboires et de leur culte, par notre besoin de fuir la grisaille du quotidien. Eh bien moi je veux que ça cesse, qu’on accepte mes valeurs, qu’on me porte au sommet, moi et ma terre, que je puisse utiliser ce pouv…’</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour finir, comme dans le cas du 1<sup>er</sup> tour, voici les deux points d’orgue saisis par nos reporters à la veille du 2<sup>e</sup> tour.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Intitulé: ‹ Je te salue ma France, plaine de richesses › Date: 22 juin. Lieu : Vélodrome, Lyon, France. Candidat finaliste 1 : Maxime Saccajet. Appartenance : ANUS – Action Nationale, Utilitaire et Sociale. Assistance : 75000 (ANUS), 58000 (police). Durée totale : 230 ‘.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Final: <em>‘…cet illustre personnage : je ne me demande guère ce que je devrais encore faire pour mon pays, mais ce que mon pays doit enfin faire pour moi. C’est parce que l’homme qui est aujourd’hui devant vous n’était pas un clochard de métier. Il n’a pas vécu à la charge du contribuable, même si… enfin, c’est un homme avec des idées claires et des objectifs précis. Ayant connu le chômage, il n’est non plus acquis au luxe, comme d’autres, qui se prélassent aux frais de l’État. Une fois élu, cet homme et sa famille veilleront avec une vigueur dévouée au destin du géant endormi qu’est la France, sur la base des droits conférés par la nation et du pouvoir de sa fonction. Cet homme vous demande donc aujourd’hui, maintenant, de voter en toute confiance pour lui! A moi la victoire, à moi ma chance, et vive ma France, et vive l’alternance ! ‘</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Intitulé: ‹ Je te salue ma France, espace d’abondance › Date: 23 juin. Lieu : Stade de France, Paris, France. Candidate finaliste 3 : Loïque Bochr-Dælle. Appartenance: GLOP – Groupement Laïque OPératif. Assistance : 63000 (GLOP), 44000 (police). Durée totale : 200 ‘.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Final: <em>‘…mais le jour viendra où le pays sera rendu à son peuple et le peuple à son pays! Le jour est proche où il n’y aura plus d’élite à nous diluer dans le troupeau confus d’électeurs, d’audimateurs, de consommateurs, d’usagers. Comme le général à l’époque, j’écraserai aussitôt ce magma amorphe et clamerai l’avènement de l’individu, qui aura débuté par ma victoire avec votre soutien. Nous voilà embarqués sur ce beau vaisseau qui porte le nom de France et qui, pour triompher, a besoin d’une capitaine forte, avec des idées précises et des objectifs clairs, et qui au lieu de se gargariser, mènera le bateau à son bon port économique, social et culturel. Cette personne c’est moi et la voix du peuple – la vôtre – est sans appel ! Je vous remercie. ‘</em></p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un tout dernier article paru après ce fameux 2<sup>e</sup> tour annonce que les plans de la vainqueuse ont été tués net le 30 juin par le putsch du sergent Ziiz Oc’kahalé qui inaugura l’actuelle dictature séculaire en France.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce fut il y a longtemps, lors du tricentenaire de la Révolution.<span id="easy-footnote-240-851" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/lelection-pestilentielle/#easy-footnote-bottom-240-851" title=" Toutes les devises et mentions de toute nature ont été choisies au hasard et peuvent être inter-changées ou remplacées par tout autre slogan et mention. Ou pas."><sup>240</sup></a></span></p>



<p class="wp-block-paragraph">[22 décembre 2015]</p>
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		<title>Ar_chitecte</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/ar_chitecte/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 21 Jun 2020 18:14:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En fait, je suis un architecte, donc pas n’importe qui. C’est dire. Archi-tecte. Comme cet autre qui peut bien être archi-mandrite, archi-duc, arch-evêque, archi-viste ou arch-éopteryx. C’est un terme composé de arch-i et de tecte.[...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">En fait, je suis un architecte, donc pas n’importe qui. C’est dire. Archi-tecte. Comme cet autre qui peut bien être archi-mandrite, archi-duc, arch-evêque, archi-viste ou arch-éopteryx. C’est un terme composé de arch-i et de tecte. Le premier, <em>archi</em>, vient du Grec Ancien <em>arkhi</em>– qui signifie «&nbsp;chef&nbsp;», qui, lui, vient d’un autre mot grec, <em>archon,</em> qui désigne un des neuf chefs magistrats ou commandants de l’ancienne cité d’Athènes, lui-même participe présent de <em>arkhein</em> c’est-à-dire «&nbsp;être le premier&nbsp;» et par conséquent «&nbsp;commencer (avec ou depuis), se préparer pour&nbsp;» mais aussi «&nbsp;conduire, montrer le chemin, diriger, dominer&nbsp;». Le second, <em>tecte</em>, vient aussi du Grec Ancien <em>tekton </em>qui signifie «&nbsp;bâtisseur, charpentier&nbsp;», mais en réalité il est encore plus vieux car il vient du Proto-Indo-Européen <em>teks-</em>, une racine dont le sens est de «&nbsp;tisser&nbsp;», comme de ”créer, fabriquer&nbsp;» notamment avec une hache. Cette origine est appuyée par une présence à peu près synonyme dans diverses autres langues : <em>taksati</em> «&nbsp;il modèle, construit&nbsp;» et <em>taksan</em> “charpentier” en Sanskrite, <em>taša</em> «&nbsp;hache&nbsp;» et <em>thwaxš-</em> «&nbsp;être occupé&nbsp;» en Avestique, <em>taxš</em>– «&nbsp;être actif&nbsp;» en Vieux Persan, <em>texere</em> “tisser, créer” et <em>tela</em> “toile, réseau” en Latin, <em>tesla</em> “hache” en Vieux Slavon ecclésiastique, <em>tašau</em> et <em>tašyti</em> “sculpter” en Lithuanien, <em>tal</em> “hache du tonnelier” en Vieux Irlandais, <em>dahs</em> en Vieux Allemand et <em>Dachs</em> en Allemand pour “constructeur” et enfin <em>taksh</em>– “unir, mettre ensemble, construire” en Hittite. Nous voyons donc le large spectre d’acceptions couvert par ce terme, mais avant tout nous retiendrons sa caractéristique première : être premier, être chef, devant et au dessus des autres. Conduire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En fait, je suis un architecte raté, du moins c’est ainsi que je me perçois, mais en même temps je me dis que mieux vaut être un pauvre chef totalement raté qu’un brillant servant accompli et totalement écrasé par le succès. Et si je suis un architecte raté c’est parce que je n’ai construit aucune gare, aucun hôpital, aucune université, aucun gratte-ciel, aucun stade, aucun musée, aucun supermaché, aucun aéroport, aucun tribunal, aucun cinéma, aucune cathédrale, aucun hôtel et même pas une caserne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais comme de toute façon je reste un architecte, j’assume volontiers le truisme populaire qui met côte-à-côte architectes brillants et ratés, disant simplement “Puisque je suis architecte, mes idées sont meilleures que les tiennes et parce que toi tu n’es qu’un simple ingénieur, je suis plus sympathique que toi.”</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce terme – architecte – comme d’ailleurs tout le secteur qu’il désigne, est très important déjà de par le fait qu’il est à l’origine d’un nombre important d’autres termes, tout aussi importants. C’est une source de grande fierté que ces termes se soient confortablement installés dans la langue, loin de leur domaine d’origine qui est le bâtiment. Il y a par exemple l’architecture de la carte-mère d’un ordinateur, le chef architecte d’une société de logiciels, l’architecture des systèmes d’information, architecturer un ensemble hétérogène d’idées. En réalité, architecte est perçu comme une notion organisatrice dans la vastitude du chaos, c’est devenu synonyme de créateur de rapports harmonieux entre éléments disparates, et l’architecte – source constante d’équilibre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ce terme – architecte – est important aussi parce qu’il est à la base de ce qui a été reconnu depuis toujours comme un des trois arts de base. L’architecture comme art, de surcroît classique : quel mystère épais ! La création de délicats porcelaines n’est point considérée comme un art, pas plus que celle d’élégants souliers, ni celle de gracieux vêtements, encore moins celle de brillants joyaux, faits de perles rares et de métaux précieux. Que dire alors de la fine broderie, des magnifiques goélettes, des suaves macramés, des fascinants pots minoens, des somptueux masques vénitiens, des splendides tapis persans ou de l’exquise confiserie belge ? Rien. Aucune. Mais voilà que l’architecture est considérée comme un art. Qui plus est, pleinement. Ainsi, un triste silo de blé, tout de ciment gris fait, est une œuvre d’art. Un ziggourat babylonien c’est de l’art. Une tour en fer rouillé, un hangar d’avions, un vulgaire refuge de montagne en bois, un hyperboloïde de refroidissement, un abri anti-aérien, un habitat troglodyte, une halle industrielle, une centrale thermique – aussi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je me retourne donc vers l’étymologie et m’obstine à trouver pour ce terme une référence, ou au moins une signification évoquant l’art dans n’importe quelle langue prédominante ou périphérique, actuelle ou ancienne, vivante ou morte. En vain. Fort de ce constat troublant, je tire alors ma conclusion, ma sanction en fait, la seule possible d’ailleurs : quelque part, quelqu’un, au tout début du temps, a dû être à ce point-là futé(e) pour réussir l’exploit de persuader quelques-uns de ses voisin(e)s les plus demeuré(e)s que par rapport à leurs emmêlements de branches où ils (ou elles) se cachaient pour essayer tant bien que mal de fuir pluie et neige, la misérable hutte faite de limon et de glaise qu’il (ou elle) venait fièrement d’achever était quelque chose d’absolument exceptionnel, et qu’à ce titre il convenait de conférer à cet objet un statut spécial qui soit en mesure de le mettre en évidence par rapport aux autres vulgaires abris tout autour. Et sur ce, il (ou elle) inventa le mot art. Et appela sa cabane DOMVS. Et tout partit de là. Et ses descendant(e)s prirent grand soin de faire en sorte que ce stratagème puisse s’installer dans la durée et se perpétuer jusqu’à aujourd’hui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Subsidiairement, la chaîne étymologique le prouve : <em>art</em> vient du Latin <em>artem</em>, c’est-à-dire “habileté pratique” et la notion est appuyée par ses significations en Proto-Indo-Européen <em>ar(ə)-ti-</em> et en Sanskrite, <em>rtih</em> signifiant «&nbsp;manière, mode&nbsp;», comme en Grec, car <em>artizein</em> veut dire «&nbsp;préparer&nbsp;», lui-même suffixe de la racine <em>ar</em> «&nbsp;adapter ensemble&nbsp;» et apparenté au terme Latin <em>arma</em> «&nbsp;armes&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puisqu’au mépris du nombre abondant d’exemples contraires il ne reste plus un autre choix que celui de considérer l’architecture comme un art, je reviens à la langue, où les termes architecte et architecture ont été déclinés et ont fleuri dans la multitude d’acceptions différentes déjà énumérée. Pour commencer je m’étonne devant l’utilisation du syntagme architecte d’intérieur et l’inexistence de son frère symétrique – l’architecte d’extérieur. Mais restant sur ces dérivés, je cherche – à ma stupeur, sans succès – d’autres variétés qui trouveraient leurs places légitimes aux côtés des précédentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des substantifs par exemple :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecturiste</em> (s.f./m.) – personne qui s’occupe à architecturer, spécialiste de toute structure d’architecture;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecturisme</em> (s.m.) – activité de l’architecturiste;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecturisation</em> (s.f.) – champ d’activité ou résultat du travail de l’architecturiste;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecturalisation</em> (s.f.) – ensemble des rapports sensibles entre l’environnement naturel et l’activité d’architecturisation;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecturistication</em> (s.f.) – chaîne de phénomènes complexes et de natures distinctes conduisant simultanément à la globalisation et à la densification conceptuelle d’une œuvre d’architecture;</p>



<p class="wp-block-paragraph">des verbes aussi :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecter</em> (v.t./r.) – (s’)activer préalablement à toute recherche de solution entreprise par&nbsp; un(e) architecte;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecturiser</em> (v.t.) – coordonner et vérifier les concepts relevant de l’architecture et ceux relatifs à la sécurité en général;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecturaliser</em> (v.t.) – aménager le cadre de vie en harmonie avec les caractéristiques du lieu;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecturistiquer</em> – adapter un système donné de moustiquaires à une construction;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architek</em><strong><em>ė</em></strong><em>r</em> – aller au fond des choses lors de l’étude d’un concept;</p>



<p class="wp-block-paragraph">des adjectifs enfin :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architectisé(e) – </em>qui subit ou a subi la domination d’un(e) architecte, ou qui est ou a été manifestement sous son influence;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecté</em> – qui correspond au projet ou à la vision d’un(e) architecte;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architectant</em> – qui présente des signes d’architecte embryonnaire;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>architecturesque</em> – qui contient ou exprime des éléments ou des traits caractéristiques de l’architecture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour parachever cette analyse il reste à s’occuper des rapports de l’architecture avec la langue, à la lumière de l’énigme – entre temps résolue – qui classe l’architecture dans la catégorie des arts, plus exactement des beaux-arts. Recourant une dernière fois à l’étymologie, sur ce point s’impose le parallèle avec la notion d’artéfact. Comme toute intervention de l’architecte (i.e. comme toute architecturalisation), l’artéfact résulte de l’altération ou de la modification par l’homme – dans le cadre d’un processus artificiel donc – d’une situation naturelle existante. Nous avons ici un terme venu droit du Latin <em>arte</em> «&nbsp;par métier&nbsp;» (qui est l’ablatif de <em>ars</em> «&nbsp;art&nbsp;») auquel s’ajoute l’autre terme latin <em>factum</em> «&nbsp;chose faite&nbsp;», de <em>facere</em> «&nbsp;faire&nbsp;», là encore dérivé du radical Proto-Indo-Européen <em>dhe</em>– pour «&nbsp;mettre en place&nbsp;».</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">La conclusion vient toute seule, car se retrouvent à présent réunis sous nos yeux tous les composants nécessaires et suffisants pour synthétiser le sens vrai et profond de ce terme complexe : l’<em>ar</em><strong><em>t</em></strong><em>chitecte</em> (s.f./m.) est un chef charpentier muni d’une hache, occupé activement à mettre en place de manière habile, à organiser et à diriger l’harmonie dans son domaine – les beaux-arts.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En fait, je suis un artchitecte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[2 décembre 2018]</p>
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		<title>La queue pour du temps</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 04 Jun 2020 18:31:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>- J’ai fait un cauchemar, docteur. C’était vraiment horrible.<br />
- J’écoute. Allez, racontez-moi tout ça tranquillement.<br />
- Eh bien, j’ai rêvé que dans une boutique d’habits près de chez moi, d’un coup, un beau matin, plus aucun vêtement, en revanche plein de guichets où l’on vendait rien que des trucs impossibles : ici de l’amour, là de la richesse, du bonheur, même de la mort, mais surtout du temps ! [...]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">– J’ai fait un cauchemar, docteur. C’était vraiment horrible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– J’écoute. Allez, racontez-moi tout ça tranquillement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Eh bien, j’ai rêvé que dans une boutique d’habits près de chez moi, d’un coup, un beau matin, plus aucun vêtement, en revanche plein de guichets où l’on vendait rien que des trucs impossibles : ici de l’amour, là de la richesse, du bonheur, même de la mort, mais surtout du temps !</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Tiens, tiens, intéressant, mais pourquoi dites-vous ‘surtout’ ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais parce que comme de toute ma vie j’en avais jamais eu assez, je veux dire du temps, je me suis aussitôt dit ‘Ouais ! le bol !’, et j’ai filé au magasin pour m’en acheter autant que possible, si jamais plusieurs kilos, enfin, plusieurs minutes, ou heures, je ne sais plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– (Rires.) Oui, je vois tout à fait. J’avoue que c’est très alléchant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Bien sûr. En fait je l’avais appris en croisant un voisin courir tout essoufflé, qui m’avait juste hurlé ‘Va au ‹HabiShop !›’. Sur le coup j’ai rien compris, mais je me suis dit qu’il serait pas fou lui, le voisin, pour foncer comme un malade, alors que justement, dans le quartier il était connu pour avoir plutôt une petite santé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– En effet…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Voilà. Donc j’ai fait demi-tour illico et je me suis rué vers ce petit magasin-là, et quand j’ai ouvert la porte pour m’engouffrer, alors stupeur ! C’est qu’il y avait pas du tout…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …de guichets ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Si ! Non ! Si, et comment ?! Mais il y avait pas du tout quatre ou cinq guichets comme je vous avais dit, il y avait – va savoir – une infinité de guichets, mille, cent, hallucinant ! Et là je me suis dit ‘Eh bien mon beau, explique-moi comment ce petit commerce il a pu engloutir autant de guichets ?!’ Et autant de monde par dessus ! Parce que dedans on aurait cru la queue à la caisse du stade pour les billets à la finale de foot. Quoi, pire, mille fois pire !</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Etonnant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Hé, vous dites étonnant… moi j’étais tétanisé, je savais plus où donner du regard. Il y avait des écriteaux partout, partout, mais on se bousculait le plus là où c’était écrit ‹Pouvoir›, ou ‹Prestige›, ou ‹Célébrité›, ‹Santé›, ‹Bonheur›. Pourtant il y avait beaucoup plus je vous dis, sauf que je ne les distinguais point, parce qu’ils étaient trop loin, et puis les gens poussaient dans tous les sens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Je comprends. Dites, on vendait nulle part de la patience, de la bonté, de la compassion, de l’empathie, des choses comme ça ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Franchement docteur, je n’en ai pas vu. Probablement. Enfin, j’en sais rien, avec la foule qui y avait et qui s’agitait. J’ai surtout vu ces trucs-là, ‹Gloire›, ‹Richesse›, ‹Amour›, ‹Pouvoir›, quoi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– D’accord, mais il me semble que vous aviez parlé aussi de la mort, ou bien ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ah… ah, oui, oui, on voyait bien cette caisse-là, c’était à la porte de sortie, mais il n’y avait pas grand monde. Enfin, laissez-moi continuer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Bien sûr, excusez moi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Donc je déboule là-dedans et je vois la file où les gens voulaient s’acheter du temps. Quoi, file… plutôt une queue grande comme celle au service de l’emploi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ah…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Je me fraie donc un chemin comme un brise-glace parmi tous ces gens. J’arrive enfin tout trempe à ma queue, ma file, en dernier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Uf…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …et tout au bout une grosse vache qui se bouge à peine. C’est qu’elle vendait bien du temps, mais jamais elle n’avait la moindre monnaie, en plus je vois écrit là-haut que dans une demi-heure la caisse va fermer. Sur quoi je désespère de me retrouver de nouveau sans le temps que je voulais me procurer et j’enrage: “Ils n’ont pas pu mettre plus de caisses ?!”.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Absolument. C’est toujours comme ça, voyez-vous ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Alors je commence à supplier ceux devant moi: ‘Grouillez-vous s’il vous plaaaîît, que je chope aussi un peu de temps’. Et ces abrutis bougent à peine, et moi je crie à la vache: ‘S’il vous plaît madame, qu’on ne donne qu’une minute, qu’il en reste pour tout le monde !’</p>



<p class="wp-block-paragraph">– C’est ça.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais c’est comme si je criais au fond d’une piscine, personne ne me regarde, et eux on dirait qu’ils font exprès, il y en a qui prennent cinq minutes, d’autres même une heure ! Et puis il y a même des malins qui se glissent devant, et personne ne proteste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Eh oui, je connais.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …et moi je regarde ma montre et je vois les minutes passer et je vois clairement que j’avance pas. Au contraire, la foule gonfle devant. Et plus je m’éternise à cette queue-là, plus je vieillis ; plus je m’approche péniblement de ce guichet-là, plus je suis délabré.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Oh…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Du coup je vois que je traîne une barbe blanche par terre qui ramasse tous les mégots, j’ai le nez qui coule et j’ai mal au râble. Je commence à voir comme un brouillard comme ça, et je peux plus retenir mes pets, excusez…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Pas de problème, allez-y.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Et la queue bouge toujours à peine, la file, quoi, alors du coup la meuf qui est juste devant moi ne m’intéresse plus, excusez…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– (Rire.) C’est normal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …je n’en ai plus rien à faire d’elle, je veux juste m’asseoir là, par terre. Si seulement j’avais pu avoir avec moi un gamin ou un cousin, quelque chose, pour m’aider à tenir mon sac où je voulais mettre un peu de temps !… Puis après il n’y a plus rien qui vaille, j’ai envie de voter pour la protection des jeunes phoques barbus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– (Rire.) A ce point-là !</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …oui, j’ai l’impression d’être de plus en plus un bon vieux druide sage et pourtant je donnerais n’importe quoi pour avoir une érec…, pardon, une réaction, je sais pas ce qui me prend…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– (Rire.) C’est normal, puisque je vous dis, c’est l’émotion…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Alors peu à peu je commence à vraiment tout oublier, en fait je ne sais même plus ce que je fais dans cette queue-là, et quand il ne reste plus que cinq minutes, je m’allonge par terre, épuisé, et je demande à une bonne femme à côté d’être si gentille pour m’apporter un pot, car – excusez-moi – je me pisse carrément dessus !</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Oh mais ça va, pas besoin de vous excuser pour si peu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Enfin… et tout le monde commence à me faire… chier et je me rends compte que je n’ai plus aucune envie de vivre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ah là, c’est maintenant que ça devient… oui, très intéressant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Peut-être pour vous, mais autour on aurait dit que les autres gens s’en fichent la totale : ils s’occupent, jouent au sudoku, papotent, téléphonent, se lancent des blagues, ils tuent le temps, quoi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Avant de l’avoir acheté ? (Rire.)</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Hé, oui… J’en ai donc assez et je veux partir à la maison pour mourir, mais sur ce coup-là une fille – pas la meuf blonde, une autre, très gentille – me cède sa place et j’arrive enfin au guichet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Incroyable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Et alors la grosse vache me demande ‘Vous voulez quoi ?’ Je dis ‘Vous avez encore du temps ?’ Et elle me répond avec sa voix blasée de vache: ‘Désolée, je n’ai plus du temps, il vient de se terminer. Vous désirez autres chose ?’ Nia-nia-nia-nia… Pfff… Et moi je dis: “Je voudrais mourir heureux.’</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Quand même…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Attendez, puis elle me nargue: ‘Mais alors vieux schnock, tu cherches quoi dans cette queue ? Tu sais pas que la queue pour du bonheur c’est à l’autre guichet ? Tu veux mourir ou tu veux être heureux ? Ou peut-être tu veux les deux ? Hé, les vétustes, jamais assez, hein ? Vous prenez la place des jeunes ! Allez, au suivant.’</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Oh la…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Oui, je l’envoie se faire… et j’y vais à la caisse à côté pour au moins m’acheter du bonheur. Et là – miracle ! – il n’y a personne, en tout cas il y a un billet où c’est écrit ‹ Retour dans 5 ›. On ne sait pas si c’est 5 minutes ou 5 heures. Alors j’attends même plus de 10 minutes, mais le bonheur ne vient plus. Par contre, la même fille sympa qui m’avait cédé sa place arrive enfin et me dit: ‘Monsieur, si vous voulez du bonheur, sachez que ça vient juste de s’épuiser, mais, disons… si vous désirez mourir, il vous faudrait aller au guichet n° 3’. “Vraiment super, cette fille”, me dis-je.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– C’est le moins que l’on puisse dire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Tout à fait, alors même que je suis au bout de mes forces, je fais un dernier effort et j’arrive donc à cette file-là pour le guichet 3 et bien sûr qu’il y a plein de monde, mais la file avance vite, car c’est bien organisée, sur 3 rangées, et ils sont 3 vendeurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Oh, cool !</p>



<p class="wp-block-paragraph">– “Tu vois comme elle est bien ordonnée, la mort ? Pas comme la vie, ou le peuple se marche dessus dès qu’il y a la période des soldes ou au service de l’immigration.” Et quand j’arrive tout mouillé et déconfit à ce guichet-là, un crétin livide (bon, ils étaient tous blafards) me demande vite ‘Tu veux quoi, charogne ?’</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ooh !</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ouais, mais je reste zen et je dis juste « Je veux mourir. » Et lui me dit en riant jaune: ‘T’es venu à point, le périmé, encore 2 minutes et je fermais ! Remplis cette demande et tu peux mourir.’</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Oooh !</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Attendez, attendez, ce n’est pas fini, alors du coup j’ai oublié ma fatigue et j’ai commencé à sauter de joie comme un bouffon en me disant “Mais alors le bol hénooorme que j’ai eu de trouver le guichet encore ouvert !”…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ah, ça…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– …et je remplis le formulaire et je mourus. Pour de bon.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[23 décembre 2019]</p>



<p class="wp-block-paragraph">PS. Internet, c’est magique! Il y a quelques temps j’ai reçu je ne sais plus de qui un texte bref mais délicieux qui m’a aussitôt fasciné. Apparemment c’était un manuscrit étranger, écrit (ou alors transcrit) par je ne sais qui je ne sais où je ne sais quand. A force de le relire, j’ai décidé de m’en inspirer pour ce texte, qui s’en est vu étoffé. Si son auteur le lit, je souhaiterais beaucoup faire sa connaissance.</p>
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		<title>Le temps ? Mais pourquoi faire ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Apr 2020 19:44:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Parfois je me surprends regard perdu: soit sur notre chien étalé tel un cadavre à même le carrelage du salon, yeux fermés; soit sur la corneille qui semble veiller solennellement et minutieusement sur nous, perchée comme elle est en haut du sapin planté dans notre jardin; soit sur le ballet magique, continu, itératif, des micro-poissons colorés dans l’aquarium. [...]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>«Alors Jésus lui dit: “En vérité Je te le dis: Aujourd’hui même tu seras avec Moi au Paradis.”»</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">(Luc, 23,43)</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">Parfois je me surprends regard perdu: soit sur notre chien étalé tel un cadavre à même le carrelage du salon, yeux fermés; soit sur la corneille qui semble veiller solennellement et minutieusement sur nous, perchée comme elle est en haut du sapin planté dans notre jardin; soit sur le ballet magique, continu, itératif, des micro-poissons colorés dans l’aquarium. Et là je ne parle même pas de mon pommier chéri qui fêtera bientôt vingt sept ans d’âge.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ses 14 ans, on dit que notre chien est centenaire. S’il n’est pas occupé à quémander, bouffer ou inspecter le jardin entre autres pour se soulager, il peut rester de longues minutes immobiles sur le canapé, devant la porte d’entrée, à côté de la cheminée, devant la porte du jardin, ou sur l’autre canapé. Il ne dort pas, il est juste là. Et c’est un peu tout. Quand on revient à la maison, il montre invariablement et ouvertement sa joie. On peut s’absenter un mois entier comme sortir de la maison et rentrer toutes les dix minutes: la joie du chien a été, est et sera toujours la même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De longs moments immobiles la corneille surveille en silence, seule la tête scrute à gauche et à droite. On dirait une sentinelle en miniature, sombre, sobre et vigilante, assignée à son poste. Des voitures passent bruyamment, des motos pètent, la sirène de la police hurle: rien ne la perturbe. Puis, bien des minutes plus tard, du coup elle s’envole. Pas qu’elle ait vu ou senti un danger – pas moi en tout cas – ou que durant son guet elle ait attrapé des mouches pour les lâcher ensuite dans les gosiers béants de ses supposés poussins. Non, elle s’envole juste comme ça. Parce que.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les poissons ? Puisqu’ils baignent depuis toujours dans le liquide de la vie, les poissons n’ont à rendre des comptes à personne. Je crois que se suffisant à eux-mêmes, ils n’ont même pas besoin de s’exprimer, sauf exceptionnellement, par exemple quand ils meurent. Au contraire de notre chien aplati et de la corneille qui vole, ils remuent dans un même va-et-vient sans fin, à se demander quand et comment se reposent-ils pour refaire leurs forces, sinon il faudrait conclure que dès l’origine et à notre insu, on est témoins d’un vrai <em>perpetuum mobile</em> biologique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Notre chien, la corneille, nos poissons, mon pommier, les gros cailloux de mon jardin et la terre sur laquelle ils reposent, tout ce monde vivant ou inerte ne connait pas le temps. Le chien des Baskerville, les corneilles de l’époque de Corneille, les petits et gros poissons de Pieter Bruegel l’Ancien, le pommier du Jardin d’Eden, les gros cailloux des pyramides et la Terre entière ont été toujours les mêmes que tout ce qui nous entoure aujourd’hui. Peu importe que la Terre a tourné sans arrêt et tourne sur elle même des milliards de fois et des millions de fois autour du Soleil.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est bien l’homme qui s’est inventé le temps. Pour lui même, à son propre et unique usage. Pour le meilleur comme pour le pire dirions-nous ? Peut-être ni l’un ni l’autre, mais plutôt parce que n’étant pas chien, pommier ou caillou et ayant inventé des choses à faire et à défaire, l’homme s’est tôt rendu compte qu’il lui manquait un rythme et un plan d’action. Au lieu de pleinement se suffire – comme le reste de la Création – dans la simple essence de l’être pour être, emporté par son agitation inhérente l’homme a donc vite saisi qu’il ne pouvait progresser sur la voie qu’il avait choisie sans un guide censé l’ordonner dans ses gestes et desseins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À partir de là, tout se déroula assez vite. Après quelques essais balbutiants et infructueux pour définir un rythme et des durées, il finit par se rendre à l’évidence que la succession relativement régulière de la lumière et de l’obscurité, ensuite de la chaleur, de l’humidité, du froid et de la sècheresse, paraissait être le repère le plus fiable, même si guère parfait. L’année sidérale était née; tout ce qui lui suivit – nanosecondes, siècles, jours – ne fut que banale arithmétique. Certes, comme chaque fois lorsqu’un sujet majeur est en jeu, il y eut des disputes sur quel système adopter, mais finalement tout le monde se mit plus ou moins d’accord.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La plupart d’entre nous sommes encore aujourd’hui soumis à cette même invention immémoriale et notre descendance le sera aussi. De guide, le temps s’est petit à petit mû en régulateur, pour finir en dictateur. Ces peu nombreux-là qui lui échappent de par leur propre volonté, nous, la majorité, sommes tentés de les voir comme d’étranges parias vivant en dehors de ce monde que nous nous sommes d’ailleurs fabriqué. En réalité ils sont en dehors du temps. Moines, reclus, alternatifs, ermites, libre-penseurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À fuir. Ou alors, fait plus rare, à observer avec une admiration mêlée d’incompréhension, incrédulité et de perplexité. Parce que pour eux – comme pour le chien, la corneille, les poissons, le pommier, les cailloux du jardin, la terre sur laquelle ils reposent, et opposé à nous autres avec nos mondes multi-dimensionnels – pour ces peu nombreux-là donc, le monde, la vie, n’a (si l’on tient absolument) qu’une dimension, où il n’existe ni temps ni espace, l’autre artifice de l’<em>homo faber</em>. Mais si l’on veut être plus près de la vérité, nous verrons que c’est un monde sans dimension, si ce n’est celle qui mène à l’essence primaire du propre et unique moi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’un côté donc, pied à fond sur la pédale de l’accélérateur, on fait du mieux que l’on peut pour nous débrouiller à l’intérieur de cette construction espace-temps que nous avons héritée mais qui nous sied si mal. Pas assez cependant, puisque nous venons de découvrir comment mélanger espace et temps dans une sorte de magma virtuel d’où je me demande comme on s’en sortira. Alors que de l’autre côté, ces peu nombreux-là montrent que la voie qui libère de la terrible sentence de Virgile <span id="easy-footnote-241-764" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/essais/le-temps-mais-pourquoi-faire/#easy-footnote-bottom-241-764" title="<em>“Fugit inreparabile tempus”.</em> (Publius Vergilius Maro, Georgica, Liber III, 284)"><sup>241</sup></a></span> existe, et que pour l’emprunter il faut prendre la voie du chien, de la corneille et des autres: sortir du temps pour entrer dans l’aujourd’hui éternel.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">P.S. Inutile de m’avertir: je sais bien que ces pensées n’ont pas inventé l’eau chaude. Pourtant, parfois, on aimerait le croire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[21 avril 2019]</p>
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		<title>Moult est dulse et frumœuse la limbe que nous vorbons !</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 26 Feb 2020 14:35:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Humour]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Je sais bien que ce n’est pas bien de tendre l’oreille aux discussions des autres. Voici pourtant ce que j’ai pu entendre l’autre jour par hasard, quelque part du côté de Jiourjiou, en Roumanie. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">Limba Românească</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>« Mult e dulce și frumoasă / Limba ce-o vorbim, / Altă limbă armonioasă / Ca ea nu găsim. / Saltă inima-n plăcere / Cînd o ascultăm / Și pe buze aduce miere / Cînd o cuvîntăm.</em></p>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">1857 – Original de George Sion (1822-1892)</p>
</div></div>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">La limbe romanes</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>« Moult est dulse et frumœuse / La limbe que nous vorbons / Une autre langue armonieuse / Comme elle nous ne trouvons. / Saute le cœur en plaisir / Quand nous l’ascultons / Et sur les lèvres apporte du miel / Quand nous la parlassions. »</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">2014 – Traduction de Mouhammem</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Je sais bien que ce n’est pas bien de tendre l’oreille aux discussions des autres. Voici pourtant ce que j’ai pu entendre l’autre jour par hasard, quelque part du côté de Jiourjiou, en Roumanie.)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aaaa… salut !</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Cum ești</em> ? Ça va ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien. Et toi ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien-bien, les târguelles, quoi !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aa…</p>



<p class="wp-block-paragraph">À propos, maintenant Carrefour s’enquide à cinq heures et demi ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quoi ?!&nbsp; Noon, toujours à cinq heures. Tu dois te grăber.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors ça joue… Y’a aucune grabe. J’ai le temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tu viens alors boire un suque ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ok. Tu connais un caféné ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, un peu plus bas, à côté de cette pravali… comment elle s’appelle ?… ahh…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ah, oui… aa… attends… Licurici. Lee Couritch ! Ha-ha-ha.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Correcte ! Allons.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Fais gaffe de ne pas alunequer sur ces frunzes mortes-là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Zut ! Merci.</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Un peu plus tard)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ben voilà, ils nous ont adouné tous, genre pour nous linichter qu’il n’y a pas de données dehors, mais tu crois quoi ? Quelqu’un est proste ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bon, mais je ne pricèpe pas, simplement comme ça ? déodate ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oarécoume. Un certain temps ils se sont endergé à nous persuader que ça va se lïmpésire, mais c’était clair que ça mirossait déjà le putrégoi. En fait ils avaient gréshi la tzinte dès le départ.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est-à-dire ? Comment, ils se sont enshélé?</p>



<p class="wp-block-paragraph">De sartchine. Mais oui. C’était clair que la sartchine nous dépăchait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais quoi, vous étiez une gachque de haïmanalles ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Allez ! C’est pas ça. Mais chacun avec sa munque, chacun endépline sa tréabe à son loque, et tu peux pas venir comme ça, răstourner une situation<em> de azi pe mâine</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hm…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rendement, disent-ils !</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>[Cine a comandat cafeaua ?…]</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Eu, </em>merci<em>.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>[Poftiți.]</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Merci<em>.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tu veux du lait ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, un peu. Merci.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tu prends un corne ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, tu peux te servir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Laisse ça. Ben, et qu’est-ce qui va urmer à présent?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tiens, ceux-là ils ont aussi des çuperques avec de la mamaligue, et aussi des petits !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Allez… j’vais quand même pas m’otrăvir. On n’est pas venus pour halire. Dis, qu’est-ce qui va urmer ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qu’est-ce que tu veux que ça urme ? Rien. Maintenant le directeur băsmeshte qu’il va nous soupounner le plan de restructuration. On verra ce que ça va encore donner, cette histoire. Pour l’instant ils nous tiennent sur petit feu. Jusqu’au jour où quelqu’un va exploder et va scapper une nashpe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Țțț…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelqu’un l’a déjà sphidé, il l’a presqu’aménïntzé. C’était haïosse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ha !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Encore un oumphlé ! Si tu savais combien de fois il ne l’a pas plesni avec ses prévisions !… Et je te dis pas comment il se donne avec les poumnes dans le piepte, comme quoi il s’est jertphi ! Laisse moi rire, sa jertphe a lui…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et j’parie qu’il va garder sa place. (Driiin, driiin, le téléphone sonne.) <em>“Aloo, aloo, oui, da… Oui… Aaa, oui, salut, comment tu vas ?… Oui… Eh… Voilà, da măi, je sais, il a négocié ce qu’il a pu, quoi ! Qu’es tu peux faire, ha ? Ouuui, oui… Clar… Puis quoi, on s’étonne encore ? Ce purcentaj a avut à la fin ? Șaize… Ahaa… Ouuii, je sais… Ecoute… Hai că… Da. Ecoute, je peux t’appeler un peu plus tard ?… oui, c’est moi qui t-appelle, ok ? Oui, comme ça, tchô, tchô, pa.”</em> Voilà, excuse-moi, c’était…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Y a pas de souci chéri.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qu’est ce que je disais ? Toi, tu disais quoi ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ziceai d’un collègue qu’il s’est jertphi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ah, oui, c’est ça.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ben alors. Laisse tomber… Un type… Il s’embouibe toute la journée avec des floricelles. Tu t’effrayes… Là il a une jambe en gypse, il dit que ça vient du ski. Enfin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelqu’un devrait battre du poumne sur la masse !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, je sais, mais…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais vous ne vous étiez pas engrijorés pour cette situation ? Vous n’avez rien souspecté quand le gyrophare a commencé à clipper, ou alors quand les stops se sont faits rouges ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais oui, mais oui, eeh… comment donc ? Mais qui s’est endoyé qu’on en arrivera là ?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Țțț…</p>



<p class="wp-block-paragraph">… une nashpe ! Des sartchinnes !</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est-à-dire ?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Eeh… ses tampennes à lui… Et quand les dobandes ont scoborré, est-ce que quelqu’un c’est engrijoré ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Justement !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ben justement, <em>ciuciu </em>s’est engrijoré. Et je te dis pas combien ça nous a coûté en keltuels d’expertise et ainsi de suite. Pour moi il est clair que personne ne stăpîne plus rien, mais plus rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Incroyable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En fait, tu sais ce qui me révolte ?&nbsp; Allez, tu perds ta sloujbe, passe. Mais alors, qu’il se batte joque de toutes ses opinions ?! Je ne sais pas moi, un peu d’entzélédgère, je ne demande pas qu’il s’endouiosh de ma soarte, mais au moins un peu de considération…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et les autres ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les collègues.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Eh… Des Romans comme tous les Romans, chacun regarde son bourrique, chacun cherche à se descurquer comme il peut, chacun avec ses chmékéries.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et toi ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais j’ai quelle allédgère, moi ? Quelle allèdgère j’ai ? Dis-moi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hum, j’sais pas… Mouais… Tu pourrais te tocmer ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non. Puisque je te dis : je n’ai pas d’allédgère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">…</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est-à-dire j’ai, puisque je vais chercher une slujbe de secrétaire, mais penses un peu à la léaffe !…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et je me demande, à mon âge… C’est vrai aussi que ça avait commencé à me plaire ! En plus, ceux-là ils amestèquent tout, ils te prennent avec le calculateur…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, et puis ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais moi je ne sais même pas appuyer sur une clape !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Allez, ça s’apprend.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je sais, mais quand même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Moi, c’est autre chose que je trouve con : la marge e <em>tare</em> petite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ouaais… Je sais.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais au moins t’as une pile ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelle pile ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne sais pas, t’as quelqu’un pour te sprijinir ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, je n’en ai point.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Țț… Je connais un procureur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Eeh… Ils se mêlent pas !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je ne sais pas, moi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils se mêlent pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ma foi, lui c’est un kaphtangiou.</p>



<p class="wp-block-paragraph">M’en fous, ils se mêlent pas. Ils ascultent, tous. Ils se soupounnent. C’est ça la Romanì, ma chère !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils ascultent de qui ?! À qui ?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais qu’est-ce que j’en sais !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ok, mais parmi tes vécins t’a vraiment personne ? Là où vous étes…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Non, je n’en ai pas. Quoi là ?!… J’ai un vécin zidarre, un autre il est tinikigieux et il fait aussi des oblons et des sistèmes d’enquiderre, y’a un qui a une fabrique de spoume, et c’est un peu tout. Ah oui, et il y a encore un qui importe des grindes métalliques préfabriquées. Il s’en est rempli les bousounars. Tous oumphlé de paralles. Merci. Tous professionnistes du bâtiment. Il y a un seul qui travaille aux autostrades, mais je te dis qu’il se mêle pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hum…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aucun ne s’arrunque dans des trucs pareils, c’est moi qui te le dis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tu devrais lucrer ton anglais.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, je sais, je verrai. Ma foi, passons… T’as quoi dans ta plasse ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ah, non, ici il y a un magasin et ici ce sont tous les cahiers de ma fille. On est restées les embraquer ensemble et maintenant je les lui apporte à la maison.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ah… Le matériel est joli.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais oui, et rabatté en plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ah… Bravo. Chouette.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On y va ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Allez. Merci pour le café.</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Un peu plus tard)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Regarde, ils ont barré le drume !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, je vois. On se plimbe un peu ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Franchement j’hésite; ça risque d’enquider chez Carrefour, et alors mes coumpărătours…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ok, allez, vas-y. Je vais aussi prendre le barcase.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ah oui ? Mais tu ne vas pas avec la machine ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je pourrais, mais c’est plus court comme ça, surtout maintenant qu’ils ont mis tous ces stops.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aha. Bien. Alors je t’embrasse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Moi aussi. Et puis… ben, qu’est-ce que je peut te dire ? <em>Baftă</em>. Tu dois t’infiger.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui… Je sais. Merci. Tchô.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tchô. On se parle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais oui. Tchô.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tchô.</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Quelques instants plus tard)</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ecoute !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quoi !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vous n’avez pas oublié les skis chez nous, au bétch ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oulà !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais oui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Psss… Ouais… Ceux qu’on a ramenés avec le microbuse !…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui ça ?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin…&nbsp; ils étaient égarés dans la cale, et la compagnie les a ramenés directement chez vous, tu te souviens ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ah, mais oui… Bien, vous venez donc les prendre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ok, merci. Mais t’oublies pas d’enlever la droujbe; tu te souviens, la fois passée…</p>



<p class="wp-block-paragraph">?!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quoi ? Est-ce que je ne l’ai pas ramassé au point de faillir me roupre les ligaments?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ha-ha, ok. <em>Pe cuvînt</em>. Tchô. Vas-y.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tchô, et merci.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[7 jouen 2014]</p>
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		<title>La fourmissette</title>
		<link>https://lecorbeaublanc.me/essais/la-fourmissette/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Jan 2020 20:19:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essais]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>J’étais juste occupé aux toilettes lorsqu’en jetant un coup d’œil distrait sur le carrelage du sol je découvris un amour de fourmissette qui s’affairait toute seule à gauche et à droite. Poids ? Probablement autour du nanogramme. Taille ? Environ 0.1803 par 0.0647, mm. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<blockquote class="wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p><em>“Dieu les bénit en disant: «Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre, rendez-vous en maîtres et dominez les poissons des mers, les oiseaux du ciel et tous les reptiles et les insectes.»”</em></p></blockquote>



<div class="wp-block-group"><div class="wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow">
<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph">[Genèse 1, 28]</p>
</div></div>



<p class="wp-block-paragraph">J’étais juste occupé aux toilettes lorsqu’en jetant un coup d’œil distrait sur le carrelage du sol je découvris un amour de fourmissette qui s’affairait toute seule à gauche et à droite. Poids ? Probablement autour du nanogramme. Taille ? Environ 0.1803 par 0.0647, mm. Pour dire. Vingt comme elle se loveraient dans un grain de riz. Je me dis: je dois être un milliard de fois plus grand. Ça donnerait quoi s’il y avait d’autres un milliard de fois plus grands que moi ? Les verrais-je ? Me voit-elle ? Et déjà: a-t-elle des yeux ? Pourtant, si elle est là, à vaquer comme ça, c’est qu’elle doit aussi avoir un cerveau, même que je m’étonne ce qu’elle pourrait bien chercher sur ce carrelage brillant comme un miroir, sûrement pas de la nourriture. Bref, ce cerveau devrait forcément être environ un milliard de fois plus petit que le mien, avec – ou non, va savoir – tous ses boudins blanchâtres qui tournent dans tous les sens autour d’eux mêmes, tous ces filins et toutes ces cellules, tous et toutes un milliard de fois plus micro, si ce n’est davantage. Et – voyons ! – elle doit bien boire et manger. Donc elle a une bouche, gueule, enfin, on a compris. Des dents peut-être pas, mais elles a certainement un estomac. Donc, sans qu’elle ait nul besoin de toilettes comme moi, un derrière pour faire le gros besoin et une espèce de zézette pour le petit. (Sur ce, j’avoue qu’un instant je ne pus m’empêcher d’envisager celle de ces autres-là un milliard de fois plus grands que moi…) Pourtant, vu sa taille, je ne pus voir si la fourmissette était garçon ou fille. Mais je suis sûr qu’elle a (ou a eu) une mère et un père qui ont dû faire zouc-zouc, comme d’ailleurs elle (ou il) aussi, car je ne pus estimer son âge, donc si la maturité sexuelle a été atteinte. À ce stade, ayant achevé mes tâches, je me suis lavé les mains en prenant grand soin de ne pas l’écraser, j’ai éteint la lumière et suis sorti. J’oubliais: lorsque j’ai pensé qu’elle était un milliard de fois plus petite que moi, j’ai aussi pensé qu’il devrait bien y avoir d’autres zeptofourmissettes peut être tout de même pas un milliard de fois plus petites que celle-là, mais en tout cas cent ou mille fois plus petites. Sauf qu’elles je ne peux les voir, donc je ne peux dégager une quelconque réflexion là-dessus. En revanche, eh bien, je me suis rappelé le verset biblique de l’en-tête et pus constater que nous l’avons suivi à la lettre depuis le début. Bon, pour ce qui est des bêtes qui vivent sur terre ferme, nous avons donné un sens plus large à l’ordre divin en y incluant la classe des mammifères. Par la suite et en suivant des raisons strictement pratiques, nous nous somme approchés ou appropriés certains de ces mammifères pour en créer ce que nous avons convenu d’appeler des <em>animaux domestiques</em> (de <em>domus</em> [lat.]: maison), reliés donc – de près ou de loin – à l’habitation. Ceci a permis de les distinguer net des mammifères, poissons, oiseaux, reptiles et autres insectes perdu(e)s dans la nature. Et pour cause, à ces derniers nous avons attribué le nom générique de <em>bêtes sauvages</em>. Enfin, partant de chacune de ces deux catégories, nous avons trié certains spécimens pour en établir à mi-chemin une troisième que nous avons dû confiner dans des enclos ou enfermer dans des box ou des récipients, systématiquement et spécifiquement conçus et organisés. Nous avons donné à ces animaux les noms de <em>bêtes de zoo</em>, <em>espèces d’aquarium</em>, <em>poissons rouges</em> et <em>bêtes de cirque.</em> Parfait, mais quel pourrait être le rapport avec cet amour de fourmissette qui m’a tant ému ? Eh bien, de nombreux pays disposent de lois qui interdisent de maltraiter des créatures appartenant à l’une ou l’autre de ces catégories. Par conséquent, interdiction implique punition si l’on ne respecte pas certaines règles. Bien sûr, des exceptions notables en font partie. C’est le cas de tout ce qui a trait au manger. Omnivore par nature et ayant reçu autorisation de dominer sans distinction les bêtes, l’homme a dressé des endroits, puis des industries, où il tue des animaux domestiques pour se nourrir. D’accord, pas seulement domestiques, car depuis toujours les hommes chassent les bêtes sauvages. Mais dominer sans distinction ne sous-entend pas aussi sans restriction, puisque le droit de mort de l’homme sur l’animal s’arrête net au chapitre du besoin qui lui est imposé par sa propre subsistance. En réalité, loin s’en faut. Loin des situations d’autodéfense, l’homme a pris habitude de tuer ou de torturer l’animal pour et par le spectacle, par la corvée, par indolence, mégarde, dépit ou plaisir. Impunément. D’où lesdites lois, dont l’arrivée à point nommé serait méritoire à plus d’un titre si elles n’étaient pas étonnamment… sélectives. Suivant les pays, tu es d’une façon ou d’une autre en violation de la loi si tu attaches un chien qui aboie (ou non), attrapes une barre de fer et le frappes à mort; si tu saisis un chat qui t’a griffé (ou non), l’accroches par la queue au plafonnier de la cave et le laisses là jusqu’à ce qu’il ne peut plus miauler; si tu arraches le plumage d’un perroquet pour voir s’il résiste au froid nu comme un ver; si tu bloques une chèvre et la sodomises; si tu remplis d’eau froide un aquarium pour observer si les poissons tropicaux s’en sortent; si tu fiches un manche de balai dans un serpent (venimeux ou non), etc… Certes, à moins d’être rongé par les remords au point de te livrer à la police, la loi ne saurait s’appliquer que dans la mesure où chacune de ces barbaries serait au préalable découverte par ou dénoncée à l’autorité, ce qui souvent peut ne pas être le cas. Mais restons-en là. Car en effet de la sélection il y en a. Suivant les pays, ce n’est pas de la cruauté si t’as envie de couper la queue d’un shih tzu style tendance, le coiffer style Louis XV ou punk, ou le mettre à poil; si tu coupes les moustaches d’un chat; si dans les champs tu inondes une galerie de taupes; si tu broies sous les roues de ta voiture un blaireau que tu as ébloui; si tu balayes une mouche sur le pare-brise; si tu fais boire de la vodka 96% à un lapin; si tu mets le feu à un nid d’abeilles sauvages; si tu jettes un scorpion dans un bassin; si tu tires un merle à l’arbalète dans le jardin. Et dans ce cas, si tu écrabouillais une fourmissette sous la semelle ?</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au juste, jour après jour j’en écrase des milliards. Impunément.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[17 mars 2019]</p>
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		<title>Le bronze de l&#039;eau-delà</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 27 Dec 2019 16:17:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Bien futé celui qui trouverait un document quelconque, ou le reste d’une trace écrite, voire le plus maigre aveu, enfin ne serait-ce que le vague souvenir d’un ancêtre, sur le comment et le pourquoi de la statue qui trône depuis Dieu sait quand au milieu de la place.<br />
Moi, je sais. [...]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">Bien futé celui qui trouverait un document quelconque, ou le reste d’une trace écrite, voire le plus maigre aveu, enfin ne serait-ce que le vague souvenir d’un ancêtre, sur le comment et le pourquoi de la statue qui trône depuis Dieu sait quand au milieu de la place.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Moi, je sais. […]</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un beau jour, ou plutôt un terne jour, le ciel s’assombrit et il commença à pleuvoir. Bien sûr, personne n’y prêta la moindre attention : la pluie, on la connaissait par trop bien là-bas. Elle était – comment dire ça ? – une habitude, une routine, presque une tradition. Cela faisait partie du rituel inébranlable de la vie quotidienne. Il pleuvait des jours entiers, et des nuits, l’été comme l’automne, et le printemps, et même l’hiver, car l’air était doux. Puis, comme si les nuages en avaient peut-être marre de chialer, la pluie s’arrêtait, mais pas pour longtemps, un jour ou deux, rarement une semaine. Le fait est qu’une fois partis se ravitailler, les nuages revenaient, et ça repartait de plus belle – façon de dire. De grand-père en père et de père en fils, on avait appris par s’en faire, puis carrément par s’en moquer. On avait pris coutume de vivre avec. La pluie faisait partie de la vie, comme on dit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce jour-là donc, à nouveau le ciel s’assombrit et se mit à pleuvoir. A peine si quelqu’un souleva le regard, pour – ne sais-je – apprécier combien de temps cela pouvait durer, sonder l’épaisseur de la couche de nuages, leurs formes, leur altitude… Non : tout cela n’intéressait évidemment personne, et on a vu pourquoi. Les gens vivaient avec la pluie. Sans elle, il y avait comme un manque, et ceci on pouvait maintenant le comprendre. Eh bien, pour cette fois-là ils avaient eu tort, car si le ciel s’obscurcit, ce ne fut que pour laisser tomber les premières averses, un peu plus tout de même. Affairés, têtes baissées par besoin et par habitude, n’avaient-ils non plus prêté quelconque attention à la forme ayant discrètement gagné le milieu de cette place. La suite allait pourtant les désavouer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est qu’elle avait surgi de nulle part, peut-être en slalomant avec adresse entre les moyens de locomotion et en évitant ainsi les impacts. Fait est qu’elle s’était fermement plantée en plein centre du rond-point, là où depuis des années la mairie avait promis d’ériger un mausolée à la gloire du Libérateur. L’engagement officiel d’offrir aux habitants ce symbole si convoité, si mérité, datait d’une époque (désormais éteinte) imprégnée d’une vide ardeur patriotique. Las : à coups de boniments, séances de vulgarisation, campagnes d’affichage, appels de fonds, maquettes et autres coûteuses et vaines initiatives, le monument avait fini par se matérialiser seulement dans l’imaginaire de la population, qui le voyait installé là où il devait être, sauf qu’il ne l’était pas. Raison de plus alors pour les passants de ne pas la remarquer – cette forme, nouvelle, vivante et inconnue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je disais : dans l’indifférence générale, la forme se fixa à l’endroit prévu pour la statue, et la pluie cessa aussitôt, presque partout… Au début nul ne remarqua le phénomène, ensuite, peu à peu, on s’arrêta déconcerté, contrarié même, regardant le ciel (toujours couvert), puis à gauche, à droite, puis à nouveau le ciel… A peine la pluie était donc revenue, qu’elle avait mystérieusement disparu. Bizarre… Sans précédent même. Tellement étrange, que le tourbillon mécanique sur la place se bloqua dans la confusion. Instinctivement, des conducteurs et des passagers quittèrent les moyens de transport et, comme d’autres piétons, commencèrent à lentement se diriger vers son centre. Les contractuelles sifflaient, les gens vociféraient, les chiens aboyaient. Une clameur lourde s’élevait dans l’air, mais à mesure qu’on s’y approchait, elle mourrait dans un silence perplexe.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car là, stupeur ! Tous les croquis et modèles réduits qui s’étaient succédés pour figurer le bronze grandeur nature du héros national avaient montré le Libérateur – carrure épaisse et habits de parade – dans diverses positions martiales de bel allant : torse bombé, tête fière scrutant l’horizon, grosse moustache à l’impériale, pied droit devant, bras gauche plié, serrant la Constitution, bras droit saluant (probablement) la nation dans un élan protecteur. En revanche, la forme qu’ils découvraient là était tout l’opposé de leurs visions sur le monument de l’illustre dirigeant : un individu droit, glabre, grand, jambes serrées, les bras le long du corps émacié, la tête fixant ses pieds. Le tout immobile, figé, on aurait dit inerte. La foule vite forma un grand cercle, à une certaine distance… L’on ne pouvait voir ses yeux, s’ils étaient ouverts ou fermés. Mais on voyait trop bien que… Oooh ! Ciel : la créature était nue !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nue ! A poil. Mais alors nue de chez les nues ! Même pas la feuille de vigne régulière ! Et c’était déjà l’automne. Du coup, le public vînt à s’agiter : qui se retournait révulsé, qui couvrait les yeux écarquillés de l’enfant, en tout cas la forme ne passait pas inaperçue, les gens chuchotaient, glosaient, s’exclamaient. C’est une sirène qui fit baisser l’ébullition. On s’écarta, laissant s’avancer sévères deux agents trapus. Une ronde autour, deux-trois légers sondages bâtons tendus, histoire d’obtenir une réaction. Rien. On s’approcha avec prudence, main sur la crosse. Affirmatif : les yeux étaient fermés. Une première sommation, deux, trois : que dal. « Menottes, on l’embarque. » Tu parles, exclu : on aurait dit de la <em>rigor mortis</em>. On essaya de le déloger : autant bouger un arbre. « Qu’est-ce qu’on fait, chef ? » demanda le plus jeune, s’essuyant. Le chef, pantois : « Il est mort, l’abruti ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Remous dans la masse. « Mais non qu’il n’est pas mort, puisqu’à peine vingt minutes avant il n’y était pas ! » « Quelqu’un l’a amené et posé là. » « Mais non, qui ? Quand ? Pourquoi faire ? » « En attendant notre statue du héros natio… » « Qui ? » « Le Libérat… » « Arrête, c’est insensé. » « Et même qu’il serait mort, il tient comment debout ?! » « Ah, ça ! » Sur ce, on vit les policiers lentement lever les yeux vers le ciel. La foule pareil, et sur la place le frémissement s’étrangla net, car on réalisait soudainement que les deux étaient trempe, comme la forme d’ailleurs. Non par effort, mais parce qu’il pleuvait ! Sur les trois, pile sur les trois, uniquement. L’onde d’une rumeur d’épouvante balaya le public et le cercle s’élargit spontanément, provoquant un mouvement ondulatoire qui vida le rond-point en moins de temps qu’il ne fallut pour le raconter. Le spectacle était hallucinant et le décor chaotique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A l’axe du giratoire, une colonne de pluie se dressait – voire : tombait –&nbsp; sur les trois personnages. Trempes, les agents, vaincue la prostration initiale à la vue du phénomène, avaient fini par faire le pas qu’il fallait hors de cette colonne-là, tandis que la forme n’avait pas bougé. Entre-temps, le ciel s’était bien dégagé, et le flot vertical était devenu nettement visible. Sur un cercle d’un mètre carré le sol était mouillé, comme partout ailleurs il était déjà sec : le soleil était à l’œuvre sur le court arrosage d’avant. Le pourtour de la place héritait d’un amas d’objets les plus divers, des vélos jusqu’aux habits, en passant par des personnes âgées, fauchées tel des quilles, qui essayaient péniblement de fuir les lieux. Tout à coup une fenêtre s’ouvrit et une fillette cria aux policiers encore ébahis : « Il respire ! ». Méfiant, le chef enleva ses gants, s’aventura sous la douche et toucha la forme : elle était chaude.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>(‘Il aurait mieux valu qu’elle soit morte !’)</em> s’horrifia-t-il. <em>(‘Que faire à présent ?! Comment traiter ce petit obélisque vivant mais indestructible et inébranlable ? Comment est-ce qu’il peut tenir comme ça ? On dirait qu’il est rivé au bitume. Non mais, s’il est vivant, c’est qu’il y a problème : une forme n’est pas soumise aux lois, un homme si. Mais d’abord, à propos, est-ce un homme ?… Crétin, il serait quoi sinon ? Bon, on se ressaisit ».’)</em> Vers son camarade : « Il n’est pas mort. Allez, on rentre au rapport ». L’autre, ramassant ses mots : « Oui, mais… on devrait peut-être couvrir la personne… » Vrai, il n’avait pas pensé, le chef. Autrement il devrait l’arrêter pour attentat à la pudeur, trouble de l’ordre public, exhibitionnisme, et on en passe. Heureusement qu’ils avaient des couvertures dans la voiture. Une fit l’affaire. D’attraction urbaine, voici donc l’individu transformé en triste épouvantail.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport de police ne put déboucher sur une quelconque contrainte ou punition. D’abord parce que l’enquête n’avait trouvé aucun délit réel et volontaire à sa charge. Ensuite, parce que tout essai de le déplacer par les moyens ordinaires s’était révélé vain et que la requête adressée à la garnison de pouvoir utiliser la puissance des 550 chevaux de son Sisu E15TP 10×10<span id="easy-footnote-242-668" class="easy-footnote-margin-adjust"></span><span class="easy-footnote"><a href="https://lecorbeaublanc.me/fiction/le-bronze-de-leau-dela/#easy-footnote-bottom-242-668" title=" Gros véhicule militaire finlandais tout terrain."><sup>242</sup></a></span> avait été refusée. Et pour terminer, parce qu’en réalité déjà au fil des jours, puis des semaines, deux camps irréconciliables s’étaient formés aux niveau du pouvoir – municipalité, préfecture, justice, police, armée : d’un côté une majorité d’adeptes de la <em>manu militari</em> pour se débarrasser sur-le-champ de ce <em>«&nbsp;quelque chose&nbsp;»</em> qui perturbait la région, et d’un autre une minorité qui voyait en cette forme un signe ou un don du ciel, alors elle menaçait de poursuites tous azimuts ne fut-ce que si on la touchait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Imperméable à ces passions, inexpressive, pendant ce temps la créature se suffisait d’exister au milieu de la place. Les parties étaient tombées d’accord pour qu’un cadre médical officiel la consulte une fois par semaine. Ainsi, il devînt clair que son état général se maintenait systématiquement et étonnement stable pour un être en permanence exposé nu aux intempéries. (Parce que, oui, effectivement, parce que le phénomène déclenché ce jour-là s’était inscrit fermement sur la durée. Individu et colonne d’eau ne faisaient qu’un, alors que – depuis – le climat avait radicalement changé : des pluies éparses, occasionnelles, à présent vivement attendues, suffisaient à peine pour ne pas laisser périr plantes, bêtes et hommes.) Pourtant donc, aucun signe de faiblesse ou de détresse sur la forme, nul symptôme d’une affection quelconque, parlons même pas de fatigue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au contraire. On aurait dit que le flot d’eau en quelque sorte nourrissait le «&nbsp;quelque chose&nbsp;» qui, hormis la chaleur de l’organisme et le rythme régulier d’un cœur évident, ne donnait aucun autre signe de vie telle que connue : pas de souffle, pas de clignement, pas de besoins, pas de mots, pas de réactions. Il n’en fallut pas longtemps pour que d’élément soi-disant perturbateur – en tout cas pour certains – elle devienne sympathique, et même facteur d’intérêt pour la majorité de la population. Puis son statut grimpa d’un cran : elle fut perçue comme une espèce de mascotte, pour enfin accéder à l’honneur suprême comme symbole de la ville. A ce stade, décision fut prise de la protéger. Dès lors, une clôture circulaire en fer forgé munie d’une guérite et de projecteurs de nuit fut installée autour de la forme et de sa colonne d’eau. Des militaires se relayaient toutes les trois heures.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’opprobre jadis soulevé par sa nudité ? Un vague souvenir. Elle servait à présent aux professeurs de sciences naturelles pour des leçons d’anatomie <em>in vivo</em> et en plein air – seul volet scientifique lié à la forme, dont l’étude qui la visait avait été abandonnée, le phénomène restant ainsi inexpliqué. Peut-être justement pour cette raison, en ce lieu et dans ses environs, elle soutenait une vie propre et suscitait même une curiosité qui ne fit que se propager. La place prospéra, et avec elle la ville entière, proportionnellement. Un tourisme particulier s’installa. Sous le soleil ou la neige, les gens venaient de loin pour se faire prendre en photo devant l’homme-statue toujours trempé. Moyennant d’onéreuses autorisations spéciales, certains s’accordaient ce privilège directement sous la pluie, à ses côtés. Jamais la mairie n’avait-elle prévu un tel essor et notamment sur cette base.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans une ville dépourvue de gloire et de repères précis, marquée par un passé douteux, enlisée dans un présent plat et cherchant sans conviction vers un avenir incertain, le comble était pourtant ailleurs : dans la relation que les habitants – genres, âges et métiers confondus – développèrent avec cette créature qui, je le rappelle, n’affichait aucune émotion et ne communiquait rien vers l’extérieur. Et pourtant. Tout laissait croire qu’elle exerçait un magnétisme bien actif, incompréhensible et inexplicable pour autant. Femmes, jeunes, retraités, ouvriers, religieux, marins, les gens venaient là non pour se photographier, mais pour… enfin… discuter (probablement), dialoguer avec l’individu. On les voyait s’asseoir par terre jambes en tailleur, ou sur des tabourets portatifs, et ils pouvaient rester comme ça, là, sans limite de temps, gesticulant, ou non, comme au confessionnal…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les années passèrent tout comme les vies de ceux qui connurent la genèse de cette étrange histoire. Les générations se suivirent. Lorsqu’en devenant petit à petit source d’eau potable la forme dut franchir son statut d’image de la ville, personne ne s’étonna : la nappe phréatique se faisait mince et la situation empirait. Aussi, en parallèle à l’aspect purement symbolique, une majorité d’électeurs de la nouvelle administration salua une nouvelle fonction – pratique et vitale – de l’homme-statue. Dans ces conditions, entre vecteur de renommée, facteur majeur de publicité, jalon pour le trafic, élément de mobilier urbain, cible d’un tourisme soutenu, rôle de confesseur et fonction de robinet inépuisable pour une file continue d’habitants en ravitaillement, le moins que l’on aurait été en droit de s’attendre c’était que – d’une manière ou d’une autre – la forme se dilue, s’épuise. Erreur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sérieux : des volumes d’eau (très pure d’ailleurs) sans fin avaient balayé ou macéré un nombre incalculable de couvertures, bâches et autres protections utilisées au fil du temps, pour ensuite glisser sur sa peau dans ce qui apparaissait de plus en plus comme une liaison constante entre ciel et terre. Pourtant, la peau avait seulement commencé par changer imperceptiblement de couleur, ensuite d’aspect, puis de consistance, d’épaisseur, de dureté, les rapports médicaux l’attestaient. Chose certaine entre toutes : sa propreté permanente, absolue. Mais comme tout phénomène très lent et progressif, cette évolution ne pouvait sauter aux yeux, à moins de s’en distancer dans le temps. Eh bien, l’occasion s’offrit au médecin en charge à l’époque : un cas de force majeure l’obligea de quitter temporairement le pays et donc d’interrompre son affectation auprès du symbole urbain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reprenant sa tâche un été plus tard, il découvrit médusé la nouvelle réalité : cette forme qu’il avait connu et suivi, brillait à présent de mille éclats bronzés. Alerté, transi, ce jour même le maire fixa aux pieds de la statue une plaque. Y était écrit : Le Libérateur.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="has-normal-font-size wp-block-paragraph">(Fin août. Inventaire annuel des archives municipales. L’employé arrivé en urgence au sous-sol poussiéreux se joint à l’effroi du préposé. Au fond de la zone 1 (A-L), face à la section inférieure (I) du secteur 2 (B), il se soutiennent l’un l’autre devant le 5e rayon (E), où de tout temps s’accumulent les classeurs voués au monument du héros national. Entre les séparations Q et S, bourrées d’objets et classeurs encrassés comme tout le reste, celle de la lettre R, toute propre, est vide.)</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est à regret que pour créer de la place aux nouveaux arrivages, tout le matériel obsolète me visant, je l’ai nettoyé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">[9 septembre 2017]</p>
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		<title>L’homme solitaire et l’homme seul</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Le CorbeauBlanc]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 Nov 2019 22:26:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ni vu ni connu, Claude est content, car ce n’est que là que l’on peut faire et ne pas faire tout ce que l’on ne peut faire et tout ce que l’on ne peut ne pas faire tant que l’on est en communauté. Et de surcroît bien posément. [...]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Ni vu ni connu, Claude est content, car ce n’est que là que l’on peut faire et ne pas faire tout ce que l’on ne peut faire et tout ce que l’on ne peut ne pas faire tant que l’on est en communauté. Et de surcroît bien posément.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par exemple, déjà ne rien faire, mais aussi, tiens !, ronfler en paix, mater (de loin) un mec ou une nana, faire tourner son moteur, ou sa télé, dire des choses, piquer comme ça, gaver le chien, lorgner une belle caisse, laisser les lumières allumées, se gratter l’oreille, ou le bas du dos, ou le nez, ne pas admirer un tableau dada, picoler, jeter son mégot par terre, ne pas laver bébé toutes les demi-heures, ni la vaisselle toutes les heures, rester à poil dans le fauteuil, gargouiller son café chaud, renifler, ne pas saluer, rêvasser au lit, lorgner un collier, et ho-hoo!, combien d’autres trucs chouettes encore.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme d’ordinaire ces instants sont assez rares, ils sont logiquement d’autant plus épiés. Aussi, à la première occasion vient naturellement l’impulsion de l’exploiter au maximum, d’accomplir le plus d’audaces par unité de temps, si possible – et de plus en plus – simultanément. À force d’être convoités, ces moments finissent donc par être recherchés, surtout lorsque certaines activités restent insupportablement inachevées. Mais augmenter la cadence a un coût, car l’on sait bien qu’entre user et abuser il n’y a qu’un pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ce stade, Claude devient solitaire, alors que même dans l’auto-isolement il reste toujours ce quelque chose-là collé à sa personne : son soi, son autre soi, son <em>alter ego</em>, sa conscience, son œil tiers, que l’on ne saurait tromper.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">*</p>



<p class="wp-block-paragraph">En personnage du monde, Dominique semble tout connaître sauf la solitude : associant, contrôlant, entourant, assaillant, participant, échangeant, conversant, exposant, l’on parle là d’un élément de la masse, en permanence actif, fait qui l’éloigne systématiquement – et de plus en plus – du soi-même. Au fond, son isolement est bien plus important que celui de notre Claude. La grande différence est que ce Claude en est conscient et garde précieusement son soi. Dominique non.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qui disait déjà que <em>‘Nous mourons tous comme des inconnus’ </em>?</p>



<p class="wp-block-paragraph">(Le comble : pour nous-mêmes.)</p>



<p class="wp-block-paragraph">[14 janvier 2016]<br></p>
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